Speaker #0Bienvenue dans le podcast qui pousse les portes des grands hôtels pour réinventer votre quotidien. Palace Mindset, bonjour, comment puis-je vous aider ? Après un trip à Las Vegas, en Utah, puis au Texas, Me voilà partie pour un état que je rêvais absolument de découvrir, la Louisiane. Donc me voilà en route, la voiture qui parcourt les autoroutes à quatre voies, qui s'éloigne des plaines sèches vers l'humidité du sud. La route, elle est comme montée sur Piloti, et elle surplombe le Bayou et ses marécages. Le spectacle me tient éveillée tout du long, j'essaye même d'apercevoir un alligator. En fait, je brûle d'impatience à l'idée d'explorer cette ville vibrante et colorée qui ne ressemble à aucune autre. Alors voilà, je vais vous partager tout ça. Bienvenue avec moi à La Nouvelle Orléans. Chapitre 1. Le cœur battant de la ville. La voiture progresse et des immeubles commencent à apparaître. Je sens la chaleur qui monte, alors j'ouvre la fenêtre pour prendre un peu l'air. L'odeur est saisissante. Et ce petit choc olfactif me rappelle que ça y est, j'y suis. Une senteur humide qui fait ressortir les essences florales comme celles du magnolia quand il y a de la végétation. Et puis, les arômes qui s'échappent des restaurants et des marchands de rue. De la friture de beignets, des épices, du café. Impossible de l'ignorer. Cette sensation, elle prend tout mon corps et elle me met en éveil. Ça me donne surtout envie de sauter de mon siège pour partir explorer. C'est vrai, ce ne sont pas des effluves sexy sur le papier, pas très fraîches, pas très fruitées, mais incroyablement familiales, rassurantes. Il doit être 15h et les rues grouillent de monde. Ce qui est drôle, c'est que l'odeur me frappe avant les sons. Même en plein après-midi, en approchant du quartier français, les bandes de jazz sont déjà en représentation. Les gens parlent fort aux terrasses des bistrots. Plusieurs personnes fument, ce qui est plutôt rare aux Etats-Unis. Il y a une mamie qui bronze sur son balcon et qui toise les passants en contrebas. À chaque endroit où je pose les yeux, je prends un shot de dopamine. Ces balustrades colorées, elles sont hypnotisantes. Tellement romantiques, presque comme sorties d'un film. En fait, on les appelle les galeries. Je trouve ça joli comme nom. Elles sont faites de fer forgé avec beaucoup de détails et sont ornées de jolies plantes. Des lauriers, des bougainvilliers, des fougères suspendues. C'est vivant. J'aime beaucoup quand une ville laisse sa végétation s'exprimer. Les murs sont peints de couleurs pastelles et vives, il y a beaucoup de roses, de bleus, de jaunes, et tout ça crée un désordre joyeux et luxuriant. On sent les multiples influences culturelles qui ont donné vie à cette ville sans égal. Notamment dans ce quartier, le français, qu'on appelle aussi le vieux carré. Les colons s'y sont installés en 1718, mais l'architecture a des airs espagnoles et intègre des éléments caribéens. Avant, bien sûr, ces bâtisses étaient réservés à une seule famille. Mais aujourd'hui, je constate que ce sont devenus de vrais appartements. Je parcours les rues doucement en guettant ce spectacle singulier. J'entre dans Charter Street. Face à un bâtiment de briques rouges, Sous quelques drapeaux, l'entrée de mon hôtel. Je passe sous les arcades et je ne peux pas aller plus loin alors je me gare. Et là, un espace se dévoile sous mes yeux. Une cour à la verdure omniprésente, des petites guirlandes lumineuses et les quelques marches d'un escalier majestueux qui bordent ce patio. L'hôtel est construit tout autour. La réception est à l'entrée. La petite piscine familiale est au centre et le restaurant à pignon sur rue. Chaque service est un peu éclaté et la nature, encore une fois, semble avoir une place de choix. Ici, l'ambiance est tropicale avec quelques feuilles de bananie. C'est parfait pour le climat. Je vois quelques espaces nichés dans certains recoins. J'adore les hôtels au mille recoins. Et des petites alcoves pour avoir des conversations tardives, j'adore. L'emplacement actuel de l'hôtel de la Poste, qui est aux 310 et 316 rue Chartres, remonte au XVIIIe siècle. En 1731, le terrain appartenait aux religieuses ursulines qui entretenaient un jardin. Et là vous allez me dire, comment