Speaker #0Bienvenue dans le podcast qui pousse les portes des grands hôtels pour réinventer votre quotidien. Palace Mindset, bonjour, comment puis-je vous aider ? Musique Aujourd'hui c'est un épisode assez spécial parce que vous m'avez encore posé des questions sur les coulisses des palaces et sur mes expériences personnelles. Je vois bien que c'est un domaine qui intéresse beaucoup parce que ça suscite beaucoup d'engouement quand j'en discute avec mes proches. Et je vois toujours des émissions dans les back-office des plus grands hôtels parisiens. Vous savez, ces émissions où on suit une gouvernante qui vérifie une chambre, les grands reportages. Et c'est vrai qu'en y pensant, j'ai tellement appris sur le plan personnel à travers ma carrière en hospitality. Si je voyais la Julie de 18 ans, j'aimerais lui dire à quel point on a évolué depuis la fin du lycée. Et ça, vraiment, je le dois à mon industrie de cœur. On a une chance dans l'hôtellerie, c'est que l'expérience compte autant que les diplômes. Il y a tellement de profils qui profitent d'une ascension fulgurante parce qu'ils font leur preuve sur le terrain et qu'ils ont ça en eux, en quelque sorte. En général, je me rends compte que les gens qui évoluent dans des hôtels, jeunes ou moins jeunes d'ailleurs, progressent et mûrissent souvent plus vite que ceux qui ont vécu le schéma classique du système post-bac. Et je pense pas que ce soit présomptueux de le dire parce qu'on est mis dans des situations de discipline, de dévouement, de gestion de stress qui ne peuvent que faire évoluer quelqu'un vers le mieux. C'est pour ça qu'on dit que c'est une vocation de passion. Et je suis persuadée que pour être un bon leader dans l'hôtellerie, un bon manager, ou juste travailler au niveau groupe de belles marques, il faut impérativement avoir fait ses classes sur place. J'ai eu la chance de monter assez rapidement dans les équipes support, mais je le dois qu'à mes preuves sur le terrain et la confiance que j'ai acquis légitimement auprès des bons contacts. Personne de ma famille n'a un passé ou une expérience liée à l'hôtellerie. Honnêtement, j'ai bossé comme une acharnée pour en arriver là. Je suis fière d'être là où je suis, mais je me fais aussi un devoir de vous le partager à travers The Palace Mindset. Enfin bref, tout ça pour dire qu'aujourd'hui, on parle soft skills. Toutes ces compétences intangibles que l'hôtellerie m'a appris et que malheureusement on n'apprend pas à l'école. J'ai réussi à résumer le tout en 5 points qui je pense sont les plus importants, que je retiens en tout cas suite à mes expériences perso. Je suis sûre qu'il y en a encore plein d'autres. Pour ceux qui sont du métier, j'espère que ça vous fera sourire et que ça vous évoquera des souvenirs perso. N'hésitez pas à me les partager d'ailleurs, j'adore ce genre d'anecdotes. Écrivez-moi sur Insta, commentez les posts. Pour ceux qui ne sont pas du métier, C'est une bonne occasion de s'immiscer dans le quotidien des équipes de terrain, comme dans ces fameux reportages. Et peut-être qu'il y a quelque chose que vous tirerez de toutes ces leçons pour vous-même. Première chose que j'ai appris vraiment grâce à l'hôtellerie, c'est la discipline. C'est peut-être la plus évidente des réponses de cet épisode, et pourtant, il faut le souligner. À la base, je suis quelqu'un de très peu disciplinée. En tout cas, c'est l'image de mon enfance qui m'a collée au corps pendant de nombreuses années. Bordélique, un peu retardataire sur les bords, peu de contrôle sur mes habitudes de vie, notamment avec la nourriture, une ado un peu compliquée quoi. Même si j'ai toujours été très studieuse à l'école. Enfin, bonne élève, mais avec l'étiquette bavarde et distraite ses petits camarades sur chaque bulletin. Du coup, pour moi, rentrer à l'école hôtelière, c'était un peu rejoindre l'armée au début. Et même si je suis issue d'une famille paternelle militaire, j'ai dû quand même me mettre au pas. A l'école, chaque jour devait être rejoint avec 15 minutes d'avance. Chaque pratique, c'est comme ça qu'on appelle les immersions en hôtel d'application, où on passe par beaucoup de départements, c'était minimum 15 minutes d'avance. Au début, en tant que nouveaux étudiants, on prenait ça à la légère. Et puis, je vous assure qu'on a vite compris... Les risques que ça pourrait engendrer ? Eh bien aujourd'hui, c'est rester ancré en moi. J'y pense systématiquement. Pour chaque rendez-vous extérieur, rencontre avec des partenaires. En fait, la question à vous poser, c'est quelle valeur accordez-vous au temps ? Au vôtre et à celui de vos proches ? 