- Speaker #0
Ça y est, j'ai créé ma conférence gesticulée « Quand on veut, on peut ? » pour l'interrogation, la fille de coiffeuse qui voulait monter sur scène. Toutes les infos sont sur lacompaniquipetill.com/conf. Au plaisir de vous rencontrer ! Bienvenue dans Transclassos ! Ici, on parle de classe sociale, du mythe du mérite, du club un peu trop fermé de la culture. Je m'appelle Peggy Pexy Green, parfois je raconte, parfois j'écoute. Des artistes issus de classes populaires prennent la parole. On rit, on se révolte, on fait entendre notre voix. Bienvenue dans Transclassos. Bonjour Soum !
- Speaker #1
Salut Peggy !
- Speaker #0
Ça va ?
- Speaker #1
Ça va et toi ?
- Speaker #0
Bienvenue dans cet épisode de Transclassos.
- Speaker #1
Merci, merci pour l'invite.
- Speaker #0
Avec plaisir. C'est la nouvelle saison, donc c'est un format un peu différent. Et du coup, c'est moi qui vais commencer par te présenter.
- Speaker #1
Je t'écoute.
- Speaker #0
Alors Soum, tu es né en 86 à Kinshasa. Tu as grandi à Marcinelle, donc près de Charleroi, en Belgique. Et tu as commencé le stand-up en
- Speaker #1
2011. Oui, bien.
- Speaker #0
Oui. Après avoir été diplômé de Sciences Po en 2009, tu es humoriste, chroniqueur, auteur, fonctionnaire, chauffeur de salle et plein d'autres choses encore.
- Speaker #1
C'est tout bon ? Très bon résumé,
- Speaker #0
bravo ! Du coup, tu as plein de casquettes comme on vient de le découvrir. Moi, je t'ai vu sur scène il y a très longtemps et puis je te suis un peu sur Instagram aussi, tu fais des petites vidéos et tout. Je t'ai vu jouer, je t'ai vu chauffer des salles.
- Speaker #1
j'ai été chauffée j'aime bien ce métier là et je me suis dit waouh mais c'est tellement important en fait oui oui dans une émission de télé le chauffeur le chauffeur des salles est quand même très très important dès qu'il y a un public il faut donner les bons timings les bons applaudissements les cris et surtout faire passer des bons moments parce que des émissions parfois c'est très long l'émission dans laquelle t'es venue c'était pas la plus longue mais il y a des émissions où on passe du matin au soir donc il faut l'énergie la bonne humeur pour que le public soit toujours content d'être là
- Speaker #0
J'ai vu que tu avais fait pour The Voice Belgique,
- Speaker #1
c'est ça ? Oui, ça fait 8 ans que je suis sur The Voice Belgique. Et là, on a des tournages qui commencent à 11h, qui finissent à 23h, par exemple, avec culture entre les deux. Mais il y a des gens qui font parfois les deux émissions. Et donc, il faut une bonne humeur et il faut de l'énergie. Alors, autant je suis très calme tout le temps dans la vie. Je suis vraiment très à l'aise. Mais là, je suis dans l'énergie tout le temps, pas le choix. Parce que si moi, je m'endors, le public s'endort. Et après, je me fais embêter par la direction.
- Speaker #0
Mon travail, c'est d'être de bonne humeur. Oui,
- Speaker #1
à fond, vraiment. C'est vraiment ça.
- Speaker #0
Trop cool. Écoute, chauffeur de salle, être de bonne humeur, mettre tout le monde de bonne humeur, on est d'accord que c'est vraiment le parallèle du stand-up, de l'humour. Et moi, j'ai lu que ton inspiration, c'était Jamel.
- Speaker #1
Oui, oui, Jamel.
- Speaker #0
C'est le premier qui t'a flashé ?
- Speaker #1
Oui, en tout cas, oui. Très vite, quand j'étais jeune, comme beaucoup, Jamel, c'est lui qui nous a donné envie. Et justement, c'est en parallèle avec le podcast, mais peut-être qu'on en parlera tout à l'heure. Mais j'allais te dire que je pense que j'anticipe sur plus loin, mais ce n'est pas grave. Vas-y, on est libre. C'est-à-dire qu'il y a tout un temps où il y avait une forme de déterminisme où les gens qui passaient à la télé, qui faisaient de l'humour, c'était les autres. Et Jamel est arrivé en 2006 avec le Jamel Comedy Club. Et il y a toute une nouvelle génération d'humoristes, peu importe leur origine, qui sont arrivés en télé, sur le net. Et d'un coup, waouh, nous aussi, on peut le faire. Le Jamel Comedy Club saison 1, ils ont fait exploser tellement d'humoristes, ils nous ont montré, c'est Jamel qui a montré la voie à tout le monde. Alors il a fait de l'argent, c'est un producteur, il ne faut pas se voiler la face, mais il a aidé tellement de gens, il a aidé ceux qui sont passés en télé avec lui, mais il a aidé tous les autres en disant, mais les gars, vous aussi vous pouvez le faire. Vous venez des banlieues, vous êtes noir, vous êtes maghrébin, vous êtes une femme, vous êtes mince, gros, peu importe, si vous êtes drôle, vous pouvez le faire. Alors qu'avant c'était une réserve à une forme d'élite. Et justement, c'est hyper important par rapport à ce que tu racontes.
- Speaker #0
Il a cassé la barrière.
- Speaker #1
À fond.
- Speaker #0
Pour tout le monde après. J'avoue, je pense la même chose que toi. Et quand tu as découvert Jamel, tu avais quel âge à peu près ?
- Speaker #1
Moi, je l'ai découvert avant sur le... Je ne sais pas dire, je vais avoir... 14-15 ans, quelque chose comme ça, je ne sais pas exactement. Son premier spectacle avec Jean-Baptisme, Jean-Baptisme, bienvenue Jean-Baptisme.
- Speaker #0
Oh mais vas-y,
- Speaker #1
on se retrouve tous les scènes, j'ai jamais... Non, non, mais ce spectacle-là, ce premier spectacle, je ne sais plus quel âge j'avais exactement. Ah oui, il y avait H aussi, évidemment, la série H. Ah bah oui, Éric et Ramzy et Jamel. On est en 97-98 si je me rappelle, ou 98-99. Donc, je ne sais plus quel âge j'avais.
- Speaker #0
Est-ce qu'à ce moment-là, tu allais déjà voir des spectacles ? Non, pas du tout.
- Speaker #1
Non, non, pas du tout. C'est vrai que moi, tu sais un peu les classes populaires, on ne va pas au théâtre quand on est jeune. C'est très rare que nos parents nous emmènent au théâtre. C'est en train de changer, heureusement. Mais avant, et justement, Jamel a cassé tout ça et maintenant, plein de gens vont au théâtre. Mais avant, ceux qui allaient au théâtre, c'est un peu l'élite. En fait, le théâtre, ça fait classe. Tu vois, je vais aller au théâtre. Donc non, moi, j'ai... Je ne suis pas allé voir un spectacle de théâtre avant je ne sais pas quel âge. Et encore, ça devait être à l'école la première fois. Mais non, je n'y allais pas. Mais je regardais à la télé comme beaucoup de gens.
- Speaker #0
C'est intéressant parce qu'en préparant le podcast, on a parlé un petit peu avant, moi aussi j'étais très très loin de tous les lieux culturels quand j'étais jeune de par ma classe populaire. Et en fait, je me suis rendu compte que le premier spectacle que j'ai vu de ma vie, c'est Jamel.
- Speaker #1
Ah, trop fort !
- Speaker #0
Oui. En fait, j'avais complètement zappé cette histoire parce que je pensais théâtre, Mais en vrai, le premier spectacle que j'ai vu, c'est Jamel avec ma copine Fatiha. On était à Grenoble, on étudiait. Et on était dingue de lui, on adorait. On était tout le temps, on se refaisait tous les sketchs et tout ça. Et donc, on a été le voir dans une petite salle à Grenoble où il passait. Et après, on est allé le voir à Paris. Donc, on a fait un voyage spécialement avec Fatiha pour aller voir Jamel à l'Olympia.
- Speaker #1
Waouh ! Génial, ça ! Et donc,
- Speaker #0
je ne sais pas si tu imagines le délire. je pense que pour nous c'était vraiment la première fois qu'on allait dans un lieu culturel, c'est grâce à Jamel et on a été à l'Olympia grâce à Jamel ça nous rassemble c'est énorme parce que pour moi c'est tout ce que t'as dit avant par rapport à aussi représenter d'autres personnes sur scène et à la télé mais c'est aussi amener d'autres personnes dans les salles c'est pour ça que je te disais,
- Speaker #1
les classes populaires on va pas au théâtre c'est fini cette époque, c'était avant dans les années 90 voire début 2000 mais maintenant tout le monde va au théâtre parce que Le théâtre, ce n'est plus que le théâtre. C'est beaucoup le stand-up, c'est l'humour. D'ailleurs, l'humour, le stand-up a dépassé les pièces de théâtre. Ce que les théâtreux parfois détestent un peu. Parce que pour eux, on n'est pas vraiment des comédiens. Mais c'est les stand-upers qui remplissent les salles que les théâtreux ne rempliront pas ou jamais. Tu vois un Redouane Bougaraba qui fait le vélodrome. Il n'y a pas une pièce de théâtre qui peut se permettre de faire un vélodrome. Après, il y a des pièces de théâtre qui peuvent durer très longtemps. Je suis allé voir le Roi Lion récemment à Paris. C'est incroyable, ça fait... 14 ans ou 17 ans qui sont là. C'est une comédie musicale ? La comédie musicale. Après, le niveau est incroyable. C'est magnifique. Sinon, pour dire, le stand-up, c'est devenu le truc, le numéro un. Je pense qu'il remplit plus les salles que n'importe quelle autre discipline théâtrale.
