Speaker #0Les débuts de la Troisième République Bonjour à tous. Quand la Troisième République est proclamée en 1870, elle accumule les obstacles et les difficultés. La France est en guerre contre la Prusse et elle vient de subir une défaite écrasante après la prise de Sedan. Mais surtout, les républicains qui viennent d'arriver au pouvoir sont en fait très minoritaires. Oui, aux élections de 1871, ils ne représentent qu'un tiers seulement des députés élus. La jeune république est donc fragile et constamment remise en cause. Et pourtant, 30 ans plus tard, au tournant du siècle, ce sont désormais les monarchistes qui sont totalement marginalisés. La république s'est installée et a survécu à sa naissance difficile. Et donc comment la Troisième République parvient-elle à s'enraciner et à enraciner le modèle républicain ? La Troisième République connaît donc une naissance difficile. Rappelons pour commencer que depuis 1870, la France est en guerre avec la Prusse, elle-même alliée à des états allemands. Le 2 septembre, l'armée française est battue à Sedan. Napoléon III, qui était venu lui-même commander les troupes, est fait prisonnier. Il envoie un télégramme qu'il annonce à son épouse, Eugénie, qui était chargée de la régence à Paris. Et après que la teneur du télégramme ait été connue, des émeutes éclatent dans la capitale. L'impératrice Eugénie laisse faire. Elle ne souhaite pas faire verser le sang des parisiens, et pour être tout à fait honnête, elle n'en a pas vraiment les moyens. Le peuple envahit la chambre des députés et se rassemble, place de l'hôtel de ville. On a l'impression de revivre les événements de 1848, lors de la Deuxième République. Et suivant le mouvement populaire, les députés de l'opposition républicaine, Léon Gambetta en tête ou encore Jules Ferry, proclament à Paris la 3ème république le 4 septembre 1870. La France reste en guerre cependant et le nouveau gouvernement entend bien la gagner. Mais c'est totalement illusoire tant le pays est désorganisé et l'armée prussienne supérieure. Un armistice est donc signé en janvier 1871. Et l'Allemagne inflige à la France une défaite humiliante. Elle obtient 5 milliards de francs et surtout elle annexe l'Alsace et la Moselle, c'est-à-dire une partie de la Lorraine. Et dans le cadre de l'armistice et à la demande des autorités allemandes, des élections législatives sont organisées en février 1871. Alors ces élections voient la victoire des monarchistes qui remportent la majorité des sièges à la chambre des députés. Oui, ce qui les avait rendus populaires, c'est qu'ils avaient promis de signer la paix avec l'Allemagne. Mais la population parisienne, qui a subi un siège terrible pendant cette guerre de 1870, le peuple de Paris littéralement mourait de faim, on avait mangé les animaux du jardin des plantes quand même. Et donc, dans ce siège qui a été très dur, qui a accablé la population parisienne, évidemment, les Parisiens voient dans cette conclusion et cette armistice une trahison. et Cette population va se révolter contre le gouvernement et proclame la commune de Paris libre et indépendante. En clair, Paris fait sécession du reste du pays. C'est un épisode révolutionnaire. C'est aussi une véritable expérience socialiste, assez courte puisqu'elle va durer 72 jours. Le gouvernement se replie à Versailles, désormais on va les appeler les Versaillais, et décide de réprimer... très fortement cette insurrection. La violence va être très importante, ça finit dans un bain de sang durant ce que l'on va appeler la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871. Les conservateurs au pouvoir préparent donc maintenant une restauration de la monarchie. Mais ils sont très divisés. Dans les grandes lignes, deux tendances, les légitimistes, partisans de la ligne des Bourbons, et les orléanistes qui souhaitent eux la continuité de la dernière famille royale régnante, c'est-à-dire celle des Orléans. Malgré toutes leurs oppositions, ils parviennent à s'accorder sur une candidature