- Journaliste
être entrepreneur c'est être confronté aux sentiments de solitude est ce un frein une liberté une angoisse ou un challenge tout seul seul avec tout seul un des podcasts d'orange pour les pros nous rencontrons partout en france des entrepreneurs qui vous partagent leur expérience leur histoire Dans ce nouvel épisode de Tout Seul, nous partons à Bordeaux à la rencontre d'Audrey Delors Laval. Audrey, c'est la fondatrice de Mimitica, une gamme de produits solaires créée sur un coup de tête. Alors jeune chef de produit chez Chanel, après des études en école de commerce, elle découvre la cosmétique. Lors de l'été 2015, elle s'interroge. Mais pourquoi aucune grande marque ne propose-t-elle une crème solaire légère et qui ne colle pas ? C'est le déclic, elle quitte son job dans la foulée et crée seule sa marque avec ses économies. Neuf mois après, son premier produit sort avec succès. Neuf mois, c'est aussi le temps d'une grossesse. Depuis, Audrey a recruté une équipe, développé la gamme de produits et ouvert des bureaux. C'est dans ses locaux, situés en centre-ville, qu'elle nous raconte son histoire.
- Audrey Delort-Laval
Bienvenue dans les bureaux de Mimitika. Je m'appelle Audrey, j'ai 35 ans. Je suis la créatrice de Mimitika, qui est une marque de cosmétiques centrée sur le bien-être au soleil et tous les bienfaits du soleil pour la peau et l'esprit. J'ai créé Mimitika il y a 7 ans maintenant. Avant, j'étais chef de produit chez Chanel en parfum, donc en développement produit. Tu avais fait quoi comme études avant ? J'ai eu un parcours... très classique de bon élève. Donc j'ai grandi à Paris, dans un lycée parisien. J'ai enchaîné avec une prépa dans ce même lycée parisien et j'ai intégré HEC. Voilà, tout ça de façon très linéaire et HEC, j'ai fait des stages en marketing dans des gros groupes, chez L'Oréal, chez Danone et j'ai tout de suite commencé à bosser chez Chanel. Finalement, j'ai eu un parcours où je me suis posée assez peu de questions. Donc on est en septembre 2015, quand je pars de chez Chanel. Et je me dis, ok, j'ai ce projet, je suis intimement convaincue qu'on n'est jamais aussi heureux l'été au soleil, quand il fait beau, quand il fait chaud, quand on est au bord de la mer, quand il y a l'océan près de nous. Je ne connais personne qui n'aime pas cet état-là et qui ne se sent pas plus beau et mieux dans sa tête. Donc mon but, c'est de créer une marque qui donne ces produits-là, qui permet de vivre ces moments-là toute l'année. Donc quand on y est, de se protéger, ça c'est l'entrée juste d'être mieux à la plage et de ne pas cramer. Mais que ce ne soit pas prise de tête, que ce ne soit pas pénible, que ce ne soit pas collant. Et tout le reste de l'année, quand on ne vit pas forcément au soleil, à moitié nu, d'amour et d'eau fraîche, de pouvoir revivre ces moments. Donc de proposer des produits qui facilitent le bronzage, qui apportent une bien-être, qui apportent de la joie et du soleil dans son quotidien.
- Journaliste
C'est quoi le déclic qui t'a fait quitter le salariat et te décider à te lancer dans ta propre entreprise après finalement si peu de temps, au tout début de ta carrière ?
- Audrey Delort-Laval
Le déclic, alors je pense que j'ai quand même toujours voulu entreprendre, j'ai depuis toute petite. Ça fait un petit peu cliché, mais j'ai beaucoup fabriqué des choses que je revendais. Depuis, j'ai toujours fait un peu de commerce pourri, des trucs nazes, mais fabriquer des petits bracelets que je revendais, je peignais des petites sculptures que je revendais aux voisins. Donc j'ai toujours aimé cette fibre de je crée quelque chose et je gagne de l'argent avec. Et en commençant à bosser, j'étais hyper bien chez Chanel. J'adorais mon job et au bout de trois ans, j'ai eu cette idée de... Me dire mais la crème solaire c'est vraiment un produit que personne n'aime utiliser, personne n'aime s'appliquer. Pourtant il se passe plein de choses en cosmétique, il y a plein de nouvelles marques et il y a un segment qui n'est pas du tout transformé, qui est encore hyper old school et c'est relou la crème solaire quoi. Et je me suis dit j'ai envie d'en faire quelque chose, j'ai envie d'en faire une vraie marque qui porte un message, qu'on est content d'aller acheter, qu'on est fier de sortir de son sac, qu'on aime s'appliquer et créer vraiment ça. Donc honnêtement... Dire qu'il y a eu un déclic, c'est un peu gros, et je me suis dit ça, et je me suis dit YOLO, rien n'est irréversible. Lance-toi là-dedans, tu l'auras fait. T'as toujours voulu, depuis toute petite, créer quelque chose. C'est peut-être pas le projet du siècle. Tout le monde lui disait un peu ce que c'était une idée naze. C'est sûrement pas le bon projet, ni la bonne idée, ni le bon moment. Mais tu te lances et puis ça te mènera vers d'autres chemins qui seront peut-être le bon projet. C'était ça mon déclic. Et en fait, je suis toujours là. Donc c'est peut-être ça le bon projet pour moi. Mais pas tellement de déclic à part me dire la prise de risque, elle n'est pas si grosse au final.
