- Speaker #0
ne pas le mettre la nuit cauchemar sinon mais non c'est un truc de fou j'ai toujours caché mes rechutes et j'ai aussi caché des arrêts de la clope beaucoup de compensation je cours 11 fois par semaine je mange 18 fois par jour bah oui tout va bien bienvenue
- Speaker #1
dans ce nouvel épisode du podcast sur le tabac tu manques pas d'air Laurent Carilla, le médecin psychiatre spécialiste des addictions en France, répète souvent que la rechute fait partie du sevrage. Mon invité en illustre un parfait exemple. Je vous présente, et pour certaines personnes je ne vous présente plus, Apolline, aka Solange Illustration. Entre deux croquis, elle a bien voulu répondre à mes drôles de questions. Et contre toute attente, elle découvre que sa passion pour le dessin n'a pas été altérée par l'absence de nicotine. Apolline nous raconte aussi sa rechute et la leçon qu'elle en a tirée. Maintenant, elle apprend à cultiver autrement sa part de folie. Celle qui ne manque pas d'air. Retrouvez les extraits vidéo de l'enregistrement sur nos réseaux. Bonne écoute ! Salut !
- Speaker #0
Ça va ?
- Speaker #1
Oui et toi ?
- Speaker #0
Oui, super !
- Speaker #1
Enchantée !
- Speaker #0
Enchantée en vrai !
- Speaker #1
Je te plug tout de suite un micro,
- Speaker #0
bouge pas ! Plug moi,
- Speaker #1
plug moi ! Je crois que t'as écouté quelques épisodes, donc tu sais pourquoi je te donne rendez-vous là ! Ouais,
- Speaker #0
je sais ! Heureusement, je savais en arrivant, j'ai bossé mon cardio, tout le monde !
- Speaker #1
Genre t'as pris en un peu ou c'est quoi ton niveau de...
- Speaker #0
Ouais, je suis très sportive, donc ça va ! Ok,
- Speaker #1
alors vas-y, viens te la raconter, c'est parti !
- Speaker #0
C'est un petit challenge !
- Speaker #1
Et genre t'es hyper sportive ?
- Speaker #0
Ouais ! genre je fais du sport
- Speaker #1
4-5 fois par semaine ah ouais donc on est à ça de la bigorexie ouais, tout en étant une grosse fumeuse à l'ancienne genre tu fumes une clove juste avant d'aller courir bien sûr celle avant moi j'aimais bien celle avant oui elle était quand même scandaleuse quand tu te mets à courir quand même ok Bonjour Apolline.
- Speaker #0
Bonjour Astrid.
- Speaker #1
Ou alors ce qu'on dit bonjour Solange.
- Speaker #0
Non, ce serait bizarre de m'appeler Solange. C'est le prénom de ma grand-mère et du coup que j'ai utilisé pour mon nom d'artiste, mais ça me fait toujours un peu bizarre qu'on m'appelle Solange. Ok,
- Speaker #1
bon alors on va t'appeler Apolline. Parfait. Apo pour les intimes.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Eh bien je suis très heureuse de te rencontrer dans ce cadre de mon podcast sur l'arrêt du tabac. C'est Ashley Taieb qui m'a conseillé de te contacter quand je l'ai vu sur ton profil. Tu avais fait des dessins qui expliquaient que tu arrêtais de fumer et c'était très drôle tes illustrations. Et je me suis dit, on ne sait jamais, si ça se trouve ça t'intéresse.
- Speaker #0
Oui, carrément. En effet, j'en ai fait plusieurs et ça a été assez utile d'ailleurs parce que j'ai eu à ce moment-là plein de gens qui m'ont écrit, même des potes, pour me parler de ça, pour me soutenir, etc. Donc c'était à la fois... Un moyen d'en parler de façon drôle et en même temps d'avoir du soutien d'une petite communauté via les dessins, donc c'était cool.
- Speaker #1
Très bien. Bon alors raconte-nous ton rapport à la clope, au sevrage, comment ça se passe ? J'ai l'impression qu'il y a du dos.
- Speaker #0
Ouais, clairement. Écoute, le rapport à la clope, j'ai commencé à 14 ans. J'ai arrêté cette année, à 30 ans, et j'ai toujours été une très grosse fumeuse, depuis le début jusqu'à la fin, avec une consommation ultra régulière. Le genre de fumeuse, chaque heure, il y a une cigarette qui tombe, à tous les moments de la journée, du matin au soir, malade, pas malade, froid, chaud. Peu importe le rythme, c'était vraiment toujours le même. Donc grosse fumeuse de 15 clopes par jour, on va dire, et très très régulière. Et le rapport au sevrage, j'ai arrêté il y a 4 mois et 8 jours. Yeah ! Ouais, avec, comme je te l'ai dit la semaine dernière, une petite rechute ces 10 derniers jours. Donc avec plusieurs étapes. Un petit dérapage d'une soirée, puis ensuite, quelques jours après, une clope comme ça. Et puis voilà, j'ai refait une grosse soirée qui a un peu dérapé. Et donc voilà, j'ai plus touché une clope depuis hier. Et je repars vraiment avec l'état d'esprit. Je savais que le week-end était un peu cramé. Donc je repars avec l'état d'esprit, on y va, on y retourne. Et j'ai vraiment envie de rester non-fumeuse. Donc pour moi, ça reste une parenthèse, même si c'était bien, une grosse parenthèse, bien consommée. Mais voilà.
- Speaker #1
T'as mis quoi en place alors ?
