- Speaker #0
Bienvenue dans Celles de la Terre, une série de portraits aux féminins. Dans cette première série, je vous propose de partir à la rencontre de huit femmes qui vivent et travaillent dans le monde agricole. Je vous emmène avec moi dans l'Ain, l'Alié, la Drôme, le Puy de Dôme et on ira aussi dans le Rhône. Ces femmes, aux profils pourtant différents, ont un point commun. Elles ont choisi, parfois contre toute attente, de s'ancrer dans cette vie avec force et conviction. Au fil des épisodes, elles nous raconteront ce qui les anime et surtout pourquoi elles se sentent à leur place. Parce qu'au-delà des clichés, ces femmes trouvent dans ce métier exigeant une vraie forme d'épanouissement. Alors, que vous soyez proche ou loin de ce monde, je vous invite à tendre l'oreille. Partons ensemble au cœur de leurs histoires. Celle de la Terre. Épisode 1. Au galop avec Amélie. Amélie est inséminatrice. Elle a 28 ans et est maman d'une petite fille. Multitâche. Amélie passe sans effort du boulot à un message de la nounou pour sa fille, du sérieux à la rigolade, sans jamais perdre le fil ni le sourire. Je la retrouve à 7h30 près de Cusset, dans les constres forts de la montagne bourbonnaise, au cœur de l'Allier. Elle m'accueille avec un grand sourire. Pas le temps de traîner, elle enfile sa cote et ses bottes, et je m'installe sur le siège passager de sa voiture. Portée par sa bonne humeur et son dynamisme, nous voilà parties avec Amélie pour la tournée du jour.
- Speaker #1
Et on est parti ! Là on monte sur la commune d'Aron en montagne bourbonnaise. On va chez deux éleveurs laitiers ce matin. Après on redescendra chez un éleveur en vache haletante qui lui doit arriver sur la fin de sa campagne d'insémination. Et après, on partira faire un petit lot d'échographie pour que les éleveurs puissent mettre les vaches au champ en faisant des lots de vaches pleines ou pas et leur faire un point sur leur partie reproduction pour cet hiver.
- Speaker #0
Inséminer, c'est déposer de la semence mâle dans les voies génitales de la femelle. Autrement dit, on provoque une fécondation sans accouplement. Dans le monde agricole, l'insémination artificielle est courante, notamment chez les bovins, les ovins ou encore les équins.
- Speaker #1
On appelle les éleveurs entre 20 minutes et une demi-heure avant d'arriver sur l'exploitation. Déjà pour les prévenir qu'on va venir, histoire que les vaches soient prêtes et puis éventuellement qu'on ait quelqu'un avec nous pour inséminer. Des fois, il y a des cheptels qui bougent un peu plus que d'autres, où on sait que c'est un peu plus risqué. Voilà, on n'a pas tous des vaches très gentilles, ça peut se comprendre aussi.
- Speaker #2
Oui, alors ?
- Speaker #1
Oui, Ludo, Amélie.
- Speaker #2
Ça va ?
- Speaker #1
Et toi ?
- Speaker #2
Oui, ça va.
- Speaker #1
Bon, d'ici un petit quart d'heure ?
- Speaker #2
Oui, pas de problème.
- Speaker #1
Allez, à tout de suite. On est par là. Ça marche.
- Speaker #2
À tout à l'heure. Merci. Merci.
- Speaker #0
Une fois arrivée sur l'exploitation, Amélie nous explique.
- Speaker #1
On a préparé une dose pour aller inséminer une vache. On a rentré le numéro de la vache sur mon ordinateur, qui va nous permettre d'avoir la traçabilité de la bête inséminée ce jour-là. Et à partir du numéro de la vache, on va rentrer le taureau, aussi pour l'inonfitification, pour que l'éleveur sache avec quel taureau elle a été inséminée, et puis à quelle date. Donc on va sortir la paillette concernée, en surveillant que ce soit quand même le bon taureau choisi. Et puis on va la mettre dans le décongélateur, pour pouvoir relancer la vie des spermatozoïdes. Après, elle la mène dans le pistolet et puis on ira inséminer la vache par la suite.
