- Arnaud Manzanini
Cet épisode de Tous en Selle est soutenu par FF Vélo, avec l'application FF Vélo Plus, rouler, jouer, explorer, transformer chaque sortie en aventure, cumuler des kilomètres et collectionner des badges en partant à la découverte de la France. Avec FF Vélo, on pédale avant tout pour le plaisir, la forme et la découverte. Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans un nouvel épisode du podcast Tous en Sel sur le format Story. Alors aujourd'hui, je reçois un invité un peu particulier, puisqu'il est finisher de la dernière Race Cross France. Format par étapes, c'est Sébastien. Salut Seb.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Salut Arnaud.
- Arnaud Manzanini
On se connaît, mais ravi de te recevoir dans ce format story, parce que tu as déjà participé avec nous, avec Loïc, avec JP, avec Marion.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Tout à fait.
- Arnaud Manzanini
Et là, tu vas nous raconter ton parcours, celui du USS 63. Ça marque, ces dossards-là, parce que c'est des dossards, je le rappelle, qui sont attribués à vie. USS, qu'est-ce que ça veut dire ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est écrit là.
- Arnaud Manzanini
Parce qu'on me pose souvent la question, ça veut dire ultra self-support. Voilà, donc sur Racecross Series et donc Racecross France. Et puis pourquoi Seb ? Parce que Seb, si vous suivez sur les réseaux, il y a deux ans de ça, il avait annoncé qu'il voulait gagner Racecross France.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Que tu rêvais de gagner.
- Arnaud Manzanini
Que tu rêvais. C'est la différence entre je veux, je rêve, j'aimerais et j'ai. Tu vois, donc effectivement, la nuance est importante, qu'il rêvait de gagner Racecross France. Et donc, on vous expliquera la suite dans l'épisode de qu'est-ce qui s'est passé. En tout cas, il a eu un trophée, il a levé un trophée. Ça, c'est important. Moi, j'ai une belle photo, en tout cas. J'ai une belle photo avec ton fils. Et donc, l'objectif, c'est que sur ce Formastery, tu nous racontes ce parcours. Pourquoi tu as eu ce rêve-là ? Qu'est-ce que tu as mis en place pour l'atteindre ? Comment s'est passée la préparation ? Le lancement de la course ? On peut le dire. La neutralisation. Le nouveau départ. Le final. La dernière nuit. La règle de sommeil. qui a été très challengeante aussi, on va en parler. Et puis, l'après, puisqu'au moment où on enregistre, ça fait 15 jours.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est ça.
- Arnaud Manzanini
Voilà, ça passe vite. Et donc, tu vas nous parler de tout ça. Mais alors, on a déjà eu un épisode ensemble sur Ultra Tall, sur ton parcours. Donc, si vous voulez connaître le parcours de Seb et ses prépas olympiques, allez écouter l'épisode. Là, on ne va pas refaire cet épisode-là. On va partir tout de suite sur l'histoire de pourquoi on est là. c'est qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné Seb, tu prends ton téléphone, tu te mets face caméra et tu dis au monde entier, via les réseaux, je rêve de gagner la RAF.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est ça, au monde entier. Oui, écoute, déjà merci Arnaud pour m'avoir proposé de faire cet épisode. C'est vrai que j'ai quand même une histoire particulière avec la RAF. Donc on a dit on ne va pas revenir sur mon parcours. Moi, je suis athlète de haut niveau en voile à la base. J'ai découvert le vélo plus tard en arrêtant ma carrière. Et j'ai découvert l'ultra-cyclisme comme beaucoup assez récemment. Donc moi maintenant ça commence à dater un petit peu, mais c'était en 2020. L'arrêt de Cross France a popé devant moi à un moment où justement je cherchais un peu de nouveaux challenges. En plein Covid. En plein Covid, tout à fait. Et ça a été une des rares courses en 2020 qui est passée à travers les mailles du filet.
- Arnaud Manzanini
Comme en 2026 d'ailleurs.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'était vrai, c'était vrai. C'était le 15 août le départ en 2020. Exact ! Et donc du coup je m'en souviens bien.
- Arnaud Manzanini
Et donc c'était pile poil la période où les personnes cherchaient effectivement une épreuve d'outdoor.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Il y avait une fenêtre de tir et donc j'ai commencé par le format 1000 km et tout de suite j'ai accroché à l'ultra distance grâce à toi. Et depuis chaque année finalement je l'ai refait. Alors plein de formats différents. Seul accompagné. Seul accompagné avec ma femme Karen. Voilà, mais j'ai toujours finalement, tu vois, eu cette course cochée dans le calendrier. Et jusqu'au moment où, voilà, j'avais fait déjà deux fois le format de 2500 kilomètres. Donc dans les deux sens ? Ouais, c'est ça. Une fois en 2021 où on finissait au Touquet, on partait de Mandelier, on allait au Touquet. Et une fois en 2023 où on partait du Touquet. mais c'était l'inverse c'était Cap à l'Est dans les Vosges vers Bridou,
- Arnaud Manzanini
vers Pascal les Vosges,
- Sébastien Scotto Di Fasano
le Jura une trace magnifique, très dure mais magnifique et pour moi c'était un peu cette rafle là en 2023 c'était un peu la rafle de j'avais tout poussé à fond, je m'étais dit là tu peux pas faire mieux etc et donc j'ai abandonné un peu le format, j'ai fait d'autres choses Et finalement, il y a quand même ce truc un peu dans ma tête de dire j'aimerais bien essayer d'y retourner avec... avec plus d'armes. Alors j'avais déjà l'impression d'avoir poussé beaucoup de choses, la résistance au sommeil, la nutrition, etc. Mais tout seul, dans mon coin. Et au bout d'un moment, je partage ce rêve qui grandit en moi de gagner la RAF à Karen, à ma compagne. Et tu es la deuxième personne que je mets au courant. Je me rappelle très bien, je t'envoie un message sur Instagram. Je ne sais même pas pourquoi je te l'envoie. en fait je me dis que Je sais pas, il faut que je lui dise, c'est tellement fort, ça prend tellement de place, j'y pensais tellement au quotidien. Du coup, je t'écris, voilà, Arnaud, je rêve de gagner la RAF. Je te le dis, ça sert absolument à rien, mais voilà, j'ai envie de te le dire, j'ai envie de le formaliser. Et t'as été gentil, tu m'as dit, oui, bah écoute, il y a plein de choses à faire, etc. Moi, ce que j'attendais, c'était pas de me dire, oui, tu peux accomplir ce rêve-là. je savais qu'il était impossible à réaliser, mais vraiment, il faut bien prendre conscience du niveau. qu'il y a dans l'ultra distance ne serait-ce que de part les anciens athlètes élites tu en fais partie, tu vois très bien le gap qu'il peut y avoir ça évolue tous les ans et je pense que ça va faire comme le trail running tu vois ces dernières années je pense que le niveau ne va pas arrêter de grandir et surtout ce sport va se professionnaliser et on le voit déjà ça se professionnalise déjà l'époque de laquelle tu parles où tu as débuté et maintenant c'est
- Arnaud Manzanini
Je ne vais pas dire un autre monde, mais il y a un gap énorme. Il y a des reconnaissances, il y a de la prépa, il y a de la stratégie.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Donc du coup, j'étais très bien conscient du fait que ce n'était pas réalisable, mais ça ne m'empêchait pas de rêver. Et donc, je me suis dit, ce rêve-là, j'ai envie de, entre guillemets, faire en sorte qu'il ne soit pas atteignable, en tout cas de me donner toutes les chances de pouvoir l'approcher. Et donc, c'était de pousser tous les curseurs à fond. Donc tous les curseurs c'est quoi ? Pour quelqu'un comme moi, comme la plupart des gens qui nous écoutent, qui ont un travail, qui ne sont pas professionnels, etc. C'est de composer avec sa vie familiale, c'est d'essayer d'être accompagné pendant l'entraînement, pour la nutrition, la prépa mentale qui est venue beaucoup plus tard, on en reparlera. Et l'équipement, je me suis dit, j'ai envie, pas d'être sur la ligne de départ avec la meilleure version de moi-même, mais sur la ligne d'arrivée, en ayant exécuté la course. en me disant voilà là t'as tout utilisé après il se passe ce qui se passe il s'est passé beaucoup de choses mais en tout cas ma vraie motivation c'était ça, c'était de me dire quand tu franchis la ligne d'arrivée tu dis voilà là t'as c'était la quintessence de ce que tu peux faire donc voilà Voilà la genèse un peu du projet.
- Arnaud Manzanini
Alors c'est vrai qu'en 2020, quand tu partis pour la première fois sur le 1000 km, il y a déjà eu des rebondissements, une casse de vélo, une ascension de col à pied pour louer un vélo, repartir. Et moi, je me souviens très bien quand j'ai reçu ce message. C'était hyper émouvant pour moi parce que ceux qui nous suivent le savent peut-être, ceux qui ne nous suivent pas, ce projet est parti d'une feuille blanche. Toi, tu connais l'histoire. Mais j'ai eu cette idée et de voir que des années plus tard, il y a des gens qui rêvent de gagner la course, alors que j'ai tout écrit et que je ne viens pas de ce monde du marketing sportif ou de l'événementiel. Je trouvais ça génial, en fait, de pouvoir faire rêver quelqu'un. Donc moi, ça m'a énormément touché. Je n'ai parlé tout de suite à ma compagne en disant « Regarde, c'est génial ! » Et moi, j'ai trouvé ça extraordinaire. Et derrière, j'ai suivi, forcément. Alors, on se connaît, donc je ne peux pas non plus… T'es des plus qu'un autre dans la course pour gagner, mais en tout cas j'ai suivi la prépa. Moi ma question c'est, une fois que tu l'as annoncé, parce que c'est courageux, tu aurais très bien pu avoir ce rêve, le dire à tes proches, t'entourer, et pas forcément le communiquer, dire peut-être je veux faire un bon résultat. Souvent je dis on est en France, parce que culturellement, il ne faut pas trop rêver chez nous, c'est différent de notre culture. Comment ça a été perçu ? par les gens qui te suivaient ou même ceux qui ne te suivaient pas ? Parce qu'avec les réseaux sociaux, tu peux toucher tes followers et les personnes qui ne te suivent pas en fonction du format de ton poste. Mais quelles ont été les réactions ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Il s'est passé beaucoup de temps. Je pense entre le moment où je te l'ai dit et le moment où j'ai communiqué. Je pense qu'il a dû bien se passer un an. J'ai fait une rafle l'année d'avant où je l'ai annoncé juste avant. Et je me suis posé beaucoup de fois la question. Je me suis dit déjà, à quoi ça sert de le dire ? Parce qu'en gros, c'est quelque chose qui ne me concerne que moi. J'ai une toute petite communauté sur les réseaux, je ne suis pas un influenceur ni quoi que ce soit. Et en fait, je me suis dit, le dire, ça va t'engager. C'est toujours pareil, on sait que quand on annonce quelque chose, ça nous engage. Et moi, je n'avais pas peur de me désengager du projet, mais je me suis juste dit, je sais que... En tout cas, j'espère que les gens auprès duquel je vais communiquer, ils vont me soutenir parce que c'est un petit monde, l'ultra-cyclisme, etc. Et je me suis dit, c'est de l'énergie que je vais emmagasiner, que je vais prendre et qui va me servir pour la suite.
- Arnaud Manzanini
Il y a beaucoup de bienveillance.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est vrai que la communauté dans l'ultra-cyclisme,
- Arnaud Manzanini
pas que chez nous, mais dans le monde général de l'ultra-distance, dans le cyclisme, il y a quand même beaucoup, beaucoup de bienveillance.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Tout à fait. Donc je me suis dit, ça a au moins le mérite de faire ça. Et au pire, si tout le monde s'en fout, c'est pas grave. Et finalement, il y a eu un très bon accueil sur les réseaux. Alors évidemment, c'est des gens assez proches qui m'ont dit, c'est même aller au-delà de ce que j'espérais, parce qu'il y avait même des gens qui pensaient que je pouvais gagner. Et moi, j'ai tout de suite dit, attention, je vous dis, je rêve de gagner, mais gagner, ne vous attendez pas à me voir devant. C'est pas possible. Donc j'ai fait plusieurs communications derrière pour bien rappeler que c'était pas possible de gagner.
