- Speaker #0
Hello, moi c'est Myriam, bienvenue sur le podcast T'inquiète je me débrouille où on explore ce moment où l'on découvre les galères de l'âge adulte et qu'on doit les gérer. Toutes les deux semaines, j'échange avec des personnes au parcours réel et aux expertises utiles pour nous donner un autre regard sur cette période de vie floue.
- Speaker #1
Welcome to the real world ! It sucks ! You're gonna love it !
- Speaker #2
Je sais pas quoi faire, j'ai besoin d'un adulte ! Je suis un adulte ! J'ai besoin d'un adulte et plus d'adultes ! Comment on devient adulte ? Je sais pas, j'ai l'impression que quand on était enfant, juste on jouait aux adultes et après on s'est pris trop sérieusement au jeu.
- Speaker #3
Faut juste que je trouve un moyen de grandir sans pour autant devenir aussi assommante que les adultes.
- Speaker #4
We're adults, when did that happen and how do we make it stop ?
- Speaker #0
Hello et bienvenue sur le podcast T'inquiète, je me débrouille. Le podcast est débrouillard où nos invités nous inspirent et nous permettent de comprendre comment naviguer dans la vie adulte et dans la vie active aussi, et de la vingtaine surtout, comment se débrouiller. Merci à vous de nous écouter et de nous regarder. Abonnez-vous si ce n'est pas déjà fait. Laissez une note sur les plateformes d'écoute. Apple Podcasts, Spotify, merci en tout cas d'être de plus en plus nombreux à nous donner de la force et à rejoindre cette aventure sur laquelle on parle de débrouille, de maturité et de la vingtaine. Aujourd'hui, notre invité, c'est Mariusia Paris-Leminger, une femme formidable qui a un parcours assez incroyable puisqu'elle a mené une double carrière dans sa première partie de vie. Championne de France, championne du monde de relais. Elle a représenté la France au JO de Rio, de Tokyo et plus récemment à Paris en 2024. Donc nous, quand on était devant nos télés et qu'on regardait les bateaux défiler, elle, elle était dedans. Et tu as un palmarès incroyable. On y reviendra. Je ne vais pas le citer parce que je pense qu'aujourd'hui, on te l'a recité au moins 15 000 fois. Mais au-delà, ce qui m'intéresse, moi, vraiment, c'est au-delà de la performance et des médailles qu'elle a pu gagner. C'est qu'elle, c'est une femme qui a grandi avec une réelle pression du temps. sur ses épaules parce qu'elle avait une carrière où on dirait que tu as une ligne d'arrivée et c'est intéressant de comprendre ce sujet-là. Aujourd'hui, elle est psychologue, donc c'est d'autant plus intéressant puisqu'elle a vraiment pu nourrir sa trajectoire de sportif de haut niveau avec des sujets très psychologiques qui nous intéressent ici. Et pour elle, comme je disais, la ligne d'arrivée n'est pas un mythe. Très longue introduction, mais merci d'être avec nous. Avec plaisir. Merci. Moi, je commence toujours par une question. S'il y avait une expression... Une citation, un titre qui te permettait de te présenter, ça serait laquelle ?
- Speaker #5
Spontanément, j'ai peut-être des mots qui me viennent. Par exemple, en même temps mille à l'heure et en même temps très chill, en même temps peut-être force tranquille. Oui, c'est bon, je pense qu'on peut...
- Speaker #0
Une force tranquille ?
- Speaker #5
Oui, je pense que ça peut être l'expression force tranquille.
- Speaker #0
C'est pas mal parce que... parce que c'est deux, c'est comme l'eau et le feu qui se rencontrent et tu trouves un équilibre là-dedans donc c'est plutôt intéressant, hâte de découvrir tout ça et donc je le disais, aujourd'hui tu as mené deux carrières de fond pendant que tu allais courir et faire de la course au relais alors je n'ai pas jargon d'athlétisme, je m'en excuse mais quand tu allais vraiment faire ces challenges-là à côté tu faisais des études de psychologie Oui. Comment on fait, puisque déjà être étudiante en psychologie, c'est pas immense à faire. Comment on fait pour mener les deux ?
- Speaker #5
Alors déjà,
- Speaker #0
c'est vraiment compliqué.
- Speaker #5
Vraiment, j'ai eu des moments où je me suis dit, je vais arrêter mes études parce que j'y arriverai pas. Sauf que pour la petite histoire, en fait, je voulais être psychologue avant d'être sportive de haut niveau. Donc ça m'embêtait vraiment de devoir abandonner cette vocation que j'avais depuis mes 14 ans. J'ai vraiment essayé de m'accrocher comme j'ai pu. J'y suis arrivée essentiellement grâce à mon entourage, tant dans la motivation mais dans l'organisation aussi qu'ils ont cherché à mettre en place pour que ça se passe bien, pour que je puisse en même temps être à l'autre bout du monde et quand même avoir mes cours et pouvoir réviser, etc. Et puis j'ai eu quelques aides aussi de l'université, il faut le dire. J'ai pas eu de passe droit mais c'est des choses qui sont proposées notamment aux sportifs de haut niveau, aux artistes. et aux étudiants en situation de handicap, donc tous ceux qui ont besoin d'aménagement. Mais ce n'est vraiment pas évident et je pense que l'entourage a vraiment fait pour beaucoup. Je pense que véritablement sans eux, je me demande vraiment si j'aurais tenu, vraiment. C'était vraiment dur.
- Speaker #0
Quand on connaît ton parcours, j'ai compris que tu n'es pas tombée dans l'athlétisme, comme tu le dis super bien dans ton TEDx que j'ai assisté. Tu es tombée comme Obélix dans la marmite et tu voulais boire la potion. Vraiment, ça t'est tombé dessus. Ton talent, t'es tombée dessus, on peut le dire. Comment on vit le fait d'avoir des prédispositions sur une thématique précise ?
- Speaker #5
Le truc, c'est qu'au début, j'étais très têtue avec la course. C'est super dur. En vrai, franchement, même si on a quelques qualités, ça reste un gras. pour aimer courir, ou en tout cas, je pense que ce ne sont pas toutes les personnes qui font même de l'athlète qui diront « Non, j'aime courir, en fait. Vraiment, c'est particulier. » Donc, au début, j'étais vraiment très têtue quand même. Je n'avais pas envie de faire plus. Moi, ce que j'aimais, c'est que je gagnais. Je battais les garçons à l'école, déjà. Donc, en fait, c'était super. J'étais celle qui courait le plus vite. C'était ça qui était sympa. C'est un peu avoir cette casquette-là. Et puis, après, Merci. Comme j'étais dans une famille de sportifs où le sport vraiment est obligatoire, on n'a pas d'autre choix que de faire du sport, il a fallu négocier.
- Speaker #0
C'est-à-dire, quand je dis que tu es dans une famille de sportifs, est-ce que tu peux l'évoquer rapidement ?