ça des religieuses ursulines ? Qui étaient ces nonnes ? Les ursulines sont des membres d'un ordre religieux catholique féminin fondé en 1535 en Italie. Leur mission principale était l'éducation des jeunes filles, à une époque où l'instruction féminine était très limitée. Elles se consacraient aussi à l'enseignement religieux, aux soins et à l'accompagnement des femmes en général. À la Nouvelle-Orléans, les Ursulines arrivent en 1727, sous la période française. Elles fondent l'un des premiers établissements scolaires pour filles en Amérique du Nord et participent aussi à l'hôpital colonial. Leur couvent, connu aujourd'hui sous le nom de Old Ursuline Convent, est l'un des bâtiments les plus anciens de la ville. Revenons à notre rue Chartres. Pendant le développement de la Nouvelle-Orléans au XIXe siècle, des bâtiments de plusieurs étages ont été construits sur ces parcelles afin d'accompagner l'expansion. industrielle du quartier. À cette époque, il y avait une fabrique de vêtements qui produisait notamment des blouses et des jupes qui étaient un peu les vêtements les plus répandus à cette époque. En 1904, un important incendie a endommagé une partie de la rue, dont l'atelier de confection. Au fil du XXe siècle, le quartier a évolué. Dans les années 30, il s'est transformé en zone plus populaire, accueillant des bars et même des bordels. Dans les années 60, on a frôlé la catastrophe. Le bâtiment du 316 a été détruit pour laisser place à un parking. Mais heureusement, celui du 310 est resté en place. Dans les années 70, un hôtel a ouvert à cette adresse sous le nom d'hôtel de la Poste, en référence aux anciens poteaux d'attache pour chevaux utilisés par les voyageurs à cet endroit. L'établissement s'est progressivement imposé comme une adresse ancrée dans le French Quarter et a finalement eu quelques rénovations en 2024. Je récupère ma clé de chambre et j'y monte rapidement. Je constate effectivement que les espaces privés sont bien plus modernes. La chambre m'évoque un peu les clubs de gentlemen. Un joli bleu canard donne le ton, rehaussé de mobilier en laiton doré et en onyx rouge. Aux murs sont accrochés de jolis portraits de musiciens en noir et blanc et quelques touches de orange qui viennent... donner un peu de peps au tout. Les formes et les couleurs me font aussi écho aux années 70. Je ne sais pas trop comment vous dire, c'est groovy. Je sens que chaque détail de cette chambre a été pensé avec soin parce que de tous les éléments, il n'y en a aucun que j'ai déjà vu ailleurs. Ah oui, et coup de cœur pour le minibar qui est en fait un plateau incrusté dans le meuble en marbre sur une sorte de plaque LED qui illumine les bouteilles par-dessous. On y trouve des spiritueux, un shaker et un seau à glace. qui ressemble un peu à un ovni. Alors, vous savez quoi ? J'ai envie d'ouvrir la fenêtre pour entendre la ville et laisser entrer l'humidité, de m'asseoir dans le fauteuil en demi-lune, de lancer un vinyle de jazz et de m'allumer un cigare en fermant les yeux. La pièce vibre, et vous avec. C'est de cette énergie que la chambre vous électrise. Mais après une bonne douche rafraîchissante et une goutte de cologne, Me voilà repartie. Rendez-vous à Bourbon Street. Chapitre 2. Les énergies de la nuit. Il y a des ondes dans l'air, je vous promets. C'est peut-être la fin de journée et son climat écrasant, les centaines de personnes qui marchent d'un pas décidé, rient et dansent dans la rue, ou peut-être les rabatteurs et les artistes qui tentent d'attirer votre attention. Au départ, on peut se sentir un peu surstimulé. j'avoue. Faut sans aucun doute un temps d'adaptation. Y'a ce je-ne-sais-quoi qui vous infuse d'adrénaline, un peu comme quand on est dans un parc d'attractions. Sauf que là, c'est la vraie vie. Remplie de vrais destins et d'histoires qui se croisent. Une tension aussi est palpable. Il peut y avoir des personnes mal intentionnées qui profitent du bruit et de la foule pour en tirer parti. Vous savez, je me retiens de faire cette référence depuis le début de l'épisode, parce qu'elle est un peu clichée. Mais je suis désolée. Mon Disney préféré ever, c'est La princesse et la grenouille. Et ça me rappelle vraiment la scène où le sorcier, le docteur Facilier, attire le prince