- Arnaud Manzanini
Pourquoi tu pensais que ce n'était pas possible de gagner ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Parce que je suis trop conscient du niveau. La différence ? Oui, la différence de niveau. Mais en fait, c'est incomparable. Je vais te raconter la petite histoire de mon père qui m'a dit ça il y a quelques mois avant cette RAF. Il m'a connu dans le monde de la voile. C'est un peu particulier dans un monde où moi j'étais sportif de haut niveau, donc je jouais aux avant-postes. Et dans le vélo, il me voit faire des trucs, il ne comprend pas trop ce que c'est, il suit un peu de loin. Mon père, il adore suivre le sport, il connaît le Tour de France, etc. Mais l'ultra-cyclisme, voilà, il ne voit pas bien à quoi ça ressemble. Et donc, il sait ce que je fais, mais il a un peu du mal à comprendre. Et il me dit, mais pourquoi tu ne rentres pas dans une équipe, tu ne fais pas le Tour de France ? Je dis, papa, on est très très loin du niveau d'un athlète. Et je ne parle même pas d'un athlète elite, je pense même quelqu'un qui court... qui est juste coureur dans un club et il me surclasse totalement. Donc on est vraiment dans un monde complètement différent. Donc je sais que gagner, c'est complètement inenvisageable. Par contre, il y a des choses à mettre en place pour progresser, etc. Et moi, ce que je voulais, c'était gagner ma course. C'était me dire, voilà, toi t'as mis tout en œuvre pour arriver à délivrer la plus belle performance possible.
- Arnaud Manzanini
Ton adversaire, c'était toi-même en fait.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Mon adversaire, c'était moi-même. C'est toujours le cas en ultra-distance, même pour ceux qui sont devant. Mais encore plus quand tu ne peux pas jouer aux avant-postes, tu dois te comparer à ce qui est comparable pour toi. Et moi, je sais que j'ai déjà fait des semaines d'entraînement à 20-25 heures d'entraînement semaine, etc. Je sais que la marge de progression, elle était assez faible. Donc, je savais plus ou moins où je pouvais aller, mais j'avais besoin d'être aidé pour ça.
- Arnaud Manzanini
C'est marrant parce que quand tu me parlais, je me remémorais le moment où on s'est rencontrés, en fait. Et en fait, c'est le Ventoux. C'est quand avec Jean-Lin on faisait le Tour de France randonneur, ce qu'on appelle randonneur, c'est-à-dire le Tour de France par les frontières et le littoral, et on avait mis 21 jours, c'était juste à la sortie du Covid, puisque je rappelle, Jean-Lin devait faire une épreuve d'ultra-distance, moi je devais être sur la TCR, tout a été annulé avec le Covid, et donc on s'est dit tous les deux qu'est-ce qu'on fait, on s'est dit on va aller faire le Tour de France randonneur, et tu nous as contactés en nous disant je vais venir à votre rencontre, et nous on était dans l'étape Mandeleu-Leventoux. On a dormi juste au pied de Malossène. Et vous nous aviez retrouvé sur la route. Il faisait chaud aussi là. Oui, je me rappelle. Là, on aurait pu nous traiter. Il faisait extrêmement chaud. On avait mangé une pizza. Et après, on était partis. J'avais fini devant tout dans ta route. Tu m'avais abrité pour arriver au sommet.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Oui, tu vois, rien que là, j'ai pris conscience. Enfin, moi, j'arrivais dans le vélo et j'ai pris conscience. Toi, tu étais chargé comme pas possible. Tu étais en train de faire 4800 kilomètres.
- Arnaud Manzanini
5000 bornes,
- Sébastien Scotto Di Fasano
on a fait. 5000 bornes. Vous étiez chargé comme pas possible, moi j'étais avec mon copain Damien, on était hyper light, on avait une petite sacoche top tube et déjà dans le ventou je te voyais grimper, je disais ah ouais c'est quand même waouh quoi, il y a quand même des gens qui ont un vrai niveau et il y avait un vent de dingue.
- Arnaud Manzanini
Et une fois arrivé au sommet, il était 20h30, couché du soleil et moi ça m'a marqué parce que tu nous avais dit bah nous on rentre et moi je t'avais dit bah... « Mec, arrêtez, prenez un train et tout, il y a beaucoup de vent quand même. » Moi, j'avais été impressionné par le fait de dire « Attends, il est 20h30, les mecs vont rentrer, ils vont refaire 300 bandes dans l'autre sens. » Et avec le vent dans le dos, vous aviez été probablement plus vite. Oui, finalement,
- Sébastien Scotto Di Fasano
on a été vite, oui.
- Arnaud Manzanini
Mais c'était le moment de notre rencontre, effectivement. On revient sur ton parcours. C'est intéressant que tu nous dises les réactions. Et je pense que je suis d'accord avec toi. Il y a quand même le niveau a considérablement augmenté. Ce qu'il faut que les gens qui nous écoutent, ils se rendent compte, c'est qu'aujourd'hui, les premiers, sur ces épreuves de longue distance, font 700 kilomètres. par jour.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est juste fou.
- Arnaud Manzanini
Il faut que les gens se... Là, on est en plein Tour de France, on regarde, ça va très vite. Ils font des 45 de moyenne, voire plus. Mais les coureurs en ultra distance font plus de 700 bornes les premiers, c'est énorme !
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est difficile de se rendre compte, moi ce qui m'a bien aidé c'est justement Stéphane quand il a gagné, je l'ai beaucoup pris en exemple et quand quelqu'un me disait « Ah mais tu penses que devant ça va vraiment plus vite ? » J'ai dit « Bah c'est simple, regardez Stéphane, il est capable de faire presque 1000 km, il a le record ! » Le record de 966 ! C'est ça, 966 km sur 24 heures ! Et là, ça parle, là. Là, tu te dis, ok. C'est
- Arnaud Manzanini
Dunkerque-Marseille. C'est Dunkerque-Marseille. Déjà en retour, certains ont du mal. Donc ça, ça reste impressionnant. Et oui, devant, le niveau a énormément augmenté. Donc, tu l'annonces. Donc, tu as des retours. Et si je comprends bien, et là aussi, c'est ton expérience d'ancien athlète de haut niveau, c'est qu'en gros, tu fais un 360 sur... J'ai un objectif. Je fais un 360. Qu'est-ce qu'il faut que je mette en place pour être... être sans regret au départ de cette épreuve. Donc, le coach prépare physique, prépare mental, alimentation, sommeil, matériel.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est ça.
- Arnaud Manzanini
C'est ça. Et comment tu t'entoures ? Parce qu'on en a parlé juste avant de rouler le micro, mais il y a aussi des personnes qui t'ont accompagné, des partenaires, parce que tout ça a un coût et il faut le financer. Mais avant que tu répondes à cette question, on a oublié une branche, là. Quel accord familial !
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est vrai, ça a été la première chose à obtenir quand même.
- Arnaud Manzanini
C'est nécessaire.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'était la première chose à obtenir. Donc du coup, la première personne à qui j'en parle, c'est Karen et ma femme, avec qui on a un petit garçon de l'âge de 5 ans, qui est tout le temps là, qui adore le vélo. Alors ils nous voient tous les deux faire du vélo avec Karen, donc je pense que les choses ne sont pas faites par hasard.
- Arnaud Manzanini
Elle est à l'arrivée en 2022.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Oui, tout à fait. On a fait 2022 et 2024 avec Karen. on a fait le 300 en duo et le 1000 en duo et après elle a fait d'autres choses de son côté elle a fait des Poco Loco elle a fait d'autres aventures ultra distance et Karen elle est un peu comme moi elle vient pas du monde du vélo, on l'a découvert un peu ensemble et donc on adore rouler tous les deux et donc la première chose ça a été de lui faire part de ce rêve là et elle j'ai beaucoup de chance mais Karen elle me soutient dans tout ce que je fais et donc Donc... Il n'y a pas eu de débat en fait, tout de suite elle m'a dit mais oui grave et elle même fait partie de ceux qui m'ont dit mais moi je pense que tu peux gagner alors il faut encore expliquer, non c'est pas possible, c'est gentil mais là t'es pas du tout objectif. Mais donc voilà, elle m'a donné son accord et nous on a une organisation à la maison où en fait on essaie de tout faire pour que chacun, on le fait pas de manière très formelle et très organisée mais en fait on essaie de donner la place à nos... objectifs ou en tout cas nos vœux chaque année en disant voilà moi j'aimerais bien faire ça j'aimerais bien faire ça et on se laisse chacun du temps, on s'organise etc. On a un enfant donc c'est quand même plus ou moins simple pour s'organiser et généralement le week-end on a un jour chacun dédié pour rouler etc. et quand on arrive à le faire garder, on roule tous les deux. Et là, ça voulait quand même dire que j'allais quand même passer beaucoup plus de temps qu'elle à rouler et elle était ok pour ça donc grâce à elle, j'ai pu mettre ça en place et c'était un projet sur deux ans Ça c'est important.
- Arnaud Manzanini
C'est un projet sur deux ans. Tu l'annonces un an avant.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Tu l'annonces juste avant la RAF 2025. Cinq ? Cinq, exactement. Au départ de... Vraiment dix jours avant.
- Arnaud Manzanini
Et donc ça veut dire à quel moment, dans ce deal familial, à quel moment vraiment tu te focuses sur ta préparation ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais.
- Arnaud Manzanini
Parce que tu t'es pas focus sur ta préparation deux ans avant, c'est-à-dire que tu as émis ce souhait, validé au niveau de la famille, ça c'est le premier step. Ensuite, tu communiques ouvertement. Il y a la course au départ de Dinan en 2025. Mais à quel moment tu mets en place toutes les branches dont on parlait ? Physique, mental, alimentation ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est vraiment au lendemain de cette rafle-là. Un an avant, déjà j'avais plus ou moins préparé le projet. J'avais fait la première année en autonomie, on va dire. En disant, essaye déjà de pousser tous les curseurs que tu peux toi seul.
- Arnaud Manzanini
Pour avoir une bonne condition physique.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Déjà pour avoir une bonne base de départ. entre guillemets et surtout pour identifier vraiment les points où tu pourrais progresser et donc c'était très clair pour moi, je pensais que déjà je ne suis pas entraîneur donc déjà il y a un des premiers points qui était l'accompagnement avec un coach et après le reste ça en a un peu découlé j'avais déjà fait en sorte d'avoir Un gabarit qui était, pour moi en tout cas, le plus performant possible. Donc j'avais déjà fait un travail sur mon alimentation de mon côté, etc. Et après, je voulais juste faire en sorte d'aligner un peu tout ça et de faire en sorte que tout ça soit vraiment pour la performance. Et donc à l'arrivée de cette rafle, le projet commence. Le projet commence et donc là, la première pierre, ça a été le coaching. Donc avec notre ami Loïc Lepoutre, qu'on connaît tous les deux et qui est chroniqueur sur... sur le podcast et Loïc a été la première personne vraiment à me soutenir en disant « Mais moi, Seb, ton projet, tu peux compter sur moi, tout de suite. » Et donc, déjà, ça enlève un gros poids parce que ça veut dire qu'au quotidien, un pro va m'accompagner et toutes les séances au quotidien, il faut bien s'en rendre compte, 7 jours sur 7, j'avais mon plan d'entraînement. Donc déjà, ça enlève une charge mentale assez importante. 7 jours sur 7 pendant un an. 7 jours sur 7 pendant un an avec... vraiment ce truc de, en fait j'ai juste à exécuter évidemment tu fais des retours sur tes ressentis etc mais t'as pas la charge mentale de préparer, de réfléchir c'est ça et surtout en l'occurrence je pense que la personne avec qui on travaille quand c'est un coach il faut avoir une vraie confiance et moi j'ai 100% confiance en Loïc c'est quelqu'un qui sait ce qu'il fait il a déjà fait plusieurs rafles il connait et c'est un expert et donc de me dire j'ai pas besoin de me dire si ce que je fais c'est bien ou pas, c'est sûr que c'est ça qu'il faut faire Et donc, c'était parti avec le coaching.
