Speaker #0Hello, bienvenue dans ce nouvel épisode de Toubaboulajaï. Aujourd'hui, j'avais envie de vous parler d'amour. On n'est pas le 14 février, je vous rassure, mais je trouve que c'est une thématique qui n'a pas encore été abordée quand on parle de métissage et pourtant... j'estime qu'on devrait l'aborder. Déjà, d'une manière générale, je pense que par les temps qui courent, on a tous besoin de parler d'amour et d'avoir de l'amour. Mais de manière un peu plus particulière, sur la question du métissage, je trouve qu'on devrait aussi parler d'amour. On parle souvent de crise identitaire, de questionnement, voire même d'actes politiques. Mais l'amour, ça ne rentre pas forcément dans l'équation. Et pourtant, moi je suis sûre et certaine que mes parents m'ont eu par amour, déjà. Alors, j'avais envie d'aborder ça. Récemment, j'ai aussi beaucoup discuté avec des personnes métisses. Et il y a des thématiques qui sont revenues assez souvent. Parmi elles, il y avait évidemment l'amour. La relation qu'on peut avoir avec une personne qui ne nous ressemble pas. Comment cette relation, elle se vit ? Comment elle se traduit ? Est-ce que c'est facile ? Est-ce que c'est évident ? Est-ce que ça demande plus d'efforts ou de se déconstruire ? Le titre de cet épisode, c'est « All about love » . Et c'est une référence directe à Bell Hooks. Dans son livre elle nous rappelle une chose essentielle. L'amour, ce n'est pas seulement un sentiment qu'on subit. L'amour, c'est un verbe. L'amour, c'est un acte de volonté. L'amour, c'est aimer quelqu'un, c'est vouloir sa croissance et participer à son épanouissement. Et là où il y a domination, là où on réduit l'autre à un fantasme, à une image, il n'y a pas vraiment d'amour. Alors aujourd'hui, je serai un peu votre étude de terrain, j'ai envie de vous dire. Mais j'embarque aussi avec moi des expériences que j'ai puiser un peu ici et là. de mes conversations, de mes relations. Et on va essayer de comprendre ensemble, quand on est métisse, aimer et être aimé, ça veut dire quoi ? J'ai envie de commencer par l'amour et le fantasme. Pour ma part, je n'ai jamais trouvé que sortir avec une personne non racisée, c'était vraiment quelque chose de facile. Non, sincèrement, ça demande deux choses à mon sens fondamentales. Déjà, beaucoup de pédagogie et ensuite, beaucoup de patience. Parce que oui, l'amour, c'est beau. L'amour, ça ne se décide pas. L'amour, c'est des papillons dans le ventre. Je suis totalement d'accord et j'ai envie que l'amour, ça soit tout le temps ça. Mais l'amour, c'est aussi une sorte de cohabitation psychologique, j'ai envie de dire, entre la personne qu'on aime et la personne qu'on est. Moi, je suis sortie avec des personnes très différentes, mais jamais avec une personne qui venait du même endroit que moi, qui avait les mêmes origines que moi. En tout cas, j'ai envie de vous dire, dans mes relations très sérieuses. Alors, vous vous doutez bien qu'il y a eu des moments... où ça coinçait. Je suis sortie pendant super longtemps avec une personne blanche qui, sur le papier, vraiment remplissait toutes les cases, on va dire, du genre idéal. Il s'intéressait à tout et en particulier à ma culture. Il voulait apprendre la langue de mon ethnie, visiter mon pays et il l'a fait. En tout cas, il a visité mon pays. Et j'avoue qu'il a même tenté d'apprendre la langue de mon ethnie et on lui a même donné un nom dans mon ethnie pour vous dire vraiment le mec était intégré à fond. Mais il s'insurgeait en fait très... peu face aux réflexions racistes que ses amis ou que les membres de sa famille pouvaient avoir. Je vous donne un échantillon. Un jour, une des premières fois où je rencontre sa mère, elle me sort comme ça. « Ah, je suis tellement heureuse. Avec toi, l'Afrique revient dans ma famille. » Et là, elle aurait pu s'arrêter là et ça aurait pu être, on va dire, une phrase plus ou moins sympa. Mais elle continue, elle dit « Tu sais, j'ai vécu au Nigeria et je suis même plus africaine que toi parce que