- Speaker #0
En tout cas, ça remplit des grandes salles.
- Speaker #1
Incroyable.
- Speaker #0
C'est super intéressant. On va rentrer directement dans le vif du sujet. On est déjà en âge de dents, en plein. En fait tu vois tu mentionnes le stand-up versus le théâtre et même en fait la comédie musicale et en fait ce sont des arts qui sont vus comme populaires. Tu vois même la comédie musicale c'est un truc qui est vu quand même, c'est super cher. D'ailleurs je vais en voir une ce soir normalement, Kinky Boots parce que j'ai une invitation. Mais la comédie musicale c'est vu comme kitsch un peu tu vois à la limite beauf je sais pas si c'est le mot. C'est vrai ?
- Speaker #1
Alors c'est seulement en francophonie parce que... Oui, en francophonie, exact. Quand tu vas à New York, à Broadway, c'est ça qui marche de dingue depuis des années. D'ailleurs, moi, l'année dernière, je suis allé voir Stranger Things à New York, à Broadway. Cette année, je vais aller voir Michael.
- Speaker #0
Oh my God !
- Speaker #1
Et là-bas, c'est des folies, la communauté musicale. Peut-être qu'en francophonie, c'est kitsch, mais par là, pas du tout.
- Speaker #0
C'est trop bien que tu resitues, parce que c'est vrai, c'est ça. Mais en tout cas, en tant qu'acteur, actrice ou chanteur, chanteuse, parce que moi, à la base, je voulais être chanteuse. Et puis, finalement, bref. En fait, acteuriste de comédie musicale, c'est pas super... Tu vois, en France, il faut être acteuriste de cinéma ou de théâtre. Les trucs où tu peux pas arriver si ta famille n'est pas dedans. Ouais, c'est ça. C'est très compliqué. Et stand-up aussi, c'est un art qui est vu comme populaire. Et donc, par les théâtreux, un peu comme un sous-art.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Et donc, c'est les arts qu'on fréquente. Les gens issus de classes populaires.
- Speaker #1
En effet, d'ailleurs le stand-up, je pense que le stand-up est au théâtre ce que le rap est à la musique, ce qu'eux veulent nous mettre dans ces cases-là en disant, j'ai encore entendu un politicien qui disait que le rap c'est pas de l'art, alors que c'est très compliqué pour être un bon rappeur, des bonnes rimes, le bon tempo, c'est la même chose pour le stand-up, un bon stand-upper c'est de l'art, c'est du travail, c'est du rythme, c'est une musique. Dans les vannes, c'est une musique, les gens ne s'en rendent peut-être pas bien compte. Et le meilleur compliment qu'on puisse nous faire, c'est « Ah ben ça a l'air facile, moi aussi je vais le faire. » Et si tu as l'impression que ce que je suis en train de te faire, c'est facile, j'ai gagné. Parce qu'en fait, ce n'est pas du tout facile. On a pris des bides, on a pris des difficultés. Et le meilleur stand-upers, c'est celui qui arrive sur scène, il n'a pas d'artifice, on croit qu'il va juste se raconter sa vie comme ça, il arrive avec aucun, et tu vas rigoler, tu ne sais même pas ce qui s'est passé, tu as rigolé pendant une heure, une heure et demie.
- Speaker #0
Ouais. magique ouais c'est vraiment ça ouais ouais c'est intéressant après le rap il est quand même un peu récupéré et le stand-up c'est aussi moi je connais pas bien l'histoire du stand-up mais j'ai l'impression que la diversité en tout cas au sein du stand-up elle est pas au début il y a une explosion et je me demande maintenant si elle est vraiment ce qu'elle devrait être tu vois j'ai pas l'impression que la représentation soit ouf, quoi. Et je parle même pas encore des femmes, qui sont un autre de mes grands dadas, mais j'ai l'impression qu'on n'est quand même pas...
- Speaker #1
Surtout en Belgique, en fait. En France, ils sont beaucoup plus représentés. En Belgique, en effet, il y a des comédiens issus de la diversité, mais très peu en télé ou radio. Très peu visibles. Pourquoi ? C'est pas à moi d'expliquer, moi je sais comme ça. Je pense qu'une fois que tu deviens indispensable, on te choisit. Il faut se rendre indispensable, il faut travailler plus, il faut être meilleur que tout le monde pour que d'un coup on dise oui, on peut pas passer à côté de toi. Surtout quand t'es issue de la diversité, surtout quand t'es une femme. Une femme de la diversité, encore plus. Il faut vraiment être meilleur, être dans l'excellence, où on se dit ok, toi on peut pas passer à côté de toi. Qu'on dit dans le grand cactus, on peut pas passer à côté de lui. Parce qu'il a imposé son... son style, ses personnages, tout le monde l'aime énormément et on peut pas se dire bah non le grand cactus sans Cody, il est devenu indispensable parce que c'est le meilleur dans ce qu'il fait et c'est vers ça que c'est le message que je donnerais à tous les gens qui nous écoutent peu importe l'origine,
- Speaker #0
moi je m'en fiche mais soyez les meilleurs dans ce que vous faites rendez-vous indispensable bah oui parce qu'en fait il y a d'autres personnes qui sont pas très indispensables mais qui ont eu un accès plus simple mais comme c'est pas notre cas Il va falloir travailler plus.
- Speaker #1
Voilà, on est d'accord.
- Speaker #0
Voir même faire plus que travailler plus. C'est faire plus dans tout.
- Speaker #1
Oui, bien sûr, ça c'est toujours. Après, moi, je pense que c'est une force parce que de toute façon, j'ai envie de dire que même si tu es ici de famille riche ou autre, essaye toujours d'être le meilleur dans ce que tu fais. Et nous, quand tu es ici, quand tu es plus pauvre, quand tu es d'une autre culture, d'une autre origine, c'est sûr que tu dois faire encore plus, tu le sais. Mais je pense que n'importe qui doit essayer de faire le mieux pour soi, pour être le meilleur. Donc moi, je trouve que j'ai envie d'être positif et de dire, donnez le meilleur de ce que vous pouvez. Et après, si vous avez fait le meilleur, mais que vous n'y êtes pas arrivé, c'est que ce n'est pas de votre faute. Mais vous, vous avez fait tout ce que vous pouviez.
- Speaker #0
C'est ça, je pense que c'est ça qui est intéressant. C'est que moi, je suis d'accord avec toi, il faut y aller. Alors, je vais à ma mère, elle disait, quand on veut, on peut. Bon, dans ma con, je débanque le « quand on veut, on peut » .