dans sa boutique. Mais pourquoi je ressens tout ça ? Et d'où viennent toutes ces légendes spirituelles en Nouvelle-Orléans ? Le vaudou, tel qui s'est implanté à la Nouvelle-Orléans, trouvent ses racines en Afrique de l'Ouest. C'est une pratique spirituelle centrée sur un dieu unique, bandier, mais gouvernée au quotidien par des divinités secondaires. les loas, chacune liée à un domaine de la vie ou de la nature. Quand les esclaves africains ont été déportés aux Amériques, ils ont emporté ces croyances, qui se sont progressivement mêlées au catholicisme, renforcées par l'arrivée d'une vague d'immigration haïtienne après la révolution de 1804. Tout cela a donné naissance à une forme unique de vaudou à la Nouvelle-Orléans, qui a conservé son importance au fil des années. La ville a vu arriver très tôt ces pratiques, et elles se sont enrichies au contact des coutumes indigènes. Aujourd'hui, le vaudou se ressent partout. Dans la musique, les chants, les danses rituelles, dans les cérémonies où l'on fait des offrandes au loa, mais aussi dans les objets que l'on crée. Les fameuses poupées vaudou ou les amulettes destinées à protéger, attirer l'amour ou la chance. Et souvent, tout ça a un prix. Tiens, tiens, comme dans La princesse et la grenouille. Il y a une histoire qui est le mythe de la Nouvelle-Orléans, celui de Marie Laveau. Née en 1801 d'une mère noire affranchie et d'un père français, elle est devenue la prêtresse vaudou de l'État, guidée par son mentor, le docteur John. Elle était réputée pour ses capacités de guérison et ses conseils, attirant aussi bien les riches blancs que les esclaves noirs. Elle s'est aussi engagée pour l'égalité et la fin de l'esclavagisme. Tout le monde se bousculait pour aller la voir. Certains la considéraient comme une sainte et d'autres comme un démon. Et de nombreuses rumeurs ont été diffusées à la fin de sa vie. On raconte que plus elle vieillissait, plus elle paraissait jeune. Et quelques passants ont clamé l'avoir croisée après sa mort. Étrange. Bon, et si vous êtes fan de théorie du complot, sachez qu'on dit parfois que Beyoncé serait l'une de ses descendantes et aurait hérité de son pouvoir. Vous vous y attendiez pas à celle-là. Après sa mort en 1881, son tombeau, au cimetière Saint-Louis n°1, est devenu un lieu de pèlerinage pour des milliers de visiteurs, toujours à la recherche de bénédictions ou de protections. Et malheureusement, j'ai pas pu y aller, car c'était fermé. Quelle déception. Et en même temps, autant ne pas trop se frotter à la magie. Enfin bref. Me voilà qui danse dans Bourbon Street, m'amuse des façades de bars marrantes, les musiciens représentent la mixité de la ville, tout le monde trouve sa place ici. Si vous arrivez à vous imaginer l'ambiance musicale, imaginez-la encore plus fort. Et parfois un concerto de groupe, distancé de quelques mètres seulement. La trompette, les percussions, les trombones, les bonjos, la clarinette, des cuivres partout. Alors on cherche un peu à s'éloigner pour boire un verre. et réussir à communiquer sans crier. Plus au sud, au numéro 311, je découvre un petit oasis dans le tumulte. C'est le Musical Legends Park. Je suis accueillie par des statues de bronze commémoratives. Ce sont tous des enfants du pays qui ont fait rayonner le jazz d'ici. Je découvre des figures marquantes comme Al Jumbo Hurt, compétiste virtuose des années 60, connu pour son énergie scénique et ses hits populaires. Pete Fountain, clarinettiste de jazz qui a fait vibrer le French Quarter avec son swing unique. Fats Domino, pianiste et chanteur emblématique du rock'n'roll et du R'n'B qui a vendu des millions de disques tout en restant profondément ancré à la ville. Parmi eux, Chris Owens, une femme se distingue. Chanteuse et performeuse, elle a fait du French Quarter un lieu de cabaret vivant avec ses spectacles et son club. incarnant l'esprit festif et théâtral de la ville. À côté, Ronnie Cole, pianiste international qui a apporté sa touche sophistiquée au jazz, tandis que Louis Prima Jr. perpétue l'énergie et le swing de son père, légende du jump blues. Chacun à sa manière a contribué à la musicale néo-orléanaise. Je m'installe, la nuit est tombée. Je commande un verre, des crevettes panées, sauce tartare, un shrimp platter. Je