- Speaker #0
Hello, moi c'est Myriam, bienvenue sur le podcast T'inquiète je me débrouille où on explore ce moment où l'on découvre les galères de l'âge adulte et qu'on doit les gérer. Toutes les deux semaines, j'échange avec des personnes au parcours réel et aux expertises utiles pour nous donner un autre regard sur cette période de vie floue.
- Speaker #1
Welcome to the real world ! It sucks ! You're gonna love it !
- Speaker #2
Je sais pas quoi faire, j'ai besoin d'un adulte ! Je suis un adulte ! J'ai besoin d'un adulte et plus d'adultes ! Comment on devient adulte ? Je sais pas, j'ai l'impression que quand on était enfant, juste on jouait aux adultes,
- Speaker #3
et après on s'est pris trop sérieusement au jeu.
- Speaker #4
Il faut juste que je trouve un moyen de grandir sans pour autant devenir aussi assommante que les adultes.
- Speaker #3
We're adults, when did that happen and how do we make it stop ?
- Speaker #0
Hello et bienvenue dans le podcast 5 ans je me débrouille, le podcast des débrouillards où nos invités nous permettent de comprendre et de nous inspirer pour naviguer dans la vie adulte et active. Merci à nous, à vous de nous écouter, de nous regarder, abonnez-vous, laissez-nous une note sur les plateformes d'écoute Apple Podcasts, Spotify. Grâce à ça, ça me permet de comprendre que le sujet vous parle et ça me permet d'avoir des invités aussi géniales que Mouna, qui est notre invitée d'aujourd'hui. C'est la fondatrice de WeTech, une association qui a pour mission de révéler les potentiels à grande échelle à les ingénieurs data de formation. Et elle met au cœur de ses actions l'éducation afin d'outiller ses bénéficiaires grâce au numérique. Donc merci d'être avec nous Mouna. Est-ce que j'ai oublié quelque chose dans ta présentation ?
- Speaker #5
Ingénieur généraliste.
- Speaker #0
généraliste ah oui c'est important dans la tech bien sûr alors avec une expérience dans la tech mais ingénieur généraliste avant tout moi j'ai voulu t'inviter aujourd'hui parce que t'abordes trois sujets qui me touchent les femmes et l'ingénierie du coup comment gagner sa vie en aidant les autres grâce à l'associatif parce que c'est un sujet dont on parle vraiment pas énormément et la connaissance de soi grâce aux compétences c'est vraiment ces trois sujets là qui m'ont parlé chez toi et avec Avec lequel je voudrais qu'on discute aujourd'hui pendant cette heure-ci. Mais pour commencer, s'il y avait une expression, une citation, une phrase qui te permettait de te présenter, ça serait laquelle ?
- Speaker #5
Déjà, merci beaucoup Myriam pour l'invitation. Je suis vraiment contente d'être là. Une phrase qui me représenterait, c'est ça ? Je vais reprendre la phrase de ma maman. C'est une phrase que ma maman me disait souvent. C'est celle de laisser son empreinte positive, à savoir planter des graines et laisser fleurir.
- Speaker #0
C'est beau. C'est un peu le petit poussé qui laisse des graines.
- Speaker #5
Exactement.
- Speaker #0
C'est magnifique. Je l'ai dit au départ, toi tu es ingénieure de formation, plus spécifiquement peut-être dans la tech ou pas ? Tu as une expérience dans la tech.
- Speaker #5
En fait, ingénieure généraliste avec une spécialité. plutôt dans l'industrie.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #5
J'ai une expérience effectivement dans la data science. Mais la data science, en fait, comme la tech, c'est un outil dans ce qu'on fait. Et ce n'est pas forcément... Alors c'est vrai qu'il y en a qui sont spécialisés en sciences des données. Moi, j'ai vraiment utilisé ça au service, finalement, plutôt d'une organisation, des organisations industrielles. Après, j'ai travaillé aussi dans l'ESS. J'ai une expérience dans l'économie sociale et solidaire, dans l'agroforesterie. Donc finalement, on voit que la technologie, ça peut servir à plein de domaines. Et à ce moment-là, effectivement, on utilisait la donnée, l'analyse des données, au service de ces projets-là environnementaux.
- Speaker #0
Comment tu passes de cet environnement-là, très corporate, très entreprise, très salarié, à une... à la création d'une association dans l'éducation ?
- Speaker #5
C'est une très très bonne question. C'est une très bonne question, c'est une question que je me suis beaucoup posée aussi. Je n'avais pas forcément toutes les réponses moi-même, alors que ça concernait directement mon parcours. Comment on fait pour se retrouver d'ingénieur finalement dans l'éducation ? Et en fait, au fil de mon parcours... Alors je voyais des ponts et je pense qu'au fil de mon parcours, ce que j'ai voulu aussi, c'est construire des ponts. Donc effectivement, l'ingénierie, on pourrait dire, ça peut tout dire, dire tout et n'importe quoi. On a beaucoup de domaines dans l'ingénierie. On peut être tant ingénieur des affaires aussi. Il me semble que c'est ton métier de base. Oui, initial. Donc c'est plutôt en relation. Donc on a aussi la relation client. On peut avoir de l'ingénierie financière. L'ingénieur industriel, ce qui me concernait de base. C'est très large et on peut aussi intégrer des outils technologiques dans ces métiers-là. Mais il y a une composante essentielle qui va être aussi très spécifique à l'ingénierie, c'est la résolution de problèmes. À mon sens, dans des contextes particuliers, avec vraiment cet esprit solution. Et donc, dans la résolution de problèmes, on sait très bien qu'il y a de la complexité dans ces problèmes-là. Qui dit complexité, dit aussi finalement multitude d'interactions et une certaine vision globale. Et donc, je pense que c'est ce qui m'a toujours intéressée, c'est le fait de vouloir comprendre les systèmes, de vouloir avoir une certaine vision. globale des différentes problématiques. Et donc, de fil en aiguille, j'ai d'abord, on va dire, commencé par me questionner et interroger mon propre parcours en me disant, très bien, qu'est-ce qui a finalement manqué à ton propre parcours scolaire ? Qu'est-ce que c'est des interrogations qui étaient... totalement, j'ai envie de dire, dans un cadre plutôt introspectif entre moi et moi, en me disant qu'il y a beaucoup de choses dans l'éducation, il y a beaucoup de choses qui sont très bien, mais on a aussi beaucoup de failles dans les systèmes éducatifs actuels. Et donc finalement, qu'est-ce qui est possible de faire ? Comment agir aujourd'hui dans l'éducation ? Quels sont les différents leviers d'action ? Et donc finalement, ce que je me suis dit, c'est parti de ces interrogations-là, personnelles, c'est parti aussi finalement des conjonctures, ou plutôt des opportunités, d'anciens camarades de lycée, c'était des lycéens qui étaient avec moi, qui avaient décidé de porter une initiative d'entraide. Donc ils voulaient aider, en étant encore étudiants à l'époque, ils voulaient aider d'autres terminales. comme nous à notre époque. Et donc, c'était vraiment un système d'entraide étudiant, jeune, terminale, futur bachelier. Donc, comment apporter notre aide ? Et ils m'ont appelé, ils m'ont dit, écoute, Mouna, on aimerait bien que tu puisses intervenir. Voilà, vraiment, juste apporter ton aide, faire des annales sans aucune intention d'organisation ou quoi que ce soit. Donc, à ce moment-là, je commençais à être confrontée finalement à la réalité, voir encore plus de difficultés. que j'avais pu observer et remarquer dans mon parcours scolaire. Et je me suis dit, effectivement, là, on va dire, finalement, la graine a commencé à germer. Je commence à avoir des idées, beaucoup d'idées dans l'éducation. Et c'est là, je pense, que j'ai pu créer des ponts entre ce que j'ai pu apprendre dans l'ingénierie, ce que aussi mon parcours... Avant d'être