- Speaker #0
Toque,
- Speaker #1
toqué, toque.
- Speaker #2
A quoi ressemble le mental d'un agriculteur qui n'est pas seulement paysan, mais aussi boulanger ? Bonjour, c'est Bérangère Chanel, la productrice de Toqué. Si vous avez manqué l'épisode avec Stéphane Olivier, un paysan qui n'est pas seulement agriculteur, mais aussi meunier et boulanger, voici un extrait. Toque, toque, toqué,
- Speaker #1
toqué.
- Speaker #2
J'ai commencé l'épisode en disant, Stéphane, tu ne fais pas les choses à moitié. Il y a aussi une autre partie justement sur l'agriculture dans laquelle tu ne fais pas les choses à moitié, c'est que toi tu pratiques ce qu'on appelle l'agriculture régénérative. On n'en parle pas beaucoup en France malheureusement. Est-ce que tu peux, alors déjà pourquoi ce choix, et puis surtout, première chose, expliquer aux auditeurs ce que c'est.
- Speaker #0
On ne peut pas dire que je la pratique, parce que l'agriculture régénérative, ce n'est pas une conversion bio qu'on atteint en trois ans. C'est un projet de dix... 8, 10, 15 ans puisque l'objectif de cette agriculture régénérative comme son nom l'indique c'est de régénérer les sols et c'est pas un coup de baguette magique qui fait ça donc aujourd'hui je suis pas à 100% dans l'agriculture régénérative, puisque pour arriver à travailler, et on va expliquer ce que c'est après, mais pour arriver à travailler l'agriculture régénérative, c'est un long voyage. L'agriculture régénérative, déjà, on ne travaille plus les sols. Pour ne plus travailler un sol, il faut qu'on ait un sol qui soit en bon état, il faut qu'on ait un sol qui soit capable de ne plus être travaillé.
- Speaker #2
Quand on dit ne plus travailler, c'est ne pas labourer ? C'est ne plus voir passer un tracteur dans un champ ?
- Speaker #0
Oui, c'est travailler en direct. Ça, moi, aujourd'hui, je ne le pratique pas du tout. Je n'en suis pas arrivé à ce stade-là. Pour arriver à ce stade-là, il faut avoir un sol qui soit stabilisé, etc. En fait, le travail du sol, vous allez l'amener par ce qu'on appelle la couverture végétale. Ça, par contre, nous, on le travaille beaucoup. C'est-à-dire que dès que vous avez récolté, vous réimplantez. Voire même des fois, il y a certains modèles où, avant même d'avoir récolté, ils sèment à la volée dans la parcelle pour que, dès qu'ils récoltent, il y ait de nouvelles cultures qui lèvent, qui n'ont pas vocation d'être récoltées pour en faire de l'alimentation, etc., qui ont juste pour vocation d'être détruites dans le champ. En les détruisant dans le champ, ça va permettre... à tout le système microbien qui est à l'intérieur du sol, de s'alimenter. Donc l'agriculture régénératrice, c'est vraiment travailler sur la capacité du sol à se régénérer, donc en travaillant un système de rotation, en travaillant le moins possible le sol, parce que plus vous allez travailler votre sol, plus vous allez déranger la vie microbienne, et plus vous allez anéantir un peu la capacité, finalement, de cette microphone à travailler le sol.
- Speaker #2
Du coup, on n'utilise pas de pesticides ?
- Speaker #0
Ah si, c'est complètement différent. Et c'est là où moi j'utilise des pesticides. Et clairement, mon objectif c'est de passer en bio. C'est pas c'était, mon objectif c'est de passer en agriculture biologique. Mais c'est pas d'avoir un logo agriculture biologique en 3 ans juste pour mieux vendre mon pain. C'est de le faire dans une démarche où je crois plus en la réalité environnementale d'une agriculture régénérative aujourd'hui qu'à ne plus du tout utiliser de pesticides, mais à retravailler le sol, à ressortir la charrue, etc. J'utilise de moins en moins de pesticides parce que je suis certifié haute valeur environnementale, donc j'ai réduit 60% l'utilisation des pesticides. Mais voilà, pour gérer des désherbage, pour gérer... L'avantage de l'agriculture régénérative, c'est que vous donnez une vie à votre sol qui vous permet aussi de lutter contre les maladies, etc. Donc vous utilisez beaucoup moins de fongicides.
- Speaker #2
Mais le fait d'en mettre... mètres, c'est pas contre-productif du coup sur ce projet à long terme ?
- Speaker #0
Au contraire, parce que si on parle de l'enherbement, les mauvaises herbes aujourd'hui, on sort de 40, 50, 60 ans d'agriculture intensive et pourquoi ? Parce qu'il fallait nourrir les gens des fois on a tendance à cracher un peu sur le modèle des années 70-80 c'est le modèle qui a permis à la France d'être autonome et d'avoir sa fameuse autonomie alimentaire. Et c'est le modèle agricole qui nous a permis aussi de passer d'une espérance de vie de 50 ans à plus de 80 ans aujourd'hui. Bref, donc j'utilise des pesticides, mais je vais les utiliser déjà de manière ultra raisonnée. Et je suis désolé, je vais faire mal. mal à beaucoup en le disant, mais des fois, il vaut mieux utiliser un glyphosate que de sortir la charrue.
