- Speaker #0
Bienvenue dans TCA etc, le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mixono et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue dans un nouvel épisode. de TCA, etc. Aujourd'hui, j'ai la chance de découvrir une nouvelle histoire, une nouvelle personne qui vient témoigner à mon micro. Et donc, pour ce faire, j'accueille Gaëlle. Salut Gaëlle !
- Speaker #1
Bonjour ! Bonjour !
- Speaker #0
Merci d'avoir proposé de venir parler de ton parcours, de ton histoire. C'est des épisodes qui font beaucoup de bien, je sais, aux personnes qui... C'est trop chouette !
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Moi, la première !
- Speaker #0
Ce que je te propose... c'est de commencer par te présenter en disant ce que tu as envie de dire de toi.
- Speaker #1
Ok, donc moi c'est Gaëlle, j'ai 41 ans, je suis maman de deux garçons de 14 et 11 ans, séparés de leur papa et en couple avec Nicolas. Dans la vie, je suis assistante comptable et puis je suis quelqu'un de plutôt introverti. Voilà.
- Speaker #0
Ok. Merci pour cette présentation. 41 ans, donc team 1985, c'est ça ?
- Speaker #1
84.
- Speaker #0
Ah, 84. Oui, bientôt 42. Oui, bientôt 42. Moi, je suis de... T'as raison. Moi, je dis toujours que j'ai 40 aussi, tant que je n'ai pas les 41, je suis pareil.
- Speaker #1
Tant qu'à faire.
- Speaker #0
Et donc, si tu es venue, si tu m'as proposé de venir discuter toutes les deux, c'est qu'il y a un truc qui prend, qui a pris, tu vas nous dire, beaucoup de place dans ta vie et qui sont les troubles alimentaires.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
J'aime bien commencer l'échange par revenir à l'enfance. Et donc, je vais te poser la question aussi de savoir de quoi tu te souviens, toi, dans l'enfance, de ton rapport au corps et à la nourriture.
- Speaker #1
Ouais, bah écoute, moi, déjà petite fille, j'étais quand même globalement assez ronde. Alors, rien d'extraordinaire, mais voilà, si on doit dire qu'il y a une moyenne, j'étais un peu plus haute que dans la moyenne. Et c'est vrai que ça se... De mon enfance, je me souviens quand même que ça m'a marquée parce que je me sentais la plus grosse de mes copines, de mes cousines, de mes sœurs. Et en plus, j'étais quelqu'un qui aimait beaucoup danser, chanter, faire de la gym, donner un peu en spectacle. Et du coup, ça me freinait. Je sentais bien que je n'étais pas à l'aise et que j'avais plein de choses en moi et que je ne pouvais pas vraiment le montrer comme je le voulais parce que je ne me sentais pas très bien dans mon corps. J'étais en primaire, vers 6 ans, 8 ans. Mais ça, c'est ce que je me souviens. Et j'ai repris, il y a des années déjà, j'ai repris mon carnet de santé. Dans mon carnet de santé, c'était déjà les médecins à l'armée, déjà dès l'âge de 3 ans, parce que je sortais un tout petit peu de la courbe. Rien de dramatique en soi et je vois bien sur les photos que ce n'était pas non plus. Mais voilà, il y avait une sortie de courbe déjà depuis assez tôt. Mais je n'arrive pas trop à me rappeler de la manière dont je mangeais. Par contre, pour moi, je mangeais normalement. J'étais sûrement une petite fille gourmande, mais je mangeais normalement. Ma maman cuisinait maison et voilà.
- Speaker #0
Et tu te souviens si c'était un sujet dans la famille ?
- Speaker #1
Alors, pas spécialement, du moins pas quand j'étais petite fille, en tout cas.
- Speaker #0
Mais toi, par contre, il y avait quelque chose qui ne te rendait pas à l'aise ?
- Speaker #1
Oui, je voyais bien que j'avais un peu plus de ventre, un peu plus de cuisses. Vu que je faisais de la gym, la gym, on se met en juste au corps. Donc, quand on commandait les justes au corps, moi, c'était toujours les tailles un peu plus au-dessus. et puis... Du coup, dans un juste corps, on montre quand même beaucoup son corps. Donc, on voit bien quand on se compare aux autres aussi. Et oui, j'étais beaucoup dans la comparaison, c'est vrai.
- Speaker #0
Oui, c'est ça ce que j'allais dire. C'est par effet de comparaison finalement que tu as commencé à te sentir pas très bien dans ton corps. Oui,
- Speaker #1
mais je n'ai pas souvenir d'avoir eu des réflexions. Plus que ça, en toute honnêteté. J'ai de la chance, parce que je pense que ce n'est pas le cas de tout le monde, mais oui, on ne m'a pas fait tant de réflexions et je n'ai pas l'impression que c'était trop un sujet. Ça l'est devenu plus par la suite, quand ça a empiré, mais au début, pas tant que ça.
- Speaker #0
Et tu dis que ça t'empêchait un peu de t'exprimer comme tu l'aurais voulu avec ton corps ?
- Speaker #1
Oui, parce que pour moi, danser, faire de la gym, ça signifiait avoir le corps qu'elle est avec. Et du coup, je manquais de confiance en moi à cause de ça. Je pense qu'il y a quelque chose qui me freinait un peu, comme si je ne me sentais pas légitime un peu.
- Speaker #0
Ce que je me dis, c'est que tu manquais peut-être de représentation aussi. Tu dis que tous les corps de gymnaste que tu voyais étaient sans doute des gens minces.
- Speaker #1
Tout à fait, oui.
- Speaker #0
Et tu dis que ça a empiré. Qu'est-ce que tu veux dire par ça ?
- Speaker #1
En fait, je pense que... Je ne sais pas à quel moment l'alimentation est devenue une source de réconfort, mais je pense à la préadolescence. Petit à petit, ça s'est instauré petit à petit. Et en fait, le poids a monté un peu en flèche. Et du coup, les médecins ont un petit peu conseillé à mes parents de m'emmener voir quelqu'un. Et donc, du coup... Je pense que j'ai vu ma première nutritionniste à 12 ans et on m'a mis au régime. Et là, ça a été le début de la catastrophe. Parce que j'ai compris très vite que moi, en tant que bonne élève, j'ai voulu faire les choses bien. Je me souviens, j'ai perdu 8 kilos en deux mois, je crois. Donc à 12 ans, c'est quand même beaucoup.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord.
- Speaker #1
et là je me suis dit ah ouais c'est trop bien je suis capable de perdre du poids donc déjà là ça a instauré un truc un peu et puis bah forcément vu que c'était un peu le but recherché on me félicitait donc là aussi ça a instauré un truc que ton corps est mieux maintenant donc t'as gagné de la valeur peut-être aussi donc voilà c'est toutes des petites choses qui bah Et puis voilà, j'ai eu de la frustration. Un régime à 12 ans, c'est de la frustration. C'est de la frustration à n'importe quel âge, mais encore plus à 12 ans.
- Speaker #0
Tu te souviens de ce qu'il consistait, ce régime ?
- Speaker #1
Je n'ai pas trop... Mais oui, je pense que j'ai vraiment changé beaucoup de choses. Je suis passée d'une alimentation un petit peu chaotique à un truc très rigoureux. où c'est que je devais tout d'un coup réintégrer plein de trucs, plein de légumes, etc. Je n'ai pas de souvenirs hyper précis, je dois bien avouer, mais je pense que pour avoir perdu ce poids-là, ça devait quand même être un changement assez drastique par rapport à mes habitudes. Sauf que, comme je l'ai dit, j'étais frustrée. À un moment donné, je n'ai plus tenu. Donc, j'ai tout repris. Et là, ça a été le début de l'effet yo-yo. Et en fait, chaque régime que je commençais était toujours un peu plus strict. Et je reprenais tout derrière. Et puis, j'ai gagné du poids à cause de ça, en fait.
