- Speaker #0
Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres, bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bonjour Lydie, bienvenue sur mon podcast et surtout un grand grand merci d'avoir répondu à mon invitation pour venir échanger avec moi.
- Speaker #1
Merci à toi de m'avoir invitée.
- Speaker #0
Ce que je te propose, c'est de te laisser dans un premier temps te présenter afin que nos auditeurs, auditrices, sachent un peu qui tu es.
- Speaker #1
Du coup, moi, je suis Lydie Thierry. Je suis psychologue clinicienne à la base. Je suis spécialisée dans les psychotraumatismes et la prise en charge des psychotraumatismes. Je suis la présidente d'une association qui s'appelle Andate TCA et qui est une association qui propose des parcours. cours d'ETP et de soins pour des personnes souffrant d'ETCA, avec aussi, du coup, une spécificité autour du psychotraumatisme.
- Speaker #0
Et qui est une association qui propose aussi des formations aux professionnels.
- Speaker #1
Tout à fait. On a beaucoup d'informations, prévention, ETP et soins.
- Speaker #0
Ok, merci beaucoup. Du coup, c'est bien parce que, juste par le biais de ta présentation, on comprend un peu mieux pourquoi j'ai fait appel à toi. parce que j'avais envie de pouvoir aborder ce sujet qu'est le psychotrauma en lien avec les troubles du comportement alimentaire. Moi, j'observe à deux niveaux différents, c'est-à-dire que dans des accompagnements que je fais autour des troubles alimentaires, j'observe qu'il y a quand même un certain nombre de personnes qui ont vécu des traumas, et notamment des traumas de type agression sexuelle. Et à côté de ça, je suis bénévole dans une asso à Angers qui accompagne les victimes de violences sexuelles. Et dans ce cadre-là, je fais le constat inverse, qu'il y a quand même un certain nombre de personnes qui développent des troubles du comportement alimentaire. Bon, du coup, moi, à mon petit niveau, je fais ce constat. C'est des choses dont j'ai entendu parler aussi en formation, mais moi, je n'ai pas d'études, de chiffres sous la main. Je me demandais si toi, tu avais des études, des choses qui parlaient de ça, du lien qui existe entre les deux.
- Speaker #1
Alors oui, il y a déjà un certain nombre d'études qui se sont penchées sur les liens entre... trauma TCA. Et ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas si simple que de l'étudier ces deux problématiques parce que quand on parle de TCA, on est globalisant, alors qu'à l'intérieur des TCA, il y a plusieurs formes. On s'aperçoit que les chiffres trauma TCA ne sont pas forcément les mêmes en fonction des TCA rencontrés. Ce qui est dit majoritairement... Si on prend la population TCA générale, c'est environ que 30% des victimes de violences sexuelles présenteraient des troubles du comportement alimentaire. Troubles des conduites, je vais encore me tromper parce que la nouvelle appellation est quand même assez récente. Mais si on va un tout petit peu plus dans le détail des TCA, en fait on s'aperçoit que ce chiffre il va clairement doublé si on étudie plus particulièrement l'hyperphagie boulimique. Là, il y a des études qui vont montrer qu'on est plutôt à 70% des théologies traumatiques dans l'hyperphagie boulimique. Alors, on parle de violences sexuelles, mais on parle aussi éventuellement de toutes les expériences négatives de l'enfance, qu'on appelle les AS, Adverse Childhood Experience. Donc vraiment, ce qu'on voit majoritairement dans les études qui est reflété, c'est que les tessera seraient des conséquences des traumatismes les plus violents, souvent des traumatismes qui seraient passés plus tôt dans l'enfance et que ça toucherait plus particulièrement les femmes et les enfants. Ce constat se fait aussi par le fait que finalement, les femmes et les enfants sont les populations les plus touchées par les traumatismes les plus violents, à savoir les violences sexuelles.
- Speaker #0
Ok, c'est surprenant, effectivement. Enfin, c'est surprenant, oui et non. C'est-à-dire que, de ma place, ce n'est pas si surprenant, mais de voir le chiffre carrément doubler, et en plus, je trouve qu'il y a quelque chose d'un peu méconnu. Peut-être que je projette un truc qui est complètement à côté de la plaque, mais je pense que pour beaucoup de gens, c'est plus facile d'imaginer le lien avec l'anorexie.
- Speaker #1
Oui. Alors qu'au final, très clairement, il y a effectivement des anorexies qui ont des étiologies traumatiques, mais ce n'est pas dans ce TCA qu'on retrouve le plus d'étiologies traumatiques. C'est... On est plutôt sur les TCA dits compulsifs, donc des TCA plutôt de l'ordre de la boulimie ou de l'hyperphagie boulimique. Là, effectivement, on va avoir un chiffre extrêmement important d'étiologie traumatique dans ces TCA plutôt compulsifs. Dans la nourriture restrictive ou la nourriture mentale pure, on va aussi en rencontrer, mais le chiffre est moins important.
- Speaker #0
Ouais, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, en fait. Ok, hyper intéressant. Je me dis que, peut-être qu'avant d'aller plus loin, avant de continuer les questions, peut-être que ce serait intéressant de prendre le temps de définir ce que c'est qu'un trauma, qu'est-ce qu'on entend derrière ça ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que le terme de trauma, il est entré dans le langage commun, très clairement. Les gens disent « je suis traumatisé » , bon, voilà. C'est un terme qu'on va entendre très clairement, de manière très familière dans le langage commun, mais en soi, effectivement, un trauma, ça a quand même une définition au sens clinique du terme. Donc, on va dire qu'un traumatisme qui va donner lieu à un psychotraumatisme, qui est effectivement la pathologie traumatique psychique. Eh bien, il est défini notamment par le DSM-5, qui est le manuel de psychiatrie de référence, comme étant un événement ou plusieurs événements, parce qu'encore une fois, il y a plusieurs types de traumatismes, où on a été confronté à la mort, à la menace de la mort, alors mort physique, mais c'est aussi mort psychique, à une blessure grave, des violences sexuelles, et dans différents contextes, à différents âges. Et là, effectivement, ça va donner lieu à des traumas avec des différences. On note par exemple les traumas qu'on appelle traumas type 1 ou unique, qui sont en fait un traumatisme qui arrive au cours de la vie d'une personne. Les traumas type 2, qui vont être des traumatismes plus complexes, où effectivement, là, on va avoir des événements qui sont fréquents, répétés dans le temps, et qui, du coup, vont donner... lieu à une pathologie qui sera aussi un état de stress post-traumatique mais un peu différent et plus complexe il n'y a pas de degré de sévérité entre les deux on peut avoir beaucoup de souffrance en ayant un trauma de type 1 le but c'est pas d'aller chercher lequel des deux est le plus utile à vivre c'est juste d'essayer de classifier un petit peu les traumatismes parce que l'incidence sur la personne n'est pas la même. Ce n'est pas pareil si vous vivez un trauma complexe à l'âge adulte que quand vous êtes un enfant, tout simplement parce qu'il y a tout le développement de l'enfant, psycho-affectif, cognitif, qui va être affecté par le traumatisme et qui, du coup, sera plutôt un trauma dit développemental. Donc, après, les traumatismes, vous en avez aussi qui vont être des traumatismes dits individuels, des traumatismes dits collectifs, des traumatismes dits intentionnels, c'est-à-dire... la perpétuer par un être humain, des traumatismes dits accidentels, en fait, c'est bien plus complexe qu'uniquement ce mot de traumatisme. Moi, ce que j'ai coutume de dire, c'est que ce qui fait foi, c'est quand même la souffrance de la personne face à un événement. Voilà. La personne ressent beaucoup de souffrance face à cet événement. C'est quelque chose qui dure dans le temps et pour lequel il y a finalement une incidence sur des différentes sphères de sa vie. On peut se poser vraiment la question d'un traumatisme.