15 minutes, ça paraît pas énorme. Mais imaginez-vous vous connecter à une réunion Teams 15 minutes avant et regarder votre caméra en attendant les autres. Je vous assure que chaque minute semble une éternité. Et que si vous répétez l'opération, quelqu'un qui arrive ne serait-ce que deux minutes avant vous paraîtra déjà en retard. On est d'accord, personne ne fait ça dans la vraie vie. Mais c'est en passant par une telle discipline qu'on ancre de bonnes habitudes. Et c'est pour ça que les écoles et les hôtels insistent autant avec leurs stagiaires et leurs étudiants. Quand un client ultra vieille pie a une arrivée prévue à 16h et que finalement il a un peu d'avance et il arrive à 15h50, il faut être prêt à l'accueillir en se tenant devant la porte. Après, la rigueur, elle se décline de plein de façons. Je me souviens, dans mes premières expériences dans un établissement 5 étoiles à Cannes, il y avait un maître d'hôtel de la vieille école. Parce que oui, l'hôtellerie d'aujourd'hui est quand même plus cool qu'au XXe siècle. mais certains grands personnages persistent à transmettre leur discipline. En gros, je vous explique. Dans chaque console d'un restaurant, on a des racks à couverts, pour redresser les tables rapidement. Mais quand les couverts sortent de la plonge, c'est hors de question de les poser simplement dans leur case. Non, un grand total de standings doit être impeccable jusqu'au moindre détail. Donc, chaque fourchette doit être emboîtée parfaitement dans la précédente, Je vous mettrai une story parce que je le fais encore chez moi. Du coup, ça fait des lignes de couverts dignes d'un maniaque à la American Psycho. Et ce cher monsieur, le maître d'hôtel, si c'était mal fait, quelques minutes avant le service, il chopait les tiroirs, il ouvrait tout et il balançait tous les couverts par terre. Fallait alors tout renettoyer, chaque couvert, au vinaigre en express en plus parce que le service arrivait derrière, et les réaligner proprement. Ça vous semble... complètement déraisonnable ? Ça ressemble à un bisuitage militaire ? Première réaction logique. Mais en fait, c'est pas si bête que ça. La logique est la suivante. Dans notre industrie, chaque seconde compte. Et si vous accordez de la valeur au temps, dans la vie de tous les jours, aussi. En plein rush, en plein service, quand un client vous demande un café, la table d'à côté, l'addition, un peu plus loin, une dame vous indique que son plat de nuit ne plaît pas et qu'elle veut le renvoyer en cuisine. Et alors que vous dirigez avec toutes ces informations en tête vers la cuisine, là où le chef risque de vous insulter à la place de la cliente, cerise sur le gâteau, quelqu'un vous demande une fourchette parce que la sienne vient de tomber par terre. État mental à deux doigts de l'explosion. Aucune seconde à perdre, il faut agir machinalement. Et là, miracle. Vous savez exactement où se trouvent les fourchettes. La première que vous saisissez est parfaitement propre. Vous le savez parce que vous les avez déposées une par une, donc vous les avez contrôlées. Et en prime, vous savez qu'il ne s'agit pas d'une fourchette à poisson ni à dessert parce qu'elles sont visuellement tout emboîtées et symétriques. Ça paraît toujours aussi fou. Mais c'est grâce à ce genre de tout petits détails et d'ultra-discipline qu'un hôtel de luxe peut délivrer un bon service. Et ça s'applique absolument à tout. Toute cette philosophie, à la force des années et des expériences, je vous