ingénieure, il y a différentes voies, mais moi, je suis passée par la prépa. des classes préparatoires scientifiques. Donc ça apporte quand même, ça te presse comme un citron à la fin. Mais c'est un caractère qui forge, je pense, qui apporte une certaine vision, une adaptabilité. Essayer d'extraire un peu les outils, voir comment on peut régler des problèmes qui peuvent nous paraître urgents. Et donc vraiment, c'est une vision ingénierie. J'ai commencé à la transposer dans l'éducation. et dans les problématiques liées à l'éducation. Et donc, voilà, c'est vraiment comme ça que je suis tombée dans la marmite. Personnellement, c'est-à-dire où j'ai fait des choix personnels de me dire je vais créer et être à l'initiative de solutions éducatives. Mais avant ça, il y a aussi, en fait, il y a plein de facteurs qui vont contribuer à ce que tu es aujourd'hui. Avant ça, moi, je viens d'une famille de personnes qui sont très engagées dans l'éducation. Deux parents qui se sont toujours engagés dans l'éducation, qui ont créé des écoles. Donc, c'est des écoles extrascolaires, c'est-à-dire pas des écoles privées, qui ont créé des écoles extrascolaires. Et donc, j'ai baigné dans ce monde-là. J'ai été en contact direct. Mais pour moi, à cette époque-là, ce n'était pas encore un choix. Je n'avais pas forcément envie de m'engager. Je faisais des activités parce que pour moi, j'ai aidé. Mes parents, je participais, je contribuais à leurs projets et à leurs engagements, mais sans forcément être à l'initiative. Mais encore une fois, je pense que vraiment à l'image de la fleur, on a finalement les racines qui vont se préparer, on a l'environnement, le terreau qui va être fertile. Est-ce que cette fleur ou est-ce que cet être vivant va finalement pousser, grandir et éclore ? Je pense que tout ça, c'est ce qui a fait. Et c'est ce qui a contribué à mes engagements et à ce que j'ai pu créer par la suite.
- Speaker #0
Quand tu as créé ton association, tu étais déjà engagée dans la vie active.
- Speaker #5
Oui.
- Speaker #0
Donc, comment déjà tu as passé cette transition de ta vie étudiante à ta vie active en disant je m'engage dans ma carrière ? Et puis après, de vivre un peu aussi une autre transition. Je passe de ma carrière d'ingénieur à une carrière... d'activiste pour l'éducation.
- Speaker #5
Oui, tout à fait. Écoute, aujourd'hui, je peux t'en parler. À ce moment-là, exactement ce qui s'est joué dans ma tête, je pense qu'on suit le cours naturel des choses. Et ça, je le dis très souvent, en fait, quand on regarde le film, quand on est spectateur du film, c'est plus facile de commenter. C'est beaucoup plus facile de raconter aussi l'histoire qui va nous arranger, qui va faire en sorte que ça va dans le sens de ce qu'on a envie de valoriser. Mais je pense qu'il faut aussi, c'est important aussi de rappeler ça et de se dire, en fait, c'est pas grave si vous savez pas ce que vous êtes en train de faire aujourd'hui. Ce n'est pas grave si vous avez des doutes. Ce n'est pas grave si, en fait, on ne sait pas très bien, tu vois, ce qu'on est en train de faire. Et moi, je pense qu'à cette époque-là, je n'avais pas du tout une vision claire. Alors, il y en a qui l'ont, qui savent très bien ce qu'ils veulent. Ils ont un plan sur dix ans. Ce n'était pas du tout mon cas. Il y avait des choses, j'avais des fortes appétences. Il y avait des choses qui étaient très importantes pour moi. Je pense que la question des valeurs est importante. La question de travailler aussi de ce que je te disais, ce cadre introspectif, de se dire qu'est-ce que j'ai envie d'apporter dans ce monde-là, qu'est-ce qui m'intéresse. Moi c'est des questions effectivement que je me suis posées très tôt, parce que j'avais un environnement, c'est pas tombé comme ça, j'avais un environnement qui m'y a poussé, j'ai grandi dans un environnement aussi qui m'accordait ce temps de communication. En fait j'ai un papa qui était professeur à l'éducation nationale. Il faut le rappeler, je pense que c'est important de rappeler aussi les cartes avec lesquelles on compose dans la vie.
- Speaker #0
Le terreau qui t'a...
- Speaker #5
Exactement, le terreau et pas s'attribuer des mérites venus de nulle part. Alors bien sûr, on apporte tous des pierres à l'édifice, c'est notre propre parcours et notre propre vie. On fait des choix qui nous concernent et surtout des choix... pour moi, que je m'attribue la responsabilité totale. Mais il ne faut pas négliger non plus, il ne faut pas oublier le terreau fertile, comme je le rappelais, et que tu disais aussi, qui a fait qui je suis aujourd'hui. Et donc pour ma part, justement, moi j'avais des valeurs et des choses que j'avais envie d'apporter. La phrase que j'ai citée au début, à savoir « laisse ton empreinte » , c'est une phrase que ma mère me disait en arabe, qui est en arabe... En fait, elle est forte en arabe. C'est vraiment l'empreinte physique, c'est-à-dire l'empreinte un peu de ton pouce. Et donc, en fait, c'est un aspect unique. C'est pas uniquement des graines qu'on va trouver, que tout le monde peut se procurer. Donc, il y a vraiment cette touche unique. Comment on va porter cette touche unique ? Moi, j'ai toujours voulu chercher ça. Comment tu peux apporter un peu ta pierre à l'édifice, mais avec ton angle à toi ? Et donc, au final, mais... J'avais cet aspect-là de me dire, il faut se construire. Il faut se construire auprès de gens compétents. L'école, pour moi, était un moyen très important pour acquérir de la connaissance et derrière, la transformer en compétence, avoir des environnements où je pouvais développer cette compétence-là. Donc, c'était important pour moi de passer à cette époque-là. Après, je ne dirais pas qu'il faut absolument suivre ce que j'ai fait, mais à cette époque-là, pour moi, c'était important de suivre. Le parcours, on va dire, typique, à savoir profiter du cadre scolaire, prendre un maximum de choses du cadre scolaire, travailler dans des entreprises. J'ai travaillé, j'ai fait des stages dans des entreprises, apprendre un maximum de gens qui nous entourent. J'ai eu des expériences salariées, parce que parfois, on peut se dire, si tu te retrouves dans cette situation, c'est que tu as eu des mauvaises expériences. On peut avoir ce genre de biais, mauvaise expérience dans le salariat, donc tu as voulu fuir le salariat. Ce n'est pas du tout mon cas. Le salariat a été une vraie... Toutes mes expériences ont été magnifiques et je remercie les gens, toutes les personnes qui ont contribué à faire ce que je suis aujourd'hui. J'ai énormément appris. Et donc, pour un peu continuer ce que je disais, pour finir ce que je disais, finalement, j'ai voulu suivre un peu le cours classique, mais en me disant, c'est un cadre qui me limite. Tu vois, le salariat, c'est très bien, on apprend. Maintenant que j'ai appris... je pouvais continuer à apprendre, je suis sortie tôt du salariat. Maintenant que j'ai appris, il est temps peut-être de sauter le pas et d'aller finalement explorer, tester des choses. Pour moi, ça n'a pas été des transitions brutales, c'était la question de base, ça a été un genre de continuum. Donc j'ai eu ma vie de fin d'étudiante, de salariée, en même temps que mon engagement associatif. j'ai cofondé ma... la première association qui s'appelle Sigma F dans l'éducation, en même temps que mes études. C'était fin de mes études en 2017, donc pour moi c'était un continuum, j'ai continué à travailler, c'était hors de question que... En fait je ne voyais pas du tout lâcher pour m'engager totalement. Pour moi, j'avais cofondé cette association avec un profond désintérêt, sincèrement, profond désintérêt.