- Speaker #0
OK. Ça, ça me plaît beaucoup, en fait, que tu termines en disant ça. Ça me fait faire le lien aussi avec les troubles des conduites alimentaires, où en fait, je vois plein de personnes comme ça qui cherchent à savoir est-ce que je devrais aller poser un diagnostic ? Oui, mais je ne rentre pas dans toutes les cases. Et qu'en fait, je parle souvent de la souffrance et du niveau d'incidence dans le fait de pouvoir vivre sa vie normalement ou non. Donc, ça rejoint beaucoup ça, en fait.
- Speaker #1
Oui, parce que finalement, le traumatisme, c'est quand même quelque chose qui est subjectif, puisque c'est... pas l'événement en soi qui est traumatique, c'est son rapport à l'événement. Donc, on va être, je ne sais pas, par exemple, tous les deux dans un accident de voiture, on vit le même événement, pour autant, on ne va pas forcément tous les deux déclencher des troubles psychotraumatiques derrière. Donc, il faut vraiment comprendre que c'est quand même subjectif et que du coup, il faut aller évaluer le vécu de la personne et pas forcément s'en tenir à l'événement. Après... Il y a certains événements qui sont problèmes traumatiques de fait, par la sévérité et la violence des événements. Notamment quand on parle de violences sexuelles, on ne se pose pas la question.
- Speaker #0
Ok. Et donc justement, pour revenir à ce sujet précis des violences sexuelles, qu'est-ce qui fait, comment, pourquoi le trouble alimentaire peut arriver dans le cadre d'un traumatisme lié à des violences sexuelles ? Parce que c'est vrai que c'est ce sujet-là... ce type de trauma-là que j'avais envie d'aborder spécifiquement, parce que je crois que ça concerne finalement pas mal de personnes, et c'est vrai que oui, je voulais le dire, je ne l'ai pas dit tout à l'heure, mais le constat que je fais, c'est que le peu de fois où j'en parle sur les réseaux, ou même dans le cadre d'accompagnement, je me rends compte que les personnes, elles-mêmes, les premières concernées, ne font pas le lien, en fait, tu vois, entre ce vécu traumatique et le trouble alimentaire. Non, elles n'ont pas en tête le fait que l'un puisse amener l'autre. Et c'est pour ça aussi que j'avais vraiment très envie de parler de ce sujet-là.
- Speaker #1
Alors, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les traumatismes, ils créent leur propre pathologie, qui est le psychotraumatisme. Mais à la suite de ça, on va avoir beaucoup de comorbidités traumatiques. Les TCA, dans ce cadre-là, ils rentrent vraiment dans ces symptômes de comorbidité. Au même titre qu'éventuellement... un alcoolisme, des tocs, une dépression. C'est vraiment les comorbidités. Et souvent, voire même quasiment tout le temps, les gens ne font pas le lien entre les comorbidités et le traumatisme du fait de deux mécanismes principalement qui vont agir dans les psychotraumatismes, à savoir la mémoire traumatique et potentiellement l'amnésie traumatique. et l'évitement traumatique. C'est-à-dire que lorsqu'on a vécu un traumatisme, il y a deux conduites qui vont se mettre en place, deux mécanismes de défense qui sont l'évitement et le contrôle et derrière, l'anesthésie émotionnelle ou la dissociation dans certains cas de figure. Et donc, en fait, ce sont deux stratégies qu'on retrouve dans les troubles des conduites alimentaires. donc forcément quelque part l'alimentation c'est quelque chose qu'on fait en fait d'emblée, c'est pas comme l'alcool où on peut décider de ne pas boire d'alcool manger, on mange tous et donc très rapidement finalement le cerveau va s'apercevoir qu'il peut s'en servir pour lutter contre le psychotraumatisme avec ces deux conduites différentes évitement contrôle, anesthésie émotionnelle, dissociation
- Speaker #0
Est-ce que tu peux en dire un peu plus sur ce que c'est que la dissociation ?
- Speaker #1
Alors, la dissociation, pour essayer d'être le moins technique possible, c'est un mécanisme de défense, c'est une sauvegarde naturelle de notre corps, de notre cerveau particulièrement, qui lutte non pas contre une menace externe, mais contre une menace interne. Ce qui se passe au moment d'un épisode violent, c'est qu'il y a une partie de notre cerveau qui va être paralysée, figée, ce qu'on appelle la sidération. C'est la partie finalement de notre cerveau qui nous sert à analyser la situation, qui peut aller mobiliser des savoirs pour comprendre une situation et qui se sert des stimuli qui lui arrivent pour analyser la situation dans laquelle elle est. Cette partie de notre cerveau, elle est sidérée, elle est figée. Donc elle ne peut plus analyser la situation. Il y a une autre partie du cerveau qui s'allume lorsque l'on est dans une situation de danger, ça s'appelle l'amidale. C'est un peu notre alarme interne. Cette partie du cerveau va conditionner une réponse, une réponse hormonale principalement, pour pouvoir faire savoir au corps qu'on est en danger et qu'il va falloir potentiellement agir, à l'aide de deux hormones qui sont l'adrénaline et le cortisol. Ce qui éteint l'amidale, c'est le cortex préfrontal, cette partie de notre cerveau qui analyse. Lorsqu'elle est sidérée, elle ne peut plus analyser et donc elle ne peut plus éteindre l'amidale. Donc notre amidale va continuer à envoyer de l'adrénaline et du cortisol dans notre corps. Ces deux hormones à haute dose sont des hormones qui vont être dangereuses pour deux structures de notre corps, le cerveau et le cœur. Donc pour pouvoir sauvegarder nos organes, on va faire disjoncter l'amidale en l'isolant à l'aide de drogues endogènes. qui correspondent à de la morphine ou à de la kétamine. Et le but, c'est de l'isoler pour qu'elle arrête d'envoyer de l'adrénaline et du cortisol. Au moment où on va isoler l'amidale, en gros, on ne va plus recevoir de réponses sensorielles et émotionnelles. Donc, la personne va vivre une forme d'anesthésie où, en gros, la situation continue. d'arriver, mais on ne ressent plus ni les émotions liées à cette situation, ni les sensations corporelles associées. Et ça, c'est ce qu'on appelle la dissociation traumatique.
