Speaker #1Je pars en Mongolie, je traverse la Mongolie à cheval, et je fais rapatrier le cheval avec lequel j'ai traversé la Mongolie. Ça c'était le rêve de base il y a 18 ans. Traverser la step au galop. Aujourd'hui j'ai 38 ans, je viens de les avoir. Et puis bon, les choses ne se sont pas du tout présentées au moment où j'en avais l'envie. Ensuite j'ai eu mon fils, il était tout petit. Je me suis fait une promesse quand il est né en tout cas. Quand il aura 8-9 ans, ce sera le bon moment et il sera assez grand pour que je puisse partir. J'ai dit, je ne traverserai pas la Mongolie à cheval, au galop. Il est hors de question de courir en France et de partir courir en Mongolie. Quand tu es à ton compte que tu travailles en cueillant des fleurs et qu'à côté, je ne sais pas, tu fais, moi j'ai encore mes abeilles, j'ai mes chevaux, je gère le quotidien de mon fils. Et en fait, tu as l'impression qu'à la fin de la journée, tu dois dire, aujourd'hui, j'ai fait ça, Comme s'il fallait que tu approuves ta journée. Que oui, tu es à ton compte. Tu n'as pas forcément été toujours à ton laboratoire en train de travailler tes plantes. Mais par contre, tu n'as pas rien fait. Tu n'étais pas dans le canapé. Et ça, c'est quelque chose de compliqué quand tu es à ton compte. De te sentir pas en train de rien faire de ta journée. Il faut justifier que ta journée, elle a été productive. J'ai aussi beaucoup de rendez-vous à gérer pour notre fils. On a quand même trois rendez-vous minimum par semaine de suivi, donc c'est vrai que ça impose un rythme. Il a orthophoniste deux fois par semaine, psychométricienne une fois par semaine. Ensuite, il a une fois par mois le rendez-vous à la neuropsychologue. Ça lui permet d'organiser son plan de travail à l'école pour qu'il soit moins distrait, qu'il ait moins un trouble de l'attention, qu'il évite son travail. Donc ça, c'est aussi... C'est un travail à gérer, puis on ne peut pas faire tourner sa vie qu'autour des rendez-vous pas forcément sympas. Donc en plus, il y a le handball, il va y avoir, je ne sais pas, il veut aller à la pêche le week-end, faire la pêche. Le temps des enfants, quoi. J'étais à 200%, je n'arrivais plus à maîtriser mon temps et mon quotidien finalement, alors qu'on pense qu'on le maîtrise quand on est, par exemple, à son compte. On gère ses horaires, on gère son rythme. Et puis finalement, en fait, on se rend compte qu'on a l'impression de gérer son rythme, mais finalement, on s'impose un rythme qui n'est pas forcément celui dont on rêvait. J'étais capable de mettre des rendez-vous sur des rendez-vous. J'étais capable d'avoir rendez-vous à la même heure, avec 30 minutes de distance entre mes deux rendez-vous. C'était ingérable. Il y a des semaines avant de partir, il y a des fois où, la fin de semaine, je pleurais tellement. Je me disais, mais ce n'est pas possible de s'infliger des choses pareilles à soi-même. C'est pas possible. Et je me suis dit que la meilleure façon de pouvoir couper ce rythme, c'était de toute façon de partir. Parce que sinon, tu ne le fais jamais quand tu es ici. J'ai l'impression que j'arrive au bout d'un marathon, que j'ai couru un marathon de folie et que j'arrive à la ligne d'arrivée. Je la vois, mais je n'ai pas la force d'arriver. Je me vois coucher au sol avec la main qui tape la ligne, mais je ne la passe pas. Et là, je me dis, ça y est, je vais partir. C'est fini. J'ai eu plein de moments de doute avant le départ. Quand j'ai réservé mon voyage, c'était sûr, j'étais enracinée comme un chêne, c'était là, je partais. J'ai dit maintenant, Marcel a 9 ans, je pars, c'est mérité, je ne suis jamais partie. Je mérite de prendre ces 18 jours pour moi et c'est comme ça. Mais c'est arrivé nombreuses fois de dire, comment on va faire Marcel sans toi ? Tu vas voir, il ne va pas arrêter de pleurer. Je ne reviens pas que tu partes alors qu'il est si petit. que tu laisses Marcel, tout tourner autour de ça. Et du coup, c'est vrai que ça peut faire culpabiliser. Franchement, ce n'est pas terrible. Pour partir, ça ne te met pas en confiance. Et au final, j'ai dit non, je pars, c'est sûr. Donc, j'ai tout calé, le voyage, l'avion, pas de problème. Et arrivé au moment du départ, alors là, par contre, ton mental, il commence à trotter sérieusement fort. Est-ce que je fais bien de partir ? Comment ça va se passer ? Tu te rends compte, tu parles. pas très bien anglais, tu vas devoir faire Genève-Pékin, Pékin-Ulan-Bator, t'es toute seule dans l'avion. Et puis finalement, m'allonger au bord d'un lac pendant 18 jours au Mongolie, est-ce que je peux pas le faire ici chez moi ? À quoi ça sert de faire toute cette route ? J'avais peur aussi de perdre les contours de mon quotidien. Parce que, comme je l'ai dit, je cours tout le temps, j'ai un planning hyper plein. Ça te permet aussi de... d'avoir l'impression de maîtriser. Donc tu cadres tout, telle heure, Et au final, d'un seul coup, je me suis dit, là, je vais perdre tous les contours, tous