Speaker #0Hello, bienvenue dans ce nouvel épisode hors-série de Toubaboulajaï. Dear white people, mes chers amis blancs, cet épisode est spécialement pour vous. Je l'ai imaginé comme une sorte de manuel, ou plutôt une liste non exhaustive des choses que vous devriez avoir en tête. Des choses auxquelles vous devriez réfléchir avant de vous exprimer, avec des personnes qui sont non-blanches. N'y voyez dans cet épisode, ou même plus généralement dans ce podcast, aucune agressivité envers vous, ou même aucune moquerie, aucune volonté de ridiculiser qui que ce soit, ou de vouloir vous éduquer d'une manière malsaine. Bien au contraire, cet épisode est totalement bienveillant. Je pense que vous devriez plutôt le voir comme une occasion de vous ouvrir à de nouvelles perspectives. Mes intentions sont... d'inverser les tendances et plutôt même de changer certains schémas qui se répètent et se répètent continuellement. Cet épisode, c'est particulièrement l'épisode que vous devriez écouter en ce moment. Pendant que vous lézardez sur la plage, pendant que vous partagez un café avec cette nouvelle personne que vous venez de rencontrer qui est peut-être non-blanche ou dite racisée. Pendant que vous êtes en train de discuter avec vos parents ou avec vos enfants qui sont peut-être eux aussi issus d'un autre groupe ethnique. Pour tout vous dire, cet épisode, c'est un peu une réponse à une personne que j'ai rencontrée il y a quelques jours de ça, au cours d'un mariage sublime. J'y ai célébré l'amour et c'était trop cool. Mais je dois vous avouer que pendant ce mariage, j'ai reçu quelques réflexions et entendu quelques phrases, quelques mots qui m'ont un peu mis mal à l'aise. Ils m'ont aussi poussé à m'interroger davantage sur le vocabulaire que certaines personnes pouvaient employer envers les personnes non-blanches. La manière dont on pouvait rigoler. La manière dont on pouvait amener des blagues, celles qui pouvaient être bien prises ou mal prises, les termes qui pouvaient sembler anodins chez certains, mais qui pouvaient blesser les autres. Alors cet épisode, c'est à la fois une réponse et en même temps un mini-manuel pour les personnes blanches qui souhaiteraient peut-être changer un peu leur manière de parler, revoir quelques termes et surtout se décentrer. Alors concrètement, le premier chapitre de ce manuel... pourrait s'intituler « Savoir se décentrer » . Je dis ça parce qu'en effet, j'ai eu l'occasion de rencontrer souvent des personnes blanches qui avaient du mal à comprendre pourquoi elles étaient exclues, pourquoi elles ne faisaient pas partie du débat, pourquoi elles n'étaient pas le sujet. Par exemple, pendant ce mariage, j'ai rencontré une personne que je ne connaissais pas. Et de fil en aiguille, dans la discussion, on est arrivé à ce que j'étais en train de faire en ce moment sur le métissage. Et là, je lui ai tout expliqué pourquoi. les tenants, les aboutissants, et je lui ai expliqué aussi que c'était un sujet sur les métisses, bien entendu. À la fin de la conversation, elle me demande si elle peut me poser une question. Je lui réponds « oui » . Elle me dit « mais pourquoi tu n'inclus pas les blancs dans ton sujet ? » Alors au début, je dois vous avouer que j'ai été assez surprise, mais je me suis dit « ok, je vais réexpliquer pourquoi » . Et là, elle insiste en me disant « non, mais pourquoi tu n'inclus pas les blancs ? Après tout, la vie des blancs compte ! » C'est important d'en connaître leur avis et peut-être que justement ça pourrait faire changer les choses. Elle ne me parlait pas de blancs comme par exemple de personnes qui pouvaient être directement liées au métissage comme des parents. Non, elle me parlait de personnes blanches lambda. Et pourquoi ? Pourquoi je leur poserais cette question-là ? Pourquoi ça serait un sujet si ce n'est pas