- Speaker #0
Qui se produit, du coup, lors de l'événement traumatique, et que la personne, c'est ce que tu disais, va remettre en place par le biais de conduites alimentaires, notamment des compulsions alimentaires.
- Speaker #1
Tout à fait. C'est-à-dire que ce mécanisme-là, en fait, il va soit s'auto-déclencher par la suite tout seul, par exemple, quand la mémoire traumatique s'active, la personne revit à l'identique les événements, il n'y a vraiment pas de temporalité, et donc le mécanisme de sauvegarde, il peut se déclencher tout seul. Seulement, au bout d'un moment, notre cerveau s'habitue aux drogues endogènes, et donc il n'y a plus de déclenchement spontané. Donc la personne va chercher, en fait, eh bien... des conduites ou, j'allais dire, des drogues externes, pour pouvoir recréer le même état dissociatif et la même anesthésie émotionnelle. Les TTI vont dans ce cadre-là, aussi bien en tant qu'allumage de la mémoire traumatique pour dissocier que dans le cadre d'anesthésie émotionnelle, quand la personne... on ressent quelque chose de très fort.
- Speaker #0
Oui. Et du coup, ce que je trouve peut-être intéressant aussi à dire, en tout cas, moi j'ai envie de te poser la question, j'avais envie de te poser une question autour du fait que ce type de conduite alimentaire se chronicise, peut-être que c'est plus en lien aussi avec la notion d'évitement, c'est-à-dire que, en gros, la question que je me pose derrière ça, c'est quelqu'un qui viendrait travailler sur le trauma. qui va aller consulter quelqu'un vraiment de spécifique pour faire ça, est-ce que c'est possible que malgré tout, elle voit les compulsions alimentaires continuer ?
- Speaker #1
Alors, voire même au départ, ça peut s'accélérer.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est-à-dire que c'est justement quelque chose sur lequel il faut vraiment informer le patient, discuter avec lui. Alors, en fonction d'effectivement où est-ce qu'on va... commencer la prise en charge dans la temporalité du patient. Est-ce qu'on est sur un état de stress post-traumatique chronicisé, quelque chose d'ancien, etc. Au moment où on va commencer à aller travailler, on va lever les évitements quelque part, peut-être même lever des amnésies, des amnésies dissociatives autour du trauma, on peut avoir une accélération des mécanismes de défense et des conduites dissociantes notamment, donc des TCA. Et s'il y a d'autres conduites dissociantes, parce que ce n'est pas rare qu'on s'aperçoit que le patient utilise plusieurs types de conduites dissociantes pour obtenir cette fameuse anesthésie.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Donc, ça peut s'accélérer sur le moment. Au fur et à mesure du travail, est-ce que c'est censé diminuer, disparaître ? Est-ce qu'il y a des cas où ça peut malgré tout rester ?
- Speaker #1
Ce n'est pas une science exacte, il y a autant de cas que d'êtres humains. Maintenant, effectivement, si on est dans le cadre d'un traumatisme unique, on a de bons résultats avec des thérapies spécifiées trauma sur le fait de baisser le niveau de compulsion, de la sévérité, la fréquence, et voire même parfois obtenir une disparition du symptôme. Dans le cas des traumas complexes, comme son nom l'indique, c'est plus complexe. La temporalité thérapeutique, ce n'est pas la même. Mais il n'empêche qu'avec certains patients, encore une fois, on observe une diminution du symptôme, voire une disparition, lorsqu'il a été pris en charge, encore une fois, par des thérapeutes spécialisés dans le trauma.
- Speaker #0
Oui. Alors justement... C'est bien, ça me fait une transition parfaite. Comment aujourd'hui on est en mesure de prendre ça en charge ? C'est qui, c'est quoi ces thérapeutes spécialisés dans le trauma ? C'est quoi les outils qui sont reconnus aujourd'hui et qui fonctionnent en fait, pour le dire simplement ?
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, même si le domaine de la psychotraumatologie, ce n'est pas le plus répandu, très clairement, dans les professionnels de santé, moi qui suis spécialisée depuis plus de 15 ans, je vois quand même une nette évolution dans les prises en charge et dans l'information aux professionnels sur cette spécificité. Aujourd'hui, il y a quand même pas mal de psychologues, de psychiatres, de psychothérapeutes qui sont formés à des outils spécifiques de la prise en charge des psychotraumatismes. Pour en citer quelques-uns les plus connus, le MDR, l'ICV, les TCC centrés sur le trauma, et depuis quelques années les thérapies de la reconsolidation, ce sont des outils thérapeutiques qui ont fait leur preuve scientifiquement. et qui fonctionnent dans la prise en charge des psychotraumatismes et qui ont forcément de ce fait un impact aussi sur toutes les conduites distancientes associées.
- Speaker #0
Oui, ok. Toi, tu travailles avec quel outil spécifiquement ?
- Speaker #1
Alors moi, je travaille avec le MDR principalement. Avant, je travaillais avec les TCC d'exposition prolongée. mais c'est... Comme dans tous les domaines, il faut se former constamment et suivre des évolutions scientifiques pour être au plus proche finalement de proposer des outils innovants et efficaces aux patients. Et là, je pense me tourner vers ce qu'on appelle la somatic experiencing parce que comme je suis aussi spécialisée dans les TCA et qu'on parle beaucoup du corps du coup, J'ai besoin aussi d'un outil qui centre beaucoup sur le corps. Donc voilà, à peu près pour les formations.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu serais ok pour nous expliquer un peu comment chacun de ces outils fonctionne, que les personnes puissent se représenter un peu de ce à quoi ça ressemble ?