- Speaker #0
Désintérêt économique et... Exactement,
- Speaker #5
plutôt désintérêt économique, pas du tout, je n'avais pas de volonté de gagner ma vie, mais avec beaucoup d'engagement et cette volonté d'apporter une structuration. à l'engagement associatif.
- Speaker #0
C'est super intéressant comment on t'aborde les choses, parce qu'effectivement, parfois, plusieurs jeunes se disent « Bon, maintenant, j'ai mes études, et maintenant, je vais faire ce que moi, j'ai envie. Je vais faire soit mon association, soit mon entreprise, et je vais claquer la porte au monde de l'entreprise salariale, entre guillemets, en me disant « Maintenant, j'ai envie d'être originale, j'ai envie d'avoir mon propre angle, mon propre prisme. » Et voilà. Toi, tu as eu peut-être cette sagesse, ou en tout cas cette réflexion de te dire je vais continuer quand même d'apprendre et puis je vais continuer à nourrir ma réflexion, entre guillemets, et pas foncer tête baissée et me dire je prends ce temps de réflexion et après je construis. Et prendre ça comme un continuum, comme tu le dis, et pas comme une transition brutale. Parce qu'aujourd'hui, si je reprends les choses, il y a 14% des jeunes qui sortent de Bac plus 5 qui se reconvertissent. Tu vois, qui directement font un peu cette transition. Et toi, tu vois, tu as fait un peu ce... Et tu peux en parler aujourd'hui, puisque tu as le recul. Mais c'est intéressant d'avoir ce retour.
- Speaker #5
Tu vois, ce que tu dis, c'est un très bon point. Moi, je trouve que c'est un point hyper important. Pourquoi ? Parce qu'on a tendance à un peu aborder la prise de décision comme des... avec une approche binaire, soit tout, soit rien. Et c'est ce qui parfois peut nous paralyser, ou parfois justement nous pousser vers une prise de décision active, c'est-à-dire faire des choix, mener des actions, parce qu'on veut fuir dans la fuite, sans forcément considérer toutes les conséquences, sans justement réfléchir à tête reposée. Je n'étais pas dans cette dynamique-là à cette époque-là, aussi parce que ce que je faisais en tant que mes études d'ingénieur me plaisait. J'ai vraiment adoré. Et l'ingénierie, c'est quelque chose que j'ai continué à pratiquer. Je pourrai en parler plus tard pour préciser davantage les ponts. C'est quelque chose finalement qu'on retrouve partout. Mais au-delà de ça, je me plaisais dans ce que je faisais. Le salariat pareil, j'ai adoré. Et donc, finalement, moi, je cherchais à créer des ponts, tu vois. Mais je peux comprendre, je peux tout à fait comprendre, pour un peu dédramatiser. Parce que, vraiment, on a tous des situations différentes. Et moi, vraiment, je suis tellement empathique envers, aujourd'hui, la pression que peuvent ressentir les jeunes. Et même nous, tu vois, dans n'importe quelle configuration. enfin moi je... On ne considère pas comme vieille. Tu ne l'es pas. Mais je veux dire, à n'importe quelle phase de notre vie, on ressent une certaine pression. Il y a une pression et il faut qu'on déculpabilise aussi les gens. Il faut qu'on se déculpabilise aussi, de se dire c'est normal. Il y a tellement de choses, il y a tellement de choix aujourd'hui. Moi, je me souviens, à mon époque, je n'avais pas forcément accès. Il y a plus de dix ans, mais il y a vraiment une... Une mutation profonde qui s'est opérée dans la société et l'accès à l'information a vraiment évolué. Aujourd'hui, on a beaucoup plus d'infos, on est bombardé d'informations, alors qu'à notre époque, il fallait aller chercher l'information. Donc si on n'avait pas les bons leviers, bon courage, on n'avait pas le bon entourage, le bon réseau, il y a des gens dont nous, on est un peu la preuve, on est partis chercher l'information. Ce n'était pas du tout impossible, mais c'était beaucoup plus difficile. Et donc aujourd'hui, on est quand même dans des configurations qui sont différentes et il faut, je pense, considérer les configurations actuelles, les prendre en compte pour se dire, c'est difficile. Oui, on a la pression et parfois, c'est un peu normal de voir tout en noir et blanc. Soit je fais ci, soit je balance tout, soit je fais ça parce qu'on ressent beaucoup de tension, on en a marre, tu vois. Et donc quand on est dans des situations où ça ne nous plaît pas... C'est parfois difficile d'y rester et de réussir à voir le meilleur, à tirer profit. On n'est pas outillé à faire ça, parce qu'on est aussi bombardé de messages. Oui, vous pouvez avoir la vie de vos rêves. Il y a des choses aussi qu'on entend très souvent. Si vous faites ce que vous aimez, vous n'allez jamais ressentir le travail. C'est faux. Le travail, je le ressens tous les jours.
- Speaker #0
C'est complètement vrai.
- Speaker #5
C'est vraiment une idée reçue.
- Speaker #0
C'est vraiment un mythe.