- Speaker #0
J'ai fait deux gros arrêts dans ma vie. Le premier ça a été en 2016 et j'avais la clope électronique. Plus de six mois, ça a été radical du jour au lendemain, j'ai jeté mes clopes et j'ai pris la clope électronique. Et en fait, quand j'y repense, je sais que c'était peut-être mieux, mais j'étais complètement dépendante de ma clope électronique. Je la fumais du matin au soir et surtout, je me souviens très bien d'avoir réalisé. que j'étais toujours dans un schéma de dépendance et que je n'étais pas du tout libérée de quoi que ce soit le jour où j'ai cassé ma clope électronique que j'étais dans un petit bled etc et que j'avais vraiment les larmes aux yeux en me disant je fais quoi en fait là je fais quoi j'ai fait 40 bornes pour trouver un magasin de clope électronique qui pouvait remplacer ma résistance je sais pas quoi et donc là je me suis dit en fait je suis exactement dans la même situation qu'avant alors peut-être que je fume pas du tabac, mais j'avais quasiment plus de nicotine dedans. Mais en tout cas, j'avais toujours ce truc de l'objet, de l'habitude, d'un truc qui me rassurait. Pour le deuxième sevrage, c'était clair et net qu'il n'y avait pas de clope électronique autorisée. Je n'en avais pas du tout envie. En plus, c'est un truc que je n'avais jamais aimé. Par contre, j'ai pris des patchs. J'ai vraiment suivi le process à la lettre, comme c'est écrit dans la petite notice, avec une descente progressive en termes de nicotine. et c'est un truc qui m'a vachement rassurée de ne pas péter un plomb avec la nicotine, l'absence de nicotine et j'ai trouvé que ça a hyper bien marché j'ai des retours d'amis qui ont pas du tout été aussi qui ont eu vachement de mal à s'y habituer mais pour moi ça a été hyper efficace, je l'ai bien géré je l'ai bien dosé, j'ai un petit calendrier avec ma descente progressive en termes de dosage tout ça, ne pas le mettre la nuit Cauchemar sinon
- Speaker #1
Mais non
- Speaker #0
C'est un truc de fou Tu l'oublies parfois Tu vas te coucher Et c'est écrit dans la notice
- Speaker #1
Vous voulez faire des cauchemars ? Mettez-vous un patch nicotine
- Speaker #0
C'est trop étrange Donc voilà J'ai fait ce process là Et ça a plutôt bien marché jusqu'à arriver à zéro Et ça m'inquiétait un peu Et en fait c'est passé tout seul Je pense que c'était aussi une méthode vraiment... Il y avait l'aspect nicotine mais il y avait l'aspect psychologique d'avoir un truc... Une béquille, quoi. Une béquille dans ce taré.
- Speaker #1
Attends, j'ai quand même envie de revenir sur tes cauchemars. Tu pourrais nous les décrire ou il y a un truc intéressant particulier comme type de cauchemar ?
- Speaker #0
Je fais beaucoup de cauchemars. Dans la vie ? Dans la vie, en général. Mais là, en fait, c'était vraiment des cauchemars trop bizarres. Les cauchemars sont toujours un peu chelous. Mais là, c'était encore pire. C'était des trucs qui n'avaient pas de sens, très intenses, avec des grosses suées, etc. Des trucs pas cool, vraiment pas cool. Et j'ai une amie qui m'a dit dernièrement exactement la même chose. Elle m'a dit, non mais, les cauchemars terribles, c'est pas possible, j'arrête ça. Ça me détruit le cerveau, j'ai l'impression de devenir quelqu'un d'autre ou un monstre la nuit. Un peu intense, ouais. et j'en ai parlé avec une pharmacienne et elle m'avait dit qu'est-ce que je dois faire la nuit, je dois les garder pas les garder parce qu'il y a un peu sur la notice c'est pas très clair etc vous fumez la nuit ? non, elle me dit vous mettez pas vos patchs vous avez pas besoin de nicotine la nuit et ça m'a rappelé un argument du bouquin je pense que tu l'as lu et qui disait ça on se croit hyper dépendant mais la nuit on passe quand même 8h 9h sans nicotine et on se réveille pas la nuit en disant oh putain
- Speaker #1
et j'y pensais souvent en me disant ouais c'est vrai que je suis dans cette dépendance et en même temps la nuit c'est mon espace de non-dépendance je voudrais que tu développes ton émotion au moment où tu t'es rendu compte que ta cigarette électronique était cassée parce que j'ai l'impression que c'est ce genre de moment pas
- Speaker #0
glorieux où on se dit putain de merde en fait je suis complètement accro en fait c'est exactement je me souviens exactement de de l'endroit où c'était, et de la voir sur le sol, et de voir le truc cassé. Tu sais, t'as des trucs, des images qui restent, et je vois exactement ce qui s'est passé, et je me revois aussi au volant de ma voiture. où il n'y avait rien d'autre qui existait. Et en fait, c'est exactement hier. Hier, j'étais en galère à un moment de ma journée. Je me suis dit, vas-y, j'ai eu un truc de taf compliqué. Enfin bref, l'enchaînement. Et là, je me suis dit, vas-y, je vais acheter un paquet de clopes. Ça me saoule, c'est bon. Et là, je me suis mis dans un truc, une bulle, où tu as un seul but, c'est de trouver une clope ou de trouver la solution. Et il n'y a plus rien d'autre qui existe. C'est vraiment... Et au volant de ma voiture, il y a un 2016, c'était exactement comme hier. En allant au tabac comme ça, et à un moment j'ai réussi à me réveiller, hier en tout cas, et à m'arrêter dans la rue comme ça et à dire, ok demi-tour, on va pas faire ça. C'était la première fois que ça m'arrivait parce que je trouve que dans ces moments-là, t'es hyper... il n'y a rien d'autre qui existe et je pense que c'est encore pire quand tu pars dans des addictions encore plus, je ne sais pas, intenses et tout, mais c'est vrai que il y a une seule motivation, et là je me souviens d'être au volant de ma voiture à me dire, où est-ce que je vais acheter une résistance de cigarette électronique dans ce bled, est-ce que ça va être ouvert, et il n'y avait rien d'autre qui existait, c'était mon seul but. Voilà. Ouais, c'est chier quoi. Et je me suis dit, ouais, c'est exactement comme avant. Vraiment, il n'y a pas de différence. Je n'arrivais pas du tout à prendre une grande respiration et me dire, vas-y, on verra demain, on verra demain, ce n'est pas grave.