savoure l'instant et les crevettes. En pratiquant mon activité favorite, regarder les passants. Chapitre 3. Une journée vibrante et colorée. Réveil à l'hôtel de la Poste. Ce matin, pas question de petit déjeuner comme d'habitude. Un fin mai matin. Vous avez déjà entendu parler des beignets de la Nouvelle-Orléans ? Et il n'y a qu'un endroit où se rendre pour y goûter. Le Café du Monde. Un lieu emblématique qui était à l'origine un simple stand de café sur Decatur Street et qui a grandi avec sa notoriété. Je saute du lit. De bon matin, la musique bat déjà son plein, surtout devant ce fameux café où je viens tout juste d'arriver. Waouh, le spectacle est magique. La terrasse est pleine à craquer, les serveurs virevoltent. Ils tiennent leur plateau rempli d'assiettes de beignets au bout des doigts et au-dessus de leur tête. Ils se glissent entre chaque table et ils lancent une ou deux portions jusqu'à le vider. Ils sont super chics, ce sont eux les vrais stars du lieu, les chefs de rang. Ils arborent fièrement une chemise et un tablier blanc immaculé, un nœud pape noir et une petite toque comme un chapeau de marin, soigneusement placée, légèrement de côté. Ils sont sur deux, du passe de la cuisine au tablé, avec un air un peu nonchalant. Ça se voit, ils sont convaincus du produit. La terrasse est couverte d'un grand store rayé vert et blanc, dont le motif se prolonge à l'intérieur. Les ventilateurs de plafond en bois tournent à p... plein régime pour rafraîchir les convives. Je me frais un chemin au milieu de ce tableau et je me dégote la seule petite table qui vient de se libérer. Euh, café au lait and des beignets, please ? Ici, le café est aussi bon que les pâtisseries. Les beignets sont servis par trois et prennent la forme de petits carrés de pâtes ultra-aériennes levées puis frites, recouvertes d'une épaisse couche de sucre glace. Ce monument local a été rapporté par les Acadiens, un peuple francophone d'Amérique du Nord, du Canada actuel principalement. D'ailleurs, le mot Acadien s'est transformé en Cadien, puis en Cajun. Oui, oui, comme les épices. En tout cas, ils ont bien fait de ramener les beignets parce que cette cuisine a continué de survivre jusqu'à aujourd'hui au cœur de cette terrasse vibrante. Je me lance pour goûter. Eh bien... C'est pas pour rien si l'institution reine d'en mettre depuis 1862, et surtout que le menu n'a jamais changé. C'est dé-li-cieux. C'est simple, j'ai jamais rien goûté de tel. Le goût est si doux, beurré comme un croissant. En fait, la recette traditionnelle nécessite de l'huile de graines de coton. La texture n'est pas en reste, à peine croustillante sur l'extérieur et tellement fluffy à l'intérieur. Le tout légèrement parfumé. Un voyage immédiat pour Vardigra. D'ailleurs, ils étaient consommés surtout ce jour-là pour profiter une dernière fois des bonnes choses avant de faire carême. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Me voilà repartie. À une rue d'ici, je visite les galeries et les antiquaires, puis j'entre dans le French Market. On y trouve de tout. Des bijoux, des gris-gris, des têtes d'alligators et une multitude d'épices. Je flâne encore dans les boutiques aux alentours. Mais j'ai envie d'explorer un peu plus loin, de me rapprocher parce que les quartiers de cette ville aux mille facettes sont vastes. Et se contenter du centre-ville, ce serait une terrible erreur. Premier arrêt, le Faubourg Marigny. Fondé en 1805 par l'excentrique Bernard de Marigny, c'est le premier quartier historique né de l'expansion du Vieux Carré. Bernard de Marigny était un aristocrate créole richissime et excentrique. qui a marqué l'histoire de la Nouvelle-Orléans par son style de vie flamboyant et ses dettes de jeux légendaires. Héritier d'une fortune colossale à seulement 15 ans, il a dilapidé une grande partie de ses richesses, ce qui l'a poussé à lotir la plantation familiale pour fonder en 1805 le quartier qui porte aujourd'hui son nom. Personnage provocateur, il est resté célèbre pour avoir introduit le jeu de craps aux Etats-Unis. Pour ses nombreux duels, et pour avoir nommé les rues de son faubourg selon ses caprices, avant de finir sa vie dans une pauvreté relative, contrastant avec son passé de prince de la ville. Le quartier, véritable