- Speaker #0
Ben oui.
- Speaker #1
Petit à petit. Et après, il y a eu l'arrivée au collège où il y a un mal-être qui s'est instauré en plus. Parce que pour moi, le changement entre la primaire et le collège, ça a été un peu un choc. J'étais dans un petit cocon, une petite école de village, je connaissais tout le monde et tout, j'avais mes copines, et là j'arrive dans le collège avec des grands, j'avais plus vraiment mes copines parce qu'on n'était pas dans la même classe, et elles se sentaient visiblement comme des poissons dans l'eau, alors que moi pas du tout, donc du coup ça a un peu creusé, et du coup je me suis retrouvée seule, pas trop d'amis, pas trop bien dans ma peau, et là je pense que la nourriture réconfort, ça y est allé quoi.
- Speaker #0
Oui, mais c'est ce que tu disais tout à l'heure finalement. Tu disais que ça avait un peu commencé par la nourriture-réconfort. Ah oui,
- Speaker #1
totalement, oui.
- Speaker #0
Nourriture-réconfort. Est-ce qu'à ce moment-là, tu as eu l'impression aussi que cette entrée au collège, c'est venu exacerber le mal-être peut-être que tu avais dans ton corps ?
- Speaker #1
Oui, parce que je l'ai vraiment mal vécu. Et puis, en plus, autant dans ma petite école de village, je n'avais pas trop de mémoire, je n'ai pas eu trop de réflexion sur mon corps. mais petit à petit petit à l'adolescence, à l'arrivée au collège, je serais avec le collège, c'est un peu là, c'est compliqué. Du coup, je ne me sentais vraiment pas à l'aise. Je sentais bien que j'étais plus grosse que les autres et que c'était compliqué. En fait, plus je me sentais mal, plus j'avais envie de manger pour me réconforter et plus j'aggravais le problème. Clairement. Là, ça a été deux, trois années assez compliquées. Et puis, une fois que le mal était fait et que la nourriture était vraiment là en tant que réconfort doudou, c'était compliqué de revenir en arrière.
- Speaker #0
Après, de ce que tu dis quand même, ce que moi j'entends chronologiquement, c'est qu'il y a eu peut-être la nourriture réconfort qui est arrivée. à l'entrée au collège, l'entrée dans la préadolescence, mais que rapidement après, il y a eu quand même un régime assez drastique qui t'a fait perdre beaucoup de poids, qui a créé beaucoup de frustration. Donc, je ne sais pas, peut-être qu'après, tu as fait des compulsions alimentaires, j'en sais rien. Mais en tout cas, quand tu dis nourriture doudou, ce que j'entends aussi surtout, c'est que ton comportement alimentaire, il a été aussi très abîmé par des restrictions.
- Speaker #1
Oui, il a été abîmé, ça c'est sûr. J'avais la certitude que de toute façon, il fallait que je perde du poids, que pour perdre du poids, il fallait absolument s'affamer. J'ai grandi dans les années 90, donc clairement, dans les années 90, le gras était à bannir, le sucre aussi, même si moins que maintenant. C'était la mode de Ducamp, de Wet Wetchers, de la chrononutrition, de la soupe aux choux. Je les ai tous testés, mais pas forcément très régulièrement. Après, j'en tentais de temps en temps. Et après, il y avait des grosses périodes où je relâchais tout et que je n'y arrivais plus. Et jusqu'à ce que je monte quand même assez haut. Alors, je ne pourrais pas te redire exactement l'âge que j'avais, mais j'ai atteint une obésité assez importante avec les trois chiffres sur la balance. Et c'est à partir de là que... que j'ai encore plus voulu entamer des régimes drastiques. Mais je suis quand même restée une bonne partie de ma préadolescence-adolescence à grossir petit à petit, sans trop faire de régime. Mes premiers régimes ont été tôt. J'ai dû en essayer un ou deux. Mais après, le poids est monté crescendo tout le collège, tout le lycée. Et c'est à la fin du lycée que... quand j'ai vraiment atteint un poids très important que je ne pouvais plus me voir, que là, j'ai dit non, là, il faut faire quelque chose. Et le problème, enfin le problème, oui, moi, quand je me suis lancée dedans, en tant que grande perfectionniste, je me suis lancée à fond, quoi. Et là, franchement, là, c'était de l'anorexie. Clairement, j'étais à 600 calories par jour. En un an, j'ai perdu 60 kilos. J'ai diminué de moitié mon poids. Tout le monde me félicitait, tout le monde me disait que c'était bien, mais alors moi, je n'ai jamais été aussi malheureuse de toute ma vie qu'à ce moment-là. Je n'avais plus aucune vie sociale, j'étais fatiguée, fatiguée tout le temps. Je ne tenais plus debout, sur la faim surtout. J'étais à la fois fière de moi, mais à la fois, je... Je voyais bien que je n'arrivais plus à sortir de ça. Je mangeais vraiment très peu. Du coup, je refusais toutes les sorties. Alors que j'avais une vingtaine d'années et que j'étais étudiante dans une grande ville, je pouvais sortir avec des amis. Mais j'avais peur de sociabiliser parce que ça signifiait manger, boire, donc grossir. Là, il y a toute une période où je me suis renfermée sur moi. Mais on me disait quand même que c'était bien que j'ai perdu tout ce poids. Personne ne s'est jamais alarmée parce qu'en fait, je ne suis pas descendue si bas que ça en termes de poids. Mais par contre, le fait d'avoir diminué de moitié en un an mon poids, c'était quand même assez alarmant. Je ne le savais pas sur le coup. Mais maintenant que je réalise, oui. Je sentais mes os, j'avais mal quand je restais assise trop longtemps parce que j'avais l'os des fesses qui ressortait.
- Speaker #0
Je trouve ça fort ce que tu dis. J'ai l'impression que ça illustre un truc qui va sûrement parler à pas mal de personnes. C'est le fait que déjà, on peut souffrir d'anorexie sans être extrêmement maigre. vu ce que tu viens de décrire par rapport aux os et tout pour pouvoir rester assise t'étais a priori quand même dans une certaine maigreur mais ça me semble important de le préciser c'est à dire que justement des personnes qui vont partir d'un poids qu'on va considérer comme étant en obésité En fait, on peut souffrir d'anorexie, d'un comportement anorexique, sans être dans un poids qui va être alarmant.
- Speaker #1
Ça, je l'ai su après.
- Speaker #0
Et comme on vit dans une société hautement grossophobe, en fait, on va valider, féliciter, et même pas s'inquiéter. Enfin, toi, c'est ça que je trouve fou. C'est-à-dire que j'ai l'impression que personne ne s'inquiétait autour de toi.
- Speaker #1
Non, mais parce qu'aussi, on n'en parlait pas, des troubles du comportement alimentaire. Je pense qu'ils s'inquiétaient plus, pour moi, quand j'étais obèse. Et le fait que j'ai réussi à perdre tout ce poids et que j'avais l'air de bien le vivre, puisque forcément, moi, j'étais dans mon truc, je donnais le change, quoi.
- Speaker #0
Oui, mais par exemple, tu dis que tu ne sortais plus, tu n'avais quand même plus de vie sociale. Oui, c'est vrai. Il y avait quand même des signes visibles de l'extérieur.