moi, j'ai vraiment vécu au village et on respectait mon père. » Et ça, c'était un des premiers moments où je me suis sentie très, très gênée et où je n'ai pas vraiment senti, on va dire, un appui ou du soutien. Voilà, c'est le mot, du soutien. Cette personne-là, je suis restée très longtemps avec lui et des réflexions, il y en a eu plein de ses amis, de sa famille. Il y en a une autre qui me revient là et qui est assez lunaire. C'était, on faisait un repas de famille et là, il y a son oncle qui me regarde et qui me dit, mais droit dans les yeux, tu sais, à mon travail, il y a une personne qui est comme toi. Et à ce moment-là, en fait, quand il me dit ça, je le regarde et je dis mais comme moi, comment ça ? Et là, il me regarde, il met sa main devant son visage. C'est un truc, c'est marrant parce que c'est un geste qui revient très souvent pour te dire que tu es un peu différent, que ta couleur est différente. Et donc, du coup, cet homme-là me dit comme toi, en me montrant que ma couleur était similaire à cette collègue-là. Et par la suite, il enchaîne en disant mais t'aurais dû venir en boubou, toi. et ce repas là je m'en souviendrai toute ma vie parce que je pense que je me suis reçu tellement de réflexions il y avait aussi une de ses cousines qui m'a dit ah mais moi j'adore ta peau j'aimerais tellement l'enlever la porter je vous jure c'est vraiment des trucs voilà je pense que je suis pas la seule à avoir eu ce genre de réflexion là et dans la même dynamique Il y avait aussi sa grand-mère qui m'avait dit qu'elle avait sorti une boîte d'allumettes en disant « on va mettre le feu à ses cheveux en rigolant » . Et donc du coup, j'ai reçu énormément de réflexions de cette famille qui projetait énormément de fantasmes sur ma culture, mon apparence. Il m'a fallu du temps avant de me rendre compte que ce n'était pas que sa famille, mais que lui aussi. Je m'en suis vraiment rendue compte quand la relation s'est terminée. C'était inconcevable pour lui de tomber amoureux d'une femme qui ne soit pas noire ou métisse. Pour lui, clairement. Et c'est vrai qu'il l'avait dit plus ou moins dans notre relation quand on est ensemble. Et pour le coup, je pense que je manquais sûrement de recul, de maturité. J'étais assez jeune. Avec le temps, les relations que j'ai pu avoir après, les listes que j'ai pu lire aussi, j'ai compris que ce n'était pas du tout flatteur. Et j'ai compris surtout que c'était du fantasme. C'est-à-dire que pour lui, les femmes blanches étaient fades. Et les femmes noires étaient intrépides, sauvages, sexy, sensuelles. Bref, vous l'aurez compris, c'était du p... pur fantasme. Et c'est là que Belle Hooks devient terriblement actuelle. Parce que quand on aime quelqu'un pour ce qu'on imagine qu'il représente, c'est pas de l'amour. C'est de la projection. On projette un idéal, on projette des envies et tout, mais c'est pas de l'amour. Avec le temps, j'avoue que quand je me suis séparée de cette personne-là et que j'ai pris conscience, ça m'a mis du temps, mais que j'ai pris conscience de tout ça, je me suis sentie un peu... Je me suis sentie trompée, c'est le mot. C'était vraiment de la tromperie parce que j'avais l'impression que rien n'avait été sincère et ça m'a encore pu se dégoûter de cette personne-là. C'est comme si tout avait été une mascarade, en fait. Rien ne semblait vrai, finalement. Et j'ai remis en question des années de relation avec cette personne-là. Je pense qu'entre cette personne-là et moi, il y a eu de l'amour, évidemment, mais je pense qu'on n'avait pas forcément la même idée de ce que ça signifiait. Et comme je vous l'ai dit, il a projeté un idéal, un fantasme autour de ce que je pouvais représenter. Il n'y a pas si longtemps, il y a une personne qui m'a demandé... comment faire. Face à cette situation, cette personne-là est en couple, elle est métisse, elle est en couple avec une personne qui est blanche, et la personne m'a demandé « comment toi tu fais pour déconstruire ton partenaire ? Comment tu