- Journaliste
C'est marrant comme réflexion de se dire bon Je crée mon entreprise, mais ça sera pas l'entreprise du siècle, on verra par la suite. Tu penses que c'est ce détachement peut-être qui était un peu nécessaire au final pour survivre au lancement de son entreprise ?
- Audrey Delort-Laval
Ah mais j'en suis convaincue. Et quand je rencontre parfois des gens qui sont en réflexion de projet, ils se mettent beaucoup de pression sur j'arrive pas à trouver la bonne idée, ou est-ce que c'est ça la bonne idée, ou je veux encore réfléchir. Et en fait moi je me suis dit je pense que c'est ce saut, dans mon cas de figure en tout cas, du salariat. Faire l'entrepreneuriat qui est difficile, se sauver à l'inconnu et surtout quand on est bien dans son job. Et ça m'a, comme tu dis, détachée de me dire en fait, c'est pas grave si c'est pas ça le bon projet. Le plus dur c'est d'oser se lancer et le fait de me lancer ça va me faire rencontrer d'autres personnes, me mettre dans un autre, oui, un autre cercle, un autre mood de quotidien et puis j'aboutirai certainement vers le bon projet. Au final, a priori, c'était ça le bon projet. Je sens quand même dans le regard des autres le côté, bon, elle fait sa crise, ça va lui passer, laissons-la faire ses expériences. Mais quand est-ce que tu retrouves un job ? Ce que je vivais assez mal, donc je me dis, il faut très vite que je prouve que mon idée a du sens. Et puis j'avais envie de vérifier aussi que mineurien, ça m'allait d'entreprendre, que mon idée était bonne, enfin que j'étais sur la bonne voie. Donc je voulais lancer le plus vite possible quelque chose. J'avais un peu d'argent de côté. J'avais des plans d'intéressement, de participation chez Chanel qui étaient hyper intéressants. Je me suis dit, bon ben cet argent qui était plutôt prévu pour un petit apport, pour l'achat d'un premier petit appart dans les années qui arrivaient, je me suis dit, bon, écoute, franchement, si c'est ce qui te fait plaisir aujourd'hui, si t'en es convaincue, vas-y à fond, on vit qu'une fois. Donc j'ai débloqué cet argent et j'ai tout mis pour ce projet. Concrètement, c'est 30 000 euros. Ce qui est beaucoup quand t'es jeune, enfin c'est... Beaucoup et pas beaucoup. Donc 30 000 euros, je n'avais aucune idée de ce que Mimitica pouvait me coûter. Donc je me suis dit, je vais lancer une gamme de produits solaires. Assez vite, je commence à discuter avec des formulateurs, comprendre combien va me coûter un produit, une première production. Et je me dis, ah ouais, en fait, ça va être chaud de lancer une première petite gamme de produits. Donc en bonne élève et en fille pas rationnelle, je me suis dit, bon ben on va pouvoir lancer qu'un produit. On va regarder ce qui se vend le plus sur le marché des solaires. A l'époque, c'était les sprays pour le corps en SPF 30. maintenant c'est plutôt les SPF 50 je me dis bah je vais lancer un spray pour le corps en SPF 50 là en flacon et après je me suis dit non mais en fait ça marche pas si tu imagines ce produit dans une pharmacie dans un magasin tout seul tu te dis c'est quoi cette marque il lui manque ses copains donc je me suis dit ok on change complètement on va pas regarder ce qui se vend le plus on va imaginer un produit qui est le plus qui peut vivre tout seul en fait que tu peux poser sur une étagère et tu te dis pas cette marque elle est bizarre, il n'y a qu'un produit mais tiens c'est marrant, il n'y a qu'un produit mais ça m'intrigue. Et donc en réfléchissant j'en suis venue à créer, je le cherche là dans le bureau il est là derrière, la crème visage SPF 50 qui est dans un pot. Tout le monde m'a dit mais il n'y a pas idée de faire de la crème solaire en pot vraiment elle pète complètement à câble au vrai. Et je me suis lancée et ça a tout de suite pris. Et aujourd'hui c'est encore notre best-seller c'est quasiment 25% de notre