- Speaker #1
Oui, oui, sûrement. Mais je n'ai pas souvenir qu'on se soit trop, trop inquiétés pour moi, parce que je pense que c'était plus rassurant, parce que je rentrais enfin dans le moule, quoi.
- Speaker #0
C'est pareil, comme tu dis, perdre la moitié de son poids en un an, c'est une perte de poids qui est extrême.
- Speaker #1
C'est une fierté un peu.
- Speaker #0
Oui, mais en fait, c'est une perte de poids tellement extrême que de fait, je me dis, il y a les proches qui ne sont pas forcément éduqués sur le sujet, mais bon sang, à minima, les professionnels de santé doivent se poser des questions sur l'état de fatigue, le stress que ça crée pour le corps. Et puis... toi, comment tu habites ce corps ? C'est pareil quand même, ce changement radical.
- Speaker #1
En fait, ce que j'ai oublié de préciser, c'est vrai que ce grand régime qui s'est transformé en anorexie, il est arrivé parce qu'en fait, j'avais l'intention de faire l'opération une sleeve. Oui,
- Speaker #0
j'ai pas compris quoi.
- Speaker #1
Voilà, parce que je me supportais plus et que j'avais l'impression qu'il n'y a que ça qui m'aiderait. heureusement que j'ai jamais fait ça, parce que de toute façon, j'avais un rapport à l'alimentation complètement, et donc du coup, ça n'aurait pas aidé, ça aurait même empiré les choses. Et du coup, j'ai fait les démarches quand même pour, et en fait, rien que de faire les démarches, ça m'a motivée, et j'ai réussi à perdre le poids toute seule, sans passer par l'opération. Et du coup, en fait, au début, le médecin qui me suivait, du coup, m'a plutôt félicité. Parce que pour lui, c'est quand même une victoire de ne pas être obligée de passer par l'opération. Et j'ai quand même une nutritionniste qui me suivait, qui petit à petit s'est un petit peu alarmée quand même. Sur la faim, je remplissais un journal alimentaire. Elle voyait bien que je ne devais pas être beaucoup plus haut que 500 ou 600 calories par jour. Et qu'elle m'incitait, elle me disait vraiment, il faut booster un peu sur les protéines. Je me souviens, elle me disait... Quand tu manges un poisson, les poissons vapeur de 100 grammes, mets-en au moins deux dans ton assiette. Maintenant, je le sais, mais avant, j'avais peur. Je disais, non, je ne peux pas manger plus. J'étais vraiment dans une peur de reprendre du poids parce que je n'avais pas fait tout ça pour reprendre. Là, c'était vraiment de l'anorexie. J'avais vraiment peur de me nourrir et je comptais tout. Je pesais, j'étais devenue une calculatrice de calories ambulantes. Et je ne pensais qu'à ça. En fait, c'est « ouais, voilà, je ne pensais qu'à ça » . Ce qui fait qu'un jour, ça a explosé. C'est mon corps qui a repris le dessus. Puis qui a dû se dire « là, maintenant, ça suffit » . Et là, ça a été très compliqué à vivre. Parce que quand on voit qu'on perd le contrôle et qu'on ne peut plus rien faire... Alors qu'on était dans un contrôle très carré et que tout se passait très bien et que c'était justement ça qui était le... Enfin ouais, moi je me sentais puissante en fait. Et tout d'un coup, je ne maîtrisais plus rien. Et là, ça m'a fait vraiment très beurre. Et je me suis mise à faire des compulsions très violentes, à plus pouvoir rien gérer, à me faire mal au ventre. Et là, j'étais en... panique, je suis tombée dans une dépression. Je sentais la graisse pousser sous mon corps. Je ne sais pas si c'était psychologique ou si vraiment, parce que du coup, vu que je ne mangeais rien et puis que tout d'un coup, je faisais des compulsions, vraiment, forcément, il y avait de la rétention d'eau, il y avait tout. Et puis du coup, je sentais bien que je soufflais.
- Speaker #0
Et puis, c'est quand même... Ça, c'est très partagé. Je pense que les personnes qui nous écoutent avoir l'impression de se sentir grossir dès lors. que tu viens de t'enfiler une pizza. On sait que ce n'est pas possible, mais plein de gens vont témoigner de ça. Donc, quand tu dis que tu avais cette sensation, c'était plus... une impression, je pense, une construction qu'autre chose. Du coup, là, ce que j'entends, c'est que tu as basculé dans l'hyperphagie.
- Speaker #1
Alors, très vite, c'est devenu de la boulimie. Parce que du coup, je me suis dit, c'est pas possible autrement, il faut que je trouve une solution. Et du coup, c'est là que j'ai découvert les vomissements. Et c'est comme ça que j'ai un petit peu sauvé la mise, mais pas complètement. Déjà, moi, j'avais honte. Je me souviens, c'est la honte. La honte par rapport aux autres. Tout le monde t'a félicité, t'as perdu tout ce poids, tout ça, et là, t'es en train de tout reprendre. Qu'est-ce que vont dire les gens ? Tu vas être jugé, ils vont se demander comment ça se fait, qu'est-ce qui t'arrive. Je me souviens, ça m'obnubilait et ça me plongeait dans une profonde dépression. Mais pourtant, je ne pouvais rien faire pour arrêter les compulsions. C'était plus fort que moi, je ne pouvais pas.
- Speaker #0
Là,
- Speaker #1
c'était le mot-cord qui avait pris le dessus.
- Speaker #0
C'est ça. Et puis rien que le fait, je pense qu'il y avait plein d'explications physiologiques et psychologiques qui créaient tes compulsions. Mais en plus d'ajouter cette pression de « je ne dois surtout pas regrossir » , « que vont penser les gens ? » , c'est aussi un bon moteur des compulsions alimentaires de toute façon. J'en profite pour faire une parenthèse. S'il y a des proches qui écoutent à un moment donné ce podcast, des proches, des gens non concernés directement par les TCA, par pitié, arrêter de valoriser des pertes de poids. En fait, on ne se rend pas compte de l'impact, mais c'est une vraie prison mentale, en fait, que de valoriser des gens qui perdent du poids. Derrière, c'est ça qui se passe. C'est la prison de « mais qu'est-ce qui va se passer ? Je ne peux pas reprendre du poids. » C'est terrible, en fait.
- Speaker #1
Oui, ça a été vraiment une période très difficile, à tel point que je suis allée voir mes parents et je leur ai dit « je veux être hospitalisée » . Ça ne m'est jamais venu à l'esprit. dans ma période d'anorexie. Mais alors, au moment où ça s'est inversé, là, j'ai dit, c'est pas possible, je veux qu'on m'hospitalise, je veux que quelqu'un fasse quelque chose pour moi pour arrêter ce carnage. Là, j'ai même pas cherché à comprendre. Donc, ça s'est fait assez vite, j'ai réussi à être hospitalisée. Mais par contre, j'ai pas du tout été hospitalisée dans un service spécialisé en troubles du comportement alimentaire, j'ai été hospitalisée en psychiatrie. Alors, il y avait quand même un docteur... qui prenaient une personne, parce qu'ils considéraient que c'était des cas compliqués, ils prenaient une personne qui avait des troubles du comportement alimentaire à la fois, parce que c'était compliqué à gérer, etc. Mais par contre, voilà, c'était la gestion à l'ancienne, où c'est que... Donc, on arrive à l'hôpital, on nous prend tous nos effets personnels, notre téléphone, on nous coupe de la famille, on nous interdit d'avoir tout contact avec eux, on nous... ferme à clé la salle de bain après chaque repas et on nous oblige à rester assis sur le lit au calme, pour surtout pas aller se faire vomir ou faire du sport ou quoi que ce soit. Mais on ne règle pas le problème, en fait. Donc, moi, j'ai été hospitalisée cinq semaines. Je suis ressortie le soir même, je faisais une crise. Et là, je me suis dit, ma pauvre fille, t'es un cas désespéré. Sauf qu'en fait... personne n'avait trop rien fait pour moi. J'ai dû voir deux ou trois fois un psychologue ou une psychiatre. J'ai fait un atelier cuisine pour apprendre à faire à manger ou je ne sais quoi. Mais voilà, c'est tout, quoi.
