- Speaker #0
Eh,
- Speaker #1
team player,
- Speaker #0
mes papayassons !
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans Team Player, mes papayassons, le débrief ! Aujourd'hui, on plonge dans un univers qui fait rêver, en tout cas moi qui me fait rêver et dans lequel j'ai travaillé, la création audiovisuelle. Motion design, animation, publicité, jeux vidéo. On imagine des projets géniaux, ils le sont, des équipes passionnées, elles le sont, de la liberté créative, il peut y en avoir. Mais la vraie réalité, c'est aussi de la pression, du stress, des deadlines impossibles, des clients qui changent tout à H-2 et des créatifs qui se crament. Et au milieu de tout ça, les RH. Poincé entre protéger les équipes et servir le business. Entre dire « pose tes limites » et « oui mais le client veut livrer demain » . Aujourd'hui, dans ce débrief, je reçois Mélanie Vanneuren, chargée de mission RH et RSE chez Brunch Studio, un studio de création audiovisuelle spécialisé dans les formats courts.
- Speaker #0
cours, publicité et cinématique de jeux vidéo. 48 ans, 24 ans de carrière dans l'audiovisuel, dont 10 ans à encadrer des équipes créatives sous pression et à accompagner les managers dans leurs pratiques managériales.
- Speaker #1
Ce qu'elle va nous raconter. Comment elle a appris à asseoir sa légitimité face à des créatifs talentueux et charismatiques ? Comment elle protège les équipes sans les infantiliser ? Comment elle dit non aux clients qui veulent l'impossible ? Comment elle gère le surengagement des équipes passionnées ? Et surtout, comment elle pose ses propres limites dans un métier où l'empathie peut te dévorer. Alors, êtes-vous prêts à découvrir l'assertivité RH dans un environnement où tout le monde pense que c'est normal de rester jusqu'à minuit parce qu'on aime ce qu'on fait ? Alors, c'est parti ! Bonjour Mélanie !
- Speaker #0
Bonjour Annie ! Alors, on est ensemble aujourd'hui pour se parler,
- Speaker #1
échanger sur l'assertivité. On se connaît un petit peu, mais du coup... Les auditoristes ne te connaissent pas. Est-ce que tu veux bien te présenter en quelques mots, s'il te plaît ?
- Speaker #0
Alors, je m'appelle Mélanie. Je vais bientôt avoir 48 ans. Je bosse depuis que j'ai 24 ans dans le secteur de l'audiovisuel et essentiellement dans le secteur du film d'animation. Donc, j'ai bossé beaucoup sur de la série. et depuis 3 ans, j'ai rejoint un studio... qui est plutôt spécialisé sur des formats courts, donc de la pub et de la cinématique de jeux vidéo. Donc c'est un peu différent de la série d'animation parce que c'est des temps beaucoup plus courts et des projets qui se font très très rapidement dans le temps. Et du coup, après un parcours sur plutôt, je dirais, la gestion des projets, l'organisation, la supervision de projets, ce qu'on va appeler chez nous des métiers de directeur de production. Là, en fait, j'ai rejoint ce studio au départ pour m'occuper des recrutements et des relations école pour le studio. Et puis, en fait, la nature ayant horreur du vide, il y avait pas mal de sujets RH dans le studio. Et donc, j'ai petit à petit pris aussi un certain nombre de missions liées purement à la RH. Quand je dis RH, c'est vraiment le côté gestion des humains, pas du tout l'aspect administratif. Et voilà, donc maintenant, je suis chargée de mission RH et je m'occupe aussi un peu de RSE.
- Speaker #1
Du coup, tu n'as pas insisté dessus, mais comme on se connaît depuis un moment, je sais que finalement, dans le fil de ta carrière, tu as encadré beaucoup des équipes. Donc des équipes dans des environnements tendus, en tout cas liés à où il y a une forte pression et un fort stress et des équipes créatives. Et du coup, selon toi... en quoi l'assertivité est essentielle dans ce type d'environnement quand on encadre justement ce type de personnalité ?