- Speaker #5
Oui, en fait, c'est mon père qui a remarqué que je pourrais... Que je courais vite très très tôt, que je courais plutôt bien aussi très très tôt. Et lui-même étant sportif, il s'est dit super, en fait la relève est assurée.
- Speaker #0
J'ai donné les bons gènes.
- Speaker #5
Oui c'est ça exactement, sauf que moi j'avais vraiment la flemme, Je me rappelle même du maître d'école qui appelle mon père après une compétition du NSS. mais Votre fille, elle court super vite. Je suis au courant, mais celle qui ne veut pas... Non, non, c'était jusqu'à tard. Jusqu'à très, très, très tard. Jusqu'à mes 16 ans. 15, 16 ans, je pense. Je disais... J'ai failli arrêter l'athlée. Je venais d'être championne de France, par exemple. Je disais non, mais j'arrête. Je n'ai pas envie.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a retenu le goût à 15, 16 ans ? De reprendre des cours. Pas des cours, mais de reprendre.
- Speaker #5
Mais du coup, j'ai arrêté. Ma décision d'arrêter, ça a duré deux mois. Ce n'était pas très long. Et en fait, il faut savoir que depuis que je suis petite, je regarde les grands championnats à la télé d'athlétisme. Et en fait, je suis émerveillée depuis toujours par ces sportifs. Vraiment à en pleurer, vraiment à avoir l'émotion quand ils franchissent la ligne. Quand eux-mêmes sont vraiment par terre, ou après ils vont faire des câlins à leur famille ou quoi, je trouve que c'est tellement émouvant. Et en fait, un jour je regardais les championnats du monde senior à Moscou, donc à la télé en 2013, et je regardais ça et je me disais, mais en fait Marussia, en vrai, un jour ça peut être toi quand même, là franchement, tu déconnes. Et en fait ma famille ne m'avait pas du tout poussée, forcée à continuer, vraiment pas du tout, du tout. Mais en regardant le championnat, je me suis dit, en vrai, ça peut être moi qui suis aussi sur la piste, qui inspire des jeunes filles comme moi aussi. Donc j'ai arrêté deux mois et j'ai repris jusqu'en 2024.
- Speaker #0
Tu dis que c'est hyper ingrat. C'est cette idée, c'est ton pourquoi, c'est le fait de vouloir vivre ces émotions, vivre cet ascenseur émotionnel. Qu'est-ce qui te fait tenir sur la durée ?
- Speaker #5
Je pense que c'est pareil l'entourage. parce que même si on fait un sport individuel, on s'entraîne en groupe beaucoup. Et franchement, faire de l'athlète en groupe, ça change tout. Je trouve, il y a vraiment cet aspect où on se porte, où on s'encourage. Après, il faut que le groupe soit sain, évidemment. Qu'on s'entende bien. Mais le coach, il est pour beaucoup aussi. J'ai eu quasiment le même entraîneur toute ma carrière. Et je sais que c'était un des piliers aussi dans ma motivation et dans le fait d'avoir envie d'aller au stade le lendemain, alors que la veille, j'avais vomi de fatigue sur la piste parce que je n'en pouvais plus. Donc, c'est vraiment, à mon avis, évidemment, c'est le groupe. Évidemment aussi, quand ça se passe bien, ça renforce positivement. Donc, on a envie d'y retourner. On se dit, voilà, la dernière fois, ce n'est pas passé loin. Je suis déjà arrivée à faire ça. Je suis à cette étape. Allez, on continue. Il y a toujours ça qui motive, mais en vrai, c'est vraiment difficile et ça ne suffit pas toujours. Donc le groupe, encore une fois, il est pour beaucoup.
- Speaker #0
Tu as été championne du monde de 4 fois 200 mètres au championnat du monde de relais en 2019. Tu as été vice-championne d'Europe de 4 fois 100 mètres au championnat d'Europe Espoir en 2017. Deux bleues médailles de bronze des 200 mètres et 4 fois 100 mètres au championnat d'Europe Junior en 2015. Je n'imagine même pas l'endurance qu'il faut avoir, ne serait-ce que de le dire, tu vois, il en faut. Mais tu vois, une des choses qui m'a marquée, c'est quand t'es projetée dans ce monde véritablement, et qu'à 18 ans, t'es sélectionnée en équipe de France Seigneur, est-ce qu'à ce moment-là, on a un peu le syndrome de l'impostoire ?
- Speaker #5
Je pense que je l'ai pas... Pas eu le syndrome de l'imposteur, mais par contre, les difficultés sont venues après. C'est-à-dire que j'ai 18 ans, en fait, je m'en rappellerai toute ma vie, le sélectionneur de l'équipe de France m'appelle, je suis en train de faire du shopping avec une copine, il m'appelle et il me dit, oui, Marussia, j'aimerais bien que tu sois en équipe de France, donc avec les grands, avec les seniors, pour faire la coupe des relais en Russie. La coupe d'Europe, pardon, en Russie. et mes moustiques. Comme une dingue dans le magasin. J'étais, mais attends, mais comment ça ? C'est pas possible. Il me dit, oui, oui, voilà, tes perfs et tout ça. Mais en fait, pour moi, à cette époque-là, tout s'enchaînait tellement facilement que je regardais les choses avec un peu d'extérieur et j'étais déjà tellement contente d'être là, en fait, que c'était hyper facile. Enfin, mon job, c'était de courir vite. Je courais vite et puis voilà, quoi, en fait. Ça s'arrêtait là. Et puis après, quand il y a eu plus d'attentes sur moi et qu'on a commencé à me parler des Jeux Olympiques, les marques qui sont arrivées, les managers, les sponsors, exactement. Là, je me dis, c'est un autre monde quand même, ce n'est pas pareil. Mais franchement, au début, je me disais, les gens que je vois à la télé, ils sont dans mon équipe. Non mais attendez, ce n'est pas possible. J'étais tellement contente. J'étais dans un rêve. Vraiment, vraiment.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu disais que c'est dur d'aimer de courir. Moi, tu m'enlèves une épine du pied. Parce que tu vois, même dans l'entrepreneuriat ou même dans ta vie de tous les jours, on te dit... ou dans ton orientation, on te dit, il faut que t'aimes ce que tu fais, etc. Pour réussir, parce que si t'aimes ce que tu fais, c'est comme si tu ne travailleras jamais de ta vie. C'est vraiment un peu le mythe qu'il y a, tu vois. Qu'est-ce que tu penses de ce mythe et comment tu peux l'exemplifier ?