- Speaker #3
Elle a un rôle qui est indispensable pour l'exploitation. C'est elle qui va me dire, c'est mes yeux, pour l'intérieur du système de reproduction des vaches.
- Speaker #0
Marine Andrieux, éleveuse de vaches laitières sur la commune d'Aaronne.
- Speaker #3
Parce que moi, je vais dire, ok, elle est en chaleur, j'insémine. Ça, c'est le truc bête et discipliné. Amélie, elle va me dire, celle-ci, en fait, ben... Elle n'est pas encore prête, donc c'est Amélie qui fait toutes les échographies et l'aptitude à l'insémination. Et si elle me dit, ok, celle-ci, tu peux y aller, si je vois une chaleur se pointer, je sais que je peux y aller. Si par contre, ce n'est pas le cas, elle va me conseiller en plus derrière sur qu'est-ce qu'on peut mettre en place pour que les vaches reviennent à la reproduction dans les meilleures conditions possibles. Donc en plus, elle a une valeur qui est hyper importante. Moi, sans veau, je ne fais pas de lait.
- Speaker #1
Toujours agréable d'avoir la visite d'Amélie. Ça brille d'ailleurs aujourd'hui. Ça brille, on s'en fout. On a besoin d'avoir le vrai soleil.
- Speaker #0
Yveline Oran, éleveuse de vaches alétantes sur la commune de Busset.
- Speaker #1
Si je connaissais l'instaminateur qui vous a fait mettre du One Dream. Pourquoi ? T'as vu comment ils sont faits tes voix ?
- Speaker #3
Ah, ils sont pas vus,
- Speaker #0
ils étaient beaux ceux qui sont partis.
- Speaker #1
Ah oui ? Gros énormes ? Attends, t'as vu ceux que t'as là ?
- Speaker #0
Ils sont gros hein.
- Speaker #1
Ben, ceux les deux gros là qui sont cornadis au fond là-bas, ils sont gros énormes.
- Speaker #0
Non, non, mais... Et puis, t'as vu la longueur ?
- Speaker #1
Oui ! J'ai fait des études agricoles dans le but d'être inséminatrice équin. J'ai toujours fait du sport, mais alors l'hésitation a toujours été le numéro 1. Par le biais de stages et de copines d'école, filles et fils d'éleveurs, forcément, là, on se retrouve un peu plus au milieu des vaches. Et puis, en fait, de fil en aiguille, j'ai plus fini dans les vaches. Et j'ai vraiment voulu garder cette partie équine de côté et de loisir le dimanche après-midi. J'ai été formée par Elvanovia et ils avaient un poste après à me proposer sur le secteur où je réside. Donc je suis restée au sein de la coopérative. J'ai repris le secteur autour de chez moi. Tout allait bien en fait pour rester sur place. et reprendre le secteur.
- Speaker #0
Tu sais la veille pour le lendemain ton emploi du temps ? C'est pas ça que ça se passe à chaque temps ?
- Speaker #1
En fait les éleveurs appellent sur un répondeur pour nous tenir qu'ils ont des vaches à inséminer le lendemain matin et en fait on arrête le répondeur entre 21h et 21h15 le soir. Donc moi à partir de 21h15, 21h30 je me suis fixée, je sais où je vais le lendemain matin. Au début, il fallait trouver une organisation. Et doublement depuis que je suis maman, il fallait trouver une organisation pour la petite aussi.
- Speaker #3
Et maman depuis longtemps ?
- Speaker #1
Elle va avoir 16 mois cette semaine. Et du coup, comme j'ai un travail très saisonnier, plus l'hiver que l'été, c'est papa qui gère le matin parce qu'elle va chez la nounou à partir de 7h30 le matin. Et moi, à 7h30 en plein hiver, je suis déjà partie. Ça fait beaucoup. Honnêtement, je n'aurais pas mes parents à côté. Je ne sais pas si j'aurais pu faire. Après, quand tout est rodé et qu'on a l'habitude de le faire, ça se fait quand même relativement bien.