- Speaker #0
Alors, il y a plusieurs choses. Quand on est dans un secteur créatif, on est toujours potentiellement un petit peu remis en cause par rapport... Enfin, on est toujours un petit peu... Notre légitimité peut être assez souvent remise en cause. C'est-à-dire qu'on est face à des gens qui sont créatifs, qui sont talentueux, qui ont évidemment des skills artistiques. Et donc, quand on les encadre, on va, nous, leur mettre des contraintes. On va leur imposer des budgets, des plannings, un cadre de travail. Et c'est vraiment... Enfin, c'est des personnalités, déjà, en général, qui ne sont pas spécialement adeptes et fans du cadre. Et ensuite, ce cadre peut souvent donner l'impression que ça va brider leur créativité. Donc, l'assertivité. typiquement dans un cadre comme celui-ci, c'est faire énormément de pédagogie pour expliquer pourquoi est-ce qu'on met en place ce cadre, trouver des astuces pour que dans ce cadre, la créativité reste au centre et dire en fait... J'ai suffisamment d'expérience dans mon travail, dans ma connaissance de ton métier, même si je ne le fais pas, pour te dire que dans ce cadre-là, normalement, tu vas être en capacité de faire ce qu'on attend de toi.
- Speaker #1
Ouais, donc du coup, ce que j'entends, le gros challenge, c'est finalement la légitimité. L'assertivité va te permettre d'asseoir ta légitimité, c'est ça ?
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Parce qu'effectivement, de ce que je vois et de ce que je sais, le sujet que vous avez, équipe encadrante de ce type, de salariés ou intermittents, parce qu'en plus, il y a aussi le sujet d'intermittence, où c'est des gens que tu as sur un projet et que tu ne vas pas avoir ensuite. Donc, on apprend à se faire confiance et puis potentiellement, dans trois mois, on ne travaille plus ensemble. Mais du coup, cette légitimité, quelles erreurs tu as faites au début pour justement asseoir cette légitimité ? Parce que le sujet que vous pouvez avoir aussi, c'est que parfois, on est un petit peu fan des personnes avec qui on bosse. En tout cas, on admire leur travail, donc c'est d'autant plus dur de mettre du cadre, non ?
- Speaker #0
Si face à des gens qui peuvent être assez charismatiques, ils vont aussi naturellement imposer une posture où on va être un peu embêté d'aller les déranger, d'aller les bousculer, d'aller leur demander de respecter ce cadre, etc. Donc tout ça est assez difficile. Moi, je sais que j'ai toujours une posture assez humble, finalement. C'est-à-dire que souvent, avant d'imposer des choses, j'interroge les gens. je m'assois à côté d'eux, je leur dis voilà, moi j'ai pensé les choses dans ce sens-là, est-ce que toi ça te convient ? Et à partir de là, la personne se sent respectée, se sent écoutée, et on peut rentrer dans un dialogue où je ne vais pas lui imposer des choses. Moi je vais aussi lui expliquer mes contraintes, c'est-à-dire que typiquement, toi tu me dis que tu as besoin de deux mois pour faire ça, mais moi j'ai besoin que ce soit fait en un mois et demi. Si la personne me dit... c'est impossible, ou alors je vais devoir renier sur telle et telle chose. En fait, on va commencer à instaurer un dialogue en disant, effectivement, si tu dois renier sur ça, qu'est-ce qui est le plus important pour toi ? C'est qu'on se focus sur telle partie, est-ce qu'on est d'accord pour peut-être un petit peu baisser la qualité sur telle autre, etc. Donc c'est toujours être dans un dialogue, et arriver au départ avec une certaine humilité, de ne pas dire à l'autre qu'on connaît son travail, mais qu'on va l'accompagner et l'aider. à bien le faire. Au final, ce qu'on souhaite, c'est le mettre dans les conditions les plus confortables pour y arriver et que ça va être un duo, qu'on va être deux cerveaux à réfléchir à cette mise en place.
- Speaker #1
Ok, donc dans ce que j'entends, finalement, c'est que tu essayes de co-responsabiliser, de dialoguer pour que vous soyez co-responsable du résultat.
- Speaker #0
Alors, stop ! Retenez ce mot, co-responsabiliser. Mélanie vient de nous donner la clé de l'assertivité face aux créatifs et plus généralement face aux personnes avec qui on travaille.