- Speaker #1
Oui, alors je ne suis pas spécialiste dans tous les outils, donc je peux vous en donner une connaissance sommaire. L'objectif quand même de ces outils majoritairement, c'est d'aller travailler la mémoire traumatique. Parce que c'est ce qui fait souffrir le patient. C'est cette réactivation de cette mémoire en permanence qui l'envahit complètement et qui n'est pas gérable en l'état pour le patient. Parce que soit elle le recidère ou soit elle le fait tellement souffrir que dans tous les cas, il va aller vers des conduites qui parfois le mettent aussi en danger. Dans les conduites dissociantes, vous allez avoir la mise en danger, par exemple, tout simplement, pour ne pas avoir à revivre les événements traumatiques dans le présent. Donc, dans les thérapies centrées sur le trauma, l'objectif est d'aller retraiter cette mémoire traumatique et de la rendre plus adaptative, c'est-à-dire, en gros, déjà dans le passé et pas dans le présent. Et puis aussi de traiter un peu toutes les croyances qui sont... apparues autour des traumatismes parce que effectivement la mémoire traumatique fait souffrir mais ce qui fait aussi souffrir les victimes c'est les croyances par exemple qu'ont pu véhiculer le système agresseur à savoir que la victime est coupable de son agression ou qu'elle est faible ou qu'elle n'est pas capable ou qu'elle est impuissante le sentiment d'insécurité permanent Ce sont des domaines qui sont extrêmement touchés, notamment après les violences sexuelles, et qui demandent à être travaillé, à être retraité pour être plus rationnel. Parce qu'encore une fois, penser qu'une victime est coupable de son agression, c'est irrationnel.
- Speaker #0
Et comment chacune de ces techniques ? Peut-être pas forcément toutes, mais au moins toi, celle que tu as pu utiliser, expérimenter. Comment est-ce que, sans forcément rentrer dans le détail, c'est peut-être compliqué ce que je te demande, comment est-ce que tu procèdes, comment est-ce que ça fonctionne en tout cas ?
- Speaker #1
Alors pour le MDR principalement, on sait en partie ce qui fonctionne et il y a une autre partie qu'on ne sait pas. Voilà, très clairement. On ne va pas se mentir là-dessus. On sait que ça fonctionne, mais on ne sait pas entièrement pourquoi. On sait que c'est la stimulation bilatérale qui... Donc, la stimulation bilatérale, c'est soit effectivement du tapping l'un après l'autre, ou alors suivre les doigts avec les yeux, qui va effectivement aider à l'intégration de la mémoire, puisque finalement, la mémoire ne s'est pas intégrée correctement. Et donc, il va aider à l'intégration de la mémoire. et à désensibiliser aussi le corps qui réagit encore comme si finalement l'épisode était toujours présent et pas du passé. Donc pour le MDR, on va finalement réévoquer les souvenirs de manière à pouvoir retraiter et désensibiliser en même temps et installer aussi des ressources. chez les patients. Alors, soit elles sont là et les patients ne les ont pas vues et le but, c'est d'aller leur montrer qu'elles sont là. Voilà. Ou soit, effectivement, d'aller en trouver des nouvelles avec lui. Et au final, de rendre plus adaptatif à la fois ce que le patient pense sur lui, sur le monde en général et à la suite de cet événement, plus rationnel, et que l'événement soit bien classifié. là, cognitivement, dans le passé, et non plus comme étant présent. Parce que vous avez beaucoup de victimes où, en fait, à l'évocation même de l'événement, la victime a la sensation qu'elle est toujours dans une situation de danger imminent. Et donc, c'est ça qu'on va travailler dans les thérapies du trauma. Après, vous avez d'autres thérapies qui vont être plus centrées sur le corps et qui vont faire appel aux mécanismes neurobiologiques du stress, par exemple. Et donc, ils vont aller travailler sur le sympathique, le parasympathique, de manière à finir les cycles du stress. Et puis, vous avez d'autres thérapies qui ont fait le choix de ne plus du tout connecter le patient au trauma. En fait, vraiment, les thérapies sont quand même assez différentes.
- Speaker #0
Oui, c'est clair.
- Speaker #1
Elles ont toutes le même objectif, mais elles n'utilisent pas les mêmes fonctionnements, finalement, de l'être humain pour y arriver. C'est pour ça que, souvent, je dis à mes patients, si vous avez essayé un outil qui ne convient pas, Il ne faut pas arrêter de se soigner. Il faut juste changer d'outil. C'est l'outil qui ne va pas. Ce n'est pas eux le problème ou ce n'est pas finalement la thérapie en général. C'est juste qu'il y a des outils qui fonctionnent mieux avec certains patients et puis des outils pour lesquels ça ne fonctionnera pas. Et en fait, il faut juste arrêter et aller voir quelqu'un d'autre.
- Speaker #0
Ce qui ressort beaucoup au milieu de tout ça, c'est ce côté central de remettre le trauma dans le passé. Et de lui redonner cette juste place, et effectivement, je pense que c'est difficile à imaginer ou à mesurer, mais c'est clair que pour une personne qui n'a pas encore eu accès à ce travail-là, qui n'a pas encore pu faire ce travail-là, tout est hyperactif, en fait. Enfin, voilà, tout le trauma est actif, c'est-à-dire que tous les sens aussi sont en éveil autour de ça, l'odorat, tout ça, toute l'hypervigilance que ça crée. Et il y a quelque chose d'épuisant et qui ne permet pas de vivre une vie normale et de développer plein d'autres choses. En fait, ça prend toute l'énergie disponible de l'organisme et du psychisme.
- Speaker #1
Tout à fait. Le terme, c'est vraiment l'insécurité. Ce sont des gens qui n'ont plus à se sentir en sécurité dans leur environnement, dans leur relation aux autres, dans la sécurité avec eux-mêmes. Il y a vraiment... une insécurité assez importante. Et en fait, le travail, finalement, thérapeutique sur le trauma, c'est de réinstaller de la sécurité.
- Speaker #0
OK. J'avais une question un peu spécifique que j'avais envie de te poser parce que c'est quelque chose que j'ai entendu quand même plusieurs fois sur des personnes qui sont considérées en surpoids, voire en obésité, et qui font un lien conscient. entre leur corps et le trauma et le risque de revivre des schémas comme ça d'agression avec des personnes qui ont pu me dire alors moi j'aimerais mincir parce que j'ai la sensation que je me sentirais mieux plus à l'aise dans mon corps pour bouger etc mais si ça m'arrive parce que j'ai le souvenir notamment d'une personne qui faisait des yo-yos de plus 20 moins 20 kilos quand même donc qui passait de l'un à l'autre et qui disait, ok, je me retrouvais dans un autre corps dans lequel je me sentais plus à l'aise pour bouger, pour vivre, mais en insécurité totale parce que de mincir me faisait redevenir... désirable, et donc potentiellement une proie. C'était vraiment le mot de la proie. Et puis à l'inverse, si je grossis, je ne suis pas bien, ça ne me convient pas, je ne me sens pas à l'aise dans mon corps, mais en même temps, ça crée une forme de sécurité, comme si ça me protégeait des agressions.