as pu faire ? » et tout. Et évidemment du coup j'ai pensé à cette relation avec cet homme-là, et je me suis posé la question, je me suis dit « bon, je ne suis pas une experte en la matière, mais je peux essayer de faire l'effort de réfléchir à comment déconstruire son partenaire. » Alors je vous donne des pistes, et vous me dites, en tout cas vous verrez si ça vous vous paraît logique, intéressant, si vous essayez. Je pense que c'est aussi un acte d'amour de vouloir, ou du moins de vouloir se déconstruire et d'aider son partenaire à se déconstruire. Je sais que ça peut des fois être fatigant et même être une charge mentale, ça c'est clair et net. Mais on ne vit pas tous dans le même environnement, on ne grandit pas tous avec les mêmes bagages. Et des fois, c'est un peu difficile pour une personne qui n'a jamais été confrontée, par exemple, à du racisme ou qui a été bercée dans des idées fantasmées et tout. de se détacher de ça sans avoir finalement un appui, on va dire, ou une personne qui l'accompagne, qui lui montre un chemin différent. Alors, dans ces pistes, je me suis dit qu'en premier lieu, apprenez à aimer votre partenaire pour ce qu'il est. La personne dont je vous parlais avant est restée assez longtemps mon amie. Et par la suite, il est sorti avec d'autres femmes, noires évidemment, ouest-africaines, mais pas que, mais africaines de manière générale. Et je me suis rendu compte qu'il n'aimait pas la... personne, pas la femme en fait qui se tenait en face de lui. Lui, ce qu'il aimait, c'était vraiment ses origines, ce qu'il pouvait combler chez lui dans sa quête un peu d'exotisme. Donc, moi, j'ai envie de vous dire, aimez la personne et pas le décor que vous lui imaginez, on va dire. Pas ce que vous voulez lui coller. Apprenez à connaître cette personne. Deuxièmement, informez-vous. C'est tellement la base, j'ai envie de vous dire, informez-vous. Ne vous limitez pas à ce que vous savez déjà ou ce que vous pensez savoir. ouvrez un peu votre champ des possibles. Lisez, regardez des documentaires, des films qui abordent la question raciale, sous des angles différents. Je trouve que les films, les séries américaines aussi, sont très forts pour ça, en tout cas pour un truc, mais faire une petite mise en bouche, parce qu'évidemment, les problématiques des Noirs aux Etats-Unis, par exemple, ne seront pas les mêmes problématiques et le métissage aux Etats-Unis ne sera pas pareil qu'en Europe. Mais, C'est un bon début. Évitez certains films français aussi, qui pourraient vous continuer à bercer certaines illusions ou certains fantasmes. Je n'ai pas envie de vous les citer, mais je pense qu'on a tous deux ou trois films en tête qui sont complètement lunaires et que c'est que du stéréotype sur stéréotype sur stéréotype. Et puis, on peut commencer avec légèreté. On n'a pas besoin de tout assimiler d'un coup. Non, ça peut aussi être tout simplement des discussions où on essaie justement de comprendre. Et finalement... Si vous discutez, vous ouvrez aussi un peu votre oeil et vous vous rendez compte au quotidien que votre partenaire qui est métisse, racisé, vivra des réalités différentes de la vôtre. Troisièmement, embrassez les causes, rebellez-vous. Pour moi, se rebeller contre les réflexions de vos proches, vos familles, c'est un acte d'amour et c'est important parce que c'est aussi du soutien. On ne peut pas éduquer tout le monde, ça c'est une évidence, mais on peut s'éduquer soi-même et... Par amour, on peut faire cet effort-là d'essayer de comprendre l'autre. Quatrième dans cette liste de pistes. Quatrième point. soyez le meilleur allié de votre partenaire sans jamais déborder dans l'appropriation. Vraiment, il ne faut pas tomber dans l'appropriation. Et comment ne pas tomber dans l'appropriation ? J'en ferai un point un peu plus tout à l'heure, mais en acceptant que vous avez votre propre culture et que la vôtre peut autant apporter à la sienne. L'alliance, ce n'est pas l'effacement en fait. Pour parler d'amour dans les