- Speaker #1
Bon et alors là dans ton dérapage d'il y a quelques jours Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Speaker #0
Je pense que le dérapage c'était pas il y a quelques jours C'est le premier dérapage d'il y a 10 jours Et c'est très intéressant Parce que je trouve que dans tous les dérapages T'apprends vachement de trucs sur Sur ce que tu vas rechercher Et c'était un dérapage Très marrant, parce que j'ai souvent dérapé dans... En tout cas, j'ai eu l'impression de déraper dans mes multiples tentatives d'arrêt, etc. En général, quand ça n'allait pas, quand j'étais stressée, quand il y avait un truc... C'est souvent comme ça que le dérapage arrivait. Et là, ce n'était pas du tout ça. J'étais... En fait, j'étais en grande folie. J'étais de super humeur, j'avais envie de tout casser, j'avais envie de tout arracher. Je suis sortie le soir, j'ai bu des coups. Et en fait, les coups se sont terminés quand mon pote est parti et m'a dit Ouais, moi je vais prendre mon train et je vais rentrer, etc. Et moi, je n'étais pas du tout dans cette ambiance. J'avais envie de liberté, de danger, d'aller danser, d'aller faire l'amour, de tout ce que tu veux. Et du coup, j'étais dans cette énergie incontrôlable. Et le seul truc qui était un peu à ma dispo à ce moment-là, à minuit, à place de clichy, c'est que j'ai marché comme ça et je me suis dit Ok, en fait, je vais aller acheter un paquet de clopes. Et ça m'a vraiment fait du bien de me dire Ok, je peux tout faire, tout est possible, je ne sais pas, sur des trucs un peu dangereux. Et je me suis allumée une clope en sortant du tabac, en me disant Mais... allez, allez tous vous faire foutre je peux faire ce que je veux, en fait je suis complètement libre et c'est comme ça que ça a dérapé et ça dit beaucoup aussi je pense de mon rapport à la clope et de ce grand truc, de grande liberté, de grand danger etc
- Speaker #1
Je fais toute une interlude dans mon livre sur la cigarette et la liberté. Parce que c'est un acte libre de fumer, en tout cas à une époque ou dans certains pays. Et en même temps, c'est un acte de libération d'arrêter de fumer. Donc en fait, on peut le prendre dans le sens qui nous arrange. Sans parler de quand tu fumes quand t'es ado, c'est un acte de rébellion, etc.
- Speaker #0
Franchement, je me suis toujours demandé s'il n'y avait pas fumé, comment j'aurais exercé cette envie de danger. si ça aurait pris d'autres formes ou je sais pas si mais en tout cas pour moi c'était vraiment ça une expression de du truc pas autorisé, du truc de la bêtise de la bêtise mais qui est quand même ok mais qui est quand même une bêtise bon et alors avec le recul quand le soir tu vas acheter ton paquet de clopes la sklitchie et t'es au taquet de ta vie là maintenant tu le ferais ? Ouais, je pourrais pas faire différemment. Par contre, j'ai appris des trucs, tu vois, sur comment, là, si je revois cet état émotionnel en moi réarriver, tu vois, j'aurai la leçon de me dire, enfin, te fais pas avoir complètement. Et ça va peut-être, peut-être que t'as besoin de, effectivement, appelle quelqu'un, va danser, j'en sais rien, mais... Mais en tout cas, je ne sais pas. Je ne pourrais pas faire différemment, je crois.
- Speaker #1
Donc, tu veux dire que tu as eu besoin d'expérimenter cette forme de rechute pour que maintenant, quand la même émotion remonte, tu sais que ce sera...
- Speaker #0
Je pense qu'il y a beaucoup de ça et c'est aussi... Je suis trop contente. En tout cas, je ne me sens pas comme un échec tous les arrêts et les reprises, etc. Parce que ça a toujours été des petits apprentissages, en plus qui touchaient des parties de moi qui n'avaient rien à voir. Et aujourd'hui, par exemple, les clubs de stress ou des trucs comme ça, ça ne me parle plus trop. C'est comme si je m'étais consolidée sur ces aspects-là et qu'il y en avait d'autres, par contre, qui étaient un peu plus... Donc j'apprends, t'apprends plein de trucs et je pense que, il y a un médecin qui m'avait dit ça quand j'avais 20 ans, 21 ans, il m'avait dit faudrait alors la cigarette ? etc. Et j'ai dit là j'ai 20 ans, oui je vais arrêter un jour quoi Il m'avait dit en tout cas, je comprends, mais chaque petit arrêt est un petit pas vers l'arrêt définitif et je pense qu'il avait vraiment raison, j'ai toujours gardé ça en tête.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est Laurent Carilla, le psychiatre spécialiste des addictions, qui dit que la rechute fait partie du sevrage. C'est l'expérience. C'est fou, au-delà du tabac et de cette démarche, ce que j'ai beaucoup aimé, c'est de voir comment on apprend sur soi. J'ai une passion pour l'être humain à l'intériorité, l'observateur intérieur, comment on fonctionne, etc. Même si c'est souvent vexant d'apprendre à se connaître par... par des moments pas glorieux.
