Speaker #0Tour, ville royale et trois fois capitale. Bonjour à tous. Aujourd'hui, et avant de commencer, je vous dois une déclaration d'intérêt. Tour, c'est ma ville. J'y vis, j'y enseigne, j'y cours le long de la Loire le dimanche matin. Je ne suis donc absolument pas objectif quand je vous dis que c'est probablement la plus belle ville du monde. Ou disons, pour rester raisonnable, l'une des plus belles. Bon, voilà, vous êtes prévenus. On regarde souvent Tours comme une jolie étape entre Paris et l'Atlantique. Une place à colombages, du vin blanc, le jardin de la France. Sauf que cette ville a été trois fois le centre politique du royaume ou de la république. Trois fois à cinq siècles d'écart. L'État français s'est installé sur les bords de Loire parce que Paris n'était plus tenable. Pour comprendre pourquoi, il faut commencer bien avant les rois. Avant la ville de Tours, il y a les Turons, un peuple celte installé entre Loire et Cher. Alors on les connaît par un auteur que vous, vous connaissez certainement, Jules César. Il les mentionne quatre fois dans la guerre des Gaules. Alors les Turons sont dans le camp de la résistance à l'attaque romaine. Ils répondent même parmi les premiers à l'appel de Vercingétorix en 152. Et après Alésia, les captifs turons sont déportés en Italie et réduits en esclavage. Et la ville romaine qui naît ensuite s'appelle Caesaro d'Unum, la colline de César. Oui, c'est l'allusion au coteau qui domine la Loire. Et cette ville pose jusqu'à maintenant un problème que personne n'a vraiment résolu. Je vous explique. On estime la population de Caesaro d'Unum autour de 6000 habitants. Sauf qu'on construit dans la ville un premier amphithéâtre au 1er siècle qui, lui, peut accueillir 14 000 personnes. Et ensuite, on va l'agrandir au 2e siècle et sa capacité grimpe alors à 34 000 places. 34 000 places dans une ville de 6 000 habitants. Imaginez un peu, c'est l'un des 5 plus grands amphithéâtres de tout l'Empire romain. Les archéologues parlent parfois d'un monstre architectural et aujourd'hui encore... personne n'explique vraiment pourquoi il est là. Donc Tours est une ville romaine et il reste encore quelque chose de cette ville romaine que l'on peut voir en marchant. La grande voie romaine, le Décumanus Maximus, est orientée est-ouest, parallèlement à la Loire. Cette voie romaine, elle est toujours là. C'est la rue du Commerce, puis la rue Colbert, puis la rue Albert Thomas, puis la rue Blanqui. Et quand on remonte la rue Colbert, On marche dans l'axe tracé par les arpenteurs romains il y a 2000 ans. Donc une ville romaine prospère, mais comme ailleurs dans l'Empire, elle connaît des difficultés au IIIe siècle et surtout au IVe siècle. D'ailleurs, au IVe siècle, la ville se replie derrière une enceinte fortifiée dont il subsiste d'ailleurs de belles portions dans le quartier de la cathédrale. On récupère des pierres des monuments publics pour la bâtir. et d'ailleurs l'amphithéâtre devient tout simplement une partie de la muraille. Le nom de la ville change alors, elle va prendre celui de son peuple, Kiwitas Turunorum, puis Turunorum, Turones et enfin Tours. Parlons maintenant de Martin. Les chrétiens disent Saint Martin, c'est une figure essentielle dans l'histoire de la ville. Alors Martin, c'est un ancien soldat romain, originaire de Panunni, la Hongrie actuelle. Et il aurait partagé son manteau de soldat avec un mendiant transi de froid. Et il aurait vu, la nuit suivante, en rêve, Jésus-Christ portant le manteau qu'il avait donné. Cela aurait poussé à sa conversion, comme moine d'abord. et ensuite comme évêque de Tours de 371 à 397. Alors il y met le 11 novembre 397 à l'ouest de la ville, hors les murs. Et à partir de là, tout se développe autour de ce tombeau. Martin est en effet le premier grand saint de la Gaule chrétienne et son sanctuaire attire des pèlerins de toute l'Europe. D'ailleurs, l'archevêché de Tours, qui remonte au moins au Vème siècle, voient son autorité s'étendre jusqu'au Mans, jusqu'à Rennes ou encore Vannes. Donc un bourg se forme rapidement autour du tombeau de