- Speaker #0
Tu travailles du lundi au vendredi ?
- Speaker #1
Du lundi au dimanche même. Et bien sûr, oui, avec un jour de repos, soit en semaine, soit en week-end. Les cinq inséminateurs, les six inséminateurs que nous sommes. On tourne les uns et les autres pour avoir le même nombre de jours équitables. Mais c'est tout aussi plaisant d'aller travailler le dimanche matin. Enfin, je sais que moi, personnellement, ça ne me dérange pas. D'aller travailler le dimanche matin, les éleveurs ont un peu plus le temps. On a une partie insémination sur la partie fin d'automne, entrée d'hiver, et jusqu'à début printemps, mi-printemps. Et après, pour le printemps, on rajoute... aux inséminations la partie échographie ou là en fait on va faire des échographies aller jusqu'à début juin et après la partie estivale et ben ça sera plus les inséminations sur les vaches laitières que qu'on a très peu en fait sur le sur le secteur ici donc ouais ça c'est vraiment deux périodes voire même trois périodes et ces trois périodes très différentes mais on sait pertinemment en fait on prend des vacances l'été alors il ya que le 25 et 30 et le 1er janvier pour travailler
- Speaker #0
Nous arrivons maintenant sur une exploitation où Amélie doit mener des échographies.
- Speaker #1
On va préparer l'échographe pour aller faire des échographies. On va s'équiper de tout ça. Et derrière, des gants. C'est des iPads.
- Speaker #4
Ah oui,
- Speaker #1
mais c'est le rituel Ausha. C'est le rituel Ausha. Je sais que Ausha, on vient...
- Speaker #4
Dodo, elle a fait un gâteau quand elle a su que tu venais.
- Speaker #1
Ah ! On en était où mon père Alain ? Par l'implosion.
- Speaker #4
Bah les peignes !
- Speaker #0
Ah oui, ton appareil, il est relié à une sonde, c'est ça ?
- Speaker #1
Relié à une sonde, tout à fait. Et qui, sur l'écran en fait, nous retransmet l'image. Et donc là, on est sur la maîtrise. Et on a... Un veau, là, dessous. Là, la tâche blanche au milieu de l'écran. Avec ma sonde, j'ai une image au plus poil. C'est une coupe transversale en Outre-Monde. J'arrive pas à la voir en entier sur l'écran. En fait, ça, c'est le muft. Et l'heure est celle-là. C'est la suite de notre travail et c'est la suite logique de notre travail, j'ai envie de dire. Dans un sens, si ça a fonctionné, c'est très bien pour nous. Et si les années où ça fonctionne moins bien et les années où ça ne fonctionne pas du tout d'ailleurs, on le sait aussi et on essaye de comprendre du pourquoi, du comment, de ce qu'il y a eu, ce qu'il y a pu y avoir, ce qu'on aurait pu mettre en place.
- Speaker #0
Quand je vois Amélie annoncer la bonne nouvelle aux éleveurs, Je lui demande pourquoi elle a choisi ce métier.
- Speaker #1
C'est plutôt un métier passion. C'est le contact des animaux. Je sais que pour moi, c'est le contact des animaux. C'est d'être dehors, comme on le disait tout à l'heure. C'est d'être au milieu des vaches. C'est plus en fait ça, ce côté-là, côté amour pour les animaux. C'est vrai que celui qui n'aime pas les vaches n'est pas dédié à faire ça. C'est vrai que, alors oui, aujourd'hui, c'est sympa, on boit le café avec les éleveurs, on discute avec les éleveurs, on prend des nouvelles des uns, des autres, des familles des uns et des autres, on insémine des vaches, on papote sur la vache en question, mais derrière tout ça, il ne faut pas oublier qu'il y a le côté risque, et il y a le côté coup de pied d'une vache, il y a le côté un peu plus désagréable, et justement, si on n'est pas amoureux de ce qu'on fait... on a vite tendance à perdre la patience et puis à arrêter, à dire stop tout simplement.