- Speaker #5
Je pense vraiment que si on prend un panel, je ne sais pas, de 100 sportifs, je suis vraiment certaine que c'est la majorité des sportifs, te dirons, Je ne prends pas plaisir tous les jours dans ma pratique, mais ce n'est pas possible. Franchement, ce n'est pas possible. Il y en a qui fonctionnent beaucoup avec le plaisir, plus que d'autres, c'est vrai. Mais ça ne fait pas tout non plus, en fait. Parce qu'il y a des enjeux aussi qui dépassent un petit peu, qui ne sont pas évidents à gérer. Alors il faudrait se rapprocher peut-être de pourquoi on fait ça, etc. Les histoires de chacun et chacune sont vraiment différentes. Si par exemple je prends un sportif qui était doué dans son sport, qui a commencé en se disant, pour aider ma famille, je vais gagner de l'argent. Ce n'est pas pareil que celui qui découvre le truc parce qu'il en fait le dimanche après-midi en famille, dire, j'aime bien, c'est ma passion, etc. Ce ne sont pas les mêmes motivations. Et là, tu vas parler de plaisir. quelqu'un qui depuis le début s'est dit bah non en fait moi c'est mon gagne-pain et il faut que je m'en sorte dans la vie donc je pense que la notion de plaisir elle est intéressante je pense que c'est quelque chose qui peut toujours être vertueux évidemment et protecteur et sain c'est vrai mais ça serait Une quête un peu difficile à atteindre si on se dit ça doit être mon objectif de tous les jours. Il ne faut pas tous les jours se dire je vais au bagne. Enfin voilà, c'est terrible parce que bon, voilà, évidemment. Mais ce n'est pas grave si ce n'est pas au centre. Non, je pense que vraiment, ce n'est pas grave si ce n'est pas au centre, parce que c'est dur en fait que ce soit au centre. Même si c'est quelque chose qu'on a choisi, peu importe, si on a une passion, c'est vraiment difficile en fait de la faire vivre, de perdurer dans le temps, d'atteindre ses objectifs. Et il n'y a pas d'autres choses autour qui peuvent aider.
- Speaker #0
Tu enlèves un peu un poids des épaules. Et ça, c'est sympa. Comment on reste discipliné ? Parce que ça demande beaucoup de discipline. Comment tu arrives à être discipliné ? Est-ce que c'est ton coach qui te permet ça ? Est-ce que c'est ton entourage aussi, tu m'as dit, qui te permet de t'organiser ? Mais toi, intérieurement, personnellement, comment tu y arrives ?
- Speaker #5
Je pense que c'est une question de personnalité aussi. Je pense qu'il y en a qui auront besoin de plus d'aide que d'autres. Vraiment, si par exemple on prend le sportif de l'athlée qui a révolutionné l'athlée ces dernières années, c'était Bolt, Usain Bolt. Et lui, côté discipline, alors certainement c'était un athlète très très appliqué sur la piste, ça voilà, j'en doute pas. En revanche, en dehors, ça a toujours été un fait tard, etc. Et il a fallu cadrer tout ça parce que... Non, on ne peut pas tout mélanger. Donc voilà. Mais moi, qui ai littéralement une vie de moine, ça ne me dérange pas du tout de manger sainement, de me coucher très tôt. Et voilà, d'avoir vraiment des petits moments tranquilles où je ne pète pas les plombs, où je ne me couche à pas d'heure, etc. Donc je pense que ça dépend des personnalités. Aussi, on a le risque de blessure quand même dans notre sport. Donc la discipline, elle est... sur la piste, elle est aussi en dehors, elle est dans les soins qu'on fait, elle est dans... En fait, c'est du détail sur du détail sur du détail. Et si on a envie de durer un petit peu, on sait que si on commence à être un peu négligent, en fait, on va se faire mal. Et ça, c'est quand même vraiment la crainte principale d'un sportif. Et malheureusement, les blessures peuvent arriver très vite, en fait, sans... On peut être discipliné et se blesser. Je me suis blessée et je n'ai pas fait n'importe quoi, je pense. Je n'ai pas pris de mauvaise décision en soi. Mais c'est tellement quelque chose qui peut freiner une saison, voire une carrière, qu'il faut vraiment être prudent là-dessus. Et la discipline, je pense qu'elle prévient quand même un peu la blessure.
- Speaker #0
Quand tu as été blessée, comment tu as vécu ça ? Qu'est-ce qui t'a permis de rebondir ? Quelles actions tu as mises en place ?
- Speaker #5
Quand j'ai été blessée, j'ai eu plusieurs blessures, évidemment. Et puis, on court sur des douleurs aussi. Ce n'est pas normal. de faire autant de sport. C'est pas là, on n'est plus dans le sport santé ou dans l'entretien, on dépasse les limites, en fait, vraiment. On court, on n'est pas très... Le corps craque ou le corps est abîmé par-ci par-là, mais on arrive un peu à colmater tout ça. Donc, finalement, comment on fait pour rebondir ? Je vais te donner vraiment la même réponse, mais je pense que c'est au centre, c'est l'entourage.
- Speaker #0
C'est bien d'appuyer sur cette thématique parce que plein de jeunes, peut-être même qui rêvent de devenir sportifs, ils vont se dire, moi je me débrouille et je le fais par moi-même et peu importe, je vais vous prouver. Et tu vois, d'avoir ton retour d'expérience et que tu nous dises, en fait, ce n'est pas possible sans l'entourage, ça permet ça. C'est aussi la question que je peux te poser, c'est dans quelle mesure tu peux te débrouiller ?
- Speaker #5
Tout seul ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #5
Franchement, je pense que, en tout cas moi, peut-être que d'autres sportifs, d'autres athlètes qui étaient plus... plus autonome, entre guillemets, te répondrait que c'est possible. Moi, non. Franchement, moi, j'avais vraiment besoin d'avoir du staff autour de moi. Alors, en revanche, peut-être la nuance, c'est que c'était une co-construction. Tu vois, c'est pas le coach qui arrivait avec, bon, on va faire ça comme ça et t'as rien à dire. Pas du tout. Il y avait vraiment un échange, un échange sur le calendrier, un échange sur comment je me sens aussi. typiquement j'ai toujours eu des entraîneurs qui ont dit période d'examen ou si vous arrive quelque chose enfin rupture ou quoi ou qu'est-ce qui peut impacter émotionnellement Il faut que je sois au courant, parce que derrière, ça va nécessiter quand même une adaptation. Donc c'est une co-construction, mais vraiment, je pense qu'il y a des sportifs qui sont en capacité d'être plus autonomes, peut-être de s'entraîner seul, il y en a qui le font, qui n'ont vraiment pas de groupe, certains pas de coach, c'est rare, vraiment rare. Mais il faut quelqu'un pour regarder, pour faire du feedback. Nous, en fait, c'est un sport de détails. On se battait pour des centièmes de seconde. Donc, si derrière, il n'y a pas de retour immédiat, c'est compliqué.
- Speaker #0
Comment tu développes cette obsession du détail, d'aller chercher des centièmes de seconde, des millième de seconde, pour être encore plus meilleure ?
- Speaker #5
En fait, c'est simple. quand C'est quand tu vois, en fait, comment tu, par exemple, tu cours techniquement sur un sprint et que tu vois tout ce que tu perds, tu te dis ah ouais, non, bon, ok. Là, si par exemple, j'étais un peu plus placée comme ça, etc. Ok, on peut faire le pari que ça serait aller plus vite. Et c'est le cas, en fait. Alors, pour d'autres, ça va être la technique, pour d'autres, ça va être la force ou j'en sais rien. Mais en fait, on se rend compte que finalement, on peut les grignoter à plusieurs endroits. Et donc, en fait, on en revient à faire du travail d'orteil. On en revient à faire des exercices où on travaille comme... Comme des danseurs sur l'équilibre, sur la posture. Il y a des sprinters qui ont travaillé avec des danseurs classiques. Ah oui ! Non, non, c'est vraiment le détail du détail. Vraiment, vraiment.