- Speaker #5
C'est un mythe. Alors bien sûr, il y a des choses qui sont beaucoup plus fluides. Mais attention, il y a des choses, en fait, on ne se lève pas forcément le matin, on n'a pas forcément envie de les faire. Il faut avoir conscience de ça. Donc il faut avoir conscience que tout n'est pas beau, tout n'est pas rose. On est beaucoup plus dans le gris que tout est blanc, tout est beau. Et à cette époque-là, moi je pense que je n'avais pas la maturité que j'ai aujourd'hui. Encore une fois, je le disais, c'est beaucoup plus facile de commenter. Là on est confortable, canapé, on parle. Oui, c'est plus facile. C'est plus facile que la personne qui est dans une phase de doute. Donc je pense qu'il faut parler à ces gens-là. mais j'ai envie de leur dire... que ces moments de doute, et tu vois, on en a parlé avant la fois dernière, ces phases de transition, ces transitions de phases, c'est des termes qu'on retrouve aussi dans d'autres disciplines, notamment en physique, je t'en avais parlé, et aussi dans les sciences de l'organisation, on dit souvent que c'est des phases qui sont propices à la réorganisation. Et donc finalement, traverser ces moments de crise, C'est pas forcément négatif, alors bien sûr c'est douloureux, mais dans l'absolu, dans un parcours, c'est des moments qui sont très fertiles et très propices à la réorganisation. Et bien sûr, parfois c'est brutal, parfois c'est soudain, parfois il faut sauter dans le vide. Moi je dis pas que je parlais de continuum, mais tout n'a pas été fluide, tout n'a pas été facile. J'ai beaucoup hésité, j'étais dans un confort, j'ai dû laisser mon confort. en plus on est quand même dans l'associatif moi j'ai pas basculé avec une volonté de vouloir être tout de suite dans la rentabilité économique. Donc je savais que je faisais aussi un sacrifice au niveau du confort matériel, qui reste important aujourd'hui. Donc toutes ces réflexions-là, qu'importe le pan de nos réflexions, et ce qui est important pour nous, finalement, par la suite, ça reste quand même des moments qui sont hyper fertiles pour nous. et qui finalement nous apprennent des choses. Donc il faut, je pense, aussi apprendre à apprendre, à accepter, je ne sais pas, mais à traverser plutôt ces moments de doute, ces moments de crise et ces tempêtes-là.
- Speaker #0
Tu parlais de WeTech.
- Speaker #5
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que déjà tu peux nous expliquer un peu plus courant de phrases comme je l'ai fait au départ ce que c'est ? Et quelle est ton ambition avec WeTech ?
- Speaker #5
Oui. J'adore les ambitions. On peut rêver là, on va rêver. Alors, Witex, c'est une association. C'est aussi un organisme de formation. On est labellisé Calliope. Calliope, c'est un label qui atteste de la qualité et de la formation qu'on apporte. Witex, c'est l'acronyme de Women in Tech, les femmes dans la tech. Tout est parti de là. Moi, je suis une femme. J'ai évolué dans des milieux scientifiques, technologiques, qui sont quand même majoritairement... Forte présence d'hommes. Et donc, c'est des sujets qui me touchaient d'abord. La présence féminine et la féminisation de la tech et des sciences, ça m'a beaucoup touchée parce qu'effectivement, j'ai vécu ces stéréotypes de genre. J'ai vécu aussi tout, finalement, ce manque de diversité, ce manque d'encouragement des femmes dans ces milieux-là. Des fois, pendant des expériences, alors encore une fois, il ne faut pas forcément généraliser notre expérience, mais c'est important aussi de parler de notre vécu. Et en fait, pour moi, ça m'a touchée parce que j'avais aussi envie de créer des espaces pour que les filles se retrouvent entre elles et puissent évoluer ensemble et puissent être finalement prêtes à affronter la réalité et le monde tel qu'il est, à savoir le monde mythique. Donc Witek, c'est parti de cette idée-là. Et concrètement, qu'est-ce qu'on propose et qu'est-ce qu'on fait ? On crée des parcours éducatifs et de formation pour transmettre des compétences techniques, donc liées à l'usage de la technologie et du numérique, et également des compétences relationnelles, des compétences aussi de la confiance en soi, pour justement être plus autonome dans ses parcours, dans son parcours scolaire. et aussi professionnels. Donc ça, c'est vraiment notre mission et le cœur de ce qu'on fait. Et concrètement, ça se traduit à travers différentes actions. On a mis en place des bootcamps, des hackathons, où les jeunes filles et les jeunes, puisque par la suite, on a aussi des programmes totalement mixtes, pouvaient créer des projets, donc avoir un espace de créativité, d'accompagnement, partir de zéro et pouvoir se dire, OK, j'ai envie de créer mon projet. Donc il y a vraiment aussi la découverte de l'entrepreneuriat. Je me découvre aussi, qu'est-ce qui m'intéresse ? Donc c'est des projets fictifs dans un premier temps, ensuite l'accompagnement dans des projets qui peuvent être totalement concrets. Et donc, elles apprenaient à valoriser ces projets-là à travers la réalisation de sites web. Et ensuite, on avait aussi l'accompagnement à l'orientation, à travers aussi la mise en relation avec des professionnels, des visites d'entreprises, donc des grandes entreprises, où l'idée, c'était vraiment d'avoir un pied, un premier pied dans le monde professionnel, pouvoir connecter les mondes. Se dire, aujourd'hui, on a des collégiens lycéens qui sont finalement, qui naviguent dans leur monde. si tu as papa, maman qui travaillent dans des grandes entreprises ou travaillent dans le monde, qui sont salariés, cadres ou autres, je vais avoir plus de facilité à découvrir. Mais si je viens d'un certain milieu, que je n'ai pas forcément ce capital socio-culturel, je reste cloisonnée. Donc l'idée pour nous, c'était vraiment d'écloisonner avec tout type de public et pouvoir créer plus de connexions et aussi autonomiser les publics dans leur propre parcours. Aujourd'hui, l'ambition de Witek, donc on a beaucoup agi avec les territoires et sur les territoires, l'ambition de Witek, c'est de capitaliser sur cet accompagnement de proximité, cet accompagnement humain finalement. On a été vraiment avec une approche très humaine, avec une volonté de comprendre ce qui se passe, ce qui déclenche les mécanismes d'apprentissage, les mécanismes aussi finalement de comment on fait pour se révéler, pour comprendre quels sont nos potentiels, comment avancer, comment naviguer dans son parcours. Et donc, ça nous a vraiment donné une connaissance fine de l'accompagnement, tant au niveau, finalement, apprentissage, mais aussi au niveau social, accompagnement humain. Et on avait envie de, finalement, industrialiser notre approche. Donc, ça peut paraître un peu froid, mais l'idée, c'est vraiment pouvoir démultiplier notre impact. Se dire, notre approche, elle a fonctionné. Comment on va la rendre accessible au plus grand nombre ? Et vraiment, c'est notre volonté. Aujourd'hui, on est... Dans cette phase-là, on est en transition de phase. Et donc, il y a beaucoup de chantiers. Et ce qui est intéressant, c'est que nous, on a opéré avec deux types de publics. J'ai beaucoup parlé du public jeune, mais on a opéré aussi avec un public qui est justement en phase de transition, à savoir un public en insertion, demandeur d'emploi qui est parfois perdu, qui a parfois quitté le système scolaire ou d'accompagnement et qui ne sait pas vers quoi s'orienter. Donc, l'idée, en fait, c'est de créer un système. d'aide à la prise de décision et de se dire comment on peut accompagner à l'orientation et donner les bons outils pour que derrière le travail soit enclenché et fait de manière autonome dans leur propre parcours. Pour ça, on développe notre propre plateforme, on travaille avec les territoires directement pour avoir un meilleur maillage et une intégration dans les écosystèmes éducatifs et de formation. L'idée c'est de connecter aussi avec les entreprises. avec lesquelles on a travaillé toutes ces années.
