Speaker #1Dans cet épisode, je vais vous parler du bienheureux Pierre Giorgio Frassati. Son nom ne vous dit rien peut-être, comme il ne disait rien aux hommes et aux femmes de son époque. Cet étudiant, mort à 24 ans, n'avait rien d'extraordinaire. Alors, comment peut-on être béatifié alors qu'on mène une vie d'étudiant quotidienne ? C'est ce que nous allons voir. Ah, je crois qu'il y en a un qui aurait été surpris d'apprendre que l'Église allait le déclarer bienheureux, c'est Pierre Giorgio Frassati. Il est probable qu'en entendant ce bruit courir dans les couloirs du ciel, Pierre Giorgio en ait avalé de travers les bouffées de fumée de sa pipe céleste. Il se sentait si misérable, Pierre Giorgio, si pécheur souvent, plein de doutes, de combats, d'espoirs déçus quelquefois. Par exemple, en 1924. « Ce moment est difficile pour moi, la lutte est dure » , écrit-il. « Mais il faut quand même chercher à vaincre et à trouver notre petit chemin de Damas, pour pouvoir y marcher, vers ce but que nous devons tous atteindre. » La mort prend Pierre Giorgio par surprise en 1925, à l'âge de 24 ans. En une semaine, il est emporté par une poliomyélite. Sa famille s'aperçoit de la gravité de la situation la veille seulement de son décès. Et Pierre Giorgio meurt en pleurant tout le temps. La religieuse qui se tient auprès de lui la nuit précédente l'entend s'exclamer. « Est-ce que Dieu me pardonnera ? Il me pardonnera ? » Et il poursuit dans un cri angoissé. « Seigneur, pardonnez-moi, pardonnez-moi ! » Ce sont les derniers mots qu'on entend de lui. Non, ce n'était pas une mort brillante et bien élevée, une mort spectaculaire, ni même une mort édifiante. C'était tout bonnement la mort, déchirante. Après vint la surprise. Les lettres innombrables, adressées à sa famille, la foule à l'enterrement, des pauvres, une multitude de pauvres inconnus de la famille du sénateur Frassati, célèbre directeur du journal antifasciste La Stampa. On écarquillait à des yeux ronds, et saisis, chacun se demandait, mais qui était donc ce Pierre Giorgio ? Nous connaissions un type sympa, qui aimait la poésie, la littérature, qui souffrait un peu dans les études ardues d'ingénieur à Polytechnique, un fameux montagnard. Toujours la pipe à la bouche, effacé souvent, rigolo de temps à autre, un jeune homme un peu décalé, qui faisait parfois honte à sa famille d'ailleurs. N'avait-il pas demandé, à la fin d'une réception mondaine, où il était arrivé en retard et sans manteau, alors qu'il faisait un froid de loup, s'il pouvait emporter les fleurs ? Qu'avait-il bien pu en faire ? Si on l'avait suivi, on aurait su comment Pierre-Georges utilisait les bouquets dont on ne se servait plus. Il les déposait sur les tombes des pauvres. Et le manteau ? Il avait été offert sur la route à quelques miséreux grelottants. En fait, ce grand amour des pauvres était né en Pierre Giorgio en même temps que l'amour de Jésus, dès l'enfance. Un jour, une femme avait sonné à la porte des Frassati. Elle demandait l'aumône. Le petit garçon, haut comme un arrosoir, avait regardé la pauvre maman. Puis, il avait enlevé ses souliers et dit simplement « Pour vos enfants » . Adolescent, il s'inscrit vite à la conférence Saint-Vincent de Paul. et commença à visiter les malheureux du quartier. Il se privait pour leur venir en aide, allant à pied, afin d'offrir le montant du ticket de bus, apportant de la nourriture, des médicaments jusque dans des maisons dites mal famées par les gens élégants de son milieu. Mais lui n'en avait cure. « Ça ne te dégoûte pas, ces lieux répugnants ? » lui demandait-on quelquefois. « Tu sais comment les filles de la famille que tu visites se conduisent ? » « Jésus me rend visite chaque matin dans la communion » , répondait Frassati. Moi, je lui rends visite en allant à la rencontre des pauvres. Autour d'eux, je vois une lumière que nous n'avons pas. Lors d'un voyage en Allemagne, Pierre Giorgio prit sa décision. Il ne serait pas prêtre. Il y avait songé, bien sûr. Il s'était interrogé, serait-ce sa vocation ? Il ne s'en trouvait pas digne. Mais surtout, il se sentait appelé à demeurer auprès des ouvriers, des gens simples et laborieux. À Polytechnique, il avait choisi la section ingénieur des mines. Être laïque, au milieu des mineurs, appartenir au Christ et y servir les pauvres. Voilà ce qui lui semblait être sa vocation. Sa mère en fut certainement soulagée, elle qui était si inquiète et exaspérée de ce qu'elle considérait comme la bigoterie de son fils, sa messe quotidienne, ses prières, son chapelet. Oui, Pierre Giorgio resterait laïque. Il pensa un moment au mariage avec Laura Hidalgo, qui tenait le secrétariat de leur petit groupe d'amis, qu'ils avaient appelé en riant les « ti-plouches » . Mais est-ce parce qu'elle ne plut pas à ses parents ? Craignait-il que cela créait une dispute irréparable dans leur couple alors qu'ils menaçaient de se séparer ? Ou avait-il l'intuition que ça n'était pas sa voix ? On ne le saura jamais. En tout cas, il ne lui déclara pas sa flamme et se retira, le cœur brisé pourtant. « Mon programme tient en ceci, dit-il, convertir cette sympathie spéciale que j'avais pour elle et qui n'est pas voulue. » pour la fin à laquelle nous devons parvenir, à la lumière de la charité. Et puis il ajoute, comme catholique, nous possédons un amour qui dépasse tous les autres. C'est cet amour qui embrasse Pierre Giorgio jusqu'à la fin. Quand il comprend qu'il va mourir, son ultime geste est d'écrire un mot pour faire livrer les piqûres d'un malade, puis il vide son portefeuille. Voilà des sous pour publier une petite annonce pour les pauvres. Pierre Giorgio aime jusqu'à la dernière minute. « Tu me demandes si je suis joyeux » , écrit-il à sa sœur Luciana quelque temps auparavant. « Comment ne pourrais-je pas l'être ? Tant que la foi m'en donnera la force, toujours joyeux. La voie chrétienne est joie, même à travers les douleurs. » Pierre Giorgio, cette semaine, enseigne-nous ta bonté inlassable dans une vie toute ordinaire. Ta charité pour les pauvres et les malades puisée dans l'Eucharistie. Ton amour désintéressé, qui fut ta joie au milieu de toutes les peines. Nous te prions pour les jeunes. Fais lever des saints, des grands saints parmi cette génération.