eux le sujet ? Et c'est ça le problème. C'est que je pense que par habitude, les blancs ont souvent l'impression qu'ils sont au cœur du sujet et que du coup quand on ne les met pas dans le sujet... Ils sont exclus, ils y voient aussi une agressivité, quelque chose d'hostile. Non, ce n'est pas ça. C'est juste que le monde est fait de telle sorte que les Blancs ont une place et leur avis en effet compte. Mais la plupart du temps, leur avis compte plus que ceux des autres. Que des personnes blanches qui n'ont aucun lien avec le sujet du métissage aient un avis dessus, ça ne me dérange pas. Après, ce n'est pas vers ces personnes-là que j'ai envie de me tourner, étant donné que je suis dans une dynamique de... refaire les représentations, redéfinir les représentations et surtout laisser les personnes qui sont concernées par le métissage, qui sont métisses, se définir, se redéfinir. C'est un travail par nous, pour nous en quelque sorte. Donc pourquoi inclure des personnes qui ne sont pas concernées ? La personne a insisté et a insisté, elle a énormément insisté et c'est plus ça qui me dérange, c'est plus ce côté où souvent on va essayer Merci. certaines personnes blanches vont essayer de t'expliquer des choses que... tu es censé mieux connaître ou que tu es censé plus appréhender, mais elles vont te l'expliquer en disant que leur manière de penser est la meilleure et que tu devrais penser comme ça. En tout cas, c'est ce que cette personne-là a essayé de me faire comprendre. Clairement, c'est cette insistance qui m'a énormément interpellée et qui m'a poussée aussi à lui faire cette sorte de réponse. Mais c'est un peu une réponse, on va dire, pour tout le monde. Si les gens veulent faire des choses pour eux, par eux, posez-vous la question de pourquoi. Si les personnes racisées, les personnes non-blanches veulent réaliser les choses pour eux, par eux. Pourquoi ? Peut-être parce que souvent, quand c'est les blancs qui le font, eux, ils sont exclus. Donc, apprenez à vous décentrer. Et d'ailleurs, pour étoffer ce propos, je vais vous lire un petit passage d'un livre que j'affectionne particulièrement, qui s'appelle « Les identités meurtrières » de Amin Mahalouf. Et j'espère que je n'écorche pas son nom. C'est un passage qui est super intéressant parce qu'il montre un peu les dynamiques. Bien entendu, c'est un passage de livre. C'est un avis, c'est un point de vue, chacun fait ce qu'il veut, mais je trouve qu'il illustre bien certaines dynamiques qui se jouent et ce syndrome un peu du personnage principal que certains blancs peuvent avoir. Ce qui est certain et capital, c'est qu'un jour, une civilisation déterminée a pris les rênes de l'attelage planétaire dans ses mains. Sa science est devenue la science, sa médecine est devenue la médecine, sa philosophie est devenue la philosophie. Et ce mouvement de concentration et de standardisation ne s'est plus arrêté. Bien au contraire, il ne fait que s'accélérer, se répandant dans tous les domaines et dans tous les continents à la fois. J'insiste, j'insiste encore. Il s'agit là d'un événement sans aucun précédent dans l'histoire. Il y avait bien eu par le passé des moments où telle ou telle civilisation, égyptienne, mésopotamienne, chinoise, grecque, romaine, arabe ou byzantine, semblait en avance sur toutes les autres. Mais ce qui s'est enclenché en Europe au cours des derniers siècles est un phénomène entièrement différent. Je me le représente comme une sorte de fécondation. C'est la seule comparaison qui me vienne à l'esprit. De nombreux spermatozoïdes se dirigent envers l'ovule et l'un d'eux parvient à traverser la membrane à l'instant où tous les autres prétendants sont rejetés. Désormais, il y a un père, un seul, et c'est à lui que ressemblera l'enfant. Dans le deuxième chapitre, j'ai envie de vous dire... n'hésitez