- Speaker #0
C'est pour aller chercher un peu l'excellence ?
- Speaker #5
En fait, oui. C'est parce que si, par exemple, on parle de centième... on parle aussi de vraiment c'est insignifiant dans la vie un centième de seconde bon si peut-être qu'il y a des choses qui peuvent se passer en un centième de seconde mais sur une piste d'athlétisme des fois c'est une médaille c'est une qualification, c'est une prime c'est une voilà il peut se passer c'est une opportunité à aller chercher donc il faut vraiment la travailler parce que des fois quand ça tombe de notre côté on est content Mais quand ça tombe du côté de l'adversaire, c'est vrai que, bon, dommage.
- Speaker #0
Tu te dis, à ça, comment tu vis le fait d'avoir des foules qui s'intéressent à toi, qui viennent te poser des questions, etc. Parce que toi, tu n'es pas du tout de cet environnement-là. Enfin, tu n'es pas une nipple baby, concrètement. Mais du coup, comment tu arrives à absorber tout ça ?
- Speaker #5
cette foule là qui t'attend au tournant parce que tu représentes la France oui alors je pense que j'ai pris pas mal de recul par rapport à ça, c'est vrai que ma première apparition télé j'ai reçu de ces messages je me disais bon ok effectivement là on est vraiment dans un autre monde j'ai eu Évidemment, plein, plein, plein, plein, plein d'encouragement, de choses vraiment adorables. J'ai eu aussi une demande en mariage. J'ai eu, enfin voilà, après tout ce qu'on peut trouver là, de messages de drague un peu...
- Speaker #0
Un peu lourds.
- Speaker #5
Un peu lourds qui, je pense, ne fonctionnent pas trop. Mais bon, voilà. J'ai eu quelqu'un aussi plus tard dans ma carrière contre qui j'ai failli déposer une main courante parce que c'était trop.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #5
Donc... franchement, je ne suis pas du tout à l'échelle, c'est la coupe du monde de foot, pas du tout à l'échelle des footeux en termes médiatiques. Je dois avoir 0,1% de ce qu'ils subissent médiatiquement. Mais c'est vrai que entre ça, il y a eu aussi, il faut le dire, des commentaires racistes, évidemment. Mais en fait... Pour la plupart, en fait, ça me faisait rigoler. Je ne sais pas... En fait, ça me faisait rigoler, parce que je me disais, les gens prennent le temps d'écrire des bêtises pareilles, et puis ils essayent de faire des tournures de phrases qui, en fait, c'est tellement risible. Donc moi, ça me faisait rire. Et voilà, c'était... En fait, j'ai pris très vite du recul par rapport à tout ça, sachant que ce que j'ai très vite remarqué aussi, c'est que quand ça se passe bien, C'est vrai, il y a beaucoup de personnes qui vont t'encourager, t'encenser, te promettre des merveilles, etc. Quand ça va moins bien, il y a bien moins de monde. Ou alors, les commentaires peuvent être blessants, en fait. Donc, très tôt... Il faut prendre du recul par rapport à ça, parce que si on attend que ce soit les autres qui fassent l'appui et le beau temps, on va vivre une carrière très compliquée, je pense.
- Speaker #0
Comment tu as eu ce recul-là ? C'est grâce à quoi ? C'est grâce à tes études de psy que tu faisais en parallèle ? Est-ce que c'est grâce à ton père qui aussi a été... déjà sportif, donc il avait un peu entraîné, il fallait faire du sport, mais il fallait aussi avoir un mindset de sportif.
- Speaker #5
Je pense qu'en fait, ça me paraissait trop gros. Je pensais à un agent qui voulait que je signe avec lui au début. Il me disait, oui, t'inquiète pas, tu vas aller là, tu vas faire ça. ça, etc. Et moi, je disais mais enfin, ok, je comprends que je cours vite, d'accord, ok, mon palmarès est là, j'ai bien compris. Enfin, je ne suis pas non plus Maria Carey, il ne faut pas non plus exagérer.
- Speaker #0
C'était très réaliste.
- Speaker #5
Oui, en fait, c'était très réaliste. Enfin, voilà, quoi. Je fais que de l'athlée, c'est bon, quoi.
- Speaker #0
Donc, je pense que... Comment tu vis ? Parce que là, à ce moment-là, t'as un début de vingtaine. Comment tu vis ce début de vingtaine ?
- Speaker #5
C'est exceptionnel. Enfin, à 20 ans, tu voyages à droite, à gauche dans le monde. T'as un peu de couverture médiatique. Mais t'es arrivé que des gens me reconnaissent. Donc, c'est vrai que... Merci. C'est fou, c'est vraiment une toute petite reconnaissance qui dit, ah ouais, mais je fais des trucs quand même qui sont pas mal. Et je pense que je ne m'en rendais pas vraiment compte. Il y a juste avant les Jeux. Ou un peu, peut-être deux ans avant les Jeux. J'avais même oublié des médailles que j'avais eues. En fait, j'avais retrouvé, puisque pour faire un reportage, il fallait que j'aie tout mon palmarès, mes médailles, des coupures presse et tout ça. Et il y avait des trucs que j'avais complètement oublié en me disant « Ah ouais, mais t'as fait ça » . Et d'ailleurs, il n'y a pas longtemps, j'ai même appris un nouveau truc de palmarès que je ne savais pas. Je me suis dit « Ah ouais, quand même, pas mal » . Donc vraiment, le début de la vingtaine, en tout cas par rapport à ma carrière, ça va super vite. Et je me rends compte que c'est bien, c'est dur, c'est vraiment difficile. Mais en vrai, c'est pas mal aussi. C'est exceptionnel. Dans les rencontres que je peux faire, les lieux dans lesquels je vais, c'est un privilège énorme. Énorme, énorme.
- Speaker #0
C'est un peu... Tu décris un peu... Une fusée un peu qui monte, mais c'est incroyable que tu aies pu le vivre et qu'aujourd'hui tu peux revenir... Parce que toi tu as su que tu n'allais pas en faire toute ta vie. D'ailleurs c'est une question que je me suis posée. Comment tu as eu cette sagesse de te dire, je sais que ce ne sera pas toute ma vie. Là on voit très bien que tu es une femme très humble et tu as les pieds sur terre et tu sais ce que tu veux. Mais en disant, moi je rêve depuis que j'ai 14 ans de devenir psychologue. Je sais qu'après, j'arrête et je me mets sur mon métier dont je rêve depuis mes 14 ans. Comment tu as cette adresse de dire... En plus, ce qui se passe aussi, c'est que tu as un record de France. Tout le monde te dit, incroyable, elle va continuer cette jeune femme, elle a plein de ressources en elle. Comment tu sais de cette sagesse ?