- Arnaud Manzanini
Et après, ça veut dire que le coaching, effectivement, est un point important. Et comment tu finances le reste ? C'est la question que je te posais tout à l'heure. Comment tu finances la prépa mentale, le matériel ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est ça. J'ai fait un appel sur les réseaux. Ça, c'est pareil, je ne l'ai pas fait tout de suite. C'est en en parlant avec pas mal de gens au tournoi. Tout le monde m'a dit, mais qu'est-ce que ça te coûte ? Vas-y, annonce-le ton projet. J'ai dit, oui, mais j'annonce un projet pour accomplir un rêve. C'est assez égoïste. en plus ce rêve là il est inatteignable donc comment tu communiques c'est un peu nébuleux tout ça quoi comment tu vas lever des partenaires pour dire voilà j'aimerais bien je rêve de gagner la race Cross France bon c'est pas possible ça concerne que moi mais je vous en parle un peu dur quoi, la démarche un peu dure mais voilà au bout de plusieurs semaines je me dis allez c'est bon je le fais et donc c'est là où je fais un appel en me disant voilà il me manque ça ça, ça... qui peut m'aider, qui peut me mettre en relation.
- Arnaud Manzanini
Il y a eu des retours rapides, je crois.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Il y a eu des retours très rapides. Tout de suite, il y a eu des petites marques qui m'ont accompagné, un peu sur la nutrition, un peu sur le textile. Au début, c'était plus des dotations, etc. C'était plus pour le geste, mais c'était quand même important. Et ça m'a permis de voir que l'histoire, en tout cas, pouvait intéresser certaines personnes. Et en l'occurrence, de manière assez concrète, sur la totalité du projet, JP, également. qu'on connaît bien sur le podcast, qui m'a accompagné sur les roues, qui m'a accompagné sur les pneumatiques, sur des Renault Airs, des pneus de très haute qualité qui fait que déjà, j'étais sûr, on ne s'en rend pas compte, mais quand on roule quand même entre 15 et 20 000 km à l'année, on en passe des paires de pneus. En l'occurrence, là, j'en passais moins parce qu'ils sont assez durables, mais en plus, ils sont très performants. Donc, j'étais accompagné là-dessus. J'ai Julbo aussi qui m'a suivi sur les lunettes, etc. Avec des lunettes photochromiques.
- Arnaud Manzanini
Chromique, c'est ce qui permet d'avoir une seule paire de lunettes pour faire le jour et la nuit.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ce qui est hyper important, nul ne le fera.
- Arnaud Manzanini
C'est indispensable.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Parce que finalement, tu sais qu'entre la nuit et le jour, tu n'as rien à faire. Tu as tes lunettes, ils sont transparents la nuit.
- Arnaud Manzanini
Il y a tellement de participants à partir avec deux paires de lunettes. C'est ça. que c'est la solution.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Exactement. Donc, ça prend moins de place, c'est pratique. Et donc, voilà. Et donc, la journée, ça passe en catégorie 3. Donc, tu n'as aucun problème sur le soleil. Et donc, après, il restait la partie nutrition et la partie prépa mentale. Sur la partie nutrition, je savais que je n'allais pas... On m'a proposé... Plusieurs personnes m'ont proposé leur aide, etc. Moi, je voulais vraiment quelqu'un qui soit... qui connaissent vraiment la pratique, etc. Et c'est là que le profil de Nouchka Simic, Nouchka Diète sur les réseaux, pour ceux qui connaissent, elle rayonne quand même pas mal. Belle visibilité. Belle visibilité, elle s'occupe des marins, notamment pour toute la partie Vendée Globe, etc. Et elle est ultra-trailée elle-même, elle va faire une grande traversée des Alpes cet été. Et elle connaît, elle se connaît ce sport-là, elle a déjà fait de l'ultra-cyclisme. Et donc je me suis dit, j'aimerais bien tenter. Sauf que Nouchka, elle ne s'occupe pas. pas de gens lambda et surtout elle a plus le temps de s'occuper de personnes comme ça donc elle a vraiment une équipe mais moi je voulais vraiment que ce soit elle donc je suis allé un peu au culot j'ai envoyé un message sur les réseaux et il se trouve qu'elle m'a répondu de suite en disant écoute Seb ton projet me branche moi c'est ok quoi et donc
- Arnaud Manzanini
là pareil c'est un truc de fou ça a dû te donner confiance aussi de voir de te dire à un moment finalement je vais peut-être y aller vraiment pour la gagner cette course ouais alors quand t'as plein de domaines de compétences comme ça qui croient en toi quelque part. Parce que s'ils acceptent, c'est pour toi, mais aussi le projet qui les excite énormément, tu vois.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Oui, en tout cas, c'est sûr, ça m'a donné de la force. Ça, c'est clair. Et donc voilà, nous jusqu'à là, on a fait des courses de prépa, elle m'a fait mon alimentation. Ça, enfin, il faut le dire, je pense que c'est un des pans de l'entraînement qui, ces dernières années, a été beaucoup disrupté. On le voit avec maintenant les 110 grammes par heure, etc. Ils sont incroyables. Là, ça m'a challengé. Là, en gros, je suis arrivé. On sait qu'en ultra distance, on a une consommation énergétique qui est incroyable sur 24 heures. Clairement, c'est notre carburant.
- Arnaud Manzanini
Ça fait partie de la stratégie. Si tu n'as pas de stratégie d'alimentation ultra, c'est que... Autant rien. Si tu as préparé toute la partie physique, tu t'es préparé mentalement, physiquement, tu as ton matériel, tout ça est nickel. Mais si t'as pas la stratégie d'alimentation, bah c'est... t'auras rien fait quoi.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais c'est sûr, surtout qu'on sait que t'as ton entre guillemets, t'es au prime de ton physique pendant une quinzaine d'heures, et après tu fais que perdre. Et donc si en plus de ça, ton alimentation elle est pas la plus précise possible, bah en fait tu fais que perdre en performance quoi. Et donc sur des courses qui font 5, 7, 10 jours...
- Arnaud Manzanini
Si tu n'as pas la patience, si tu n'es pas patient et tu n'acceptes pas d'être en sous-régime, tu vas à l'abandon.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais.
- Arnaud Manzanini
parce que le mental justement n'accepte pas de rouler si lentement et entre là le moment dont tu parles donc là t'as toutes les petites parties dont on parlait tout à l'heure pour préparer cet objectif sont validées et le moment du départ est-ce qu'il y a des moments dans cette préparation où tu t'es dit mais dans quoi je me suis embarqué mais en fait ça le fera pas ouais parce que pour
- Sébastien Scotto Di Fasano
la première fois j'avais déjà fait appel à Loïc en 2023 sur ma deuxième RAF 2500 km et en l'occurrence c'était là où je pensais que j'avais fait le maximum possible et la prépa c'était super bien passé toutes les séances étaient passées là pour la première fois je passais pas des séances mais vraiment je passais pas tu dis passais pas des séances c'est à dire que c'est des durées d'intensité ou des oufettes que tu n'arrivais pas à tenir ou à atteindre en fait du coup dans toutes les séances quand on parle de l'organisation de son entraînement on dit souvent il faut faire 80% de Z2 et en fait Ça c'est sur le papier, c'est vrai, mais ça ne veut pas dire que tu fais des séances de Z2 et des séances d'intensité. Non, ça veut dire que dans toutes les séances, tu as de toutes les zones, tu travailles toutes les zones. Et en l'occurrence, les séances qui sont identifiées comme difficiles, avec des intervalles solides à tenir, plutôt pyramidales, etc. Là, des fois, j'avais des explosions au bout de la première série alors qu'il y en avait trois à passer. Donc là, mentalement, un peu dur. Un peu dur. Et donc, c'est là où Loïc, c'est là où je pense l'accompagnement est important. C'est que tu vois, il me dit, ben là, on voit bien, tu commences à être un peu fatigué. Du coup, on va changer le programme de la semaine d'après. Et j'ai même explosé en plein vol un mois avant le début de la RAF sur une des deux dernières séances les plus structurantes. Et là, je flippe, quoi. Et en fait, Loïc, il me dit tout de suite, non, mais c'est bon. Là, c'est bon. Le travail, il est fait. Là, tu ne l'as pas passé. Tu es rincé. On a fait le taf. Maintenant, on laisse glisser jusqu'au départ. Mais ça, si tu n'as personne pour te le dire.
- Arnaud Manzanini
Ah oui, tu vas continuer à t'entraîner et là, tu fais l'erreur. Tu te dis, ben non,
- Sébastien Scotto Di Fasano
cette séance, je vais la passer. Je suis retour dans trois jours. Enfin, c'est là où tu peux multiplier les erreurs. Donc, hyper important. Et c'est aussi à ce moment-là, je l'ai fait assez tard, mais dans les deux derniers mois, j'ai fait appel à une préparatrice mentale, Camille Soyer, que je remercie énormément parce qu'en fait, j'ai commencé à me dire... Bon là avec un peu tout ce qui se passe, ça me dépasse un petit peu, c'est-à-dire que ce projet-là, j'ai voulu communiquer dessus, etc. Et il y a beaucoup de gens qui me disent « Ouais, ça va le faire, tous les jours je reçois des encouragements, etc. » Alors que moi je sais que je ne vais pas gagner. Et en fait au bout d'un moment je me suis dit « Il va quand même falloir que je me prépare. » Je me suis dit « Il faut que je fasse appel à quelqu'un pour m'aider et pour me créer une espèce de boîte à outils pour que si, et c'est ce qui va arriver, au bout de 24 heures je suis 55ème. » il faut quand même que j'arrive à me relever mentalement et à me dire voilà mais en fait attention attention repense bien à ce que représente ce projet repense bien ce que tu es capable de faire est ce que tu veux aller chercher et donc je me suis dit si je suis tout seul et que j'ai pas de clé ça reste dans de compliqué et donc pour la première fois de ma vie j'étais persuadé que le mental c'était là vraiment le truc qui était qui était ma seule force tu vois et je me suis dit j'aurais jamais besoin de quelqu'un là dessus je pense pouvoir me débrouiller et là c'est la première fois de ma vie où je me dis Il faut que je me fasse accompagner. Il faut que je me fasse accompagner parce que je risque de m'écrouler et ça serait trop dommage, c'est pas ce que je veux. Ça fait deux ans maintenant que ce projet occupe...
- Arnaud Manzanini
T'as senti que t'avais besoin de support sur ça.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est ça. Et donc je suis contacté Camille, Camille qui est l'ultra-cycliste en plus, donc elle comprend bien tout ça. Et je lui ai dit, écoute Camille, moi j'ai vraiment que tu me construises une boîte à outils pour que, voilà, il risque de se passer ça, comment je dois réagir, qu'est-ce qu'on met en place, et surtout... Il peut se passer plein de choses pendant cette rafle et il s'est passé plein de choses. Et donc du coup, donne-moi des outils et c'est ce qu'elle a fait.