couples mixtes, c'est aussi parler de déconstruire les idées et d'en construire de nouvelles. C'est comme ça que je vois les choses. Donc voilà, c'était la petite parenthèse. un petit guide dans cette histoire de l'amour, dans cette thématique All About Love. J'y réfléchis. Bien entendu, je ne suis pas belle oux et j'aimerais avoir le savoir-faire qu'elle a, mais pour l'instant, je ne l'ai pas. Mais en tout cas, j'y réfléchis à ces questions-là et je pense que c'est un peu un début des pistes. S'informer, se déconstruire, lire, écouter, se rebeller, tout simplement. Comme je vous ai dit que j'étais un peu votre étude de terrain aujourd'hui, j'ai pas fait qu'une seule partie. J'en ai fait plein d'autres. Et dans cette troisième partie, j'aimerais vous parler de l'objet convoité. Alors, je me suis interrogée justement parce que pour cet épisode, j'ai vraiment fait cet effort d'un peu faire des historiques de mes relations. Ce qui est assez paradoxal, c'est que j'ai eu une autre relation où j'ai eu l'impression de passer justement de cet objet, on va dire, convoité, recherché, à une personne inaccessible. J'ai eu une relation où c'était... tout l'inverse. Et étrangement, cette relation m'a donné plus de plaisir dans la communication. J'ai été confrontée à une personne qui n'était jamais sortie avec une fille métisse ou une fille noire de sa vie et qui m'avait même confié que pour lui, j'étais le type de personne, le type de femme en fait, qui ne se retournait jamais sur lui, celui dans son imaginaire. Les métisses, c'était plutôt des nanas qui sortaient avec des mecs un peu petit, des grands baraques. très série US. Et c'était assez drôle parce qu'avec cette personne-là, j'ai eu une relation qui a duré aussi et où il y a eu beaucoup de cheminements de déconstruction, mais ça n'a jamais été quelque chose où j'ai eu l'impression que c'était un effort ultime ou que c'était difficile. Évidemment que c'était pas quelque chose d'extrêmement facile et aisé. Mais je dois avouer que en fait, c'est dans la communication qu'on apprend aussi beaucoup de choses. de choses de la personne avec qui on est. Lui, justement, j'avais appris que secrètement, un petit peu, tous ses amis avaient un peu cet idéal féminin de la métisse. Alors que lui, pas du tout. Il n'avait pas du tout cette optique-là, il n'avait pas du tout cette envie, cet idéal. Ça a beaucoup joué dans la déconstruction des préjugés ou des stéréotypes qu'il pouvait avoir, parce qu'on en a tous des stéréotypes et des préjugés, il faut le savoir. Avec cette relation, il y a eu tout un apprentissage du racisme. déjà parce que c'était une personne qui n'avait pas vraiment conscience du racisme, étant donné qu'elle ne l'avait jamais vécu. Bien entendu, elle savait que le racisme existait, mais la prise de conscience. Donc il y avait vraiment une prise de conscience des choses, du racisme, des mots, de la culture et de la différence. Je trouvais que faire le parallèle entre ces deux relations, c'était intéressant. Comment on peut passer du statut de femme un peu convoitée à entité presque impossible à approcher ou qui ne se retournerait jamais sur un type de personne. Pour cet épisode, je me suis posé la question de est-ce que le black love, du coup, ça serait la solution pour ne plus avoir à vivre toutes ces problématiques, la charge mentale d'éduquer une personne qui n'est pas consciente ou qui n'est pas éduquée aux questions raciales et tout, qui a moins une prise de conscience des réalités qu'on peut vivre. Est-ce que finalement, le black love, ça ne serait pas la solution à tous nos problèmes ? Comme je vous ai dit, c'est un peu une étude de terrain que je fais sur moi-même. Alors, j'ai eu une expérience, moi, avec un homme qui était noir et c'était... totalement différent. Déjà, c'était assez surprenant parce que c'était un homme qui, d'emblée, m'a dit « Mais pour moi, t'es noire. » En général, étant donné que je suis métisse, c'est pas tout le temps qu'une personne noire va me