Martin. Ce bourg se fortifie vers 918 face au raid normand et il prend le nom de Châteauneuf. Il obtient même le droit de battre monnaie. C'est le denier tournoi, tournoi qui veut dire de tour. Denier tournoi qui va donner ensuite la livre tournoi, c'est-à-dire la monnaie de compte de tout l'Ancien Régime. Donc les pèlerins, quand ils arrivent à Châteauneuf pour le pèlerinage auprès de Saint-Martin, changent leur monnaie d'origine. Et d'ailleurs, on trouve à Tours des noms de rues qui en gardent la trace. Rue du Change, rue du Zorfèvre, rue de la Monnaie, passage des pèlerins. La basilique consacrée aux saints, elle, était énorme. Elle est érigée en 1014, elle compte 5 tours et jusqu'à 200 chanoines. Alors j'ai bien dit « été » car il n'en reste que 2 de ces tours. 2 sur 5. Et nous verrons pourquoi. Donc en résumé, pendant 8 siècles, il n'y a pas une ville de tours, mais 2. A l'est, la cité qui est sur la base romaine autour de la cathédrale, l'archevêque, l'administration. A l'ouest, château neuf autour du tombeau de Martin. Là, on va y trouver les pèlerins, l'argent, le commerce. Et entre les deux, des vignes et surtout une rivalité permanente. Quant à la fusion des deux villes, elle arrive quand on a peur. Et en fait, c'est la guerre de Cent Ans. Poitiers tombe en 1346, Loudun en 1350 et les vieilles murailles gallo-romaines dont nous avons parlé ne valent plus rien. Le 30 mars 1356, Jean II le Bon signe des lettres patentes qui autorise la construction d'une enceinte unique, la Clouaison. 57 hectares, environ 4500 mètres de périmètre, et elle relie enfin la cité ancienne et Châteauneuf. Donc Tour ne s'unifie pas par la prospérité, mais parce qu'elle a besoin d'un mur. C'est justement avec la guerre de Cent Ans que tout bascule. L'historien Bernard Chevalier a consacré un livre à cette période sous un titre qui dit tout, Tour, Ville Royale, 1356-1520. En effet, les Valois... qui sont menacés à Paris pendant la guerre de Cent Ans, se replient sur la Loire, qui devient une arrière-cour du pouvoir, comme l'a écrit l'historien de Tours, Jean Vassor. Charles VII gouverne alors, lui surtout, depuis Bourges et Chinon, mais Tours s'impose sous Louis XI. Ce dernier achète en 1464 le château, qu'il rebaptise le Plessis. Il y vit, il y gouverne, il y meurt, en 1483. Et pendant 20 ans, le roi de France travaille à... quelques kilomètres de la place Plumeau. Et il ne se contente pas d'habiter, il fabrique une économie. En effet, au XVe siècle, la France dépense des fortunes en soirées italiennes. Le 23 novembre 1466, Louis XI ordonne l'installation d'une manufacture de soie à Lyon. Sauf que le pouvoir local refuse. Les marchands de Lyon vivent du commerce des étoffes italiennes et n'ont aucune envie de fâcher leurs partenaires. Alors, le 12 mars 1470, Louis XI fait transférer à Tours les 16 soyeux génois qui sont arrivés depuis Lyon, avec leurs moulins, leurs métiers, leurs chaudières. Et c'est comme ça que la première manufacture royale de soie de France est Tourangelle, avec un demi-siècle d'avance sur Lyon. Sous François Ier, elle fait vivre environ 45% de la population de la ville. Une ville qui attire aussi des artistes d'exception à l'époque, l'enlumineur Jean Fouquet, le sculpteur Michel Colomb. Et c'est l'époque justement où s'élèvent de somptueux hôtels particuliers en tufaux et de nombreuses maisons à pans de bois, comme celle d'ailleurs qui borde aujourd'hui la célèbre place Plumerau. Et cette prospérité rejaillit sur les habitants de la ville, à l'image de Jacques de Beaune, baron de Sanblancé. Alors il est né à Tours, il est devenu son maire en 1498, et donc Jacques de Beaune devient auprès de François Ier l'équivalent d'un surintendant des finances, le premier du royaume. C'est un poste très lucratif, mais assez dangereux, surtout quand les choses tournent mal économiquement parlant. Et justement, les guerres d'Italie coûtent trop cher. Et Louise de Savoie, la mère du roi, l'accuse de détournement. On a un procès controversé qui aboutit à sa condamnation. Jacques de Beaune est pendu au JB de Montfaucon à