- Speaker #0
Oui, désespérant. C'était il y a longtemps.
- Speaker #1
C'était il y a très longtemps. C'était il y a 17 ans, 18 ans. Mais voilà, c'est vrai qu'aujourd'hui, ça paraît un petit peu aberrant. Mais voilà, en fait, c'est ça qui a fait que ça a duré pendant des années, parce qu'en fait, je suis tombée dans une errance médicale totale. J'ai consulté plusieurs psychologues, mais jamais de psychologues spécialisés dans les troubles du comportement alimentaire. Alors, ils m'ont tous un petit peu aidée à leur manière, mais vu qu'ils n'étaient pas du tout formés, aux troubles du comportement alimentaire, ils se sentaient désemparés. Et puis des fois, à la fin, ils me disaient « Je suis désolée, je peux… » Ouais, ils ne savaient pas quoi faire. Et moi, j'attendais tellement d'eux parce que je me sentais seule, désemparée. Et je me disais « Mais est-ce que quelqu'un va vouloir m'aider, s'il vous plaît ? » Et en fait, du coup, je suis tombée en… Ça a duré des années à cause de ça, en fait. Et au bout d'un moment, j'ai dit « bon, les psys, ils ne peuvent rien pour moi, tant pis » . Et en fait, je suis restée boulimique pendant des années. J'ai essayé, alors mon poids a fait un petit peu le yo-yo, mais j'ai réussi, on va dire, tant bien que mal, à stabiliser un poids. Et je suis tombée dans un truc où c'est que du coup, je ne savais plus comment m'en sortir. Je contrôlais ce que je mangeais au quotidien. De temps en temps, il y avait des craquages qui se finissaient en crise de boulimie. Ces craquages sont devenus de plus en plus fréquents, à tel point qu'après, je n'avais plus de vie sociale à nouveau. Je ne sortais plus parce que je préférais rester chez moi et faire une crise. Donc, très compliqué. Et ça a duré des années, des années et des années. j'ai J'ai rencontré le papa de mes enfants. Ça s'est un petit peu estompé quand je suis devenue maman, parce qu'en fait, j'étais un petit peu tournée vers autre chose. En fait, j'ai relâché le contrôle. À ce moment-là, j'ai repris énormément de poids, mais j'étais maman, donc j'avais un peu relâché. Ça m'embêtait d'avoir tout repris. Mais j'étais dirigée vers d'autres préoccupations. J'avais d'autres préoccupations. Et même si je me sentais très mal dans mon corps, je n'avais plus le temps d'être boulimique ou anorexique. En gros, c'était ça. J'avais des enfants. Mais sauf que c'est assez vite revenu. Au bout d'un moment, une fois qu'ils étaient un peu plus grands, ça repartait dans le sens inverse. Je reperdais. Je repartais en boulimie. Et en fait, ça a duré des années. Jusqu'à encore, il y a très peu de temps.
- Speaker #0
de temps. J'entends que ça a ponctué comme ça, ça a été présent toute ta vie, avec des phases un peu différentes, mais c'est un truc que je vois beaucoup, chez beaucoup de femmes de notre âge. Et puis, c'est là, c'est présent, plus ou moins fort, avec différentes phases aussi.
- Speaker #1
Il n'y a jamais eu une phase où c'est que j'étais stable et que je mangeais normalement. Ça, ça ne m'est jamais arrivé.
- Speaker #0
Il n'y a jamais eu de phase où ça ne t'intéressait pas, où ça ne te préoccupait pas. pas.
- Speaker #1
Ça me préoccupait moins, mais du coup, je relâchais le contrôle, je mangeais en excès et je grossissais. Donc j'étais soit hyperphagique, soit orthorexique, alors ça aussi, soit boulimique, mais jamais avec une relation saine à la nourriture.
- Speaker #0
Et une relation saine à ton corps, parce que la base de tout ça, c'est ça aussi, c'est chercher à contrôler ton poids et ton corps.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et donc ça, ça a duré jusqu'à quand ?
- Speaker #1
Il y a très peu de temps. Là, franchement, j'ai réussi un petit peu à limiter. En fait, du coup, quand je me suis... Quand j'étais encore avec le papa de mes enfants, quand on a des enfants, c'est compliqué. On ne peut pas faire des crises. n'importe où comme ça. Quand on n'habite pas seul, c'est compliqué. Quand j'habitais seule, c'était très facile et c'est pour ça que c'était très fréquent. Quand j'ai eu une famille, c'était beaucoup plus compliqué à mettre en place. Donc du coup, c'était en moyenne une fois par semaine, parfois deux. J'essayais de me... Voilà, c'était le dimanche soir, c'était ritualisé. C'était le dimanche soir, après avoir couché les enfants. Mon conjoint de l'époque assistait à ça un peu, je n'étais pas à côté de lui, sans trop savoir quoi faire pour moi. Et après, je me suis séparée du papa de mes enfants, pour plein de raisons, mais je pense que les TCA n'ont pas aidé du tout. Et que lui, il n'a pas du tout su comment m'aider. Il était assez démuni. Et du coup, je me suis retrouvée à habiter seule et à voir mes enfants en alternance une semaine sur deux. Et là, ça a repris de plus belle parce qu'une semaine sur deux, j'étais seule. Donc là, j'ai remis en place des rituels où c'était quasiment tous les soirs. Là, c'est pareil, je suis passée par une période un petit peu compliquée où c'est que ça reprenait beaucoup le dessus. Contrôle alimentaire, puis craquage quasiment tous les soirs, suivi de vomissements. Donc extrêmement fatigant, difficile, il faut cacher ça à tout le monde, donc compliqué quoi.
- Speaker #0
Ouais, qu'est-ce qui, finalement je ne sais pas s'il y a eu un moment charnière, enfin tu vois, qu'est-ce qui a pu bouger un peu à un moment donné pour toi ?
- Speaker #1
Moi ça s'est fait extrêmement petit à petit, et ce qui a commencé à m'aider, clairement, c'est les podcasts.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Découvrir un monde où c'est que j'étais pas seule et qu'il y avait plein de personnes qui vivaient la même chose que moi. De comprendre par quel mécanisme je suis tombée là-dedans. Ouais. Et de déculpabiliser un petit peu aussi. De me dire que c'est peut-être pas forcément ma faute. Déjà, ça, ça m'a beaucoup aidée. Alors, ça, c'est pas en un claquement de doigts. Je me suis pas mise à écouter des podcasts et en deux semaines, tout allait bien. Mais petit à petit, petit, ça a instauré des choses dans ma tête, parce que j'entendais des témoignages, j'entendais des personnes qui se spécialisaient dans le suivi des troubles du comportement alimentaire et qui tenaient un discours totalement différent de ce que j'avais entendu auparavant. Et petit à petit, ça a quand même instauré chez moi une envie de retrouver quand même une vie normale, parce que clairement, ça prenait toute la place, mais toute la place. Et c'était difficile à vivre. Et dans le même temps, j'ai aussi rencontré quelqu'un. Donc forcément, ça m'a un petit peu détournée de ça. Alors pas beaucoup. Mais voilà, il y a toute la période où au début, on le cache. Puis après, quand on se sent prêt et qu'on sent que la personne est prête à l'entendre, ben voilà, on l'avoue. Mais voilà, au début, dans ma... Dans ma nouvelle relation, au début, je consacrais beaucoup de temps à mes crises. Et du coup, je disais, non, là, on ne peut pas se voir, j'ai une crise. Donc compliqué, quoi. Vraiment compliqué. Je m'en voulais d'être comme ça, mais je ne savais pas faire autrement. J'en avais besoin. C'était plus fort que moi.