- Speaker #1
Elle ne dit pas voilà le cadre, débrouille-toi. Elle ne dit pas non plus, fais comme tu veux, je m'adapte. Elle dit, on est deux cerveaux à réfléchir ensemble, toi tu as besoin de deux mois, moi j'ai besoin que ce soit fait en un mois et demi, alors qu'est-ce qu'on fait ? C'est ça l'assertivité. Pas imposer, pas subir, dialoguer, en tenant compte des contraintes de chacune des parties. Et vous dans votre job, vous faites ça ? où vous imposez ou vous subissez. Parce que si vous imposez sans dialogue, vous cassez la créativité. Et si vous subissez sans cadre, vous vous cramez. Allez, au lait-cœur.
- Speaker #0
Est-ce qu'un jour, tu penses que tu as pu faire des erreurs justement par rapport à ça ? Ça a pu arriver, notamment avec des profils un peu, j'allais dire soit juniors, soit au contraire très seniors. C'est-à-dire de moi savoir que ça ne fonctionnerait pas, mais de ne pas oser remettre en question le savoir de l'autre ou, justement, l'autre étant trop junior, ne pas me rendre compte qu'il n'était pas en capacité de me faire des warnings sur les problèmes potentiels qu'on allait rencontrer. L'erreur, ça aurait été de ne pas me mettre fait assez confiance et qu'il faut que, peut-être parfois, je pousse un peu plus quand même pour imposer, enfin, pour imposer, pour en tout cas faire entendre ma voix.
- Speaker #1
Donc, du coup, c'est la confiance en toi qui va faire la différence, en toi, en ton intuition et en ton expérience. Exactement. Qui va faire la différence.
- Speaker #0
Exactement. Ça, ça peut être ça. Ça, ça va faire la différence. Et puis maintenant, pareil, avec l'expérience, je me rends compte aussi. Moi, j'étais très impulsive au départ, au début de ma carrière. C'est-à-dire que si les choses ne fonctionnaient pas, je le prenais mal et je me disais bon, tant pis. Maintenant, je me rends compte aussi que... On a une discussion, ça n'a pas été entendu. On peut la voir trois jours après, parce qu'en fait, la personne, elle aura eu aussi besoin de processer ce que je lui ai dit. On va en reparler dans un autre contexte, en utilisant un autre angle d'approche. Et du coup, que ce n'est pas parce qu'on n'a pas tout de suite été d'accord que les choses ne peuvent pas aussi évoluer et qu'on ne va pas, au final, réussir à trouver un terrain d'entente. Donc, peut-être un peu plus de persévérance.
- Speaker #1
Oui, pour trouver des solutions. Mais du coup... Comment tu protèges justement les collaborateurs sans les infantiliser ?
- Speaker #0
Les protéger de quoi ?
- Speaker #1
Des clients ou de la pression, par exemple.
- Speaker #0
Alors, il y a toujours effectivement d'être le premier rempart, un premier filtre, parce que parfois, le retour qu'on va avoir va être assez direct, avec peu de forme. Alors, ça va dépendre. Le monde, c'est quand même... En tout cas, les relations clients, moi, je trouve que ce sont quand même plutôt adoucis, contrairement à il y a quelques années où les gens pouvaient ne pas prendre du tout de pincettes. Là, ça, c'est quand même relativement adouci. Mais en tout cas, être un premier filtre, reformuler, parfois préserver de choses. Un, j'aime pas, ou un, c'est moche. Enfin, s'il n'y a pas d'argument, pour moi, ce n'est pas entendable, en fait. Donc, essayer toujours de... de ne pas avoir une vision, en tout cas que les choses soient argumentées pour que les personnes comprennent. Donc, travailler à l'argumentaire, ce qui va permettre de responsabiliser les gens tout en essayant de faire en sorte que ce ne soit pas vécu comme quelque chose de personnel, parce que c'est moche, c'est personnel, ça ne correspond pas tout à fait à ce qu'on aimerait véhiculer comme idée. Ça peut vouloir dire la même chose, mais ce n'est pas personnel.