assure qu'elle est bien installée. C'est aussi en faisant et en refaisant, comme pour faire du vélo, qu'on apprend et qu'on gagne en adresse et en confiance. Si vous voulez une autre analogie, ça me fait penser à Karate Kid. Vous savez au début il lui fait faire des mouvements un peu qui n'ont pas de sens en fait, passer le ballet ou des choses comme ça. Et ensuite ça lui sert. Voilà, c'est un peu la même façon de penser. Quand j'ai voulu commencer le métier, on m'a dit, toi, mais tu sais même pas porter un plateau. Je suis sûrement la personne la plus maladroite que vous connaissez. Du moins, je l'étais. Et si vous l'êtes aussi, croyez-moi, du coup, ça se soigne. Deux, l'image personnelle, ou le personal branding, si vous préférez. Je l'adore, celle-là de compétence, parce qu'elle fait toujours son effet. Des effets un peu insoupçonnés. Dans les couloirs d'un grand hôtel, il est de mise d'être tiré à quatre épingles. Souvent, mes amis m'ont dit... Oh la flemme, rien que pour ça, je pourrais jamais travailler dans l'hôtel. Et c'est vrai que ça fait tout drôle quand à 17 ans, on vous impose le costume ou le tailleur jupe, qui est, je vous assure, tout sauf sexy dans ces conditions. Perso, au lycée, j'étais fan de sneakers, je mettais des jeans taillots, des crop tops, je jouais que par ça. Donc j'étais pas prête, vraiment pas prête. Au début, c'est un peu comme quand on porte une nouvelle casquette ou un chapeau, et que ça semble pas tout à fait naturel. On se sent tout petit dans ce grand attirail et franchement le premier sentiment, c'est de la honte. A Vattel, où j'étais en bachelor, c'était chignon tiré et c'était pas du tout la mode des coupes slick back comme aujourd'hui. chemise au col à la française fermée jusqu'au dernier bouton, cravate à logo, jupe crayon en dessous du genou, collant transparent, oui, quelle horreur, et talon de minimum 4 cm. On est loin de Britney Spears dans le clip de Baby One More Time. Et puis ce costume, on se l'est approprié. Tout le monde est logé à la même enseigne, donc... Donc ça aide forcément à consolider le sentiment d'appartenance et on sent un peu moins idiot. Mais surtout, au bout de la première année, on a filé chez la couturière pour raccourcir un peu la jupe. On a investi dans des jolies chemises et on a remplacé les talons par des mocassins. On avait gagné au bout de la deuxième année ce droit implicite. Et ces vêtements, ils ont commencé à faire partie de nous, de notre identité. Et la honte, elle s'est transformée en fierté. Pour vous dire, quand on sortait des cours, on allait parfois au McDo en full uniforme et on était hyper à l'aise. Et maintenant j'ai beaucoup d'admiration quand je vois les photos d'archives des garçons de café ou des concierges et leurs grands uniformes impressionnants. Ça fait tout de suite son effet je trouve. Et je suis obsédée par les hôtels contemporains qui poussent l'uniforme à fond, soit avec un peu de fantaisie, comme tout droit sorti du grand Budapest Hotel. Soit basé sur des faits historiques comme les chasseurs alpins à Courchevel ou les valets du roi à Versailles. Ceux qui n'y comprennent rien se moquent, évidemment, et ceux qui savent, savent. Ça m'a beaucoup servi dans ma vie, dans ma carrière naturellement, parce qu'on a toujours cru que j'étais plus expérimentée que je ne l'étais dans mes premières années. Bah parce que le look, ça donne des allures de professionnelle ou de grande dame. Vous devriez prêter... davantage attention à vos vêtements et à ce qu'ils renvoient de vous. Ça veut pas dire que tout le monde devrait être en tailleur. À vous de trouver votre propre style selon les signaux que vous voulez envoyer. Pour ma part, je reste attachée aux chemises, j'adore ça, et aux belles chaussures de ville, mais à ma façon. J'adore les cols noués, les grands nœuds XXL, les cols Claudine, les motifs, les rayures, les grandes épaulettes aussi. Je suis fan des symboles empruntés au cow-boy ou à l'histoire, des grandes boucles de ceinture, des clins d'œil au monde équestre, des chapeaux volumineux, mais toujours avec de jolies coupes, de belles matières, que j'oserais porter sans hésitation à la table d'un comex de grand dirigeant, sans gêne. Oui, parce qu'un autre avantage, c'est encore la confiance en soi que ça déploie. Parce qu'il n'y a aucun événement, maintenant, où j'ai peur d'être trop bien habillée. Et comme disait Oscar Wilde, you can never be overdressed or overeducated. Pour les francophones, on n'est jamais trop bien habillé, ni trop instruit. 