- Speaker #0
Tu as utilisé le terme « on l'avoue » . Comme si, tu vois, on avoue quand on a fait quelque chose de mal,
- Speaker #1
on avoue qu'on a fait un délit,
- Speaker #0
un crime.
- Speaker #1
C'est un peu hontieux d'en parler à son partenaire de vie.
- Speaker #0
Mais alors que, bon, je sais que ça l'est, mais j'ai envie de répéter que ça ne devrait pas l'être et qu'il n'y a rien à avouer ou à assumer. Je galère avec une pathologie, en fait. Mais c'est hyper fort aussi d'avoir été capable d'en parler. Et je me demandais d'ailleurs aussi si, parce qu'on a parlé un peu de ta famille au début, mais... Est-ce qu'à un moment donné, tes parents, tes proches ont su que tu avais un trouble alimentaire ? Parce que la première période d'anorexie, ça n'a pas du tout été nommé ni diagnostiqué comme tel. Alors,
- Speaker #1
c'est un sujet qui est un petit peu tabou. Je dois bien avouer que je ne sais pas exactement ce qu'ils savent et ce qu'ils ne savent pas. C'est-à-dire qu'à un moment donné, quand je suis arrivée vers eux, vers ma maman notamment, en disant « Maman, au secours, je ne sais pas ce qui se passe, mais là, j'ai besoin d'être hospitalisée. » Elle m'a dit « Oui, pas de souci. » Elle a été très bien, elle a été compréhensive, présente, etc. Mais on en a… Tu vois, trop bizarre, chelou. On n'en a jamais vraiment reparlé, en fait. C'est-à-dire que je pense qu'elle attendait beaucoup de mon hospitalisation, qu'elle espérait que les gens là-bas m'aident. Et moi, vu que j'avais honte de sortir de l'hôpital en n'étant pas du tout guérie, je ne l'ai pas trop dit, qu'en fait, ça n'allait pas mieux. Et donc, du coup, c'est resté un peu un sujet tabou, c'est qu'on n'en parle plus trop. Sauf qu'en fait, je ne sais pas trop ce qu'ils savent et ce qu'ils ne savent pas. Mais je n'ai jamais trop abordé le sujet, en fait. J'ai toujours caché.
- Speaker #0
Encore aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je ne pense pas qu'ils savent que ça a duré aussi longtemps, pendant des années, que j'ai encore été boulimique en ayant mes enfants. Ça, je ne pense pas.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui rend compliqué pour toi le fait de leur en parler ?
- Speaker #1
Je pense que c'est la honte, clairement. Moi, j'ai honte. Plus trop maintenant. Parce qu'encore une fois, l'écoute des podcasts, des témoignages, de me sentir moins seule, de comprendre que ce n'était pas de ma faute, etc. Mais avant, c'était de la honte, la honte de souffrir de ça, de ne pas être capable de m'alimenter comme il faut, de penser que c'était moi le problème et que je n'avais pas trop envie de m'étendre sur le sujet, en fait.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Mais comme tu dis, aujourd'hui, tu as quand même compris plein de choses, déconstruit. Aujourd'hui, qu'est-ce qui fait que ce serait encore plus difficile ? compliqué d'en parler ou qu'est-ce qui fait que peut-être t'as pas envie de leur en parler parce que t'as le droit aussi peut-être parce que j'ai du mal à me livrer à ce point sur des choses aussi personnelles j'avoue
- Speaker #1
Mais en plus, moi, dans ma famille, j'ai trois sœurs. Mes sœurs ont également souffert et souffrent encore pour certaines de troubles du comportement alimentaire. Alors, pas au même niveau que moi. Mais dans ma famille, il y a de l'obésité, il y a eu de l'anorexie. Mes sœurs sont toutes concernées, pas forcément au même niveau, pas forcément au même moment, mais on y est toutes passées.
- Speaker #0
Oui, donc on pourrait imaginer que libérer la parole ferait du bien à plein de gens, en fait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais c'est vraiment marrant, avec d'énormes guillemets, ce que tu dis, parce que ce tabou, moi je l'ai eu aussi dans ma famille, et c'est un truc que j'ai entendu plein de fois, et qui est... limite assez proche d'un tabou qu'on peut observer dans les familles où il y a eu des violences sexuelles, tu vois, le même niveau, quoi, où ça se parle pas, et c'est fou, quoi, d'observer ce truc, enfin, comme tu dis, c'est assez fou, on se dit, t'as demandé une hospite, t'as eu le courage de dire, non, mais là, moi, j'ai besoin d'être hospitalisée, ok, ta maman t'accompagne, fait les démarches, t'es hospitalisée, tu sors, on reparle de rien, quoi, waouh. C'est fou, tu vois, qu'est-ce qui fait que ta maman ne t'a jamais demandé « Alors, et là, comment ça va ? » Elle l'a peut-être fait,
- Speaker #1
mais voilà, c'est resté... Je n'ai pas de souvenir extrêmement précis, mais je pense qu'elle m'a demandé... Mais j'ai dû me contenter de dire que ça allait, parce que j'avais honte.
- Speaker #0
Ben oui.
- Speaker #1
Et du coup, ben pouf, après, on n'en parle plus.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et du coup, ben... Plus je le cachais, plus c'était difficile de revenir en arrière et de dire, en fait, ça ne va pas. En fait, c'est en pire. Je ne sais pas comment m'en sortir. Et je ne sais pas ce que je peux demander de plus. Parce qu'au-dessus de l'hospitalisation, je ne sais pas ce qu'il y a. Et franchement, je ne sais pas. Donc, je suis restée. Du coup, j'ai préféré me taire et puis essayer de...
- Speaker #0
Mais c'est comme ça qu'on s'enlise dans des trucs. J'ai envie, encore une fois, de m'adresser aux proches, s'il y a des personnes qui écoutent à un moment donné cet épisode, n'ayez pas peur d'ouvrir le dialogue, sans forcément être intrusif, mais que ce soit la question des TCA, mais je refais le lien avec les violences sexuelles, parce que c'est les mêmes mécanismes, on n'ose pas poser la question. Et quand on sait que quelqu'un a été victime, on n'ose pas aller lui parler de ça, parce qu'on se dit qu'elle n'a peut-être pas envie d'en parler. il faut bien s'imaginer que dans les deux cas TCA, violence sexuelle, il y a énormément d'enfermement, de solitude d'isolement en fait par rapport à ces sujets là et du coup, faut pas avoir peur de tendre la main la personne si elle veut pas en parler, elle en parle pas mais elle sait que régulièrement elle a une main tendue et peut-être que malgré tout ça t'aurait aidé, parce qu'il y a des moments où juste t'étais trop dans la honte et du coup t'étais là en mode non Mais si une main tendue était revenue régulièrement, peut-être tu te serais dit, bah oui, non, mais là, je l'ai saisie. Et je dis, bah non, en fait, je disais que ça allait, mais ça ne va pas. Effectivement, puisque tu demandes, ça ne va pas.