royale autour de la figure d'Henri d'Artois. Comte de Chambord, l'héritier bourbon au trône de France. Mais ce n'est pas le meilleur choix. Celui-ci est totalement intransigeant. Il va se bloquer sur la question du drapeau. Oui, il veut absolument un drapeau blanc, le drapeau royal de l'Ancien Régime. Et le comte de Chambord a un caractère fort. Bref, faute de mieux, les députés qui sont, il faut le rappeler, majoritairement monarchistes, choisissent Adolphe Thiers comme président de la République. Alors Thiers, c'est un républicain, mais c'est surtout un conservateur. Il était à la tête du gouvernement qui a écrasé la commune. Et aux yeux des monarchistes, il permet surtout d'occuper le poste le temps que le comte de Chambord change d'avis. En 1873, le moment semble enfin arriver. Il y a un consensus qui se dégage en faveur de la monarchie. Alors on remplace Thiers par le maréchal de Macmaron qui est lui ouvertement monarchiste. Mais de nouveau, le comte de Chambord refuse contre toute attente le drapeau. Bon, déçu et n'ayant pas d'autre solution, les députés prolongent le mandat de Mac Mahon, qui devient président pour 7 ans. C'est l'origine du septennat, alors une durée qui était jugée à l'époque très longue et qui était destinée à gagner du temps, en fait attendre la mort du code Neuchambort afin de le remplacer par un héritier du trône qui soit plus conciliant. Mais pendant que les monarchistes piétinent, les républicains, eux, manœuvrent aussi de leur côté. Lors des élections, ils obtiennent de plus en plus de victoires. Et à l'Assemblée, ils orientent le vote des lois, notamment les lois constitutionnelles de 1875, qui définissent le fonctionnement du régime. Un régime que les monarchistes avaient imaginé le plus provisoire possible. Or, le 30 janvier 1875, un député républicain nommé Wallon fait voter un amendement. Cet amendement précise que, je cite, Le président de la République est élu par le Sénat et la Chambre. Ça paraît peu de choses, mais le nom du régime, qu'on évitait de nommer depuis que les monarchistes avaient emporté les élections, apparaît noir sur blanc. C'est une République, avec un président élu, au cas où on en douterait. Quant au reste des lois constitutionnelles, elles précisent le fonctionnement de cette République. On a un Parlement, constitué de la Chambre des députés et du Sénat, qui dispose du pouvoir législatif. Et on a un président du conseil, chef du gouvernement, qui lui a l'essentiel du pouvoir exécutif. Mais il est responsable devant le parlement et peut être destitué par lui. En clair, le parlement devient le centre de la vie politique. C'est donc un système parlementaire. En 1879, Mac Mahon, déçu de tous les progrès républicains, démissionne. Et il est remplacé par Jules Grévy, un républicain modéré. Ça y est, c'est réglé. Cette même année 1879, les républicains sont enfin majoritaires aux élections. Et c'est le début de l'installation d'une république démocratique. A la fin du siècle, plusieurs lois inspirées des principes de la Révolution française vont ainsi garantir les libertés fondamentales. La loi sur la liberté de la presse de 1881, qui est toujours en vigueur d'ailleurs, elle garantit la liberté d'expression, les journaux deviennent contre-pouvoirs. La loi sur la liberté de réunion, la même année. En 1884, la loi qui autorise les syndicats. Enfin, la loi sur la liberté d'association en 1901, elle aussi toujours en vigueur, la fameuse loi de 1901, permet la naissance des partis politiques modernes. Toutes ces lois libérales marquent l'esprit de la Troisième République. Elles visent à donner des libertés à la société tout en ancrant la... culture républicaine dans les mentalités. C'est la républicanisation des esprits qui est en marche. La démocratie progresse donc en France, mais il y a encore des exclus. Les femmes qui ne votent pas et qui ne voteront pas jusqu'en 1944 et les colonisés qui pour l'essentiel n'ont pas le statut de citoyens. La Troisième République est aussi une république