pas à poser des questions. N'hésitez pas à vous éduquer, mais aussi, apprenez à vous taire. C'est la suite logique de savoir se décentrer. Pour moi, le fait que cette personne m'ait posé la question, ce n'est pas du tout une problématique. Bien au contraire. Si les gens cherchent à comprendre, ou si les gens veulent savoir si le terme qu'ils emploient est le bon ou pas, ça ne me dérange pas du tout. Et je trouve qu'au contraire, ça donne encore plus envie t'expliquer et ça permet justement de faire changer les pensées, les représentations. C'est comme ça qu'on y arrive. Mais le problème, c'est que si vous n'êtes pas d'accord avec ce que la personne va vous expliquer, alors qu'elle est plus à même que vous de comprendre pourquoi ça peut la vexer, ou pourquoi elle décide de faire ce sujet, ou pourquoi ce mot ne fonctionne pas ou ne va pas, ou elle n'aime pas quand vous l'utilisez parce que c'est elle qui est concernée, c'est pas vous. Si vous n'êtes pas prêts à comprendre ça, Alors, la... Autant ne pas poser de questions et rester dans votre but. Mais n'hésitez pas à questionner pour comprendre, pour vous déconstruire, pour vous éduquer aussi. Car il faut aussi savoir qu'on n'a pas tous la même culture. Nous voici maintenant au troisième chapitre. Pour moi, c'est presque le plus important. Il s'intitulerait « Les mots que vous employez » . Plus précisément, les mots que vous ne devez pas employer quand vous voulez parler des personnes non-blancs. Par exemple, le n-word. Alors, si vous ne savez pas ce que c'est que le n-word, je vous invite à prendre votre téléphone et à googliser ce mot. Je dirais que c'est un mot qui est utilisé souvent aux États-Unis pour désigner les Noirs et qui a été utilisé à l'époque de la colonisation pour désigner toutes les personnes noires issues aussi de la traite transatlantique. C'est un mot qui est extrêmement violent, qui est extrêmement insultant. mais qui, à un moment donné, a été un peu d'une manière que les personnes noires se sont réappropriées, on va dire ça comme ça. Et donc, souvent, les personnes noires s'autorisent à utiliser le n-word. Et c'est un mot qu'entre personnes noires, on peut utiliser. Mais ça ne veut pas dire que vous, les Blancs, vous devez ou vous pouvez l'utiliser. Je le dis parce qu'il y a quelques années, je connaissais une personne qui, dans le plus grand des calmes, me sort très sereinement, me dit mais moi je ne comprends pas. pourquoi vous, vous avez le droit d'utiliser le n-word. Et je tiens à préciser qu'à ce moment-là, le gars ne dit pas le n-word. Il dit bien le mot en entier. Je ne comprends pas pourquoi vous avez le droit d'utiliser le N-word et nous on n'a pas le droit. Donc la personne était blanche et elle parlait de quand elle disait nous et les personnes blanches. Très sincèrement, heureusement que j'étais assise à ce moment-là parce que j'étais beaucoup plus jeune, j'avais peut-être pas assez d'aplomb à ce moment-là pour m'énerver. Parce que je pense qu'aujourd'hui ça m'aurait vraiment énervé. Je trouve que c'est de la naïveté de pouvoir poser cette question-là en disant je ne comprends pas pourquoi nous on ne peut pas l'utiliser et vous, vous avez le droit. Tout simplement parce que les faits, l'histoire montrent que... Quand c'est sorti de la bouche d'un blanc, c'était une insulte, c'était une domination, c'était horrible. Donc non, en 2026, vous n'avez toujours pas le droit de l'utiliser sous prétexte que les Noirs se sont réappropriés le terme. Ensuite, si vous voulez parler, si vous êtes français ou francophone et que vous voulez parler d'une personne noire, vous pouvez tout simplement dire « noir » . N'ayez pas peur de dire le mot « noir » , parce que souvent en France, on va dire « black » et j'ai même entendu le mot « blackos » . Je dois vous avouer que le