- Speaker #1
En fait, tu factualises le moche.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Enfin, tu peux factualiser le moche.
- Speaker #0
Parce qu'il ne faut pas oublier que quand on travaille avec des artistes, même si c'est du travail commercial et qu'ils sont payés pour ça, etc., pour avoir quelque chose qui est créativement intéressant, il faut quand même qu'ils y aient mis de même. Et c'est aussi pour ça qu'on les embauche. C'est parce qu'ils vont apporter quelque chose, leur touche personnelle et du beau. Et ça va matcher, quoi. Donc, quoi qu'il arrive, ils peuvent être blessés dans leur égo. Et quand vous créez quelque chose, c'est comme dire ton bébé est moche. Tu vois, c'est d'une violence. Ça peut être extrêmement violent. Donc, en tout cas, expliquer qu'on n'est pas sur une remise en question de qui ils sont, mais que là, ce qui est produit ne correspond pas aux attentes. Au final, on va réussir à modifier ce qui a été créé, mais on n'est pas... on n'est pas sur une attaque personnelle.
- Speaker #1
Alors, c'est moche égale ton bébé est moche. Mélanie vient de mettre le doigt sur un truc énorme. Quand tu travailles dans la créa, ton travail c'est un peu toi, ton style, ta vision, ton talent. Donc quand un client te dit c'est moche, c'est pas juste un feedback sur un fichier, c'est une attaque perçue comme personnelle. Et le job de Mélanie, c'est factualiser le moche, transformer c'est moche en ça ne correspond pas aux attentes parce que arguments précis. Pourquoi c'est essentiel ? Parce que ça permet au créatif de ne pas s'effondrer, de se dire, ok, ce n'est pas moi le problème. C'est ce choix créatif qui ne fonctionne pas. Et vous, dans votre job, vous savez factualiser les retours émotionnels ou vous laisser laisser nul, c'est pas assez bien, écraser vos équipes. Dites-moi.
- Speaker #0
Et comment tu dis non, justement, à une demande soit d'un client, soit d'une personne avec qui tu travailles,
- Speaker #1
un DA ou...
- Speaker #0
Dire non, souvent, c'est assez pragmatique. Par exemple, pour un créa, désolé, on ne va pas pouvoir aller dans cette direction, mais essayons de trouver une solution pour que la prochaine fois, on ait l'espace pour le faire ou la capacité financière de le faire, par exemple. Et les clients, c'est oui, on va le faire, mais ça va vous coûter tant en plus. Tout simplement. C'est facile de dire non à un client où factuellement, on va mettre un ratio coût-temps plutôt qu'à quelqu'un qui va avoir envie de faire plus pour la beauté du projet. Là, ça peut être effectivement plus compliqué de ne pas gérer trop de frustration.
- Speaker #1
Plus compliqué, c'est justement parce que ça devient plus émotionnel, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui. Oui, et puis... Parce qu'à partir du moment où il y a une volonté de bien faire et de mieux faire, c'est compliqué. Moi, je suis dans un secteur qu'on va appeler de métier passion. Donc, très facilement, on peut avoir des gens qui décident de rester jusqu'à minuit parce qu'ils veulent que le rendu de leur travail soit encore plus beau que beau que beau. Et donc, il faut arriver à trouver... Enfin, leur dire non, en leur disant, en fait, moi, je n'ai pas envie que tu fasses un craquage parce que tu n'as pas... Parce que tu as voulu aller plus loin que le beau de beau de beau. Nous, on doit, en tant que... que studio, on doit trouver la solution pour que tu puisses faire ce travail dans tes horaires et dans un cadre et en préservant ta santé mentale.