- Speaker #1
Après, la pierre d'ancrage de tout ça, c'est le rapport au corps, et notamment le rapport au corps dans la violence sexuelle. C'est-à-dire que très souvent, on entend qu'il est rendu responsable. de la violence sexuelle et au-delà de ça, que la personne est rendue responsable. Alors que si on prend cette idée du surpoids et de l'obésité qui protègent, des personnes en situation de surpoids et d'obésité ont déjà vécu de la violence sexuelle. On voit bien que c'est complètement illusoire et il est hyper important de faire comprendre et de faire prendre conscience aux personnes qui ont été victimes que la seule raison pour laquelle elles ont été agressées, c'est parce qu'elles ont croisé la route d'un agresseur. Et il n'y en a pas d'autres, en fait. Ça, c'est hyper important, parce que sinon, quand le corps est rendu responsable, on va pouvoir le traiter un peu comme étant le coupable et donc le maltraité. et puis se dissocier de lui, c'est-à-dire il y a moi et mon corps. Donc que ça soit finalement dans le sens où je lisse complètement mon corps pour plus qu'on le voit. ou je prends beaucoup de poids pour ne plus être soi-disant désirable socialement, on voit bien que là, la responsabilité est mise du côté de la victime et du corps. C'est aussi la notion de faiblesse qui est problématique parce qu'elle est souvent associée au mot victime. Et ça, c'est extrêmement délétère parce qu'en réalité, on ne parle pas de victime, on parle de survivant, on parle de personnes qui ont eu la force de survivre et ce, malgré parfois l'impensable. Donc forcément, il faut quelque part assez rapidement faire... prendre conscience aux personnes plutôt que de ce statut de victime, ce statut de survivant et que finalement, avoir été victime, ce n'est pas être faible.
- Speaker #0
Ça me plaît beaucoup ce terme de survivant pour nommer la place de la victime, effectivement. Alors, c'est bien parce que ça me fait une transition parfaite, encore une fois. Ce que tu dis depuis tout à l'heure, moi, ça me fait penser aussi à ce qu'on va nommer globalement la culture du viol, qui est quand même, en tout cas de mon point de vue, je ne peux parler que de mon point de vue, moi je trouve qu'elle est omniprésente dans notre société, et à quel point cette culture du viol, la société dans laquelle on vit et la façon dont elle s'organise, a une part de responsabilité aussi là-dedans, dans le fait de nommer la victime comme coupable, responsable, et donc... que ce soit son corps, la façon dont elle a vêtu ou dévêtu son corps, ou le positionnement de la personne. Est-ce que c'est quelque chose déjà, dans un premier temps, est-ce que ça c'est quelque chose qui te parle aussi ?
- Speaker #1
C'est quelque chose qui me parle forcément, dans le sens où je vais l'entendre finalement dans la bouche de tous mes patients qui ont vécu des violences sexuelles. La culture du viol, elle est tellement imprégnée au niveau sociétal que forcément les patients... ils ont internalisé certains discours et qu'on va l'entendre dans leurs croyances. J'ai déjà eu une patiente qui a pu me dire « Oui, mais c'est parce que j'ai les yeux bleus. » « J'ai été agressée parce que j'ai les yeux bleus. » Vous voyez, ça va très très loin, finalement, dans cette culpabilisation des victimes. Le fameux « il n'y a pas de fumée sans feu » , c'est quelque chose que les gens sont tout à fait capables de vous dire, des fois pas très conscients de ce que ça implique. mais parce que c'est quelque chose qui a été éducativement parlant, répété. On baigne, en fait, dans la culture du viol depuis toujours.
- Speaker #0
Et moi, j'extrapole un petit peu. Je me demande aussi de quelle façon cette culture du viol et ce qu'elle impose en termes d'injonction sur nos corps, la forme que sont censés avoir nos corps, encore une fois, la façon dont on est censé les cacher. ou les montrer. Je parle notamment, là, je parle vraiment de la place de la femme, spécifiquement. De quelle manière cette culture du viol, sans même passer par la case agression sexuelle dans sa vie, de quelle manière est-ce que ça peut influencer le rapport à notre corps et donc, peut-être même, jouer un rôle sur l'apparition de troubles dans le rapport à son corps, de l'image corporelle et aussi de troubles des conduites alimentaires ?
- Speaker #1
Je pense que ça a une place extrêmement importante. on va prendre un sujet actuel, vous prenez l'écologe qui interdit les crop tops La raison qui est avancée, en gros, c'est parce qu'il ne faut pas montrer le corps des femmes, parce que ça peut distraire les camarades et perturber les professeurs. Moi, ce discours, je suis ça écurant, excusez-moi, mais moi, quand j'entends ça, ça me provoque juste du dégoût. En fait, qu'est-ce qui va être envoyé à la jeune fille ? Encore une fois, ce qui va être envoyé, c'est que son corps est sexualisé, très clairement, et qu'il n'est que ça, déjà. qu'il ne lui appartient pas de décider si elle le montre ou ne le montre pas. Encore une fois, là, il y a un peu le corps objet. Et puis, si elle le montre, au final, elle transgresse quelque chose et donc, elle sera responsable de ce qui peut se passer après. Et ça, je vous ai donné cet exemple-là, mais il y en a des tas des exemples comme ça. Le nombre de femmes qui ont souffert d'avoir une poitrine précoce à des âges très précoces, j'ai énormément de cette prom... problématique-là chez des patients de TCA. Et pourquoi ? Parce que les seins sont systématiquement sexualisés, c'est une partie du corps, voilà, et que donc, en avoir, ils ont pu avoir des comportements, mais des commentaires désobligeants. Je me rappelle une patiente qui me disait, j'avais 10 ans, j'avais déjà beaucoup de poitrine, quand je passais dans la rue, des hommes de chantier pouvaient me siffler. C'est extrêmement traumatisant pour une enfant de 10 ans. C'est certain que toute cette culture du viol a un impact sur la culture du corps en général, et derrière, qui dit corps va dire éventuellement soit désir social d'avoir le corps idéalisé, ou alors au contraire, dissociation de ce corps parce qu'on en souffre d'une manière ou d'une autre, et donc déconnexion du corps. Mais en fait... La déconnexion du corps, ça n'amène jamais rien de positif, puisque c'est nous, ça se déconnectait de soi-même en fait.