impériale, ne l'oublions pas, il y a un empire colonial. Alors une démocratisation donc, mais dans une démocratie, les citoyens doivent voter en conscience et donc ils doivent être instruits. La Troisième République se donne donc un projet éducatif très ambitieux. Ça va être les lois de Jules Ferry de 1881 et 1882. Avec ces lois, l'école devient gratuite, laïque, c'est-à-dire dégagée de l'influence de l'Église, et obligatoire. Ça, c'était pour obliger les familles à envoyer leurs enfants à l'école plutôt qu'au champ ou à l'usine. L'école devient surtout un instrument au service de la République, en diffusant une morale et des valeurs républicaines. Et la Troisième République ne s'en cache pas. Comme l'écrit Ferdinand Buisson, directeur de l'enseignement primaire de 1879 à 1896 et l'un des auteurs des lois Jules Ferry, je cite « le premier devoir d'une République est de faire des républicains » . Il y a donc toute une propagande républicaine par l'école. par le biais d'instituteurs absolument convaincus de cette mission. Ce sont les fameux hussards noirs, décrits par Charles Péguy, qui les a connus dans son enfance. De très nombreuses écoles sont construites dans tout le pays, et à proximité directe de la mairie. Oui, on montre que c'est le lieu de formation du futur citoyen. Ça se voit encore très largement en France, dans les petites villes et campagnes. Cette école, communale, devient le lieu d'apprentissage de la culture républicaine, pour tous les enfants de 6 à 13 ans. Elle les prépare à être de futurs citoyens. Les programmes et les manuels scolaires, comme le Tour de France par deux enfants, montrent la beauté des régions et des terroirs. La République inculque d'ailleurs l'amour de la patrie et prépare la jeunesse à la défendre, avec le souvenir des provinces perdues en 1870 d'Alsace et la Moselle. D'ailleurs, une autre loi, celle du 15 juillet 1889, institue le service militaire obligatoire. c'est-à-dire la conscription, d'une durée de 3 ans pour tous les hommes âgés de 25 ans. L'armée devient ainsi un moyen de compléter la formation civique apprise à l'école. Enfin, pour construire une culture républicaine qui soit la même pour tous les Français et façonner une conscience collective, des symboles sont adoptés. La Marseillaise devient l'hymne officiel en 1879. Pour inscrire la continuité avec la Révolution française, le 14 juillet est décrété fête nationale en 1880. Les élèves des écoles participent d'ailleurs au défilé. A partir de 1884, Toutes les mairies de France sont ornées de la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité, et d'un buste de Marianne, allégorie de la République. La République se donne enfin des héros. Alors ils sont souvent au Panthéon, le lieu où sont enterrés les grands hommes auxquels la République se réfère. Voltaire, Rousseau et ceux qui ont combattu pour ses valeurs. Certaines vies et des œuvres de personnalité sont exaltées, comme celle de Victor Hugo qui a résisté à Napoléon III. ou encore Pasteur, un pionnier de la science et du progrès. Cette républicanisation des esprits est une totale réussite. En effet, Malgré les différentes crises que la Troisième République affronte, le scandale de Panama, la crise boulangiste ou l'affaire Dreyfus pour ne citer que celle-là, elle tient et se maintient jusqu'en 1940. Cette Troisième République est jusqu'à présent le régime républicain le plus long que nous ayons connu, 70 ans d'existence. Il faut en fait la défaite face à l'Allemagne et le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain pour que la Troisième République disparaisse. Mais c'est une autre histoire. J'espère que vous avez aimé cet épisode et si c'est le cas, n'hésitez pas à le partager, à en parler autour de vous, à commenter aussi sur Apple Podcast, à laisser une évaluation sur les plateformes qui le permettent, Apple Podcast ou Spotify. Vous pouvez aussi vous abonner afin de ne manquer aucun nouvel épisode et on se retrouve très bientôt pour une nouvelle page d'histoire.