mot « blackos » , je n'aime pas du tout, ça semble être une sorte de néologisme, on a mélangé « black » avec « casos » , et je trouve que c'est… non, ça va pas, ça passe pas. N'ayez pas peur de dire les termes, et dites le mot « noir » , c'est ok, et c'est d'ailleurs pas du tout une insulte d'être noir, bien au contraire. Je peux comprendre que pour certaines personnes, dire le mot « black » , surtout pour les blancs, ou dire par exemple « robeux » , « renoi » , ça atténuerait une certaine frontalité du mot « noir » ou « arabe » parce que... pendant, je pense, longtemps, beaucoup de gens ont pensé que c'était des mots qui étaient des insultes. Mais c'est pas des insultes. On doit être conscient qu'on est quand même dans une société où les races sociologiques existent. Pourquoi on a le loisir de dire blanc ? Pourquoi les blancs peuvent se désigner et être, voilà, reconnaissables en tant que blanc ? En France, on ne dit pas un white, on ne dit pas un white, on ne dit pas un whiteos. Non, on dit un blanc. Et c'est ok, ça l'inscrit dans sa réalité, dans sa société dans laquelle il évolue. Le mot « black » , ça n'inscrit pas les Noirs de France dans une réalité française. Ça fait référence à d'autres réalités, des combats qui n'étaient pas forcément les combats des Français, des Noirs français en France, plutôt des États-Unis, par exemple. Quand on dit une France « black » , « blamber » , encore une fois, le blanc est blanc et reste blanc et ça n'a jamais été une insulte quand on dit tu es blanc. Alors pourquoi on ne dirait pas une France noire ? blanche arabe, ça passe aussi. Croyez-moi. Pareil pour les gens de couleur. Je dois vous avouer que quand une personne et d'ailleurs récemment, une personne m'a dit oui, les gens de couleur et tout, ça ne me dérange pas. Mais je trouve ça assez drôle et je trouve que dites les termes, dites une personne noire ou je ne sais pas moi, une personne asiatique, une personne arabe, ça passe. Vous n'ayez pas peur des mots, n'ayez pas peur des vrais mots, des termes en fait qui désignent réellement ces personnes-là dans notre société. D'ailleurs, il y a un poème que j'aime particulièrement de Léopold Cédar-Sangor qui a été publié en 1948 et qui compare justement les changements de couleur chez les blancs avec les changements de couleur chez les noirs. Ce poème, je l'aime beaucoup parce que je le trouve très beau et assez parlant. Je vous donne l'extrait. Cher frère blanc. Quand je suis né, j'étais noir. Quand j'ai grandi, j'étais noir. Quand je suis au soleil, je suis noir. Quand je suis malade, je suis noir. Quand je mourrai, je serai noir. Tandis que toi, en blanc. Quand tu es né, tu étais rose. Quand tu as grandi, tu étais blanc. Quand tu vas au soleil, tu es rouge. Quand tu as froid, tu es bleu. Quand tu as peur, tu es vert. Quand tu es malade, tu es jaune. Quand tu mourras, tu seras gris. Alors de nous deux, qui est l'homme de couleur ? Voilà, franchement, ce... poème, je le trouve très très beau. Je trouve qu'il est très illustrant, en fait. Il parle vraiment... Voilà, il y a rien d'autre à rajouter, finalement. Donc, n'ayez pas peur des termes. Pour le quatrième chapitre, on pourrait l'intituler « Vos relations avec les personnes racistes » . En effet, j'ai déjà fait de l'expérience de personnes qui vont nous dire « Mais je suis pas raciste, j'ai des amis noirs » . C'est pas un cliché, c'est une vérité. Il y a énormément de personnes qui le disent et qui pensent qu'ils sont dans le vrai. Eh bien, non. Vous pouvez même avoir des enfants qui sont racisés et vous pouvez être raciste. Sachez-le, c'est totalement possible. Ensuite, sachez que vous n'avez pas vécu de racisme comme une personne noire ou arabe peut vivre sous prétexte que vous vous êtes retrouvée à un moment donné dans votre vie en minorité. C'est-à-dire, par