mosaïque culturel, a longtemps été le refuge des gens de couleur libre et des immigrants. Aujourd'hui, le quartier vibre au rythme des clubs de jazz de la célèbre Frenchman Street. Ça se voit à travers l'architecture. Ici, il y a de vraies petites maisons individuelles, préservé par une avancée et un Porsche. Ces cottage créoles, comme on les appelle, forgent une identité unique qui se lie encore sur les façades colorées et les rocking chairs installés devant. Les volets contrastent avec du rouge vif ou du turquoise. Je constate que certaines demeures semblent toutes neuves et d'autres sont en piteux état. On visualise bien la vie locale dans les siècles derniers. Les maisons sont faites de bois mais sont surélevées de briques, ce qui leur ont permis de survivre aux multiples inondations. D'ailleurs, vous remarquerez que la Louisiane a été touchée par de nombreux épisodes climatiques. Incendies, inondations, ouragans... On raconte que c'est aussi lié à cette spiritualité et aux énergies puissantes. Je me balade dans un véritable quartier résidentiel. C'est d'ailleurs dans ce décor que se tient l'un de mes hôtels préférés au monde. Alors bien entendu, je ne pouvais pas venir ici sans y passer, à défaut d'y dormir. Cet hôtel si particulier se nomme Peter & Paul, et je l'aperçois déjà, depuis le coin de la rue. Il incarne la renaissance du district en occupant un ancien complexe paroissial du XIXe siècle composé d'une église, Saint Peter and Paul, d'une école, d'un couvent et de l'ancienne maison du curé. Après une restauration minutieuse de 4 ronds, ce lieu sacré a été transformé en un hôtel au design hyper pittoresque. Il y a plusieurs entrées liées aux anciens édifices. L'école, assez formelle, arbore une grande... porte vers sa peinte qui contraste et attire tout de suite le regard. Les murs sont faits de briques rouges et le toit pointu évoque la rigueur de l'éducation. Les fenêtres sont voûtées. Un peu plus loin à droite se trouve l'église catholique. Elle date d'environ 1860 et se tient debout grâce à d'importantes rénovations. Elle arbore un style néogothique plus romantique que les églises classiques. Ici, ça se traduit à travers les lignes verticales accentuées, les formes plus arrondies et les briques brunes apparentes. Deux tours, l'une plus longue que l'autre, se terminent en dôme. Je m'approche, mais la porte est fermée. Tiens, il y a un écriteau. Sunday Service Flow, 10.30am. Comment ? Je lis plus bas. Nola Vibe Yoga. Incroyable ! La salle de l'église se prête au jeu du yoga. Quand l'espace n'est pas privatisé, chaque jour, en fait, on peut y prendre un cours. J'imagine bien coucher sur le vieux plancher, une jambe sur l'autre, les yeux fermés ou rivés sur les vitraux. Les fraises sont envoûtantes et le peu de lumière confère au lieu une atmosphère céleste. Je repars. C'est entre ces deux bâtiments, lorsqu'on traverse une sorte de cour étroite, qu'on trouve sur un pan de mur une petite porte dérobée. Et c'est là l'entrée. Une réception humble, dissimulée sous un chapiteau de tissu jaune et abritée d'un massif escalier. On dirait le bureau d'un concierge d'immeuble, mais avec une peinture de la Renaissance accrochée juste derrière. L'intimité d'un gîte, du damier en losange noir et blanc au sol, des plantes tombant des escaliers et quelques chaises en bois qui rappellent l'ambiance du couvent. Dans cet hôtel, les communs sont... tout petit. On se sent comme dans une maison de famille, avec des pièces en enfilade. Je monte les escaliers, il y a en fait le même en face, parfaitement symétrique, et à l'étage, un épais rideau vert protège un espace bien caché. A première vue, une table ronde pour boire un café entre amis avec quatre fauteuils aux tissus froncés. Un grand lustre bariolé qui descend jusqu'au milieu de la pièce, l'éclaire juste comme il faut. Et puis au fond, bien intégré, il y a comme un décor de théâtre, une sorte de scène surélevée, au fond peint comme pour repousser les murs, une fresque qui dévoile un pan de pièces imaginées. Les tons sont doux, motifs vichys, bleu poudré, vert d'eau, rayures ton sur ton. Je déplace mon regard et sur la droite, Quelques fauteuils de lecture en rotin où l'on peut s'allonger sont disposés. À gauche, un grand tapis aux