- Speaker #0
C'est une belle ambition. On parlait d'ambition, mais c'est une belle ambition. Il y a un truc qui m'a marquée, c'est qu'une des missions, c'est de donner confiance par la compétence. Déjà, comment on acquiert une compétence ? Est-ce que tu peux nous expliquer ? Quand tu arrives sur le marché du travail, on te dit « Oui, il faut que tu sois compétent » , mais ça veut dire quoi déjà ?
- Speaker #5
C'est vrai que parfois, c'est paralysant. Parce qu'en fait, la compétence, c'est très difficile à évaluer. avec soi-même, c'est-à-dire d'évaluer, s'auto-évaluer en termes de compétences.
- Speaker #0
C'est ce qui parfois peut donner le syndrome de l'imposteur, alors qu'on peut être ultra compétent, mais on n'ose pas forcément entreprendre certains parcours, certaines voies, parce qu'on ne sait pas réellement. Objectivement, on n'a pas forcément posé de regard extérieur sur ce qu'on est capable de faire. Et donc, la confiance en soi, elle se construit justement avec ces regards bienveillants extérieurs. Et justement, ça a été pour moi vraiment une intention. qui était nécessaire et vital dans tous les espaces que j'ai pu créer et avec tout type de public, c'est avoir des espaces où on va pouvoir poser un regard bienveillant. Bienveillant, ce n'est pas forcément faux, ou surenchérir sur ce que t'es, ou être dans la positivité au maximum. Non, c'est pouvoir avancer, se tromper sereinement et pouvoir évoluer de manière plus sereine. et être justement dans... se dire, voilà, je suis un miroir pour toi, voilà comment tu évolues et voilà comment ta compétence évolue. Pour revenir à ta question, qu'est-ce que la compétence ? Alors là, c'est une question de pointe. C'est une question de pointe, en toute humilité, parfois, pour définir des termes, parce qu'en fonction du prisme et de la discipline, tu vois, par exemple, la compétence dans le milieu plutôt monde du travail, on va te dire, si on parle de la compétence technique... ou de la compétence, ou des compétences relationnelles, interpersonnelles, il y a plusieurs parties, finalement plusieurs aspects. En fait, il y a des gens qui vont privilégier plutôt les compétences techniques. Donc systématiquement, pour eux, c'est le savoir-faire. Tu sais faire ci, tu sais faire ça. On va négliger le savoir-être, qui est hyper important. Et donc voilà, en fonction des prismes, ça ne va pas forcément être abordé de la même manière. Maintenant, moi j'aimerais aussi l'aborder de mon propre prisme, à savoir nous, en fait, avant la compétence, il y a la connaissance. Et avant la connaissance, il y a l'information. Et ça, je remercie un chercheur qui avait, un jour, c'était un chercheur indépendant que j'ai rencontré sur LinkedIn et qui a posté une vidéo que j'ai trouvée très pertinente, qui s'appelle Pascal Roulois, qui parle justement, c'est un sujet qui est très complexe, comment on transforme de l'information à la connaissance. C'est très complexe, mais qui dit en fait, nous, en tant que transmetteurs, en tant que pédagogues, en tant qu'accompagnants, qu'importe, en tout cas à partir du moment où on est dans une relation de transmission d'informations, notre rôle, c'est de transmettre des informations et la connaissance se construit à l'intérieur du cerveau de l'élève ou de l'apprenant. nous on ne transmet pas des connaissances on transmet des informations et donc il y a tout l'enjeu de justement quel type de connaissances quel est le cadre, quel est l'environnement, quel est le chemin d'information que j'ai envie de transmettre pour justement favoriser cette construction de la connaissance dans le cerveau de l'apprenant. Donc une fois qu'on a cette connaissance-là qui va être durable, donc on espère que c'est une connaissance qui est durable, on espère aussi que c'est une connaissance qui va pouvoir servir, qui va pouvoir être appliquée dans un contexte particulier, va émerger une compétence. Et donc, pour que cette compétence puisse émerger, comme tu le disais, il faut qu'on ait un contexte, il faut qu'on ait un cadre, il faut qu'on ait une opportunité. Et donc, aujourd'hui, on exige finalement des jeunes étudiants, des jeunes diplômés d'avoir des compétences, alors qu'on sait très bien, et que tout le monde le sait, qu'en fait, ça, c'est unanime, c'est mathématique, c'est-à-dire qu'on ne peut pas faire autrement. Les compétences se développent dans des cadres et donc quand on est focalisé surtout dans des diplômes théoriques où des fois en fait on n'a même pas beaucoup d'expérience, d'alternance ou de stage, on sait très bien que c'est très difficile d'avoir des compétences qui vont émerger du jour au lendemain. Donc il faut donner, il faut avoir ces occasions-là.
- Speaker #1
Je reviens sur quelque chose par rapport à l'ingénierie généraliste et ce que tu appliques aussi chez Witek, c'est que tu as à cœur d'avoir cette rigueur scientifique.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et j'aime beaucoup parce que ça permet d'aborder les actions de façon plus rassurante et moins culpabilisante. De se dire, je mets en place un panel d'hypothèses et je teste. Je dirais que ça fonctionne. Est-ce que tu peux nous expliquer comment ça aide et ça impacte, par exemple, les jeunes femmes que tu accompagnes ? Sur WeChat ou WeTech ?
- Speaker #0
C'est un très bon point, je vais dire ça à toutes les questions.
- Speaker #1
C'est bien, c'est parce que c'est une bonne question.
- Speaker #0
Non, tu poses de très bonnes questions. Dire ces questions qui m'intéressent, j'ai pas forcément toutes les réponses.
- Speaker #1
Non mais c'est pas le sujet du podcast. Honnêtement, le sujet du podcast, c'est vraiment de se dire comment on peut ouvrir une réflexion.