- Arnaud Manzanini
Génial. En tout cas, c'était vachement intéressant. Ça donne envie, peut-être que je redépare. Non, je rigole. C'est une blague. Non, mais c'était hyper intéressant de vraiment comprendre comment tu as construit ce projet. Et puis, il y a le départ. Donc, en DAI, on commence à annoncer de Fort Ausha. Je rappelle que le départ a eu lieu il y a maintenant un peu plus de trois semaines. On commence à annoncer des chaleurs le 18 juin, des pardons d'ail. Moi, je commençais à être sollicité en me disant « mais qu'est-ce que tu as prévu ? La canicule ? » Moi, je t'ai à 100 000 lieux d'imaginer qu'on irait sur une neutralisation et qu'il y aurait des arrêtés préfectoraux. Donc, quand on me posait la question, je disais « on sait neutraliser sur des orages, si on doit aller sur une neutralisation, on le fera » . Mais jamais, je me disais intérieurement « ça n'arrivera pas, ça n'arrivera pas » . Et donc, la course part. Donc, on sait qu'il va faire chaud. On vous le donne au briefing, on vous donne deux, trois astuces. Comment tu vis ton départ ? Comment tu vis les deux premiers jours ? jusqu'à cette première neutralisation qui est arrivée entre 12h et 16h pour des questions de très forte chaleur, qui ensuite derrière va arriver sur un arrêté préfectoral. Mais déjà, ce départ, comment tu le vis ? Est-ce que tu étais 55e comme tu l'imaginais ? Comment ça s'est passé ? Où est-ce que tu étais devant ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Écoute, c'était assez marrant parce que déjà ce départ, on est parti... Moi, j'étais 7e à partir à Mélenchon. Oui,
- Arnaud Manzanini
parce qu'en fait, c'est intéressant ce que tu dis. c'est que les dossards, comme je l'ai dit au début, sont attribués à vie. C'est-à-dire que Seb, il a le USS 63. S'il revient dans 10 ans, dans 2 ans, si cette courte existe encore dans 30 ans, il aura toujours le USS 63. Et on fait partir par les plus petits dossards. C'est-à-dire que les anciens partent les premiers, et puis ensuite, c'est par ordre chronologique de dossard. Donc effectivement, USS 63, un dossard très petit, parce que maintenant, on est sur du 700.
- Sébastien Scotto Di Fasano
t'es parti dans les premiers donc je pars 7ème et j'étais très content de ça parce que je me suis dit c'est génial je vais partir dans les premiers il y a du monde, il y a de l'ambiance et donc au moment où je pars donc c'est le départ à 20h si je ne me trompe pas tout est 30 secondes je me dis je vais partir comme j'ai prévu, comme d'habitude sur mes zones de puissance et en fait assez naturellement je me mets à rattraper les premiers qui sont juste devant moi jusqu'au moment où je suis deuxième et et juste devant je vois régis courtet alors pour ceux qui connaissent pas régie c'est un récit légende de la raf qui fait je sais pas combien de top 10,7 cette fois là cette fois à ce cross france toujours sous les sept jours jours sur les sept jours toujours dans le top 10 enfin juste un grand grand athlète et adorable en plus et je me dis Ça serait quand même marrant d'être premier de la rafle, quoi.
- Arnaud Manzanini
Cette sensation est particulière. Moi, je l'ai connue sur une épreuve qui était la Race Across Italie il y a très longtemps. J'ai connu cette sensation d'être premier, d'ouvrir la route. C'est grisant.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est grisant. Et du coup, je me dis, je le vois, il est quelques virages devant. Vas-y, fais-toi plaisir, c'est ton moment. Et donc, je vais le chercher. Donc, il faut quand même sortir des voies pour aller chercher Régis. Et je le double, mais je lui mets une demi-roue et Régis qui reprend sa place et qui remet un coup d'accélération. Et en fait, on en a parlé un peu, on en a rigolé après à l'arrivée. Il m'a même dit, moi j'étais en échauffement, je pars toujours sur un petit échauffement et après je pars vraiment. Bon, mais quand il est parti vraiment, je ne l'ai plus vu. Mais du coup, juste après, je me suis amusé à faire une petite story sur Instagram en disant, j'ai été premier de la RAF pendant peut-être trois secondes. Et donc voilà, c'était marrant comme départ.
- Arnaud Manzanini
Et ce qu'il faut savoir aussi, pour ceux qui ne connaissent pas le format, c'est que les départs sont le soir, toutes les 30 secondes en mode contre la monte. Donc il y a deux heures à peu près entre le premier et le dernier d'écart dans les départs. Et on part dans la nuit, donc ça veut dire la première nuit sans sommeil, au bisque, sous l'or, magnifique. Et comme moi, ce qui m'intéresse, c'est les premières chaleurs. C'est-à-dire le vendredi, pas de neutralisation. Moi j'ai passé mon transport de Biarritz en Daïe jusqu'à mon lieu où je devais gérer le PGO non-stop au téléphone. Là on sentait la pression monter des autorités, les médecins aussi commençaient à nous appeler en disant « quels sont vos plans, il va faire très chaud » . Donc j'ai passé 7 heures de transport en voiture pendue au téléphone pour expliquer, réfléchir avec mes équipes, qu'est-ce qu'on met en place. Vous sur le vélo, comment vous avez vécu cette première journée sans neutralisation à travers la chaleur ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Déjà on l'a senti dès la première nuit Parce qu'en fait c'est quand même assez incroyable Mais le départ de la RAF correspond au premier jour de canicule De toute la France En termes de timing On a vraiment pas eu de chance C'était juste fou
- Arnaud Manzanini
En gros personne n'était acclimaté On a pas eu de chance mais à une semaine près il n'y avait pas d'épreuve On aurait fait une semaine plus tard et il n'y avait pas d'épreuve Parce que tous les départements étaient rouges et tout était sous arrêté C'est clair Et à l'heure où on parle d'ailleurs il y a 37 départements en vigilance rouge
- Sébastien Scotto Di Fasano
Et donc en fait Tout de suite Merci. on sent que la première nuit déjà il fait déjà chaud pour la nuit tu vois on pensait un peu se mettre au frais alors heureusement on monte à l'altitude avec obisque sous l'or mais quand on redescend moi au moment où je redescends le soleil est en train de se lever voilà la journée elle est dure que je l'ai dit mais personne n'est acclimaté personne n'a encore roulé dans de telles chaleurs moi même habitant à Marseille 15 jours avant il faisait 20 degrés il faisait 20 degrés donc de passer de 20 à 40 on le sent tout de suite Moi j'aime pas du tout la chaleur, donc en plus je sais que c'est quelque chose sur lequel il faut un temps d'adaptation. Je m'entraîne entre midi et deux, donc c'est généralement là où il fait le plus chaud, donc généralement je fais toujours attention d'essayer de m'entraîner dans des conditions comme ça. Et en fait cette première journée, elle est terrible. Elle est terrible, vraiment l'après-midi, elle est juste terrible. Et moi j'avais prévu, je m'étais dit, on va passer la première base de vie à Créon au kilomètre 520, je vais dormir 100 bornes plus loin. Je m'étais dit, je pousse encore 100 bornes après la base de vie. Et en fait, arrivé à Créon, je dois y arriver vers 20h, je me dis, je suis incapable de faire 100 bornes. Je suis vidé, mais vraiment vidé. En fait,
- Arnaud Manzanini
on ne s'en rend pas compte, mais la chaleur... La chaleur pompe énormément sur l'énergie.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais, et en plus l'approche de Créon est terrible parce que du coup c'est que des relances et que des petites bosses. Là la chaleur était vraiment au maximum à ce moment-là.
- Arnaud Manzanini
Il faisait plus chaud à 18h qu'à 14h.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'était juste terrible et je me dis mais je vais même jamais y arriver à cette base de vie quoi, c'est pas possible. Et donc quand j'y arrive, je me pose un petit peu. je refais un peu tout le plein de nourriture, boisson, etc. et je me dis, il est quand même trop tôt pour s'arrêter c'est pas possible, il faut au moins que je pousse et j'ai poussé jusqu'à Libourne qui est pas beaucoup plus loin qui est un peu moins de 50 bornes après et déjà y aller c'était dur t'as profité un peu de la piscine ou pas ? non, je me suis pas jeté dans la piscine parce que j'avais ce que tu nous as dit dans le briefing de ne pas mouiller la chamoisine du cuissard Et c'est fou parce que le fait que tu l'aies rappelé, je me suis dit, putain mais il a raison quoi, il faut encore faire plus attention dans des températures comme ça parce que justement les douleurs de selle elles sont encore plus présentes quand on est sur des températures extrêmes.
- Arnaud Manzanini
La foscération, l'humidité, quand tu restes, c'est sûr que si tu fais une sortie d'une heure et demie tu peux t'arroser, ça pose aucun problème et te plonger dans la piscine, mais quand tu roules plusieurs journées comme ça, bah ta peau si tu la laisses dans l'humidité.
- Sébastien Scotto Di Fasano
c'est un très très bon conseil pendant le briefing, je me dis la raison je peux m'arroser tant que je veux mais par contre mon cul-de-sart il faut qu'il reste et sur la piscine de créon,
- Arnaud Manzanini
ça c'est une décision que j'ai prise le matin même c'était pas du tout prévu qu'il y ait une piscine à créon c'est juste qu'on commençait à discuter avec les autorités, avec les médecins qui nous disaient il faut vraiment qu'il y ait de la fraîcheur, de la glace, des profraîcheurs et donc j'ai tout de suite appelé l'équipe de créon en leur disant écoutez vous allez acheter une piscine vous allez la remplir et pour que ça soit un peu plus sympa vous allez mettre des petits flamants roses vous allez mettre des petits canards jaunes Euh... Parce que j'avais cette image de mon expérience aux US où moi, quand j'ai traversé le désert, l'étape après le désert, c'était à Congress. Eh bien, il y avait une piscine avec des petits canards jaunes et j'ai trouvé ça tellement sympa que tu t'en souviens. Et j'ai dit je veux absolument la même chose, donc vous m'achetez ça. Et ça s'est bien passé.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est clair. C'était très bien passé. En tout cas, ça a servi.
- Arnaud Manzanini
De vendredi, ça a vraiment tapé, ça a pompé. On annonce la neutralisation le samedi.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ça, grosse erreur de ma part, parce que du coup, au moment où tu l'annonces... Déjà, je me suis fait engueuler par Loïc, parce que Parce que dans le souci d'avoir toutes les batteries à fond tout le temps, j'avais déconnecté le Bluetooth de mon téléphone, et donc je ne voyais pas quand on m'appelait, et quand je recevais des messages sur mon compteur, normalement tu as un renvoi, et là je ne recevais rien. Et Loïc, qui était là en support, était là aussi pour m'aider dans la stratégie, etc.
- Arnaud Manzanini
Alors qu'il était aussi sur le vélo.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Alors qu'il était aussi sur le vélo. Et en fait, il n'arrive pas à me joindre de toute la journée. Et moi, à chaque fois que je vois ses appels, je le rappelle, mais lui n'est plus dispo. Enfin bref, et donc on n'arrive pas à s'appeler de toute la journée. Et ce qui fait que je me couche, donc ce soir-là, sans savoir que le lendemain, il y a la pause fraîcheur. Et donc, grosse erreur stratégique, parce que là, du coup...
- Arnaud Manzanini
Tu perds du temps.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Je perds du temps. En tout cas, ça aurait impacté sur la stratégie, j'aurais fait les choses différemment. Et heureusement, je n'ai pas fait trop d'erreurs, mais en fait, au moment où je me couche, je me dis, bon là, Seb, tu es rincé, tu ne l'as encore jamais fait, mais fais une nuit de trois heures.
- Arnaud Manzanini
Peut-être qu'on l'a annoncé la veille.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'était à la veille. En fait, c'était 22h ou 23h. Et moi, je ne le vois pas passer. Et au moment où je me couche, je dors 3h. La nuit la plus grosse que j'ai jamais fait en ultra. J'ai jamais dormi 3h. Et au moment où je me réveille, je suis en pleine forme, etc. Je me dis, génial, ça valait le coup. Et là, j'ai que jusqu'à midi pour rouler. Donc, grosse erreur stratégique. Parce que sinon, j'aurais fait différemment. Après, avec des 6, on refait tout. Mais en tout cas, j'aurais fait différemment. Et là, je me fais engueuler par Loïc. Il me dit « T'es injoignable, on a une stratégie, il y a une neutralisation, tu réponds pas au téléphone. » Il me pourrit. Il me pourrit. Et donc, du coup, je me dis juste « Voilà, maintenant, jusqu'à midi, c'est à fond. » Et surtout, j'avais commencé à regarder parce qu'il y avait une autre tactique qui se mettait en place. C'était « Il faut s'arrêter dans des endroits où t'as de la fraîcheur, où t'as à boire et t'as à manger. » Donc, quand même dans un village.