- Speaker #2
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que le glyphosate, il ne va pas déstructurer votre sol. Alors, c'est chimique. On va le retrouver potentiellement dans les nappes, mais quand vous labourez, vous utilisez aussi beaucoup de carburant qui, lui, n'est pas du tout intégré dans les mesures de de l'agriculture biologique, mais le fuel, le CO2 qui est dégagé, quand vous labourez, il faut en tenir compte également. Et vous allez conserver la vie microbienne de votre sol. J'ai pris cet exemple-là parce que c'est symbolique, mais des fois, il vaut mieux mettre 2 litres de glyphosate à l'hectare que de bousiller 50 litres de fuel à l'hectare.
- Speaker #2
Mais ta quête, c'est d'arrêter justement d'en utiliser du glyphosate, notamment quand tu passeras en bio ? Oui,
- Speaker #0
en fait, quand mon système sera stabilisé, Et que j'aurai plus de mauvaises herbes à gérer, c'est-à-dire que mon système où je mets une culture, en fait la population de ce qu'on appelle des mauvaises graines, de mauvaises herbes, va dans le temps réduire, Et un jour j'aurai mon système qui sera stabilisé. Et le fait uniquement de pouvoir mettre des couverts après récolte va éviter. que mes sols soient contaminés par d'autres mauvaises herbes, etc. C'est-à-dire qu'on va le peupler pour éviter, parce que la nature reprend toujours le dessus, si vous laissez une terre à nu, elle ne restera pas à nu longtemps. Donc là, c'est d'alimenter mon sol pour qu'il soit ultra actif, et d'aller plus loin, parce qu'il y a aussi toute la partie apport d'engrais, où quand vous avez un sol qui est hyper actif, vous avez la capacité de dégrader la matière verte en matière minérale. et dans cette manière verte vous avez de l'azote vous avez des composants qui vont permettre à la plante de l'année suivante de s'alimenter il n'y a pas de demi mesure et je trouve que des fois on est un peu trop extrémiste j'ai dit tout ce que je suis en train de dire il y en a qui pourraient me contester en 2024 j'ai ressorti la charrue parce qu'en 2024 on a eu une année qui a été ultra pluvieuse on a matraqué les sols et puis bah pour repartir sur des bonnes bases des fois il faut savoir faire des concessions par rapport à ce qu'on veut obtenir derrière et moi j'ai moi j'ai pas honte de dire bah oui cette année là j'ai ressorti la charrue parce que parce qu'on a tassé le sol, on l'a défoncé. Quand on a pu travailler avec des outils à dents, on a travaillé avec des outils à dents, mais il y a des contextes où on n'a pas pu parce qu'on pouvait même pas semer, en fait. Donc, oui, je ne suis pas dans les extrêmes. Je déteste les extrêmes. Il faut tendre vers un idéal, mais il faut aussi se ramener à la réalité. Bon, après, c'est arrivé une fois. Et voilà. Mais plus vous allez travailler sur de l'agriculture régénérative, plus vous allez faire en sorte que le sol devienne à lui-même capable de combattre les maladies, de combattre les mauvaises herbes, etc. C'est un sujet. sujet qui est important parce qu'il y a une réalité qui n'est pas moindre, c'est que l'agriculture régénérative peut permettre demain, je pense, d'avoir un vrai impact sur le gaz à effet de serre. Alors oui, j'utilise des produits chimiques, par contre, aujourd'hui, je pense qu'on est dans un modèle qui est exceptionnel. Moi, je suis capable de dire à mes clients, quand ils achètent un kilo de pain, vous stockez un kilo de carbone dans le sol. Moi, ma bataille, elle est là. Je suis convaincu qu'à l'échelle planétaire, l'agriculture a plus un rôle à jouer. C'est pas zéro pesticides, etc., le vrai débat. C'est comment notre agriculture demain est capable de faire en sorte que le CO2 qui est dans l'air, il va se retrouver dans le sol. Et si vous n'avez pas, alors, il y en a plein qui disent vous mettez des couverts. Non, si on n'a pas un sol qui est capable de transformer le carbone organique en carbone minéral, le carbone y retombe dans l'atmosphère. Si on a une vie microbienne dans le sol qui est assez active pour décomposer la matière organique en matière minérale, ça veut dire que vous fixez l'azote dans le sol et là vous pouvez dire que, moi je peux dire aujourd'hui sur la ferme, parce qu'on a fait des bilans carbone, que j'utilise moins d'azote pour produire mon blé que je n'en stocke dans le sol. Donc j'ai un bilan carbone négatif, c'est-à-dire que que je stocke plus de carbone dans le sol que je n'en aimais pour produire mon blé. Donc aujourd'hui, quand je vends du pain, je dis aux clients, quand vous achetez un kilo de pain à la ferme de Baleine, vous stockez un kilo de carbone dans le sol. Donc vous partez, si vous achetez du pain toute l'année chez moi, vous partez en vacances en totale neutralité carbone. Et je ne revends pas mon carbone à total.
- Speaker #1
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