les repères, tous les horaires. Et je me suis dit, ça se trouve, en fait, je vais arriver là-bas et je vais faire bon. C'est bon. Ça fait 24 heures que je suis là. Je peux rentrer. On était à l'aéroport. Nickel. Je pose ma valise. Déjà, je me dis, oh là là, elle ne va jamais faire le bon poids. Imagine que la balance à la maison, ce ne soit pas le même poids. Le premier stress, tu vois, le doute. Je me dis, j'ai pesé la valise avant de partir. Ça se trouve, je me suis plantée. Le poids, ce n'est pas le bon. Donc, tu poses ta valise et là, tu te dis, ah bah si, le poids, c'est bon. Et puis, après arriver à Pékin, j'avais 3-4 heures d'attente avant de prendre le vol d'après. Je fais mon vol pour aller à Ulaanbaatar. Et ensuite, à Ulaanbaatar, j'ai été récupérée par les personnes qui organisaient mon voyage. Donc, on arrive à l'hôtel, je vais à l'hôtel. Et là, je me dis, bon, il est 15h, heure locale. Et mon voyage commence vraiment que demain à 9h. Donc, je ne vais pas rester dans l'hôtel. Donc, je me dis, bon, je vais sortir. Allez, je suis noire, alors je vais sortir. Donc, je sors de l'hôtel, je suis devant les marches. Et là, je me dis, bon. Je fais quoi ? Je vais où ? Donc je prends à droite, j'avance déterminée. Je fais quoi ? 30 mètres. Je fais demi-tour, je reviens dans l'hôtel. Et là, je me dis, bon ben, je vais aller à gauche. Donc je pars à gauche, je fais 30 mètres. Et là, je me dis, bon, je vais retourner dans l'hôtel. J'ai essayé, mais j'avais tellement peur de me perdre. Les deux premiers jours se passaient à la capitale. On fait notre journée au musée, on a nos interprètes qui traduisent, on mange au resto, on découvre aussi le côté culinaire de la Mongolie. C'est très très bon, c'est très très bien cuisiné. Et puis après, on va voir Gansuk, qui est le premier chaman. Et alors là, moi, je rigole. C'est un chaman qui lit dans les homoplates de moutons. Il te donne une homoplate, tu la gardes avec toi pour que vibratoirement, voilà quoi, tu puisses être en lien avec. Et puis après, il te tire des petits cailloux, il fait brûler l'homoplate et selon comment l'homoplate a brûlé, il te dit ce qu'il voit. Il me dit, tout va bien pour toi et tu vas faire de belles rencontres. Après, on échange un peu avec les autres. Ils t'ont dit quoi ? Alors moi, je dis franchement, là, il m'a vraiment vendu du rêve parce que tout va bien, je sais. Je ne suis pas malade, je n'ai mal nulle part, je n'ai pas vraiment de gros problèmes dans ma vie. Et tu vas faire de belles rencontres. En même temps, je suis en Mongolie, à l'autre bout du monde. C'est sûr que je vais faire de belles rencontres. Ça, c'était un peu... Je me suis dit, il me vend du rêve, en fait. Et après, on a fait la visite du temple. C'était magnifique. Il y avait des moulins à prière partout. C'était vraiment très, très, très beau. Les moines font les prières. Il y a les gens qui arrivent avec les intentions de prière pendant la grande cérémonie. C'est vraiment, vraiment beau. Tu fais sonner les cloches en tournant autour, en faisant des prières. Je trouve que l'intention est très belle. Vraiment, tout est beau, les couleurs. Donc ça, c'était vraiment mes premières expériences à Ulaanbaatar, avec les croyances locales. Donc, il y a une grande partie quand même de la Mongolie qui est croyante bouddhiste. Et après, un grand nombre des nomades, surtout. Eux, ils sont toujours vraiment encore dans la croyance du nomadisme et donc dans le chamanisme. Un chaman, c'est une personne qui a la capacité de devenir un canal pour naviguer entre deux mondes. Le monde de l'invisible et le monde du visible. Le chamanisme mongol est inscrit au patrimoine... Immatériel de l'UNESCO parce qu'en fait c'est la seule pratique du chamanisme qui est pratiquée sans aucune substance hallucinogène. Souvent les chamanes en Mongolie, ils sont chamanes de lignée. Ça saute une génération donc normalement si j'ai bien compris. Parce que je ne voudrais pas non plus que ce que je dis soit pris pour argent comptant. Je restitue ce que j'ai compris. Donc tu es chamane. Ta fille ne le sera pas, par exemple, mais tes petits-enfants le seront. Un de tes petits-enfants le sera. Et si tu n'acceptes pas la mission qui te revient, de faire ce lien entre le monde de l'invisible et le monde du visible, tu finis par tomber malade. Tous les chamanes qu'on a rencontrés sont des gens qui sont tombés malades et qui se sont vus obligés d'accepter la mission qui était la leur. où ont vécu des choses abominables et se sont vus obligés d'accepter cette mission. Quand ils se rendent compte que ça va être leur destinée, ce n'est pas perçu comme quelque chose de merveilleux. Tu vois, en France, tout le monde se dirait, « Ah, moi, mon plus grand rêve, c'est d'aller en Mongolie et qu'on me dise, comme dans le film de Corinne Sombrin, de se dire, ah ben moi, quand ils vont me voir, ils vont me dire, « Waouh, t'es chamane, c'est génial ! » Non, chez eux, en fait, être chamane, c'est presque une malédiction. Ce n'est vraiment pas quelque chose qui est perçu chez eux comme un cadeau de la vie. On prend le train de mi-couchette. Ça, c'est une grande expérience. Tu prends le train à 18h et tu arrives le lendemain matin à 6h30. Toute la nuit, tu es en train. Ça bouge. Comme un bateau, un petit peu, tu vois. Et tu dors sur des planches. Dans chaque wagon, t'as une chaudière à boire. Ils aiment la chaudière et c'est ce qui permet d'avoir de l'eau chaude pour faire du thé, du café. T'es dans le vif du sujet, tu te rends compte que le train traverse la step, Dans la couchette du tuyau, il y avait un petit jeune qui avait peut-être 11, 12 ans. Et alors il était habillé comme Justin Bieber. Le bagui, la casquette cotée et tout. On l'a déposé au milieu de la steppe où il n'y avait rien. C'était le choc des cultures. C'était hyper drôle. Tu mets pied à terre à la gare, tu te rends compte que tant que tu marches, ça va. Dès que tu t'arrêtes, tu es encore dans le train. Ton corps bouge tout seul, tu as l'impression. Parce que vraiment, ton corps prend l'habitude du mouvement du train qui est comme si ça te berçait. Et comme tu as fait ça pendant plusieurs heures de la nuit sans t'en rendre compte, le matin, quand tu poses pied à terre, c'est comme si tu étais encore dans le train, ça bouge pareil. Et là, on est pris en charge par des bus UAZ. C'est les petits minibus russes qui passent partout. C'est les bus baroudeurs, ils appellent ça aussi. Donc ça aussi, c'est génial. Quand tu arrives, tu as vraiment l'impression d'être dans le documentaire. C'est vraiment des vieux véhicules. Les moteurs, ils sont à l'intérieur de la cabine. Donc il fait monstre chaud dans la cabine, tout le long quand il roule, il met des torchons sur le moteur, d'un seul coup le moteur chauffe alors il enlève les torchons, enfin vraiment c'est déjà rien que là, c'est l'aventure. Il y a trois bus pour nous, participants. au voyage. Et le quatrième bus, en fait, c'est la cuisine. En fait, à ce moment-là, on récupère une équipe de cuisine. Ils sont trois. Et en fait, ils vont nous faire à manger tout le long du voyage avec leur petit bus. Et là, il faut savoir qu'il y a toutes... Enfin, t'es dans les plaines des grands troupeaux. Donc, il y a vraiment des troupeaux partout, de chèvres, de moutons, de chevaux qui galopent dans la steppe et de vaches. Et là, vraiment, tu rencontres déjà cette nature un peu sauvage. C'est-à-dire que toi, tu roules et au bord de la route, il y a des carcasses. personne ne les ramasse. C'est comme ça, en fait. Dans ce coup, il y a une tête, quoi. Toute seule. Il y a un crâne. Il y a des carcasses d'animaux, de toute façon, de façon régulière. Soit ils ont été vieux, soit ils ont été malades. La Mongolie, c'est quand même aussi un pays où il y a quand même pas mal de prédation avec les loups. Donc, ça peut aussi être lié à des attaques. Enfin, peu importe. Mais voilà, il y a de toute façon une partie où tu te rends compte que la nature sauvage, elle est là quand même, quoi. D'un seul coup, tu le sais, tu sens le vent sur ton visage et tu as l'impression qu'il est... te traverses, comme si t'étais pas là en fait. Tu fais partie du tout. Et ouais, tu peux disparaître dans le paysage complètement. Il y a une porosité qui se crée entre toi et la nature qui fait que tu fais partie du grand tout. Et du coup, tu disparais d'une certaine façon, mais t'es là, quoi. T'es juste poreuse à tout ce qui se passe autour de toi et c'est vraiment... C'est vraiment génial. Tu te rends compte que tout est beau et en même temps tout est laid. C'est vraiment cette nature brute, c'est-à-dire que tu as ces grandes plaines immenses qui sont comme les cartes postales, il n'y a pas de filtre. Il y a tous les dégradés de couleurs qui sont dans la steppe, tu passes sur le même paysage, tu as le jaune sec. Le vert et puis la montagne, elle devient légèrement orangée pour passer par des pourpres. Et franchement, c'est le bleu du ciel qui tranche, c'est magnifique. Les plaines, c'est des centaines de troupeaux de centaines de chevaux, sans clôture, il n'y a rien. Les chevaux sont mélangés au yak, il y a les moutons, les chèvres. Et quand tu marches dans cette nature vivante... Le sol, il est jonché d'ossements. T'es vraiment dans le côté brut du fait que tu t'es ramené à ça, quoi. La vie et la mort, elles se côtoient tout le temps. Et on est tous condamnés à revenir à cette terre-là. Et ça n'empêche pas que, en fait, ce soit quand même super beau, quoi. Il y a vraiment une dualité dans ces paysages qui font qu'en fait, on se rend compte qu'il y a une unité. La vie et la mort, elles se côtoient tout le temps dans la steppe, et pourtant, c'est hyper calme. On pourrait se dire, ah ben, c'est la mort, du coup, ben, c'est le chaos, enfin, et tout ce que ça engendre dans notre esprit à nous, humains, et en fait, pas du tout. Il y a toute cette vie qui grouille autour, ben, de tous ceux qui sont partis avant, quoi, en fait, et qui sont restés, ben, qui ont laissé une trace, quoi. Et ça, c'est là que t'as l'impression de faire partie du tout. Parce qu'en fait, tu te rends compte que tout est... Tout est ensemble et tout vit en équilibre et en harmonie là-dessus. Quand je le raconte, je le raconte vraiment comme je le vis. Je me dis que c'est important. Souvent, je dis qu'il faut savoir nuancer les choses. On a quand même une langue française qui est hyper variée, en vrai. On peut traduire plein d'émotions par plein de variations. Et souvent, les gens, ils te disent « je t'aime » . Oui, moi j'aime aussi les pattes. Tu m'aimes comme t'aimes les pattes ou tu m'aimes différemment des pattes ? Non mais c'est vrai. J'aime marcher, j'aime mon fils, j'aime… c'est le même mot. Mais est-ce que l'intensité, elle est la même ? Ben non, elle n'est pas la même. Mon fils, je l'aime infiniment grand. J'ai l'impression que mon souffle se coupe. Quand je pense à lui et que je pense qu'il pourrait lui arriver un truc, ou même quand je le vois faire des choses merveilleuses, et moi j'ai la chance de... Enfin, je dis, mon fils, il me régale. Il me régale, quoi, tous les jours. Il me fait vivre des choses, il me rend meilleure, il me permet... Voilà, moi je l'élève, et lui, il m'élève. Et c'est ça, en fait, aimer les gens. C'est se rendre meilleure et c'est se nourrir d'autres choses émotionnellement. Et il me nourrit. C'est juste que c'est quelque chose qui est viscéral au fond de toi et ça t'anime. C'est comme si tu ressentais son cœur. même à des milliers de kilomètres qui bat dans sa poitrine. Ce n'est pas possible. L'amour, c'est quelque chose qu'il faut expérimenter pour se rendre compte. Si tu ne vis jamais ça, tu ne peux pas faire la différence entre les pattes, l'amour d'un amant, l'amour d'un enfant. Ce n'est pas possible. Il faut nourrir ça, il faut expérimenter et voir la différence que ça crée à l'intérieur de toi. Et puis voilà, le lendemain, on reprend les pistes. Et c'est notre dernier jour de piste, on fait 400 kilomètres de piste encore. Et du coup, on arrive donc là au campement, où on va rester six jours. Et là, c'est sans eau, sans électricité, sans sanitaire. Et on va dormir dans les yurtes au bord du lac. La vue est magnifique, t'as le lac sacré, t'as les montagnes, ça fait une grande plaine avec des petites cabanes de l'eau. de locaux, quoi, quand ils viennent avec les troupeaux. Et puis, t'as des montagnes, t'as de la forêt. Il faut savoir que là-bas, ils ont beaucoup de forêts, de grandes forêts de mélèzes. Les mélèzes, quand ils perdent, parce que c'est quand même un résineux, mais ils perdent ses épines l'hiver, les épines sont rouges quand elles tombent au sol. Donc, quand tu regardes les montagnes, de loin, t'as la forêt verte, quand il y a les épines qui sont revenues. Et tout le contour de la forêt est rougeâtre. Et en fait, c'est parce que tu vois ce tapis d'épines qui est au pied des arbres. Donc, c'est vraiment hyper beau, quoi. Donc là, c'est Nara qui prend le relais et qui nous accueille. C'est elle qui gère tout notre voyage. C'est elle notre organisatrice au départ. Et elle, elle va faire notre interprète et elle reste avec nous pendant la semaine là-bas. En arrivant, on s'installe et ensuite, on se rejoint tous dans la yurte, dans une des yurtes puisqu'il pleut en plus. Ça se met à faire l'orage. Et là, on se présente tous pour expliquer pourquoi on est venus, qu'est-ce qui nous a poussés à venir et tout ça. Donc il y a plusieurs personnes qui passent avant moi, qui expliquent la Mongolie, j'aime la Mongolie, j'aime les chevaux, j'aime la Mongolie, j'aime les chevaux. Enfin, c'est un peu, tout le monde aussi a un peu des liens quand même communs pour venir ici. Et arrive à moi, comme je l'ai expliqué avant, que mon rêve, c'est d'être traversée la Mongolie à cheval, il y a 18 ans en arrière, et qu'aujourd'hui, je décide de faire la Mongolie toujours, mais que je le fais sans les chevaux, que je renonce à ça parce que je ne veux pas courir. Et là, Nara me dit, écoute, mon fils arrive sur le campement dans cinq jours avec les chevaux. Tu monteras à cheval et tu pourras traverser la steppe au galop comme tu l'avais rêvé il y a 18 ans en arrière. Nara, elle est ici d'une famille de nomades mongols. Elle, elle est mariée à un Français. Ils ont deux enfants, dont Tengis, qui est franco-mongol et qui fait ses études aux Etats-Unis. Et Nara connaît une dame dont son fils vient d'être diplômé de l'école de Luc Besson. Donc, il est réalisateur de films. Nara le rencontre et elle lui dit « Ah, ce serait génial qu'on fasse un truc ensemble, qu'on fasse quelque chose ensemble. » Et elle lui dit « Est-ce que tu pourrais faire un film sur mon fils ? » Qui vit du coup à cheval entre San Diego et le monde occidental. La Mongolie et la steppe nomades, finalement. Nous, en fait, on se retrouve au campement au moment où ils sont en train de filmer. Ils ont fait le même trajet que nous, sauf qu'au lieu de traverser en van, en bus UAS, là, comme nous, ils ont traversé la steppe à cheval. Donc, ça leur a pris plus de jours, mais eux, ils l'ont fait à cheval. Et ils arrivent au campement, ils nous rejoignent. Donc, on se retrouve avec les chevaux, on se retrouve avec l'équipe du tournage, on se retrouve... Et Nahara me dit, en fait, c'est vraiment quelque chose de fou parce qu'en vrai, ça fait... 15 ans que je fais ces voyages-là, il n'y a jamais eu de chevaux sur le campement. Sur notre campement, on a aussi Bayara. Bayara, c'est la chamane de notre campement, avec qui on va pouvoir échanger pendant notre semaine là-bas. Elle a une soixantaine d'années, Bayara, elle a les cheveux un peu gris. Elle est très belle, elle a vraiment le visage typique d'une femme mongole. Elle est très souriante, on sent qu'elle a vraiment un regard d'enfant. Je ne sais pas comment expliquer, c'est quelqu'un qui est très très simple en fait. Elle est très connectée, alors elle prend plein de photos avec son smartphone, elle les publie sur son Facebook, elle fait des blagues, elle connaît deux ou trois mots de français, du coup elle va toujours dire « ça va ? » et mon petit dit « oui ça va » . Mais vraiment quelqu'un de très, très, très joyeux. Comme une enfant, vraiment comme une enfant. C'est assez marrant. Elle me dit qu'il faut absolument que je calme mes émotions. Tu dois faire le calme à l'intérieur de toi. Je doute de tout. Est-ce que je suis capable de prendre la viande toute seule ? Ça me met quand même dans le rouge. Est-ce que je suis capable de sortir toute seule de l'hôtel ? Je ne l'ai pas fait longtemps. Je doute de pouvoir être capable de. Elle me dit tu vas aller dans la forêt là-bas. Elle me montre avec le doigt où je dois aller. Elle me dit et tu vas crier dix fois. Je dis c'est pas possible. C'est un exercice que j'ai déjà essayé de faire, de crier. Crier la colère et tout. Et même dans ma voiture toute seule, c'est pas possible. Il n'y a rien qui sort. C'est comme quand tu rêves que tu dois crier parce qu'il y a un ours qui te court après et que quand tu ouvres la bouche, il n'y a rien qui sort, même pas un micro-son. J'ai dit, je ne vais pas y arriver et tout. Elle me prend les mains et elle, elle crie en face de moi. Et là, je me dis, je dois crier comme ça. Ça va être dur. Parce que là, je me rends compte de l'intensité du cri que je dois faire. Et là, elle recommence à faire le début du cri et elle reste sur cette tonalité. Et là, je regarde Nara qui fait les traductions et je lui dis, je dois faire comme elle ? Et elle me dit, oui, tu dois faire comme elle. Je ne vais pas lui dire, non, merci, je sors de la yourte. C'est pas possible, il faut que je me fasse violence et que je traverse l'expérience. Je le fais et là elle me dit, tu vois, je sais crier. Ah oui, oui je sais crier. Oui, oui, effectivement, je sais crier. Et toujours elle me tient les mains quand on fait ça. Je pense aussi que ça aide. Elle me dit, tu vas crier dix fois et tu reviendras dans la yourte pour méditer. Donc je me dis ok. Et elle dit, ça va rouvrir les portes de ton intuition, des choses comme ça, bref. J'étais plutôt concentrée sur le fait qu'il allait falloir que je crie dix fois et que déjà une, c'était dur. Et là, d'un seul coup, arrive sur le campement un chien. Il y a plein de chiens chez les Mongols, nomades, mais ce n'est pas des chiens qui sont avenants. En fait, ils ne sont pas là pour ça. Ça ressemblera plutôt au patou chez nous. Il ne faut pas le toucher, il risque de te mordre, il est vraiment là pour protéger. Ce ne sont pas du tout les chiens que les gens caressent, ils ne sont pas habitués à l'affection. C'est vraiment des... Ils les accompagnent dans leur vie, mais c'est des collaborateurs. Ce n'est pas la famille. Ce n'est pas le même lien à l'animal que chez nous. Nara, qui nous interprète tout ça, lui dit qu'il faut qu'il s'en aille. Donc, elle le fait partir. Et puis, au bout d'un moment, je me dis que je vais aller crier. Donc, je me lève et je vais pour aller crier. Et là, re le chien. Donc, le chien vient. Il se met à côté de moi. Je recroise Nara. Et là, elle me dit, tiens, on dirait qu'il y a quelqu'un qui va t'accompagner pour aller crier dans la forêt. Je dis, il est courageux parce que tu viens de lui dire qu'il fallait qu'il s'en aille et il revient quand même. Elle dit, oui, mais apparemment, il vient avec toi. Donc, je pars dans la forêt avec ce chien qui était super sympa et tout. Et là, je me dis, je marche depuis un petit peu, il faut quand même que je crie. Et là, j'ai commencé à crier et vraiment crier, ça a été vraiment dur. Vraiment, vraiment dur. C'était vraiment extrêmement douloureux. C'était une douleur physique et en même temps une douleur émotionnelle, si tu veux. Quand tu arrives au bout du cri, t'as vraiment l'impression qu'il y a un truc qui s'arrache à toi et tu pleures, quoi. Mais c'est de la souffrance, en fait. C'est pas des larmes de joie de l'avoir sorti, en fait. C'est vraiment... Tu viens sortir quelque chose qui t'arrache quelque chose qui est à l'intérieur de toi. Et là, tu te dis, bon, ben, une, quoi. Tu les enchaînes pas, hein. C'est vraiment dur. Tu ne te dis pas et une et deux. Non, non. Tu en fais un et tu te dis ouf. Tu as l'impression que tu viens de courir 500 mètres, tu reprends ton souffle et tu te dis il faut le refaire. Et là, tu te dis allez, j'y vais, il faut que je fasse la deuxième. Et en fait, ça a été comme ça sur les cinq premiers. Les cinq premiers ont été d'une douleur atroce, vraiment. Avec beaucoup de larmes entre et tu marches. Et les cinq d'après, c'était franchement plus facile. Il y avait moins de douleurs, moins de larmes. Le chien était parti. Je fais demi-tour et je commence à revenir en arrière.
Speaker #0Et là, j'entends un bruit sourd qui arrive. En fait, en Mongolie, ce qui est assez drôle dans la steppe, c'est que le sol sonne creux. Je sens le sol qui tremble et qui fait... Et là, je me retourne, je ne vois rien. Et d'un seul coup débarque le chien. Le chien qui revient, mais pleine balle. On a vraiment l'impression que c'est un loup en chasse. C'est-à-dire qu'en fait... Il comprime son corps au maximum comme une boule et il va s'élancer au maximum comme un arc. Et il fait vraiment ce mouvement d'expansion comme un loup en chasse. Et là, je me dis, oh le chien ! Pourvu qu'il se rappelle que c'est moi, pourvu qu'il se rappelle que j'ai percé. Tu ne sais pas, d'un seul coup, il arrive, il fonce comme une balle sur toi. Et en fait, là, il me passe à ras les jambes. Et il s'arrête dix mètres après moi et il m'attend. Impressionnant. Et hop, donc je le rejoins, je leur caresse un coup et là, il me raccompagne jusqu'au campement. Arrivé à l'entrée du campement, donc moi, je passe devant les yurtes. Et là, il prend derrière les yurtes, contre la montagne, contre la forêt. Et on ne le revoit pas. Il n'est jamais repassé au campement de toute la semaine, en fait. Les chevaux, en fait, en Mongolie, c'est comme les chiens. Ils sont semi-sauvages et c'est de la collaboration. C'est-à-dire que nous, en France, tu prépares un cheval à être monté, tu fais tout ce que tu appelles le débourrage, la désensibilisation, pour que quand tu montes, ce soit sécure et safe. Pas peur du bruit, pas peur des mouvements et tout. Là-bas, ils ne font pas ça. Ils font un débourrage des chevaux pour les monter, mais c'est qu'une question de collaboration. C'est-à-dire que quand toi, tu arrives en tant qu'occidental et que tu montes sur un cheval mongol et que tu penses que c'est un cheval français, tu finis par terre. Parce que même le zip d'une fermeture éclair qui s'ouvre, il te fout par terre. Tu ne peux pas passer derrière, parce que sinon tu te fais beauté. Tu ne peux pas enlever ta veste à cheval, parce que ça leur fait peur. Ils ne sont pas préparés à ça, en fait. Et là-bas, en fait, ils ne font pas ce travail-là pour la simple et bonne raison qu'une fois que les chevaux ont fini de collaborer avec eux et de les monter, ils vont les relâcher dans la steppe. Dans la steppe, ils vont être avec les loups. Un cheval qui est désensibilisé à tout. C'est le premier qui va se faire bouffer, en fait. Ils ne veulent pas avoir des chevaux qui sont hyper bien manipulés. Donc j'arrive, quand ils te donnent le tien, tu te dis « Ah, mais il s'appelle comment ? » Il n'a pas de nom. Il n'a pas de nom. Et en fait, je vais dire une bêtise parce que je ne connais pas les chiffres, mais par exemple, en Mongolie, il y a 3 millions d'habitants de Mongols. Et en fait, il y a genre 60 millions de chevaux. Donc en fait, en Mongolie, ils ont trois mots qui... représentent le cheval, mais par contre, ils n'ont pas de nom. Et il y a aussi un problème d'appartenance, c'est-à-dire qu'un cheval qui n'a pas de nom, il reste libre. Ça arrive ce fameux jour où il faut que je monte à cheval, et là, je suis à deux doigts de reculer. Je vais dire non. Moi, je monte à cheval, mais je ne suis pas une grande cavalière déjà. Ça fait 18 ans que j'ai des chevaux, ça fait 18 ans que je monte à cheval, mais je ne me considère pas du tout comme une cavalière. Pour moi, je suis une débutante, je ne sais pas faire. Je me dis que je vais me tuer dans les plaines de Mongolie sans bombe et que je ne vais pas rentrer parce qu'il y a mon fils qui m'attend à la maison. Je me fais tout un film dans ma tête. Je suis à deux doigts de pleurer et de vraiment ne pas y aller. Et là, je me dis non, hors de question, ça suffit. J'y vais parce que là, je vais passer à côté du cadeau de ma vie. Et quoi ? Franchement ? Il y a un moment donné où il faut aussi faire taire le mental et se dire, écoute, on y va. Alors, tu brûles quatre bougies, t'espères qu'il ne va rien t'arriver. Et puis voilà, je me dis franchement, je vais regretter en fait. Je me dis, si je ne le fais pas, je vais regretter. Donc bon, j'en parle quand même aux gens qui m'accompagnent. Je leur dis, franchement, moi, ça