- Speaker #1
Métier passion, ces deux mots peuvent devenir un piège mortel parce que Mélanie vient de dire un truc crucial. On est dans un secteur de métier passion, donc très facilement, les gens décident de rester jusqu'à minuit parce qu'ils veulent que le rendu soit encore plus beau. Le problème, quand tu aimes ton job, tu ne comptes plus, tu ne poses plus de limites. Tu peux penser que c'est normal de sacrifier ta vie perso parce que de toute façon, tu adores ce que tu fais. Mais en fait, c'est comme ça qu'on craque. Alors Mélanie, elle fait quoi ? Elle dit, moi, je n'ai pas envie que tu sois en craquage. On doit trouver la solution pour que tu fasses ton plus beau travail dans tes horaires. Et vous, êtes-vous dans un métier passion ? Et si c'est le cas, posez-vous la question. Est-ce que j'aime mon job ou est-ce que mon job me bouffe ?
- Speaker #0
Allez, bonne réflexion ! Et justement, du coup, ça me permet de faire la transition sur le surengagement des équipes, qui finalement aussi est un vrai sujet, selon moi,
- Speaker #1
d'assertivité. Parce que l'assertivité, c'est basé sur la connaissance de soi, la confiance en soi et l'estime de soi. Donc la connaissance de soi par rapport à ses limites et le cadre à poser. Comment tu gères ça justement avec les équipes ?
- Speaker #0
Alors, c'est un vrai sujet. C'est un vrai sujet chez nous en plus. Je pense que c'est un vrai sujet dans le secteur tout entier. qui s'assainit quand même, je trouve, de plus en plus. Mais c'était, moi, il y a 10 ans, 15 ans, c'était complètement monnaie courante que les gens restent tard. Parce que le discours était de dire, ils font ce qu'ils aiment, donc c'est déjà sympa qu'on les paye pour. Heureusement, les choses bougent. Et notamment grâce aux nouvelles générations, qui mettent beaucoup plus de limites. Et ça, je trouve que c'est vraiment quelque chose de très bénéfique. Donc le surengagement, je pense qu'il y a un vrai sujet d'exemplarité. Moi, je vais traiter le sujet du surengagement déjà avec mes équipes encadrantes. Parce que pour moi, les équipes qui encadrent, si elles-mêmes restent jusqu'à 21h, 22h, sont disponibles soirées, week-ends, sur les Ausha, etc. Pour moi, elles induisent le fait que c'est OK et que tout le monde doit être à ce niveau d'engagement. Donc si déjà j'arrive à faire entendre aux équipes encadrantes qu'elles doivent se reposer, parce qu'en se reposant et en trouvant l'équilibre, elles vont montrer l'exemple à leurs équipes et donc leurs équipes seront aussi dans un cadre, elles seront plus écologiques pour elles-mêmes. C'est déjà énorme.
- Speaker #1
Mélanie balance une vérité qui fait mal. Si vos managers restent jusqu'à 22h, répondent aux mails le week-end, sont disponibles H24, qu'est-ce qu'ils disent à vos équipes ? C'est ça le standard. Peu importe ce qu'ils disent, réellement, en tout cas le message qui passe, c'est celui-là. Ce qui compte, c'est ce qu'ils font. Et vous, si vous êtes manager, posez-vous la question. Qu'est-ce que je montre à mon équipe ? Est-ce que je montre que poser des limites, c'est OK ? Est-ce que je montre que pour réussir, il faut s'oublier ? Parce que l'assertivité, ça commence aussi et surtout par l'exemplarité. Si vous ne vous protégez pas, personne ne le fera.
- Speaker #0
Comment j'y arrive ? Je fais preuve de niveau 2. Je fais preuve de beaucoup de pédagogie. J'essaye de beaucoup discuter au quotidien avec tout le monde, m'assurer que ça va déjà, de demander aux gens comment ils vont, comment ils gèrent leur équilibre pro-perso, en essayant évidemment de ne pas être après intrusif. Si je vois qu'il y a eu quelques soirées où les gens sont restés tard, je vais dire qu'est-ce qui s'est passé. On s'est foiré sur l'organisation. On a eu une demande de clients qui n'était pas prévue. Essayer de voir quelles ont pu être les raisons qui ont créé aussi ce surengagement. Et puis rappeler qu'on adore nos métiers, mais qu'à aucun moment on est urgentiste. Et ils me sauvent des vies, quoi. Eh, eh, eh, eh,
- Speaker #1
team player, mais pas paillasson. C'est une question qui me travaille depuis que je sais que vous avez mis ça en place chez Brunch. Quand même, RSE dans la créa, c'est un petit peu un oxymore, non ?