- Speaker #0
Oui, je trouve ça tellement important de pouvoir t'entendre dire ces choses-là. Je suis tellement contente que les personnes qui écouteront cet épisode-là puissent avoir accès à ce discours-là. Je trouve que c'est très bien expliqué. L'exemple de la poitrine qui se développe très jeune. C'est un exemple que j'ai eu plein de fois aussi. L'épisode de podcast, le dernier que j'ai enregistré, qui est sorti aujourd'hui, le jour où on enregistre, la personne explique ça justement. C'est quelqu'un qui a sombré dans l'anorexie à l'adolescence, mais qui explique ça, d'avoir été formée très jeune et tout ce qu'elle a pu vivre avec, de l'hypersexualisation de son corps. Et puis la difficulté aussi, même juste elle avec elle, de ne pas se retrouver, de ne pas comprendre, en fait, à un moment donné, ce corps, et de ne pas avoir été accompagnée non plus, en fait, par l'entourage proche avec ce nouveau corps, avec le fait d'avoir accès à des soutiens-gorges adaptés. Enfin, tu vois, ça m'a marquée, parce qu'à un moment donné, elle explique, elle dit, je me regarde dans le miroir, j'ai genre 11 ans, et je fais du 90C, j'ai pas de soutien-gorge, quoi. Enfin, tu vois ? Donc ouais, je pense que c'est hyper présent et je trouve ça difficile finalement de faire prendre conscience à quel point il y a un lien entre tout ça, entre l'image, finalement toute cette culture du viol, tout le rapport qu'on a au corps de la femme dans cette société, de la femme, de la petite fille en fait, c'est horrible mais en fait ça vient hyper tôt. Et puis tout ce qu'on va construire nous. de relation, de rapport à notre corps, à notre image, et de à quel point juste ça, je dis juste ça, en fait, c'est énorme déjà, mais ça peut paraître rien de l'extérieur, en fait, parce qu'on baigne tellement dedans que c'est devenu une normalité, juste ça, ça peut venir créer des troubles, en fait, dans le rapport qu'on a à notre poids, à notre corps et à notre alimentation, du coup.
- Speaker #1
De toute manière, il y a quand même des liens entre, finalement, la culture un peu des régimes et... et d'idéalisation du corps et la culture du viol. Quand finalement vous faites endosser systématiquement la responsabilité d'une reprise de poids à la personne qui mange, c'est une culpabilisation au même titre que la responsabilité éventuellement. Ce n'est bien entendu pas le même impact sur la personne, mais sur la personne qui a vécu de la violence sexuelle.
- Speaker #0
Oui, et puis quand on voit la façon dont... est traitée, même médiatiquement. En plus, on est en plein dedans au moment où on parle toutes les deux. Je veux dire, il y a quand même plusieurs sujets médiatiques qui prennent beaucoup de place en ce moment. Et quand on voit de quelle manière on est capable de parler, en fait, des victimes, alors même que on peut constater que la victime est droguée, inconsciente, on arrive à pouvoir dire non, mais en fait, elle fait semblant ou alors si son mari était d'accord, donc c'était OK. Voilà, je trouve qu'en ce moment, on voit bien... à quel point il y a plein de choses à retravailler sur la place de la femme, sur la place de l'image du corps de la femme, sur la place du consentement, enfin voilà, sur toutes ces choses-là.
- Speaker #1
Et que le chantier est malheureusement énorme. On ne se rend pas compte à quel point finalement c'est répandu.
- Speaker #0
Oui, malheureusement, je trouve que quand il y a ces affaires-là qui sortent, qui sont médiatisées, il suffit de se promener un peu sur les réseaux et de regarder les commentaires. Et on se rend compte de l'ampleur du désastre. Et là, on se rend compte de... En fait, j'allais dire, du fait qu'on n'avance pas, si, j'ai envie de croire qu'on avance quand même sur certaines choses. Il y a quand même eu des choses qui ont changé aussi, même dans la législation, finalement, sur les dernières années. Donc, je ne vais pas dire que ça n'avance pas. Mais il y a, en tout cas, sur l'opinion publique populaire de ces choses-là, il y a encore plein de choses à bouger. Et comme tu le disais, c'est quelque chose qui est propre à l'éducation. C'est quelque chose qui se construit depuis petit. c'est des petites phrases. qui peuvent paraître anodines, qu'on entend depuis qu'on est gamin. Je veux dire, d'entendre « ah oui, mais bon, t'as vu comment elle était habillée ? » « Ah oui, mais bon, elle est sortie toute seule à cette heure-là aussi, quelle idée ? » C'est des choses qu'on soit un garçon ou une fille, quand on entend ça dans l'enfance, ça va forger un certain nombre de choses sur notre manière de percevoir derrière.
- Speaker #1
Même au-delà de ça, les messages préventifs sont erronés dans le sens où souvent ils s'adressent aux filles. Donc quand finalement vous faites un message de prévention, uniquement sur les filles, c'est que vous leur envoyez qu'elles vont avoir forcément une part de culpabilité si elles ne les suivent pas. Tout le monde a déjà entendu « ne sors pas seule le soir » , « ne prends pas les transports toute seule » , etc. Alors, pas dans une... L'objectif n'est pas de faire du mal à la personne, mais est-ce que beaucoup ont déjà entendu quelqu'un parler à son fils en lui disant « ben voilà, il ne faut pas... » avoir de rapports sexuels avec une petite amie si elle a bu de l'alcool parce que tu ne peux pas être sûre qu'elle soit consentante. En fait, c'est des choses qui se disent pas. On va plutôt dire à la jeune fille, ne bois pas d'alcool pendant une soirée. Donc, il y a aussi toute, finalement, une culture même de la prévention à modifier et à mettre en place pour que la culpabilité ne soit plus du côté des victimes.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Justement, Quel conseil, toi, tu pourrais... En fait, j'ai divisé en deux cette petite partie sur ce que tu pourrais transmettre comme message. J'ai une partie plutôt adressée aux victimes. Et puis, dans un deuxième temps, on pourra parler de la population un peu plus générale. Mais si, là, tu devais t'adresser à des personnes qui ont été victimes et qui écoutent ce podcast, est-ce que tu aurais envie de leur transmettre ?