motifs chargés comme ceux des maisons de campagne. Et dessus, quelques tables pour travailler. C'est une véritable salle de repos découpée en trois zones où chacun y trouve son compte. Un théâtre où l'on peut juste s'asseoir pour observer les activités des autres. Avec ses quelques œuvres d'art et sa capacité à nous faire sentir comme à la maison, cette pièce invite vraiment à la créativité. Je trouve qu'il manque cet esprit à beaucoup d'hôtels, malheureusement. Dans le développement de notre industrie, on parle souvent d' « underused space » . En gros... Des mètres carrés qui ne rapportent pas assez. Quelle tristesse. On a tendance à oublier que les hôtels sont avant tout des lieux de vie. Et j'adore ces hôtels qui résistent, qui gardent leur âme et font front à tout ça en préservant cette âme de foyer. On veut plus de salles de lecture, ok ? Hélas, aujourd'hui je ne suis que de passage. Alors me voilà repartie pour le second bâtiment. Je ressors et j'emprunte une autre petite porte. Je suis accueillie par un café, annoncé par un écriteau en tissu, comme à l'époque médiévale, qui flotte au-dessus de l'entrée. Le coffee shop a des airs portugais, avec ses carreaux en mosaïque bleu et blanc. Plus loin, une salle baignée de lumière est sans doute ma préférée. Tous les plafonds laissent apparaître de jolis drapés jaunes, comme les tissus des sofas. Au sol... De larges tapiers recouvrent le bois ancien en déton bleu. Il y a aussi des lustres de fer forgé comme des lanternes. Un grand miroir posé sur une cheminée condamnée, aux moulures dorées et légèrement oxydées. C'est humble et en même temps très gai. Les couleurs vives et les motifs éclectiques réveillent l'ensemble. J'ai l'impression d'être dans un conte de fées. C'est l'endroit idéal pour romantiser sa vie. rayures, fresques médiévales, quelques fleurs séchées. C'est joyeux. Et puis, vous avez cette lumière qui est magique. Elle guide le regard le long des courbures et révèle un peu de poussière dans l'air. Elle crée des formes dans l'atmosphère. Vous voyez ce que je veux dire ? Je vais au fond du bâtiment et voilà encore un autre style. Damier rouge, végétation recouvrant le plafond, chaises de jardin, assiettes accrochées aux murs verts pâles. C'est dingue ! Chaque... pièce est un cadeau. Et tout au fond, le bar, comme un grand arbre. Toute la structure évoque les racines et les troncs. La nature a toute sa place à l'hôtel Peter & Paul. Il y a des découpes murales qui m'évoquent un peu le petit trianon à Versailles. Chaque détail a été pensé avec amour, et ça me touche. C'est le Elysian Bar. Je ne visite pas les chambres. Mais je sais que chacune évoque l'histoire religieuse à travers ses éléments décoratifs, certaines comme un dortoir rappelant l'école, d'autres plus dans un style d'abbaye. Cette magnifique propriété appartient au groupe H Hotels, qui est l'un des plus beaux aux Etats-Unis si vous les regardez. D'ailleurs, comme d'habitude, n'oubliez pas de me rejoindre sur Instagram, at thepalastmindset. Vous verrez tous ces beaux décors dans mes photos de voyage, et surtout, vous me direz si elles correspondent à ce que vous imaginez en ce moment. Chapitre 4. Les cinq sens en éveillent. Il est 20h. Je quitte la chambre, habillée d'une jolie robe, et je parcours les rues au bras de mon père et de mon frère. Ce soir, nous dînons chez Brennan's. Ce n'est qu'à cinq minutes de l'hôtel de la Poste, à pied, et comme toujours, le trajet est animé. Voilà que se dresse devant nous un bâtiment, tout rose. Un tapis vert et rose aussi. signé du mot Brennan's donne l'impression d'être une célébrité en tournant. Ces deux couleurs, ça me rappelle un peu l'univers de Wes Anderson. Faut dire que ce restaurant, c'est pas n'importe lequel. C'est une institution à la Nouvelle-Orléans. Depuis 80 ans, l'établissement ravit les palais des locaux et des visiteurs de leur plat phare. Tout part d'Owen Brennan, un Irlandais, propriétaire de l'Old Absent House, bien décidé à faire ses preuves en tant que cuisinier. En 1946, il acquiert un premier restaurant sur Bourbon Street. Et dix ans plus tard, la table migre un peu plus loin à son emplacement actuel au 417 Royal Street. Avant, c'était la Louisiana State Bank. Puis la résidence du joueur d'échecs