- Speaker #0
C'est clair. Tu vois bien toutes tes faiblesses, tu vas bien les chercher, les machins. Ouais, ouais, c'est clair, c'est clair.
- Speaker #1
Ouais, avec ta vulnérabilité, t'as des bons moments de solitude,
- Speaker #0
quoi. Ouais.
- Speaker #1
Donc, il y a une dizaine de jours, t'as acheté ce paquet.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?
- Speaker #0
Ensuite, donc, j'ai fumé, je pense, 30 clopes cette nuit-là.
- Speaker #1
Attends, j'étais pas prête !
- Speaker #0
Je pense même plus.
- Speaker #1
T'as acheté combien de paquets ?
- Speaker #0
J'ai acheté un paquet de 30. Ok. Et ensuite, j'ai fait un peu la fête toute la nuit. et donc je pense qu'il y a eu un autre paquet de clopes tu vois tard on est plus sur 40 clopes Et en même temps je suis rentrée chez moi en me disant Bah au moins c'est bien là t'as bien consommé T'as bien rechuté T'en as bien profité c'est pas une vieille clope comme ça Au moins y'en a eu 40 T'as fait le taf et j'étais un peu dégoûtée J'avais plus de voix Je me suis réveillée le matin j'étais vraiment pire qu'un lendemain de soirée C'était vraiment
- Speaker #1
T'avais bu beaucoup d'alcool ou pas ?
- Speaker #0
Bien sûr j'avais bu de l'alcool Tout ce que tu veux j'avais pris des drogues Du coup ouais Et le lendemain je me suis dit bon bah Dérapage total Euh
- Speaker #1
Je reparle de ton 40 clopes en une soirée. Ça ressemble complètement à une forme de boulimie ou d'hyperphagie de quelqu'un qui est au régime,
- Speaker #0
qui tient bon,
- Speaker #1
qui tient bon, qui lâche les vannes et qui bouffe tout ce qui se trouve.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Ça, c'est le cerveau qui pète un câble et qui dit ceci, le contrôle de la volonté. Et donc, en fait, limite, tu n'as pas le choix que d'être ça. Je pense que... On est dans cet état où on ne peut pas s'en empêcher. On a beau le savoir, on a beau rationaliser, on a beau mettre des choses en place, là, le cerveau, il a besoin de son shoot. Donc maintenant, c'est lui qui décide. Vraiment, on est peu de choses, nous et notre liberté.
- Speaker #0
On n'a rien du tout. Vraiment que dalle.
- Speaker #1
Mais est-ce que c'est parce que peut-être tu fais un sevrage avec une forme de résistance ? En tout cas, il y a une partie de toi qui est... Ah ok, il y a plusieurs parties de toi qui veulent mettre ça en place et d'autres parties de toi qui se disent attends mais moi je suis pas prête Ouais,
- Speaker #0
je pense, mais je pense que ça sera toujours le cas en fait je pense que d'être arrivée en tout cas à un moment de vie où il y a plus de parties de moi qui disent c'est ok j'ai envie d'être sage j'ai envie d'être non fumeuse etc Mais il y a toujours des conflits. En tout cas, moi, je n'ai jamais atteint le stade où je suis à 100% OK, où je dis, mais c'est bon, j'en ai plus rien à foutre, c'est complètement au-dessus de moi. J'ai l'impression toujours d'avoir des petits conflits intérieurs, et ils évoluent au fur et à mesure des années. Et là, je pense que mon conflit, c'est que je viens d'avoir 30 ans, j'ai arrêté de fumer quelques jours après mes 30 ans. Pas comme un truc symbolique, mais plus comme un truc, ça faisait un an que c'était un peu là, et qu'au moment des 30 ans c'est arrivé et ça s'est installé. Et en même temps... Je pense que le truc qui coince un peu de temps en temps, c'est bon, j'arrête de fumer, ça y est, je vieillis, j'arrête d'être jeune, ça y est, je suis raisonnable, ça y est, je commence un peu... Le 30 ans, il me reste ces dix dernières années de jeunesse avant la quarantaine. Mais tu as une sorte de pression, un truc un peu... qui existe, qui est latent, que tu contrôles pas. Moi, je n'ai pas l'impression de contrôler, mais en même temps, qui est là, t'es plus raisonnable. J'arrête, c'est bon, c'est mieux pour ma santé, je fais du running, c'est super, je mange mieux, je bouffe des graines. Et oui, tu mets tout en place et t'es là, t'as un job stable, super. Ah oui,
- Speaker #1
tu vas péter un plomb. En fait, le problème, c'est pas...
- Speaker #0
T'es au pied avec ça, quand même.
- Speaker #1
Non, mais attends, il faut que tu déconstruises la projection que t'as des yeux.
- Speaker #0
Ouais, je sais, je sais, mais ça, c'est un nouveau taf que je commence. Ok. Et donc ça fait partie de ça et je pense que la clope globalement l'arrêt de la clope est complètement cohérent avec le reste et avec ce que je veux en ce moment avec mon rapport à plein de trucs healthy que j'ai choisi etc mais il y a toujours un démon en moi qui dit non mais attends, attends, attends on va pas s'installer dans un couple stable etc avec aller au taf en banlieue, en bagnole et ressembler à tes parents en deux secondes comme ça et...
- Speaker #1
Tes parents qu'on embrasse.