Paris le 12 août 1527, après avoir attendu vainement sa grâce au pied de la potence. Mais à Tours, Jacques de Beaune avait fait construire un palais magnifique, symbole de la renaissance française et de la prospérité de la ville à cette époque. Ce palais a brûlé en juin 1940, il ne reste qu'une façade isolée qui est plantée dans un jardin de la rue Nationale. Mais cette prospérité, c'est celle de tout le Val-de-Loire autour du XVe et surtout du XVIe siècle. Il se couvre de châteaux, les célèbres châteaux de la Loire. Avec cette proximité du pouvoir royal, Tours n'est pas épargné par les guerres de religion. Ainsi, quand Henri III est chassé de Paris par la Ligue, Il entre à Tours le 6 mars 1589 avec le Parlement. Ce qui veut dire concrètement que Tours devient, redevient la capitale du royaume. C'est la deuxième fois, avec une constante qui ne va pas se démentir. Généralement, Tours est capitale quand ça va mal pour le pouvoir. Le 30 avril 1589, au Plessis, la même où Louis XI était mort un siècle plus tôt, Henri III rencontre Henri de Navarre. Le roi catholique et le futur Henri IV s'allient contre la Ligue. Bon, Henri III est assassiné le 1er août et le Parlement ne rentre à Paris qu'en 1594. C'est donc pendant cinq ans que Tours va jouer le rôle officieux de capitale. Alors on arrive là au moment le plus sous-estimé de l'histoire de la ville, celui qui a fabriqué le Tours que vous voyez aujourd'hui. Depuis les Romains, vous vous souvenez, Tours est organisé selon un axe Est-Ouest. parallèlement à la Loire, la fameuse voie romaine. Sauf qu'au XVIIIe siècle, l'État tourne tout ça d'un quart de tour. Le prétexte, c'est que la grande route d'Espagne s'arrête à Tours, et il faut la prolonger vers Paris. Donc franchir la Loire, et ça sur un ouvrage moderne. Donc on a un chantier qui est porté par les intendants de la Généralité, surtout François-Pierre Ducluzel, qui est en poste entre 1766 et 1783. Et ce qu'il réalise, c'est une véritable méridienne, un grand axe nord-sud, parfaitement rectiligne, qui coupe la ville perpendiculairement à tout ce qui existait avant. On creuse une tranchée dans le coteau au nord, on fait un pont sur la Loire, qui est mis en service à la fin 1778 sous le nom de Pont Royal, c'est maintenant le pont Wilson, et on a une rue royale, maintenant la rue nationale, qui est percée toute droite dans le tissu ancien. Alors le basculement est brutal. Et d'ailleurs, ça se voit encore à l'œil nu. Rue Colbert, vous êtes dans un tracé antique, étroit, avec des maisons à pans de bois. Vous débouchez rue Nationale, et alors là, vous êtes sur une grande ligne droite du XVIIIe siècle. Il y a deux villes qui se touchent à 40 secondes de marche. arrive la Révolution française qui entraîne des conséquences importantes sur la ville. Elle en frappe d'abord le monument le plus important, la Collégiale Saint-Martin. Bon, elle avait déjà été bien endommagée par les guerres de religion et par des problèmes structurels. Elle devient bien nationale en 1790, avant d'être transformée en écurie en 1794. Ses voûtes s'effondrent en 1797 et on la démolit ensuite. Alors cet effondrement permet un réaménagement urbain. On va percer des rues à travers son emplacement, très probablement pour empêcher toute renaissance du culte de Saint-Martin. C'est d'ailleurs pour ça que la rue des Halles passe exactement dans l'axe de l'ancienne Nef. Alors le résultat est spectaculaire. De nos jours, les deux tours survivantes ne se font plus face de part et d'autre d'une église. Elles se dressent de chaque côté d'une rue, séparées par des immeubles et des voitures. Et sur la chaussée, en rudéal, on voit bien des pavés de couleur claire qui marquent l'emplacement des piliers. Regardez par terre la prochaine fois vous marchez dans une basilique. Bon, le culte est revenu quand même. En 1860, un tourangeau retrouve le tombeau du Saint sous une maison. Et on va créer une nouvelle basilique, dessinée par Victor Laloux, qui est construite à partir de 1887. Cette basilique est orientée nord-sud, parce que c'était la seule forme de terrain