exemple, vous décidez de partir vivre en Martinique et voilà, vous vous retrouvez être la seule personne blanche au milieu de personnes noires. Non, c'est pas comme ça que vous pouvez comprendre c'est quoi le racisme. Cinquième et avant-dernier chapitre de ce manuel. Les blagues racistes. En vrai, je pense que j'aurais même pu le faire rentrer dans le chapitre précédent, avec les relations. Souvent, les blagues racistes que j'ai pu recevoir, c'était quasiment tout le temps même, que des gens qui m'étaient proches et des amis, que j'ai dû soit sensibiliser sur la question, clairement éduquer, ou alors qui ne sont plus mes amis aujourd'hui parce qu'émotionnellement, je ne peux pas toujours garder mon self-control. Parce que, petite parenthèse, il faut aussi comprendre que la plupart du temps, les gens ne vont pas dire grand-chose ou ne vont pas s'énerver. Pas parce qu'ils n'ont pas envie ou que ça leur est indifférent. C'est surtout parce que des fois, c'est dans des contextes où on va avoir un peu peur de plomber l'ambiance. Moi, je suis arrivée à un stade où clairement, je n'ai plus peur de plomber l'ambiance. Donc, dans ce chapitre, je pense que les blagues racistes, c'est quelque chose qu'on a souvent l'habitude de vivre et que très peu de fois, on va dire aux gens que là, c'est un peu too much. Je vous donne un exemple. Je vivais à Mayotte. Quand je vivais à Mayotte, je faisais souvent des sorties bateau. Et à Mayotte, il y a la... PAF, qui est la police de l'immigration, on va dire ça comme ça, qui arrête des gens au large ou sur la mer, qui tentent de rentrer sur le territoire français à Mayotte. Donc, ce sont souvent des personnes noires, étant donné que Mayotte, c'est autour du continent africain, et qu'il y a des gens noirs. Et donc, la blague, c'était quand j'étais dans le bateau, la blague, c'était de dire « Ah, mais Mélissa, il y a la PAF, cache-toi » . Et ça, ça passe une fois, ça passe deux fois, au bout de la troisième fois, ça passe plus et c'est plus drôle. Et ça n'a jamais été drôle d'ailleurs. Donc vous voyez, ce genre de blague, non, c'est pas ok. Une fois, j'étais aussi chez moi et j'avais fait une soirée et là, il y a une nana qui me dit « Ah mais de toute façon, vous les noirs, c'est réputé, vous avez des grosses fesses » . Et elle commence avec la tédrée en disant « Haha, c'est une blague, c'est pas drôle, gardez vos blagues » . pour vous. Ou à un moment donné, je me souviens très bien d'une personne qui m'avait dit, qui m'avait critiqué en me disant « Ouais, tu devrais pas être fière d'être noire » . Concrètement, c'était ça, en rigolant. C'est genre, apparemment, c'est drôle de faire ce genre de blague. Et la personne était blanche et elle me critique clairement sur mon physique. Donc moi, en retour, pour rigoler aussi, je lui dis « Ah ben dis donc que depuis que t'as arrêté la cigarette, t'as pris un peu de poids » . Cette personne-là s'est extrêmement énervée. Elle s'est énervée. Et tous ses potes sont venus me voir en me disant « Ouais, mais Mélissa, ça se fait pas quand même de critiquer son physique comme ça. » Je pense que vous vous rendez pas compte que quand vous parlez à des personnes noires, être noire, c'est mon physique. Être une personne avec une couleur de peau, c'est mon physique. Peut-être que vous, vous avez la chance, en tant que blanc, de ne pas considérer votre couleur de peau comme quelque chose qui fait partie de vous, concrètement, qui vous catégorise dans la société, mais les personnes qui sont non-blanches n'ont pas ce luxe-là. Il y a quelques temps, J'étais avec des personnes et à un moment donné, des personnes disaient que leur enfant ne mangeait rien. Et cet enfant-là était métisse et un blanc sort comme ça, mais il ne mange rien. Mais vous l'avez ramassé où ? À Madagascar ? Pareil, ce n'est