- Speaker #0
Totalement, honnêtement, c'est un très bon point. Effectivement, il y a l'aspect rigueur. J'ai eu cette volonté-là, je parle d'intention. Parce qu'après, ce qui est la réalité, je veux dire, ce n'est pas à moi d'en juger. Sinon, j'ai envie de dire, je suis dans l'auto-proclamation de ce que je mets en place. Et en fait, ça serait contre-scientifique en réalité. Et donc, en fait, mon intention, effectivement, c'est d'apporter de la rigueur et de la démarche scientifique et de la structuration au projet éducatif dans le cadre associatif, dans les cadres associatifs dans lesquels... J'ai opéré et aujourd'hui dans lesquels je suis, ça a toujours été ma ligne conductrice. Je ne l'ai pas toujours bien fait. Ça, c'est important de le rappeler puisque je me suis trompée. Voilà. Comme tout le monde. Voilà, comme tout le monde. Et c'est comme ça qu'on apprend et c'est comme ça qu'on arrive à avoir du recul. Si on pense aborder la vie et si on pense aborder les parcours en voulant éviter toute erreur, alors là, je pense que c'est mal barré.
- Speaker #1
Et c'est paralysant aussi.
- Speaker #0
totalement paralysant, ça nous ajoute un stress. Moi, je pense que j'ai un grain de folie. J'ai le côté rigoureux, mais j'ai aussi le côté artiste. J'adore me définir aussi en tant qu'artiste, même si aujourd'hui, je n'ai pas le temps de peindre. Je n'ai pas le temps. Mais j'adore ça. J'adore le côté artistique de la chose. C'est de se dire, je me lance, j'ai un peu une idée, j'ai un peu cette image-là de l'artiste qui reçoit un peu des idées. du ciel et qui se lance et qui, à travers justement son pinceau, son coude, son outil, qu'importe son outil, décide de passer à l'action. Et c'est vraiment ça qui est important,
- Speaker #1
c'est de se dire je passe à l'action, je mène cette initiative jusqu'au bout. Peu importe, et c'est pour ça que c'est intéressant parce que tu te décloisonnes dans toutes les... Tu te cloisonnes pas à l'ingénierie.
- Speaker #0
Totalement. En fait, je pense qu'aujourd'hui... On est arrivé, et après je vais revenir à ta question parce qu'elle est importante, c'est comment la démarche scientifique peut nous déculpabiliser, les outils dans la prise de décision et dans les parcours d'orientation. En fait, aujourd'hui, on aborde les choses avec un esprit très cloisonné. Très tôt, on va te dire, toi tu es scientifique, toi tu es littéraire, toi tu es économiste. On avait ces trois filières-là, généraliste au lycée, maintenant on fait des choix d'enseignement de spécialité, mais on reste quand même assez cloisonné. Donc je trouve que c'est problématique parce qu'aujourd'hui, on apprend des choses sur le fonctionnement du cerveau. Et en fait, ce qu'on apprend, c'est que plus on est généraliste, plus on est compétent. Finalement, plus on a cette capacité de se spécialiser. Ça peut paraître paradoxal, mais de faire des ponts, de créer des ponts entre les disciplines, de mieux comprendre les choses. C'est ce qu'aujourd'hui disent finalement, plus on avance, plus on arrive à comprendre ça du cerveau, qui reste un organe quand même très complexe. Et donc... Moi, naturellement, ça a été finalement mon parcours de vie. Moi, j'ai adoré l'écriture, j'ai adoré la littérature, la philosophie. Tu vois, je parle beaucoup, tu me poses une question, je peux t'en parler trois heures. J'adore beaucoup de choses. J'adore l'émerveillement, être émerveillée. Et donc, parfois, on a un peu cette image du scientifique. Et je ne suis pas là pour prouver quoi que ce soit. Il y a des scientifiques qui veulent être très froids, etc. C'est leurs affaires et j'ai envie de dire, c'est leur mode de fonctionnement. Moi, je pense que c'est ma nature. Donc j'ai décidé de suivre un peu ma nature de curiosité, de m'intéresser à beaucoup de choses. Maintenant, pour revenir à cet aspect de comment la démarche scientifique peut nous aider et comment ça se met à réaliser dans nos actions. En fait, c'est très simple. Je vais vraiment vulgariser, si je puis dire, la démarche scientifique. On pose des hypothèses de base. Donc on a finalement une hypothèse à tester. On part d'une hypothèse et on se dit, et on pose un protocole. on a un protocole Ensuite, on a aussi la mesure, l'évaluation de ce qu'on met en place, des actions qu'on va mettre en place, des activités, du protocole. Et à la fin, on se dit, très bien, est-ce que l'hypothèse est un succès ou est un échec ? Qu'on échoue ou c'est un succès, ça c'est valable dans toute démarche scientifique et dans la recherche actuelle, pour n'importe quel domaine. C'est une information et en fait, c'est une réussite. Pourquoi ? Parce que ça nous apporte de l'information. Quand on échoue, on se dit très bien, ça veut dire que cette hypothèse, je peux la balayer, je peux passer à une autre hypothèse. Quand on réussit, ça veut dire que très bien, cette hypothèse, elle réussit, je peux passer à la suite. Dans tous les cas, ça nous permet de traverser et d'avancer. Et ça, c'est important. Et donc, comment ça peut se matérialiser dans la prise de décision et dans l'orientation, notamment dans une phase où on est jeune, on doit décider des parcours, c'est de se dire, finalement, aujourd'hui, qu'est-ce qui peut m'intéresser ? Le choix que je vais faire demain, le choix que je dois faire demain, il n'est pas déterminant pour la suite. Ce n'est pas un choix qui va me figer, qui va m'étiqueter toute ma vie. Ça, c'est super important. C'est un choix que je fais en fonction de... mes ressources actuelles en fonction de mes appétences et en fonction de comment j'ai envie de me projeter aujourd'hui. Alors bien évidemment, il y a des gens qui ont envie de changer tous les quatre matins et il y a des natures comme ça. Et donc c'est important aussi de considérer la réalité aussi. Donc on s'inscrit dans un cadre. Et dans quel cadre j'évolue ? Imaginons que j'évolue dans un cadre où le diplôme n'est pas du tout important. Il n'est pas du tout important, il n'est pas du tout valorisant. Finalement, je peux être dans une construction de briques. de mon parcours sans forcément me dire il faut que je m'embarque dans des études longues, il faut absolument que j'ai un diplôme, sinon je n'ai pas du tout de chance. J'évolue dans un cadre où le diplôme a un minimum d'importance et donc ça m'apporte une certaine sécurité. Il faut que je l'ai en tête. Soit je décide de prendre des risques et donc d'avoir un parcours atypique que je vais construire et finalement c'est possible de se frayer une voie, son chemin. Soit je décide de prendre la voie de la sécurité, soit je décide de composer avec les deux. Tu vois, moi, je disais, j'ai décidé de choisir la voie typique, mais en même temps, j'ai testé des choses. J'ai testé beaucoup de choses. Je pense qu'il faudrait plus qu'un podcast pour raconter tout ce que j'ai fait. Mais j'ai expérimenté. Et donc, c'est un peu cette philosophie de l'expérimentation qui fait que l'expérimentation nous apporte de l'information. et l'information, que ce soit un échec au sens plutôt échec, de l'évaluation ou une réussite, dans tous les cas, ça nous emporte dans l'info et ça me permet de naviguer et d'avancer. Et donc nous, c'est comme ça qu'on aborde les choses avec un esprit déculpabilisant. Aussi, le fait d'être mis en relation avec des professionnels, des mentors qui ont des parcours totalement atypiques, je pense que c'est important d'avoir une représentation parce qu'on a beaucoup, on entend beaucoup. Lui, tout de suite, il a su ce qu'il voulait être et qui voulait être très tôt. On a beaucoup ce genre de storytelling et d'histoire. C'est important d'avoir un peu des histoires terre à terre et de se dire, moi, j'ai suivi le cours de l'eau et je me suis fabriqué mon propre parcours au fur et à mesure de ce qui m'a intéressé. Moi, c'est vraiment comme ça que je vois mon parcours. Au fur et à mesure, je me suis dit, tiens, je suis dans ci, je suis dans ça, comment je vais pouvoir... Faire des choses, j'ai expérimenté, il y a des choses que je n'ai pas du tout aimées, il y a des choses que je n'ai pas appréciées, moi, dans le monde, par exemple, même associatif. Et donc, au début, j'ai fait comme tout le monde. Et après, je me suis dit, ben non, ça, tu vois, ça ne m'intéresse pas. Je vais arrêter, je vais réorienter comme ça. J'ai dû arrêter, avorter des projets. J'ai dû, il y a d'autres choses qui sont nées. Voilà, donc, je pense qu'il faut avoir cette, il ne faut pas avoir peur d'expérimenter. C'est facile à dire, encore une fois. Mais ne pas se définir à travers les choix qu'on fait. Il faut respirer.