- Arnaud Manzanini
Il ne faut pas t'arrêter à midi pile sous un arbre. C'est ça.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Si tu te mets à passer 4 heures, même à l'ombre, à l'ombre, il faisait 40. Ce n'était pas possible. Je regarde un peu la carte. Il y a en gros deux villages qui s'offrent à moi. Un qui est peut-être un peu tôt et l'autre, c'est un peu chaud à voir. Tu prends celui un peu chaud à voir. Du coup, je me mets minable. J'arrive à 11h58 dans le village.
- Arnaud Manzanini
Donc tu évites les appels du pédéo pour te dire qu'il faut t'arrêter mon garçon ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Exactement. Et là j'arrive dans le village, il y avait normalement une super-être, super-être désaffectée. Et il y avait un seul bar-restaurant qui n'avait pas l'air ouvert. Et là, je me dis, pas possible.
- Arnaud Manzanini
Mauvais plan.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Mauvais choix. Et finalement, je regarde le bar, je vois que c'est ouvert. Et en fait, il y avait le patron du bar. C'était à Courcombe, si je ne me trompe pas. Et je lui ai envoyé un petit message d'ailleurs, qui était là. Et en fait, il était en train de racheter le bar. Donc, il a en pleine reprise ce bar-restaurant. Et je lui dis, ah, vous avez quelque chose ? Il me dit, bah non, j'ai rien. Enfin, on est en reprise, etc. Et finalement, il avait fait un couscous la veille avec sa famille. Donc, il m'a refait à manger. Il m'a servi. Ah, par contre, il avait à boire.
- Arnaud Manzanini
C'est incroyable. C'est les histoires qui sont à côté de ça.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Et donc, il m'autorise à squatter jusqu'à 16h chez lui. Donc,
- Arnaud Manzanini
tu lui expliques. Et je lui explique. Je lui dis, voilà. C'est la configuration de l'épreuve. Il y a d'autres participants qui vont arriver probablement.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Alors, j'étais tout seul. J'étais tout seul vraiment parce que du coup, tout le monde avait choisi le village. Enfin, tout le monde. Ceux qui étaient à côté de moi avaient choisi plutôt le village d'avant, qui était un beau plan. Et moi, je me retrouve là. Et en fait, il m'ouvre sa porte. Et pendant quatre heures, il me dit, tu peux rester là. Tu peux dormir sur le canapé. Voilà. Et donc, il me fait à manger. Donc, je mange un couscous. J'avais à boire à volonté. Et je n'étais pas au frais. Il n'y avait pas la clim. Mais en tout cas, je n'étais pas dehors. Et ça change tout. Ça change quand même tout. Donc, cette première pause fraîcheur, finalement, elle ne se passe pas si mal.
- Arnaud Manzanini
Et donc le but c'était d'éviter les chaleurs. On va faire un épisode, qu'on enregistre d'ailleurs cet après-midi, sur l'envers du décor. On va vous expliquer toutes les décisions qu'on a prises, pourquoi on les a prises. Donc je vous invite à aller écouter le podcast, je fais un petit peu de promotion, mais ultra tôt, qu'on explique l'envers du décor et pourquoi on a pris ces décisions, à quel moment. Et donc nous ce qu'il faut savoir c'est qu'on est informés, on est informés samedi après-midi, 17h, juste après la fin de la pause fraîcheur, on est informés de l'arrêté préfectoral du lendemain qui va tomber à midi, qui nous dit... arrêté préfectoral dans le Loiret, personne passe. Et on savait que si on respectait cet arrêté, il y a 4 coureurs qui allaient passer, les plus rapides, mais que les 240 autres, la course était terminée pour eux. Donc, on a réfléchi jusqu'à avoir cette idée de nouveau concept de première course d'ultra-distance par étape. Et ça, j'expliquerai dans le podcast comment j'ai eu cette idée, comment l'équipe m'a accompagné sur la livraison de cet événement, mais ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Donc toi, tu repars à 16h ? Oui,
- Sébastien Scotto Di Fasano
je repars à 16h et là, je me dis, c'est simple, tu as manqué un peu le coche de cette nuit parce qu'en gros…
- Arnaud Manzanini
Parce que la nuit d'après, nouvelle neutralisation, 12h-18h. Voilà,
- Sébastien Scotto Di Fasano
c'est à 12h-18h. Et donc là, je me dis, Seb, tu vas jouer ton va-tout. Il faut que tu passes une nuit blanche. Il faut que tu passes une nuit blanche et que tu pousses jusqu'à demain, le lendemain midi. Et c'est là où moi, je me dis, c'est là où ma force, je peux essayer de la mettre en pratique. Et donc je me dis, je suis capable de la faire cette nuit blanche. En plus, on s'est arrêté dans l'après-midi. Je me sens en pleine forme. Ça va le faire. Et donc du coup, je pousse cette nuit blanche. Et donc ça se passe comme prévu. C'est-à-dire que je rattrape un peu le groupe de devant. Je reviens un peu dans le match. À titre d'info, j'étais aux alentours de la 40e place, je reviens à la 30e place, juste avec la nuit. Et là, je commence à regarder quand même ma durée de sommeil, ma durée de temps d'arrêt, parce qu'il y a quand même cette règle, toutes les 36 heures, il faut avoir 4 heures d'arrêt. Et donc là, je regarde l'application et je suis un peu ric-rac, et du coup, je me dis, je ne suis pas sûr de la règle, il faut que j'appelle le PGO à ce moment-là. Et je tombe sur toi. au moment où j'appelle sur le PGO. Alors, pas directement, je crois que j'ai d'abord eu quelqu'un, mais je t'ai eu juste après.
- Arnaud Manzanini
Peut-être.
- Sébastien Scotto Di Fasano
J'imagine que vu le nombre d'appels, c'était compliqué. Mais en fait, donc on est au petit matin, moi, je viens de passer la nuit, je suis content, je suis fier de moi parce que j'ai réussi et j'ai réussi à délivrer la stratégie que j'avais mis en place. Et là, tu m'informes qu'il va y avoir cet arrêt, cet arrêt de course. Ça me coupe les jambes direct. En gros, tu me dis, ouais, Seb, bon, là, je te dis... On vient à peine d'avoir l'info, du coup je prends un peu la température chez chacun d'entre vous pour savoir...
- Arnaud Manzanini
Je t'ai appelé, effectivement. Oui, oui, tu m'as appelé. Je t'ai appelé,
- Sébastien Scotto Di Fasano
c'est ça.
- Arnaud Manzanini
En fait, c'est un peu mon mode de fonctionnement, c'est-à-dire que j'ai mon idée, mais souvent c'est pris par il, c'est pas ce qu'il veut faire, pas du tout. J'ai mon idée, mais je prends un peu la température pour savoir si je dois ajuster. Et donc je t'appelle en te disant voilà, ça va être neutralisé, on va le communiquer comme ça, voilà ce qui va se passer, qu'est-ce que t'en penses ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est ça. Et donc, du coup, l'info que tu me donnes, c'est que ça va être neutralisé, les départements que vous allez traverser ensuite sont en zone rouge, donc c'est mort. Qu'est-ce que tu préfères ? Que la course s'arrête là, ou qu'on reparte d'Alberville, qui aurait été une autre base de vie qu'on aurait dû rallier beaucoup plus tard, et qu'on fasse une course sur la fin du parcours d'Alberville à Mandelieu. Sur le moment, j'encaisse, quand même. Mais je te réponds, je dis, moi, tu me proposes de rouler ou pas rouler, je préfère rouler. Et tu me le dis toi-même, c'est un projet sur deux ans, etc. Tu t'es donné, je pense qu'il y a beaucoup de gens dans ton cas. Donc voilà, je vous propose ça. Et moi, je te conforte entre guillemets dans l'idée que...
- Arnaud Manzanini
J'ai appelé quatre coureurs, comme toi en fait, des gens que je connais. Et je sais qu'ils vont me donner une version étant dans l'épreuve. Et effectivement, j'avais le choix de dire, le Loiret interdit le passage. Donc la course s'arrête. On savait que derrière, il y avait la Nièvre qui était en rouge, qu'il y avait la Saône-et-Loire qui était en rouge. La course s'arrête. Ou alors, on se dit qu'on fait stop, qu'on neutralise et qu'on repart. Deux jours plus tard, l'endroit où à peu près vous seriez arrivé. Et du coup, c'est ce qu'on a fait. Et après, il a fallu qu'on le communique à tout le monde. Mais déjà, quand tu raccroches... C'est quoi ton émotion ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Déjà, je raccroche, je me jette sur le bas-côté direct.
- Arnaud Manzanini
C'est quoi ton émotion par rapport à ce projet que tu prépares depuis deux ans et que tu te dis « c'est fini, c'est fini, la course va s'arrêter dans trois heures » .
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est là où la prépa mentale, elle fait tout son sens. Elle a tout son sens, c'est que Camille m'a toujours dit « pour prendre une décision, il faut que tu aies mangé, il faut que tu aies bu, il faut que tu sois reposé » . Donc là, en fait, tu m'annonces ça, je sens que j'ai les jambes coupées direct, je me jette sur le bas-côté et je dors 15 minutes. Je cherche pas à comprendre, je me jette, je suis dans l'herbe.
- Arnaud Manzanini
T'as mis une alarme ou pas ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Oui, j'ai quand même mis une alarme. C'est risqué. J'ai quand même mis une alarme. Même si je savais qu'il n'y avait plus d'enjeu, j'ai quand même mis une alarme. Et au moment où je me réveille, je suis déçu. Évidemment, c'est un projet de longue haleine, mais en même temps, je me dis...
- Arnaud Manzanini
On t'arrête dans un projet sur lequel tu travailles depuis deux ans. Ouais, on m'arrête sur ça. Tu fais des prépas, des week-ends loin des enfants.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais, on arrête sur ça. J'ai fait la nuit blanche avant, donc en plus, t'as eu cette démarche d'aller chercher quelque chose. Et là, je me dis, ouais, bah oui, c'est dur. C'est dur à encaisser. Après, on sait qu'il y a plein de choses qui sont quand même beaucoup plus dures. Et puis, et puis, enfin, Camille, ce que je me dis tout le temps, c'est fais le point sur ce cas de positif.
- Arnaud Manzanini
T'étais loin du Loiret ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
J'étais à 30 bornes.
- Arnaud Manzanini
Parce qu'en fait, pour expliquer aux gens, c'est qu'on avait réussi à discuter avec la préfecture du Loiret, qui au final, une fois qu'elle avait compris notre organisation, ce qu'on avait mis en place au niveau des pauses fraîcheurs, de la neutralisation de la base de Ville d'Orléans, où il y avait un point d'eau, nous a autorisé à laisser passer les coureurs qui étaient dans le département à midi. Donc la règle, elle était simple. Si tu es dans le département du Loiret à midi, l'épreuve continue. Si tu n'es pas dans le département du Loiret à midi, malheureusement, ça s'arrête pour toi et tu es neutralisé jusqu'à mardi à l'Alberville.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Et du coup, j'avais encore plus cette culpabilité de ne pas avoir répondu à Loïc le premier jour. Parce que du coup, j'aurais peut-être pu passer. Mais voilà. Et donc du coup, ce que Camille m'a dit, c'est que voilà, fais le point sur ce cas de positif. Ce cas de positif, c'est que j'ai de nouveau le droit de rouler. Tu nous proposes, tu nous autorises entre guillemets à rouler en prenant le départ d'une autre épreuve, etc. Donc, concentre-toi là-dessus. Et vraiment, j'ai été assez stable en émotion. Et c'était l'objectif. elle me dit l'objectif de la prépa mentale C'est de ne pas monter très haut dans les tours, redescendre très bas, etc. C'est toujours d'avoir une espèce de stabilité émotionnelle. Et j'ai l'impression que ça a été vraiment le cas au cours de cette course.