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
mais mais il est important d'y croire et de se donner parce que c'est sûr que si tu y crois pas et que tu te donnes pas ensuite ça va pas pouvoir arriver mais au delà de ça il y a beaucoup d'autres choses qui rentrent en compte et du coup j'aime bien que tu termines en disant si vous y arrivez pas c'est pas forcément de votre faute si vous avez tout donné et je pense que c'est ça qui est important de rappeler c'est oui ben c'est pas parce que il y a pas de personnes à la diversité à la télé que c'est parce que vous êtes pas assez bon c'est parce que c'est
- Speaker #1
plus compliqué que ça mais tout donner c'est bien et d'ailleurs t'as raison dans le Quand on veut, on peut, il faut arrêter de trop le dire aux gens, parce qu'alors tu criminalises ceux qui n'y arrivent pas. Et ça, c'est horrible de se dire, si t'es pas arrivé, c'est parce que t'es pas... C'est bon, c'est parce que t'es nul, parce que... Si tu fais ça, tu fais ça, tu dois y arriver. Si t'y arrives pas, c'est de ta faute. Non, non, non, c'est pas aussi simple que ça. De toute façon, il n'y a pas un chemin, il n'y a pas de formule magique. Si quelqu'un avait la formule magique, on l'aurait tous réussi. Et chaque parcours est différent. Il y a le coup de chance, parce que ça, on oublie. Mais la chance... C'est un facteur tellement important et on ne sait pas le gérer. C'est un des facteurs les plus intouchables. Mais pourtant, c'est hyper important. Il y a des fois la bonne rencontre au bon moment. Tu sais, il y a des artistes qui te disent, moi j'étais là un jour, j'ai joué, il y avait telle personne dans la salle, ça a déclenché toute ma carrière. Et il y en a, moi j'en fais partie, ça fait 15 ans que je fais ça, je pense que je n'ai jamais vraiment eu cette personne dans la salle qui s'est dit, tiens, ok, c'est lui que je veux. Même si j'ai eu d'autres choses très intéressantes. Il y a des gens qui m'ont vu, qui m'ont dit, tiens... Chauffeur de salle, t'as l'air incroyable avec le public en tant qu'humoriste. On va t'appeler comme chauffeur de salle et maintenant ça fait 8 ans que je fais ça. Ça m'a permis de rencontrer du monde, de gagner de l'argent. Donc là aussi j'ai eu les bonnes rencontres au bon moment. J'ai fait des chroniques télé, j'ai fait des chroniques radio. Donc j'ai eu aussi ce moment de chance parce que des fois il faut toujours se dire ok j'aimerais faire plus mais ce que j'ai fait c'est déjà quand même pas mal. Et ça, moi, j'ai parfois du mal à me le dire. J'ai beaucoup de mal à me le dire. Je suis toujours en train de vouloir plus et de me dire que je n'ai pas fait assez. Mais des fois, il faut savoir regarder dans le rétro et se dire, tiens, OK, j'ai fait tout ça. Là, tu viens de citer tout ce que j'ai fait jusque-là. On peut encore rajouter... Ah oui,
- Speaker #0
même pas tout.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, on peut encore rajouter comédien, que ce soit dans les pubs ou un tout petit peu au cinéma. Je me dis, OK, finalement, c'est quand même bien. Il ne faut pas non plus toujours... Voilà, il ne faut pas toujours être broyé du noir, pardon. et se dire que c'est bien aussi, il faut être fier de ce qu'on fait. Il faut être fier de ce qu'on fait, peu importe, que ce soit dans le milieu artistique, que ce soit dans le milieu professionnel, familial. Je veux dire, une femme qui a donné naissance à quelqu'un, rien que ça, elle doit être fière de ce qu'elle a fait. Quand tu as réussi ton couple, même si tu as réussi un gâteau, il y a des gens qui arrivent à réussir un gâteau. Donc des fois, soyons juste fiers des petites réussites qu'on fait et après, ça devient des grosses réussites si on les additionne. C'est important quand même, c'est important de parfois regarder dans le rétro et d'être fier de ce qu'on a fait. Et je te dis, moi en tant qu'artiste on se dit ça, mais dans plein d'autres domaines de la vie, je te dis, pour un enfant qui a fait ses premiers pas ou ses premiers mots, c'est aussi grâce à toi quelque part, donc sois fier de toi et de lui ou d'elle, peu importe. Un couple que tu as réussi à tenir un an, deux ans, cinq ans, dix ans, c'est aussi une réussite. C'est sûr. Faut être fier, non mais moi je... J'en sais quelque chose, j'ai quand même pas mal raté 2-3 couples, 2-3 relations. Donc, oui, parfois, il faut aussi être fier.
- Speaker #0
Et est-ce que, justement, ta famille, on n'en a pas encore trop parlé, mais est-ce que ta famille sont fiers de toi ?
- Speaker #1
Oui, oui, bien sûr, bien sûr. Ma famille est très fière. Moi, j'ai une famille un peu spéciale, compliquée. On n'a pas encore fait l'historique, mais on peut en parler maintenant, si tu veux. Parce que moi, j'ai été placé en famille d'accueil. J'ai été placé dans deux familles d'accueil. première. À l'âge de 2 ans, que j'ai quitté à l'âge de 5 ans. Venez voir le spectacle pour que je vous raconte l'histoire, comment ça s'est passé. Mais j'ai grandi en famille d'accueil. Et ma maman, qui m'a élevé depuis l'âge de mes 5 ans jusqu'à toujours, elle est blanche évidemment, elle est belge, et je lui dois énormément. Et donc j'ai une famille blanche, mais j'ai une famille noire, parce que c'est pour ça que j'étais placé en famille d'accueil et pas adopté. Donc c'est-à-dire que j'ai toujours des contacts avec ma famille biologique. Et donc j'ai cette fierté de la part de mes deux familles. enfin de ma famille en fait, c'est pas deux familles c'est une grande famille un peu mélangée et j'ai cette chance où tout le monde, mes frères et soeurs ma maman, enfin mes mamans des cousins, mes neveux nièces, ouais tout le monde est un peu fier de l'oncle ou le fils ou le cousin humoriste ouais, après je pense même si j'ai pas été humoriste les gens pouvaient être fiers, peu importe j'ai eu un diplôme en sciences politiques donc ça aussi les gens étaient fiers, ça aussi
- Speaker #0
C'est déjà un premier passage de cap.
- Speaker #1
C'est énorme parce que je n'étais pas le premier, mais quand même, je fais partie des premiers à être diplômé universitaire. Ma maman qui m'a élevé, elle n'a même pas son diplôme de primaire.
- Speaker #0
Elle faisait quoi comme métier ta maman ?
- Speaker #1
C'est une ouvrière. Moi, c'est une maman belge qui est née en 1941, qui a juste connu le passage d'une usine à une autre usine. à partir de... De 14-15 ans, ça a commencé à aller travailler à droite et à gauche. Elle n'a pas un job en particulier. Elle a fait plein de jobs. Elle a même fait Dame Pipi. Elle a fait tout ça. Et donc, elle était hyper ambitieuse pour moi. Pour mon frère aussi. Elle nous a élevés à tous les deux. Mais pour moi, elle voulait absolument... D'ailleurs, je n'avais pas intérêt à avoir de mauvais points. Alors que je dis, elle n'a même pas son diplôme de primaire. Mais elle était hyper ambitieuse pour moi. Et très fière. Et très, très fière. Trop parfois. On est toujours les meilleurs pour elle. Et elle, très particulièrement, elle a exigé beaucoup. Mais ça m'a permis aussi de me dépasser et d'avoir ce que j'ai actuellement et d'être fier de ce que j'ai fait. Je lui dois beaucoup parce qu'elle n'a pas étudié à ma place, mais elle m'a boosté. Elle m'a intérêt à réussir. Et j'avais un autre intérêt à réussir. Et ça, on peut en parler dans ce podcast. C'est qu'en Belgique, on a quand même un bon système. Moi, j'étais universitaire. Et comme on n'avait pas beaucoup de revenus, J'ai eu droit au CPS, au revenu d'intégration, qui était de 350 ou 400 euros, je ne sais plus, à l'époque. Mais c'était lié à la réussite de mes études. Et donc ça, je ne pouvais pas me dire, je vais rater. Donc moi, j'ai eu un parcours linéaire, j'ai cette chance. Cette chance, j'ai bossé pour. Mais j'ai été diplômé de secondaire à 18 ans. À 23 ans, 5 ans plus tard, j'avais mon master. Je n'ai pas raté une seule année parce que j'avais ce droit à ce revenu d'intégration que j'aurais perdu si j'avais raté. En tout cas, il aurait fallu renégocier ou des choses comme ça. Donc c'était conditionnel. Et donc ça, c'était indispensable parce que ça permettait de payer plus facilement tout ce qu'il fallait payer pour l'UNIF. Et encore, je pense qu'on est dans un super système en Belgique. Parce qu'on a toujours l'impression de mettre l'accent sur les mauvais côtés.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
mais il y en a beaucoup de bons. On a plein de bons. Et quand tu n'as pas beaucoup de revenus en Belgique, tu peux étudier dans des universités, tu peux être aidé. Moi, je n'avais pas de logement étudiant parce que j'habitais à Charleroi, à Marcinelle et j'étudiais à Mons. Donc ce n'était pas... C'est une demi-heure de train, donc je faisais la route. Tu faisais les allers-retours. Oui, je faisais les allers-retours. Mais clairement, il y a des gens qui avaient un logement étudiant, un code, et c'était payé par l'État, ou en tout cas par le CPS ou par la bourse. On a un bon système. Et ça, j'espère qu'ils sont peut-être en train de détricoter pour des raisons de recherche budgétaire, ce qu'on peut comprendre. Mais il ne faudrait pas que ça redevienne l'élite, que seule l'élite pourrait étudier. Ça, ce serait vraiment la pire des choses. Ce système-là, il est incroyable. Ça permet d'enlever... Le déterminisme social, dont on parlait en off, toi et moi, et c'est grâce aux études qu'on peut sortir de ce déterminisme social, grâce à l'art, grâce au sport, c'est-à-dire qu'on a des gens issus de couches populaires, peu importe l'origine, mais qui ne sont pas riches, mais qui excellent dans leur discipline, et d'un coup, ils deviennent riches, ils sortent de leur milieu social, et c'est très bien. Mais les études, je pense que c'est le chemin le plus facile, parce que les sportifs et les artistes, je pense que ça reste exceptionnel. Tandis que les études, ça reste la filiale la plus logique et plus facile pour sortir de ce déterminisme social. Mais on peut quand même replonger dans le déterminisme social dans le sens où, est-ce que si on est ici de famille pauvre, pas beaucoup éduquée, est-ce que nous, on a cette capacité intellectuelle ou matérielle de s'éduquer ? Bonne question, bonne question. Et moi, je connais, je viens de la citer par Martinelle, tu sais que certaines personnes qui étaient au fils de, vont rester... plus ou moins les mêmes que leurs parents, pour plusieurs raisons. Parce qu'il y a un truc sur lequel on ne met jamais l'accent, et malheureusement, ça fait partie de la vie, il faut le dire, il y a des gens qui ont la capacité intellectuelle ou pas. Et ça, c'est super important. On n'en parle jamais assez, mais on se dit, ouais, t'as qu'à le faire, mais il y a des gens, nous, on a de la chance, moi j'ai de la chance d'avoir pu étudier, d'avoir retenu des choses. J'ai vu des gens à côté de moi à l'école, et on les a tous vus, qui ne comprenaient pas certaines choses, mais qui étaient peut-être bons ailleurs. Moi, je suis nul en bricolage. Je ne pourrais pas être électricien. Tu vois, ce genre de choses. Mais donc, il y a des milieux dans lesquels on ne pourrait pas aller de par notre capacité ou pas à faire certaines choses. Moi, je suis nul en bricolage. Par contre, je peux retenir un texte. Je peux écrire un texte. Je peux faire des discours. J'ai cette capacité. Mais je suis nul dans plein d'autres choses. Donc, je pense que chacun doit savoir dans quoi il est bon.
