Antoine LacouturièreBonjour, soyez les bienvenus sur Toucher du doigt la santé, le podcast autour des soins, du bien-être et de la santé. On se retrouve pour le carnet de voyage numéro 2 au Texas, à Dallas. C'est la seconde fois que je reviens dans cet état, dans cet état géographiquement parlant. L'année dernière, une série de podcasts a eu lieu. Pour les curieux, je vous invite à aller voir. C'est Rencontres Extraordinaires. Et c'est un épisode où je vous propose de parler du côté transformation chez le soignant. Transformation pour plusieurs raisons. Les mots utilisés en anglais vont structurer différemment les soins. la possibilité de pratiquer à quatre mains. Qu'est-ce que ça fait quand l'ego se met de côté, quand l'écoute change, quand le rythme de la consultation change, quand les techniques changent, qu'est-ce que ça enrichit, qu'est-ce que ça questionne. Et puis le fait de travailler avec des patients, Un peuple, j'allais dire, c'est trop fort, mais avec des personnes qui vivent dans un environnement qui est très différent d'une autre, qui n'ont pas les mêmes croyances, pas les mêmes rémunérations, pas les mêmes espaces de vie, comment est-ce que ça, ça peut changer sous les mains ce qui se passe ? Voilà en quelques mots la trame. Je vous donne rendez-vous directement dans le cabinet de consultation. C'est un des endroits où j'ai passé le plus de temps au Texas. Malgré le grand froid qui a raccourci un petit peu le voyage, l'expérience était extraordinaire. extraordinaire, au sens littéral du terme. Pour les professions libérales, que nous sommes les soignants dans la majorité du temps, consulter à deux, à quatre mains, c'est peu commun. Alors ça arrive de plus en plus, les consuls pluridisciplinaires, mais c'est un vrai challenge, un vrai effort, et malgré tout, c'est pas si souvent. Donc ce que ça me donne envie de mettre en avant là, c'est ce que ça a créé chez moi. Le fait de recevoir des patients en anglais, avec mon anglais qui continue de se perfectionner, mais où parfois je cherche le bon mot, le fait de devoir ralentir pour trouver le bon mot, parce que la différence dans l'interrogation sur une douleur, sur l'origine, sur la perception, sur la finesse... ou dans la différence du mot que je vais prononcer au moment d'accompagner une émotion, par exemple. Ça va changer littéralement la connexion, le lien, le rapport humain, et les effets sous mes mains, et les effets du corps, et c'est ça qui m'intéresse. Comment on co-pense un soin à deux, quand les deux ont des grilles de lecture différentes, et ce cadre culturel, comment est-ce que... On déplace les curseurs. Par exemple, est-ce qu'on déshabille de la même manière des patients en France qu'aux Etats-Unis ? Ou que dans des pays arabes ou que dans des pays asiatiques ? Je vous le dis tout de suite, la réponse c'est non. C'est pas de la même manière. Alors voilà, rendez-vous sur la table de consultation et avant ça, c'est l'occasion pour moi de saluer et de remercier Jennifer Leogier, une invitée du podcast de la saison précédente qui est massage therapist à Dallas depuis... à un moment maintenant, qui est aussi maman, compagne, et qui est anthropologue française au départ, qui est partie vivre là-bas depuis bientôt 20 ans. Et donc c'est dans ce cadre-là qu'on a pratiqué des soins associés, à quatre mains, avec le côté gris de lecture. Massage Thérapiste, des formations complémentaires qui ont été jusqu'à faire de la dissection pendant plusieurs jours. Donc vous imaginez le niveau d'engagement, c'est pas simplement un massage bien net. être qui fait beaucoup de bien et que je consomme, pratique, vis, reçois, conseille au quotidien en France, clairement. Simplement, on est sur une vision de la santé avec des connexions de temps ségrité, avec une lecture faciale, avec une lecture... Vraiment proche de cette thérapie manuelle qu'on peut avoir entre les ostéos, les kinés, les chiros, les étios et la continuité du corps ? Comment est-ce que les mains posées vont influencer l'état de santé ? Et notamment le système nerveux autonome, la théorie polyvagale, rentrer en connexion avec ce système parasympathique, ça fait partie des choses qui ont occupé nos consultations à quatre mains, entre autres. Dans les éléments qui me viennent comme ça, un peu bruts, l'épisode est préparé... Très différemment d'une interview et de la rencontre de quelqu'un, c'est un carnet de voyage, c'est du brut, c'est du authentique, c'est du Antoine Lacouturière dans le texte. La première chose qui me vient, c'est le fait que l'ego se mette de côté. On n'est plus un, seul, unique, même si c'est quelque chose que je cultive depuis longtemps en étant aussi appliqué que possible à connaître mes limites de compétences