3. L'interculturalité. Celui-ci, on s'en doute, mais on sous-estime sûrement son ampleur. L'interculturalité, c'est l'ensemble des interactions entre des cultures différentes. On en parlait en cours à l'école hôtelière, c'est une vraie matière qui est théorisée. D'ailleurs, je vous avoue que ça nous embêtait tous parce qu'on se disait « ça prend pas dans une salle de classe ça » . Et pourtant, si. Il y a en quelque sorte des outils pour mieux comprendre l'autre. De nature, je suis quelqu'un d'un peu beaucoup radical. Il y a le vrai, il y a le faux. Il y a le bien, il y a le mal. Pour vous la faire courte, ce qu'on a appris en classe, qui à force de répétition a fini par rentrer dans nos crânes d'étudiants, C'est que la culture est un noyau dur et imperméable, inné et hérité de notre ancêtre. Vous aurez beau tout essayer, ce package ne changera pas. Puis, autour de ce noyau très dur, il y a une couche moyennement rigide, celle de notre éducation, depuis tout petit, comme les règles de société, les valeurs de nos parents, les tickets. Par exemple, ne pas mettre les coudes sur la table. Cette partie peut être amenée à évoluer légèrement au fil des années. Mais elle ne bougera pas beaucoup, vous y êtes quand même bien conditionné. Et tout autour, il y a une dernière couche, qui est beaucoup plus perméable et souple. C'est dans cette couche que se logent nos expériences personnelles en tant qu'individus. Quand on a souffert du regard des autres, qu'on a développé des hobbies, ou qu'on a repoussé nos propres limites, la dernière, elle est en constante évolution. Parce que nous évoluons tous en permanence, et tant mieux. Il faut partir du principe que chaque être humain est construit de cette façon, avec ses trois couches. Et que forcément, nous avons tous une couche profonde, difficile à changer. Mais on peut challenger quand même le reste en voyageant, en sortant de sa zone de confort, en remettant en question des croyances. Et il faut avoir conscience en fait que chacun vient avec son lot de traumas et son propre système de valeurs. Cette composition, elle nous pousse à voir la vie à travers des lunettes. Des lunettes teintées par toutes nos expériences. Et pour être bon en relation humaine en général... notamment dans un hôtel de luxe qui accueille des dizaines de nationalités différentes, il faut arriver à voir la vie sans ce prisme. Plus dur encore, avoir la vie à travers le prisme des autres. Par exemple, de mettre les lunettes d'un américain, conditionné par sa success story, quelqu'un qui est parti de rien, puis qui grâce à sa tchatche a bâti un empire, qui lui permet de séjourner finalement aujourd'hui. dans le plus iconique palace de Paris. De mettre les lunettes d'un Indien, héritier d'une famille extrêmement fortunée de génération en génération, qui n'a jamais reçu l'enseignement du goût de l'effort et a toujours dormi dans les plus beaux hôtels du monde. Ou encore, de mettre les lunettes d'une grande actrice française, à la fois adulée et détestée par l'opinion publique, humaine avant tout, avec des jours avec et des jours sans. Ça, c'est du talent. D'avoir assez d'humilité pour se placer dans les chaussures de l'autre, de comprendre leurs mots et leurs blessures, leur système de communication. À Bali, je travaillais en tant que concierge à l'intercontinentale. Magnifique propriété luxuriante, avec des petits salons où on servait des snacks disposés en festin à toute heure. Et dans chaque salon, il y avait un référent. J'étais concierge dans l'un de ces salons, pour les clients européens