- Speaker #1
Ce que j'aurais envie de leur dire, c'est ce que je dis à tous mes patients, au final, c'est à quel point ils sont forts et à quel point ils ne se rendent pas compte qu'ils sont forts. Quelque part, moi, j'ai une forme d'admiration pour ces personnes qui ont vécu des choses, encore une fois, parfois c'est l'impensable, et qui finalement sont là et continuent à fonctionner. Et que malgré, finalement, peut-être des stratégies qui sont à terme. des stratégies qui leur font du mal, c'est quand même ce qui les a aidées à tenir. Donc, une personne qui, par exemple, souffre de TCA, je vais d'abord lui expliquer que c'est sa stratégie de survie et qu'en fait, c'était cool qu'elle ait trouvé cette stratégie de survie. Et puis, après, on va se demander si on ne peut pas trouver autre chose pour qu'elle se sente mieux. Mais en fait, elles sont fortes et moi, je trouve qu'elles sont admirables et qu'ils n'ont plus à se cacher, en fait. Parce que la honte et le dégoût, ce n'est pas à eux de les ressentir, c'est aux auteurs d'agression. et que si la société doit vraiment leur faire ressentir quelque chose, c'est ça. La deuxième chose que je voudrais leur dire, c'est qu'on peut retrouver une vie épanouissante après la violence et qu'il est primordial quelque part de se faire accompagner par des personnes qui sont bien formées aux problématiques parce que ce n'est pas un fait inéluctable en fait. On peut vraiment aller mieux, résilier. En tout cas, on peut retrouver une vie épanouissante. que ce soit une vie de tous les jours ou même une vie sexuelle.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour elle, pour ces personnes-là. Et si tu devais t'adresser à la population entière, parce qu'on est toutes et tous potentiellement l'approche de quelqu'un qui a vécu des agressions sexuelles, qu'est-ce que tu aimerais transmettre comme message ?
- Speaker #1
Je pense que c'est important pour tout un chacun de repérer, d'énoncer dans le discours. discours qui relève de la culture du viol. Parce que, quand même, bien souvent, c'est ce qui va enfermer les victimes dans le silence. Si vous êtes, je ne sais pas, moi, dans un groupe d'amis et que, pendant la soirée, il y a quelqu'un qui dit « Ah, bah oui, elle, elle dit qu'elle a été violée, mais bon, t'as vu comment elle s'habille ? » Ce genre de choses, il y a de grandes chances que vous n'allez pas parler de vos agressions, enfin, des agressions que vous avez subies, parce qu'on sent que là, il n'y a pas l'espace de le faire. C'est vrai que c'est hyper important que... Alors déjà, ne pas véhiculer ce discours, mais même lorsqu'on l'entend, de le repérer et puis de le dénoncer. Parce que je pense que ça soulagera les personnes qui, eux, ont été victimes de ces violences, de voir que finalement, tout le monde n'a pas cet avis.
- Speaker #0
Oui. Et comment agir, réagir ? Alors, soit si quelqu'un vient se confier sur le fait d'avoir vécu des violences, ou même... Si on a le doute, parce qu'il y a ça aussi peut-être dans l'entourage, de voir un comportement qui change, de voir des choses qui nous mettent la puce à l'oreille, comment est-ce qu'on peut agir ?
- Speaker #1
Je pense que la clé de doute, c'est quand même la communication avec les personnes. Quand on s'intéresse aux gens et qu'on a un vrai intérêt empathique et une écoute active, les gens vont se sentir assez en sécurité pour pouvoir en parler. Je pense que le mot d'ordre, c'est encore la sécurité. C'est pas facile d'évoquer ce type de sujet, parce qu'il y a toujours cette notion de honte, de peur de comment ça va être reçu. Et donc, plus la personne va se sentir en sécurité avec vous, et plus elle va pouvoir finalement avoir l'espace de se confier.
- Speaker #0
Ok. Et comment tu créerais cet espace de sécurité ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faut prendre les devants parfois. C'est-à-dire que... Moi, je... Alors, moi, j'ai un cadre particulier, puisqu'effectivement, les personnes viennent me voir pour des difficultés, alors rarement pour leur traumatisme, soyons clairs. Ils viennent me voir parce qu'ils ont des difficultés de dépression, de TCA. Ils consultent très rarement, finalement, pour les traumatismes. Du coup, je vais poser la question. Je vais poser la question directement et je vais détabouiser, en fait, cette question. parce que plus je le rends tabou et plus finalement on peut se poser la question qui c'est que ça dérange est-ce que c'est moi ou est-ce que c'est eux d'en parler donc je pense que c'est important de poser la question de savoir la poser aussi et donc d'avoir cette sensibilité et puis de laisser la possibilité à la personne de répondre ou non oui c'est ça,
- Speaker #0
de laisser quand même l'espace de se saisir ou non de ça il y a quelque chose je pense qui peuvent freiner un certain nombre de personnes, c'est de se dire, ouais, mais je veux le ou la laisser en parler parce que j'ai peur de lui faire du mal, de réveiller, en fait, le trauma. Voilà, je me doute de quelque chose ou bien même, je sais que cette personne a vécu quelque chose et elle me paraît aller mal, mais j'ai l'impression de la protéger, en fait, en ne disant rien.
- Speaker #1
Clairement, je ne peux pas adhérer à ce discours-là. Les victimes, elles sont enfermées dans le silence, d'accord ? Si soi-même, on est dans le silence, qu'est-ce qui va se passer en réactive ? La victime, on lui a quand même dit à un moment ou à un autre, tais-toi, tu n'existes pas, tu es un objet, tu n'as pas parole. Si moi, je ne redonne pas, quelque part, à un moment donné, l'espace pour pouvoir redevenir un être humain à part entière et s'affirmer, est-ce qu'ils vont le faire d'eux-mêmes ? Ce n'est pas certain, non.
- Speaker #0
Oui, mais je pense que c'est important de nommer ça, parce que je crois que vraiment, quand on est aussi dans... Tu vois, il y a aussi une forme de... méconnaissance de ce qui se passe peut-être autour. Et puis, il y a aussi un tabou culturel autour des violences sexuelles. Je dirais, a fortiori, quand il s'agit d'inceste, où là, il y a vraiment quelque chose où la prise de parole, elle est compliquée. Et même autour, en fait, c'est presque compliqué d'aller en parler. Et ça peut partir vraiment derrière d'une bonne intention. En tout cas, la volonté de ne pas brusquer la victime ou quoi. C'est pour ça que j'avais... envie d'aller te chercher aussi là-dessus pour que tu puisses en dire quelque chose, parce qu'effectivement, je crois qu'il faut avoir en tête que les victimes sont emmurées dans le silence, et que rouvrir des espaces de parole, après, desquels elles se saisiront ou non, sur le moment ou plus tard, mais de savoir qu'il y a des espaces où on peut parler, où on peut être entendu, je pense que c'est vraiment important.