pas drôle. Ce genre de blague, ça ne passe pas. Et c'est des blagues racistes. Bizarrement, c'est toujours sur les mêmes personnes, sur les mêmes catégories de personnes qu'on va faire des blagues. Si vous voulez être drôle, faites des blagues, genre, je ne sais pas moi, sur le temps. sur une situation que vous avez vécue, sur des trucs un peu cocasses, mais évitez toutes les blagues qui sont en rapport avec la couleur de peau des gens. C'est raciste, c'est pas drôle, c'est très chiant. La plupart du temps, les personnes qui sont racisées vont prendre énormément sur elles pour passer outre. Le dernier chapitre, j'ai envie de l'intituler « Balayer vos idées reçues » . Je dis ça parce que plusieurs fois, et même jusqu'à très récemment, on associe ma couleur de peau... à quelque chose qui est totalement ridicule. Du style, ah bon, mais tu bronzes ? Oui, j'ai la même mélanine que toi, chérie, je peux bronzer. C'est totalement normal, c'est possible. C'est pas parce que je suis plus foncée que je ne vais pas bronzer. Je dois aussi mettre de la crème solaire parce que ma peau craint aussi le soleil. Ça, c'est un premier truc. Mais il n'y a pas si longtemps que ça, il y a une personne, j'ai tout mis de plein de personnes qui étaient blanches. Et j'étais même la seule personne noire ou métisse. C'était pendant ce mariage. Et à un moment donné, on était tous sortis pour accueillir les mariés à la sortie de l'église. C'était super, sauf que c'était... Il faisait extrêmement chaud et il y avait un soleil de plomb. Donc moi, je me suis mis à l'eau. Et plusieurs fois, je vois une personne qui se retourne. Une fois, deux fois, trois fois. Et au bout de la troisième fois, elle se retourne et puis elle me regarde et puis elle me dit « Mais toi, tu dois avoir l'habitude de la chaleur, du soleil. » Et je la regarde et je lui réponds « Non, pas du tout. » Et la personne qui l'accompagnait commence à rigoler en disant « Elle a dit pas du tout ! » Comme si, en mode, j'étais en train de rire avec eux. Mais j'étais très sérieuse. Non. Ce n'est pas parce que je suis noire et ce n'est même pas parce que j'ai vécu en Côte d'Ivoire ou en Afrique de manière générale que je suis... plus à même de supporter le soleil de plomb qu'il y a en ce moment en France qu'une autre personne. Non, ça brûle et ça me brûlera toujours autant que les autres. Le délire de « tu dois être habitué à la chaleur » , franchement, laissez ça de côté. Toujours dans cette catégorie, les représentations que vous vous faites de nous. Il y a quelques années, j'étais partie en Italie, j'y suis allée plusieurs fois et ça a toujours été super cool. Mais évidemment, vous vous doutez bien que ce n'est pas non plus le pays le plus ouvert en termes d'étrangers. et quand je suis allée dans ce pays j'ai rencontré des personnes exceptionnellement gentilles qui m'ont ouvert leur porte qui m'ont invité chez elles et tout et c'était très très cool mais je suis aussi tombée sur quelques personnes qui étaient assez qui avaient des biais racistes, je vais vous le dire comme ça et une fois je me retrouve à tabler avec plein d'autres personnes et ça parle anglais italien et je parle français à un moment donné quand je parle français C'était quelque chose qui était assez difficile à traduire en anglais et tout. Et il y a une personne qui le traduit en anglais et une autre personne le traduit en italien pour les personnes qui ne comprenaient pas l'anglais. Et donc, du coup, je l'explique et tout. Et là, il y a un gars qui me regarde avec une telle fascination que j'aurais pu presque être flattée de ce qu'il allait sortir. Il me regarde et il me dit « Waouh ! » Alors, moi, je ne le comprends pas d'abord. Imaginez-vous qu'il y a eu une traduction sur trois langues. Je ne comprends pas d'abord, mais c'est surtout la réaction