- Speaker #1
À l'heure des charges, c'est bête, mais vu que j'ai un poids qui n'est pas alarmant, ni dans un sens, ni dans l'autre, pour des gens pas informés, déjà, ce n'est pas inquiétant. Dire, ma santé ne semble pas en danger, je ne suis ni trop maigre, ni dans l'obésité, etc. Donc, il y a déjà ce premier point. qui fait qu'on peut-être, on s'inquiète moins facilement. Et le deuxième point aussi, c'est que, je pense que tu le sais de par tous les témoignages que tu as déjà eus, mais en tant que personne boulimique, on est hyper doué pour le cacher. Et en fait, je pense que je donnais vraiment bien le change. Je paraissais être quelqu'un qui avait vraiment trouvé... une routine qui lui permettait de stabiliser son poids, pardon, je ne trouvais plus le mot, et qui s'en sortait comme ça. Et vu qu'au repas de famille, j'ai longtemps été celle qui amène sa gamelle, clairement.
- Speaker #0
Voilà, alors, tu vois, j'allais te dire, OK, le poids, OK, machin, mais peut-être qu'il y avait des choses... Parfois, ce n'est même pas visible. Moi, je pense que j'ai fait partie des gens où globalement, pour ma famille, je n'emmenais jamais ma gamelle ni rien. Mais pour autant, il y a des choses visibles. Donc, tu vois, t'emmènes ta gamelle.
- Speaker #1
Ah bah oui, non mais...
- Speaker #0
Et puis, en fait, j'ai aussi envie de dire, ce n'est pas tant. Il faut aussi sortir de l'idée que... Non, je vais le dire différemment. Un trouble alimentaire, c'est avant tout un trouble psy. Et finalement, l'idée, c'est quand on sait, quand on a un proche qui, à un moment donné, a traversé quelque chose d'aussi difficile que ça, juste rester attentif à... Comment tu vas ? Non, mais en vrai, comment tu vas vraiment là, en ce moment ? Et c'est tout, juste ouvrir des portes, pas forcément... Effectivement, ça peut être un peu intrusif d'aller dire « Et donc là, ça va ? Tu fais des crises de boulimie encore ? » Mais simplement ouvrir le dialogue, et voilà. Mais je ne le dis pas pour dire que tes parents n'ont pas bien fait, je le dis plutôt en mode conseil pour des gens qui nous écoutent. Parce qu'on n'est plus dans les années 90 ou 2000, et qu'on est en 2026, et qu'effectivement, on a accès à un peu plus de... d'informations sur ces sujets. Je pense qu'il y a des proches aussi de personnes avec des TCA qui écoutent le podcast. En tout cas, j'entends que toi, tu as été vachement seule avec ça.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Après, j'aurais pu dire que ça ne va pas. J'ai fait le choix de le garder pour moi, de donner le change. Et je pense que d'extérieur, pour des gens très peu informés sur le sujet, je paraissais gérée. Bien gérée.
- Speaker #0
donc j'en veux à personne moi de toute façon mais c'est vrai que du coup ça n'a pas aidé que ça devienne tabou comme ça et tu disais tout à l'heure que ça s'est fait donc petit à petit l'écoute de podcast t'as eu accès à des informations un peu diversifiées sur le sujet et qu'est-ce qui a changé quel changement t'as mis en place finalement pour que ça aille mieux ?
- Speaker #1
En fait, dans le même temps, il y a ma relation, ma nouvelle relation qui a évolué. Et je suis tombée sur quelqu'un d'extrêmement compréhensif, qui ne connaissait pas grand-chose au sujet à la base, mais qui vraiment s'est montrée ouverte d'esprit et qui s'est intéressée au truc et qui m'a dit « Ok, on va y aller à ton rythme » . Et donc, du coup, petit à petit, j'ai pu recommencer à partager un repas en amoureux. C'est lui qui avait cuisiné pour moi, alors que clairement, personne ne cuisinait pour moi. Parce que moi, c'était hors de question que je mange quelque chose que je n'avais pas préparé moi-même. Mais voilà, il est vraiment allé petit à petit en acceptant mes contraintes, etc. Et puis, du coup, ça m'a rassurée déjà. Je me suis sentie légitime, j'ai senti que je pouvais prendre mon temps pour essayer de faire les choses comme il faut. Parce que moi, de toute façon, je reste persuadée qu'à partir du moment où ça fait des années que ça dure, que c'est ancré en moi, ça sera plus difficile de s'en sortir que si j'avais vécu deux ans de troubles du comportement alimentaire et qu'au bout de deux ans, j'étais tombée par exemple sur tes podcasts. Là, moi, ça fait 30 ans, quoi. Donc au bout d'un moment, c'est ancré en moi, c'est hyper compliqué de s'en sortir comme ça. La peur de grossir, elle est là continuellement. J'ai déjà été dans un stade d'obésité à... Je ne sais plus exactement combien j'ai fait au maximum, mais en tout cas, il y avait trois chiffres sur la balance. Donc ça, ça me fait extrêmement peur d'y retourner. Donc du coup, de toute façon, je savais qu'il fallait que j'y aille vraiment petit à petit. Et en fait, après, alors ça ne fait pas si longtemps que ça qu'on habite ensemble, depuis le début de cette année. Et puis, je n'ai plus de moment où je suis seule. Donc du coup, il a fallu aussi que je me réorganise. Et puis finalement... Avec toutes les infos que j'avais emmagasinées, l'envie quand même de retrouver une vie normale, l'amour, elle partage avec quelqu'un qui m'aime, qui est comme je suis et qui me comprend. C'est toutes des petites choses cumulées qui font qu'au petit à petit, j'ai réussi à... Et là, on va dire que j'ai à peu près une vie sociale normale. J'accepte les invitations. Ça m'arrive encore d'amener... ma gamelle de légumes pour être sûre d'avoir mon quota parce que je suis un peu zinzin avec ça. Mais voilà, j'arrive à faire des écarts. Enfin, des écarts. On va dire que... C'est bien, si tu te reprends toute seule, c'est bien. On m'entend parler, c'est horrible. On va dire que je suis très carrée au quotidien sur mon alimentation. Le problème, c'est que je pense que j'ai... J'ai des problèmes un peu hormonaux, j'ai un peu de l'hypédème. Je pense que j'ai un corps qui ne correspond pas à mon hygiène de vie et qui ne rend vraiment pas hommage à tous les efforts que je fais quotidiennement. Pour moi, c'est assez compliqué de lâcher prise sur l'alimentation. Parce que déjà, même en mangeant, j'ai tendance à prendre du poids facilement. Du coup, c'est hyper compliqué pour moi. J'ai des jambes poteaux. J'ai l'impression de prendre du poids, alors que clairement, mon alimentation, elle est hyper carrée. Du coup, j'ai vraiment du mal à sortir de mes petites habitudes, de mes petites règles. Mais quand même, au fur et à mesure, j'ai quand même... Voilà, je mange des féculents, etc. Ça n'a pas toujours été le cas. J'essaie vraiment de mettre un équilibre alimentaire, d'apporter un peu de matière grasse, etc. De ne pas être trop... Mais voilà, je reste dans le contrôle, je reste dans une sorte d'orthorexie qui, du coup, fait que par moment, il y a encore des craquages. Et là, en fait, les craquages, vu que je n'ai plus vraiment de crise de boulimie programmée, c'est que j'étais toute seule et que je faisais ça dans mon coin, là, souvent, c'est les repas de samedi soir où on se fait un petit peu plaisir qui vont déraper. euh... où je vais me sentir obligée d'aller vomir parce qu'en fait, rien qu'à l'idée de devoir digérer tout ça, voilà où j'en suis maintenant.
- Speaker #0
Ton conjoint, il le sait ? Oui,
- Speaker #1
il le sait.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il en dit ?