- Speaker #0
Mais ça, ce n'est pas évident.
- Speaker #1
Ce n'est pas évident.
- Speaker #0
Parce que le système, il est plutôt d'un bloc. Donc, tu rentres dans le système. Ça marche pour toi. Ça marche pour toi. Ça marche pas,
- Speaker #1
aïe C'est pour ça qu'il est important, par exemple, de bien rediriger les gens vers ce qu'ils ont envie de faire et selon quoi ils sont bons. On a trop longtemps criminalisé, par exemple, les métiers professionnels. Les études professionnelles, si t'es nul à l'école, au général, tu vas aller en professionnel. Mais c'est horrible de parler comme ça. Parce qu'en fait, si tu dis, tiens, moi j'aime bien le bois, j'ai envie d'être ébéniste, ou bien, tu vois, il y a des métiers incroyables. pour lesquels tu pourras être totalement doué, alors que tes calculs de maths, savoir que le sinus du cosinus de peu importe, ça va te servir à rien dans la vie. Mais par contre, tu sais mettre du carrelage comme il faut.
- Speaker #0
C'est le problème de la dévalorisation du travail manuel, au-delà des études. C'est comme si ces métiers-là n'avaient pas d'intérêt, et que tout ce qui compte, c'est un métier pseudo-intellectuel.
- Speaker #1
Oui, mais ça, ça me...
- Speaker #0
Alors qu'en fait... On a besoin de tous les métiers et tous les métiers sont intéressants.
- Speaker #1
À fond, à fond. Mon fils de 13 ans vient de me dire il n'y a pas longtemps qu'il avait envie d'être mécanicien. Comme mon père. Moi, je dis génial. Je dis génial. Pourtant, là, tu vois, moi, je suis universitaire, mais je ne sais rien faire dans ma vie. Enfin, oui, je peux t'écrire à tout. Enfin, la vérité. Non, mais c'est vrai. Moi, quand on me... Sors-moi dans la rue et maintenant, d'un coup, il n'y a plus d'ordinateur. Qu'est-ce que je sais faire, en fait ? C'est horrible. Après, oui, tu vas me demander de prendre des décisions. à étudier un dossier, je vais l'étudier, je vais pouvoir prendre une décision qui va être relativement plausible. Mais en dehors de ça, il y a des gens qui, eux, tu leur donnes un bout de bois, ils te montent une maison. Enfin, tu vois, il y a des gens qui sont très forts et c'est pour ça que on peut s'en sortir, peu importe la filiale qu'on va choisir, il y a une possibilité de s'en sortir. Et essayons de s'en sortir, de donner le meilleur de ce qu'on peut faire. Moi,
- Speaker #0
je ne suis pas forcément d'accord avec toi sur le... D'accord,
- Speaker #1
dis-moi.
- Speaker #0
sur l'ampleur des différences intellectuelles en tant que telles, parce que je m'intéresse beaucoup justement à nos... dispositions génétiques, etc. Je ne sais pas si tu as lu Samah Karaki, que j'adore, c'est mon idole. Elle a écrit des bouquins, notamment « Le talent est une fiction » . Elle explique à quel point le gène de la musique n'existe pas, le gène de je ne sais pas quoi n'existe pas. On a des prédispositions de base, on est différents, ça c'est clair. Il y a des choses qu'on fait un peu mieux que d'autres à la base, mais tout ce qui compte, c'est comment tu vas être amené à le développer. C'est-à-dire comment ton environnement va te permettre d'explorer telle capacité que tu as légèrement un petit peu plus que les autres, que ce soit des maths, que ce soit du chant, enfin ce ne sera pas du chant de toute façon, c'est beaucoup plus compliqué que ça. Mais en gros, c'est vraiment à quel point ton environnement va être déterminant dans le développement de tes prédispositions génétiques. Et donc dans les talents que tu vas avoir, talents artistiques ou pas. Tu vois, mathématiques souvent parle de ça, les génies mathématiques et ça. Et en fait, je trouve ça hyper intéressant parce que j'ai lu du coup plein de bouquins là-dessus. Et je me suis rendu compte à quel point on se nourrit, nous, de mythes, de génies, de dons, tu vois, qui peut-être nous semblent justes, parce que du coup, comme ça, c'est comme si c'était juste. Eux, ils ont le don, nous, on l'a pas, ou des trucs comme ça, et tout est bon. Mais en fait, c'est impossible de prouver que t'avais un don, puisque personne n'a reçu la même éducation que toi. Et c'est pas que l'éducation, c'est est-ce que tes parents t'encouragaient ? Est-ce que t'avais une sécurité affective qui fait que tu étais à l'aise ? Est-ce que t'avais de l'espace pour faire tes devoirs ? Est-ce qu'on t'a fait faire des loisirs qui ont développé ton imagination ? Tu vois, c'est toutes ces choses-là qui font qu'en fait, un enfant peut développer ses capacités ou pas. Et être bon à l'école, ça dépend aussi de plein de choses, parce que ce n'est pas que l'intellect, quoi.
- Speaker #1
Non, il n'y a pas que ça, mais je pense que parfois on oublie ce côté-là. Après, il y a quand même, notamment dans le sport, des gens qui clairement sont doués, très jeunes. Par exemple, moi, j'ai fait du foot depuis l'âge de 5 ans. Il y a des gens, très vite, tu vois, à l'âge de 5-6 ans, tu peux vite le voir. Après, il y en a qui peuvent s'améliorer et travailler, en effet, mais il y en a pour qui c'est inné. Tu vois un Lionel Messi qui est l'exception parmi les exceptions. Il faut toujours des exceptions. Mais tu peux voir les vidéos de lui enfant, alors qu'il était plus petit que les autres. Directement, il y a son cerveau et son corps qui avaient compris certaines choses que d'autres n'avaient pas compris. Mais clairement, il y a des gens qui vont être doués pour... tellement d'autres choses et c'est parce qu'on nous met dans des cases c'est aussi la manière dont tu apprends c'est pas que la matière, c'est aussi la manière dont tu amènes la matière même les maths la manière dont tu amènes les maths ça compte énormément après il y a des gens qui sont dyscalculiques et encore là on va revenir sur un autre problème c'est les profs l'important c'est les profs, moi je les admire énormément je les adule même parce qu'ils ont un rôle parfois ils ne se rendent pas compte du rôle le rôle qu'ils ont qui va justement déterminer parfois un futur de tellement d'enfants c'est si important, dès la primaire, un enseignant va pouvoir mettre sur les rails ou enlever des rails un enfant. Parce que on va le traiter de telle façon. Si t'as pas compris que cet enfant-là souffrait à la maison et que malgré tout, tu veux quand même le diaboliser. Mais après, c'est du social. Est-ce que les profs ont tous le temps ? Parce qu'il y a des classes surpeuplées et c'est horrible. Mais une fois que t'as un bon prof, moi, j'ai eu un bon professeur. Mais après, j'étais un bon élève, donc c'est plus facile, en fait. C'est beaucoup plus facile.
- Speaker #0
C'est pareil pour moi, c'est beaucoup plus facile. J'ai parlé avec d'autres gens qui étaient mauvais élèves et ils ont beaucoup souffert.
- Speaker #1
Ouais, voilà, c'est ça. Alors que moi, j'ai un super souvenir de l'école parce que j'étais bon élève. Alors que quand t'es moins bon élève et ne pas être bon élève, c'est simplement certaines matières, c'est pas pour toi, t'y arrives pas, peu importe les raisons. Mais on te... Il y a un rappeur qui disait... Ah oui, c'était cynique, qui dit « est-ce un crime de ne pas savoir calculer ? » C'était une super phrase parce qu'il y a certains qui connaissent rien. il y a vraiment des beaux auteurs et c'est un crime de ne pas savoir calculer et alors que beaucoup c'est des bonnets d'âne,
- Speaker #0
c'est des crancs qu'on va leur mettre au coin parce que tu sais pas faire 3 plus 4 mais t'es bête et on va te tuer s'il a pas compris pour des raisons diverses c'est pas un crime en effet et puis le rabaisser ça va certainement pas le mettre à part une exception sur mille ça va pas l'aider à se sentir à l'aise la prochaine fois qu'il va devoir en faire on le sait d'accord ouais euh euh Oh là là, c'est trop passionnant.
- Speaker #1
Oh non, on peut avoir plein de sujets. Moi,
- Speaker #0
je voulais savoir pourquoi tu avais choisi sciences politiques ? Ou est-ce qu'à ce moment-là, tu te disais déjà, j'aurais envie d'être artiste professionnel, mais je vais faire ça ? Ou bien non, juste tu disais, tu faisais déjà du théâtre, je crois, quand tu étais jeune ?
- Speaker #1
Non, justement. Non ? Je vais répondre à toutes tes interrogations. D'une part, le théâtre et l'impro et la scène, je n'ai pas commencé avant. L'âge de 23 ans.
- Speaker #0
Ah oui, je pensais juste avant.
- Speaker #1
Non, non. Mais pourquoi j'ai fait Sciences Po ? À la base, moi, pendant des années, je voulais être avocat.
- Speaker #0
C'était mon truc. Mais moi aussi ! C'est vrai ? Ça, c'était mon truc. C'était les transclasses, là. C'était ma vie. Je voulais être avocat parce que le bagout, parce que j'aime justement ce côté, je pense, théâtral de la plaidoirie. Ça, c'est vraiment ce qui m'attire. C'est pour ça que j'en parlais en off. J'adore les podcasts criminels et j'aime les plaidoyers. Alors que je suis jamais allé voir un procès, d'ailleurs, je devrais aller un jour. Mais des avocats comme Dupond-Moretti qui peuvent te faire sortir des criminels, ça a l'air horrible, mais... de par leur verbe, de par leur bagout, peuvent faire sortir des criminels de prison, c'est incroyable. Donc je voulais être avocat. Et plus j'avançais, il y a ma sœur qui est avocate maintenant, Francisca, je la salue. Elle a commencé, elle est en 83, donc elle a 3 ans plus que moi. Elle a commencé les études de droit avant que moi je commence les études universitaires. Et je voyais à travers elle les matières de droit où ça avait l'air du par cœur. Et c'est un truc que je n'aime pas. Moi j'aime pouvoir... Oui, il faut retenir des choses, mais que ce ne soit pas spécialement très rigueur, rigueur à la virgule près, ce n'est pas mon truc. Et moi, je faisais du foot, ça c'était ma grande passion, je jouais au foot. Et j'avais un pote dans l'équipe quand j'avais 17 ans, 18 ans, quand j'étais en 6e secondaire, qui lui était en Sciences Po. Et d'une part, moi j'aimais bien, je voulais être avocat, donc j'aimais le droit. Et j'aime les langues aussi, moi je parle un peu anglais, espagnol assez bien, néerlandais un tout petit peu comme tous les belges. plus que certains, plus que les moyens de mèche, il y a un petit problème. Et donc il y a mon pote Michael Flas, que je peux citer, qui était un très bon joueur de foot d'ailleurs, qui a fait Sciences Po également, et lui il me dit, tiens, t'aimes le droit, t'aimes les langues, en Sciences Po c'est bien, c'est que t'as un peu tout ça, c'est très généraliste comme étude, alors encore une fois on ne sait rien faire et on sait tout faire en même temps, donc on a des connaissances sur pas mal de choses, on a l'esprit critique, et je me suis renseigné, et je me suis renseigné en Sciences Po comme ça, vraiment par le pur des hasards. En mode, genre, en avril-mai de la dernière année en secondaire, juste avant de rentrer à l'UNIF, quoi. Sinon, ouais, j'étais pas sûr.
- Speaker #1
C'est souvent comme ça, c'est pas en rencontrant quelqu'un qui le fait, qui nous en parle, parce que sinon, on savait même pas que ça existait.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Toi aussi, t'as fait Sciences Po ?
- Speaker #1
Ouais, moi j'ai fait, mais c'était un double master bizarre, avec droit international, Sciences Po, langue étrangère, tout ça.
- Speaker #0
Ok, ok, très chouette.
- Speaker #1
Mais c'était aussi parce que je voulais être avocate, et puis en faisant ce double master-là... Je me suis rendu compte que les avocats défendaient des méchants, et alors ça ne m'allait plus du tout.
- Speaker #0
Ah d'accord. Je voulais sauver le monde. Ouais, non, c'est beau, c'est assez utopique. Alors, certains, beaucoup, en veulent aux avocats parce qu'ils défendent des monstres. Moi, je leur en veux pas. Pas du tout, c'est même leur métier. Là où je peux les en vouloir, c'est quand ils veulent diaboliser la victime. Ça, c'est un truc qui m'énerve absolument. C'est-à-dire que quelqu'un vient de mourir, mais on va essayer de trouver, oui, mais elle était infidèle, ou il... Il a fait un peu de trafic de drogue. Non, ça n'excuse pas. Le meurtre ne peut pas être excusé. Et donc, on ne peut pas diaboliser la victime. Mais sinon, pour le reste, qu'ils veulent trouver des failles dans le système de l'accusation, bien sûr, c'est leur métier. Et c'est ça qui fait la force quand ils sont capables. Et des fois, ça t'énerve en tant que personne lambda en disant... Mais c'est vrai.
- Speaker #1
Non, moi, je ne peux pas. Ça me prend malade.
- Speaker #0
Moi,
- Speaker #1
quand je pense que la personne, elle est coupable, je veux qu'elle aille et je veux qu'elle paye.
- Speaker #0
Ah oui, moi aussi. Mais en même temps, c'est ça qui fait la force de... de la justice et de, justement, de la justice des hommes. Parce que c'est un jury populaire qui va juger. Donc, c'est hyper passionnant. Ça peut être frustrant quand on est du côté de la défense. Évidemment, très, très frustrant. Mais alors, il ne faut pas oublier qu'il y a pas mal de gens qui ont aussi été accusés à tort. Ça arrive. Bien sûr. Ça arrive très, très souvent.
- Speaker #1
Oui, toi, tu es un spécialiste. On a dit que tu écoutais tous les podcasts criminels.
- Speaker #0
Bien sûr, il y a des gens accusés à tort. Je connais tout. ou des gens ou des criminels qu'on a sortis de prison alors qu'ils étaient coupables. Mais bon, voilà, ça c'est un autre débat. Et sinon, je me suis lancé dans le théâtre. Pourquoi ? Je t'explique. En fait, moi, j'ai toujours voulu faire rire les gens. Depuis toujours, j'ai toujours voulu faire rire. Et là, je vais te faire rire, c'est-à-dire que quand j'étais petit, je voulais être acteur, comédien. En primaire, je voulais être comédien, acteur. Mais j'étais bon à l'école et mon instituteur disait « Oh non, surtout pas que tu fasses ça, il faut que tu fasses des études. » Et donc j'ai fait des études, j'ai mis le côté artistique de côté. Je faisais des études et je jouais au foot. Et j'ai mon diplôme en 2009, je jouais encore au foot à ce moment-là. Je commence à travailler en 2009 et je travaille en... Le 1er juillet je suis engagé en 2009 et le 27 juillet je me blesse à l'entraînement, je me rappelle. Une grave blessure, on pense que c'est la clavicule, enfin c'est à l'épaule, c'est un truc un peu grave. Et donc pendant un an, je dois arrêter le foot. ce qui était horrible pour moi et donc il a fallu que je trouve quelque chose à faire et j'ai fait l'impro j'ai fait du théâtre et...
- Speaker #1
T'as fait où l'impro ?
- Speaker #0
A Charleroi, chez Impro Carolo. Donc j'ai fait ça pendant un petit temps mais autant j'aime bien aller voir de l'impro autant jouer l'impro c'était pas mon truc.
- Speaker #1
C'était pas ton truc ?
- Speaker #0
Non. Ensuite, j'ai fait du théâtre et de là, deux ans après, donc 2011, j'ai lancé mon premier One Man.
- Speaker #1
Et tu connaissais des artistes humoristes stand-uppers belges ?
- Speaker #0
Non, parce qu'à l'époque, on n'était pas beaucoup. Donc non, moi, les artistes que je connaissais... Les figures, c'était Jamel. Oui, et en Belgique, ce qu'on peut parler des Belges, il y avait quand même François Pirette. Même si ce n'est pas du stand-up, c'est des personnages. Mais Pirette, comme beaucoup de Belges, on l'a regardé ses spectacles sur RTL. Marc Herrmann, Richard Ruben avec qui je suis devenu ami depuis lors un très très chouette gars mais je connaissais pas beaucoup je connaissais presque rien dans le milieu des humoristes à l'époque en plus je me suis lancé contrairement à beaucoup d'artistes maintenant on fait des scènes ouvertes on fait des plateaux, des 10-15 minutes on vient roder moi j'ai commencé par mon spectacle et seulement après j'ai fait des plateaux parce qu'avant il n'y en avait pas beaucoup maintenant les artistes peuvent jouer 3-4 fois par soir c'est un truc de fou il y a des scènes partout, tout le temps Mais à mon époque, tu jouais une fois par mois ou tous les deux mois au niveau des plateaux, au niveau des scènes ouvertes. Et ça, c'est bien. C'est en 2011 que tu as commencé. C'est un autre monde. C'est vraiment... Ça fait un siècle, on dirait. Tout a tellement évolué vite.
- Speaker #1
Et quand tu as dit à ta mère, à ton frère, à tes... Je ne sais pas, à ta compagne... que tu te lançais dans le stand-up, ils ont dit quoi ?
- Speaker #0
Ce qui est bien, c'est que pour ma mère, je n'habitais plus à la maison quand je me suis lancé. Donc, c'était plus facile de faire ce que je voulais. Et tout le monde m'a encouragé très vite. On m'a dit que c'était logique. C'est toi, ça te ressemble. On m'a dit que c'était bien sûr. C'est même étonnant que tu ne l'aies pas fait plus tôt. C'était une évidence pour mes proches.
- Speaker #1
Et là, tu es fonctionnaire ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
t'es devenu fonctionnaire en quelle année du coup ?
- Speaker #0
en 2009 en fait moi je suis diplômé le 30 juin le 1er juillet je commence à travailler parce que pendant toute la dernière année de master j'ai commencé à postuler à des jobs je voulais absolument avoir un job en sortant de là et c'est une espèce de concours ?
- Speaker #1
comment t'es rentré ? entretien d'embauche assez classique c'est juste un entretien il n'y a pas d'épreuve écrite ?
- Speaker #0
non là c'était pas par le seller parce que c'était une époque où ils cherchaient beaucoup d'agents et donc moi j'ai fait mon entretien d'embauche écrit Merci. Il y avait une épreuve écrite, puis une épreuve orale.
- Speaker #1
Il y avait quand même une épreuve écrite,
- Speaker #0
ouais. Il y avait l'écrit et l'oral. Et donc, je passe mon entretien en avril 2009. Et genre, quelques semaines après, en mai, on me dit que j'ai le poste, mais que ça va évidemment dépendre de mon diplôme. Et donc, j'ai tout fait pour terminer mon année. J'ai eu mon diplôme et j'ai commencé le 1er juillet. Et là aussi, ça revient avec les transclasses, c'est-à-dire que je voulais absolument gagner de l'argent très vite. Je voulais gagner de l'argent. Voilà, parce que tout simplement, on n'en avait pas beaucoup et que tu as envie de t'en sortir par toi-même. Et j'étais très fier d'avoir mon premier salaire très jeune, quoi. Très vite, à 23 ans. Oui,
- Speaker #1
mais du coup, tu avais fait des petits boulots avant ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr, oui. J'ai commencé très tôt parce que j'avais ma sœur. Donc, maman, elle a une fille biologique. Elle allait avoir un nettoyage à sec du côté d'Anderlu. Donc, déjà, à l'âge de 12-13 ans, j'allais aider là-bas. J'ai fait aussi manœuvre en tant que... sur une société de carrelage. Je faisais les mélanges de ciment et tout. J'ai travaillé beaucoup d'années aussi en tant que job étudiant chez une société de châssis. J'étais aide-magasinier. Oui, tous les étés, je travaillais. Oui,
- Speaker #1
moi aussi, mais pas sur des trucs aussi physiques.
- Speaker #0
Et le pire job que j'ai fait, c'est qu'un jour, il y avait des agences intérims. Je t'ai inscrit et puis ils t'envoient sur des petites missions un jour ou deux. Et ça, je n'en parle pas souvent. j'ai été engagé dans une société qui exporte du charbon. Alors, parce que ça existe encore, à Charleroi notamment. C'est un truc... Oui, mais c'est dingue. Évidemment, on n'allait pas chercher le charbon dans les mines. Mais en fait, là où on l'oublie, c'est qu'il y a encore beaucoup de charbon, de barbecue au charbon, par exemple. Donc tous les sacs, le charbon, viennent quelque part. Et donc moi, mon job, heureusement, j'ai fait ça que deux jours, mais c'était horrible. C'est-à-dire que je devais regarder les sacs qui étaient cassés, parce que c'est des sacs en papier. Et donc, il y en a plein qui étaient cassés. Il fallait les transverser dans des grands sacs, des big bags. Mais quand tu rentres en zone, la fumée... Après, heureusement, j'avais un masque. Mais malgré le masque, je crachais tout noir. Et j'avais deux jours seulement de taf. Je me dis, les gens qui font ça depuis toujours, et ceux qui ont travaillé dans les mines avant... Waouh, c'était... Mais... Voilà, on m'envoie sur un... T'as besoin d'argent ? Ok, agence intérim, elle t'appelle, t'y vas, tu fonces, t'hésites même pas, t'hésites même pas, mais je suis très fier, et encore maintenant, si du jour au lendemain, je venais à perdre mon job, peu importe le job que je ferais, je ferais un job, je ferais un job si j'en trouve, mais je veux dire, même serveur, par exemple, j'aimerais bien, moi. C'est un métier difficile, mais j'ai beau le bagout, discuter avec les gens, c'est très chouette, mais en même temps, je vois les horaires...
- Speaker #1
Moi, je l'ai fait en job d'été. J'ai fait plein de jobs d'été. Et franchement, c'était très sympa jusqu'à ce que tu as des gens ultra pénibles et insupportables.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Oui, parce qu'il n'y avait que des gens comme nous, sympas, qui te répondent avec le sourire, qui te disent bonjour, merci, au revoir. Voilà, ça,
- Speaker #1
ça va.
- Speaker #0
Mais voilà, il n'y a pas que ça, malheureusement. Donc, courage à vous tous. C'est hyper fatigant. À vous tous qui êtes en contact avec des gens qui sont aigris, qui se croient supérieurs. Ça, c'est horrible. Tu viens juste boire un verre et tu crois que la personne qui vient te servir, elle est inférieure à toi, mais elle t'emmerde, pardon, parce que c'est pas pour le vocabulaire, mais la personne, elle est tout aussi respectable que toi, peu importe le métier que tu fais.
- Speaker #1
Mais je pense que quand on a travaillé tous les étés, ce qui est l'apanage quand même principalement des classes populaires, je dis pas que les autres ne travaillaient pas tous les étés, ça arrive, mais là, c'est un peu comme s'il n'y avait presque pas de choix. En tout cas, moi, je partais pas en vacances, donc dans tous les cas, toi non plus, donc on travaillait. C'est sûr qu'il y a une force qu'on tire de ça plus tard. Il y a des trucs qu'on perd, mais il y a des trucs qu'on gagne. Et qui est ce côté, moi je suis un peu comme toi de me dire, il peut m'arriver n'importe quoi, je sais que je peux aller faire plein de choses que je connais ou que je ne connais pas. J'ai la confiance de je l'ai déjà fait, je le refais.
- Speaker #0
Je le referai, bien sûr. Je le referai avec le plus grand des plaisirs. Enfin plaisir peut-être pas, mais en tout cas... Avec la nécessité avec laquelle il faut, Voilà, c'est vraiment ce truc qu'on se dit, on a besoin d'argent, on a besoin de travailler et on le fera tant que la santé est là. Parce que là aussi, c'est un autre facteur qu'on ne met jamais assez en avant. Mais il y a des gens qui voudraient le faire et qui ne peuvent pas le faire. Et ça, c'est autre chose. Donc nous, on a cette chance.
- Speaker #1
La santé et puis les possibilités aussi, par exemple, les mamans solo. Oui, c'est ça. C'est pas facile. C'est d'organisation. C'est pragmatique, c'est pas possible.
- Speaker #0
C'est clair. parce qu'en fait quand tu fais le calcul des coûts de garderie et aller travailler in fine tu te dis mais non et donc coûts de garderie et finalement mon enfant sera pas tellement heureux et moi je serais pas heureuse et tout ça pour ne pas aller gagner plus je peux comprendre en fait il faut augmenter le salaire minimum mais là on va faire un autre podcast il
- Speaker #1
faut augmenter le salaire minimum il faut laisser les bourses voire les augmenter pour les universités il faut laisser les académies gratuites pour les arts parce qu'en fait en ce moment le gouvernement est en train d'enlever les aides qui faisaient que les enfants pouvaient aller faire de la musique ou du théâtre gratuitement, ce qui était quand même, pour moi, en Belgique, quelque chose d'extraordinaire. Qui, en France, je ne sais pas si ça existe. Moi, je n'ai jamais entendu parler de ça en France. Peut-être que ça existe, peut-être que ça dépend des villes. Mais en tout cas, en Belgique, ça, c'est un accès à la culture qui est énorme.
- Speaker #0
Non, c'est incroyable. Mais alors, pourtant, je ne suis pas d'accord avec eux, mais je sais qu'il faut trouver de l'argent quelque part. Ça, on le dit depuis toujours.
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #0
moi, je sais... Moi, de par... Allez, mon curseur politique, je dirais qu'on peut aller chercher chez les ultra-riches. On pourrait, mais malheureusement, ils vont toujours nous dire « Ah, mais eux, ils peuvent partir, ils peuvent partir. » Il y a des mécanismes qui sont possibles, les amis. Il y a des mécanismes qui font que, même si tu pars, on peut te taxer autant de temps parce que tu es parti. Il y a plein de mécanismes qui existent, mais ils ne veulent pas les utiliser parce qu'ils font partie, enfin, ceux qui décident font partie. C'est leurs amis. Oui, voilà, c'est ça. C'est eux-mêmes. C'est leurs amis ou c'est eux-mêmes, c'est leurs compagnes, c'est leurs compagnons. Et donc voilà pourquoi.
- Speaker #1
Vaut mieux que les enfants de classe populaire n'aillent pas apprendre à faire de la musique ou du théâtre. Oui,
- Speaker #0
parce que justement, avec ça, on peut s'en sortir. Il y a des gens issus des classes populaires qui sont plus riches que plein d'autres gens maintenant parce qu'ils ont réussi dans le foot, dans le sport, dans le théâtre, dans la musique.
- Speaker #1
Ça reste une exception. Mais pour moi, au-delà de ça, c'est pas en faire un métier. Parce que là, je suis en train de réécrire ma conf, je réécris la concurrence, la conclusion. Et en fait, je voudrais que tout le monde fasse de l'art dès l'enfance, pas pour devenir comédien ou chanteureuse. C'est pas ça. C'est juste parce que ça t'ouvre des imaginaires. Ça te permet de t'exprimer, ça te permet de te trouver, ça te permet de développer un esprit critique, de voir des choses que tu n'as pas l'habitude de voir, d'imaginer des vies. Pour moi, c'est hyper important pour te développer. Et après, peut-être que tu seras chef menuisier ou décorateur d'intérieur, j'en sais rien. Mais en tout cas, il y a un endroit t'auras pu t'explorer un petit peu qui tu es et c'est quoi le monde, que si t'as pas du tout accès à la culture et à l'art, bah tu te coupes aussi de plein de belles choses intérieures et extérieures.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, c'était ma... Votez pour moi ! Alors, un autre truc que je voulais aborder avec toi justement, parce que... Enfin moi, comme je t'ai expliqué... J'ai été aussi fonctionnaire, mais internationale. Et à un moment, j'ai beaucoup oscillé. Donc, j'avais des mi-temps. Et puis, j'ai beaucoup oscillé entre ma carrière de comédienne, créatrice de spectacle et ce travail de fonctionnaire. J'ai fait des congés sabbatiques. Pendant longtemps, j'ai essayé de faire un peu les deux et de me lancer. Et je n'y arrivais pas trop. Et à un moment, burn-out, misère, misère psychologique. Et j'ai arrêté et j'ai décidé, non, mais j'y vais vraiment. J'ai pu le faire parce que j'ai acheté un appart, parce que j'avais une certaine sécurité qui a fait que j'ai senti que je pouvais le faire et c'était assez tard aussi dans ma vie. Toi, pour le moment, tu gardes ton travail de fonctionnaire et tu le fais à côté. Est-ce que tu as déjà envisagé de laisser tomber ton travail fixe ?
- Speaker #0
J'y ai déjà pensé mais je ne l'ai jamais envisagé parce que je pense que d'une part je ne gagne pas assez d'argent.
- Speaker #1
Non, ce n'est pas grave. On entend la police qui nous cherche après ce qu'on vient de dire sur le gouvernement.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, comme beaucoup d'artistes, j'ai envie de vivre de ça, de ne faire que ça. Mais je suis beaucoup trop peureux, en tout cas trop sécuritaire. En tout cas, je me protège et je protège ma famille. J'ai deux enfants aussi. Donc, je n'ai pas envie de prendre le risque de retomber dans une certaine précarité. Donc, j'ai la chance d'avoir un job qui me rapporte un salaire fixe. dans lesquels, même si je suis malade après-demain, j'aurai quand même une bonne partie d'argent. Tandis qu'artiste à temps plein, le jour où tu es malade, tu as zéro revenu. Et ce risque-là, je n'ai jamais osé le prendre. Et c'est peut-être pour ça que je ne suis pas assez connu, que je n'ai peut-être pas totalement réussi au niveau carrière artistique. Parce que certains disent, j'ai comme un plafond de verre, parce que je n'ai pas tout le temps, je n'ai pas la possibilité de me dire, tiens, je vais aller faire deux semaines à Paris. tu vois ce genre de choses mais en même temps je suis quand même content parce que là je viens d'acheter ma maison je viens de racheter une autre maison parce que j'ai déjà divorcé plusieurs fois donc on l'a revendu j'ai racheté face what j'ai une vie familiale spéciale mais voilà il y a 6 mois j'ai acheté une maison mais cette maison si je l'ai acheté c'est parce que j'ai un job fixe, j'ai un salaire confortable et donc je préfère pas prendre ce risque je préfère me dire ok j'ai raté une grande carrière peut-être et encore c'est tellement subjectif Ce n'est pas parce que tu quittes ton job que tu vas réussir ta carrière. Ce n'est pas sûr.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Mais ça te donne peut-être plus de moyens. Mais ça ne veut pas dire que tu vas réussir. Et donc, moi, je préfère me dire que je n'ai pas réussi ma carrière, même si je fais une belle petite carrière sympa, attention. Je préfère me dire que je n'ai pas réussi, mais que j'ai la stabilité, que mes enfants vont en vacances chaque année, que j'ai une maison assez grande. J'ai cette stabilité, cette facilité. Et ça m'enlève un stress. Et je pense que grâce à ça, je me donne un rythme de vie, un cadre de vie. Beaucoup plus apaisé. Beaucoup plus apaisé parce que quand t'es comédien à temps plein, tu vas à un casting, tu rates un casting, c'est la fin de ta vie parce que d'un coup tu te dis mais je comptais... Parce que dès que tu vas à un casting, tu penses déjà au revenu potentiel, à l'impact que ça va avoir et si t'as pas ça, d'un coup tu t'enlèves adieu vos vaches cochons couvés comme on dit et tu te dis waouh, qu'est-ce que je veux faire maintenant ? Moi je fais aussi des castings en tant que comédien, j'y vais avec une décontraction incroyable.
- Speaker #1
Bah oui.
- Speaker #0
Et quand je prends le rôle, je suis très content. Je vais prendre de l'argent, de l'expérience. Et si je ne prends pas le rôle, c'est exactement le même que la veille. Ma vie n'a pas changé. Et je pense que je resterai toujours ce fonctionnaire artiste. Artiste fonctionnaire, peu importe. Je pense à mon miracle. J'en disais dans un autre podcast que je suis à deux doigts de... Je pense que tu l'as écouté. Je suis toujours à deux doigts de me dire est-ce que je continue ou je ne continue pas. D'une part de l'imposteur, et d'autre part, ce rôle de « si je n'ai pas réussi, il faut que j'arrête » . Je suis très ambitieux, parfois trop. Même s'il y a une demi-heure, je disais « il faut quand même regarder dans le rétro et se dire que c'est bien ce qu'on a fait » . On a le droit de se contredire. C'est toujours en adéquation avec ce que je disais. Mais il y a aussi ce « ok, il faut regarder dans le rétro, mais il faut aussi regarder en avant » . Les réseaux sociaux nous ont tués pour ça parce qu'on se compare tout le temps. On se compare toujours à ce qui se fait. Et quand tu vois les gens de mon milieu, de mon métier, qui remplissent des salles, qui font de l'international, et toi tu te dis, je te rends galère pour remplir des salles. Donc tu te dis, est-ce que je continue ou pas ? Mais tant que je m'amuse et que j'amuse le public, je continuerai. Je pense que ça va être ma conclusion de ma carrière. Tant que je m'amuse et que j'amuse le public, je continuerai. Et puis un jour, on prendra la décision. Par contre... Le jour où j'arrête l'artistique, là je change de job. Parce que mon job, je l'aime bien, mais je l'aime bien sans plus. C'est très rébarbatif, c'est toujours la même chose tous les jours, mais stabilité de l'emploi. Mais si je garde ce job-là, parce que ça fait 17 ans que je fais le même job, c'est parce que ça me permet de pouvoir faire mon art, de m'amuser, de vivre ma passion. Mais le jour où j'arrête ma passion, alors là, je pense qu'il faudrait que je trouve un job qui me convient réellement. Un peu comme toi, tu as quitté parce que tu étais en burn-out et c'est plus possible de rester. Moi, si je ne suis pas justement en burn-out, c'est parce que j'ai vraiment ces possibilités à l'aise parce que j'ai une bonne équipe, j'ai une très belle équipe. Moi, ça fait 17 ans que je suis là et la plupart, on est la même équipe presque depuis le début. Donc, on est une petite famille et donc, j'ai un bel esprit de groupe, une petite famille au boulot. Donc voilà, je suis vraiment calme, cool et je peux faire mon métier. Mais ça ne développe pas spécialement mes capacités intellectuelles. C'est toujours un peu la même chose. Donc, au bout d'un moment, tu te dis, tu as fait le tour. En effet, j'ai fait le tour. Mais le jour où j'arrête l'artistique, alors là, je pourrais me dire, tiens, j'essaie de chercher quelque chose qui va plus m'épanouir. Peut-être que je ne resterai jamais artistique. Dans 10 ans, j'aurai 50 ans. Je serai toujours en train de dire... Je vais peut-être arrêter.