- Speaker #0
Dans ce métier encore largement masculin, sa place de femme n'a pas toujours été évidente. Je lui demande alors si elle a déjà eu le sentiment de devoir s'imposer.
- Speaker #1
La femme dans un milieu d'hommes, on n'était pas très très bien vues. Aujourd'hui, ça se fait un peu plus, ça passe un peu mieux. les éleveurs nous font confiance. On a une approche autre aussi déjà avec les bêtes. On a certains éleveurs qui nous disent que nous, en tant que femmes, on est plus délicates et on a une autre approche envers les animaux que mes collègues hommes n'ont peut-être pas forcément. Aujourd'hui, la femme s'est fait une place dans le milieu d'hommes. Il y a de plus en plus de femmes, quel que soit le métier par agricole. J'ai fait un BTS production animale, on était 23 en classe, ils étaient 6 garçons. Ça pose déjà un peu le décor. Alors, comment l'expliquer ? Pour moi, de mon point de vue, c'est plus un côté où les garçons s'installent peut-être un peu plus vite que les filles, font peut-être un peu moins d'études. C'est mon point de vue. Après, est-ce que c'est vraiment réel ? Pour moi, oui. J'ai vu une ou deux maisons. Ah bah tiens, c'est pas ton collègue aujourd'hui. Voilà. C'était la petite réflexion qui me faisait sous-entendre, ben oui, c'est pas le garçon aujourd'hui, voilà. Mais au début, il a fallu quand même s'imposer un peu, et les premières années, j'avais un éleveur qui m'a clairement dit, oui, mais t'es une fille. Oui, je suis une fille. Oui, mais les vaches qu'on plaigne, pareil, on arrivera à travailler pareil. Oui, mais t'es une fille. Oui, ben voilà. Mais après, voilà, on avait mis les choses au clair avec cet éleveur-là, et depuis, ça s'est très très bien passé. On a travaillé ensemble pendant quelques années. Depuis, il est parti en retraite. Et d'ailleurs, il est parti en retraite où son domaine a été repris par une fille. Je lui gagne mon salaire tous les mois. Il n'y a pas de souci là-dessus. Après, oui, oui, ça me permet d'élever ma fille. Ça me permet de vivre à côté. Enfin, je ne vais pas... Non, non, question de ça, je ne me perds pas là-dessus.
- Speaker #2
On n'a pas le droit de le donner,
- Speaker #5
non. Bonjour, bonjour, j'appelle pour tout le monde.
- Speaker #1
On a certains éleveurs qui nous disent aussi qu'on est l'une des rares visites qu'ils peuvent avoir la semaine. Donc ils voient quelqu'un dix minutes, parce que c'est vrai qu'on ne reste pas longtemps en élevage. C'est un joli métier. Aujourd'hui, moi je vois mon métier comme ça. Je crée la vie, je mets en route des petits veaux. Aujourd'hui, à partir d'une cuve d'azote et des doses de taureau dans ma cuve, on arrive à relancer la vie des spermatozoïdes et à aller féconder la vache pour créer la vie. C'est plus ça en fait.
- Speaker #0
Merci à Amélie Jaunard pour cette immersion passionnante dans le métier d'inséminateur ainsi qu'aux éleveuses et éleveurs rencontrés. Merci à vous pour votre écoute et je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode chez Christine, chef d'exploitation en production céréalière. Pour ne rien manquer, je vous invite à vous abonner à la série. C'était l'épisode 1 de Celles de la Terre, une série de 8 épisodes immersives à l'initiative de plusieurs acteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, la DRAF, l'ANEFA et France Travail, avec le soutien de la DRETS. Pour en savoir davantage sur les 100 métiers possibles en agriculture, connectez-vous sur anefa.org. En région, je vous invite à retrouver tous les événements mettant en lumière les emplois et les métiers de l'agriculture sur le site mesévénementsemploi.prancetravail.fr. Pour suivre toute l'actualité du monde agricole, rendez-vous sur les réseaux sociaux de la Presse agricole du Massif central et sur notre site web. agriculture Massif Central. Merci et à bientôt.