- Speaker #0
Je les embrasse très fort. Mais il y a un truc un peu... Il y a ce petit démon qui dit non, non, trop pas. On va se dévier de cette route-là et on va fumer des clopes all night. Je pense que j'ai ce petit rapport-là, même s'il y a la plus grande partie de moi qui est tellement heureuse d'arrêter de fumer, d'être non-fumeuse et de passer à autre chose.
- Speaker #1
Quand tu dis le petit diable en moi, est-ce que tu l'as nommé ? Personnifié ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Quand j'ai arrêté de fumer, j'ai personnifié ce petit démon qui prenait beaucoup de place par rapport à l'arrêt du tabac, mais qui en fait prenait de la place pour plein d'autres choses à d'autres moments, mais particulièrement au moment du sevrage. Je l'ai appelé l'impérieuse, parce que c'est le craving français, parce que quand ce personnage, cette espèce de connasse en moi qui débarque, qui fout un bordel monstre à l'intérieur de moi en mode Poussez-vous, c'est moi l'émotion principale, c'est moi qu'on doit écouter, donnez-moi la glop ! C'est vraiment quelque chose de diabolique, de négatif, de violent, vraiment je détestais ça. Et en même temps, ça me mettait dans des situations, bah ouais, je buvais en mode no tomorrow, je mangeais en mode no tomorrow, etc. Pour compenser justement ce que m'apportait la clope. Au fur et à mesure de mon sevrage, et donc j'en parle dans mon bouquin, c'est pour ça que je voulais que le mot impérieux soit dans le titre. Je tenais à ça. Je parle de plusieurs personnages à l'intérieur de moi, mais ce personnage est un peu arrivé pendant mon sevrage. Je me suis rendue compte que c'est une part de moi. qui prend soin de moi en fait. Si elle est là, c'est qu'elle a quelque chose à me dire, elle me protège sur plein de choses et que c'est ce grain de folie par exemple qui fait que j'ai cette personnalité là. Moins je l'écoute, plus elle prend de la place. et si j'écoute ce qu'elle a à me dire je vois bien qu'en fait derrière il y a quelque chose de hyper bienveillant plein d'amour, en mode meuf j'ai envie de te faire kiffer la life comme tu m'écoutes pas parce que t'es pas gentille avec toi en ce moment parce que tu t'interdis un truc alors que c'est hyper violent parce que t'as besoin de ton chou de dopamine bah écoute je vais gueuler plus fort parce que quand je gueule plus fort c'est ça qui marche je dis pas que le monde est parfait et que maintenant je suis main dans la main avec l'impérieuse mais on est devenu assez potes et de temps en temps quand je l'entends à l'intérieur de moi faire ok ok ok qu'est-ce que tu vas me dire et euh
- Speaker #0
trop intéressant donc je ne sais pas comment ça peut te parler toi de ce diable dont tu parles et je vois très bien de quoi tu parles je suis complètement d'accord avec toi et tu as raison le diable pour moi il y a deux diables il y a le diable de l'addiction il y a celui qui est complètement qu'on a bouffé parce qu'on est addict et pour moi il y a vraiment des déformations des jeux mentaux qui sont le propre de l'addiction Donc ce diable-là, pour moi, c'est le diable qu'on s'est foutu dans le corps en devenant addict. Mais effectivement, tu as l'autre diable qui est celui de l'expression d'un besoin. Et c'est trop intéressant dans le sevrage, dans tous ces trucs-là, justement, de voir ce qui apparaît. Et encore une fois, moi dans mon sevrage de 2016 et mon sevrage de 2024, ça n'a rien à voir ce qui s'exprime, etc. et t'as raison, faut le chouchouter et c'est marrant parce que moi 2024, j'ai passé le nouvel an j'ai pas voulu prendre de résolution en mode vieux non mais tu vois, il y avait déjà un truc qui se manifestait et j'ai dit, non non 2024 c'est l'année du rire et c'est l'année du même pas du fun, c'est l'année du rire et de la joie et je pense que ça s'est manifesté en tout cas, et je pense que c'est aussi ce que me dit le petit hum diable intérieur et qui n'est pas juste démoniaque, fait n'importe quoi jusqu'aux aurores, mais qui a aussi envie d'en profiter, qui, s'il l'écoute un peu mieux, ne va pas être complètement destructeur et va pouvoir accueillir le couple, le travail, etc. et en faire un truc cool qui correspond à ce dont il a besoin. Parce qu'il y a un des trucs qui me stressait énormément et qui me... Non, pas qui me stressait, qui me rendait très triste quand j'imaginais arrêter la clope. Et depuis... Depuis longtemps, dès que je me voyais non fumeuse, il y a un truc où je me disais mais ça va être tellement nul, c'est que ma passion dans la vie c'est m'asseoir à une terrasse et dessiner pendant des heures. Et dessiner, dessiner, et boire des cafés, boire des bières, boire des machins. Bien sûr avec une clope, et encore quand j'ai fumé des roulés, j'ai fumé des roulés pendant très longtemps, avec une roulée permanente, la roulée qui ne s'arrête jamais, qui se renouvelle en permanence. Et je me disais, mais ça, quand je serai non-fumeuse, je perdrai cette phase, ce moment créatif où on est tous ensemble, la clope, tout ça. Et finalement, j'étais assez surprise de voir à quel point ça... Ça n'avait rien changé, en fait, quand je suis devenue non-fumeuse et que je me suis mise à dessiner en terrasse avec une bière. Et j'avais exactement... Ça ne changeait absolument rien. Vraiment rien du tout. Ça,
- Speaker #1
tu ne t'y attendais pas ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Je me pensais que je n'irais plus, que ça ne m'intéresserait plus et que j'essaierais de le remplacer autrement et de dessiner en intérieur, tu vois. Et en fait, pas du tout. Je me suis juste dit, j'ai un truc en moi dans la main, c'est plus pratique, j'ai plus de place sur la table. Mais ça n'a eu aucun impact, alors que c'était l'image hyper romantique de la création en cours.