VIP. derrière un grand bureau de bois gravé pour les conseiller sur leurs prochaines expéditions. Et je sais pas pourquoi, il y avait un couple d'américains d'un certain âge qui m'adorait. Ils venaient me voir chaque jour, ne voulaient parler qu'à moi, me posaient des questions sur mon histoire. Ils étaient vraiment très très avenants, très très très chaleureux. Au début j'étais flattée et puis jour après jour je me suis dit que c'était un peu inquiétant parce que je voyais ça à travers mon prisme de française. où c'était bizarre d'être aussi chaleureux avec quelqu'un qu'on ne connaît pas. Ça faisait un peu psychopathe qui préparait mon enlèvement presque, genre kidnapping. Et puis, au fil des discussions, j'ai compris qu'ils étaient seuls, pas proches de leur famille et qu'ils trouvaient en moi beaucoup de réconfort et de sympathie. Ils adoraient me raconter leur journée, leur vie aux Etats-Unis et ça m'a touchée. Voilà, pour dire que j'ai beaucoup appris à écouter et à comprendre l'autre pendant ces années d'expérience. Ah oui, il y a ça aussi. Une fois, à Saint-Tropez, au spa, où je travaillais en tant qu'intendante. Donc intendante, c'est-à-dire que je replaçais les serviettes propres sur les transats, je recherchais les bouteilles d'eau, je prenais les commandes aux boissons des clients, etc. Et d'un coup, l'alarme incendie s'est déclenchée. Je cours à la réception pour avoir des nouvelles, et heureusement, c'était une fausse alerte. Me voilà donc en route pour prévenir mes clients du spa. pas qu'il n'y a aucune inquiétude à avoir. Il y avait un couple de russes. L'homme, il était dans la piscine. La femme, au fond du hamam. Choix logique, je vais donc au plus simple m'adresser à monsieur qui est accoudé au bord du bassin. Quelle erreur ! La femme me voit de loin, bondit de son banc en serviette à moitié nue, s'élance vers la piscine à toute vitesse et manque de peau. se prend de plein fouet la baie vitrée, parfaitement nettoyée avant l'espace piscine. Là, je prends peur parce que de orange, elle passe au rouge vif, reprend ses esprits, se place à deux doigts de mon visage et me hurle dessus « If you want to talk, talk to me, not to my husband ! » Voilà, donc j'étais traumatisée. Ça paraît fou, mais selon certaines régions du monde ou simplement les expériences personnelles, d'une personne, il faut arriver à ouvrir ses chakras pour comprendre les codes de l'autre. Et là, il fallait visiblement que je m'adresse plutôt à madame, qui était légèrement jalouse. D'ailleurs, à Bali, j'étais chargée d'enseigner nos codes européens aux locaux qui travaillaient à l'hôtel. Que non, on ne débarrasse pas une assiette dès qu'un convive a terminé, mais lorsque la tablée au complet a fini de manger. Que la clim à 16 degrés à l'arrivée en chambre, très peu pour les français. Mais qui a envie d'avoir chaud comme ça ? Il me disait tout le temps. Eh bien nous, du moins on veut pas rentrer dans un frigo en rentrant de la plage. Toutes ces mini-gestions de crise et la compréhension de l'autre m'ont beaucoup aidé à évoluer dans ma vie de tous les jours, y compris au bureau, avec des fournisseurs, des partenaires, des collègues, et même avec mes amis, qui se reconnaîtront sûrement. J'ai compris que mon système de valeur n'était pas forcément le leur, en fait. Leur absence épisodique, leur retard ou les problèmes de communication sont plus devenus aussi accablants à mes yeux qu'avant. On apprend tout ça plus vite sur le terrain. Parce qu'on est confronté à davantage de monde et leurs histoires. J'avais d'ailleurs pris un peu d'avance parce que j'avais fait un lycée international avec des gens aux origines variées et j'avais déjà un peu ouvert mes chakras. 