- Speaker #1
Oui, typiquement, moi, ça peut m'arriver de poser la question. questions et d'avoir la réponse 4 mois plus tard, quand la personne se sera sentie assez en sécurité avec moi pour pouvoir aborder ce sujet. Mais si je n'avais pas posé la question, peut-être que ça ne serait jamais arrivé. Moi, j'ai des patients qui m'ont dit, j'ai fait 15 ans de thérapie, on n'a jamais abordé le sujet. Parce que l'évitement traumatique va faire aussi que les patients n'abordent pas de même ce sujet.
- Speaker #0
Oui, je pense que il faut aussi, ça me fait penser à autre chose, peut-être qu'il est intéressant de dire aux personnes qui ont été victimes, c'est que le parcours de soins, Il n'est pas linéaire. Et puis, il faut aussi se respecter dans le temps que ça va prendre. Ça me fait penser, moi, au fait que, pour le coup, nous, l'association où j'interviens bénévolement, elle est nommée, tu vois, elle s'appelle l'Association d'aide aux victimes d'abus sexuels. Bam, voilà, c'est nommé. Donc déjà, juste le fait que les personnes, à un moment donné, viennent jusqu'à nous, appellent, ça, ça leur prend déjà un temps. Et ça nous arrive que les personnes fassent ce premier contact, mais ne viennent pas au premier rendez-vous fixé. On refixe un autre et ne viennent pas. Viennent au premier rendez-vous, puis qu'après, il y ait des loupés. Et puis d'autres, pas du tout. Je veux pas dire que c'est tout le temps comme ça. Il y a des personnes qui, une fois qu'elles ont franchi le cap, hop, c'est bon, elles s'inscrivent dans ce parcours et puis elles viennent à chaque rendez-vous. Mais en tout cas, ça existe aussi, ça. Et en fait, nous, c'est aussi notre job d'accueillir ça, d'accompagner ça. Et il n'y aura jamais, ces personnes-là ne seront jamais blâmées. Moi, j'ai jamais allé leur dire, non, mais dis donc, c'est bon, c'est trop tard maintenant, vous n'êtes pas venus. Non, parce qu'on sait que ça fait partie du processus.
- Speaker #1
Je dirais qu'il y a différents niveaux de conscientisation des traumatismes et que les personnes n'en sont pas au même endroit dans leur parcours de soins. Vous n'allez pas finalement agir de la même manière avec une personne qui, par exemple, vient de faire une levée d'amnésie traumatique et de se souvenir d'épisodes traumatiques qu'une personne qui a fait déjà un travail dessus pendant X années. On n'est pas du tout dans la même temporalité et du coup, la temporalité, ce n'est pas la nôtre, c'est celle du patient.
- Speaker #0
Il y a une question que je n'avais pas prévue de te poser et j'ai envie de te la poser du coup parce que je t'ai demandé ce que tu pourrais transmettre aux victimes. à la population lambda, mais peut-être que tu aurais envie de passer un message aussi aux professionnels de santé ?
- Speaker #1
Pour les professionnels de santé, il y a deux messages. Il y a le premier, formez-vous. Il existe des formations de sensibilisation déjà à la clinique des traumatistes sans pour autant devenir un thérapeute du trauma, mais au moins être sensibilisé sur le sujet, ça me paraît nécessaire quand on est professionnel de santé et quand on sait... que les traumas sont des facteurs de risque de déclencher quasiment tout type de pathologie. Donc, je pense que c'est quand même important. Et la deuxième chose, c'est n'ayez plus peur de poser la question parce que vous êtes peut-être la seule personne qui va le faire et qui va derrière pouvoir orienter le patient vers une prise en charge adéquate et adaptée. Beaucoup de professionnels que je forme ont pu me dire « Oui, mais moi, je ne pose pas la question parce que je ne sais pas quoi en faire. » En fait, dans un premier temps, on l'accueille. clairement la réponse et on remercie même le patient éventuellement de l'avoir partagé avec nous parce qu'on sait que là il est en train de vivre quelque chose de difficile, on lui fait savoir si on est la bonne personne ou pas la bonne personne pour l'aider sur ce sujet là et puis après on l'accompagne, on fait une lettre on l'accompagne vers quelqu'un qui est là pour le coup plus spécialisé dans la prise en charge des traumas ça va donner une continuité de soins au patient, ça donne du lien et c'est important le lien dans la thérapie super,
- Speaker #0
merci beaucoup On arrive déjà au terme de mes questions. En même temps, peut-être que toi, tu as envie d'ajouter quelque chose en dehors des questions que j'avais préparées.
- Speaker #1
Non, mais je pense que c'est très bien de faire ce type de podcast qui sont accessibles à tous et qui ne demandent pas aux patients qui, peut-être pour l'instant, ne sont pas encore dans une temporalité de consulter, de pouvoir avoir accès à ce type de savoir. Je pense que... C'est un bon outil pédagogique.
- Speaker #0
Trop bien. Je le pense aussi, c'est pour ça que je fais ça. Et je suis vraiment ravie d'avoir pu échanger avec toi. Je trouve que c'était hyper riche, parce qu'à la fois, tu as transmis... Je reprends ton mot du savoir. On dit que le savoir, c'est le pouvoir. Et je crois vraiment que c'est le cas. Et l'idée, c'est aussi de redonner une forme de pouvoir à ces personnes qui se sentent complètement dépossédées de tout ça, voire même d'un statut digne d'être humain. après avoir vécu des traumas. Donc c'est ça l'idée, c'est de transmettre du savoir. Et je trouve que tu l'as très bien fait parce que c'était ultra riche et à la fois, en tout cas, ça m'a semblé très accessible. Donc voilà, je n'ai pas trop de doutes sur le fait que ce sera vraiment utile aux personnes victimes, aux proches, aux professionnels. L'idée, c'est aussi de transmettre un message à tout type de personnes parce qu'on est tous, toutes concernées par cette question-là. On baigne dedans de toute façon.
- Speaker #1
Tout à fait. Et j'ai l'habitude de dire à mes patients, à la fin, vous en saurez autant que moi sur les traumas.
- Speaker #0
Un immense, immense merci, Lydie, pour ta disponibilité, d'avoir répondu présente pour cette façon de donner comme ça. C'était vraiment super chouette. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci de m'avoir invitée.
- Speaker #0
Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Mon podcast étant une ressource gratuite que je mets à disposition, le meilleur moyen pour me soutenir est de laisser une note, un commentaire sur ta plateforme d'écoute, et bien sûr de partager mon podcast pour le faire connaître et diffuser le message que je souhaite transmettre. Un grand merci à toi pour ton soutien.