- Arnaud Manzanini
Donc après, on le communique ouvertement. Il est à peu près 10h, je crois, ou 10h30 du matin. On disait, attention, midi, c'est terminé. Ceux qui ne sont pas dans le noir et sont neutralisés. On propose cette possibilité de repartir pour une deuxième étape d'Alberville. Il y en a quoi ? 33, pardon.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Il y en a 33 qui passent.
- Arnaud Manzanini
Ce qu'il faut savoir, c'est que dans ces 33 là, Il y en a une quinzaine qui, le lendemain lundi, sont de nouveau neutralisés en Saône-et-Loire. Moi, j'ai réussi à en sauver quelques-uns, mais la grande majeure partie, je ne peux pas les sauver. Quand je dis les sauver, c'est qu'ils sont à quelques kilomètres du limitrophe du département voisin. Au moment où ils les appellent, certains sont déjà dans un département où ils peuvent rouler. Et donc, il n'y en a plus que 17 qui terminent cette grande distance. Il s'est passé quoi pendant 48 heures ? Parce qu'il y a des histoires incroyables.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ah oui, je pense que chacun a une histoire incroyable à raconter. Tous ceux qui ont décidé de rejoindre Albertville, donc il fallait quand même traverser la France.
- Arnaud Manzanini
Deux jours pour traverser la France d'ouest en est.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Donc il y en a qui ont pris dix trains, des trains à plus à pouvoir, sans climatisation, des TER qui ont été arrêtés et qui sont repartis, des histoires de fous.
- Arnaud Manzanini
Tu as vu la petite vidéo où je mets les petits points gris ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais, j'ai vu, c'est juste incroyable. Tu vois une migration des points qui va d'ouest en est.
- Arnaud Manzanini
Les petits points qui se regroupent pour des covoiturages, des choses comme ça. Et d'un seul coup, tu vois tous ces points qui se mettent en mouvement vers l'est le lundi. C'était juste... Et nous on suivait ça. Dans l'organisation, on suivait ça, ça marche en fait.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Énorme élan de solidarité du coup de la part de tout le monde. Et je trouve qu'on a cette chance incroyable, c'est que donc Loïc avait arrêté la course, a décidé de ne pas repartir et Créon c'était chez lui. Et en fait, moi quand il m'appelle à midi, je suis réfugié dans un hôtel en train de cramer parce qu'il n'y a pas la clim et qu'il fait 50 degrés dans l'hôtel. Et il me dit, Seb, bouge pas, je viens de tous vous chercher. Je lui dis, comment ça, tu viens de tous nous chercher ? Parce qu'il avait cinq athlètes sur la course. Il a dit, je pars de chez moi et je vous récupère tous et toi, t'es le dernier. Il avait quand même William qui était encore en tête de course, mais il m'a dit, toi, t'es le dernier qui n'a pas passé le cut et je vous récupère tous. Et on va tous à Albertville en s'arrêtant avec les bains chez mon beau-père. Je dis, ah ouais, d'accord. Donc, truc de fou. Donc, il part avec Noélie. aussi tous les deux en scène finisher bien connu de toute la petite famille et tous les deux ils viennent et ils nous récupèrent tous sur le trajet truc de fou donc on dort d'abord à Orléans chez notre amie Caroline Vandam très bonne amie à moi qui en plus est voileuse aussi donc Caro c'est énorme, on a fait de la voile ensemble et maintenant on fait de l'ultra cyclisme ensemble on dort chez elle à Orléans en mode colonie de vacances on est tous les... Les tapis de sol et les matelas posés par terre, on dort chez elle et le lendemain, on fait la route jusqu'à Aix-les-Bains où on dort chez le beau-père de Loïc.
- Arnaud Manzanini
Le lundi soir.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Voilà, dans le Revar et pour repartir ensuite le lendemain. Donc aventure de fou, tous ensemble, etc. Enfin, c'était juste génial. Et il se passe quand même un truc dans ce trajet, c'est que là, on est un peu dans l'action, tu vois, tu ne te poses pas trop de questions, on décide tous de repartir, ça, il n'y a pas de souci. On se demande quand même qui va repartir. Au début, les premiers échos, je ne sais pas ce que toi, tu avais, mais ce n'était pas grand monde. Au début,
- Arnaud Manzanini
on avait beaucoup parce que nous, on a contacté. Ce qu'il faut savoir, c'est que je ne savais pas que mon téléphone était en capacité à sonner autant de fois en si peu de temps. Honnêtement, c'était limite traumatisant. Tu vois ce que je veux dire ? Ça n'arrêtait pas. En fait, je n'avais rien le temps de faire. Je posais que je décrochais. Ça n'arrêtait pas de sonner. Mais c'est le jeu. On a appris beaucoup, nous, dans l'organisation. On a appris beaucoup de cette neutralisation, de cette édition-là. Et en fait, oui, au début, c'était non. laisse tomber, j'arrête. Puis après, on voyait les points gris. On se disait, mais en fait, ils sont nombreux. C'est vrai que ce départ à Albertville, pour nous, c'était la découverte. On ne savait pas combien il y allait avoir de personnes. Mon équipe me disait, Arnaud, il faut que tu fasses un discours. Il faut que tu fasses un discours fédérateur.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Il était incroyable,
- Arnaud Manzanini
le discours. Je ne sais pas, honnêtement, je ne me souviens plus.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Je te le dis, il était incroyable. Honnêtement,
- Arnaud Manzanini
je ne me souviens plus. Ce que je me souviens, c'est quand je voyais des gens me filmer. Je me disais, mais attends, il y a des gens qui me filment ? Honnêtement, je ne sais plus trop ce que j'ai dit. J'avais préparé, par contre, mais je ne me souviens plus vraiment du discours. Et en fait, c'était une magnifique surprise pour nous. C'était hyper émouvant de vous retrouver tous là. L'ambiance était totalement différente. Il n'y avait plus de stress. Les gens étaient contents d'être là. Et c'était un beau moment. Je trouvais que c'était un beau moment.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'était un super moment. Comme tu dis, vraiment, le truc principal et ce qui était le plus fort, c'est que tout le monde était content d'être là. Et en fait, au moment où tu commences ton discours, ce qui est fou, c'est que tu nous confortes dans ce truc-là. En fait, t'es vraiment... Moi, je me suis dit, qu'est-ce qu'il va nous dire ? C'est dur. Je me mettais à ta place. Je me disais, putain, c'est horrible, quoi. Qu'est-ce que tu peux bien dire ? Tu as l'impression que tu ne sais pas comment les gens vont réagir, etc. Et en fait, tu as commencé à raconter un peu les histoires de comment tout le monde avait réussi à venir jusqu'ici, etc. Et c'est monté crescendo. Et petit à petit, tu nous as fait prendre conscience qu'on avait cette deuxième chance et qu'il fallait la vivre. Et que voilà, on est finalement... tous ceux qui étaient là, ils avaient vraiment envie d'être là et mine de rien on était une centaine au départ honnêtement moi au début dans la voiture quand on se pose toute cette question je me dis ça se trouve on va être 20 quoi on va être 20 à prendre le départ, qu'est-ce que ça va être on a arrêté
- Arnaud Manzanini
140 personnes je crois 140 personnes étaient encore en course les deux premières journées il y a eu 40 abandons ce qui m'a amené à la prise de décision de neutraliser pour des raisons de chaleur parce qu'on avait beaucoup de déshydratation Et effectivement, je dirais à peu près 140 personnes étaient concernées par ce report, si j'enlève tous les amendements, et effectivement une centaine. Et en fait, je me souviens, Loïc m'a dit, si tu as 100 personnes, tu as réussi ton coup.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais, tu vois, comme quoi il se trompe rarement quand même.
- Arnaud Manzanini
Il m'a dit, maintenant tu n'as plus qu'à passer devant tout et tu finis l'épreuve. Je serrai les fesses jusqu'au samedi d'après, je te le dis.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ouais, non mais incroyable.
- Arnaud Manzanini
Et toi, comment tu vis ce deuxième départ alors ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Alors déjà...
- Arnaud Manzanini
Il faut que tu sois toujours focus, bon là il faut que je gagne, ou il se passera ce qui passe.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Bah c'est ça, c'est un peu le... Du coup maintenant qu'est-ce que je vais chercher ? Alors je savais que j'avais envie de rouler.
- Arnaud Manzanini
Moi je le savais,
- Sébastien Scotto Di Fasano
moi j'étais quasiment crois le cul. Moi je l'ai su tard. Ah moi tout de suite. Et du coup il y a un moment clé, on est dans la voiture, je suis derrière, il y a Caro à côté de moi, Élise à ma gauche, Caro à ma droite et... Et on discute, ouais, qu'est-ce qu'on va chercher là, qu'est-ce qu'on fait, etc. Caro, elle s'est longtemps aussi posé la question de repartir. Beaucoup. Et je sais plus comment ça vient. Je sais même pas si c'est elle qui me le dit ou si c'est moi, mais elle me dit, mais là, il faut aller gagner, Seb. Il faut la gagner, celle-là. Et là, je me dis, mais... Bah ouais, en fait, peut-être que... il y en avait 17 qui étaient passés du coup alors il y a quand même j'étais quand même pas 18ème donc il fallait quand même aller chercher une performance mais je me suis dit ouais peut-être qu'il y a un truc à jouer devant tu l'as pas dit non non attends c'est juste un live non je dis même pas d'impression et en fait Loïc à ce moment là il se retourne il me dit tu l'as ton objectif Seb c'est ça qu'il faut faire c'est ça qu'il faut aller chercher c'est pour toi là Et en fait, ça m'a de suite... Il y a eu un changement de mood dans la voiture où vraiment, il y a un peu ce truc, on est en route vers Albertville, je ne sais pas trop ce qu'on va faire, je sais que je veux aller rouler, mais voilà. C'est bon, quoi. C'est bon, on y va, je sais ce que je dois faire et je vais aller chercher.
- Arnaud Manzanini
Est-ce que tu partages ça ? Non, tu gardes pour toi ?
- Sébastien Scotto Di Fasano
Non, pas vraiment, parce que je n'y croyais encore pas. Enfin, tu vois, je me suis dit, oui, tu as envie d'aller chercher, entre guillemets, là, une performance sur cette course-là en particulier, mais...
- Arnaud Manzanini
Deuxième partie faisait à peu près 630, je crois. C'était ça.
- Sébastien Scotto Di Fasano
630 kilomètres avec 10 000 de dépôt. Avec le vent tout au milieu.
- Arnaud Manzanini
Et la neutralisation, parce qu'il y a aussi de la chaleur.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est ça. Non, plus de neutralisation. Nous, c'était une nouvelle course. Et donc, on se retrouve un départ à 22h. 22h, pardon. 22h. Et là, je pars deuxième derrière Alain Nizet, parce que là, il y avait encore moins de monde. Et donc on est une centaine, je pars deuxième, donc je me retrouve premier de la RAF, deuxième fois, cette fois-ci de la RAF neutralized, comme on l'a appelé, et là le kiff, les débuts, les 60 premiers kilomètres c'était que du plat, on est parti comme des balles, je pense être resté une bonne demi-heure tout seul devant.
- Arnaud Manzanini
En fait, nous, les retours qu'on avait des vidéastes, des photographes qui étaient sur la course, on disait, mais ils sont partis tous comme des malades. On est partis comme si c'était une course qui finissait le soir. C'est ça. C'était n'importe quoi. Comme si vous étiez tellement frustrés que là, allez, on lâche tout, quoi, tu vois.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'était terrible. Et du coup, on était à fond. Je commence à avoir quatre ou cinq gars qui reviennent, dont Sébastien Saint-Germain, qui était parti juste derrière moi. On discute un petit peu, tout. Et en fait, on finit même par attraper un des 17.