4. La gestion du stress. Ah, le stress. Quel fléau de notre société. Croyez-moi, dans les grands hôtels, on y est constamment confronté. Ce qui est formateur, c'est que c'est du stress à court terme. Et quand on peut gérer du stress à court terme, dans l'instantané, on est déjà mieux équipé à gérer du stress à long terme. Genre des gros projets au bureau. Il faut garder en tête qu'on traite avec de grands dirigeants politiques, des célébrités, des familles richissimes ultra exigeantes, parfois même issues de la royauté. La pression est à son apogée. Plus que de simplement traiter avec eux, On est à leur contact direct. Il y a le stress d'apporter un plateau chargé de verres à cocktail à une table de patron du CAC 40. Le stress d'ouvrir une bouteille de vin qui vaut des milliers d'euros à une chaise d'entreprise dans le domaine viticole. Simplement le stress d'accueillir des clients qui entrent dans le restaurant quand on est tout jeune. Quel mot employer ? Où je vais les placer ? Et si je fais quelque chose de déplacé ? Il y a de plus grands stress aussi, comme celui d'annoncer à un sportif mondialement connu que sa Lamborghini a été explosée le long d'un muret parce que le voiturier a dû éviter un petit chat. Le stress de gérer une femme battue aussi, c'est beaucoup moins drôle, par son mari qui vient à la réception pour lui échapper. Dites-vous que les résidents d'un palace n'attendent qu'une chose de nous, porter sur nos petites épaules toutes leurs responsabilités du moment où ils franchissent les portes du lobby. Je vous donne les cas les plus extrêmes que j'ai gérés moi-même ou que j'ai observés de mes petits yeux de stagiaire, mais le stress est omniprésent chez nous. Les clients sont bien évidemment ultra exigeants, déjà parce qu'ils payent le prix pour. Quand on pèse la nuitée à 20 000 euros la nuit, on attend un service impeccable. Mais aussi parce qu'ils ont déjà tout lu, tout vécu, et plus qu'éduqués, ils ont l'expérience de la vie. Certains s'imposent la même exigence à eux-mêmes et c'est souvent comme ça qu'ils peuvent aujourd'hui séjourner dans de tels lieux. D'autres, et je vous rassure, c'est une minorité, sont juste blasés et ont toujours grandi en étant surchoyés. Donc une erreur de service, une chambre mal contrôlée, une bouteille bouchonnée qui échappe au sommelier, une table de banquets mal dressée, rien n'échappe à leur contrôle. Il faut toujours être en alerte et dans l'hyper contrôle. Vous vous rendez bien compte qu'à un moment, on peut vite exploser avec toute cette pression. J'ai appris justement à ne pas exploser, à prendre de la hauteur, à dissocier, et surtout, une fois que c'est réglé, à passer à autre chose. Lors de ma toute première expérience, ma collègue Laura m'avait dit « Rappelle-toi Julie, on ne sauve pas des vies » . Et cette phrase résonne toujours en moi. Pour les passionnés de travail, ça fait du bien de se le rappeler de temps en temps. Honnêtement, les erreurs ne me font pas peur, ne me font plus peur. Ça arrive. L'essentiel, c'est de ne pas se laisser submerger par le stress. Il est là, il est présent, mais il est maîtrisé. C'est pour cette raison aussi que la hiérarchie m'a rarement impressionnée. Et ça, je le tiens de ma mère aussi. Je sais que je donne, et c'est beaucoup que je donne, je prends chaque projet à cœur comme si c'était le mien. Alors, je ne vous parle même pas de Palace Mindset, mais la peur des autres et le stress de rater, ça, jamais. Ce qu'on apprend pour calmer le jeu, c'est de toujours communiquer. Au début, quand il y a un problème, on est tous passés par là, on fait tout pour le dissimuler. Un client arrive et sa chambre n'est pas prête. Ou pire, il y a eu un problème de réservation et il n'a pas de chambre encore. On a tendance à mentir, à arrondir les angles, à dire au client qu'il y a un tout petit hic, mais que ce sera réglé très vite. Terrible erreur. En réalité, on ne sait pas si ça sera réglé rapidement. Il est crucial d'en informer les autres départements pour corriger le tir sur le champ. Il faut communiquer ! Avec le client, avec ses collègues. Juste pour que vous compreniez, retournons la situation. Vous arrivez pour votre check-in d'un vol de 12 heures, avec encore une heure de route depuis l'aéroport. Il est 15 heures, le soleil bat son plein, vous êtes enfin au bord de la Méditerranée, vous n'avez qu'une envie, vous