et à référer. au quotidien, tous les jours, vers d'autres pros plus formés, plus adaptés, plus compétents. Le fait d'être deux dans la consultation, on a deux options, soit on triche, c'est toujours possible de tricher en disant c'est comme ça, c'est moi qui ai raison, ou je sais mieux. Sinon, on échange et on se met à la hauteur de l'autre, qui parfois est plus haut sur certains sujets, parfois à distance, avec un angle de vue différent. Et ça, je trouve que c'est très riche, parce que ça permet d'ouvrir les horizons, ça permet de nommer des sensations qu'on a, des perceptions. C'est un exercice qui paraît facile, et qui dans le domaine du soin n'est pas si simple que ça. La différence entre ça tire, ça coince, ça bloque, ça résiste, c'est dense, c'est dense comme de l'os, comme de la pierre, c'est complètement immobile, il y a une inertie, c'est lent, c'est lourd, c'est des subtilités qui méritent quand même un certain savoir-faire et une certaine capacité à exprimer ça. Je vous donne un exemple très simple. Vous êtes en train de faire les courses. Vous achetez des fruits et par exemple un avocat. Et vous allez évaluer avec vos mains La maturité de l'avocat. Et en fonction du degré de maturation, je ne sais pas si on dit ça, mais en fonction de la dureté dans la palpation, de la résistance de la peau de la première couche, vous allez pouvoir dire, oula, ça c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup trop mûr, j'ai traversé la peau, raté, trop tard. Soit vous allez dire, oula, là je ne rentre même pas, c'est super dur, il n'est pas bon à consommer. Et entre, il y a toute une palette de couleurs, qui est... Alors je dis couleur, je reformule. Entre, il y a toute une palette de couleurs, de textures, de densité, de pression. Alors on pourrait l'évaluer avec de la force physique, en disant si j'appuie avec les paramètres de pression, comme des matériaux, au sens déformabilité du matériau. On pourrait aussi mettre des couleurs, ça marche en visuel. Une teinte de couleur orange, orange clair, orange foncé, orange très foncé. Une saveur, par exemple, un tout petit peu, un petit peu plus, encore un petit peu plus, jusqu'à très, jusqu'à trop. Le fait de communiquer sur ce que notre système corporel reçoit comme information dans un soin à l'autre, c'est un exercice hyper intéressant. Il va y avoir des paramètres objectifs, par exemple la posture, il tourne plus le pied en rotation interne, il est limité en rotation externe, il a des pelvites rocanthériens plus tendus d'un côté que de l'autre, il a un flessonne de genoux, il a un flessonne il a une inclinaison préférentielle de tête, il a une perte de flexion d'endroit suite à une entorse, il a un gros genou, etc. Ça, c'est objectivable. Et puis, il y a toute une partie qui est beaucoup moins objectivable dans les paramètres subjectifs. Et c'est là que la magie continue parfois on a des perceptions des intuitions j'aime beaucoup cette cette formule de pierre tricot un ostéopathe un maître ostéopathe alors mettre dans le sens un enseignant qui a beaucoup travaillé publié et que je respecte profondément avec des limites et des critiques bien sûr on peut toujours faire ça mais mais qui aime qui a mis en valeur le référentiel perceptif comment est-ce que moi je vois le monde, comment est-ce que je le ressens ? Et qui l'a pédagogisé pour dire, dans l'art de la palpation, on a tous des canaux préférentiels. On en parle en PNL aussi souvent, visuel, le fameux VACOG. Bref, ce qui m'intéresse de vous partager ici, c'est plutôt la relation et le fait de faire des consultations à deux et de communiquer, dans l'intérêt du patient bien sûr. Première chose, le fait qu'il soit possible d'inclure parfois des images. Et là, je vous invite à aller voir un site qui s'appelle La France de mes 5 sens. c'est Jennifer qui écrit sur la partie à la fois sensorialité, la foi-perception de comment une image peut s'inviter dans la consultation, parfois si bluffante, si déstabilisante, si puissante. Parfois c'est une image qui fait sens à faire pleurer les patients, pleurer de joie, pleurer d'émotion. Parfois on n'a pas la... la finalité, mais ça colore, ça contribue à nos consultations. Et puis à nos quotidiens, je suis sûr qu'un certain nombre d'entre nous ont déjà eu ce sentiment-là, d'avoir une forme d'intuition. Comment est-ce qu'on l'inclut ? Et encore plus quand on est deux dans la consulte. C'était passionnant. Un autre élément que j'ai envie de déposer ici, c'est le poids des mots. On en a parlé déjà dans le podcast. Avec un mot, je peux modifier la taille de la pupille d'un patient inconsciemment, qu'il veuille ou non. C'est un pouvoir, littéralement. L'idée, c'est de l'utiliser consciemment. Avec les