chiffre d'affaires c'est cette référence là. C'est un petit pot blanc Hyper mignon et dans un étui qui est particulier et qu'on est les seuls à avoir je pense sur le marché des cosmétiques aujourd'hui. Je ne peux pas le garantir mais je ne vois personne d'autre en tout cas. Qui a un étui ouvert comme un petit fourreau. C'est hyper mignon avec le couvercle qui dépasse. Qui est notre marque de fabrique parce qu'aujourd'hui tous nos formats peau ils ont cet étui là. Et le produit a des couleurs qui ne ressemblent pas du tout à de la crème solaire. Il y a un peu de jaune, du rose, du bleu. A nouveau, l'idée c'était de faire de la crème solaire qui ne ressemble pas à de la crème solaire, donc je voulais pas un pot jaune ou orange ou bleu criard, voilà, je voulais que ça se distingue complètement. Bon, pareil, les gens ils m'ont dit, bah ouais c'est cool mais ça ressemble pas trop à de la crème solaire, t'es sûre, pourquoi ? Mais c'est hyper beau. Je me suis dit, ah oui, bah c'est exactement ce que je veux, on y va. J'ai réussi à développer la formule et lancer une première production en 9 mois, ce qui est un coup de bol mais... monumentale en cosmétique. J'ai fait un alignement des planètes hallucinant au démarrage. Et très vite, je voulais vendre. J'étais convaincue à l'époque que le digital, ça serait pas un gros canal de distribution pour la cosmétique. J'ai évolué depuis, je précise, mais je me disais non, les gens ne s'achèteront jamais de crème solaire en ligne. Donc il me faut des points de vente physiques qui Ils vont apporter du crédit aussi à la marque et au fait que le produit est fiable, il a bien passé tous les tests réglementaires. J'ai toqué à la porte de Monoprix. Dire que j'ai toqué à la porte, c'est faible. C'est-à-dire que j'ai toqué à la porte, à la fenêtre, à la cheminée, à la terrasse. Je suis une acharnée, je n'ai pas lâché. J'ai réussi à avoir un entretien, je pense, qui n'en pouvait plus de moi tellement j'y allais. Et l'acheteuse a eu un coup de cœur. Je n'avais même pas de produit, j'avais un PowerPoint et j'avais un... une soumission de laboratoire, donc un peu de crème dans un pot tout blanc, enfin ça ne ressemble pas du tout à ça, et elle m'a dit très bien tu rentres dans 10 monoprix, là dans un mois tu penses que tu peux livrer ? Ah oui, je ne savais pas du tout comment j'allais m'en... J'ai dit oui pas de problème, je peux tout à fait livrer, il n'y a aucun sujet. Et j'ai réussi à faire référencer aussi chez Blissime, qui s'appelait Birchbox à l'époque. Et en fait ce qui s'est passé c'est que sur Blissime, J'ai eu la meilleure note de Solaire, de toutes leurs références Solaire, alors qu'ils ont des super marques durant l'été. Les meilleurs retours clients et le produit s'est classé top 1 des Solaire. Et chez Monoprix, j'ai eu des super rotations. Donc rotation, c'est le fait que les gens viennent, rachètent. Dans la catégorie, Solaire, ça était là. Et ils m'ont dit, mais en fait, avec une marque inconnue, le peu budget comme qu'il y a, on ne comprend pas trop. Mais c'est génial. Et donc je ne suis pas... plus jamais ressorties de chez Monoprix. On continue à vendre, à grossir, à prendre de plus en plus de parts de linéaires chez eux. J'étais toujours sur fonds propres. Je pensais naïvement pouvoir avoir des subventions. Je me suis pris que des portes. On m'a dit « Mais non, mais il n'y a pas d'innovation. » Alors que je développe mes formules, mais ce n'est pas considéré comme de l'innovation. C'est pas de l'économie circulaire, enfin je cocherai aucune case. A la limite j'étais une femme qui créait quelque chose, c'est une case, mais ça suffisait même pas, parce que j'étais pas dans la tech. Donc aucune subvention. Les banques elles m'ont dit, ben non franchement pour l'instant on te traite pas parce qu'il y a rien et puis nous on n'investit pas dans du