- Speaker #1
Évidemment.
- Speaker #0
Et même quand j'étais fumeuse, parfois, je sentais qu'au bout d'une heure, la nicotine est partie et j'avais un peu envie de fumer une clope. Mais vu que j'étais prise dans le truc... que j'étais chez moi et que je suis en train de dessiner, je pouvais passer deux, trois heures sans fumer. Et c'était hyper rare. Dans ma vie, ça n'existait quasiment pas, les moments où je n'avais pas le temps d'aller fumer. Donc ça, c'était déjà dans ma vie. Donc ça n'a pas vraiment servi pour le sevrage. Et l'autre problème que j'avais, c'est que je faisais déjà beaucoup de sport. Et qu'à chaque fois qu'on m'a dit, écoute, va courir, va dépenser. Tu sais, ça fait des shots de dopamine qui durent beaucoup plus longtemps. Et je me suis dit, les gars, je suis déjà à 4 séances par semaine, ça ne va pas être possible. Donc ça a été assez dur de trouver des sortes de trucs à part... Manger, ouais. Manger. Manger, aller faire un tour. C'est terrible, j'essaye de le faire. En fait, c'est assez efficace, mais je trouve ça très boring.
- Speaker #1
Comme le verre d'eau.
- Speaker #0
Comme le verre d'eau, ouais. Il y a un truc un peu chiant où tu dis... En fait, ça marche. Enfin, ça marche. C'est une bonne chose.
- Speaker #1
Il y a une part de toi qui est satisfaite, mais le petit diable est là. En fait, tu ne vas pas m'avoir avec ta balade. C'est ça.
- Speaker #0
Relou, quoi. La balade, le verre d'eau. Enfin, je ne sais pas. Relou.
- Speaker #1
OK, donc il y a cette partie de toi qui n'est pas nourrie comme ça, donc il faut trouver le moyen de la nourrir.
- Speaker #0
Ouais. Je ne sais pas, vraiment je n'ai pas encore d'astuce. C'est pour ça que je suis un peu fragile parfois, c'est que je n'ai pas de super astuce et j'ai l'impression que ça évolue en fonction des situations, etc. J'aimerais trop pouvoir prendre un carnet, un dessin, un stylo et pouvoir faire un dessin et hop ça m'aide. La vérité c'est que ce n'est pas le cas et ça change énormément. de la situation que je suis en train de vivre, pourquoi j'ai un manque et qu'est-ce qui se passe et comment je vais pouvoir lutter contre. Est-ce que ça va être le soutien de quelqu'un ? Est-ce que ça va être prendre l'air ? Parce qu'effectivement, ça fait 24 heures que je suis enfermée et qu'en fait, c'est peut-être un peu too much. J'ai pas la super astuce.
- Speaker #1
Comment ça s'est passé quand tu as fait l'illustration en lien avec le tabac ?
- Speaker #0
J'en ai fait un la première fois que j'ai arrêté, je ne sais plus, je crois début 2023. Mais ça a complètement foiré. J'avais un peu honte d'ailleurs, parce que j'avais quand même mis ça sur les réseaux, j'avais eu plein de retours, et je me suis dit... Et en fait, deux mois après, j'étais complètement refumeuse, complètement out. Donc voilà, j'ai vécu ça comme un moyen de communiquer avec les potentiels fumeurs, ex-fumeurs, ou ceux qui sont en train d'arrêter de fumer, d'en rigoler un peu. Et voilà, comme je dessine toujours pour ça, de manière générale, pour essayer de... de parler de choses un peu chiantes et de les faire avec humour et de pouvoir créer un peu une discussion et quelques rires,
- Speaker #1
c'est un peu le sujet j'aime beaucoup que tu aies publié ce J'aime beaucoup que tu aies publié cette première session de dessin quand tu avais arrêté de fumer puis rechuté. Parce que tu mets en avant aussi les vulnérabilités et les rechutes. Et en fait, je trouve qu'on n'en parle pas assez. Tu vois, c'est un peu comme les dépressions postpartum. Les gars font parler, quoi. On va arrêter de faire semblant. Et donc, il y a tellement de gens qui rechutent. Tu sais qu'il y a 2000 personnes qui arrêtent en France par jour de fumer.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Mais il y en a combien qui sont toujours dans cette démarche 48 heures après déjà. Et comme les gens peuvent ressentir une forme de honte ou de peur dans ces rechutes, justement, le fait que tu aies fait ça, je ne sais pas si tu avais de la honte. Parce que là, tu disais, je n'assume pas.
- Speaker #0
Oui, je parle.
- Speaker #1
Alors que j'ai mis sur les réseaux, oh mon Dieu. Eh bien, justement, utilise ça. Genre, les gars, j'ai rechuté. Et je suis sûre que plus des trois quarts des gens ont vécu ce que tu as vécu.
- Speaker #0
Ouais, carrément, j'ai toujours caché mes rechutes et j'ai aussi caché des arrêts de la clope. Il y a des arrêts que j'ai faits entre des rendez-vous entre moi et moi-même. en disant allez à partir de demain lundi j'arrête etc mais en le disant absolument à personne et en me disant alors il y avait le côté romantique de l'histoire en disant bah en fait dans un mois je vais pouvoir dire à quelqu'un en fait mais bien sûr j'ai arrêté de fumer depuis un mois tu vois un truc super cool non mais enfin easy quoi pas de problème et en même temps il y avait le côté bah attends parce que si demain c'est trop dur et qu'en fait vers 17h j'achète un paquet de clopes et je refume Il n'y a pas de problème, personne ne m'a vu arrêter, donc personne ne me jugera. Et j'en ai fait plein des arrêts cachés comme ça, sans le dire à personne. Et d'ailleurs, l'arrêt que j'ai fait, le vrai arrêt que j'ai fait, je ne l'ai pas dit. Pendant trois jours, je ne l'ai dit à personne. Et même plus que ça, je pense une semaine, et j'étais trop dégoûtée parce que mon effet d'annonce n'a pas du tout marché. J'ai dit à mon mec, genre, bah ouais, je n'ai pas fumé depuis cinq jours. Et il a dit, ah ouais, ok.
- Speaker #1
Non mais arrêtez, faut que la terre s'arrête de tourner dès qu'il faut que tout le monde le sache Mais excuse-moi,
- Speaker #0
est-ce que tu peux réagir s'il te plaît genre 5 jours Non effectivement t'as ce truc de culpabilité dans la rechute et je suis la première à dire à n'importe quel non-fumeur qui essaye d'arrêter de fumer qu'il me dira j'ai refumé une clope, file-moi une clope Je veux dire, c'est normal en fait, c'est normal et tu vas... Il faut que tu apprennes de ce truc-là, qu'est-ce qui se passe, machin, etc. Je suis pleine de bienveillance envers les autres, mais c'est vrai qu'envers soi-même, c'est toujours le même problème. C'est la dureté qu'on peut s'imposer dans ce process.
- Speaker #1
On t'a déjà dit que t'étais dure avec toi-même ?
- Speaker #0
Oula, oui, bien sûr
- Speaker #1
Ok, donc t'es au courant Ouais,
- Speaker #0
je suis au courant, je suis au courant Après, le temps que ça s'imprègne vraiment Et que ça puisse s'appliquer C'est encore un taf, même à 30 ans
- Speaker #1
Moi je reviens toujours à La nuit où t'as fumé 40 clopes Le lendemain, qu'est-ce qu'il se passe ? T'es en gueule d'homme, t'as mal à la gorge Et ensuite ?
- Speaker #0
J'étais hyper sereine Je me suis dit franchement dérapage incontrôlé mais pas du tout envie de refumer une clope. Déjà ça t'aide la gueule de bois parce que t'as en général pas vraiment envie de fumer. Donc hyper sereine en me disant juste par contre là tu t'es mis une belle dose de nicotine dans le corps et donc t'as 5 jours devant toi avant de tout expulser et donc mission 5 jours. Mission 5 jours, reste focus, ça va être difficile etc. Donc non je suis hyper zen et en fait je me suis fait avoir par le reprocess etc. Là où je me fais plus avoir... C'est un truc que c'est... Non, mais juste une clope. Ah, la justice ! La justice ! J'y crois plus. Enfin, vraiment, j'ai appris de tout, justement, mes sevrages, mes rechutes, etc. Ça ne marche plus sur moi, donc je sais que quand je fume une clope et que je craque, il n'y a aucune... Je sais que ce n'est pas juste une clope et que je ne vais pas rentrer sur cette route du fumeur occasionnel. Ça ne s'appliquera jamais. Mais en tout cas, ça a été dur dans les cinq jours qu'on suivit. Et j'ai eu un craquage alcoolisé encore une fois. Pas complètement arraché, juste un peu. J'avais bu deux verres. Et j'ai senti ma lucidité qui a commencé à avoir beaucoup plus de mal avec le allez, juste cinq jours etc. C'était le quatrième jour. Et je suis allée m'acheter un paquet de clopes. J'ai fumé une clope et j'ai tout jeté. J'ai tout bousillé, mis de l'eau et jeté dans ma poubelle. donc 12 balles 50 bien dépensées et voilà et il y a eu 7 clopes et je pense qu'il y en a une autre tu vois un truc comme ça juste des petits dérapages de une clope et voilà ça a été ces petits moments et je me suis dit ok bon bah écoute on va remettre les choses en place
- Speaker #1
Quand on s'est appelé pour voir si on faisait cet épisode et qu'on avait des choses à se raconter au micro, je t'ai dit, écoute, prends le temps, utilise ce podcast comme but thérapeutique. Si ça peut t'aider, on le fait que dans un mois, sinon on le fait demain. Laisse-toi au moins la nuit de décider à quelle date tu veux que je t'interviewe. Et on raccroche et je crois une heure après,
- Speaker #0
tu me dis,
- Speaker #1
vas-y, vas-y, le prochain créneau, je le prends.
- Speaker #0
Je crois que je t'ai écrit dans les 10 minutes. En fait, il y a eu deux choses. Il y a eu la première, c'est que je me suis dit effectivement, ça va être thérapeutique et je pense que ça ne sera que bénéfique. Ça ne sera que bénéfique de pouvoir reparler tout ça, revoir tout ce qui s'est passé, etc. je sais pas, un peu désacralisée parfois. Tu sais, parfois, t'es dans ta petite bulle de la clope, de ta dépendance et tout ça, et t'oublies tout ce qui s'est passé, tous les bons conseils, tous les trucs. Donc, il y avait ça. Et le deuxième aspect, c'est que je peux avoir une tendance de sauter d'un projet à un autre. Et je me suis dit, OK, en fait, là, ça arrive maintenant, saute sur le truc. Sinon, on sait pas ce qui se passe dans une semaine, dans deux semaines. Donc, voilà, il y avait ça aussi. OK.