Paul Murphy et léguée à l'université locale. Jusqu'à ce que les Brennans rachètent l'immeuble. Ce qui est beau dans ce projet, c'est que la famille a engagé une équipe d'artisans néo-orléanais pour redonner vie à cet ancêtre de la ville. Alors quand je passe la majestueuse porte archée, je sens toutes ces âmes vibrantes peser sur l'énergie du lieu. Une hôtesse au téléphone m'accueille derrière un comptoir et nous accompagne rapidement à travers les pièces. C'est comme un hôtel particulier. Il y a d'abord un bar, un timniste, où des habitués partagent un whisky en nous regardant passer. Un pianiste qui donne le ton. Quelques portraits en noir et blanc et d'images d'archives posent le contexte. Je suis le damier au sol et passe devant un chariot à champagne sur roulette, rose lui aussi. Et me voilà dans la salle. sur une jolie table centrale illuminée par un bougeoir. Malgré le bruit sourd de toutes ces conversations, on s'y sent bien, parce que chaque carré est protégé par un grand pilier. Franchement, c'est encore aussi grandiose que les autres lieux que je vous ai décrits plus tôt. Je ne sais même pas par où commencer. Si, c'est un peu comme un retour à Versailles encore, avec ces quadrillages de bois vert qui donnent l'impression d'être dans un jardin royal. De grandes fresques avec des scènes de vie imaginaires et loufoques sont peintes à la main. J'y vois des grands fruits tropicaux, des cascades, des farfadets. Les chaises roses capitonnées portent aussi cette signature. De grandes nappes blanches confèrent un style de brasserie huppée parisienne. Si vous aimez les tables calmes, par contre, fuyez. Ici, on trinque, on boit, on rit, on forme de grandes tablées et on devient amis avec les équipes de la salle. D'ailleurs, le service est mené d'une main de maître. Et pourtant, vous vous doutez que je suis exigeante. Des formations professionnelles, bien sûr. Non, là, c'était attentionné, personnalisé, présent, juste comme il faut. Notre service était irréprochable et surtout si agréable. Elle nous raconte les histoires de la maison comme si elle y était depuis le début. Je commande le goldfish amandine, un plat typique d'ici. Le poisson est saisi, pour le croustillant, et cuisiné dans une émulsion au beurre brun. Sur le dessus, quelques amandes marcona en crumble, un peu de piment d'Espelette, une pointe de citron et quelques brins de persil. Le tout dressé sur des petits légumes. C'est un délice. Les plats donnent tous envie honnêtement. Poisson blanc aux raisins en pickles d'hibiscus, château brillant rôti glacé au miel, cochon de lait au caramel, ou poules à la moutarde infusées au thé, des traditions pimpées de ce petit plus qui pique la curiosité. Et c'est pas seulement créatif sur le papier, c'est délicieux. Ah oui, et le pain aussi. Dans tous les restaurants de la ville, il y a ce pain, qui est plutôt une brioche bien dorée et mouillée dans le beurre, à l'image des beignets. Je passe un super moment. La serveuse revient nous voir. elle me conseille de goûter au Bananas Foster pour le dessert. Je lis la recette et il ne m'en faut pas plus pour être convaincue. Banane, beurre, sucre brun, cannelle, rhum, crème glacée à la vanille faite maison, le tout flambé à table. C'est un plat à partager bien sûr. En fait, le mets a été créé dans le tout premier restaurant sur Bourbonne Street car l'entreprise familiale comptait une production de bananes. Et il y en avait toujours en surplus. Owen a donc missionné son chef Paul Blanger d'en faire un dessert signature. On raconte même que ce serait une création en duo. Sa sœur Ella aurait fait des tests un peu par hasard et aurait flambé le tout sans vraiment faire exprès. Le plat a pris en notoriété, avec l'essor du Breakfast at Brennan's, un service matinal que vous pouvez encore tester. Bon, c'est excellent. Désolée pour l'usage des superlatives dans cet épisode, mais tout est littéralement fou. Le chaud-froid du feu et de la glace, qui est d'ailleurs une crème glacée, tellement bonne, le sundae américain original, le sucre qui a caramélisé et fond en bouche, c'est vraiment coquin. Je ressors la tête et les papilles surexcitées. Quelle belle soirée. Si vous aimez ce style de lieu et que vous faites un passage à Nola, a.k.a. la Nouvelle