stock, donc non. Et donc cette année-là j'ai fait, ridicule, mais j'ai dû faire 15 000 euros de chiffre d'affaires en 3 mois avec un produit, je trouve ça génial. donc j'étais comme ça, honnêtement avec le recul je planais un peu sur le financement c'était pas très clair dans ma tête j'avançais au jour le jour et je fais un salon cosmétique et je rencontre complètement par hasard Xavier Niel qui visitait ce salon, ce qui est improbable j'étais même pas sûre que c'était lui parce que c'est comme si Rihanna avait été là en fait on peut pas s'imaginer qu'elle est là à ce moment là donc on se dit bah non en fait elle ressemble mais c'est pas Rihanna ça m'a fait un peu pareil, c'est pas Xavier Niel et Et je me suis dit dans le doute, je vais quand même aller lui parler. Donc j'ai eu parlé, j'ai dit oui bonjour monsieur, voilà j'ai lancé une marque, j'avais un produit sur moi, c'est un petit pot, une crème visage SPF 50, 15 ans bas de la crème solaire, hyper agréable à utiliser. Et il me pose la question, mais comment tu finances ça ? Donc je lui dis exactement, j'ai développé, j'ai débloqué mes économies, environ 30 000 euros. Et puis maintenant, j'avance, je vais voir, je vais prendre des subventions. Je pensais encore avoir des subventions à l'époque. Et il me dit, mais attends j'ai envie de... t'aider, envoie-moi un mail. Je ne donnerai pas l'adresse mail, mais j'ai cru que c'était une blague tellement c'était easy. Et puis, je vais t'aider. Donc, il me dit, je veux bien te donner je viens te donner je ne sais même plus combien c'était 100 ou 150 000 euros. Mais il faut trouver ce qui est énorme et pas du tout ce à quoi je m'attendais. Mais j'étais complètement, en fait... Newbie de la levée de fonds, de l'investissement. Enfin moi, comme je te dis, depuis le départ, j'ai créé une marque et un produit. C'était pas en mode, je créais une entreprise et je me suis un peu laissée porter par ça. Et donc, ça a été génial. Et donc, j'ai eu un bol de dingue parce qu'une fois que Xavier Niel a dit « Je mets tant et que tu peux dire à des business angels, Xavier Niel va investir, est-ce que vous voulez investir vous aussi ? » Y'a plus de sujet. Et depuis, c'est autofinancé, depuis cette levée de fonds qui a eu lieu tout début 2017 du coup.
- Journaliste
Donc une levée de fonds et depuis, tout roule.
- Audrey Delort-Laval
Et ouais, tout roule, c'est une façon positive de dire les choses. Ça roule, mais ça roule avec des hauts et des bas, comme pour tout le monde,
- Journaliste
mais tout roule, ouais. Ta stratégie au départ, comment tu l'as créée ?
- Audrey Delort-Laval
Au début, je ne voulais pas entreprendre seule, et puis tout le monde me disait... il faut absolument que tu aies un associé, c'est pas possible d'être seule, ça ne marche pas. Donc j'ai commencé à chercher un associé. J'avais en tête trois personnes, des amis à qui j'ai dit cash, j'ai cette idée, je pense à toi pour telle ou telle raison. Et ces personnes n'étaient pas le bon moment en fait dans leur vie, dans leur carrière, donc ça l'a pas fait. Là je me suis dit ok, soit je reste chez Chanel, Je continue à chercher quelqu'un pour lancer mon projet. Et puis, ce n'était pas complètement mon caractère. Et je me suis dit, en fait, si je me mets ça comme frein des barrières, je vais en avoir d'autres. Donc, on va se lancer et puis on trouvera bien quelqu'un. Je suis passée dans une autre phase où j'en parlais à tout le monde et où je faisais des dates d'associés. Donc, je rencontrais des potes de potes de potes qui cherchaient à monter un projet, mais qui n'avaient pas forcément d'idée. Et puis, ça ne l'a pas fait. Enfin, je ne sentais pas les gens. Alors pareil, on pourrait se dire, est-ce que je sentais pas, parce qu'en fait j'avais envie d'être seule dès le départ au fond de moi et que je trouvais que des trucs négatifs, ou est-ce que