- Arnaud Manzanini
finisher qui était passé c'est pour ça qu'on a le décalage à
- Sébastien Scotto Di Fasano
22h c'est parce qu'on ne voulait pas que vous partiez ce ne serait pas logique pour nous il est là horrible horrible pour lui surtout que je vois les 4-5 premiers passer à côté en mode il parle à peine et moi je passe à côté je m'excuse je dis ça va désolé c'est horrible lui il a fait le grand parcours depuis le début et nous presque on lui tape dans le dos avec courage nous ça va nous ça fait 30h qu'on ne roule plus on a mangé on a bu Euh... On a dormi et j'ai une vision d'horreur pour lui. Et donc, je discute quand même cinq minutes. On en a doublé deux dans la nuit et je discute un peu avec les deux. Et donc, toute la nuit, c'est à fond, quoi. C'est à fond, Et donc, ça s'échappe un peu par devant. Au bout d'un moment, je me dis, bon, c'est bon, c'est un rythme quand même trop élevé. Là, tout le monde va exploser en plein vol. C'est sûr, je ne peux pas tenir ce rythme-là. Et donc, je laisse un peu une dizaine de gars partir devant. Et on arrive dans le Vercors. magnifique, la trace incroyable, les décolles que j'ai jamais fait qui sont au lever du jour juste magnifique, pas une voiture juste pépite et donc là j'avais bien mon téléphone qui était sur bluetooth donc y'a pas de soucis Louis qui me dit les aides sont pas loin devant et tout, continue comme ça c'est super quoi et j'arrive à la base de vie aux alentours de la 10ème position à Bollen et là c'était un cimetière
- Arnaud Manzanini
Un cimetière. Tout le monde qui était comme ça, je vois les gens capots ouverts, machins en train de boire.
- Sébastien Scotto Di Fasano
J'ai vu qu'ils étaient dans le dur.
- Arnaud Manzanini
J'ai vu que tout le monde était dans le dur, que vraiment l'approche, et pourtant il était midi et demi, donc en gros, ils n'étaient pas chauds depuis longtemps. Mais en fait, la nuit à bloc, quand même, mine de rien, on a fait quand même 1000 bornes d'échauffement avant. On les avait quand même encore dans les pattes. Et la chaleur, le stress, la chaleur qui revient. Et donc là, je vois que tout le monde est en PLS. Et là, je fais une espèce de coup comme j'aime bien les faire. Je remplis mes bidons et je repars. Alors, je suis mort aussi. Je suis mort. Et je repars en deuxième position. Et il y a trois ou quatre gars qui me disent « Mais tu y vas, là ? Tu y vas maintenant, là ? » Je dis « Ben ouais, ouais, c'est bon, là. Ça va, là. Je refais mes bidons, je mange deux, trois trucs. » Et c'est reparti. Ah ouais, c'est juste incroyable. C'est juste incroyable. Et donc je repars direct. Et il y avait 60 bornes d'approche jusqu'au Ventoux. Ces 60 bornes, Arnaud, c'était un calvaire. Un calvaire. Vraiment, je me suis dit, allez, 60 bornes, j'ai le plein, j'ai à manger, j'ai à boire. J'ai dû m'arrêter à Puméra, à mi-parcours, pour tout recharger. Parce qu'en fait, on était en train de cuire. Mais de cuire, je me suis dit, le Ventoux, ça va être une boucherie. Une boucherie. Et donc entre-temps, on y avait...
- Sébastien Scotto Di Fasano
Il a passé quel jour ? Jeudi ?
- Arnaud Manzanini
Mercredi.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Mercredi. Ce que je dis à l'anisette, lui, qui était parti de Ventoux, a fait le Ventoux le jeudi. Je crois, oui jeudi, ou vendredi peut-être, il faisait 38 dans la montée, 43 au sommet.
- Arnaud Manzanini
Non,
- Sébastien Scotto Di Fasano
43 dans la montée et 38 au sommet du Ventoux.
- Arnaud Manzanini
Tu sais ce qui nous sauve, nous ? À 5 km du sommet, l'orage arrive.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Exact.
- Arnaud Manzanini
Donc on a un orage arrive. D'ailleurs, le PGO m'appelle au pied du Ventoux. Je suis à Malossène. On m'appelle, et là j'ai peur, là je me dis, il y a un truc, et donc ouais Seb, en fait il y a un orage au sommet du Ventoux, d'accord, voilà donc fais attention,
- Sébastien Scotto Di Fasano
ok,
- Arnaud Manzanini
c'est bon, c'est bon, donc là je monte, on se fait quand même les 17 premières bornes sous plein de cagnards, moi je suis en nage, donc là il y a 5 ou 6 gars qui me reprennent dans le Ventoux, très rigolo, il y en a 2 qui me doublent, ça va machin, on discute et tout ça. Deux bornes plus loin, allongé, en train de dormir sur le bas côté. Enfin, vraiment, c'était n'importe quoi. Et finalement, arrivé à la station de ski, j'ai un trou, mais juste avant le sommet, gros orage qui arrive. Donc là, ça se couvre, ça redescend de 5 degrés. Et là, je repars.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'était top.
- Arnaud Manzanini
C'était génial. C'était la meilleure des choses qui puisse arriver. Et je bascule. Au moment où je bascule au sommet, il grêle.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est pas le chalet Renard, c'est le chalet de Montsora.
- Arnaud Manzanini
le Mont-Sorin le Mont-Sorin côté face nord et au moment où je bascule il grêle et donc là je m'équipe et tout machin et donc là aussi tout l'intérêt de ne pas avoir tout déchargé tu vois au deuxième départ qui dit canicule dit aussi risque d'orage donc il faut quand même être prêt et là c'est
- Sébastien Scotto Di Fasano
tout comme vous avez prévu on le savait dans l'équipe c'est ce que j'expliquerai sur le podcast dédié à cela d'ailleurs il sera présent on avait un météorologue d'une précision mais vraiment C'était hyper, hyper précis.
- Arnaud Manzanini
Et là, j'ai vu la limite, justement, de ça, où des gens qui étaient repartis trop light. Et donc là, c'était un massacre dans la descente, tu vois. Donc finalement, les 5-10 premiers, on est tous arrivés à Sceaux. Moi, j'étais gelé alors que j'avais tout l'équipement. Et il y en a, ils étaient frigorifiés 19 heures sous les coups de choc thermique pour le corps. Ouais, terrible. Et puis la descente, on parle quand même de 30 bornes.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Sous des trompes d'eau,
- Arnaud Manzanini
tu mets plus d'une heure à le faire. Donc en fait, t'as froid longtemps.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Alors que t'as fait une semaine à 40 degrés.
- Arnaud Manzanini
C'est ça. Donc vraiment, moi j'arrive au pied du Ventoux complètement gelé. Et là, deux qui disent à nous, on arrête là, on dort direct, on est mort. Un qui dit, moi je sais pas ce que je fais. Et finalement, il reste qu'un gars, Thibaut Ralu, un copain, qui me dit, moi c'est parti, on y go. Et je dis, bah ouais, on est parti. Et donc on repart ensemble, donc un et deux, sur cette course-là. donc là un peu tu fais quoi toi je sais pas toi tu fais quoi donc assez marrant et finalement on tombe quand même plutôt en accord pour se dire bon ben voilà là c'est la deuxième nuit en gros si on veut faire non stop jusqu'à Malencen ça veut dire qu'il faut qu'on passe sous les jusqu'à Mandeleu pardon il faut qu'on fasse ça en moins de 32 heures ça le fera pas tu vois sinon on va devoir avoir on va être rattrapé par la règle du sommeil et donc ça va pas le faire et Et donc, on tombe plus ou moins d'accord de dormir ensemble à Manosk, tous les deux, donc 40 bornes plus loin. Et donc, j'appelle Loïc à ce moment-là, je dis « Ouais, Loïc, je vais dormir à Manosk. » Il me dit « Ok. » Donc je raccroche. Et finalement, on avance, on avance. Et là, Thibaut, c'est plutôt un grimpeur. Dans chaque boss, il met Minable. Et je me dis, bon, en fait, on a dit qu'on allait ensemble, mais en fait, je vais le laisser s'échapper. Ça ne sert à rien. Et donc, je commence à me dire, du coup, moi, je vais devoir m'arrêter combien ? Je regarde un peu l'application. Je n'avais que 45 minutes d'arrêt. Donc, il fallait que je m'arrête 3h15. Et donc, je me dis, mais attends, on m'arrête 3h15. Je regarde un peu les autres. je vais être dixième au classement général en fait et donc je me dis mais putain donc en gros là je suis dixième quoi, je suis deuxième sur la course mais je vais finir dixième donc ça travaille un peu et je rappelle Loïc je dis Loïc il faut combien de temps là, il faut que je roule à combien pour arriver sous les 32h à Mandela il me dit ah quand même Donc il me dit, j'ai cru que tu allais lâcher l'affaire et tout, mais après il ne peut rien me dire, parce qu'il sait que pousser quelqu'un à faire une deuxième nuit blanche, tu ne peux pas, même si c'est mon coach, ça implique quand même pas mal de choses, de la responsabilité et tout ça, donc il ne peut pas me dire, vas-y, pousse cette deuxième nuit blanche, c'est quand même trop dangereux. Et donc il me dit, écoute Seb, c'est simple, depuis le début, tu roules à 21 de moyenne, là il faut que tu roules à 21.5. ou 22, c'était quasiment 1 km heure plus vite, donc en gros il faut que tu te challenge quoi, sans arrêt et c'est un peu la belle histoire, il reste 180 bornes comme un Ironman t'en as fait plein des Ironman, tu te mets à fond pendant 180 bornes et tu réfléchis pas et si ça passe ou ça passe, au pire tu t'arrêtes devant la ligne et tu t'attends et donc là c'était parti l'idée elle était là Et donc là, à ce moment-là, Thibaut, il est un peu loin. Je ne le vois plus. Et je reviens vers lui. Je dis, Thibaut, je crois que je vais continuer. Il me regarde. Je me dis, putain, j'en étais sûr. Il me dit, j'étais sûr que tu allais essayer, machin. Et en fait, j'étais galvanisé par vraiment ce truc. Loïc m'a vraiment mis en confiance à ce moment-là. Il me dit, Seb, s'il y en a un qui peut le faire, c'est toi. Il me dit, là, c'est pour toi. C'est écrit pour toi. Il faut faire une deuxième nuit blanche. Il y a quasiment personne qui peut le faire à ce moment-là, il faut aller augmenter ta vitesse, il me dit, vas-y quoi, vas-y. Et en fait, il m'a gonflé à bloc, et à ce moment-là, je dépose Thibaut dans le col. Alors que depuis tout à l'heure, je peinais à le rattraper, et en fait là, j'étais parti quoi. Là, j'étais vraiment...
- Sébastien Scotto Di Fasano
Est-ce que t'as connu ce qu'on peut appeler l'état de flot ?