- Speaker #0
Pour moi, justement, la RH et la RSE, quand je te disais au début de notre entretien que c'était lié, parce que pour moi, la RSE, c'est totalement prendre soin de ses équipes. C'est être pareil, la vigie, que tout le monde bosse dans de bonnes conditions, qu'on arrive à mettre en place des petits systèmes d'alerte, parce que justement, on est des équipes très engagées et qu'il faut qu'on fasse gaffe. Aux horaires, à la façon dont les gens s'engagent, au temps de repos, que les gens prennent leurs vacances. Pour moi, tout ça, c'est des sujets qui sont complètement liés à la RSE et à l'écologie vertueuse qu'on arrive à mettre en place pour les humains avec qui on travaille. Après, évidemment, il y a des sujets plus complexes. Si on parle de RSE pur sur... la gestion des données, etc. Mais c'est peut-être un peu moins notre sujet ici.
- Speaker #1
Oui, et à la fois... En fait, moi, ce que je remarque, en travaillant avec des personnes au RH ou même avec des dirigeants, ce qui fait la différence à la fin de la journée dans le bien-être des équipes, c'est la cohérence. C'est la congruence de tout ce que tu vas mettre en place. Est-ce que ça va soutenir ton message ou est-ce qu'à l'inverse, ça va le dédire ? Et je trouve que la manière dont tu vas gérer des données, des personnes ou des projets, finalement, le message doit être le même. Tu parlais d'exemplarité, c'est ça qui va faire que les équipes vont le comprendre ou vont le croire en tout cas.
- Speaker #0
Oui, c'est les sujets de valeurs d'entreprise. C'est-à-dire qu'on prône des valeurs et les gens se sentent aussi bien de travailler dans une entreprise qui a des valeurs et des valeurs revendiquées. Et le fait qu'on mette des choses en place liées à la RSE, c'est afficher des valeurs. Et effectivement, c'est tenir une cohérence et une ligne, que ce soit du coup dans la posture RH, mais aussi les valeurs au quotidien et les gens avec qui on travaille et comment on travaille, etc.
- Speaker #1
Et en fait, dans ce que tu dis, je me dis juste du coup... j'entends que t'es hyper à l'écoute que c'est ta manière d'être au quotidien de toute manière et on travaille comme on est aussi mais du coup est-ce que comment tu fais pour pas te faire bouffer justement par ce goût de l'autre cette empathie le fait que t'as vachement envie de soutenir la création parce que tu l'aimes la création donc comment tu fais pour justement que ça te mange pas ce que t'as dit tout à l'heure tu mettais des limites mais comment tu les mets les limites comment tu sais que t'as débordé parce que ça doit t'arriver j'imagine Merci.
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas évident. Je pense qu'il y a des limites que je me mets temporelles, c'est-à-dire que l'exemplarité, moi aussi je la mets en place. Passer une certaine heure, passer mes horaires de travail, je coupe. Et ça n'empêche pas qu'on a été en empathie le reste du temps.
- Speaker #1
Tu arrives à ne pas penser à tes problèmes de boulot quand tu es chez toi ?
- Speaker #0
De plus en plus, en tout cas.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
De plus en plus. Alors évidemment, s'il s'est passé quelque chose d'assez intense, j'y pense. Et j'ai besoin de débriefer avec mon équipe à domicile. Mais dans la mesure du possible. Travail numéro deux. Voilà. J'essaye quand même de mettre les choses de côté. Là où j'avais effectivement aussi plus jeune, j'ai tissé des amitiés assez fortes dans le travail. Là, la posture, évidemment, fait que ça, c'est plus compliqué. Parce que justement, je veux pouvoir garder cette distance. Donc, rester en empathie, mais que ce soit pas non plus. Elle, c'est ma pote, donc je vais prendre sa défense. Et lui, je ne l'aime pas. impossible, ça n'existe pas. Du coup, je garde peut-être un peu plus de distance dans l'après-travail. Je ne vais pas boire des coups avec les gens. Il y a un truc où, effectivement, ça me demande de mettre un peu plus de distance personnelle.