vraiment j'ai pas trouvé la bonne personne, ça on saura jamais. Toujours est-il qu'au bout de 18 mois à peu près, je me suis dit là c'est trop tard, c'est trop mon projet, c'est trop moi, c'est vrai que ça c'est trop mon bébé maintenant, il y a plus de place pour quelqu'un d'autre. Donc j'ai continué comme ça, toute seule. Est-ce que je recommande ? Je recommande pas, j'ai souvent la question. Je sais pas quoi dire, je sais pas. C'est dur d'être seule aussi quand même, c'est dur. Et en même temps, c'est mon bébé. Enfin je pense qu'il faut en tout cas quelqu'un dès le début, c'est sûr. Tu as toujours vécu à Bordeaux ? J'ai créé une mythique d'abord à Paris. Et puis assez vite, je trouvais que ça collait pas complètement avec l'image de la marque, l'état d'esprit que je voulais donner. J'avais pas envie qu'on soit une énième start-up parisienne. Je voulais avoir cette flexibilité de pouvoir aller facilement au bord de l'eau, vivre vraiment la marque à 100%. Et mon mari a eu une opportunité pro à Bordeaux. C'est pas très loin du Passant d'Arcachon, ça nous allait bien. Et donc on est parti un peu à l'aventure sans connaître la ville, sans connaître personne. En se disant, on verra bien ce que ça donne et puis on est toujours là et on y est hyper bien. Donc oui, maintenant on est dans le centre-ville de Bordeaux et je pense qu'on y est pour un petit moment. Moi je trouve que pour la marque en termes d'images, en termes de développement, c'est hyper cohérent d'être à Bordeaux, proche du bassin d'Arcachon. Et ça ne serait pas la même histoire si on était à Paris, dans des petits bureaux. Et que là, hyper évidemment, il fait beau et l'équipe comme les filles, elles partent shooter, prendre des images, des petites vidéos sur la plage. En fait, on ne pourrait pas faire ça à Paris. Mais c'est sûr que d'un point de vue plus business, ça peut être un petit handicap. L'autre point positif de Bordeaux, c'est le côté RH, où en fait, c'est une ville qui attire énormément de monde, où il n'y a pas tant d'entreprises que ça. Il y en a de plus en plus, mais il n'y en a pas tant. Et du coup, pour une petite structure, en tout cas il y a quelques années, comme Mimitica, ça m'a permis de recruter des super profils. Et je pense des gens qui ne seraient peut-être jamais venus chez Mimitica à Paris, parce qu'ils ont un pléthore de choix de start-up, d'entreprises qui les attirent. À Bordeaux, c'est plus restreint. Donc non. Donc, je suis arrivée à Bordeaux seule, sans équipe. Et j'ai recruté à ce moment-là mes trois premières employées, dont Clémentine, qui est encore là aujourd'hui.
- Clémentine
Alors, je m'appelle Clémentine et je m'occupe du développement commercial chez Mimitica. Donc, je fais un moment maintenant que je suis avec elle, mais je sais que dès le début, elle m'a super fait confiance. Parce qu'effectivement, elle m'a confié un peu les... les clés, entre guillemets, du développement commercial. Et je sais qu'elle me fait confiance. Et c'est top de travailler avec une manager comme ça. Mais ouais, elle a vraiment... Elle grandit, en fait, avec Mimitica. Et ce qui est fou, en fait, mais même moi, je me rends compte, c'est qu'en fait, on a souvent la tête dans le guison. Et tu vois, la dernière fois, même, je repensais, je me disais, mais attends, on a vécu quand même le confinement, enfin, le Covid et tout, tu vois. On était une petite société, entre guillemets, à ce moment-là. Et on en est sortis, et on en est sortis grandis. Et la marque encore plus forte, etc. Donc ouais, c'est top. Et pour le coup, voilà, elle aurait aussi peut-être pu, enfin, pas baisser les bras, mais tu vois, peut-être se laisser dépasser, etc. Et non, en fait, voilà, on a tenu, elle a tenu, elle a su nous fédérer. Pareil, elle s'est nous fédérée dans des moments pas forcément évidents, etc. Et ça, c'est une grande force, quoi.