- Speaker #1
Vous en discutez ? Oui, on en discute. Ce n'est pas un sujet tabou, il le sait. Je lui ai dit que pour l'instant, c'était la seule solution que j'avais. pour essayer de vivre normalement. C'est-à-dire que moi, ça me plaît de faire des petits repas en amoureux le samedi soir où c'est qu'on se fait un peu plus plaisir. Je n'ai pas envie de me passer de ça. Mais actuellement, je n'arrive encore pas à ne pas basculer dans une perte de contrôle. Alors, ce n'est pas une perte de contrôle totalement démesurée comme j'ai pu faire par le passé, mais il y a une perte de contrôle où c'est que je vais manger au-delà de ma faim. et que je sais, vu que dans ma tête, psychologiquement, je sais que derrière, je vais vomir. Et qu'il n'y a que le samedi soir que je m'autorise, par exemple, des trucs un peu plus gras, un bon dessert sucré, etc. Je profite pendant que je me l'autorise et après, je vais vomir. Là, pour l'instant, je suis coincée dans ce schéma-là. Alors, je suis contente parce que par rapport à... Il y a quelques mois en arrière où... je faisais des crises de boulimie programmées plusieurs fois par semaine et que je m'empêchais de passer du temps avec mon conjoint à cause de ça, là, ce n'est plus du tout le cas. C'est juste les repas du samedi soir qui dérapent. Pour l'instant, j'en suis.
- Speaker #0
Oui, mais est-ce que le problème, ce sont les repas du samedi soir ?
- Speaker #1
C'est ma peur de grossir.
- Speaker #0
Oui, et tu as peur de grossir et qu'il y a des conséquences mais... Enfin... Je sais pas comment te dire. J'ai l'impression que là, pour toi, le problème, c'est cette façon de manger le samedi soir.
- Speaker #1
Je pense que le problème, c'est que je suis trop strict au quotidien. Enfin, trop carré.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. C'est ta peur de grossir qui fait que tu manges d'une manière hyper contrôlée, où il y a quand même des aliments qui semblent encore être vachement exclus, ou uniquement autorisés sous couvert de ces samedis soirs. Et je sais que je vais me faire bonir. La simple... pensées permissives, c'est comme ça qu'on les appelle, les pensées permissives de « je vais aller me faire vomir » , appellent aussi la compulsion, même si c'est une plus petite compulsion.
- Speaker #1
Moi, je trouve ça hyper compliqué de revenir en arrière une fois qu'on sait se faire vomir. Vraiment très compliqué. Parce que je n'arrive plus à digérer un gros repas où j'ai abusé. Pourtant, ça arrive à tout le monde. C'est un peu... Moi, je n'ai pas envie parce que je sais que du coup, je vais mal dormir, que le lendemain, je vais me réveiller, je vais être barbouillée. Je n'ai pas envie. Et je sais que j'ai cette solution-là. Et pour l'instant, je n'arrive pas à faire autrement. J'ai l'impression que du coup, vu que ma santé n'est pas en danger, j'arrive à avoir une vie sociale, je me dis combien de temps je vais rester coincée encore dans ce...
- Speaker #0
Mais comment on peut dire ma santé n'est pas en danger en se faisant vomir ? Tu vois, je pense aussi qu'il y a une forme de... C'est invisible. mais à mon sens on peut pas dire ma santé n'est pas en danger quand on se fait vomir par rapport à 3 ou 4 crises par semaine avoir un vomissement par semaine on est bien d'accord que tu améliores aussi grandement la prise en soin de ta santé en ayant diminué donc en fait ce que j'entends c'est que j'ai l'impression que t'as trouvé un semblant d'équilibre qui t'a permis d'avancer et que là t'es à cette étape là ça veut pas dire que tu vas y rester bloqué Mais en tout cas, ça va être compliqué d'opposer prise en soin de ta santé et donc arrêt des vomissements et prise de poids. Si tu as le choix, tu choisiras toujours les vomissements. Mais l'idée, c'est de déconstruire ça. Parce que tout à l'heure, tu as dit « Moi, j'ai déjà été considérée en obésité, donc je sais ce que c'est, donc j'ai extrêmement peur d'y retourner. » Le truc, c'est que c'est comme si tu associais ça au fait de te lâcher la grappe. C'est comme si, dans ta tête, il y avait encore un truc un peu binaire de « Soit je contrôle de manière rigide, comme je le fais aujourd'hui, soit je ne contrôle pas, mais du coup, je reviens à ce poids sur la balance. » Alors qu'en vrai, dans les deux cas, c'est du trouble alimentaire. C'est du contrôle et de la perte de contrôle, mais toujours en lien avec le contrôle. Ce n'est pas je mange en étant à l'écoute de mes sensations. Je ne suis pas sûre que ton poids d'équilibre se situe à ce poids que tu as très peur de refaire un jour. Il y a peu de chances que ce soit ça ton poids d'équilibre. Donc je ne vois pas pourquoi ton corps t'emmènerait à ce poids-là si tu mangeais en écoutant tes signaux.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Après, au-delà de revenir à l'obésité, même prendre 10 kilos, pour l'instant, psychologiquement, c'est compliqué. Ce qui ne va pas arranger les choses, c'est que je vais me marier l'année prochaine et je vois mal comment je pourrais me lâcher la grappe maintenant, alors que ça fait des années que je n'y arrive pas, tout en sachant que forcément... J'ai envie de me sentir bien dans mon corps à ce moment-là. Je n'ai pas envie d'être dans une période où je suis en phase de guérison et puis j'ai 10 kilos de plus et je ne me sens pas bien, forcément.
- Speaker #0
Mais ça, c'est pareil. C'est projeté le fait que la guérison va nécessairement avec une prise de poids. En fait, peut-être pas. Enfin, tu vois, il y a différentes manières de prendre le chemin. Et par rapport à ton mariage, je comprends complètement ce que tu dis. Et je me dis déjà...
- Speaker #1
Fais attention à toi sur l'envie de perdre du poids. Oui, ça, c'est bon. J'ai déjà vu, oui. Ça m'avait quittée. J'arrivais à me dire, de toute façon, perdre du poids, c'est retomber dans des troubles du comportement alimentaire et les aggraver. Donc non, on va apprendre à s'aimer comme ça et c'est très bien. Sauf que depuis que je sais que je vais me marier, il y a une petite voix dans ma tête. qui me dit quand même avec 10 kilos de moelle, ça serait pas mal. 10 kilos, je m'entends, je ne me pèse pas. Mais voilà, je me dis si je m'affinais un peu, ça serait quand même cool. Puis des fois, je me tape sur les doigts, je lui dis mais non, non, ce n'est pas une bonne idée.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est important de remettre en face toutes les conséquences que tu connais. Déjà, le fait que peut-être tu n'y arriveras pas et que si tu y arrives, à quel prix ? Pour reprendre combien de kilos derrière ? Pour quelle détestation de ton corps ? Pour combien de crises de boulimie ? Tu vois, tu as parlé aussi de comment ça avait pu te mettre en danger en termes relationnels. Bon, ben voilà, c'est aussi quel sacrifice relationnel, même aussi dans ton couple ?
- Speaker #1
Oui, oui. Non, mais puis après, j'ai aussi avancé dans mon féminisme par rapport à quand j'étais adolescente. Et j'ai pris conscience de beaucoup, beaucoup de choses. Et du coup, ça m'aide aussi à me dire, ben non. Ça suffit maintenant, t'es très bien comme ça et on n'essaie pas de perdre encore et toujours. Pour plaire à qui, à quoi ? Stop.