- Speaker #1
C'est super intéressant ce que tu dis. Parce qu'en fait, pour moi, il n'y a pas... En fait, ce n'est pas il faut faire ci ou il faut faire ça. C'est chaque situation qui donne le truc. Et honnêtement, moi, je pense que s'il n'y avait pas eu le Covid et le double burn-out, je n'aurais pas démissionné. Franchement, parce que moi, je n'étais pas bien là où j'étais.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
et j'étais vraiment en frustration totale de l'autre vie que je voulais vivre et que j'étais pas bien non plus franchement si j'étais dans une petite équipe sympa où tout le monde est cool et que je peux faire mon art à côté je pense que ça serait probablement mieux parce que quand tu quittes tu te mets une pression de malade de réussir tu te mets une pression de malade de gagner de l'argent et c'est beaucoup moins drôle que quand tu faisais ça à côté en te disant J'ai trop envie, j'adore, j'adore, j'adore, je fais ça, je fais ça, je fais ça, je kiffe, je kiffe. Je ne peux pas tout faire ce que je pourrais faire peut-être, mais je fais tout ce qui me plaît.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Quand tu ne fais que ça, tu dois faire tout, pas tout ce qui te plaît. Si tu as besoin de gagner de l'argent, on en revient toujours au même. Si tu es dans un milieu où tu es à l'aise, tes parents t'ont payé ton appart, quand tu pars en vacances et dans la maison de ta famille, tu ne paies rien. Si tu n'as pas vraiment besoin de gagner de l'argent, ta vie est plus cool et tu peux aussi dire non à ce que tu n'aimes pas. Quand tu es des classes supérieures, mais quand tu n'es pas dans cette situation-là, tu dois tout accepter. Et ça peut amener à ne plus aimer ton grand amour.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Parce que tu es en train d'en faire quelque chose qui ne te convient pas.
- Speaker #0
Oui, on est.
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
je suis d'accord. Il y a beaucoup de gens qui me contactent pour me dire « Ah, j'ai envie parce que je suis improvisatrice professionnelle. C'est vraiment mon métier principal. » Et donc, il y a beaucoup d'improvisateuristes comme dans le stand-up. qui veulent faire ça de leur métier, qui veulent quitter leur travail et faire que de l'impro. Et donc à chaque fois, je leur dis yes, yes, fais ce que tu veux. Mais puisque tu me demandes mon avis, le voici. Aie conscience que quand tu as un métier passion, c'est un métier et c'est une source de revenus. Sauf si tu as plein d'argent et dans ce cas-là, ne m'appelle pas, ne me demande pas de conseils, fais ta life. Mais si tu as vraiment besoin d'argent, par contre, réfléchis bien parce qu'après... Ce sera plus que pour le plaisir, ce sera aussi pour l'argent et ça change énormément le rapport avec la pratique. Moi j'ai fait des animations pour la stib à 7h du mat à Rogier que je n'oublierai jamais, déguisé en smartphone. J'en parle des fois aux gens et c'est vraiment ça fait partie des animations que je n'oublierai jamais de ma vie, je n'ai jamais eu aussi froid, je n'ai jamais eu peur, les gens voulaient nous tuer je pense. C'est une animation contre les pickpockets. On se fait un compte de Big Pocket pour alerter les gens qu'il y a des Big Pockets. Et du coup, on devait faire un truc drôle. Parce que la cible essayait de... Enfin, tu vois, ils ont des messages. Attention aux Big Pockets. Ils voulaient un truc drôle. Et donc, ils nous avaient embauchés. Et moi, j'avais coordonné une équipe de comédiens et comédiennes que j'avais embarquées dans cette galère. Et on était déguisés en smartphone, en sac à main. Enfin, voilà. À 7h du mat', à Rogier, quoi. En plein courant d'air, en hiver. Et les gens nous regardaient comme si, mais vraiment, qu'ils allaient nous cracher dessus.
- Speaker #0
C'est là où tu te dis, mais les gens qui ont inventé cette idée... Après,
- Speaker #1
voilà ce que c'est. Non, mais après, moi, je trouve ça un défi intéressant, c'est-à-dire comment, d'avoir une mission et de trouver comment tu vas en faire quelque chose, tu vois, de créatif. Mais il y a des limites à tout, quoi. 7h du matin, ni moi ni eux, on a envie de voir un smartphone qui chante.
- Speaker #0
Mais pas le choix, pas le choix. Mais après, je t'avoue que même nous, en humour, parfois, les conditions dans lesquelles on va jouer, et là, pourtant, moi, ça reste ma passion, mais justement, comme c'est une passion, on aime aller jouer. Et puis, si des gens nous disent... La carotte au bout, on est toujours un peu partant. Mais des fois, tu te dis, j'aurais pas dû accepter. Mais heureusement, comme ça reste une passion, une fois que t'es montée sur scène, t'as fait rire des gens, ça va. Mais là où c'est compliqué, c'est quand les conditions sont tellement mauvaises que ça va pas faire rire, peu importe ce que tu vas faire. Là, tu te dis, t'as perdu ton temps.
- Speaker #1
Mais c'est très rude. Pour moi, le stand-up, c'est vraiment... Le truc le plus rude, je trouve que de monter sur scène et de faire rire les gens, bonne chance quoi.
- Speaker #0
Tu viens te mettre à nu mais après une fois que t'es réussi c'est tellement incroyable, c'est tellement incroyable mais ouais c'est toujours un risque, c'est toujours un éternel recommencement. Chaque fois que tu montes sur scène c'est une nouvelle bataille, enfin même si j'aime pas le terme mais en tout cas, oui chaque fois on recommence en essayant de faire rire d'autres personnes. Mais ça reste incroyable. Pour le moment, j'adore ça.
- Speaker #1
Je trouve que c'est une super conclusion.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci, Soum.
- Speaker #0
Merci à toi, Peggy, pour l'invitation. Je ne sais pas ça fait combien de temps.
- Speaker #1
Ça fait presque une heure.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous dire où on te retrouve bientôt ? Ton site, ton Instagram ? Oui, moi,
- Speaker #0
je suis entourné un peu partout en Belgique et peut-être en France. Vu que j'ai fait Avignon cet été, il y a des chances qu'on me retrouve en France bientôt. Alors, moi, les réseaux sociaux Soum, S-U-M, Soum, c'est moi. Instagram, Facebook et TikTok Sumcestmoi et sumcestmoi.be pour les dates de spectacle,
- Speaker #1
je suis un peu partout en Belgique je viendrai vous voir donc en tout cas merci pour l'invite tu vas aller voir et qu'ils aillent te voir aussi et puis que les français qui nous écoutent t'invitent avec grand plaisir parce que tu es très drôle merci beaucoup Peggy à bientôt c'était Transclassos saison 2 Épisode 1. J'espère que vous avez aimé cette nouvelle formule du podcast. Moi j'ai adoré entrer en profondeur sur certains sujets avec Soum et discuter entre transclassos, des enjeux qui nous animent. N'hésitez pas à le suivre sur les réseaux sociaux et à aller découvrir son spectacle, ça aurait pu être pire. Et si vous avez envie de plonger encore plus profondément avec moi sur les sujets des artistes issus de classes populaires, et de la méritocratie, soyez les bienvenus à mon seul en scène format conférence gesticulée « Quand on veut, on peut » . Je joue le 25 septembre à Annecy, en Haute-Savoie, le 30 septembre à Molenbeek, Bruxelles, au Chahut, le 6 novembre à la bibliothèque de Jette, et le 10 novembre dans l'immense Senghor. Soyez les bienvenus ! Si vous écoutez ce podcast, c'est que vous aimez Transclassos ? Dans ce cas-là, je vous propose de faire un petit geste de moins d'une minute. Et je vous donne le choix. Premier petit geste, envoyez-moi un message pour me dire « j'écoute et je kiffe » . Vous pouvez l'envoyer sur le Insta de Transclassos et le suivre d'ailleurs par la même occasion. ou bien sur mes réseaux sociaux, Peggy Pexy Green. Vous n'avez pas envie d'envoyer un petit message privé ? Vous pouvez faire un petit message public, anonyme, en allant sur votre plateforme d'écoute, Spotify, Deezer, etc. Si vous êtes logué dans le système, vous pouvez laisser des étoiles à côté de la section avis du podcast, si vous allez sur la page d'accueil de Transclassos, et que vous avez au moins écouté un épisode en entier. Vous pouvez mettre des étoiles et ça aide beaucoup. Ou bien vous pouvez mettre un commentaire sous chaque épisode du style « Merci, super, instructif et super artiste pour tous les gens que je reçois » . Et troisième chose, vous pouvez partager l'épisode sur vos réseaux. Directement, je pense, dans les plateformes d'écoute, vous mettez « Partager » . Ou bien vous pouvez l'envoyer sur vos messageries WhatsApp, etc. ça le fera connaître et ça fait du bien. Je ne vous demande pas de sous, les temps sont durs, je le sais. Donc ce petit bonbon de moins d'une minute, ça aidera à continuer ce podcast totalement autoproduit par mes petites mains. Merci, à bientôt.