des gens que je comprends. Il parle en italien, il dit des trucs et tout. et je comprends le « waouh » et après le reste, je ne comprends pas trop. D'abord, ça se dit en italien. Je vois les personnes italiennes qui comprennent commencer à tirer un peu la gueule. Ensuite, je vois les personnes italiennes qui traduisent en anglais et les personnes qui traduisent en anglais, du moins qui comprennent tout le truc en anglais, sont à moitié gênées. Je commence à comprendre évidemment ce qui est en train de se passer par tout simplement le langage non-verbal, mais aussi par ce qui est en train de se dire en anglais. Et là, on me le redit en français, totalement. que le gars dit « Mais waouh, pour une personne noire africaine, tu sais super bien parler français. » Alors là, du coup, je lui dis en anglais que c'est normal parce que la Côte d'Ivoire, c'était quand même une colonie française. Et accessoirement, que je suis aussi française. Et là, il répond que oui, c'est vrai que souvent, les gens qui sont colonisés savent mieux parler français que les Français eux-mêmes. Je dois vous avouer que je ne sais toujours pas quoi penser de ce genre de choses, mais je l'ai mal pris. Donc, mon conseil, ne dites pas à une personne qui est non-blanche qu'elle sait super bien parler français ou qu'elle sait super bien parler anglais. J'ai envie de vous dire que c'est limite normal. Vous savez pourquoi ? Parce que la plupart du temps, quand un occidental parle, c'est toujours dans sa langue et jamais dans la langue des pays du Sud. On trouve des millions de personnes qui sont capables de parler anglais, français, espagnol, italien. En face, il faudrait se poser la question de combien d'anglais sont capables de parler, par exemple, Swahili, Lingala, la langue de mon père, le Wobbe. ou tout simplement l'arabe, le turc. Donc oui, c'est normal qu'un noir ou qu'une autre personne non blanche parle des fois même mieux cette langue-là occidentale que la langue de ses ancêtres. Petit bonus. Si vous avez envie de désigner une personne dans la foule, une personne non blanche, surtout évitez de parler de sa couleur de peau. Il y a plein d'autres moyens. Vous pouvez parler de sa coiffure, de la couleur de ses cheveux, de la couleur de son t-shirt, de ses vêtements. de ses chaussures, de la forme du t-shirt ou du pantalon, du manteau, bref, de la boucle de oreille. Il y a plein de signes reconnaissables qui peuvent vous permettre d'identifier des personnes ou de permettre à d'autres personnes de les identifier sans que leur couleur de peau n'intervienne. Encore une fois, posez-vous la question. Est-ce que si ça avait été une personne blanche, vous auriez dit « Ah oui, tu vois le blanc là-bas, au fond du couloir, c'est de lui dont je te parle. » où vous n'auriez peut-être plus dit « Oui, tu vois, le gars avec le t-shirt rouge, c'est lui dont je te parle. » Mais quand ce sont des personnes qui sont non-blanches, vous aurez plus tendance à dire « Mais tu sais, le rebeu. Mais tu sais, le noir. Mais tu sais, le black. Mais regarde celui-là-bas. » Non. Essayez de trouver des traits distinctifs, comme vous feriez avec un homme blanc ou une femme blanche. Voilà, cet épisode touche à sa fin. J'espère qu'il vous aura parlé. Que le manuel pour vous, mes chers dear white people, vous accompagnera cet été, mais au-delà de cet été, encore une fois. Et que pour les personnes qui sont non-blanches, si vous avez des choses à rajouter, n'hésitez pas à me les envoyer. Je suis toujours curieuse de savoir ce que vous avez à dire. C'est exactement ça le cœur de ce podcast. Ce sera le dernier épisode avant une petite pause de vacances bien méritée. Alors on se retrouvera à la rentrée en septembre avec plein de nouvelles personnes, j'espère, et de nouveaux épisodes. En attendant, ciao et bonnes vacances !