disponible. mais en taille, elle est nettement plus réduite que l'immense basilique antérieur. Parmi les enfants du pays, il faut évidemment citer Honoré de Balzac, qui naît à Tours le 20 mai 1799. Alors bien qu'il ait fait carrière à Paris, sa touraine natale imprègne une grande partie de son œuvre, notamment le Lys dans la Vallée. Tours est aussi une ville de médecins. Velpeau, Trousseau ou encore Bretonneau sont Tourangeaux. A l'époque de Balzac et de ses grands médecins, le XIXe siècle, Tours va rater l'industrialisation. La soie a décliné, Lyon a fini par prendre le relais. Et donc Tours reste une ville de préfecture, de garnison et de commerce qui passe de 30 000 habitants en 1840 à 60 000 habitants en 1891, mais sans bassin ouvrier. Le chemin de fer arrive pourtant avec la gare en 1846. Et même en 1910, la compagnie du Paris-Orléans, qui installe ses ateliers de maintenance. Oui, mais pas à Tours, à Saint-Pierre-des-Cors, juste à côté. Et donc, le monde ouvrier tourangeau va se constituer dans la commune voisine. Ce qui fait qu'on va avoir d'un côté une ville bourgeoise et de l'autre une cité cheminote. Et puis, il y a l'automne 1870 et la guerre avec la Prusse. Alors, après Sedan, Paris est... assiégé. Et le gouvernement de la Défense Nationale envoie alors à Tours une délégation pour relayer son action en province. Essayer de rallier des troupes face aux Prussiens. Et il lui faut un homme fort pour ça. Ce sera le ministre de l'Intérieur, âgé de 32 ans, Léon Gambetta. Mais encore, faut-il le sortir de Paris ? Ben oui, c'est une ville assiégée, donc il ne reste que la voie désert. Et c'est comme ça que le 7 octobre 1870, Gambetta décolle de la butte Montmartre et s'écrase en fin d'après-midi dans un bois de l'Oise. Alors il arrive à Tours le 9 octobre, deux jours plus tard, et il ajoute aussitôt le ministère de la guerre à celui de l'intérieur. Donc pendant l'automne 1870, la direction effective de la guerre s'exerce depuis Tours. Une fois de plus, dès que Paris est bloquée, la France redescend vers la Loire. Pendant la Première Guerre mondiale, Tours n'est évidemment pas une ville de front, mais elle devient un centre militaire, ferroviaire, médical et logistique majeur, et surtout après l'entrée en guerre des États-Unis en 1917. Oui, Tours devient le principal centre de l'arrière américain en France. D'ailleurs, il y a un monument près de la bibliothèque qui a été offert par les États-Unis, qui rend hommage à ce rôle, et le général américain Pershing a même écrit dans ses mémoires que les États-Unis avaient deux capitales, Washington, Et là arrivent à nouveau les temps difficiles et le même schéma qui se répète pour la ville. Évidemment, vous me voyez venir, on est le 10 juin 1940. Face à l'avancée allemande, un gouvernement qui quitte Paris et Tours redevient capitale. Le président Lebrun s'installe au château de Canger à Saint-Avertin. Paul Reynaud fixe le gouvernement au château de la Ménodière. De Gaulle loge à Asé-sur-Cher. Pétain, son rival, a atteint le château de la Ménodière. têté sur Cher, c'est sur la même rive du Cher mais c'est deux communes différentes, tout l'appareil d'État est éparpillé dans les châteaux de Touraine. Et le 13 juin, à la préfecture, se tient la dernière réunion du Conseil suprême interallié de toute la guerre. Un avion vient de se poser sur l'aérodrome de Parsémélé, au nord de Tours, escorté par 12 chasseurs. À bord, il y a Winston Churchill. Personne ne l'attend. Bah oui, personne n'a été prévenu. Le premier ministre britannique réquisitionne la voiture du commandant de la base. Il se fait conduire à la préfecture de Tours, mais là encore, il n'y a personne. Alors, il va déjeuner. Et finalement, la réunion s'ouvre à 15h30, en présence de Paul Reynaud, Georges Mandel et d'un général de brigade nommé Charles de Gaulle. Avec une question aussi simple que terrible, la France demande-t-elle l'armistice ? Pour l'anecdote, il y a un bureau de la préfecture qui porte encore la marque du cigare de Churchill. Churchill qui repart à 17h30. Cinq jours plus tard, le 18 juin, les