- Speaker #1
Pour pouvoir mettre de la distance aussi par rapport aux choses, aux événements de la journée versus quand tu rentres chez toi. Du coup, ça me pose une question que je n'avais pas prévue. En quoi le télétravail, tu penses, t'aide justement à garder cette distance ? Parce que je pense que c'est lié, non ? Enfin, que ça peut aider.
- Speaker #0
Alors, oui, je sais que je suis trois jours par semaine au studio et deux jours par semaine en télétravail. Ça permet effectivement de faire un pas de côté. Être totalement en télétravail, c'est quelque chose qui, pour le coup, aurait été, je pense, impossible, parce qu'il y a quand même toute une partie de ressenti, d'ambiance de travail, de voir si les gens sont fatigués, si les gens se sentent bien, si les gens s'engueulent, si c'est tendu, etc. Ça, il faut être sur place pour le voir. Mais effectivement, le télétravail, c'est des temps de recul, c'est des temps de mise à distance. Ça permet aussi, quand on a des problématiques de conflit entre des collaborateurs ou un service où les choses sont un petit peu compliquées, ça permet de prendre du temps de réflexion un peu hors studio et d'avoir un peu de... d'espace pour, du coup, réfléchir à comment solutionner, comment préparer une discussion un peu compliquée qu'on doit avoir, ce genre de choses, quoi.
- Speaker #1
Oui, c'est ce que je me disais, c'est pour mettre du cadre, des limites aussi, le fait de ne pas être tout le temps dedans, au milieu de la ruche, finalement, ça peut aider à prendre ce petit step back, ce petit recul qui permet d'être plus juste finalement dans l'intervention. Et Et... Le secteur pouvait être assez toxique avant. Je pense qu'il y a toujours des boîtes qui restent pas ouf. Selon toi, c'est quoi les red flags dans un environnement créatif ?
- Speaker #0
Les red flags, c'est des heures sub pas payées, une disponibilité sans limite. C'est-à-dire que recevoir un mail ou un message à 22h de quelqu'un qui vous encadre et que ce soit complètement régulier. Pour moi, c'est un red flag, surtout qu'aujourd'hui, on peut programmer un mail. On a la possibilité, même si on a pensé à un truc à 22h, on peut le programmer pour qu'il arrive le lendemain à 9h. Pareil, avant, on était dans des environnements très masculins sur les équipes encadrantes. Donc ça, s'il n'y a pas de parité, c'est toujours un peu compliqué. mais en tout cas... qu'il n'y a pas un nombre de femmes à des postes un peu clés. Je pense que ça peut être un red flag, parce que ça veut dire qu'il peut y avoir des choses un peu toxiques, ou en tout cas que la communication, si il y a problème, va être peut-être plus difficile s'il y a des femmes ou éventuellement des minorités qui ont besoin d'exprimer des choses. Et puis, les red flags, c'est le fait que des gens se parlent mal. Ça, c'était... très, très, très courant il y a quelques années. C'était les gens, les réalisateurs ou les directeurs artistiques ou les producteurs qui hurlaient sur des gens. Ça arrivait. Moi, je l'ai expérimenté il y a plusieurs années. Ça, aujourd'hui, ce n'est plus possible, ce n'est plus accepté. Et donc, si ça arrive, c'est plus qu'un rétablissement.
- Speaker #1
Courage fuyant. Exactement. Donc, en fait, effectivement, c'est vrai qu'on ne l'avait pas évoqué, mais en tout cas, c'est vrai que c'est hyper important de regarder, en fait, où tu vas arriver et la diversité, finalement, des profils, notamment à des postes clés. Parce que ça en dit long aussi sur la politique de l'entreprise, en fait, en diversité et inclusion. Si tu n'as que des mecs en chef de poste, ça parle, ça dit quelque chose, en tout cas.
- Speaker #0
Oui, oui, oui, tout à fait.
- Speaker #1
Très bien. On arrive à la fin de notre entretien, qui est passé vite, comme d'hab. mais du coup... Qu'est-ce que tu retiens de ce qu'on s'est dit ?