- Speaker #0
C'est terrible, c'est pour ça que je te disais, fais gaffe déjà à ne pas avoir... Je vois que t'es armée et outillée pour lutter contre la petite voix qui te parle de perdre du poids, mais c'est clair que la période du mariage, au secours. C'est un truc qui est aussi survendu. J'avais vu au salon du mariage à Paris, il y avait je ne sais pas combien de stands de perte de poids. Mais au secours, que faites-vous là ?
- Speaker #1
Oui, c'est triste de se dire qu'il faut absolument en passer par là. Non, je ne veux pas de ça en plus. Mais c'est vrai qu'on se laisse vite tenter. Parce que voilà, forcément, je m'imagine alors quelle robe j'aimerais mettre, mais j'aime rien chez moi, si j'avais un peu moins de bras, ce serait plus joli. Mais non ! Donc oui, il faut qu'on fasse attention à ça. Mais, je me dis, ça me paraît compliqué de réussir à lâcher prise dans cette période de préparation. Voilà, mais...
- Speaker #0
Oui, c'est ce que tu dis. Moi, je pense que rien n'est jamais impossible. Je pense qu'on se met aussi des barrières. Je pense que voilà. En fait, il y a plusieurs choses. Pour moi, ce n'est pas impossible. Par contre, il faut se sentir en sécurité. Moi, j'aime bien parler de la sécurité parce qu'en fait, pour moi, c'est une question de beaucoup de ça, retrouver de la sécurité avec tous les aliments, retrouver de la sécurité dans son corps, faire confiance à son corps, dans sa capacité de réguler et tout ça. Et du coup, je pense que, ouais, engager ce travail-là, s'y mettre à fond, ça nécessite aussi un espace de sécurité. Et si tu sens que ce n'est pas le moment avant le mariage, pourquoi te prendre la tête ? Voilà. Et peut-être qu'effectivement, c'est quelque chose que tu pourras voir après.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Mais si j'arrive déjà à ne pas retomber dans « il faudrait vite perdre quelques kilos pour être plus jolie dans la robe » , ce sera déjà extraordinaire.
- Speaker #0
Mais en fait, c'est ça. mais c'est déjà super quand tu dis que t'as la petite voix qui te dit ça et la façon dont tu lui réponds bon bah voilà celle que tu étais il y a 10 ans n'en aurait pas été capable tu serais déjà reparti en grosse phase de restriction et ce serait reparti quoi en fait donc faut
- Speaker #1
voir aussi le chemin parcouru c'est clair après j'ai de la chance d'être très très bien accompagnée mon conjoint est quelqu'un d'exceptionnel et qui est très bienveillant et du coup euh... c'est plus facile d'apprendre à s'aimer aux côtés de quelqu'un comme ça. Et il écoute aussi des podcasts pour se renseigner sur le sujet. C'est trop bien. Oui.
- Speaker #0
On aime ça, on aime ce genre de conjoint. Oui,
- Speaker #1
on aime ça.
- Speaker #0
Merci. On arrive déjà au terme de notre échange, mais avant de te poser ma dernière question, je voulais savoir si on avait fait le tour ou s'il y a des choses que... Tu n'avais pas eu l'occasion de dire, sachant que tu as ma dernière question, je vais t'inviter à t'adresser aux personnes qui nous écoutent et qui sont peut-être dans des phases bien plus extrêmes, des phases de la toi du passé un peu. Mais avant ça, est-ce qu'il y a des choses que tu n'aurais pas eu l'occasion de dire, qui te semblaient importantes ?
- Speaker #1
Non, je pense que j'ai tout abordé. Ce que je retiens surtout, c'est la honte qui m'a accompagnée pendant des années. l'errance médicale, le tabou, que c'est très bizarre à quel point c'est difficile à avouer qu'on a des troubles du comportement alimentaire, bien plus que pour plein d'autres choses. J'avoue, je ne comprends pas pourquoi c'est aussi difficile, mais clairement, moi, c'est quelque chose que je suis incapable de dire. Oui, ça me gênerait que les gens autour de moi... J'en parle quand même. J'ai ma sœur avec qui j'en parle beaucoup parce qu'elle aussi, elle a été touchée d'une certaine manière. Elle aussi, dès sa plus tendre enfance, on a pointé son poids qui était un peu trop élevé et ça a fait énormément de dégâts sur elle. Donc voilà, j'ai trouvé en elle une oreille attentive et une oreille compréhensive surtout parce que pour les gens qui ne... qui n'ont jamais souffert de TCA et qui ne savent pas trop ce que c'est. J'avoue, des fois, on passe un peu pour des fous. Et c'est tomber sur quelqu'un qui nous comprend. C'est ça aussi qui m'a fait énormément de bien. De tomber sur des témoignages de gens qui comprenaient ce que je vivais parce qu'ils vivaient la même chose. Et ça, j'ai senti comme un poids sur mes épaules qui partait. Même si ça ne m'a pas permis en un claquement de doigts de tout de suite m'en sortir, mais ça m'a fait... tellement bien de me dire, ouais, c'est une vraie pathologie qui est pour rien et t'es pas toute seule. Ça, c'est sûr.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu pourrais dire alors aux personnes qui nous écoutent, qui traversent peut-être une phase difficile en ce moment ?
- Speaker #1
Je sais que ça fait peur, parce que quand on est dans les phases les plus critiques, on se dit qu'on s'en sortira jamais, que c'est impossible. Moi, je suis passée par là, vraiment, pendant des années, je me suis dit, mais c'est pas possible. Les autres, oui, mais toi, non, tu n'y arriveras pas. Ce n'est pas possible. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, la prise en charge des TCA est quand même bien mieux. Il y a des gens compétents qui sont formés et il faut vraiment compter là-dessus. C'est ce que moi, il m'a manqué pendant mon adolescence et ma période de jeune adulte. Et voilà, servez-vous de ça. Il y a des gens formidables, toi la première, qui ont vraiment des discours très aidants et qui font un bien fou. Et du coup, c'est ça qui m'a manqué. Donc, il faut en profiter. Et tout est possible. Mais je ne veux pas dire absolument qu'on s'en sort, etc. Parce que moi, je suis encore dedans. Mais j'ai quand même bon espoir. Et moi, je sais que c'est parce que j'ai traîné ça très longtemps que du coup, c'est un petit peu plus long. Mais j'ai quand même bon espoir.
- Speaker #0
Trop chouette. Merci Gaëlle. Merci à toi. Merci beaucoup. Et puis, je me dis, écoute, on peut se donner rendez-vous dans un an ou deux pour que tu me donnes des nouvelles quand le mariage sera passé.
- Speaker #1
Voir où j'en suis.
- Speaker #0
Ça pourrait être chouette. Moi, c'est trop chouette, je trouve, d'avoir des nouvelles des personnes qui sont passées sur le podcast. Et puis, pour toi, ça te fait aussi un peu un objectif tu vois de revenir témoigner ici ça pourrait être trop cool bon en tout cas je lance l'idée et puis tu reviendras vers moi si t'en as envie mais en tout cas déjà un grand merci pour ton témoignage je sais qu'il y a plein de personnes qui vont s'y retrouver et j'espère que ça leur fera le même effet que toi que ça enlèvera un peu un poids sur les épaules un poids de honte,
- Speaker #1
un poids de solitude enfin tout ça quoi c'est vrai que c'était très libérateur aussi d'en parler parce que du coup Bon. C'est à bout, donc voilà. Ça fait du bien. Ça fait une petite séance de psychologie.
- Speaker #0
Écoute, tant mieux. Je suis très contente. En tout cas, merci pour le temps que tu m'as donné.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide, d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast, ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible. Et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !