- Christophe
Bonjour Thierry. Bonjour. Tout d'abord je te remercie de participer à cet épisode sur la chaîne Tramway Crisis.
- Thierry
Merci à toi.
- Christophe
Merci. Dans Tramway Crisis on reçoit des professionnels comme toi pour ouvrir notre réflexion et développer notre pratique sur tout ce qui est relatif à la prise de décision et au management de crise. Donc, dans un premier temps, pour nos auditeurs qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Thierry
Alors moi, je suis Thierry Bourdenave, je suis entrepreneur depuis 30 ans, je suis autodidacte, j'ai monté très rapidement des salons de confure, c'est le cœur de mon métier. Et ensuite, après avoir eu pas mal de salons, plutôt en galerie marchande, j'ai pris des postes au sein de la galerie Carrefour, là où j'étais. J'ai monté des cafés, j'ai fait des activités aussi à l'étranger. Ensuite, après un AVC, j'ai changé de fil conducteur dans ma vie. Et là, j'ai créé une marque qui s'appelle Les Hommes à la Classe. Une marque plutôt un peu premium, où il y a 9 adresses en France. Et autour de cette marque, je suis maintenant directeur artistique du groupe qui s'appelle l'Intercoiffure. Membre de l'intercoiffure française, formateur et coach, et ambassadeur pour différentes marques et organisateur d'événements. Donc en fait... J'ai déployé autour de la classe différents axes uniquement alimentés par le plaisir.
- Christophe
D'accord. Tu organises également des événements toujours très originaux. C'est un peu ta marque de fabrique. Il y a donc un événement que tu avais organisé il y a quelques années qui s'appelait, il me semble, la coiffure la plus haute du monde à Artoust. Tu as privatisé une station de ski. Et là plus récemment, tu as communiqué déjà un peu sur un nouvel event assez exceptionnel qui s'appelle Experience Bali, une sorte de road trip avec 12-15 personnes. Est-ce que tu veux nous en dire quelques mots également ?
- Thierry
Oui, alors en fait, je pense que chaque fois qu'on a une idée, qu'on est entrepreneur dans la vie ou dans l'entreprise, il faut se faire confiance à ça et si on pense que cette idée est bonne, il faut aller au bout de son idée. Autrement, j'ai l'impression que c'est comme si on avait un pénalty, qu'on ne tirait jamais et qu'on ne marquait jamais. Donc en fait, les hommes à la classe sur l'événementiel, c'est important parce qu'en fait, ça fait vivre la marque et ça conditionne aussi le plaisir, mon plaisir, mon propre plaisir, le plaisir de la communauté. Donc j'avais organisé un événement sur Artoust, où en fait, j'avais privatisé Artoust pour une soirée, une soirée, une journée. Et en fait, il faut savoir qu'à Artoust, on peut faire dormir juste 5 personnes sur place en tente parce que c'est protégé. Et là, il y a eu 500 personnes qui en ont eu. Donc le principe, c'est d'arriver à mélanger... Des soirées très branchées, parce que moi sous les semis de la coiffure, c'est ce que je fais souvent, des soirées très branchées avec des journées très pastorales. Parce que ici on est en Berne, donc il faut mettre le Berne avant. Donc en fait, des gens vont tenter les cabines dans un panorama de dingue. Ils avaient une soirée très branchée avec 7 DJ, groupe avant, restauration, un bar de 100 mètres de long à débordement sur le vide derrière. Et après, boum, ils dormaient dans des tentes pour l'expérience de la nuit. Et le matin, les moutons arrivaient, les brebis avec un petit déjeuner et matinée pastorale. Donc ça, c'était vraiment quelque chose d'intéressant. Et là maintenant, le problème, c'est que je me lasse vite en fait. C'est-à-dire que quand je fais un événement une fois, deux fois, c'est bien, mais j'ai envie de repasser à autre chose. Et là maintenant, je lance des voyages, des voyages très, très, très immersifs. Donc le premier sera sur Bali en mois de novembre. Donc j'amène 15 personnes à Bali pendant trois semaines. Et après, bientôt, je vais commercialiser un voyage, un road trip aussi dans le désert. 6 jours dans le désert Sahara, plutôt sportif quand même là, mais par contre, il bivouac tous les soirs dans le désert.
- Christophe
D'accord, c'est impressionnant. Et donc, comment est-ce que font les gens s'ils veulent essayer de participer ? Oui,
- Thierry
ils me suivent sur les réseaux sociaux. Il y a le site internet de la classe, mais les réseaux sociaux, sur mon réseau social Thierry Bordenave sur Instagram et sur Facebook, tout est communiqué dessus en général.
- Christophe
D'accord, je te mettrai en description, comme ça les gens peuvent aller jeter un coup d'œil si ça les intéresse. Justement, par rapport aux idées, puisque là, c'est bien de ça qu'il s'agit, on voit quelqu'un de très créatif. Il y a une interview que tu avais faite il y a quelques années, où tu dis, notamment cette phrase qui m'a interpellé, tu dis « si j'ai une idée, c'est qu'elle est bonne, et si je ne la mets pas en pratique, c'est qu'elle ne sert à rien. » Et dans ces conditions, il y a une question qui me vient, c'est comment est-ce qu'on fait, quand on est comme toi, avec énormément d'idées, même quand on en a un peu moins, pour trier les bonnes des mauvaises idées ?
- Thierry
C'est une bonne question parce que le problème que j'ai eu c'est que comme j'ai eu du mal à me légitimer pendant de nombreuses années, jusqu'à 39 ans j'avais du mal à vraiment me valider parce que quand tu arrêtes d'école à 16 ans, soit c'est un choix, soit c'est une échelle scolaire. Donc en fait tu traînes toujours ça un peu comme un boulet, donc c'est difficile pour les artisans. les gens qui ont pris d'autres métiers. Et en fait, j'ai eu une sorte de révélation, j'ai fait une thérapie avant mon AVC pour comprendre plein de choses, enfin j'aime bien comprendre. Et ce que j'ai compris notamment, c'est qu'en fait, c'est un peu comme, je fais un parallèle, ma fille, l'autre jour, elle a 21 ans, elle a des questionnements, comme c'est normal dans la construction, et des problèmes de confiance, qu'elle a bien travaillé d'ailleurs. Et elle me dit comment ça fonctionne dans la vie par rapport à ça. J'ai dit écoute, c'est mon chéri, c'est comme si tu étais sur un stade de rugby, dans le stade de rugby, sur le prêt. Tu choisis ton équipe, il faut que tu choisisses les joueurs avec qui tu vas jouer. C'est super important de choisir les bons joueurs, comme le bon copilote dans la voiture. Et autour, dans les tribunes, tu peux considérer qu'avec la société dans laquelle on vit, avec internet, les réseaux, par exemple, tu as des supporters mais tu as surtout des gens qui vont te critiquer dès que ça ne va pas aller. Par contre, si tu occultes ça complètement, comme le font les sportifs de haut niveau, si tu occultes ça complètement, tu es concentré sur toi et tu développes ta confiance en toi, par contre tu vas aller au bout des choses. Et en fait, pour les idées, c'est ça. ça. C'est-à-dire que... Avant, s'il y avait une idée créative, donc fantasque, qui sort du moule, j'en aurais parlé à des gens proches de moi, dans ma famille par exemple, ou des amis. Tout de suite, ils étaient sur une planète différente. C'est comme s'ils étaient sur Mars et eux sur Pluton. Et en fait, ils n'auraient pas du tout compris ça. Ils auraient plutôt rigolé. Ça aurait complètement arrêté ce projet-là. En fait, ce qui se passe, c'est que je n'en parle pas. Je me fais confiance à moi. Et je me dis que quand j'ai un ressenti très fort, Il faut vraiment prendre du temps pour se légitimer, pour se faire confiance. Mais comment on trie une bonne et une mauvaise idée aussi ? C'est que normalement, quand l'idée, on y croit, on sent avec pertinence qu'elle est vraiment puissante, il faut aller au bout du bout pour au moins essayer de la valider. C'est sûr. Pour au moins essayer de... Le pire, c'est de ne pas aller au bout, c'est de regretter de ne pas avoir tenté d'en faire. Là, j'ai une idée encore il y a trois jours sur un nouveau concept que je vais développer. Je ne peux pas en parler encore maintenant, c'est trop court. Mais voilà, on va se donner les moyens de le faire avec une amie parce qu'en fait je pense que l'idée est excellente. Mais il y a aussi quelque chose d'intéressant dans les personnes qui sont créatives je trouve, c'est que le monde n'est pas assez créatif. Alors notre monde oui, il y a des gens autour de nous oui, il y a des artistes qui sont incroyables même dans le Béarn, qui sont super, mais le monde globalement n'est pas assez créatif, il est un peu trop jugeant. Donc quand on a la chance d'avoir cette fibre créative, il faut vraiment continuer dessus, la développer. Je me dis toujours, si ça ne marche pas, ne poussez pas la fin du monde. Ce n'est pas grave en soi. Ce n'est pas une maladie. Donc, on va rebondir. Ce n'est pas un problème.
- Christophe
Donc, en fait, si je comprends bien, faire confiance à son intuition, surtout à partir du moment où on s'est validé soi-même dans le fait qu'on est quelqu'un de performant, qu'on a des idées qui peuvent aller jusqu'au terme, devenir le projet, puis après réussir. Évitez de se laisser polluer. par des personnes qui pourraient avoir des discours qui nous stopperaient ou qui endigraient les projets. Ça, c'est un peu ta manière de procéder, finalement.
- Thierry
Oui, c'est ça. Et j'ai essayé de donner un conseil à quelqu'un qui écoute. Oui. C'est que, ça, c'est la théorie. Il va se dire, oui, mais moi, je ne suis pas encore à ce stade-là. C'est vaut mieux avoir un ou deux mentors autour de soi, des gens qui ont entrepris, qui ont déjà fait. Uniquement, c'est uniquement des gens qui sont sur notre planète. Ça ne sert à rien d'en parler même à... Un père ou une mère qui n'ont jamais entrepris de leur vie, parce qu'ils vont trouver ça fantasque, surréaliste, et dans un rôle de protecteur, ils vont tout de suite ouvrir des bâtons dans les roues pour pas qu'on le fasse. Il vaut mieux y avoir un ou deux personnes. Moi je sais, par exemple, même des personnes extérieures. Moi j'adore Mike Horn, l'aventurier, et il m'inspire beaucoup. Et en fait, avoir une source d'inspiration, et quand on ouvre le champ des possibles, quand on voit les gens sur la Terre, certains, ce qu'ils font, C'est époustouflant. Donc, quand on voit, moi, quand je suis dans cette aventure, quand je vois ce qu'il est capable de faire, c'est pas une soirée en montagne qui va me faire peur et détente. C'est rien. Donc, en fait, soit on a une ou deux personnes qui ont fait confiance. Moi, j'ai une jeune que je suis là, qui est créatrice de fringues, dans le taxi. Et en fait, souvent, elle m'envoie des messages qu'elle a besoin d'un conseil ou quoi. Mais je sais qu'elle n'en voit pas 50 personnes. Donc, c'est bien d'avoir une sorte de guide.
- Christophe
Ok, la transmission, c'est quelque chose que j'avais observé en me documentant sur ton parcours. Et c'est bien que tu en parles parce que je vois que c'est un fil rouge. On observe effectivement la transmission de ton père qui avait un salon de coiffure, qu'il a gardé jusqu'à 72 ou reste à 70 ans. Donc il te transmet en quelque sorte l'intérêt pour la coiffure et la passion pour le commerce.
- Thierry
C'est ça.
- Christophe
Il y a un responsable avec lequel tu travailles, immigré italien il me semble. Oui. dans une galerie marchande, et le directeur aussi du supermarché, qui vont avoir un impact, la thérapie que tu évoquais tout à l'heure. Et aujourd'hui, tu formes des centaines de coiffeurs. Tu as également... une activité un peu de réinsertion et d'accompagnement de migrants qui viennent de pays étrangers. Donc, il y a une question que je me pose, c'est est-ce que selon toi, pour continuer à évoluer, il faut continuer à apprendre ? Est-ce que les deux sont indissociables ?
- Thierry
Oui, je trouve que oui. En fait, c'est marrant parce que dans la vie, moi j'ai 51 ans aujourd'hui, et je suis en train d'apprendre vraiment des jeunes. Parce que le monde, aujourd'hui avec l'IA par exemple, Internet et l'IA, c'est tellement un mouvement que pendant longtemps j'ai appris, alors j'ai appris, tu parles de l'immigré italien, c'était mon ancien patron par exemple, j'ai appris de lui parce qu'il y avait des choses très positives et aussi des choses très négatives. Très très négatives. Et ces choses très négatives, je les ai observées, je les ai prises pour moi et un peu dans la gueule aussi, mais je les ai mises dans mon bagage de vie pour après en faire quelque chose. Et c'était, je parle de la transmission par exemple, moi je l'observais parce qu'il travaillait bien, mais c'était un gars qui ne savait pas transmettre, qui ne m'est pas transmettre, et qu'il y avait lui, les petits oiseaux, et le reste... Donc du coup, ça c'est aujourd'hui que je sais que quand on est jeune, quand on voit quelqu'un, moi j'ai la chance de faire des shows artistiques sur scène et tout, quand on est jeune et qu'on a la chance d'avoir un mentor ou quelqu'un qu'on voit de haut, entre guillemets, ben cette personne-là, nous, il faut qu'on soit vraiment, qu'on se mette à disposition aussi des jeunes. ou des moins jeunes, peu importe, pour leur donner. Donc ça, c'est la première chose. Mais après, ce que j'observe, c'est qu'en fait, moi, j'aime bien m'inspirer de choses qui ne sont pas que dans mon métier, des personnes extérieures, c'est très important. Il y a plein de sources d'inspiration comme ça. Mais aussi maintenant, ce que je te disais en première page, la première partie, c'est que maintenant, j'aime bien m'inspirer, apprendre des jeunes. Parce que le monde, il va très vite, ils ont une vision. Déjà, aujourd'hui, moi, j'ai 51 ans, Et en fait... discuter avec des gens qui considèrent je ne sais pas ce qui est tranche je trouve pas moi, moi je me sens comme un mec de 30 ans mais je ne sais pas ce qui est tranche je trouve globalement, alors pas tous mais trop de gens à mon âge sont trop nostalgiques et considèrent comme moi j'ai vécu quand j'étais jeune avec des plus anciens, que ça aille le monde il est parti en couille, ça vrille et que c'est plus comme avant mais de toute façon de tout le temps à jamais c'est plus comme avant, qu'il en soit mais alors ceux-là ils considèrent que La création du monde, c'est l'année de leur naissance. Ça, c'est pas bon, ça. Et en fait, les jeunes, moi, ma fille a 21 ans, comment ça veut dire, c'est plus qu'on va voir, elle s'en fout, elle a 21 ans, elle a vécu ses 21 ans de vie, elle a pas 50 ans. Donc en fait, être avec des gens comme ça, pour moi, c'est plus toxique, maintenant. Je le vois tout au niveau, que ce soit au niveau associatif, là où je suis, au niveau entreprise. Donc en fait, apprendre aujourd'hui... des gens qui ont une énergie différente, qui sont connectés au sens propre, au sens sécurisé, sur le monde dans lequel on vit, c'est hyper important. Hyper important pour moi. C'est le seul moyen de continuer à vivre en fait.
- Christophe
Oui, oui.
- Thierry
Vraiment gros.
- Christophe
D'accord. C'est très inspirant. Et quand tu es face à, par exemple là tu parles des jeunes qui sont une source d'apprentissage, comment est-ce que tu fais pour reconnaître en fait une personne qui a quelque chose à t'apprendre ? C'est-à-dire en fait quand tu vas échanger avec la personne, il y a un premier contact, quelque chose. Est-ce qu'il y a des critères qui font que tu dis ah oui celui-ci ou celle-là ?
- Thierry
Ça se voit très vite, ça se voit très vite. Encore je suis avec une jeune rure assez trompée là, j'étais à faire un choix artistique. J'ai ramené à l'aéroport et j'ai passé quatre heures avec elle dans les bouchons. Et en fait la gamine elle a 22 ans et ça, ça va sans compte. Et en fait elle est brillante, elle est pertinente. Et en fait ils ont un truc, je trouve que les jeunes par rapport à nous, c'est qu'ils n'ont pas peur. Et ils sont désinhibés de certains préjugés, ils sont plus égoïstes que nous, il y en a de moins. Et en fait, ils foncent plus. Et puis aujourd'hui, les réseaux, ils ont aussi cette capacité à pouvoir se former, à pouvoir apprendre de tout. Moi, à ma génération, je n'avais pas les réseaux sociaux. Aujourd'hui, on dit que les gens préfèrent donner que de la critique. Mais c'est juste une source vraiment incroyable, merveilleuse pour pouvoir se former, pour pouvoir avoir un champ des possibles et un champ culturel, un champ intellectuel beaucoup plus large. Donc aujourd'hui... Quand je vois des jeunes, tout de suite, au bout de quelques minutes, qui m'expliquent des choses et qui ont une vraie théorie, leur théorie, qu'elle est assumée, parce que c'est dur quand tu es jeune d'avoir une théorie assumée, surtout quand tu es face à un mec qui a 50 ballets, ça peut être difficile, mais là, ce n'est pas du tout le cas. Du coup, ça, c'est hyper intéressant. Et là, la discussion s'engage et puis après, on avance ensemble. Oui,
- Christophe
il y a aussi ce côté pas de déchet. Parce qu'en fait, c'est ça, ce que tu décris, c'est que quelqu'un de plus âgé pourrait avoir... ce qu'on pourrait qualifier de déchet, c'est-à-dire de déchet de réflexion, c'est-à-dire penser au monde d'avant, se plaindre, etc. Là, les jeunes dont tu parles, effectivement, ils sont fonceurs, ils sont... Ils se concentrent, ils sont focus sur leur projet, leur envie et une direction.
- Thierry
C'est ça, parce qu'ils ne sont pas encore pollués par ce qui s'est passé avant. Ils le seront peut-être un jour, 15 ans, je ne sais pas. Mais en tout cas, pour l'instant, ce n'est pas le cas. Et puis, leur monde, c'est le monde entier. C'est ça qui est intéressant. En tout cas, dans mon métier, dans la coiffure, c'est un métier très créatif pour une toute petite partie de la population des coiffeurs. Toute petite partie, hélas. C'est-à-dire que 90% des coiffeurs sont vraiment sur une niche très créative. Là, j'ai partagé la scène, par exemple, avec des artistes à Saint-Dropez brésiliens, anglais et suédois. Mais c'est énorme, parce que la créativité va très très loin. Et ces mecs-là, ils ont aussi mon âge, mais ils se remettent en question tout le temps, ils sont toujours en train d'observer, de regarder, de se renseigner, de lire. Donc en fait, ça permet de pouvoir se développer tout le temps.
- Christophe
Ça, c'est peut-être quelque chose que je devrais préciser. C'est bien que tu en parles parce que toi, tu es un créatif, mais vraiment, tu as poussé la créativité assez loin. C'est-à-dire que tu as construit des concepts, une marque, mais également un univers pour tes clients qui est réfléchi au détail près, une culture d'entreprise pour tes collaborateurs. Donc, tu es quelqu'un qui va initier des tendances et qui va transmettre. pas seulement même à tes élèves une technique, mais une manière d'appréhender le travail et plus précisément le domaine de la coiffure. Et tu réfléchis tout au détail près. Et ça me donne envie de te poser une question par rapport au détail. Comment est-ce que tu fais pour soigner autant les détails alors que tu es sur plein de projets différents ? Quand on est overbooké, comment est-ce qu'on fait pour soigner autant les détails ?
- Thierry
Alors déjà, je pense que je ne suis pas encore... Je ne serai jamais assez dans le détail. Parce que moi je trouve qu'il y a plein de choses qui... En fait comme je fais beaucoup de choses, je ne suis pas tout le temps dans mes salons, j'ai une tolérance qui... je suis obligé d'avoir une tolérance. Autrement les collaborateurs je vais les fatiguer, je vais les essouffler. Donc en fait il y a les choses qui ne me vont pas que tu es obligé d'accepter. Mais par contre c'est très simple en fait, quand j'ai créé la marque Les Hommes de la Classe, je l'ai basé sur quatre piliers d'expérience majeure. L'expérience visuelle, olfactive, auditive et créative. Et en fait, toutes ces expériences-là, c'est des expériences qui me nourrissent à moi. Si j'ai un conseil à donner, c'est faire les choses par rapport à soi. Assumer l'égoïsme qu'on peut avoir en soi-même. Et après, par exemple, quand j'ai fait l'expérience visuelle, c'est arriver dans les stores et avoir quelque chose de très différent. Se promettre de faire le meilleur accueil qu'on peut avoir, mieux accueillir en France, c'est pas dur. L'accueil est très mauvais partout. Enfin, pas partout, mais dans beaucoup d'endroits. Donc en fait c'est plein de détails et les détails c'est aussi l'inspiration par exemple j'ai été dans le restaurant dans le noir à paris pour ressentir l'émotion auditive. C'est un restaurant qui est tenu par les aveugles et en fait c'est les aveugles qui te servent donc en fait ça décuple toute l'émotion olfactive, olfactive auditive mais beaucoup olfactive. Donc en fait dans mes process de soins de barbe par exemple où les clients ils ont les... Ils ont une serviette chère de parfumée sur les yeux. Elle est parfumée. Le linge est parfumé. Le talc est parfumé. Tout est... Comme le sens visuel est coupé, le sens olfactif est délivré. Mais en fait, tout est question de bon sens. Et puis après, quand on aime les belles choses, quand on aime faire les choses bien, les petits... Mais de toute façon, c'est que des petits détails. Des petits détails que ce soit dans le sport, on a vu pour la finale de la Coupe du Monde, dans le sport ou dans l'entreprise, dans n'importe quelle entreprise, c'est des petits détails qui vont faire la différence. Il y a des commerçants, il y en a plein, mais qu'on aime bien recevoir. Déjà, il faut être empathique. Il faut aimer recevoir les gens, c'est sûr. Dans n'importe quel business, comme tu m'as reçu maintenant. Et il faut être empathique. Et après, tous ces petits détails, c'est ce qui va faire la différence. Et c'est là où on va prendre le plus de plaisir. Mais nous, par exemple, concrètement, quand les clients vont arriver dans chaque store, on a délimité une zone d'accueil qu'on ne voit pas, que les collaborateurs connaissent. On doit être dans cette zone d'accueil. C'est-à-dire que le client ne doit pas être plus de quelques secondes libéré. D'accord. Et après le message c'est pas bonjour c'est bienvenue. Et du coup quand je forme quelqu'un, on va travailler pendant une journée par exemple sur l'accueil, sur le bonjour bienvenue. Parce qu'en fait quand tu reçois quelqu'un il va te dire bonjour, si tu réponds il dit la même chose, si tu dis bienvenue il te dit merci. Et ça change tout déjà la donne tu vois. Donc en fait c'est tous ces petits détails. Mais bon, perso j'ai une cabine que je me sers de temps en temps au Ritz dans le Palace à Paris. Là je suis dans le détail. Parce que la coupe est très très très chère. Et là, je suis dans le détail. Dans mes salons à peau, c'est moins le détail. Je fais les salons ailleurs. Je ne peux pas être dans le détail partout.
- Christophe
D'accord, c'est intéressant parce que je ne m'attendais pas à ce que tu ne sois pas entièrement satisfait du niveau de détail. C'est vrai que pour l'anecdote, on s'est connu il y a à peu près 6 ans, j'avais un commerce à proximité du tien. Et quand je suis arrivé, quand j'ai ouvert, tout le monde m'a dit « ce mec-là c'est un génie, son business est vraiment ultra chiadé » . Et donc un jour j'ai testé, je suis allé me faire couper les cheveux, même si je n'en ai pas beaucoup, pour... pour vivre l'expérience. Et c'est vrai que j'ai été assez stupéfait parce que, comme tu le dis, tout est réfléchi. Les odeurs, ce qu'on voit, la musique. Après, j'ai appris par la suite que il y avait des bandes-sons que tu faisais fabriquer toi-même. Donc, c'est assez étonnant. Et là, en fait, d'après ce que tu dis, tu me diras si j'ai bien perçu ce que tu exprimais. L'une des manières que tu as, l'un des leviers que tu utilises pour soigner tous les détails, c'est un cycle extrêmement court. entre le moment... bon déjà tu t'inspires d'un côté donc tu es curieux ça on l'a vu et ensuite tu as un cycle très court entre le moment où tu as donc une idée et le moment où tu vas la mettre en éducation.
- Thierry
Oui c'est vrai, tu as raison. C'est très court, en fait je trouve que l'immédiateté... tu as remarqué là, je n'avais pas forcément pensé à ce que tu disais, en fait je suis toujours contre ça parce que l'immédiateté elle permet d'avoir l'adrénaline. Alors il y a aussi le déchet de se dire c'est à chaud, il faut le faire aussi un peu à froid, après tu peux le faire évoluer par contre Mais par exemple, quand je suis... Moi, j'avais des salons Galeries Marchandes avant. Et les salons Galeries Marchandes, c'est très différent de ce que je fais aujourd'hui. Et quand j'ai visité mon premier local, qui a été l'une des quatre fois plus beaux salons de France à Paule, je suis d'un grand village, ben là, tout de suite, j'ai été très, très, très, très inspiré. Et j'étais le seul à me faire confiance, vraiment, à part mon ex-femme qui était là, croyez-moi. Mais en fait, par contre, tous ces petits détails que j'ai vus, Tout de suite, oui, j'essaie d'aller très fort, très vite. Parce qu'en fait, je trouve que comme j'ai quand même tendance à me lasser, à passer vite à autre chose, j'ai besoin d'avoir beaucoup d'énergie dans ce que je mets. Et cette énergie, c'est comme dans un couple, les trois mois d'année, tu as beaucoup d'énergie, après tu en as moins, ça dépend des cannes pour beaucoup. Et du coup, cette énergie, elle est tout de suite stimulée. Et tant que je n'ai pas accouché du projet qui est né, je suis là-dedans. Donc en fait, c'est là où je pense que, moi pour moi, c'est là où je peux faire les plus belles choses et penser aux plus belles choses. Après, il faut arriver à ce qui va être dur aussi, c'est quand on a un système assez chialé comme le mien, c'est après arriver à le faire perdurer. Ça, c'est pas évident. Surtout que j'ai des collaborateurs qui sont très fidèles, c'est très bien. La marque m'a fait 10 ans, j'ai un mec qui a fait 10 ans qu'ils sont. C'est bien, mais par contre, de temps en temps, ils ont un peu oublié. le fondement, donc il faut le renouveler. Ça c'est pas évident toujours. Parvenir à demeurer, c'est-à-dire qu'en fait il y a l'acte créateur,
- Christophe
où il y a vraiment une grosse énergie, et puis après il faut demeurer, se renouveler, face à la concurrence, face à...
- Thierry
Alors ça, moi ma stratégie par contre par rapport à ça, c'est que je ne rate jamais la concurrence. Jamais. Vraiment jamais. Quand je m'installe quelque part, quand je fais mes... et ça marche. Ça marche parce qu'en fait je trouve que quand on avait un maire à Lavar, un pour, un lavarer, et qu'il disait il y a trois choses importantes dans le commerce, c'est l'emplacement, Et moi je peux vraiment dire aujourd'hui c'est le concept, Par contre il faut avoir un vrai, vrai, vrai concept. Parce qu'il y a beaucoup d'entrepreneurs qui vont lancer un truc, ils me disent un nouveau concept, ils m'expliquent, mais le grand public il ne voyait pas le concept. Il n'y a que lui qui croit en ce concept. Ça c'est dangereux aussi. Il faut faire attention à ça quand même. Donc, mais quand on a un vrai concept... les clients ils viennent moi je sais les salons le salon Wall par exemple c'est compliqué c'est payant on est tout le temps plein tout le temps tout le temps plein mais par contre il faut l'alimenter au fur et à mesure il faut le renouveler il faut avoir d'autres idées novatrices c'est important c'est pour ça moi j'ai fait beaucoup de concours aussi pour justement me stimuler par rapport à ça oui t'as reçu pas mal de distinctions et de prix ça permet d'entretenir aussi peut-être une dynamique de compétition ouais j'ai besoin de ça j'ai toujours fait du sport aussi donc puis je dis toujours l'entreprise c'est un peu comme un club de rugby par exemple que Moi je suis le président, comme le club de rugby, mes salariés c'est les joueurs et les supporters c'est mes clients. Donc tout le monde a besoin d'avoir un club aussi important. Et comme le nom de ma marque c'est Les Hommes en la Classe, c'est aussi le nom d'une marque. Ça c'est intéressant parce que du coup le client ou les gens qui sont autour peuvent s'approprier ce nom. Et se l'approprier en général. Il y a un moment donné j'avais fait des pulls, des casquettes et tout. Et un jour j'ai vu un client à moi sur la rue Pascal Mansour avec la casquette et le pull. Je me suis dit, c'est ça, c'est comme quand tu vois la section parloise, tu vois les mecs, on se tal avec le... Ça, c'est intéressant, ça. Oui. La culture club, quoi.
- Christophe
Effectivement, oui. Ce que tu décris par rapport à ton rapport avec la concurrence, en fait, c'est peut-être aussi l'une des particularités de ton business model qui rend très difficilement copiable ton activité. C'est qu'il y a une barrière à l'entrée, tu me diras ce que tu en penses, c'est justement ton esprit créatif dont on parlait. Parce qu'en fait, c'est très difficile de copier un esprit qui va de manière toujours avec cohérence, mais de manière un peu... inattendu partir sur des idées, etc. Par exemple, l'événement que tu fais à Bali, c'est compliqué. En fait, c'est cohérent quand on regarde avec l'image de la marque, etc. Mais c'est compliqué pour quelqu'un à côté d'avoir le même type d'idée. Donc, c'est peut-être ça aussi qui fait...
- Thierry
Mais en fait, c'est impossible d'avoir les mêmes idées parce que j'ai été copié plein de fois. J'ai fait des photos, je ne sais pas si tu as vu, les photos, le barbier et le berger. J'ai fait un bouquin de ça, le barbier et le berger. J'ai fait 62 photos de ça. Il y a la même DA à chaque fois. Mais j'ai été complété plein de fois. Mais la DA n'était pas du tout la même. Même sur ces photos-là, la photo est pensée. J'ai la même posture à chaque fois. Exactement. Que ce soit la posture du bras, la posture de mon corps. Le personne que je prends en photo, elle a la même posture. Et ces photos, je suis demandé partout. Enfin, ces photos-là. J'ai des sollicitations chaque semaine. Donc en fait, oui, c'est impossible. Mais alors... Peut-être que c'est prétentieux ce que je vais dire, mais j'observe beaucoup la coiffure, parce que je suis fondateur depuis longtemps, et je vois des concepts avec des gens créatifs et honnêtes qui sont formidables, dans France je parle, vraiment. Et après, je vois aussi beaucoup de gens qui sont moins formidables, qui ne sont pas créatifs, mais qui sont usurpateurs de fond. Ça, il y en a plein, rien mais plein. Et une femme d'injustice, en fait c'est tant pis pour eux parce qu'ils se plantent, franchement. Mais du coup, ils n'ont pas cette capacité-là. Donc en fait, ils sont toujours dans la plagiat. Et ça ne marche pas. Ça ne marche pas du tout. Parce que même moi, je vois, je viens de développer un franchise, ils en ont la classe 1. Et même un franchise, ce n'est pas évident. Parce qu'en fait, tes salons à toi, ton univers, tu l'as pensé toi, tu l'alimentes en permanence dans ma tête. J'ai d'autres idées encore pour mes stores, par exemple. D'accord. J'ai plein d'idées. Mais donc en fait... Moi, s'il y a un conseil à donner aux autres, c'est surtout s'inspirer, oui, mais en dénonçant son propre univers à soi. Et si on n'en a pas, il faut se franchiser. Parce que ça veut dire que ce n'est pas un problème. Si on n'est pas capable d'être créatif, ce qui peut être assez panou à tout le monde, moi, je ne l'ai pas toujours dit, créatif, ça s'est libéré tard. Après, c'est pour ça qu'il y a les mecs qui prennent des marques, d'autres marques, comme locomotive. Mais par contre, moi, je pense que mon modèle, il est... Il est toujours perfectible largement, mais vraiment. Mais par contre, il est quand même très, très, très chiadé. Donc en fait, ça va être peut-être mal vu ce que je veux dire, mais je considère toujours, j'ai toujours un temps d'avance.
- Christophe
En tout cas, jusqu'à maintenant.
- Thierry
C'est ça la force un peu des marques.
- Christophe
Oui.
- Thierry
Avoir un temps d'avance, l'assumer. C'est sûr qu'on entend, je ne sais pas en quoi l'embape, mais quand on entend Mbappé dire qu'il veut toujours être le meilleur joueur du monde, il l'a toujours assumé.
- Christophe
Et finalement il est arrivé quelque part. Moi je ne suis pas le meilleur, mais par contre je pense que j'ai toujours un temps d'avance. Et aujourd'hui en plus on voit dans mon métier, si on doit parler un peu techniquement du métier, il y a beaucoup de barbeurs, tout le monde le sait, ça va parler tout le monde, il y a beaucoup de barbeurs. Ça s'est développé à vitesse grand V, mais finalement ils se ressemblent tous plus ou moins les autres. Alors que moi je suis resté sur ce créneau, plutôt milieu haut de gamme, ce n'est pas du haut de gamme que je fais, c'est du milieu de gamme quand même, mais par contre c'est quand même très chiadé. Les prix sont plus élevés, oui, mais par contre, le client, quand il vient, il sait qu'il aura une qualité différente, il aura une expérience différente. Par exemple, tous les petits détails, comme tu disais tout à l'heure, moi, la machine à café, c'est une machine à café qu'il y a dans les bars et les restaurants. C'est une machine à 8000 euros que je n'ai pas achetée, parce qu'il faut faire attention au prix. C'est que du leasing, donc ça rentre largement dans l'amortissement. Mais par contre, le plombier, quand il vient te brancher la machine, il y en a pour une matinée entière. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la pression de l'eau est forte, il est au niveau des bars. la caféine va exploser et la caféine va être largement meilleure. Donc en fait, l'expérience client, c'est comme tu prends le café que je vais offrir à mes clients, tu le prends dans une petite tasse en plastique, tu le prends chez moi au bar, il y a un vrai bar théâtralisé, avec une sous-tasse en verre, avec une belle tasse de verre Nespresso, il n'a pas une saveur le café. Et c'est ça un peu l'histoire des homologues associés, c'est que tout doit être... On croit comme ailleurs, mais c'est décuplé à x10, x100, pour que tout ait une saveur différente. C'est important. Tu parlais de la musique. La musique, c'est pareil. Il y a une direction artistique musicale que j'ai donnée. Et chaque semaine, elle est réalimentée. Et en plus, je pense que les hommes ne viennent pas se sociabiliser dans un salon comme les femmes. Donc la musique, elle est forte. Et l'idée, c'est que quand le client est posé, il doit avoir son champ visuel qui doit être exceptionnel parce que tout doit être beau. Le champ olfactif a du parfum d'ambiance dans le salon. Comme dans une parfumerie, ça va sentir bon. Et le champ auditif, la musique, doit l'entraîner. Ils sont toujours en train de chagrin. Et derrière, dans les champs visuels, il y a le coiffeur qui doit être bon pour sûr aussi. Tout est lié. Donc c'est vraiment vivre un moment pour soi et sortir en se disant, voilà, j'ai un truc différent à capturer. Et ça, c'est retransit dans tous les autres métiers. Moi, je sais que quand je vais dans certains endroits, il n'y a pas une chose des commerces. En plus, la coiffure, c'est un métier quand même où c'est fermé. Et c'était facile de renouveler finalement. Tu vas dans une boucherie, je trouve que les boucheries sont... Même au HAL, c'est bien parce qu'au HAL, il y a des boucheries comme à Charcuterie, comme par exemple chez Abadi, chez Audrey, où par exemple, ils sont bien habillés, ils ont donné une autre dimension, tu vois. Tu vois, dans certaines boucheries, des boucheries fermées ou des banques, il n'y a pas la musique, l'accueil est pourri. Je pense qu'il faut faire quelque chose de wow, de différent. Il faut vraiment, quand je dis wow, il faut que ce soit wow. Si on veut que le consommateur le voie, il faut le faire. Il ne faut pas hésiter à prendre des risques. à le faire au sein que tu peux. C'est hyper important.
- Thierry
Toi, tu as décidé d'être dans une prise de risque.
- Christophe
D'exagérer.
- Thierry
Dans une exagération, dans une théâtralisation. Par rapport à ça, parce que c'est vrai que tu tranches régulièrement. Par exemple, tu décides d'avoir un concept qui va être un peu en rupture sur les décisions, puisque c'est un peu le cœur de la chaîne, très moins crisis. J'aimerais bien te demander, parce que tu es amené à très souvent décider. Il y a certaines décisions qui sont plus simples que d'autres. Comment est-ce que tu décides quand tu es face à une décision importante ? C'est-à-dire qu'il peut avoir des conséquences négatives ou positives.
- Christophe
Alors déjà, il faut être staffé. Moi, j'ai la chance de me staffer quand même autour de moi. C'est-à-dire que déjà, je travaille beaucoup sur la responsabilité de chacun. Et en fait, j'ai confiance vraiment aveugle à mes collaborateurs. D'accord. Donc déjà, je ne me pose pas de questions. Je vois, je coache des entrepreneurs ou des coiffeurs. En fait, ils vont se poser des questions. plein de questions, ils vont mettre plein de peurs sur des choses qui vont jamais se passer. Ça, c'est classique. Ils vont fabriquer des interrogations sur des choses qui ne vont jamais arriver. Déjà, moi, mentalement, je suis libéré de ça parce que mes collaborateurs, je leur fais confiance. Donc, si je ne suis pas sur le site, jamais je ne me dis que ça ne va pas être bien ou non, ça sera toujours bien. En fait, la confiance amène la confiance. Et du coup, mes collaborateurs, ils me sentent. Ils se passent bien entre eux et moi. On n'a aucun problème par rapport à ça. Après, je suis staffé. C'est-à-dire que c'était ma fille qui travaillait avec moi, qui était mon assistante. Donc, en fait, tout le travail que je n'ai pas envie de faire, je lui fais faire. Comme ça, moi, j'ai le temps de me consacrer aussi à l'artistique et à la prise de décision. Et après, sur la prise de décision, c'est assez simple. C'est-à-dire que... Repose-moi ta question, pardon.
- Thierry
Sur les décisions importantes, on va dire, ta méthode, savoir si tu as un rituel, une manière de procéder, une méthode, c'est un peu ce que tu commences à nous montrer.
- Christophe
Oui, c'est ça. Et en fait, non, sur la prise de décision, ce que je fais, c'est que je fais attention, parce qu'il y a la prise de décision financière. Je fais attention que ce que je vais jouer déjà sur le papier, ça ne compromet pas le niveau de vie, mon niveau de vie, et le bon déroulé des Hommes à la Classe, par exemple. C'est-à-dire qu'en fait, toutes les activités que je joue autour, je considère, je fais une sorte de pyramide, j'ai l'horreur d'une activité majeure, c'est la marque des Hommes à la Classe. Et après, tout ce que je vais faire, les soirées, les événements, les formations, les shows artistiques, les voyages. Ça doit être du plus, mais par contre, ça ne doit jamais fragiliser le haut de la pyramide. Parce que c'est le haut de la pyramide qui tient tout. Ou alors le bas, comme tu veux. Mais en tout cas, ça ne va jamais fragiliser ça. Donc en fin de prise de décision, je pense que quand tu as 30 ans, 40 ans, tu fais une connerie financière, tu peux te refaire. Ça m'est déjà arrivé. Quand tu as 50 ans, c'est plus difficile aujourd'hui de te refaire à travers les banques et tout. Donc en fait, je fais attention de ne pas... Il y a deux choses. Je fais attention de ne pas fragiliser ce qui va tenir tout le reste. Et après, par exemple, j'ai eu l'exemple, je vais faire la soirée en montagne, pour le faire, ça a été le combat, mais un combat de dingue avec toutes les autorisations que j'ai dû avoir. Mais par contre, je savais que si au dernier moment ça ne se faisait pas, ça ne fragiliserait pas mon imaginaire. Ce n'est pas grave, c'est une péripétie. Et les gens qui te critiquent vont toujours te critiquer. Et les gens qui font, ils vont dire au moins, il est au bout des choses, c'est pas marché, ça ne dépend pas que de lui. Donc en fait, cette considération, elle est hyper importante aussi parce que la société est hyper urgente. Et en fait, on fait beaucoup par rapport aux autres. En gros, j'ai vu un article sur Instagram. C'était par rapport au sport. Plein de filles qui font des... Des mecs ou des filles, peu importe. Des aérox, des marathons, tu vois, comme ça. Et le mec, il disait, est-ce que s'il n'avait pas les réseaux, il le ferait quand même ? Et en fait, on voit plein de mecs qui sont sur Strava ou partout. Et en fait, la réponse, c'était non. Parce que... Oui, ils font ça beaucoup pour montrer à la communauté ce qu'ils sont en train de faire, dans des temps pourris des fois, peu importe. Mais en fait, dans l'entreprise, c'est pareil. Donc en fait, se libérer de ce paramètre-là, c'est vraiment une libération. D'accord. C'est vraiment une libération. Et puis après, il faut faire du step by step. Il faut faire du step by step, il faut faire les choses. Après, la lignée que j'ai eue, je pense qu'elle est très bonne. Mais tranquille, il ne faut pas s'affoler. Elle verra le jour en novembre ou en décembre. C'est vraiment du step by step. C'est-à-dire qu'il faut faire attention à ne pas faire... Trop de choses en même temps. Moi, j'ai l'impression que je fais beaucoup de choses en même temps. Mais mine de rien, il y a un ordre à tout ça. Je donne toujours un ordre à tout ça. Là, j'ai lancé ça. Maintenant, je lance autre activité. En même temps, je vais lancer la Tunisie. Il y a toujours un ordre. Il y a un calendrier qui est mis en place par rapport à ça. Donc, dans ma tête, ça ne peut pas être... Alors par contre, comme j'ai plusieurs activités, c'est comme si j'avais une grosse commode. Visuellement, c'est important. C'est comme si j'avais une grosse commode devant moi avec neuf tiroirs. J'ai neuf activités. Quand je ferme un tiroir, j'ouvre l'autre. Et en fait, dans ma tête, je dois séquencer ça. C'est hyper important. Autrement, ça pollue tout.
- Thierry
D'accord. C'est-à-dire que tu as, si j'ai bien compris, tu structures une chose à la fois. Même si de l'extérieur, on peut avoir l'impression que tout est fait en même temps. En fait, tout est vraiment structuré.
- Christophe
C'est structuré, oui.
- Thierry
Il y a le fait de dédramatiser pour, à nouveau, ce qu'on disait un peu au début de l'interview, éliminer du déchet pour être moins pollué. et le fait aussi d'avoir pré-hierarchisé. C'est-à-dire qu'en fait, l'impression, tu me diras si c'est correct, c'est que tu as hiérarchisé en amont, tu as préparé les bases pour la prise de décision rapide. Vu que la hiérarchisation est déjà faite, je peux très rapidement catégoriser les différentes options qui s'offrent à toi.
- Christophe
C'est ça, la hiérarchie c'est hyper important. On dit toujours qu'il y a les bases de la fondation, moi je vois plutôt le contraire. Je dirais en haut de ma pyramide, je mets l'activité numéro 1, qui continue à me faire vivre quoi qu'il arrive, c'est les salons de coiffure, par exemple, concernant. Et puis derrière, après, il y a tous les sujets qui vont arriver en créativité. Il faut que ces sujets, ils ne polluent jamais financièrement le dessus. Il ne faut jamais que je mette en péril ce qui se passe au-dessus. Et après, c'est des sujets qui sont différents. Donc, les considérations pré-mentales, après, je m'en place. Mais ça, c'est vrai. Mais par contre, après, c'est normal parce que vu que j'ai 9 activités différentes, La personne qui va être salariée dans une entreprise, qui aura un boulot, il me voit sur les réseaux, il va se dire, mais lui, c'est ce qu'il fait, il fait trop de choses, c'est un fou. Mais pourtant, il y a plein de gens comme moi qui ont besoin d'avoir plusieurs activités. Mais par contre, là, toi, je suis avec toi. Après, j'ai une réunion parce que je suis président d'un comité de rugby. Je suis au rugby, mais je vais fermer un autre chapitre. J'en ouvre un autre et ça, c'est hyper agréable. C'est dans une journée, dans une semaine, dans une vie. Des fois, c'est vrai que c'est lourd. Mais si tu arrives à cloisonner mentalement dans ta tête, si tu arrives à faire cette... Moi, c'est comme une commode avec ses tiroirs. Si tu arrives à le faire, tu fermes et boum, tu bascules. C'est qu'une question de mental. Ça, c'est hyper intéressant.
- Thierry
En fait, automatiquement, tu fais la méthode du timeboxing. Tu fais des boîtes de temps. C'est ça. Tu passes d'une boîte à une autre pour ne pas te perdre.
- Christophe
C'est ça.
- Thierry
OK. Donc là, j'ai compris un peu mieux sur les décisions importantes. Donc là, on vient d'en parler. Les décisions du quotidien où tu délègues énormément. tu peux... partage ton pouvoir décisionnel avec des tiers de confiance. Moi, il y a deux autres types de décisions que j'aimerais bien te parler. Il y a les dilemmes. Les dilemmes, on connaît classiquement les dilemmes dans la philosophie, etc. Mais dans la vie de tout un chacun, c'est quelque chose qui peut arriver. Est-ce qu'il y a des exemples dans ta vie de situations où deux choix ou plus s'offraient à toi et que aucun n'était suffisamment satisfaisant ? C'est-à-dire qu'en fait, quoi que tu choisisses, Il va y avoir de la souffrance, de la douleur ou de la perte pour toi, pour d'autres ou pour les deux ? Franchement, j'ai vécu des situations très très lourdes,
- Christophe
que ce soit au niveau privé ou pro. Parce que le parcours d'entrepreneur, même si les gens croient que cette chose est rose, ce n'est pas vrai. Il y aura encore des choses qui arrivent. Mais en fait, non, j'essaie de... Moi, j'ai travaillé beaucoup sur le fait de les dramatiser. Donc des prises de décision et des dilemmes qui me coûtent, je n'ai jamais mis une importance démesurée à ça en fait. C'est-à-dire que pour moi la seule chose grave c'est d'avoir un gros cancer, une grosse maladie, c'est même pas la mort, c'est la maladie plutôt. Donc après le reste des dilemmes de ce qui pourrait être fait, non. J'ai toujours pris beaucoup de recul par rapport à ça, beaucoup de hauteur par rapport à ça. Mais par contre, ça ne m'a pas empêché de prendre des décisions, des choses que je ne voulais pas faire, parce qu'en fait, je ne le sentais pas. Donc ça, c'est... c'est-à-dire qu'en fait, je m'engage... je pense à une soirée, par exemple, je te donne un exemple concret. Je lance une soirée à Côte-Ré, pour des raisons de sécurité. J'ai vécu un drame il y a trois ans d'un ami qui est mort dans des conditions affreuses en montagne. Et ça m'a rappelé les raisons de sécurité qui n'étaient pas remplies pour cette soirée. que la station a été Je ne pouvais pas remplir, on va dire. Et la soirée était pleine, les gens avaient déjà inscrit. C'était un dilemme, parce que je ne pouvais pas aller, je ne pouvais pas pour moi-même, parce que je savais ce que ça pouvait engendrer comme catastrophe, je ne pouvais pas valider la soirée. Mais c'était un dilemme, parce que j'allais faire plein de déçus. Parce que les gens, en fait, quand je faisais ces soirées, certains, on dirait que c'est qu'ils vont voir le concert de Madonna. Cette année, je n'allais pas faire parce que j'ai d'autres choses à faire. Tout le monde m'en parle. Donc, en fait, c'était un vrai dilemme. Mais par contre, ce qui a résolu ce dilemme, c'est m'écouter à moi et rien qu'à moi et ne pas me faire influencer par les autres, par les gens extérieurs. Et qui t'allait décevoir, ce n'est pas grave. Mais je pense que j'ai eu raison. Parce qu'après, s'il y a un problème majeur, c'est toi qui payes tout le niveau, niveau mental et financier. Donc, en fait, c'est une fois de plus. Ça revient à ce que j'ai dit depuis le début. C'est vraiment se faire confiance à soi. et prendre de la hauteur, essayer d'être assez froid. Moi, j'ai besoin d'exemples dans ma vie, tout le temps dans ma tête pour pouvoir avancer. Je prends toujours l'exemple d'un mec, j'avais vu à Thalassa, j'avais vu une émission sur des marieurs en mer. Le mec, il est dans la marche, il tient son bateau là, au large d'Angleterre, il y a une tempête de dingue. Et en fait, tu vois le mec, le capitaine, s'il lâche le mât, c'est foutu pour lui, il est mort. Et derrière, il y a une mer, quelques heures plus tard, une mer magnifique. Et la vie, c'est un peu ça. Donc, quand tu es en pleine tempête, je dis ça parce que quand j'en ai eu cet événement, c'était un peu la tempête. Personne n'a compris. Mais ce n'est pas grave. Parce que je ne peux pas tout expliquer. Moi, j'étais au bout. C'est un vrai dilemme. Par contre, il faut l'assumer. J'aime bien ce mot assumer. Le mot assumer, j'adore. Il faut toujours assumer ce qu'on fait. Que ce soit bien ou pas bien. Quand tu assumes, après, tu es un bonhomme. Ou tu es une bonne femme. Ça permet de pouvoir finalement... Si tu l'expliques calmement après, les gens sont déçus au début, mais tu l'expliques après, ça permet d'engrager plus de confiance en toi. Les gens qui viennent à mes soirées, par exemple, ou qui viennent à mes salons, ou qui viennent à Bali ou dans le Sahara avec moi, c'est parce qu'ils me font confiance. Je ne suis ni organisateur de soirée, ni voyagiste, mais ils me font confiance. Parce qu'en fait, c'est la posture qui inspire ça, je trouve. C'est assez important, ça.
- Thierry
Ok. Et là, dans cette histoire que tu racontes, j'imagine que ça a été assez court, parce que c'était une soirée qui était planifiée, etc. Donc, qu'est-ce que tu as fait ? Est-ce que tu t'es retiré dans ta voiture pour réfléchir ? Ça a été rapide ? Oui,
- Christophe
c'est rapide. Moi, je prends l'édition très rapidement. Je n'hésite pas. Ça dure très rapidement. Après, moi, je fais beaucoup de sport. Donc, quand je fais du sport, quand je cours, que je fais la rando-montagne ou quoi, comme tous les sportifs, c'est là où tu passes un petit peu. Mais non, c'est très rapide. Je pense que j'ai du mal à prendre le temps. Il y a le chaud et le froid, c'est vrai. Des fois, il ne faut pas réagir à chaud. Mais quand il y a quelque chose de très puissant en toi, Quand tu es dans ce dilemme, la preuve du dilemme, c'est prendre une décision par rapport à deux camps, si on peut dire, par rapport à deux points de vue. Mais toi, tu es un peu l'arbitre. Toi, tu connais les tenants et les aboutissants des deux camps.
- Thierry
Je sais que de chaque côté, effectivement, il va y avoir...
- Christophe
Par contre, tu connais les tenants et les aboutissants de tout. Par exemple, si on prend cet élément, le camp des fêtards, ils ne vont pas savoir l'organisation qu'il peut y avoir, ils ne vont pas savoir les problématiques qu'il va y avoir. Les organisateurs, ils ne vont pas savoir l'exception qu'il va y avoir chez les fêtards. Mais toi, tu sais tout. Tu maîtrises tout. Donc, c'est toi qui garantis tout ça. Donc, une fois que tu as fait ce qu'on vient de ça, moi, je prends vie à la décision. Des fois, je la prends juste comme une lutte. Franchement, quand il faut y aller, il faut y aller. Toi, ça ne doit pas t'arriver souvent d'être dans justement une paralysie du choix ou une indécision ? Non, quelque chose qui n'arrive pas. Non, c'est l'immédiat.
- Thierry
Un dernier type de décision qui est intéressant, c'est à l'inverse du dilemme, une... une décision où le choix est assez évident, le choix que tu dois faire est assez évident, mais en fait, c'est pas facile de trancher. En gros, tu sais quelle option il faut choisir, mais c'est pas évident. Je te donne un exemple, ce sera plus clair. Par exemple, un licenciement. T'as un collaborateur, tu vois qu'il est pas fait pour le métier, qu'il va nuire aux intérêts des équipes de ton entreprise, mais parallèlement, c'est un type qui est gentil. Peut-être que tu sais également qu'il a des soucis familiaux, de finances, etc. Comment est-ce que tu fais pour décider quand la bonne décision est douloureuse ?
- Christophe
Alors ça, ça arrive souvent dans la société en général ou dans l'entreprise. En fait, il y a un autre mot que j'adore, c'est le pragmatisme. Il faut être hyper pragmatique. J'ai vu des exemples de dirigeants aux États-Unis ou au Canada. Là-bas, les chefs d'entreprise sont pragmatiques. C'est parce qu'avant, tu te fais éjecter les jours de demain. Pour des raisons ou pas. Mais en fait, ça m'est déjà arrivé, même si ça m'est arrivé dans le milieu associatif, dans le rugby, dans le club dans lequel je suis, où en fait, à partir du moment où le cadre est défixé, c'est-à-dire que là, dans le rugby, il y a une charte qui est écrite, comme dans l'entreprise, il y a un contrat qui est marqué. En fait, s'il y a une décision à prendre qui est douloureuse à expliquer, il faut mettre les formes, c'est sûr. Mais par contre, il faut l'expliquer clairement, la soutirer. Et de façon très pragmatique, expliquer que, par exemple, dans l'entreprise, la première chose à mettre en avant, c'est toujours, toujours, toujours, toujours la santé de l'entreprise. Toujours. Dans une association, c'est la santé du club. Et l'humain, pour moi, il arrive toujours en ce moment. Toujours. Alors, certains ne m'ont pas d'accord avec ça, mais il vit dans le monde des bisounours. D'abord, c'est l'entreprise, c'est l'entreprise qui fait lire l'humain. C'est le club qui fait lire l'humain aussi, tu vois. Et ce serait fou de penser le contraire. Donc à partir du moment où j'explique le pourquoi du comment, ça ne fonctionne pas bien pour cette personne d'entreprise et les choses ne sont pas respectées ou quoi que ce soit, par contre, tu n'es pas obligé de... Là, tu me parles d'une décision qui est vraiment déjà prise. Parce que moi, souvent, j'aime bien être... Je suis un homme de consensus. Donc j'aime bien d'abord discuter, donner une sommation, deux sommations, prévenir avant, avant d'exécuter. Donc d'abord, il faut essayer de... de remettre la personne à flot, la faire remonter dans ton bateau, c'est la première chose. Mais par contre, une fois que la question est prise, il faut être pragmatique, il faut expliquer le pourquoi du comment, et je trouve que c'est beaucoup mieux parce qu'une personne qui va se faire... Tu vas donner un contrat, tu vas plus le garder au club de rugby... En fait, si tu n'expliques pas, ce sera toujours des... Au moins, la personne, elle comprend ou ne comprend pas, mais avec le temps, au moins, il a eu le courage de me dire le pourquoi, le comment, et finalement, c'est fondé quand même. Donc ça, c'est important. Mais c'est un vrai problème parce qu'aujourd'hui dans l'entreprise, si tu ne fais pas ça, il y a beaucoup de salariés qui prennent le pouvoir sur l'employeur, surtout dans le type M. C'est une vraie souffrance pour les... Souvent, on fait le schéma du vilain char d'entreprise, mais maintenant, la petite PME, il y a des salariés qui sont vraiment très virulents et qui prennent le pas sur les dirigeants. Les dirigeants n'osent plus leur dire quoi que ce soit.
- Thierry
Ils n'osent plus s'imposer.
- Christophe
Et le manager, c'est très compliqué, attention. C'est très compliqué. Ça a toujours été... Ça a été ouvré de plus en plus.
- Thierry
OK pour les décisions. Alors... Au sujet des décisions, sur quoi tu les fondes, sur quoi tu les bâtis ? C'est quelque chose qui peut être intéressant, parce que j'aimerais bien savoir si, pour toi, être bien informé, c'est indispensable pour bien décider.
- Christophe
Fortement oui, parce que si tu ne prends pas le... Je dis toujours, avant d'opérer, il faut faire une radio, un IRM. Tu ne peux pas prendre une décision si tu ne connais pas les tenues et les aboutissants. Donc là, c'est où il faut rester assez calme. Moi j'ai du mal à ça parce que je suis quand même tout le temps poussé par mon fond intérieur. C'est ça les créatifs un peu. Et donc par mon fond intérieur, quand j'ai une décision à prendre sur quelque chose qui me motive vraiment, qui me tient à cœur, sur quelque chose que je vais créer, je vais tendance à foncer et réfléchir après. Ce qui n'est pas forcément le... Après par contre sur une décision au niveau du management par exemple, au niveau des collaborateurs, là c'est le contraire. Là c'est l'humain. Ça dépend pas, ça va en agissement sur quelqu'un d'autre. Donc là, par contre, je vais vraiment prendre le temps de réfléchir, de construire, d'analyser. Et en général, un exemple concret, j'ai une collaboratrice à qui je dois expliquer des choses sur le boulot, des choses qui me vont un peu moins bien. Si ça se trouve, je vais lui dire, je vais la prendre à l'entretien 15 jours après avoir eu envie de lui parler. Parce qu'en fait, tout ça, il faut le faire tranquillement, il faut le faire au bon moment. dont par contre Prendre le... Faire la radio de tout avant de poser les bons mots, c'est indispensable, vraiment. Et dans la créativité, par contre, moi, je ne suis pas mon exemple pour ça. Je ne sais pas si je ne suis pas mon exemple, mais j'ai du mal à me calmer quand j'ai une idée vraiment en moi qui bouillonne. Je ne réfléchis même pas à ce qui peut se passer de problème. En fait, j'ai tellement confiance en moi et en l'avenir. J'ai tellement foi en la vie. Des fois, ça peut me jouer des torts, parce que je m'aperçois qu'il y a des problématiques, il peut y avoir. Mais tu vois, par exemple, je te donne un exemple concret pour la soirée à la montagne, par exemple. Je veux le faire tout de suite. J'arrive en haut, en montagne, alors en gros, je l'ai fait, j'ai dit, je veux faire cette soirée-là. Mon pote, il me dit, mais c'est quoi cette soirée ? Et je lui dis, et je spie tout son nez. Où c'est que tu as trouvé ça ? Je lui dis, je ne sais pas, c'est arrivé comme ça, mais non. Je ne peux pas l'expliquer. Du coup, je le fais. J'appelle Robert Casandubé, l'aménager de la Reusse, l'agent Christophe Landart-Soustein. Il me dit, OK, super Thierry, on te suit et tout. Puis un mois plus tard, j'ai tout commercialisé, j'ai tout vendu, tout est nickel. Un mois avant la soirée, je reçois un coup de fil en me disant, pour qui vous vous prenez ? La soirée n'a pas lieu, vous restez chez vous, on ne veut pas de vous. Je rappelle le mec, c'est le maire de Buzi et qui m'apprend que la Reusse est locataire de la montagne et pas propriétaire. La propriété est à Buzi. Donc j'aurais dû demander à Buzi avant, mais je ne savais pas moi. Et du coup, je le rappelle, il me dit « bon, t'as pas l'air trop couillon, donc je vais t'avoir une réunion avec des gens qui décidaient. » Je dis « c'est pas vous qui décidez, monsieur le maire, non, c'est les paysans qui décident. » Et en fait, je me suis retrouvé avec, donc c'était 5 paysans qui avaient les vaches en haut, pour ça qu'ils ne voulaient pas faire la soirée. Je me suis retrouvé au conseil municipal où il y avait une trentaine d'un soir abusif, il faisait un temps, mais il pleuvait, c'était la mort. Et je suis arrivé au conseil municipal, il n'y en a pas un qui voulait me parler, il n'y en a pas un qui m'a regardé. Et je suis sorti du conseil municipal où les mecs m'ont dit, on a fini à l'eau de vie en me disant « toi, on va t'aider parce que t'as du courage. » Et en fait, c'est quelque chose qui s'est mis sur ma route. Si j'avais bien fait des choses, j'aurais dû, pour répondre à ta question, observer, regarder, me renseigner. Mais quand c'est du créatif, c'est trop fort pour moi, le créatif. Du coup, j'y vais, je me jette à l'eau, et je vois après si l'eau est bonne ou si elle est froide. Tu peux te noyer dans ces cas-là. Par contre, lorsque je reviens pour me noyer, je regarde ce que je lisais sur la pyramide, savoir si je calcule vite, je suis habitué. je talquais vite si ça peut me noyer ou non, financièrement. Ça, je ne prends pas le risque. Si je me noie, je n'y vais pas, par contre, c'est sûr. Mais par contre, si ça ne va pas noyer la pyramide, j'y vais. Mais par contre, après les problèmes qui vont arriver, Mike Horn, il dit un truc, il dit dans la vie, dans une entreprise qu'il va créer, tu sais, un voyage, ou l'entreprise dans ta vie ou dans ma vie, il y a 5% de certitudes qui sont au début du voyage et 94% qui arrivent au fur et à mesure. Et des problèmes de certitudes. Mais c'est vrai, il a raison. Et en fait, le problème des gens qui ne vont jamais faire, c'est qu'ils vont vouloir avoir toutes les questions à leur réponse. Mais les questions à leur réponse, tu les as au fur et à mesure du chemin. Et des emmerdes, tu en auras. Donc voilà, je pense qu'au bout d'un moment, il faut y aller.
- Thierry
Ok. Oui, c'est passionnant, effectivement, cette manière de fonctionner.
- Christophe
Oui, je pense qu'on a chacun une manière différente de fonctionner, quand même.
- Thierry
Oui.
- Christophe
En plus, moi, je suis autodidacte, donc je n'ai pas de manière structurée, moi.
- Thierry
Oui, mais en fait, c'est rigolo, parce que tu as quand même une structure. En fait, tu as un minimum de structure, tu as la structure suffisante pour ensuite pouvoir, tel Mike Horn, être dans une dynamique d'aventurier. En fait, tu es dans une disposition d'aventurier avec le cadre nécessaire, le cadre suffisant. Et ensuite, tu progresses très, très rapidement.
- Christophe
Mais je mets toujours le mot aventure, j'adore ça. Pour les voyages, par exemple, j'ai lancé, mais j'ai eu un problème. Évidemment, parce que j'ai toujours des problèmes. Mais une fois de plus, Mike Horn aussi, il dit j'ai toujours été dans la merde, ça dépend juste de la taille et de la profondeur. Et en fait, c'est un peu ça quand t'es entrepreneur. Mais en fait, j'ai tellement confiance en la vie que tous les problèmes, ils arrivent à être résolus plus long. Donc en fait... C'est structuré, mais je sais que ça ne va pas se passer, ça ne va pas être un long fleuve tranquille. Mais quand tu es prémantellement aussi à aborder ces problèmes, le recul nécessaire, il faut du recul quand même, c'est des problèmes qui ne deviennent plus des problèmes, ça devient juste une péripétie dans le format,
- Thierry
quand tu vois. Ok, donc pour toi, en fait, il n'est pas nécessaire d'être certain pour agir.
- Christophe
Ah non, surtout pas. Mais à mon avis, c'est l'assurance de ne pas agir, justement.
- Thierry
Donc, à contrario, en fait, c'est... T'es sûr ? Être dans la démarche de vouloir être certain pour agir, ça condamne l'action à ne jamais naître.
- Christophe
Oui, je pense que oui, parce que c'est logique. La personne, avoir toutes les réponses, elle ne les aura pas. Elle va passer un temps de dingue à se massurer l'esprit. C'est sûr et certain. C'est sûr et certain.
- Thierry
Ok. Alors, pour parler de tout ce qui est relatif aux crises, toi, tu es très transparent sur ton histoire. Tu as un parcours vers le succès qui a été semé d'embûches, qu'elles soient d'ordre entrepreneurial, professionnel, personnel, médical. Et tu as dû faire face à des périodes où tout aurait pu basculer. Donc la question, ce serait pour toi, quelle est la période de crise la plus intense que tu as eu à traverser pour en arriver là où tu es aujourd'hui ?
- Christophe
C'est difficile comme question parce que le cheminement humain, il est depuis sa naissance jusqu'au moment présent. Donc en fait, c'est une construction personnelle depuis mon enfance avec des choses excellentes par rapport à mon éducation et tout. Et les choses aussi moins bien forcément. C'est normal, il n'y a pas de manuel opératoire parfait. Donc du coup, il faut se construire avec ça, surtout quand tu es un créatif, que tu es un entrepreneur et que tu as une famille qui n'est pas du tout dans la création, pas du tout dans l'entreprenariat, ou très peu en tout cas. Donc ce n'est pas évident d'être légitime et comme tu cherches toujours à légitimer tes autres. Après, même si j'ai fait la WC, même si j'ai eu des périodes aussi personnelles très douloureuses, je ne peux pas retenir une période particulière. Je dirais, pour moi, ce qui me concerne, c'est qu'à 39 ans, avant de faire mon ABC, j'ai fait une thérapie. Et cette thérapie, pendant deux ans, m'a permis de pouvoir switcher, de pouvoir comprendre certaines choses. Et ça m'a aidé à savoir vers où je voulais aller. Et la libération totale, pour moi, ça a été la prise de confiance et le fait d'assumer cette prise de confiance en soi. Je trouve que c'est très, très libératoire parce qu'en fait... La plupart des gens, quand j'annule des stages, je dis de 1 à 10, tu estimes ta confiance en combien ? Que ce soit pour un coiffeur, n'importe quel métier. C'est rare la personne qui va te dire 9, 10. Je ne sais pas si tu as vu le film sur Memphis de Bernard Tapie. Bernard Tapie aurait sûrement dit 10, même si au début de sa carrière, c'était un loser Bernard Tapie. Moi, j'adore son histoire parce qu'en fait, il a toujours essayé de créer. Il s'est planté, il s'est fait prendre ses meubles quand il n'avait pas d'argent au tout début, tout début. Mais par contre, il n'a jamais lâché un truc indispensable, c'est la confiance en soi. Il a une confiance, mais exacerbée en lui. Ça, c'est hyper puissant. Et il n'y a que ceux qui font ça qui arrivent. Donc, moi, je pense que ça a été un cheminement pour moi comme pour les autres. Et en fait, je me suis planté dans mes affaires. J'ai planté un café à Toulouse, comme un Starbucks, comme un French Coffee Shop. j'ai demandé une maison pour payer mes dettes mais pendant ce temps j'ai passé un an difficile au tribunal de commerce ça a été hyper formateur ça m'a appris mais voilà ça ne m'a pas tué donc ça m'a permis de construire et tout ça ça a été des expériences qui ont fait que j'ai eu envie de créer quelque chose enfin avec les hommes à la classe par exemple enfin qui me ressemblait à moi je voulais un lieu culturel où on fasse du théâtre parce que j'adore ça je voulais un bar parce que j'adore ça. Je voulais une salle de sieste. Il y avait des salles de sieste dans chaque store pour les collaborateurs parce que je fais la sieste. Et en fait, j'ai fait quelque chose de profondément égoïste. Mais finalement, qui plaisait aussi aux autres, je le savais. Donc en fait, moi, si je dois faire un règle par rapport à ce que j'ai vécu, c'est vraiment, comme le disait mon thérapeute, accueillir la souffrance quand on a un problème. L'accueillir. Il ne faut pas essayer de lutter quand on a un décès. Quand ma mère est décédée il y a 13 ans, ça ne m'a pas fait plaisir, comme tout le monde. Un décès, une maladie, un échec professionnel, il faut accueillir la souffrance. L'accueillir, ça veut dire qu'il faut accepter d'être malheureux, il faut accepter d'être triste, il faut accepter de souffrir. Et petit à petit, il faut la transformer au fur et à mesure avec le temps, le temps tout passe. Et puis après, quand c'est une échelle différente, ils ont perdu la Coup de Limon, les Argentins, ils sont en souffrance, peut-être que dans 4 ans, ils la gagneront. C'est ça. Du coup, avec ce cheminement, on arrive, si on est résilient, la résilience est hyper importante, il faut vraiment être résilient dans la vie. Et si on arrive à être résilient, à intégrer tout ça, mais petit à petit, et se faire confiance, c'est la chose la plus importante. On arrive après à passer ses caps comme des péripéties et pas comme des choses finalement très graves. Moi, la VC, je considère que c'est plutôt quelque chose de très positif qui m'est arrivé. Grâce à ça, j'ai fait autre chose. Par contre, il y a des gens qui ont fait des AVC que je connais, qui ont même moins que moi, parce que j'ai vu tout à l'hôpital des gens, ça fait 12 ans, 12 ans plus tard, ils sont encore sur ça. Un truc que je fais aussi, c'est que j'ai beaucoup de mal à parler du passé, même quand je pars en vacances, je me dis « les vacances, comment c'était ? » ça me fait chier. J'aime bien, je suis focalisé sur le présent et le futur, mais surtout le présent, c'est le plus important. Et du coup, ça te permet aussi de dédramatiser des choses qui méritent ou qui méritent pas. C'est une sorte de déni aussi, c'est l'enfaçonnement de l'instruction.
- Thierry
C'est une manière d'habiller les événements d'une manière qui te sied le mieux pour rester dans un état de bonheur suffisant. Tu as une démarche constructiviste, c'est-à-dire que tu vas considérer, façonner le réel de la manière qui te plaît le mieux, en tout cas sa représentation, pas le réel en somme.
- Christophe
Et les épreuves qui arrivent, là j'ai une épreuve qui arrive par exemple. Mais je me dis, c'est mon parcours de vie. Ça, c'est très important aussi. Ça fait partie de mon parcours de vie. Ça n'arrive pas par hasard. Ça n'arrive pas parce que je n'ai pas de chance. Ça n'arrive pas parce que je suis un pauvre mec. Ça m'arrive à moi parce que c'est mon parcours de vie et il y a une signification à ça. Il faut être très philosophe par rapport à ça. C'est hyper important. Autrement, tu ne peux pas avancer. Oui. Tu ne peux pas avancer. Donc moi, des fois, quand j'ai des coups durs, ça me dure une soirée à accueillir cette difficulté. Et dès le lendemain, je repars au combat. C'est vraiment une source même de motivation.
- Thierry
Oui, tu as construit en fait une méthode, une forme de bricolage conceptuel qui t'amène à concilier des démarches qui sont paradoxales, qu'on pourrait de l'extérieur considérer comme s'excluant les unes les autres. Puisque d'un côté, tu es très réaliste, avec une volonté d'assumer les choses. d'endosser les responsabilités. Mais d'un autre côté, tu te mets d'accord avec toi-même pour mettre sous le tapis des éléments du passé que tu juges comme étant peut-être pas nécessaires ou peut-être désagréables. En tout cas, pas nécessaires dans tes activités au quotidien. Donc, je trouve que c'est intéressant. Et ça, ça peut donner des pistes et inspirer les gens qui nous écoutent.
- Christophe
Ça, par exemple, sur le présent, ça peut m'arriver aussi. Par exemple, j'ai un dossier à traiter qui ne m'intéresse pas du tout, qui ne me plaît pas du tout. Ce dossier, je vais devoir le traiter pour le 37 novembre. Et c'est un dossier que je n'aime pas. Mais du coup... Soit je me pollue tout l'été mes dossiers. Et du coup, c'est compliqué parce que l'été, enfin l'été ou l'hiver ou le printemps, peu importe, tous les jours, j'ai envie de prendre du plaisir. J'ai envie de vivre ma vie de terrien. Donc en fait, ce que je fais, c'est que mentalement, ce dossier, je l'ai mis dans un tiroir fermé pour l'instant. Et je n'y pense pas. Les dames sont quand même en tête, mais je n'y pense pas. Je le traiterai, je vais travailler dessus. Trois, quatre jours, fin août, pour qu'ils soient prêts pour fin septembre. Mais autour de ça, je n'y pense pas, je ne me pourris pas. Donc en fait, ma tête, on a l'impression que c'est le bordel, mais pas du tout, c'est hyper carré, sur ce truc-là, hyper rangé, et je suis capable de vivre avec quelque chose, même de grave, pendant un long moment, sans que ça affecte mon quotidien, pour le reste, il va être positif aussi. Je trouve que c'est hyper important.
- Thierry
Tu arrives à concilier La rigueur du logisticien et la fougue créatrice de l'artiste.
- Christophe
Oui, c'est ça.
- Thierry
Ok. Par rapport aux crises, pour en terminer avec ce sujet, il y a juste une question que je me posais, parce qu'aujourd'hui, tu as construit un véritable écosystème entrepreneurial, tu as des multiples activités de front, on l'a vu, et donc un environnement complexe propice aux crises. Est-ce que tu as mis en place des méthodes, des process ? pour devancer les crises, c'est-à-dire parvenir à saisir les signaux faibles qui pourraient indiquer l'émergence d'une crise dans le futur.
- Christophe
Alors en fait, pas vraiment, mais par contre, quand tu es créateur, tu es très cérébral forcément. Donc tu es toujours dans l'observation de ce qui peut, d'anticipation. L'anticipation, c'est hyper, hyper, hyper important. Être capable de pouvoir anticiper, pas les scénarios les plus catastrophiques, mais en tout cas, les choses qui peuvent arriver, oui, ça fait partie. Mais ça c'est les signaux, il faut écouter les signaux. Par exemple, j'ai une situation de crise sur un truc qui peut arriver, bon j'ai déjà anticipé, mais ça aide aussi à être quelqu'un d'action. J'ai déjà anticipé qu'est-ce que je peux faire pour avoir une solution à cette crise si elle doit arriver. Et c'est une crise sous-jacente que je sens venir par rapport à des personnes, et sur des salons, et déjà je travaille ma réflexion pour savoir quelles solutions je peux avoir. C'est plutôt apporter des solutions. Ça, oui.
- Thierry
Ok. Donc, ça veut dire, en fait, que plus que de mettre en place un système qui viserait à recueillir, en fait, des éléments dans ton environnement qui pourraient être des signaux faibles, toi, ce que tu fais, c'est que, en tout cas, ce que tu décris, si j'ai bien compris, c'est que tu envisages, en fait, tu capitalises sur ta puissance de réflexion et de créativité pour essayer d'anticiper, c'est-à-dire d'imaginer plein de scénarios et de voir de quelle manière tu y répondrais, de manière performante et pertinente.
- Christophe
C'est ça. Mais pour ça, il faut être vachement en observation. Quand tu es chez l'entreprise, normalement, tu dois avoir les quatre oeils. Tu dois avoir ces capacités à voir le champ devant, sur les côtés, derrière et au-dessus. Quand tu as ces capacités-là, à pouvoir regarder, l'expérience est plus facile qu'avant. Parce que les gens, tu les connais, tu sais comment ça fonctionne, avec les réseaux sociaux, tu peux tout voir, ce qui va se cacher sous la publication. Donc je trouve que pour moi, ce n'est pas un problème, c'est assez facile.
- Thierry
Avant de terminer, je voulais parler du sport, parce que c'est quelque chose qui est important pour toi. Le rugby, notamment, a une place importante dans ta vie. Souvent, tu utilises des métaphores de rugby pour parler de management ou d'entrepreneuriat. Jeune, tu jouais à un niveau élevé, il me semble. Non,
- Christophe
je jouais à une grande et après, je jouais à la section. Tu jouais beaucoup.
- Thierry
Ok, et le club d'Hydron justement que tu as repris récemment en co-direction pour le relancer, il y avait une petite période d'inactivité et là donc là tu le relances actuellement. Moi j'ai une question par rapport à ça, savoir si selon toi la culture sportive et ou la pratique d'un sport finalement sont des éléments essentiels pour un entrepreneur.
- Christophe
Oui, c'est un avantage mais incroyable. Chaque entrepreneur qui est sportif ou qui, alors sportif c'est mieux, mais au moins il y a le sportif canapé, le sportif terrain. Sportif canapé, c'est bien aussi parce que tu peux faire plein de choses. On voit des gens qui viennent arrêter, qui ont 25 ans, ça arrive bien, ce qu'ils ont mis en place. Bien sûr, le sport, c'est un avantage indéniable. Après, ce n'est pas évident des fois parce que quand tu vas m'analyser, tu vas être avec des gens à côté qui n'ont pas du tout la même force, la même résilience par rapport à quelque chose qui va passer dans leur vie. Donc, tu vas devoir t'adapter tout le temps à ça. Ce n'est pas évident. Moi, j'ai fait. Du rugby, bien sûr, mais après, j'ai fait beaucoup de marathons, des trails, des courses très, très dures. Et ça, ça m'a pris autant que le rugby, parce qu'en fait, ça donne un don de soi. Je te donne un exemple, par exemple, concret. Quand j'étais tout jeune, j'ai dû emprunter 900 000 euros pour acheter mes deux premiers salons dans les marchandises.
- Thierry
Ta première grande décision.
- Christophe
900 000 euros. Et en fait, mon patron, à l'époque, m'a dit, tu les auras jamais. Et puis moi, puisqu'il me dit ça, je lui ai dit, j'en aurai pas. J'avais pas d'argent. J'avais pas d'apport derrière. Bon, maintenant, c'est plus possible. Mais à l'époque, c'était quand même possible. Et du coup, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai été voir tous les banquiers dont j'étais sûr que je n'aurais rien d'eux, parce qu'ils me prendraient de haut. Ils m'ont humilié. Ils m'ont vraiment pris comme un jeune qui connaissait rien. C'est ce qui était vrai, mais bon, il y a une façon de le dire. Et le dernier banquier que j'ai été voir, c'était Fernand Garcedo du Cré-Mutuel. Et c'était un marathonien comme moi. Et en fait, je savais que le marathon, tu ne peux pas tricher. T'es tout seul à toi-même et les marathoniens c'est tous des guerriers, tu peux pas... Si le mec il aime pas se faire mal ou qu'il a pas du mental... Et dans l'entreprise du mental ça sert quand quoi. Et du coup je suis allé le voir en dernier, alors il est pas vieux que ça, mais en tout cas on avait ce point commun de combativité, de souffrance, de résilience, et en fait comme par hasard c'est avec lui que j'ai eu le prêt, parce qu'il savait qu'en face de lui il y avait un mec qui allait pas tricher, qui allait se battre jusqu'au dernier moment, c'était moi. Et voilà, et donc il m'a fait confiance. Et le sport, oui, le sport, c'est ça. Il y a tellement de... Moi, je suis persuadé de tous les sports. Il y a tellement de choses. Aujourd'hui, on voit dans l'athlétisme les Ethiopiens, les Kenyans, qui ont des réussites incroyables et qui sont partis dans les hauts plateaux au milieu de la guerre. Ali Gabri Selassie, qui est champion olympique à pleine foi et qui est détecté et qui doit arriver à courir. Il n'arrive pas à courir avec les bras déliés parce qu'il y a toujours les bras fermés comme ça. Tous les matins, il faisait 32 km pour aller à l'école et le soir, 32 km pour aller à l'école. Et ça, c'est le sport. Je pense que pour les entrepreneurs, pour l'humain en général, c'est un gros avantage. Tout le monde n'est pas sportif, ce n'est pas un problème. Mais en tout cas, s'y intéresser à l'effort, s'intéresser à la performance, à la rigueur, à l'abnégation, c'est important. C'est des valeurs qu'on retrouve beaucoup dans l'entreprise.
- Thierry
C'est à la fois un point de connexion pour faire société et peut-être faire du réseau également. Et après, il y a l'aspect mindset que tu mets en avant avec des valeurs qui sont saines.
- Christophe
Et après, il y a l'aspect humain aussi. En prenant la compréhension de l'UBI Hydro, je me suis aperçu que j'ai dû travailler sur des jeunes. C'est l'associatif du bénévolat pour tout le monde. Des jeunes. Et en fait, ça m'a permis de pouvoir comprendre encore des choses par rapport à mes salariés. Aujourd'hui, ce que je vois, c'est que je suis d'une génération où tu pouvais réprimer facilement, tu pouvais dire ce qui n'allait pas. Aujourd'hui, il faut être beaucoup dans la considération, dans l'empathie, dans l'écoute. Tu dois le reformuler à chaque fois. Du coup, même ça, ça m'a permis de pouvoir grandir encore aujourd'hui par rapport à mes collaborateurs.
- Thierry
Le sport, tout au long de ta vie, te permet de progresser sur tous les domaines. Tout. C'est passionnant, ça. OK. On est arrivé au terme de cet échange, j'ai trouvé qu'il était extrêmement riche, qu'on a beaucoup appris sur différents sujets, je te remercie d'avoir joué le jeu. C'est vraiment très agréable. Et avant de se laisser, j'aimerais bien te poser une ultime question pour les auditeurs et les auditrices qui nous écoutent. Un dernier conseil pour les auditeurs qui sont dans des situations où il faut décider et agir en situation dégradée. Quel dernier conseil tu pourrais leur donner ?
- Christophe
Alors, déjà, comme je l'ai dit sur tout le long de l'interview, la chose la plus importante, c'est de se faire confiance déjà à soi. A mon avis, c'est la chose la plus difficile. Parce que surtout quand on est en situation dégradée, on a tendance à se flageller ou à culpabiliser de son manque d'action ou de capacité. En plus, le monde virtuel, digital, est très culpabilisant. Parce qu'en fait, sur les réseaux, on ne montre que ce qui est bien, alors que c'est une fumesterie totale. Donc, il faudrait arriver à sortir de là. Et après, le conseil que je pourrais donner, la première chose, c'est ça. Et après, c'est d'essayer de rester le plus lucide possible. Ça va un peu avec le... Ce que j'ai donné comme exemple tout à l'heure, le capitaine d'un bateau qui doit tenir le bateau contre vents et marées, parce qu'on a une mer calme. Donc, rester lucide dans des moments difficiles pour pouvoir prendre la meilleure décision. Parce que derrière, on sait que si on la prend, on retrouvera une mer tranquille. Donc, c'est avoir la confiance, de la lucidité. Et si on doit s'appuyer sur quelqu'un, quelqu'un de vraiment confiance, qui est dans le même mood que nous. Parce que tu peux en refaire ça à tes parents, mais si tes parents sont dans un mood différent, ils ne vont pas donner le bon conseil. Ou un entrepreneur à côté de toi. En tout cas, quelqu'un qui... C'est pour ça que les réseaux d'entrepreneurs existent. Parce que les gens arrivent à discuter entre eux et à se soutenir. Donc ça, c'est les trois choses les plus importantes, je pense.
- Thierry
OK. Merci beaucoup.
- Christophe
Merci à toi et merci pour tes questions qui étaient pertinentes et qui permettaient de pouvoir tourner autour du même sujet avec des visions différentes. Je te remercie beaucoup. À très vite. Merci beaucoup.
- Jingle
Tramway Crisis, Décider et agir quand tout déraille.