Orléans, j'avais aussi noté les restaurants suivants. Galatoire's, Restaurant by George et Antoine's. Chapitre 5, une dernière virée. Ce matin, je me lève de bonne humeur. C'est la dernière journée en Louisiane, alors on sort un peu du centre. Cette fois, on décide d'emprunter un monument pour s'y rendre, le St. Charles Streetcar, un tramway historique en bois qui arpente les avenues en cinq lignes. Il a été inauguré en 1835 et c'est l'un des plus vieux réseaux du monde. Au départ, il a été construit pour relier la ville à la banlieue pavillonnaire. Il fonctionnait à vapeur, mais ça faisait trop de bruit. Alors on a préféré qu'il soit tiré par des chevaux. Jusqu'en 1893, où l'électricité s'est développée. Et ce transport public est une véritable star locale. Le chauffeur nous salue aimablement et nous payons le siège de quelques pièces. Assis face à face... Les paysages évoluent quartier par quartier jusqu'à ce que nous atteignions notre destination. Fini les appartements au balcon et les petites maisons, ici on parle de manoirs. Bienvenue au Uptown District, de gigantesques manoirs. Certains sont mieux entretenus que d'autres, encore une fois, mais ils traduisent tous autant l'esprit d'une grande fortune. D'ailleurs, l'un d'eux, le Buckner Mansion, a même servi de décor pour la série American Horror Story. Pour ceux qui ont regardé, c'était pendant la saison Coven sur les sorcières de Salem. Le chauffeur de taxi, qui viendra nous chercher plus tard, nous explique que de grandes célébrités y ont habité. La famille Manning, des quarterbacks de la NFL de père en fils, des légendes aux Etats-Unis, ou encore des maîtres du jazz de notoriété internationale. Sandra Bullock, Beyoncé ou Brad Pitt ont aussi une maison en Nouvelle-Orléans, mais je ne saurais pas vous dire où exactement. Vous avez compris, les écoles du district sont privées et internationales. Les commerces sont principalement des agences d'immobilière ou des cabinets d'enchaire. Vous pouvez aussi visiter le cimetière Lafayette, le père Lachaise de la Nouvelle-Orléans. J'adore aussi les voitures vintage qui trônent dans les rues. Dès que je vois une devanture d'antiquaire, j'y entre. On y trouve de vrais trésors. De vieux pianos, des lustres comme chez Peter and Paul, mais surtout ce qui me plaît le plus, mille et une pièces d'argenterie pour des tables toujours plus folles. Des coquetiers, des présentoirs aux mécanismes surprenants, des mâles à caviar, à champagne. Toutes ces créations sont merveilleuses, mais malheureusement un peu trop goûteuses, pour le plaisir des yeux seulement. D'ailleurs, si vous aimez ces petits objets autant que moi, je vous invite à suivre le compte Antique Atelier sur Insta. Ils font de superbes trouvailles et les mettent en scène à table. Voilà, une belle note pour finir ce périple. Ah, mais attendez, j'ai aussi fait une dernière chose ! Je me devais de goûter. J'avoue, j'ai dégusté de l'alligator. Comme un dernier repas, ce midi-là, je me rends à Cochon. Une brasserie dans un quartier industriel de la ville où on sert toutes sortes de viandes, y compris de l'alligator. Eh bien, c'est très bon. Un peu déroutant en bouche pour une première parce que le cerveau nous joue toujours des tours, mais avec la superbe spicy mayo du chef, c'est un délice. C'est vrai ce qu'on raconte, c'est une viande blanche qui goûte un peu le poulet. Mais c'est plus corsé, plus épicé. On partage donc ce repas, en famille, comme pour terminer sur une note particulière ce saut en Louisiane. Dans tout l'état, le temps semble s'être arrêté. Et j'aime cette ambiance authentique et festive. Les néo-orléanais sont amateurs de bonnes choses. De musique, de bons plats, de danse, d'architecture, de littérature. On sent toute l'intention et l'amour insufflés dans chaque bâtiment, chaque havre d'art, ou même dans leurs regards. Et tout cela, malgré les catastrophes climatiques, le passé colonial, l'esclavagisme, et toutes les autres fois où la ville a dû se refaire. C'est sûr, ce voyage me marquera longtemps. Merci d'avoir passé ce petit moment avec moi. Et surtout, rappelez-vous, la vie est ce que vous en faites. Alors faites-en une expérience 5 étoiles. A la semaine prochaine, même heure, même endroit, dans The Palace Mindset.