me met un peu la pression. D'habitude, je monte à cheval, oui, mais je ne monte que le mien. Je n'ai pas l'habitude de changer de cheval à chaque fois que je fais une balade. Enfin, tu vois, on se connaît par cœur. Ça fait 15 ans que je l'ai. On n'a pas de petit secret l'un pour l'autre, j'ai envie de dire. Et là, je me retrouve à monter à cheval. Et on fait dix minutes à peine. On longe le lac. Et là, Roméo, le réalisateur, il trouve une grande plume d'aigle. Donc, il descend de cheval, il ramasse la plume, il remonte à cheval. Et dans le groupe, il y a un autre Roméo. Donc, ils l'appellent tous Jésus parce qu'il a les cheveux longs et tout. Donc, comme ça, au lieu d'avoir deux Roméo, on a Roméo et Jésus. Donc, Jésus lui dit à... Tu veux que je te filme ? Il dit ah bah oui. Alors là il me dit tu me tiens ma plume. Donc bah oui je prends la plume dans une main. Et donc de l'autre main je tiens les rênes de mon cheval. Et là en fait il va le filmer mais au galop. Et donc là on part tous au galop dans la steppe. Et moi je suis à une seule main avec les rênes. Parce que je tiens la plume de l'autre côté. Donc t'imagines un peu la scène. Donc là t'es obligé de plus te poser de questions en fait. Donc je me retrouve à cheval au bout de cinq minutes au triple galop avec une plume dans une main et à faire à mener à une seule main mon cheval au milieu de la stop quoi. Et là je prends la plus grande claque de ma vie tellement c'est tellement c'est magique. Aujourd'hui, je peux le dire, je suis cavalière. Ça fait 18 ans que je monte à cheval, je suis cavalière. Il faut que le doute te dise « Mais en fait, c'est là qu'il faut que je travaille. » Parce qu'en fait, c'est là qu'il y a un problème. Le doute, ça sert à ça. Mais si tu le laisses t'en veille, c'est comme une marée noire en fait. Elle te mange et t'y as pas vu faire et tu fais plus rien. Et à la fin, tu finis chez toi, agoraphobe, parce que tu penses que tu peux plus sortir chez toi que du doute des gens, que du doute de toi, que tu fous de... de ta vie, de tout. Et là, t'es foutue. Tu vas faire ci. Ah non, J'y arrive pas. Ah mais si, si, si, en fait. Si, si. En fait, j'y vais parce qu'il faut que je voie si j'y arrive ou pas. Tu peux ne pas y arriver. C'est pas le problème de ne pas y arriver. C'est qu'il faut expérimenter pour savoir où t'en es et puis pour pouvoir avancer. Avant de quitter la step, on est passé au magasin et il a fallu qu'on achète. de la vodka. Chacun avait un demi-litre de vodka. Et en fait, Bayara nous a purifiés à la vodka au bord du lac. Sacré. Et là, je me suis dit, bon, c'est facile. Mais y aller en maillot de bain ? Bah non. Tu dois pas y aller en maillot de bain, tu dois y aller nu, quoi. Ah. Alors là, ça m'a posé problème, en fait. Parce que moi, j'ai vraiment un problème avec la nudité. Je suis hyper, hyper pudique. C'est-à-dire que même quand... J'étais enceinte et qu'il faut aller chez la sage-femme pour faire tous les examens, je pleure. Je pleure à chaque fois parce que je dois me déshabiller quand même. Alors que c'est une femme, alors que c'est son travail. Et là, on me dit en fait, t'es en Mongolie, au milieu de la steppe, et tu vas devoir te mettre toute nuit au bord du lac pour te faire purifier à la vodka par la chamane. Et donc ça, ça me travaille toute la journée. Je me dis alors là, franchement, je ne vais jamais y arriver. Je ne vais jamais y arriver. Le doute, enfin tout, de nouveau, tout est relâché. Et là, en fait, on descend tous au bord du lac. Donc moi, j'ai ma robe. Je n'ai rien sous ma robe. Et donc, on se met tous dos au lac. Et on attend avec notre bouteille de vodka. Il y a ma copine Sophie à côté. Elle m'a dit, t'inquiète, j'y vais en premier. OK. Donc, elle part. Et en fait, sur la bouteille de vodka, il y a un truc comme sur les bouteilles de vin chez nous pour le sertir, le truc métallique. Et Sophie arrive devant la chamane avec sa bouteille et la bouteille n'est pas ouverte. Alors elle essaie d'ouvrir la bouteille et elle n'y arrive pas. Et moi, j'avais déjà enlevé ce truc à la bouteille. Et là, Nara dit, est-ce que quelqu'un d'autre peut venir pendant que Sophie ouvre sa bouteille ? Et là, personne n'a ouvert sa bouteille, à part moi. Et là, je me dis, oh là là, c'est l'enfer, c'est pour moi. Et tu sens monter cet élan de tout mélanger, quoi. La colère, la peur, le courage. Parce que d'un seul coup, je quitte le rang. Je hurle après tout le monde. Parce qu'émotionnellement, tu ne maîtrises plus rien. Je dis, putain, franchement, vous faites chier les filles. Et je pars avec ma bouteille à la main pour aller au bord du lac. Je donne ma bouteille à la chamane. Je prends ma robe, je la jette. et j'essaye de cacher mon corps comme je peux avec rien de toute façon parce que je suis toute nue et je ferme les yeux parce que je me dis que si je ferme les yeux si je les vois pas, ils me voient pas peut-être et je me mets à pleurer et je pleure toutes les larmes de mon corps