dire « T'es noire comme nous. » Il y a toujours un petit peu de nuance. On appartenait à la même communauté, finalement. Il y avait moins d'efforts, en fait, à faire. Par exemple, dans d'autres relations que j'ai pu avoir avec des personnes qui n'étaient pas racisées et qui étaient blanches. C'était une des premières fois où j'avais vraiment pas trop à me battre, on va dire. pour assumer mon identité, il y a eu moins d'efforts à faire. Du moins, ça semblait en apparence facile. Et j'avoue que pendant un temps, ça a été presque rassurant d'être avec une personne avec qui je n'avais pas l'effort de faire comprendre certains enjeux ou que je pouvais vivre au quotidien. Donc le racisme, évidemment, la discrimination, les mots employés, la culture. Mais c'est justement là que les points ont commencé à diverger justement sur sa culture. Parce que finalement, cette personne-là n'était pas africaine. Et c'est là où j'ai commencé à comprendre que finalement, la couleur de peau, ça ne fait pas tout dans une relation. Ça peut faciliter certaines compréhensions, mais pas tout. Là où moi, je me sentais dix fois plus engagée, où je parlais d'afro-descendance, lui ne se considérait pas du tout comme afro-descendant. Il voulait totalement se détacher de cette culture-là. Pour lui, il était avant tout un afro-descendant. américain. Et il n'avait pas du tout cette volonté de s'associer au continent africain. Donc quand je dis un américain, je parle du continent. Donc c'est là que j'ai compris que les combats étaient différents et que nos points de divergence n'étaient pas les mêmes et qu'on n'avait pas la même perception de beaucoup de choses. Donc à mon sens, c'était un peu une fracture à ce moment-là quand j'ai compris qu'on avait... pas les mêmes engagements. On ne se ressemblait pas, en fait. Oui, finalement, on avait la même couleur de peau, plus ou moins, mais c'était que ça, notre point commun. Donc non, le black love n'est pas la solution, à mon sens. Je pense que le black love, c'est très beau comme ça, sur le papier, et ça peut sûrement correspondre à énormément de personnes. Mais pour ma part, je ne peux pas forcément dire que c'est dans le black love qu'on se sentira plus épanoui. Déjà parce que moi, je suis un enfant issu d'une relation mixte. Pour moi, ça ne me dérange pas. Et aussi parce que je pense C'est pas la solution parce qu'il n'y a pas une solution unique de comment on peut se sentir mieux ou plus épanoui dans une relation. Il y a des rencontres, il y a des alignements, il y a des combats partagés ou non et ça fait quelque chose après. C'était très intéressant de revenir sur quelques relations que j'ai pu avoir, mais c'est pas non plus le cœur du sujet. Je trouvais que c'était aussi intéressant de parler d'autres formes d'amour, d'autres styles d'amour. Par exemple, l'amour des parents blancs quand on a un enfant métis. apprécié sans... s'approprier. Dans l'épisode précédent, je parlais avec une personne qui était un parent blanc, qui éduquait un enfant, mes six, et il m'a parlé justement d'apprécier la culture de son enfant sans s'approprier. Et ça passait par pas mal de choses, des petits gestes, des petites manières de faire qu'il avait intégrées, qu'il avait apprises pour que son enfant apprécie sa culture qui était différente de la sienne, mais que lui restait toujours dans une dynamique où il expliquait que voilà, c'est sa culture mais c'est pas la même. Par contre, J'ai fait certaines choses pour lui montrer qu'on est dans un tout et que même si j'ai la mienne, même si lui a la sienne, elles peuvent cohabiter et s'entrelacer. Ça m'a fait penser, moi aussi, à ce que ma mère m'avait transmis comme amour finalement. Cette idée de prendre soin de mon corps en me mettant de la crème, du karité, des choses qu'elle n'avait pas apprises elle-même quand elle était jeune, mais qu'elle a intégrées, qu'elle a appréciées, qu'elle a transmises. Le fait de coiffer ses enfants aussi, des choses qu'elle n'avait pas apprises quand