- Audrey Delort-Laval
Moi, j'ai créé Mimitika à la base, pas pour créer une entreprise, mais parce que j'étais convaincue du... besoin de ce produit sur le marché et de cette marque en fait. Et je me suis pas trop posé la question à l'époque de est-ce que j'ai envie de diriger une entreprise enfin c'est venu au fur et à mesure donc j'ai appris sur le tas honnêtement surtout que j'avais que 3 ans et demi d'expérience quand j'ai commencé Mimitica donc en fait 3 ans et demi d'expérience pro oui j'avais un petit peu managé mais c'est pas... Ce n'est pas non plus monstrueux. Je me rends compte que j'adore le management, faire grandir les gens, leur apprendre, leur partager ma passion. Ce qui est plus difficile, et je m'en sors comme je peux, c'est plus tout l'aspect RH. Continuer à garder les gens motivés, passionnés, les aider. Donc je fais au feeling. et le défi d'être... C'est une entreprise humaine dans laquelle les filles sont bien, elles sont contentes de venir travailler. Aujourd'hui, Mimitika, on est entre 10 et 12 personnes. En fonction des périodes, l'été c'est une période un peu plus dense pour nous, donc on est un peu plus nombreuses. L'hiver, on a un peu moins de monde. Alors, là il y a le call MarketCom avec Camille, Julie, Lisa, Manon. Bonjour. Bonjour. Et puis ici, elles se sont un peu mélangées, elles ont changé de bureau, il y a l'équipe philippine. qui est aux opérations achats et supplies, qui s'occupe que tous les produits arrivent au bon endroit au bon moment. On a une petite salle de réunion toute mimie au milieu de cet open space. Et après... On a notre cuisine qui est un vrai levier. C'est important pour moi d'avoir un lieu de vie quand je cherchais des bureaux. Et qui nous sert de deuxième salle de réunion. Donc voilà, des bureaux qui ressemblent un peu à un appart informel, mais très sympa aussi. On est dans le centre de Bordeaux. Il y a des beaux murs en pierre typiques des appart de Bordeaux. Ils sont grands quand même. Grands, lumineux. On est bien. Ça a à peu près correspondu au moment où j'ai déménagé à Bordeaux. Donc j'ai recruté une équipe à Bordeaux. Et oui, on a lancé le développement d'autres produits parce que je sentais qu'il y avait un vrai besoin sur le solaire. Et les produits suivants, ça a été les produits pour le corps. Donc des laits solaires avec des pompes pour le corps. Puis après, des huiles solaires en SPF 50, en SPF 30. Et depuis, on a étendu la gamme vers encore d'autres produits puisqu'on a lancé des autobronzants naturels qui sont en train de devenir... C'est quasiment nos références qu'on vend le plus. On apporte un vrai truc sur le marché de l'autobronzant. Et des gens qui disaient, moi je ne mettrais jamais d'autobronzant parce que je n'ai pas envie d'être orange. C'est un truc de vieille peau. Mais en fait, il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas trop leur carnation avant l'été. Et donc on cartonne. Et puis là, c'était l'automne dernier, on a lancé des sérums naturellement protecteurs. Donc un peu plus skin care classique. Donc quand on veut développer un produit, je travaille main dans la main avec Julie. qui est la responsable marketing et com de l'équipe. Ce que va être la marque dans 5 ans, dans 10 ans, dans notre tête, c'est hyper clair. Après, on continue à être en moyen, oui, avec des moyens limités. Et donc, c'est se dire quels produits on lance en premier. Donc, on réfléchit, on se donne des idées, on part sur une idée. Là-dessus, on fait plein de recherches d'ingrédients. Comme je te disais, on lise en plein de trucs sur des actifs, sur pourquoi, en lisant la presse. Aussi, beaucoup d'articles scientifiques. On regarde vachement les formules qui se font sur le marché sur ce type de produit-là, à l'étranger, parce qu'on essaie de lancer des choses qui n'existent pas trop en France. On établit un brief hyper précis, un cahier des charges, en disant qu'on veut développer une formule qui soit pour tel usage, qui ira dans tel type de packaging, qui doit avoir une couleur, pas de couleur, qui aura un parfum, oui, non, lequel, qui va avoir tel bénéfice, qu'on va vouloir objectiver. On aimerait avoir tel et tel ingrédient qu'on a repéré sur le marché des ingrédients. qui a l'air dingue, etc. On veut pas cette liste d'ingrédients et puis on envoie le brief. Là-dessus, il y a des... Donc nos formulateurs nous disent, bon, plus ou moins facile, là, ça va être possible, mais en revanche, il va falloir enlever tel ingrédient ou alors vous rajoutez ça, vous êtes OK, oui, non. On ajuste. Ils nous envoient des soumissions, on essaye. Et une fois qu'on a validé la formule NOO d'un point de vue purement sensoriel, ça passe toute une batterie de tests. Chez Mitika, on coordonne tous les tests qui sont faits auprès de laboratoires indépendants. Et une fois que tout est bon, on peut enregistrer le produit et le lancer sur le marché.