Allemands tiennent la rive nord de la Loire. L'état-major ordonne de défendre le pont sur la Loire, le pont Wilson, qui porte d'ailleurs le nom du président américain de la guerre 14-18, et des troupes se postent dans les bâtiments de l'entrée monumentale de la ville. Le muséum d'histoire naturelle, l'école des Beaux-Arts, la bibliothèque municipale. Et là, le directeur de la bibliothèque panique. Il veut évacuer les manuscrits. Il a peur des destructions, mais il est trop tard. Et il avait raison d'avoir peur, car au matin du 19 juin, les obus tombent, la bibliothèque prend feu, le pont est dynamité, et d'ailleurs les canalisations d'eau qui sont logées dans le tablier sont rompues, et on ne peut plus rien éteindre. L'incendie va brûler 64 heures, jusqu'à ce qu'un orage l'arrête finalement deux jours plus tard. Le bilan, c'est 338 immeubles détruits, 1300 familles sans logis, 84 morts. Et pour les collections de la bibliothèque, 1200 manuscrits, 400 incunables, c'est-à-dire les premiers ouvrages imprimés. et 180 000 imprimés qui ont été détruits. Après 1945, il faut donc reconstruire un centre largement détruit par les combats de 1940 et par les bombardements anglo-américains de 1944 qui visaient la Loire. Et donc on va relever le centre, autour d'une rue nationale élargie, en conciliant modernité et matériaux traditionnels, le tufot et l'ardoise. Et vient une séquence politique très longue. C'est l'époque de Jean Royer, élu maire en 1959, et qui va le rester 36 ans. C'est peu de dire qu'il va marquer la ville. Alors Jean Royer, c'est le maire bâtisseur, au sens plein. Il annexe les communes voisines pour dégager du terrain. Il crée des quartiers nouveaux, l'Europe les douait au nord, les rives du Cher au sud. Il fait la rénovation du Vieux-Tour, qui transforme en un centre historique sauvegardé et rapidement d'ailleurs une zone touristique majeure. Alors c'est une figure clivante, Jean Royer. On va surnommer le père la pudeur. Les Tourangeaux l'adorent ou le détestent. Mais ce qui est certain, c'est que la ville porte incontestablement sa marque. En 1995, il est battu par un socialiste, Jean Germain, ancien président de l'université. qui lui aussi va rester maire longtemps, à 19 ans, jusqu'en 2014. Et son mandat, c'est celui de la Loire à vélo, de l'iconique statue du monstre, place du Grand Marché, de la guinguette sur la Loire et surtout du tramway. Si bien qu'en marchant aujourd'hui rue nationale, vous passez de la route romaine à l'axe de l'intendant du Cluzel, refait par la reconstruction et parcouru par un tramway de 2013. Vous avez trois, quatre époques. empilés sur la même ligne droite. Tours a donc été trois fois capitale. Une première fois pendant près d'un siècle, quand les Valois font de la Loire le centre du royaume et que Louis XI y installe la soie. Une deuxième fois pendant cinq ans, quand Henri III, roi chassé de Paris, y retrouve un royaume et y scelle l'alliance qui fera Henri IV. Une troisième fois pendant trois jours, en 1940, quand un gouvernement déroute, y décide, ou plutôt n'y décide pas, du sort de la France. Alors cette présence du pouvoir à Tours, il reste une trace de tout ça, une trace peut-être linguistique. Dès 1530, l'anglais John Palsgrave affirme dans la première grammaire du français que le meilleur français se parle entre Seine et Loire. Et en 1826, dans Saint-Marc, Alfred de Vigny écrit des Tourangeaux, je cite, « Leur langage est le plus pur français, sans lenteur, sans vitesse, sans accent. » près du berceau de la monarchie. Bon, c'est une légende, évidemment. Il n'y a pas de français plus pur qu'un autre. Mais cette légende, ancienne, existe parce que, pendant près d'un siècle, la cour de France a habité là. Une ville n'oublie jamais complètement d'avoir été une capitale. Et non, je ne suis toujours pas objectif. Si l'épisode vous a plu, vous savez quoi faire. Abonnez-vous, notez le podcast et surtout, parlez-en autour de vous. N'hésitez pas à rejoindre aussi le compte Instagram du podcast acquis en histoire. Et on se retrouve très vite pour une nouvelle page d'histoire.