elle était jeune. et qu'elle a appris en regardant mes tantes, du côté de mon père et tout ça, pour moi, c'est transmettre de l'amour, de la culture de son enfant, qui n'est pas la culture du parent, mais qui forme un tout, qui s'entrelace sans jamais forcer en disant c'est aussi ma culture parce que maintenant, j'ai un enfant métisse, donc c'est la mienne. Non, la culture n'est pas interchangeable. La culture, c'est un vécu. Ce sont des sensations. C'est des expériences aussi. C'est pas quelque chose qu'on peut... prendre, quand ça nous arrange, quand c'est bankable, quand c'est stylé, quand c'est in trend. C'est un vécu qui intègre beaucoup de choses. C'est pas juste quelque chose de cool. Dans l'amour, c'est aussi ça, c'est savoir se détacher des fantasmes. Et là encore, c'est Bell Hooks qui le dit, et je trouve qu'il n'y a rien de mieux que de transmettre à son enfant l'amour de son identité, en lui expliquant que chacun de ses parents a une identité, une culture, que les deux Merci. aiment leur culture et que les deux vont lui transmettre l'amour de leurs identités et de leur culture. Ce qui m'amène à ce dernier point qui est pour moi un des points les plus importants de cet épisode et c'est pour ça que je l'ai gardé pour la fin, c'est la transmission et l'amour du laïc. J'aimerais parler de quelque chose qui revient dans presque toutes les conversations que j'ai eues avec des personnes métisses, la transmission. Qu'est-ce que je vais transmettre à mon enfant ? Qu'est-ce que je vais lui donner ? Et pour moi, c'est vraiment une question d'amour. Ça commence par le physique. Est-ce que je lui transmettrai ma couleur de peau ? Est-ce que je lui transmettrais mes yeux ? On a cette idée vraiment du métisse comme un canon esthétique par excellence. Et j'en parlais dans l'épisode précédent. Les yeux, les cheveux frisés, mais pas trop. La bouche pulpeuse, le teint pas trop foncé. Quand je parle d'un métissage, évidemment, afro-européen. Mais voilà, ça, c'est ce qu'on a comme idée du métisse. Mais en fait, le métissage, c'est un peu la roulette russe. Mais je trouve que la question de la couleur de la peau, c'est une question très importante que j'ai pu vraiment entendre souvent. Parce que ça veut dire beaucoup de choses. C'est pas qu'une couleur, c'est une identité. Et c'est aussi, il faut qu'on soit honnête, un combat. Est-ce qu'on ne craint pas que notre enfant ne nous ressemble pas quand on est, par exemple, métis afro-européen ? Parce qu'on aurait peur en soi que quelque chose s'arrête avec lui. Qu'une identité, qu'une réalité ne se transmette plus. Ça me fait beaucoup penser à La Rédemption de Cham de Modesto Brocco, qui est un peintre espagnol-brésilien. La Rédemption de Cham, si je dois vous faire une petite synthèse, c'est une peinture où on voit une grand-mère noire qui a les mains levées vers le ciel, qui semble remercier le ciel. Et à ses côtés, il y a une fille, une jeune fille qui semble être sa petite-fille, qui a un enfant blanc dans les bras. Sa petite-fille est métisse et à côté, un homme blanc est tracé. En fait, ce sont les parents de l'enfant. et la dame qui est debout et la grand-mère. Donc la grand-mère est noire et son arrière-petit-enfant est blanc. Et la rédemption de Shem, en gros, ça veut dire qu'elle a réussi à blanchir sa lignée. Et donc du coup, avec ce blanchiment de sa lignée, des douleurs s'arrêtent en soi. Je ne vais pas vous faire une étude d'histoire de l'art de ce tableau qui en soit très intéressant, et peut-être que je reviendrai dessus plus tard. Mais je trouvais ça intéressant parce que cette idée de « il y a quelque chose qui s'arrête avec le métissage, il y a quelque chose qui ne se transmet plus, que ce soit des douleurs, des combats. » Et bien peut-être que nous, en tant que Médis aussi, on se pose la question de qu'est-ce qu'on va transmettre, qu'est-ce qu'on ne transmettra plus surtout. Transmettre notre apparence, c'est aussi transmettre l'amour qu'on a pour nous-mêmes, en dépit