mots en anglais, ça m'a demandé... Déjà un travail sur moi pour me dire mais on s'en fout, tu vois bien que les américains ils accordent une importance très limitée, tu parles déjà leur langue, tu parles correctement, t'es en train de parler mieux, ça demande ce travail là pour moi en tout cas de de mauvais élèves en anglais à l'école qui n'arrivent pas à aligner trois phrases, comme la majorité des Français à l'international d'ailleurs. Et en fait de se dire, ok, déjà je dépasse ça, je parle, j'ai besoin d'un peu plus de temps, mais je peux formuler dans différents temps. avec différentes nuances, et c'est ça l'essentiel. Petit travail perso, je suis sûr que ça parlera à certains, et pour ceux qui sont déjà trop forts en anglais, bravo, et merci d'être des français qui parlent super bien. Premier job. Deuxième job, choisir les bons mots. On a parlé de la subtilité de l'avocat, de cette image que vous avez là. Imaginez expliquer à un patient ça sur quelque chose de subtil. Alors sur de l'anatomie, bien sûr c'est facile, c'est-à-dire il y a un langage international en anatomie, on utilise des termes C'est de la biomécanique, ok. C'est intéressant, c'est challengeant, mais rajouter des notions plus émotionnelles, plus subtiles avec des mots, ça demande un petit travail perso et un exercice à la fois d'observation de ce qui se passe dans les yeux, dans le corps des patients, et aussi à l'intérieur de soi. Et puis la dernière chose, c'est le cadre culturel. Ça, c'est hyper intéressant. On a des consultations qui sont... avec des êtres vivants, humains, qui sont influencés par leur environnement, par leur culture. C'est assez commun dans nos consultations en France de dire « déshabillez-vous » . Alors je vous invite quand même à repenser littéralement à la formule « déshabillez-vous » . Mettez-vous en sous-vêtements. Ok. A titre perso, j'ai été inspiré par un autre invité du podcast qui s'appelle Patrick Jouot, que je salue au passage, que j'avais observé en consultation, déposer une serviette sur le bassin des patients. Et au départ... Je me suis questionné sur pourquoi. Et puis très vite, je me suis dit que c'était une bonne idée dans certains cas. Une jeune femme qui est en train de grandir dans un corps de jeune femme, une femme tout court dans une période de règles, de menstruation, un garçon qui grandit avec quelques kilos en trop, des pilosités qui parfois nous embêtent, des cicatrices, des marques diverses et variées. On a tous un rapport à notre corps et à la peau qui est différent. Et ça fait maintenant un moment qu'au cabinet, je couvre les patients. Je les découvre avec la serviette en fonction de la zone sur laquelle j'ai besoin de travailler. J'observe aussi, parce que la biomécanique nous informe énormément sur la répartition des masses. Par exemple, une amyotrophie, une perte de masse musculaire, c'est un paramètre majeur à observer. Mais clairement, mettre les patients en sous-vêtements aux Etats-Unis, comme ça, d'entrée, ce n'était pas possible. Non, non. Donc en fait, c'est bon. il y a des patients qui sont arrivés en tenue de sport d'entrée. Et il y en a plein qui font ça en France aussi. En tant que moi, je suis plus à l'aise comme ça. Je trouve que laisser cette permission-là, c'est une bonne chose. En tout cas, c'est intéressant de pouvoir ne pas obliger quelqu'un à être en sous-vêtements. Il y a la notion de consentement, implicitement. Et puis, dans le cadre culturel, il y a aussi la notion de rémunération. C'est-à-dire que le prix des soins ne vaut pas la même chose. Et donc, le rapport... au soignant, n'est pas tout à fait le même non plus. J'ai trouvé ça intéressant d'explorer ces pistes-là. Voilà, 15 minutes, c'est suffisant. On pourrait en faire un podcast entier, on pourrait écrire un livre en entier. Des remerciements adressés, des clins d'œil, des graines déposées, et puis cette envie de ramener ça dans le quotidien, de s'inspirer de leur manière de voir le monde, avec nos compétences, nos forces. Un peu comme dans Kung Fu Panda 3, que je vous invite à regarder, sur soit la meilleure version de toi-même, mais surtout ce pour quoi tu es fait, avec les compétences, le référentiel perceptif que tu as, et puis offre-le au monde, parce qu'on en a besoin, toutes et tous. Comme le disait Marianne Williamson, une américaine qui a inspiré le discours d'investiture de Nelson Mandela sur « il n'y a pas d'intérêt à minimiser qui nous sommes, ça ne rend pas service au monde » . Et donc une invitation à laisser briller notre propre lumière et nos compétences. Très américain pour terminer. Je vous souhaite une super belle fin de soirée, journée, nuit peut-être. Et je vous dis à un peu plus tard. D'ici là, prenez bien soin de vous.