- journaliste
Et ça, ça met combien de temps à peu près ?
- Audrey Delort-Laval
La première année, j'ai eu un bol de dingue. Ça a mis 9 mois, mais c'est impossible. Enfin, si c'est possible, mais c'est rarissime. Là, aujourd'hui, on est plutôt sur au moins 18 mois. Et puis, depuis le Covid, il y a une autre problématique qui s'est ajoutée. C'est que les matières premières et les packagings ont eu des délais d'approvisionnement super longs. Et donc maintenant, on est plus sur 24 mois parce qu'on a des délais de production en plus de quasiment 6 mois.
- Speaker #4
En gros, on veut tendre vers le même parfum, mais c'est pas les mêmes ingrédients. Tu sais, c'est une formule en fait. C'est du kef. Je peux vous dire que c'est du kef. Ouais, mais c'est un peu... Il faut sentir sa peau nue.
- Clémentine
Ouais, mais...
- Speaker #4
Donc en fait, là, elle jongle avec d'autres ingrédients pour avoir le même résultat. En fait, c'est hyper compliqué. Et comme on va être sur une cible un peu particulière... Sur 35, c'est pas possible.
- Audrey Delort-Laval
J'ai une question. Moi, 35, je ne sens rien. Je ne sens que les filtres. Ah bon ? Ah, pour moi, c'est ça. Ah ouais ?
- Speaker #4
En fait, je préfère le 35. Ah, moi aussi, je préfère le 35. Ah ouais ? Je l'ai mis quand je l'ai mis, et là, je ne le sens plus.
- Audrey Delort-Laval
Je pense que le 35, il prend trop le dessus. Donc, je vais attendre une heure et je vais ressentir le 35.
- journaliste
De toute façon, il n'y a pas de débat. Ça ne peut être que 35.
- Speaker #4
Pour moi, ça ne peut être que 35. Mais c'est bien quand il y a 35.
- journaliste
Est-ce que toi, tu es dans une réflexion aussi de responsabilité, de durabilité sur la formulation, sur le packaging ?
- Audrey Delort-Laval
J'adore cette question. C'est un vrai sujet. C'est un vrai sujet parce que régulièrement, je me dis, il n'y a pas idée de créer... Alors même si on crée des bons produits, de créer des produits qui sont quand même toujours une création de matière en plus. Et ça me travaille un peu au quotidien. Donc oui. on y attache une importance de dingue. Sur les ingrédients, là, on est en train d'essayer de remonter au maximum la filière, la traçabilité. On achète quasiment tous nos ingrédients en Europe, mais c'est encore honnêtement assez dur d'avoir une traçabilité absolument parfaite. Moi, j'aimerais savoir de quel champ vient le grain de blé que j'utilise. Ça, on n'y est pas encore. Je sais qu'il vient de tel pays, mais je ne sais pas exactement d'où. C'est pas mal. Et en revanche, sur le côté packaging, tous nos packs sont en train de passer en plastique recyclé. Donc, ils sont issus de matières recyclées. En fait, on lance notre programme de recyclage, dont je suis hyper fière et trop contente d'avoir une équipe qui m'a suivie dans mon délire là-dessus. Parce que ce qu'il faut savoir aujourd'hui, c'est qu'il n'y a à peu près que 15% des emballages plastiques qui sont vraiment recyclés en France. Donc même s'il y a écrit « mettez dans la poêle de tri » , même s'il y a écrit que c'est des plastiques recyclables, en fait il n'y a pas les filières, ça n'atterrit pas au bon endroit et il y a tout le reste, donc entre à peu près 80-85% des emballages plastiques qui terminent enfouis sous terre. ça me rend malade. Donc ce qu'on fait, on a lancé notre programme, on récolte tous les flacons de crème solaire, quelle que soit la marque. En revanche, que de la crème solaire. On les récupère, on a trouvé un partenaire à Bordeaux qui s'appelle Révi Plast qui est un passionné passionnée, qui est une usine de tri et de recyclage et qui est quelqu'un d'absolument passionné par ça, qui s'engage à recycler tout, ce qu'on lui envoie. Et à trier les plastiques pour être sûr que même si lui n'a pas la ligne de prod pour trier le type de plastique qu'on va lui envoyer, il l'a envoyé au bon endroit. Tout ce qu'on récolte sera recyclé. On va avoir un taux de perte de moins de 0,5%. C'est-à-dire que même, par exemple, les pompes d'espress solaire qui sont des pièces avec du plastique et du métal qui se recyclent très mal. et qui sont juste broyés et enfouis. Lui, il les sépare pour récupérer le petit ressort en métal, le recycler avec le métaux et recycler la pompe plastique avec les plastiques. C'est dinguissime. Et en contrepartie, du coup, pour inciter les gens à le faire, nous, on leur donne un bon d'achat sur notre site de 15%. Et on s'occupe, évidemment, on finance leur retour d'emballage. C'est nous qui prenons en charge ça. Donc, on a lancé ça il y a un mois. Ça prend super bien. Je suis trop contente. Je suis trop contente aussi de ce partenariat. C'est ça aussi l'entreprenariat, c'est de rencontrer des gens différents d'autres secteurs. Là, le centre de Très est en train de devenir nos meilleurs copains. Et c'est beau, c'est génial.