de ce que les autres ont pu dire, de ce que l'histoire a pu véhiculer sur notre apparence. Il y a aussi cette peur pour nous, ça n'a pas été forcément facile d'être perçu comme on est réellement. Je prends mon exemple, je suis Ivoirienne et Française. Est-ce que mon enfant, s'il est plus clair de peau, il réussira lui à se sentir aussi Ivoirien ? ou est-ce qu'il abandonnera cette identité parce que physiquement, il ne collera pas aux attentes ? Est-ce qu'il comprendra mes combats, mes luttes ? Est-ce qu'il se sentira concerné par la question raciale ? Il y a eu cette question, est-ce qu'on est capable de forcer les traits ? Alors récemment, j'ai eu une conversation... où il y a une personne qui m'a dit, moi je suis prête à forcer le trait pour transmettre à mon enfant quelque chose. Parce que, enfin voilà, est-ce qu'il ne me ressemble pas ? Comment on fera ? Et par exemple, un prénom qui viendrait de cette culture, mais aussi des gestes, une manière de parler, une langue, des histoires. Peut-être que l'acte d'amour pour un enfant métis, c'est ça. Et puis il y a cette peur plus profonde aussi, je pense. La peur de disparaître ou de faire disparaître quelque chose de nous, qu'on a mis du temps à acquérir, à s'approprier. Surtout la... peur de faire disparaître une part de nous-mêmes. Parce qu'on nous a répété qu'on n'était pas entiers, qu'on n'était que les moitié d'eux. Alors nos enfants, ce seront la moitié de la moitié. Est-ce que la moitié de la moitié, ça compte ? Est-ce que la moitié de la moitié, ça garde son identité ? Ou est-ce que on peut transmettre cette identité-là réellement ? Quand on est métisse, on est dans une perpétuelle adaptation et ça demande du temps. avant de pouvoir se dire qu'on y arrive. Pour ma part, cette adaptation, je la kiffe aujourd'hui énormément. Me dire que quand je vais en Côte d'Ivoire, j'ai une manière d'être, de parler, de faire, j'ai des codes. Et quand je suis en France, j'ai de nouveaux codes, une nouvelle manière d'être, de parler, de m'adapter. Parce que finalement, c'est ça ma personnalité. C'est une personnalité qui est toujours un peu border, qui jongle en permanence. Et c'est ça la vie d'hybride. On jongle, on jongle, on jongle en permanence. Alors se dire qu'on aura peut-être des enfants qui ne nous ressemblera pas, ça peut être... effrayant pour une personne métisse. Parce qu'au fond, c'est un leg qu'on a. Une histoire, une identité qui se transmet littéralement. Une histoire d'adaptabilité. L'épisode touche à sa fin et je pense que j'ai assez parlé comme ça. Mais j'ai envie de revenir à Bell Hooks. Elle a écrit que l'amour, ce n'est pas ce qu'on ressent par accident. C'est un acte, c'est une pratique. On ne tombe pas amoureux, on apprend à aimer. Et j'en suis plus ou moins persuadée. Moi, je pense qu'on peut tomber amoureux. Et tout en tombant amoureux, on apprend aussi à aimer. L'un n'est pas dissociable de l'autre. Je pense que tout est compatible. On apprend à aimer quand on se déconstruit aussi. En se déconstruisant. Alors peut-être que c'est ça, all about love. Quand on est métisse, c'est aimer quelqu'un pour ce qu'il est, pas pour le fantasme qu'on lui projette, qu'on projette sur lui. C'est accepter de se faire pédagogue parfois. Patiente, souvent. C'est transmettre un prénom, une langue, des histoires et l'amour de soi. C'est être. le meilleur allié de l'autre sans jamais s'effacer soi-même, c'est pour les parents non racisés, c'est apprécier la culture de son enfant sans jamais se l'approprier ni effacer son vécu. Parce que si vous vous l'appropriez, vous effacez, je pense, vous foutez un petit peu les expériences que les personnes peuvent vivre et subir quand on n'est pas blanc. Alors voilà. L'amour dans le métissage, c'est un acte de transmission et de résistance, j'ai envie de vous dire. C'est celui de refuser que nos histoires s'arrêtent avec nous. Voilà, c'était mes réflexions. J'espère que ça vous aura plu. On se dit à bientôt dans un prochain épisode. Ciao !