- Speaker #0
Moi, je m'interroge en fait sur l'expérience, pour reprendre le thème de l'assertivité. Tout ça, c'était des concepts qui étaient complètement inexistants pour moi quand j'ai commencé à bosser. Et je me demande, moi je suis très curieuse des nouvelles générations. Je travaille quand même avec pas mal de gens qui ont autour de 30 ans ou moins de 30 ans. Et du coup, je trouve qu'ils sont quand même beaucoup plus au fait de tout ça, justement des limites de ce qu'ils sont capables d'accepter ou pas. Et du coup, je me demande ce qu'une Mélanie qui aurait 25 ans aujourd'hui, comment elle traverserait sa carrière professionnelle versus maintenant, où j'ai le sentiment d'avoir acquis tout ça par mes expériences et par la diversité des studios où j'ai bossé, en comparaison des jeunes générations qui ont beaucoup plus conscience. de tout ça. Et même, d'ailleurs, je trouve, chez les artistes qui sont plus jeunes, ils ont quand même aussi un peu plus cette notion justement de limite et de pas... de ne pas se surengager dans le travail. Donc, oui, j'ai plutôt confiance en cette nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail.
- Speaker #1
Intéressant. Je sais que l'un des trucs qui est reproché à la Gen Z, c'est qu'ils n'ont aucun problème à ne pas être paillassants, mais team player, c'est un petit peu plus un sujet. En tout cas, c'est comme ça que c'est ressenti. Donc, du coup, c'est quoi pour toi l'ultime conseil pour rester team player ? mais sans être paillasse.
- Speaker #0
Je dirais qu'il faut travailler sur l'intelligence, je ne sais pas si ça existe comme terme, l'intelligence collective, c'est-à-dire rester quand même alerte sur son environnement et sur comment fonctionne un collectif. Typiquement, je pense que si on arrive dans un studio et qu'on a décidé de ne pas la jouer team player, alors que le reste de l'équipe est de fait player, parce qu'on n'a pas tellement de choix. C'est un travail collectif, la création, en tout cas dans le cinéma d'animation. En fait, vous allez vous retrouver exclue. Donc, être dans l'observation et de voir comment le groupe fonctionne, vous allez forcément en tirer des avantages et comprendre comment être dans le collectif, en fait, c'est un plus et essentiel.
- Speaker #1
D'accord. Donc, effectivement, en fait, c'est... En plus, à fortiori, dans l'animation, qui est un secteur où tout est interdépendant, on ne peut pas bosser tout seul. Et en plus, dans un secteur où c'est quand même beaucoup d'intermittence.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Si on n'est pas team player, on risque de ne pas être appelé. Exactement.
- Speaker #0
Ou en tout cas, de ne pas pouvoir bosser, en fait.
- Speaker #1
Malgré le talent, en fait. Le talent ne suffira pas.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
OK, merci. Un mot de la fin ?
- Speaker #0
Ben non, merci à toi, c'était chouette d'échanger.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Si.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce qu'on retient de cette discussion avec Mélanie ? Que l'assertivité en environnement créatif, c'est un numéro d'équilibriste. Dialoguer sans imposer, protéger sans infantiliser, dire non sans casser la passion, poser des limites sans brider la créativité. Que dans les métiers passion, l'assertivité est encore plus importante. Parce que quand tu aimes ton job, tu ne comptes plus et un jour tu te réveilles. cramé. Que factualiser les retours, c'est protéger les équipes. C'est moche, ne devrait jamais être acceptable. Ça doit devenir, ça ne correspond pas aux attentes parce que la la la. Et que l'exemplarité des managers, c'est la clé. Si vous voulez que vos équipes posent des limites, commencez par poser les vôtres. Alors, vous faites quoi maintenant ? Vous apprenez à co-responsabiliser, vous factualisez les retours, vous posez vos limites horaires, vous rappelez à vos équipes qu'on n'est pas des urgentistes. on ne trouve pas des vies, on crée des choses belles mais pas au prix de notre santé. Bref, vous êtes team player mais pas paillassant. Et ce qui s'applique dans les secteurs créatifs, en vrai, s'applique aux autres. Allez, bisous !