et tout le long, Yara qui connait quelques mots en français elle dit pardon, pardon, désolé pardon et en même temps, elle mélange la vodka à l'eau du lac elle te jette cette eau D'une façon assez dynamique, en fait. Pour que ça vienne vraiment choquer. En fait, l'idée, c'est de venir choquer le corps. Pour que le corps s'active, en fait. Donc, quand c'est fini, Nara m'a déjà remis ma robe dans le bon sens. Elle me la tient, elle me la donne. Et là, je renfile la robe et je pars. Ça a vraiment été quelque chose qui a été frustrant pour moi. Parce que, au fond de moi, j'aurais vraiment voulu vivre cette expérience différemment. Ça reste un peu un regret. Même si je sais que je ne pouvais pas faire autrement. Ça a été vraiment difficile pour moi, cette étape. Mais le truc, c'est vraiment de se dire que je ne pouvais pas faire autrement, mais j'aurais voulu vivre cette expérience de façon sereine. Au final, je me suis rendu compte qu'on a plein de questions, on cherche plein de choses. En fait, la seule chose qu'on cherche en vrai, c'est la paix. C'est la seule qui fait taire les questions, c'est la seule qui fait taire tes émotions. Je ne dis pas qu'en fait, il ne faut rien ressentir. C'est juste que quand la tempête crie en toi et que ça te fait souffrir, ce n'est pas positif. Je suis assez en paix avec qui je suis à l'intérieur, pas à l'extérieur, ni par le son de ma voix qui me pose des fois un problème, ou par mon physique que j'ai des difficultés à accepter. Mais en tout cas, ce que je peux maîtriser, c'est ce que je fais à l'intérieur de moi. Et je suis en paix avec ça. Je suis la personne que j'ai envie d'être. Complètement imparfaite, mais je suis en tout cas celle que j'ai envie d'être aujourd'hui. Je pense que le seul endroit où on doit être bien, c'est avec soi. Et en fait, c'est ce qu'on emmène partout. Qu'on soit ici, sur les terres où on a nos racines, nos familles, qu'on soit ailleurs. En fait, la seule chose qui nous suit tout le temps, c'est nous. Et si on n'est pas bien avec nous, chez nous, on ne peut pas être bien ailleurs. Et certaines personnes, comme moi, on est obligé de faire 10 000 kilomètres pour trouver des fois ça et le ramener chez nous. Pendant longtemps, j'ai eu presque envie de partir d'ici, vraiment. Et en fait, je n'arrivais pas à partir parce que j'étais trop attachée à ma famille. Je ne voulais pas partir parce qu'il y avait ma famille, ma soeur, mes parents. Je ne me voyais pas partir et quitter ma famille. Et en fait, aujourd'hui, si je devais reformuler, je ne me vois pas partir d'ici parce qu'en fait, je suis attachée à ma terre. Et ce n'est plus du tout mon lien à ma famille qui me retient. Ce qui me manquerait en partant d'ici, c'est mon territoire. Les montagnes, les fleurs que je peux cueillir ici que je ne pourrais pas retrouver ailleurs. Et ça, ça m'embêterait, tu vois. Au-delà du lien humain. C'est plutôt ça. Je suis vraiment attachée à ma terre aujourd'hui. Je pense qu'aujourd'hui, c'était... aussi important que je puisse partir pour que tout le monde puisse prendre conscience de ce que je peux faire au quotidien sans culpabiliser en fait. C'est ça aussi la leçon. Si je n'étais pas là, elle serait comment votre vie aujourd'hui ? Il faut partir loin et longtemps pour que ça puisse se mettre en place. Parce que ça m'arrive aussi des fois de partir 3-4 jours pour des formations, des choses comme ça. le delta de temps n'est pas assez long en fait. Et personne ne se rend compte de ce que c'est que de vivre ton quotidien à ta place. C'est pas possible sur trois jours. Les gens avec lesquels tu vis finalement, ils prennent l'habitude aussi que tu fasses. Et puis moi, je ne suis pas quelqu'un qui aime le conflit. Donc par exemple, je n'irai jamais me battre. Je pense que la meilleure façon de montrer à quelqu'un Les choses, c'est pas forcément de vouloir les expliquer par la parole, c'est vraiment de pouvoir les vivre et de vivre l'expérience. On prend ma place pendant une semaine, deux, trois, et on voit ce que ça veut dire, quoi, prendre ma place. Malgré le fait que j'ai trois chevaux à la maison, qui sont les miens, je monte pas à cheval pendant six mois. Et ça, c'est fini. C'est terminé. Donc depuis que je suis rentrée de Mongolie, je monte à cheval tous les jours. 30 minutes même, mais je monte à cheval tous les jours. Voilà. Tous les matins en vrai, sauf aujourd'hui. Mais entre 8h et 9h, je suis à cheval. J'arrête de me mettre la pression. C'est simple. Les autres attendront. C'est-à-dire que si on me dit je veux un rendez-vous pour ci ou pour ça, si j'estime que mon agenda, il est déjà... assez saturé pour la semaine, parce que, je ne sais pas, j'ai mis deux rendez-vous sur la semaine, pas dix, eh bien, la personne attendra la semaine d'après. Et ainsi de suite. Et c'est terminé, je ne veux plus me mettre dans le rouge. Et j'espère que je vais tenir cette promesse que je me suis faite sur le long terme. Et il faut repartir en voyage sinon.