- Speaker #5
Ça va rejoindre la notion de plaisir, de passion, tout ça. Moi, l'attelé, vraiment, ça m'a apporté tellement, tellement, tellement de choses dans ma vie. C'est dingue. Je dois même à l'attelé mon mari pour te dire. Donc, vraiment, ça m'a tout apporté. Mais par contre, je ne voulais pas que ma vie se résume à ça du tout, du tout. Et parce que je suis convaincue qu'on peut s'épanouir dans plein plein de choses. Et l'athlétisme, comme je pense en fait toute activité qui demande autant d'investissement que le sport de haut niveau, ça peut user en fait. vraiment et j'avais envie de garder de l'énergie pour découvrir d'autres choses, pour faire autre chose et pour avoir une vie aussi un peu plus posée parce que oui bon ben c'est cool voilà la vingtaine etc bon moi j'avais les études à côté c'était vraiment sport pour le coup mais quand même t'es censé avoir un peu d'énergie quoi Je me suis dit, j'aimerais avoir cette énergie aussi pour découvrir d'autres trucs, développer d'autres centres d'intérêt, etc. Je pense que c'est ça qui m'a permis d'accepter qu'une carrière de sportive, ça ne dure pas jusqu'à 40 ans. loin de là, en tout cas dans ma discipline. Je pense que... Maintenant, on en vient, mais il doit peut-être y avoir deux sprinteuses qui ont 38 ans, quelque chose comme ça. J'exagère, mais peut-être plus, en tout cas sur la scène, les top athlètes. Mais la majorité, elles ont plutôt, je pense... La moyenne, ça ne doit même pas être 30 ans, je pense, j'ai un doute. Donc ça reste quand même assez jeune. Donc nécessairement, tu es obligé de prévoir l'après. Et ce n'est pas une mauvaise chose, tu ne vas pas être moins performant, au contraire, même parce que tu prévois l'après. Mais moi vraiment, ma motivation, c'est de me dire, je veux de l'énergie pour faire autre chose. Je ne veux pas juste de l'énergie pour courir. rire en fait.
- Speaker #0
Est-ce que ça te mettait la pression ? Enfin, là tu dis c'est bien parce que tu sais que t'as une période donnée. Est-ce que ça te mettait la pression quand même de te dire on va dire j'ai 10 ans et après c'est fini ?
- Speaker #5
Non, ça me mettait pas la pression. Ça me mettait pas la pression. Enfin, je crois pas là je te dis non comme ça, mais non, je pense pas. C'est pas... Non, non, ça ne me mettait pas la pression. Je pense que j'étais vraiment alignée avec le fait de me dire, une fois que les Jeux Olympiques étaient annoncés que c'était à Paris, de me dire, bon ben j'arrête après les Jeux Olympiques de Paris. Et d'ailleurs, peu importe ce qui se passe, que je fasse les Jeux ou pas, j'arrêterai et puis voilà. Et je pense que même si parfois je n'avais pas conscience de ce qui se passait dans ma carrière parce que j'avais la tête dans le guidon, Je pense que je me suis déjà posé la question en me disant en vrai, quoi que les gens peuvent en dire, parce qu'il y aura toujours des gens qui diront oui mais t'as pas fait ci ou t'as pas fait ça ou ça s'est passé comme ci et comme ça. Je pense que j'étais quand même fière de ma carrière, peu importe. Donc en fait, non, ça m'allait.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu une grosse difficulté dans ce début de vingtaine, en conciliant ce que tu dis que c'était très dur ? En quoi concrètement c'était dur ?
- Speaker #5
Par rapport aux études, surtout. Les études, c'était très compliqué. Et puis après, la carrière en elle-même, en fait, qui est compliquée, parce qu'il y a les blessures. Donc là, vraiment, je ne te parle que déjà dans l'athlée. Il y a les blessures, il y a les contre-performances. Il y a l'entraînement qui est très compliqué aussi moralement, c'est difficile.
- Speaker #0
De devoir enchaîner plusieurs entraînements intenses sans pour autant courir vite parce que tu es fatigué. Mais en même temps, c'est le plan et il faut garder confiance, etc. Les non-sélections aussi, parce que là, on a parlé du palmarès. C'est quand ça réussit. Mais il y a aussi des moments où je n'ai pas été appelée par le sélectionneur. Donc voilà, ça, c'est pour la partie athlée. Et après, il y a la partie personnelle aussi, parce qu'on reste des... des êtres humains, et c'est des accidents de la vie tous les jours, que tout le monde expérimente, un proche qui est malade, une hospitalisation, des difficultés relationnelles, etc. Donc en fait, on doit conjuguer tout ça, et après, malgré tout, essayer, si on fait le choix de continuer, de faire les choses au mieux.
- Speaker #1
Est-ce que comme, puisque c'est vraiment, peut-être que Jérinor qui a vraiment un peu... démocratiser cette question de santé mentale d'avoir des coachs coach mental etc est-ce que ça a été ton cas d'avoir un coach mental ?
- Speaker #0
j'ai eu plusieurs accompagnements psy, alors j'ai eu un préparateur mental j'ai eu un docteur en psychologie du sport qui m'a suivi et après j'ai une psychologue clinicienne, voilà pas orientée sport et Bye ! C'était très intéressant, chacune des approches. En fait, j'avais des besoins différents en fonction de ma carrière, d'où le changement de professionnel qui me suivait. Mais c'était vraiment bien, franchement, d'avoir ces temps aussi où on parle de tout simplement ce qu'on peut ressentir, déjà, c'est une bonne chose. Et puis après, je pense que l'accompagnement qui m'a le plus aidée, c'est le dernier. avec une scie qui n'était pas nécessairement, enfin, pas du tout orientée vers le sport. Mais comme, en fait, un sportif, c'est un être humain, oui, il faut s'occuper de l'être humain et pas juste de la partie sportive.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est comme tu disais tout à l'heure, c'est simplement une composante. Tu n'es pas identifié comme sportif. Ou aujourd'hui, comme psychologue, tu t'identifies en tant que personne, en tant que Marussia.
- Speaker #0
C'est ça, exactement.
- Speaker #1
Mais ça, c'est dur à intégrer pour des personnes. Et ça, on va en parler, de se dire, en fait, je m'identifie à travers mon succès. De me dire, voilà, je suis ce qu'on regarde de moi ou ce que la foule peut dire de moi. C'est intéressant de comment tu as abordé les choses et comment tu l'as vécu. Comment tu vis ce passage à la vie adulte avec tous ces éléments que tu viens de décrire, toute cette pression aussi que tu n'as pas forcément ressentie, mais en tout cas qui était là. qui t'attendait et cette foule aussi qui te regarde ?