- Arnaud Manzanini
Ah ben, ouais, il a duré jusqu'au lever du soleil. C'était juste fou, c'était juste fou. Et du coup, je fais... Donc là, je m'échappe. donc là Thibaut je le vois plus du tout il m'envoie un vocal une heure après il m'envoie un vocal une heure après qui est magique, encore merci Thibaut enfin vraiment super super gars, il me dit bon Seb, moi je vais vraiment me poser à Manos que je peux pas faire cette deuxième nuit blanche, je vais me mettre au tas bah vas-y va la gagner cette raf il me dit ça comme ça le message est magnifique et donc là ça continue de m'alimenter et tu vois j'avais l'impression que tout mon corps était vraiment en mission pour réussir à faire ce truc là et toutes les demi-heures je faisais un point sur mon ETA sur mon temps d'arrivée j'ai appelé Loïc 5 ou 6 fois dans la nuit et à chaque fois je gagnais 0 minute j'étais arrivé à 6h00 et je me disais j'arrive pas à gagner du temps et à chaque fois Loïc me disait mais c'est bon continue là ça va le faire en plus tu vas avoir plus de D- sur la seconde partie il y avait 3000 mètres de D+. euh 2000 mètres de D+, sur les 180 bornes. Et il me disait, vas-y, ça va le faire, ça va le faire. Et dans la nuit, en fait, j'arrivais à maintenir une certaine vitesse et un certain engagement. Et jusqu'au moment où, à 2h du mat, il y a quand même une chute assez importante en termes de watts. Je vois de suite que je perds 30%. Et là, je dis, putain, ça y est. C'était un manquable. C'était forcé que ça allait me tomber dessus. Je buvais de moins en moins, je ne m'étais pas arrêté boire, je buvais des quarts de gorgée, je faisais n'importe quoi. Je buvais des quarts de gorgée, je faisais tout pour ne pas m'arrêter. S'il n'y avait pas une fontaine qui se présentait à moi, c'était mort et il y en avait zéro. Et là je me disais, ça y est, c'est mort, machin. Et Loïc me disait, mais vas-y, vas-y, ça va le faire Seb, arrête, ça va le faire, ça va le faire. Et donc là, je prends la décision de faire, à partir de 2h du matin, toutes les bosses, tous les cols et tous les faux plats debout sur la selle. Je me dis, tu ne t'assoies plus. Tu ne t'assoies plus... Non, non, pas pour pas m'endormir, pour mettre de l'engagement. Tout le temps, Et j'ai poussé, tiré sur les pédales, mais comme un taré, vraiment comme un taré, du début à la fin. Et jusqu'au moment où j'arrive à Grasse... Donc là, début de grosse descente avant le Tanneron, donc le dernier col. Et donc là, je me dis, ça va le faire, ça va le faire. J'y suis.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est à ce moment-là où tu t'es dit, c'est bon ?
- Arnaud Manzanini
Ouais, et là, c'est le moment où je me mets à chialer non-stop pendant, je pense, vraiment, il y a vraiment une heure où je n'arrêtais pas de me dire, Seb, tu vas le faire. Et là, je me laissais envahir, mais vraiment, j'en profitais de ce moment. Je me disais, vas-y, tu vas gagner une course. Moi, je vais gagner une course, ce n'est pas possible. c'est pas possible et donc là vraiment l'émotion elle est juste folle, j'avais même croisé la voiture média juste avant dans un faux plat je vois une voiture qui arrive à sens inverse en train de me filmer et tout, je dis qui c'est je vois pas trop, puis ils me resuivent, ils se mettent à côté de moi j'étais dans les prolongateurs à 60 à l'heure en train de prendre la corde ils étaient à côté de moi, ils me disent ouais qu'est-ce que tu fais je peux pas vous parler là, je prends la corde je suis là T'as... Donc, j'étais vraiment en mode... Chaque pouillème à fond. Et donc là, au milieu de la nuit, je vois que ça peut le faire. Et vraiment, je me laisse envahir. Mais vraiment, là, je lâche tout. Et j'arrive à un moment dans la descente. Déviation, route barrée. Déviation de 5 km. Je me dis, non, ce n'est pas possible. Ça va se jouer une déviation. Donc là, j'appelle direct le PGO. J'appelle le pégeo, je dis « il y a une déviation, ça va me mettre dedans, je ne vais pas arriver, machin » . Et c'était Rémi Urdiel, spécialiste du sommeil, pour ceux qui connaissent et qui est le garant du temps, on va dire, sur la RAF. Et Rémi me dit « mais Seb, détends-toi, tu n'as encore rien compris à la règle » . Il me dit « tu as 45 minutes de pause, donc tu ne dois pas arriver à 6h, tu peux arriver jusqu'à 6h45, donc ça va le faire, fais ton truc » . Donc là, je gagne 45 minutes sur mon temps. Donc je me dis, il n'y a plus rien qui peut m'arrêter. C'est bon. Donc là, de 4h30, 5h du mat, j'arrive au pied du tanneron. J'avais prévu de le monter à fond. Finalement, je le monte. Je profite. Il faut savoir, c'est important. Là, je profite. Le soleil est en train de se lever. Il y a les premières lueurs. Je me dis, là, c'est écrit. C'est magique.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Il a descendu totalement.
- Arnaud Manzanini
Et donc, j'arrive en haut. Et même en arrivant en haut, je refais un calcul. Je me dis, je peux encore passer sous les 6h ça serait bien qu'il n'y ait pas de débat même si la règle me permettait d'arriver plus tard je me dis l'histoire serait belle quand même d'arriver à 6h j'arrive à 5h57 à Montdelieu et je franchis la ligne à 5h57 et la descente ? la descente en fait c'est fou parce que plus on approchait de la ligne d'arrivée moins j'étais dans cette émotion oui parce que tu l'avais avant mais à tel point que quand je passe la ligne il y a Rémi il n'est pas tout seul il y a une autre personne et je... Comme si j'avais fait la sortie du dimanche, mais tout était arrivé avant. Il y a eu aussi l'après,
- Sébastien Scotto Di Fasano
parce que moi je t'ai croisé quelques mois. J'ai suivi toute la distance, parce que j'étais sur la route pour rejoindre l'Alberville à Montdelieu. Et quand je t'ai vu, tu as pleuré toute la matinée.
- Arnaud Manzanini
Je n'avais fait que ça, que pleurer toute la matinée. Parce qu'après, évidemment, tout le monde me dit « tu l'as fait, tu l'as fait » . Après, il faut encore réexpliquer. Oui, j'ai gagné cette course, mais ce n'est pas la... C'est pas la RAF 2500 km, c'est une autre course. Mais comme dit Loïc, l'histoire est belle. Camille m'a écrit juste après en disant « Mais Seb, le destin et la météo a tout fait pour que tu gagnes une course. Enfin, prends-le, quoi. Prends-le. »
- Sébastien Scotto Di Fasano
Et quand t'appelles Karen, tu l'as appelée dans la nuit déjà ? Ou t'as voulu éviter ça ? Ouais,
- Arnaud Manzanini
mais en fait... Au moment où je sais que je vais gagner, elle m'envoie une vidéo de mon fils où elle lui dit que je vais gagner. Mais voilà, quoi. Chef, c'est ça pour ça. Là, tu vas nous faire chialer. Désolé. Donc voilà, ça fait... ça faisait sens quoi j'avais fait tout ça pour ça et les jours d'après ? les jours d'après déjà j'ai accueilli tout le monde toute l'équipe avec qui on était allé on avait fait la route de Orléans jusqu'à jusqu'à, merci jusqu'à Albertville tout le monde a fini on était tous hyper heureux on avait vécu On avait vécu cette aventure tous ensemble et tout le monde était allé au bout, tout le monde avait son histoire. Caro fait podium aussi chez les femmes. Enfin, tu vois, un truc de fou, quoi. Un truc de fou.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Qu'est-ce que tu retiens de ça entre... Deux ans avant, je rêve de gagner la RAF. Et là, qu'est-ce que tu... Alors, il n'y a que 15 jours, il n'y a que deux semaines qui se sont écoulées depuis. Donc, il y a plein de choses qui vont bouger dans les mois et dans les années à venir sur ce que tu viens de réaliser. Mais tu ressors avec quoi de cette aventure, non seulement de la RAF, avec ses neutralisations, ses interdictions, l'adaptabilité qu'il a fallu faire, là aussi la solidarité dans la communauté. Ça, mais c'est surtout les deux années. Alors oui, tu n'as pas gagné la RAF grand format, mais tu as gagné la seconde étape. Tu ressors avec quoi de tout ça ?
- Arnaud Manzanini
Je ressors déjà avec une énorme satisfaction d'avoir mené un projet. Tu vois bien ce que ça représente en tant qu'organisateur de se dire, j'ai envie d'aller là. Et le fait d'avoir réussi à pousser tous ces curseurs à fond. C'est vraiment la satisfaction de l'aboutissement d'un projet, c'est de se dire j'ai mis des choses en place.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est bien de se dire qu'on veut le faire, mais entre je rêve de gagner et je l'ai fait, il y a une chose, parce qu'il y a un écart entre moi j'ai déjà eu des objectifs de se dire moi j'aimerais bien gagner cette course, et puis d'y arriver, la satisfaction est différente, mais j'imagine que ça doit aussi t'apporter beaucoup d'apaisement et de sérénité.
- Arnaud Manzanini
Ouais, Déjà, c'est se dire, voilà, j'ai ces deux années avec des sacrifices, même si j'aime pas trop le mot, parce que les sacrifices, ça peut voir dire des choses beaucoup plus fortes. Mais d'avoir eu cette validation familiale, d'avoir vu moins mon fils, moins ma femme, tu te dis, pas j'ai pas fait ça pour rien, parce que tu le fais jamais pour rien. Mais ça vient quand même te dire, voilà, tu vois, t'as eu un projet qui est arrivé à terme, que t'as réussi, entre guillemets. Et du coup, tu te sens juste en adéquation avec ce que tu as mis en place.
- Sébastien Scotto Di Fasano
C'est une belle transmission aussi pour ton fils.
- Arnaud Manzanini
Oui, après, il est encore un peu petit pour comprendre. En tout cas, à un moment, il m'a posé la question de pourquoi. Souvent, il me dit, mais pourquoi, papa, tu vas faire du vélo la nuit, etc. Il pose la même question à sa mère. Et quand il est monté sur le podium avec moi, il avait les trophées. Il n'arrêtait pas de me dire, toi tu ne l'as pas vu, mais c'est quand que tu montes, c'est quand que tu montes. Il était à fond et le lendemain, le lundi à l'école, il a apporté tous les trophées à l'école. Il y avait cette fierté-là que quand on est parent, ça ne peut pas te laisser indifférent. C'est évidemment que ça touche.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Est-ce que tu serais au départ de la 10e édition ? Question piège.
- Arnaud Manzanini
Écoute, pour l'instant, j'étais à toutes les éditions depuis 2020. Je t'avoue que regarder la RAF sans y participer, c'est quand même un peu dur. Tu as construit quelque chose qui aujourd'hui dans le paysage compte et je pense qu'il y a une espèce de faux mot incroyable quand on n'y participe pas. Et même quand tu as pris le départ des distances inférieures et que tu vois les 2500 partir et que toi tu n'es pas encore parti, c'est un truc à chaque fois. Tu te dis j'ai envie d'y être, j'ai envie d'être avec eux. Donc on verra ce que tu nous prépares pour la... pour l'édition des 10 ans. L'an prochain, ça sera les 10 ans.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Ça sera les 10 ans.
- Arnaud Manzanini
Voilà. Mais je ne me vois pas ne pas y être. Après, pour y faire quoi, sur quel format, c'est encore une autre question, mais je ne me vois pas ne pas y être.
- Sébastien Scotto Di Fasano
Bon, écoute, on ira prendre un petit café après, une pizza, je te dirai. Je t'en aurai quelques infos pour la 10e édition et la suite. Parce qu'il y a la 10e édition, mais il y a tout ce qui arrive derrière. Un grand merci, Seb. On se partage ses émotions, putain tu nous as fait chier.
- Arnaud Manzanini
Merci à toi Arnaud, je suis désolé. Désolé JP j'ai pleuré, je sais que t'aimes pas quand je pleure mais...
- Sébastien Scotto Di Fasano
Non non c'est génial, c'est vrai que je reprécise mais quand tu connais d'où l'idée part et quand tu vois le résultat et les émotions et les histoires humaines que ça génère, les histoires familiales parce que tout ça reste et marque des familles et des vies, c'est une très belle fierté pour moi donc un grand merci pour ta confiance, un grand merci pour ce partage. Et puis, je vous donne rendez-vous très prochainement pour un nouvel épisode et une nouvelle saison aussi, parce qu'au moment où on enregistre, au moment où on va diffuser cet épisode, on arrive sur la fin de la saison 2, mais on a déjà préparé quelques contenus pour vous sur une saison 3, donc un grand merci pour votre confiance. Un grand merci aussi pour ta confiance, Seb, et ton humilité d'être venu partager ce projet. Et à très bientôt, en tout cas, un bel été. Merci.
- Arnaud Manzanini
Merci, Arnaud.