- Speaker #1
Détente.
- Speaker #0
Détente.
- Speaker #1
C'est important que tu le dis parce que j'ai vu une recherche il n'y a pas très longtemps qui disait que 80% des événements déterminants de notre vie, par exemple notre situation économique, la carrière qu'on allait mener, etc., elle était avant 35 ans. C'est une étude américaine. Et donc du coup, je me suis dit que ça met la pression de se dire ça. De se dire que chaque choix qu'on fait aura des répercussions et qu'on sait qu'en fait chaque choix qu'on fait dans notre vingtaine déterminera toute notre vie. Et tu vois, de te dire juste simplement de reprendre ce processus scientifique et de se dire en fait je fais des tests et puis je vois ce qui fonctionne et puis ça me permet d'avancer, que j'échoue, que j'ai réussi, ça me permet d'avancer, d'aller au next step. Donc je me dis au moins là je ne suis pas une étiquette ou je ne me cloisonne pas sur quelque chose, je peux être tout à fait ingénieur, tout à fait artiste. Et ça ne définit pas en tout cas ma valeur personnelle, ça définit simplement ce que je fais, l'outil que je prends en main pour réaliser mon chemin.
- Speaker #0
Totalement. Je n'aurais pas mieux résumé.
- Speaker #1
Quelle place pour toi il faut donner à l'argent quand on fait cette mission de cœur et d'aider les autres comme la tienne ?
- Speaker #0
Question très importante. Non, j'adore, j'adore. C'est une question très importante parce qu'effectivement, on peut vite tomber dans des illusions. En fait, se dire, je vais prendre la question de l'entreprenariat de manière générale. Quand l'entreprenariat, c'est beaucoup, oui, je fais ce que j'aime, tu vois, j'emmerde un peu le système, tu vois, on a un peu ce genre de choses. Non, moi, ce n'était pas mon cas. Je n'avais pas envie de combattre qui que ce soit. Je n'ai pas envie d'aller en guerre contre qui que ce soit. Combattre aussi les injustices en un sens et puis apporter des solutions aux failles, bien évidemment. Mais en fait, on n'est pas là pour construire contre quelque chose. C'est important. Et pourquoi je le rappelle ? Parce que ça peut nous faire tomber dans certaines illusions, de se dire si je crée quelque chose à moi, je vais être plus libre. Et je vais pouvoir finalement... C'est ce qu'on recherche, bien évidemment. La liberté, c'est une valeur très importante pour moi. C'est un fil conducteur, j'ai envie de dire. Mais je sais qu'il y a aussi un travail vers la libération. Et c'est un processus, ce n'est pas une fin en soi. C'est un processus qui prend du temps. temps, qui demande de la discipline, qui demande du travail itératif et donc ça prend du temps d'avoir des modèles économiques qui soient viables. Pour répondre à ta question directement, c'est important de concilier viabilité économique, rentabilité économique, quand on est aussi dans des projets lucratifs, il ne faut pas en avoir peur, il ne faut pas avoir peur d'en parler. Pourquoi ? Parce que sans ressources, on est limité. C'est ce qui m'est arrivé. J'ai démarré un peu avec ce grain de folie-là, sans capital conséquent. Je pense que le capital le plus conséquent, ça a été mon cerveau et mon énergie dans le projet que j'ai pu mener, mais sans forcément me poser des questions sur l'argent. Des fois, il faut un peu de folie, tu vois. Avec le recul, je pense que... Et la maturité, on se dit souvent qu'on referait les choses différemment, mais c'est en même temps ça qui nous apprend. C'est en même temps ça qui nous apprend.
- Speaker #1
C'est cette ignorance aussi qui nous permet d'être aussi aventuriers.
- Speaker #0
Totalement. Tu vois, moi, je fais souvent la comparaison parce que j'aime beaucoup randonner, même si ça fait un petit moment que je n'en ai pas fait. Mais il y a eu une époque où je randonnais beaucoup. Et en fait, des fois, il y a des parcours qui sont tellement difficiles. Des pentes. En fait, à chaque fois, je me dis, mais si je savais jamais de la vie, j'aurais mis les pieds ici. Pourquoi tant de mal ?
- Speaker #1
Pourquoi je me fais aussi mal ?