- journaliste
On a parlé du fait que tu étais une femme entrepreneur, ce qui est déjà suffisamment rare. Et en plus, si j'ai bien compris, tu es une maman entrepreneur aussi. Est-ce que tu veux parler de cette double réalité-là ? Oui, oui, effectivement.
- Audrey Delort-Laval
J'ai trois enfants plutôt petits qui sont nés en même temps pendant que l'aventure parce que je suis tombée enceinte de mon premier enfant pile quand j'ai commencé à bosser sur Mimitika. Pour la petite histoire, l'anecdote, j'ai lancé mon site qui pour moi du coup est le lancement de Mimitika le 27 mai 2016 où j'ai vraiment mis on sur le lancement du site et j'ai accouché le 28 mai, le lendemain. Donc c'est vraiment mes deux bébés sont nés en même temps. Et ça faisait un mois que le gynéco me disait c'est qu'à ta, faut rester allongée, demain tu vas accoucher, calme-toi. Et je pense que mental, je me suis dit en fait là, faut que je lance ce site, faut que ça puisse être lancé, et après j'accouche. Et vraiment, j'ai accouché le lendemain. Ça c'est dingue. Donc oui, c'est un rythme qui n'est pas évident, j'ai jamais pris de congé mat. Je jongle entre tout, et en même temps... Je trouve ça génial de donner comme modèle à mes enfants une maman qui travaille, qui aime son travail, au-delà du moment où elle travaille, qui est patinée par ce qu'elle fait et qui peut réussir à faire ce qu'elle a envie de faire et voilà, ce qui sort de sa tête. Et l'autre jour, mon fils m'a dit « Ah maman, tous les produits Mimitica du monde entier, c'est toi qui les fais en fait ? » Je n'ai pas le temps de voir les choses parce que tous les produits Mimitica du monde entier, bon c'est peut-être un peu exagéré, mais concrètement oui, ceci dit oui. donc j'ai dit oui et j'ai senti une fierté dans son regard, je me suis dit waouh c'est génial moi je suis convaincue que les enfants ils ont besoin de voir leurs parents heureux et épanouis dans ce qu'ils font et je trouve ça génial de leur donner le modèle d'une maman qui travaille qui travaille beaucoup, la valeur de travail est importante pour moi donc ça ça m'embête pas et qui crée son truc qui le développe et qui est passionnée parce que Je trouve que c'est génial en fait, je me dis, je dis pas que je suis un modèle mais je me dis que ça doit être assez inspirant de grandir avec des parents qui aiment ce qu'ils font et qui ne sont pas au travail en disant genre, par la flemme, il me saoule mon patron.
- journaliste
Pris sur toi-même cette expérience, quelles sont les nouvelles qualités ou compétences que tu développes ou les choses que tu ignorais qui étaient là et en fait sur lesquelles tu gères ?
- Audrey Delort-Laval
C'est difficile tellement c'est monstrueux en fait. En six ans d'entrepreneuriat seule, tout ce que j'ai appris, enfin tout en fait, j'ai tout appris honnêtement. Mais si je dois retirer une chose, c'est peut-être ma ténacité, ma résilience. Et qu'est-ce que je peux être ? Je me dis, j'ai une force. C'est bizarre de parler comme ça de soi-même, mais je ne pensais pas avoir cette force de tenir, de... passer les vagues, de m'accrocher, de jamais lâcher. Je me dis, quoi que je fasse maintenant dans ma vie, j'ai l'impression que vraiment, j'ai monté l'Everest. Et ça, je ne pensais pas être comme ça. Donc oui, c'est plutôt un enseignement sur moi.
- Journaliste
Bonne continuation à Audrey Delors-Laval. Merci d'avoir écouté tout seul. Un podcast d'Orange pour les pros.