poser. Mais le ou la réceptionniste... Vous dit justement qu'il y a un petit hic, première erreur, et que ce sera réglé vite, deuxième erreur, que pour patienter vous pouvez attendre au bar, boire un verre, troisième erreur. Vous êtes déjà agacé, mais on vous assure que c'est bientôt réglé. Alors vous prenez sur vous, un verre, deux verres, pas de nouvelles. Vous cherchez du regard votre interlocuteur, qui fait mine de ne pas vous voir. Crise de nerfs. obligé. Le problème n'est que repousser et pas traiter. Si la personne en charge n'appelle pas la gouvernante pour faire une chambre au plus vite, ça ne peut pas se régler comme par enchantement. Et en tant que client, vous auriez préféré qu'on vous dise tout de suite ce qui se passe, que ça risque objectivement de prendre une ou deux heures de temps, et qu'on vous accompagne à la piscine pour attendre plutôt en maillot de bain, sirotant votre cocktail désolé pour l'expression, les fesses dans l'eau, n'est-ce pas ? Ce que ça m'a appris, c'est qu'un problème ne se règle pas tout seul. Il faut agir et vite. Il faut communiquer autour de soi. Rien de pire que d'être pris pour un idiot et d'être en totale impuissance, comme le cas du client que je vous donnais en exemple. C'est une philosophie qui peut vous changer, autant sur le plan pro que perso, encore une fois. C'est un mécanisme qui, une fois acquis, inscrit en vous, vous pousse à toujours prendre les bonnes décisions, à ne pas stagner. Quand une situation ne me plaît pas, J'agis. Rien n'est une fatalité. C'est cette façon de penser qui me pousse à alerter quand quelque chose ne va pas. Je suis souvent celle qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. Et c'est grâce aux gens comme nous, qu'il y a du progrès. C'est aussi cette façon de penser qui peut me donner le courage de démissionner, de déménager, de lancer mon podcast, de régler certains problèmes de couple. C'est un pilier du développement personnel. Le courage. Quelle belle valeur. 5. Le dernier et mon préféré, la culture du goût. Pour finir sur une note positive, travailler dans des lieux uniques au monde, au contact de passionnés, d'artistes et d'experts m'a tellement enrichie. J'ai développé une sensibilité à la cuisine, à l'oenologie, à la décoration, à la photographie et j'en passe. Rien qu'en culture, les grandes maisons de tissu, les cristalleries, le jargon technique, J'ai observé comment les plans des hôtels étaient conçus, les textiles sélectionnés, les pièces rares gagnées aux enchères, et j'ai ramené ce goût du beau chez moi. Et même si je suis loin d'avoir le même budget, j'ai adopté de bons réflexes. Je sais distinguer un verre Baccarat d'un Saint-Louis, d'art nouveau de l'art déco, un massage banal d'un protocole expert. C'est une vraie école de la vie. Et pour en profiter complètement, Il faut sans arrêt cultiver sa curiosité. J'observe d'un coin de l'œil, je questionne et je m'enrichis. Un exemple tout bête, c'est le sapin de Noël. J'adore cette période et je donne tout dans la décoration de saison chez moi. Plusieurs fois, j'ai observé les intervenants qui, à 6h du matin, quand l'hôtel dort encore, installent l'arbre majestueux dans le lobby et couche par couche, le pare-dornement. Je leur ai demandé pourquoi ils placent certaines boules de cette façon, quel éclairage ils appliquaient, et puis j'ai fait tout pareil chez moi. J'ai plié des centaines, voire des milliers de peignoirs et de serviettes de bain, donc croyez-moi que chez moi, j'ai pris le coup de main. En fait, je mets toutes ces inspirations au service de ma personne et au service de mes proches. Demandez à tous ceux qui sont invités chez moi comment ils sont reçus. Raca bagages pour poser leurs affaires. Accueil de choix avec un petit mot, table digne d'un banquet, lumière tamisée, rien n'est laissé au hasard. C'est redonner beaucoup de sens et d'intention aux toutes petites choses de la vie. Des petites choses qui semblent insignifiantes et qui pourtant peuvent apporter tant de joie. Un peu comme dans Amélie Poulain.