- Speaker #0
Pourquoi ce mal ? Je ne comprends pas. Et tu vois, tu te dis pourquoi ? Et au final, quand tu arrives un peu au sommet, que tu as la vue, tu as la belle vue, tu te dis, ouais, ça vaut la peine. Tu vois, ça en vaut la peine. C'est magnifique. Tu es fière de toi. Il y a un sentiment de fierté. Et c'est un peu ça. Finalement, l'argent est une ressource. Tu vois, il faut l'avoir en tant que tel. Alors certains vont avoir finalement un jugement positif ou négatif en fonction des constructions, des croyances. Parce qu'en fonction de là où on baigne, des fois, ça ne se fait pas de se faire de l'argent parce qu'on vient d'un milieu pauvre. Et donc parfois, en fait, on trahirait un petit peu le milieu dont on vient. Et donc on se dit oui, je n'ai pas envie forcément de sortir de la bergerie ou du lot. Parfois, ça, c'est important d'en avoir conscience. Parfois, c'est aussi... L'argent pour moi, j'ai un attachement hyper important parce que justement j'ai vécu les galères, je ne veux absolument pas vivre la galère et j'ai détesté ces moments de galère. Donc chacun va y associer quelque chose et chacun est libre d'y associer ce qu'il veut. Maintenant, moi je le vois vraiment aujourd'hui comme une ressource. J'ai un peu fait la paix, je pense, avec cet aspect-là, l'argent, et de me dire très bien... T'es partie tête baissée, t'as foncé, t'as expérimenté plein de choses, mais maintenant on est arrivé dans une phase où il faut industrialiser. Donc c'est magnifique ce que tu fais, mais si t'as envie de rester dans ta petite bergerie et faire tes choses, il y en a qui le font, et c'est ok. Tu vois, comme disent les jeunes, et c'est ok ! Et chacun fait ce qu'il veut, mais moi non. Moi j'avoue que je suis ambitieuse, et j'ai envie de rendre accessible, et aussi... Je pense qu'en rendant accessible, on a aussi de l'information sur l'utilité de ce qu'on met en place. Parce que parfois, quand tu restes dans ton entre-soi, dans ta petite communauté, les choses fonctionnent coûte que coûte, tu vois. Il y a beaucoup de biais. Mais là, l'idée d'avoir un large panel et une diversité de publics, c'est important parce qu'il y a aussi un aspect scientifique, de se dire comment on peut améliorer notre approche pédagogique et nos outils. Donc ça aussi, c'est important. et donc oui, aujourd'hui comment on aborde les choses ? Diversification de revenus. Aujourd'hui, je le dis souvent, qu'on mène un projet, une entreprise, une association, la diversification des revenus, c'est une règle de base. Pourquoi ? Parce que c'est ce qui permet d'éviter la précarité. Je le dis souvent, en fait, quand t'es salarié, que tu gagnes... En fait, si tu gagnes 10 000 euros par mois, t'as une seule source de revenus. En fait, techniquement, tu es précaire. Maintenant, il y a des configurations qui font que... Tu sécurises en fait cette source de revenus, cette seule source de revenus. Choisir des entreprises qui sont stables, choisir des configurations, des entreprises qui sont en croissance.
- Speaker #1
Créer un front d'urgence.
- Speaker #0
Exactement. Donc il y a des choses qui peuvent nous aider. Attention parce qu'on ne va pas tout le temps être. Mais c'est important aussi d'avoir ça en tête, de se dire quand je mène un projet, que je mène ma vie est un projet, ma gestion d'argent c'est un projet en soi. Diversité et diversification des revenus, et nous c'est aujourd'hui notre philosophie, notre dynamique. Très concrètement, en fait, une association, comment elle vit ? Puisque ça, ça peut intéresser des gens. On a d'un côté, on a vraiment ce côté dons, les gens qui donnent, etc., les subventions publiques. Nous, on a fait le choix de ne pas recevoir de dons, de ne pas lancer de grandes campagnes de dons, etc., de particuliers. Pourquoi ? Parce que pour nous, il faut que ce soit un système d'entraide où, en fait, finalement, l'écosystème peut vivre de lui-même. C'est-à-dire les entreprises qui sont intéressées par ces thématiques d'éducation, par ces thématiques d'innovation dans la formation et l'éducation, contribuent à travers différents leviers. Donc, le monde lucratif peut contribuer à travers différents leviers à nos projets. Et aussi, les collectivités territoriales, parce qu'on travaille avec elles. avec qui on met en place et on met en œuvre nos projets, contribue à ces projets-là. On a aussi finalement la possibilité de vendre des prestations dans des associations, donc d'avoir une certaine autonomie pour pouvoir soutenir nos projets. En cas de finalement aujourd'hui ce qu'on rencontre dans le monde associatif des ludications, il y a une baisse de financement public, on fait comment ? Il y a des associations, beaucoup d'associations qui ont fermé. Donc là, c'est une forme de précarité, de uniquement se baser. se reposer sur une seule source de revenus. Donc l'éducation, c'est un sujet très touchy, très sensible dans le financement parce qu'on a envie de transmettre. Et pour nous, c'est important de rendre accessible, et c'est un droit pour tous. Et donc, c'est très difficile de faire payer les particuliers. Maintenant, ils peuvent y contribuer, bien évidemment, mais qu'ils puissent prendre la charge de tous les coûts et de toutes les charges, finalement, de nos projets, ça reste très compliqué. ça donne des tarifs... finalement, qui vont bénéficier au même. Et ce n'est pas notre philosophie.
- Speaker #1
On comprend ces valeurs dont tu nous parlais avant. On revient en tout cas sur comment tu l'as transmise et comment tu l'as concrétisée via WeTech. On en vient aux trois dernières questions du podcast. Je vais te demander de compléter la phrase « La connaissance de soi, c'est une maturité. » Trois petits points. Tu mettrais quoi dedans ?
- Speaker #0
Ah ! La connaissance de soi est une maturité.
- Speaker #1
Oui, c'est une maturité.
- Speaker #0
La connaissance de soi est une maturité qui se construit au fur et à mesure du temps. Pour toi, qu'est-ce que c'est être adulte ? Être adulte, pour moi, c'est paradoxalement être connecté. à toutes les phases de notre vie et à notre enfant, finalement, j'ai envie de dire, intérieur. Donc, si je dois redire la phrase, je pense être adulte, c'est avoir une connexion à toutes les phases de nos vies, à savoir à notre enfance aussi.
- Speaker #1
C'est beau, j'aime beaucoup. Et la dernière question, c'est quel serait ton type de la débrouille ?
- Speaker #0
Alors, le type que je donnerais pour la débrouille... Ah oui, sinon tu me poses une colle. Le type de la débrouille, je dirais un grain de folie.
- Speaker #1
D'avoir un grain de folie dans sa vie.
- Speaker #0
Un grain de folie. Oser se détendre, s'amuser. Je pense qu'on peut être totalement sérieux sans se prendre au sérieux. C'est hyper important de conserver cet enthousiasme dans tout ce qu'on fait et comment on entreprend les choses. Et donc, relax, ça va le faire.
- Speaker #1
J'ai une chanson chez vous qui va pop-up. Merci Mona, c'était un vrai plaisir de te recevoir honnêtement. C'était super intéressant. On a pu aborder plusieurs thèmes sur le podcast. T'inquiète, je me débrouille. Merci d'être venue. Et puis, nous avoir partagé ton engagement dans l'éducation, de l'associatif et de comprendre comment ça se retranscrit, en tout cas sur WeTech. On peut te retrouver sur LinkedIn et sur wetech.io. C'est bien ça ? Oui. Super. Et merci. Et donc, bienvenue dans la communauté des débrouillards. Maintenant, tu en es une. Super.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Mérène. Je pense que c'était un plaisir.
- Speaker #1
Et puis, merci les débrouillards de nous suivre, de nous écouter, de nous regarder. Toutes les deux semaines, on se retrouve avec les débrouillards qui nous aident à aborder la... la vie adulte et la vie active sereinement. Abonne-toi si ce n'est pas encore fait. Laisse-nous un commentaire de ce qui t'a plu, pas plu, et donne-nous de la force en mettant 5 étoiles sur Spotify ou Apple Podcast. Prends bien soin de toi et t'inquiète, je me débrouille pour te retrouver dans deux semaines.