- Speaker #0
Je pense que ça m'est un peu tombée dessus quand même. Parce que, tu vois, notamment, je vais dire, 19, 20 ans, tout s'accélère en fait très très très vite. Et déjà, je deviens autonome financièrement, je crois, à cette période-là. Donc voilà, j'ai des contrats qui sont à mon nom. Enfin voilà, des choses que je n'avais pas du tout prévues d'ailleurs, que ça allait se passer comme ça. Donc ça me tombe un peu dessus quand même, voilà, tout ça. La vie d'adulte avec les responsabilités qui suivent. Mais je pense quand même que... Encore une fois, si tu as quelqu'un derrière qui suit bien, qui surveille, qui fait confiance en même temps, tu es autonome et en même temps tu sais que s'il y a besoin, il y a quelqu'un derrière, ça aide. Parce que vraiment, c'est une remarque que je me fais, je me dis mais en fait on est un peu lâchés dans la jungle au bout d'un moment, en tout cas dans l'athlée, on fait de grosses perfs et puis tout d'un coup, bam ! Ok, bon. Et encore, moi j'ai envie de dire...
- Speaker #1
Quand tu dis BAM, c'est contre-performance, c'est ça ? Non,
- Speaker #0
tout te tombe dessus. Donc t'as plein de sollicitations que t'avais pas avant. Et on te demande de prendre des décisions, etc. T'es là, ouais, mais bon... Pour moi, c'est pas juste courir là, en fait, qu'on me demande. Ok, d'accord, waouh. Donc, après, ça met un peu de temps aussi, je pense, pour s'habituer à cette nouvelle vie, c'est sûr. Toi,
- Speaker #1
on va dire que t'es à la retraite avant 30 ans. Ouais. Comment tu... Ça, ça me fait rire quand tu l'as dit. Je suis allée à la retraite avant 30 ans. Comment tu... Merci. Comment tu le vis quand tu t'es rendu compte à post-héroïque, quand t'as pris ta retraite, on va dire, à post-héroïque, comment tu te dis ah ouais je suis à la retraite, après c'est une retraite sportive mais on s'entend mais juste se dire ces mots-là, tu vois, de l'intérioriser, comment...
- Speaker #0
Ouais, c'est fou. Alors sachant que j'aurais pu continuer parce que sur l'année des Jeux de Paris... Je n'ai jamais couru aussi vite. J'aurais pu continuer. J'étais une vieille sportive très en forme qui pouvait ne pas se mettre en retraite. Comment je le vis ? Je suis contente parce que du coup, j'ai de l'énergie, enfin relative, pour faire d'autres choses que je n'ai pas commencé. Parce que voilà, pour diverses raisons, notamment le besoin de repos extrême après toutes ces aventures. Mais ouais, en fait, c'est dingue parce que beaucoup de personnes m'ont dit mais Marussia, continue, déjà t'es performante et en plus t'es jeune, quoi. Vieille sportive, j'entends, parce que j'ai... Voilà. J'ai arrêté après plus de 10 ans en équipe de France. Donc, ils m'avaient vue sous toutes mes coutures, etc. Ils me connaissaient. Donc, voilà. Donc, vieille en équipe de France, disons. Mais en tout cas, encore, je pouvais encore performer, quoi. Mais, ouais, c'est dingue de se dire, ben, si jeune, j'ai à avoir 30 ans, là, bientôt. Et, ouais, quoi, à 28 ans, j'étais déjà les pointeurs. au placard,
- Speaker #1
tes pères c'est ça aussi qui est bien c'est que tu l'as choisi même si j'étais super performante je l'ai choisi et que tu ne t'es pas obstinée et c'est dur de faire la différence entre persévérance et obstination et je pense que c'est ton regard assez terre à terre ou aussi le fait de dire j'ai fait mes études j'ai quand même galéré je savais qu'il fallait un peu Pas un plan B, mais en tout cas une suite logique dans ma trajectoire. Et c'est intéressant de voir comment tu fais, parce qu'on peut voir aussi des sportifs, genre Cristiano Ronaldo qui a une discipline de dingue, là on parle de la Coupe du Monde, mais qui persévère, qui s'obstine. Bon, le pauvre... Bref. Mais du coup, c'est aussi bien de se dire, je décide de mon bien-être et de comment je vais aborder tout ça. Tu nous parlais de toutes tes difficultés, mais il y a une grande difficulté que tu as... pas évoqué. Tu perds ta mère à l'âge de 7 ans, tu parles d'entourage, etc. Comment on se construit entre que femme, dans toutes ces conditions-là ?
- Speaker #0
Effectivement, alors, à 7 ans, je deviens orpheline de maman, et je rendis qu'avec mon père, le fameux sportif qui me pousse dans la potion magique. Disons, de cette difficulté, la perte d'un parent, de toute façon, quel que soit l'âge, c'est très compliqué, évidemment. Je parviens à grandir correctement, finalement, sans carence, que ce soit une carence émotionnelle, affective ou même matérielle. Vraiment, je n'ai manqué de rien. C'est parce que ma famille a assuré. C'est qu'il n'y avait peut-être pas de maman, mais il y avait... Les sœurs de ma maman, il y avait évidemment mon père, il y avait mes grandes sœurs, il y avait mes cousins, il y avait vraiment une famille qui était là. Et ça, ça change tout. Ça change tout parce que je me dis, s'il n'y avait pas eu ma famille ou si on avait eu malheureusement de gros problèmes financiers... ou des grosses tensions, où je m'étais retrouvée isolée, je pense que ma vie, mon parcours, n'aurait peut-être pas été celui-ci, ça aurait peut-être été autre chose, pas forcément quelque chose de négatif. Mais si j'ai pu faire ça, c'est parce qu'il y avait ce socle familial très important. Vraiment, vraiment, vraiment.
- Speaker #1
C'est intéressant parce que parfois on compare notre vie avec... Il y a un comparatif. On ne sait pas ce qu'il y a derrière. On peut te regarder à la télévision, on ne sait pas trop ce qu'il y a derrière, ce qui t'a permis de te construire et ce qui t'a permis aussi d'être résiliente et ce qui te permet aussi d'être aussi humble et d'être aussi la tête sur les épaules. Il y a aussi plein de tenues aboutissantes que les gens n'ont pas. De la construction de l'adulte que tu es demain. Et c'est intéressant de voir les backstage. Est-ce que ta carrière sportive t'a aidée dans ton apprentissage, ou en tout cas dans ta posture aujourd'hui de psy ?
- Speaker #0
Oui, oui, ça m'a aidée, c'est sûr. Ça m'a aidée parce que, en fait, quand les personnes viennent, bon, après, c'est une approche théorique aussi que j'ai, c'est pas nécessairement lié à l'athlète, mais... J'aimerais qu'on établisse un objectif avec toutes les personnes que je reçois. C'est-à-dire, par exemple, quelqu'un vient, je ne me sens pas très bien, etc. Oui, mais ok, mais précisément, comment vous vous sentez ? Il faut qu'on trouve. Et où est-ce que vous avez envie d'aller ? Comment vous voudriez vous sentir ? Comment vous aimeriez gérer cette situation ? Par exemple, si on se dit, je m'entends mal avec ma femme. Moi, je ne sais pas ce que ça veut dire, je m'entends mal avec ma femme. Ok, on se dispute au sujet des finances. D'accord, ok, c'est ça, c'est plus précis. Et en fait, le sport de haut niveau, il faut être précis. Ce n'est pas, je veux courir plus vite. Oui, mais tous les sportifs qui vont du sprint veulent courir plus vite. Mais en fait, c'est quoi courir plus vite ? Finalement, c'est avoir un meilleur départ. Ok, c'est mieux, il faut qu'il soit comment ton départ ? que je sois un peu plus explosif, que je prenne plus mon temps. Ok, on va travailler sur ça. Et donc ça, je pense que c'est un gros héritage du sport. Après aussi, c'est dans la compréhension, sans dire que je comprends évidemment les émotions que ressentent mes patients parce que je ne passe pas... par toutes les situations qu'ils rencontrent. Heureusement pour moi. Mais en fait, l'intensité émotionnelle qu'ils peuvent ressentir, même s'ils ne sont pas sportifs, j'ai une idée de ce qu'ils peuvent ressentir parce que le sport, c'est les montagnes russes des émotions. Et un jour, on peut avoir envie de tout arrêter. Le lendemain, dire c'est trop génial, je continue. Et sans que, voilà, dans ma tête de psy, je me dise, c'est curieux quand même d'avoir un tel changement.
- Speaker #1
Une telle intensité.
- Speaker #0
Une telle intensité. Mais non, en fait, ça m'aide aussi dans la compréhension et après dans la patience aussi que je peux avoir. Parce que j'ai bien compris que ça prend du temps pour obtenir... un changement et donc il faut accepter et accepter aussi que on va se casser la figure. Et ça bien souvent j'explique aux patients, aux personnes qui m'accordent leur confiance qu'il va peut-être y avoir des loupés aussi, peut-être qu'à un moment donné ce sera plus compliqué mais ça ne veut pas dire qu'on est en train de reculer ou que c'est fichu en fait. Et c'est très bien documenté d'ailleurs. théoriquement, la rechute fait partie du processus de changement donc c'est pas un souci du tout.
- Speaker #1
C'est intéressant ça. Au niveau psychologique c'est vrai qu'on pense que ça va être une ligne droite et qu'en fait on va que en allant et puis en fait si il y a une rechute c'est qu'on vient au départ alors que pas du tout. Il y a une notion qui m'a beaucoup intéressée dont on a parlé c'est l'anxiété de performance. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est ?
- Speaker #0
Oui, l'anxiété de performance, c'est déjà de l'anxiété. C'est de l'anxiété, c'est-à-dire qu'on va avoir des préoccupations, des inquiétudes. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose que d'avoir des préoccupations, des inquiétudes ou des doutes. Mais des fois, ça déborde un petit peu, c'est excessif. Et donc, on commence à subir les symptômes de ces inquiétudes. Ce qui peut arriver à, par exemple, nous inhiber. augmenter le stress, nous faire prendre des mauvaises décisions, certains procrastiner, certains chercher, chercher, avoir envie d'avoir le contrôle sur tout, etc. Donc c'est de l'anxiété dans un contexte de performance. Et si je n'arrive pas à faire ce que j'ai envie de faire ? Et si je me blesse ? Je vais scruter le moindre de mes mouvements ? Je vais être conscient que les autres vont me regarder et je vais essayer d'interpréter ce qu'ils vont dire ? Puis il y a tout ce qui se passe aussi dans le corps. Il y a l'augmentation du rythme cardiaque, évidemment, la tension musculaire. Il y a en fait des démarqueurs dans la tête et dans le corps. Et donc c'est vraiment l'anxiété de performance, c'est des préoccupations qui peuvent être excessives parce qu'elles amènent des symptômes qui sont peu propices à la performance, dans un contexte de perf.
- Speaker #1
Est-ce que c'est aussi le cas là ? d'avoir un peu de sportif, mais est-ce que c'est aussi le cas par exemple pour un étudiant ou quelqu'un qui arrive dans le monde de la vie active, tu vois, qui va aller chercher un travail ?
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment dans toutes les situations où il y a quelque chose à produire finalement. Ça se retrouve chez les étudiants, chez les musiciens, chez les entrepreneurs, évidemment. C'est vraiment quelque chose... Du moment où on a ces questions... Alors... Vraiment, j'insiste sur le côté excessif, parce que ce n'est pas une mauvaise chose, c'est bien de douter. Ça permet vraiment, quand c'est contrôlé, quand c'est gérable, de prendre de meilleures décisions. En fait, c'est une bonne chose. Quand on commence à déborder de l'autre côté, finalement, on se pose les « et si, et si, et si, et si, et alors, et alors, et alors » . Et donc, ça veut dire que là, on est vraiment du mauvais côté du processus. Et ça peut être des questions qu'on se pose dans tous les domaines, en fait.
- Speaker #1
Est-ce que tu retrouves ça chez tes jeunes patients qui arrivent ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qui doivent prouver, tu vois, parce qu'ils sont au début de leur carrière ?
- Speaker #0
Oui, il y a cette notion de, par exemple, je ne veux pas décevoir un tel ou un tel m'a fait confiance. Et ce qui fait qu'on va dire que les questions qu'on se pose par rapport aux autres, c'est des choses qu'on ne maîtrise pas et donc par définition ça augmente l'anxiété parce qu'on ne sait pas comment l'autre va réagir, parce qu'on ne sait pas... On ne sait pas maîtriser la réaction de l'autre. Donc on s'accroche à quelque chose qu'on ne maîtrise pas. Donc nécessairement, là, ça flambe au niveau de l'anxiété. Après, c'est vraiment des mécaniques qu'on retrouve.
- Speaker #1
Pour toutes les situations où il faut performer sur quelque chose. Mais c'est quoi la démarche inverse pour vraiment, comme tu dis, ne pas déborder et vraiment rester sur la partie saine ?
- Speaker #0
Ce qui est important, c'est vraiment d'identifier la pensée avant toute chose. Parce qu'on se rend compte que... L'anxiété, qu'est-ce qu'elle nous fait faire aussi ? Elle pense que ça nous aide, mais en fait, elle nous fait tourner en rond. Elle nous fait tourner en rond sans vraiment agir. Ou alors, on agit, mais très mal. On veut tout faire en même temps, etc. Donc là, en fait, on se fatigue et on prend le risque que ça ne se passe pas bien en plus. Donc pour éviter de basculer, il faut déjà être en capacité de bien s'auto-observer, même observer ses ressentis physiques, parce que des fois on va avoir de la tension dans le corps mais sans savoir pourquoi, et on va continuer en mode pilote automatique nos vies comme si de rien n'était, alors qu'en fait, il faut voir que la... que là ça ne va pas, qu'il y a quelque chose qui me questionne. Et ensuite on a deux choix. En fait il y a deux types d'inquiétudes. Soit c'est une inquiétude qui porte sur un problème réel. Par exemple, la ligne 4 du métro est arrêtée. Ok, ça c'est un problème parce qu'il faut que je me rende à tel endroit. Il n'y a pas de métro. Qu'est-ce que je fais ? Quelles sont les solutions ? Je lise toutes les solutions possibles et je décide de mettre une action. Je la mets en place quand ? À quelle heure ? Avec qui ? Est-ce qu'il faut que je vérifie telle ou telle chose ? Et j'y vais. Et ensuite, je mesure le résultat. On est vraiment dans une démarche très factuelle. Mais c'est ce qu'on fait dans la vie de tous les jours, quand ça ne déborde pas. C'est-à-dire, s'il n'y a plus de pommes, je voulais faire un crumble. Ça, c'est avec des pommes. Je voulais faire un crumble. Bon, mais quel choix ? Qu'est-ce que je peux faire comme dessert autre ? Ok, finalement, peut-être que je vais peut-être aller à la boulangerie. Et puis voilà, il s'achète et c'est réglé. En fait, on le fait tout le temps. Il y a des sujets qui nous touchent un peu plus ou ça se cristallise un petit peu. On est plus en difficulté. Deuxième type d'inquiétude, c'est les inquiétudes qui portent sur un problème qui n'est pas là. Une éventualité. Même exemple avec le métro. Et si quand j'arrive devant le métro, il n'y a plus de... En fait, la ligne est interrompue. Je n'arriverai pas à l'heure à mon rendez-vous. Et si je loupe le rendez-vous, qu'est-ce qu'il va me dire ? Alors là, une fois qu'on identifie ça, première question à se poser, c'est à quel point est-ce que c'est utile de me poser cette question maintenant ? Si ça a un petit peu d'utilité, on peut se dire, ok, ça m'est un petit peu utile en vrai, mais quand est-ce que ça serait vraiment utile de me poser cette question ? Peut-être déjà quand je serai devant le métro. Et éventuellement, si je me rends compte qu'il y a un ralentissement, ou s'il y a tout autre événement. Mais en fait, il faut attraper ces pensées-là. On ne peut pas les laisser s'alimenter parce qu'en fait, c'est sans fin. Et si, et si, et alors ? Et donc, en fait, notre cerveau, il va les vivre comme si c'était vraiment là, en fait. C'est pour ça que des fois, on se prend des attaques de panique. C'est parce qu'en fait, ça s'auto-alimente, en fait.
- Speaker #1
C'est un vieillesse sans fin qui nous aide pas vraiment au contraire qui nous recule sur nos objectifs et au contraire nous aide pas forcément Est-ce que cette notion en tout cas ces deux types que tu viens de donner qui sont très pertinents, est-ce qu'ils peuvent nous aider quand par exemple t'as un jeune qui se sent en retard qui a cette notion un peu d'en retard qui a vécu ce truc de ligne d'arrivée en disant, j'ai des jeunes parfois qui me disent bah là j'ai 21 ans Je sais qu'à 30 ans, c'est la ligne d'arrivée parce que je n'aurais pas du tout la même énergie et tout. Donc j'ai le sentiment de retard ou de temps qui passe.
- Speaker #0
Mais c'est marrant parce que j'ai eu cette discussion avec une patiente cette semaine qui est sportive. Et elle me dit, elle avait cette inquiétude qui... En fait, elle se sentait toujours pressée, sous pression, etc. Elle me dit, j'ai l'impression que le temps m'est compté. Mais quelle pensée stressante ! De se dire que le temps m'est compté. Il faut vraiment, même dans la sémantique, identifier vraiment la pensée parce que les mots ont un poids. C'est vraiment pas rien de se dire que le temps m'est compté versus c'est vrai que le temps passe vite et idéalement j'aimerais que les choses se passent de cette façon. Que là en fait, bam, je me prends un coup de poing en me disant, non mais là ma grande c'est tout de suite. Donc en fait ce qui est vraiment important... Finalement, c'est de se dire, mais par rapport à quoi ? La preuve que je n'ai pas à avoir la même énergie à 30 ans, c'est quoi ? Qu'est-ce qui valide cette pensée ? Qu'est-ce qui l'invalide ? Comment est-ce que je pourrais interpréter aussi cette notion de temps autrement que par quelque chose de très angoissant ? Qu'est-ce qu'il peut y avoir de positif derrière cette notion de temps ? Est-ce que les choses doivent être autant tout noir ou tout blanc ? Il n'y a pas de zone de gris ? Et vraiment, en fait, c'est aller challenger la pensée parce qu'une pensée, ça reste une pensée. C'est des processus qui sont autonomes, qu'on ne commande pas. Si on a une pensée négative, on ne sait pas parce qu'on est nécessairement allé la chercher. Elle est venue, elle est venue. Mais on peut la travailler, vraiment. Et on doit le faire parce que si on les laisse nous envahir, c'est un impact sur la santé mentale, sur nos projets aussi, mais sur la santé mentale.
- Speaker #1
Il faut aller chercher des choses qui sont gigantesques. alors que tes conseils sont très pratiques et tu peux le faire toute seule quand t'es chez toi ou quand t'attends le métro mais vraiment très pratique donc merci pour ça et du coup on en vient même si j'adore discuter avec toi on en vient à la fin du podcast pour toi qu'est-ce que ça veut dire être adulte ?
- Speaker #0
je pense que c'est pas qu'une notion d'âge c'est être une notion d'âge au sens juridique mais il y a des personnes qui sont plus adultes à 20 qu'à 40 donc je pense que c'est une question peut-être de... de maturité, de sagesse, je pense, vraiment, avant juste d'être une pièce d'identité, en fait, tout simplement.
- Speaker #1
Comment on peut aborder la maturité et qu'est-ce que c'est pour toi la maturité ?
- Speaker #0
Faire preuve de maturité, je dirais que c'est être en capacité de prendre du recul sur soi et réfléchir sur soi, vraiment, et sur soi, sur les autres, sur ses propres décisions, avoir un peu comme... Une espèce de méta-réflexion, de réflexion sur la réflexion, tu vois, vraiment, de prendre du recul. Et d'accepter de prendre le temps, d'accepter les frustrations aussi. Je pense que tout ça, c'est faire preuve de maturité.
- Speaker #1
Quel serait ton type de la débrouille ?
- Speaker #0
Ça serait de bien s'entourer.
- Speaker #1
Ok, génial. Merci en tout cas, Marguerite. C'est un échange hyper intelligent et en tout cas, avec un retour d'expérience. qui nous permet à la réflexion et à la maturité. Merci d'avoir été là sur T'inquiète, je me débrouille. Franchement, ça nous a permis de comprendre ton parcours, ton retour d'expérience et un peu démystifier ce truc de la ligne d'arrivée. On peut te retrouver sur Instagram, LinkedIn et dans ton cabinet à Paris. Je mettrai les liens en notes de tes différents réseaux sociaux. Merci à T'inquiète de nous suivre, de nous écouter, de nous regarder. toutes les deux semaines on se retrouve avec des récits ou des expertises de la débrouille comme avec Marmissa et puis moi t'inquiète je me débrouille pour te retrouver dans deux semaines