- Speaker #1
Génial. Je vois que t'as pris des notes en amont. T'es venue avec ton petit carnet. Est-ce que tu veux me raconter ce qu'il y a dedans ?
- Speaker #0
Il y a plein, plein de trucs. Il y a plein plein de trucs j'ai essayé de reprendre, tu m'as envoyé des questions donc j'ai essayé de...
- Speaker #1
T'as pété de voir quoi !
- Speaker #0
Je te l'ai dit, je te l'ai dit, est-ce que t'as des questions à m'envoyer ? Je suis une très bonne élève. C'est exactement ça sur la bonne élève, je peux te raconter un truc c'est ma première clope si tu veux c'est un des premiers trucs que j'ai marqué
- Speaker #1
Asi
- Speaker #0
Donc moi ma première clope elle n'était pas du tout en groupe, contrairement à beaucoup de gens, elle était toute seule Parce qu'en fait, j'étais au collège en troisième et j'étais globalement, tous mes amis fumaient. Tous les gens avec qui je traînais, qui n'étaient pas forcément les meilleurs élèves du collège, fumaient, fumaient des joints, fumaient des clopes. Parce que moi, j'étais la première de la classe. Et je l'avais toujours été. Et même si je traînais avec eux, j'étais quand même cette première de la classe. Et donc, si tu veux, j'avais aucun droit de fumer des clopes, de boire de l'alcool ou de fumer des joints. C'est-à-dire qu'on m'aurait même jugée pour ça. Parce que ce n'était pas mon rôle.
- Speaker #1
Tu ressentais ça à l'époque ?
- Speaker #0
Oui, carrément. J'aurais demandé une clope, ils se seraient marrés en disant Mais non, mais pas toi !
- Speaker #1
Tu ne fais pas partie de ton identité,
- Speaker #0
de ton profil. Non, j'étais acceptée comme bonne élève. J'avais des amis, je n'étais pas repoussée.
- Speaker #1
Alors que tu étais la première.
- Speaker #0
Mais par contre, j'étais sage, je ne faisais pas de bêtises. J'étais hyper clean. Je n'avais pas le droit de toucher à des clopes. Je n'avais pas le droit de faire des bêtises. La première clope que j'ai fumée, je l'ai fumée toute seule. Parce que ça me tentait, tu es entourée de fumeurs, etc. Donc évidemment, à un moment, tu te poses la question. Et donc j'ai piqué un paquet de clopes chez ma grand-mère, qui appartenait à ma tante, qui était chez ma grand-mère. Et j'ai pris ce paquet de clopes et je me suis mise dans un champ. Et j'ai fumé ma première clope dans un champ. Solo. En plein air comme ça, pour essayer vraiment qu'il n'y ait pas d'odeur sur moi. Et ensuite, je me souviens d'avoir passé deux heures à essayer d'effacer cette odeur. Et je me souviens parfaitement du goût de la clope, qui était un goût très métallique, du mégot que tu mets sur tes lèvres. Et c'est un des trucs auxquels je repense énormément quand j'ai envie d'une clope. Quand j'ai un gros manque, surtout après avoir arrêté pendant un moment, la première clope est horrible. Elle n'est pas du tout cool. Tu l'imagines comme je vais aller au tabac, je vais m'allumer une clope En fait, elle est horrible, tu la mets sur ta bouche, il y a un goût vraiment métallique, mais vraiment pas bon. Et c'était ma première expérience de clope. Donc voilà, et ensuite, étant sortie de ce collège et ayant été dans un lycée où absolument personne ne me connaissait, j'ai pu reconstruire une toute autre image, qui était une image qui n'était plus du tout première de la classe, et pour arriver au premier jour à la rentrée avec un paquet de clopes. des lunettes de soleil, un nouveau style et une nouvelle image qui n'était plus du tout celle qui m'enfermait en tout cas et la cigarette faisait partie de ça et il y avait ce grand truc de l'identité et d'ailleurs la plupart de mes dessins c'est un petit personnage qui me représente et il y a énormément de personnages avec des clopes à la main et même mon logo c'est moi avec un gros chignon Une clope, qui sont des trucs d'identité que j'ai depuis 15 ans. Et c'était un des trucs que j'avais exploré en psychanalyse. C'était, si on enlève la clope, il se passe quoi ? On enlève ce bout d'identité. Il va se passer quoi ? Je suis qui ? Si je n'ai pas de clope à la main ? Et ça faisait toujours marrer les gens en disant Oui, mais toi, tu as toujours une clope quelque part. et de devenir non fumeux c'était trop bizarre il y avait une sorte de grand vide qu'il fallait remplir je pense que ça fait tellement partie de moi ces années de clope ce rapport à l'addiction la place que la clope a eu dans ma vie j'ai pas envie de l'enlever je trouve ça trop bizarre de gommer le truc en disant non je passe à autre chose je sais pas ça reste moi ça disparaît pas c'est mon goût baby
- Speaker #1
Je te fais une suggestion, si tu faisais une série de 15 petits logos de toi, où à chaque fois c'est un objet différent,
- Speaker #0
pour voir comment ça résonne. Ça pourrait être un super moment créatif de partir de là et de réfléchir sur l'identité, parce que c'est quand même un tout petit logo, tu es censée parler de toi. Et en même temps, pour l'instant, je n'ai pas envie de le faire disparaître. Je ne suis pas complètement prête à laisser tomber ce truc.
- Speaker #1
Mais c'est parce que peut-être tu penses à le faire disparaître, l'oublier, le détruire, alors qu'il peut toujours exister, et rajouter quelque chose en plus.
- Speaker #0
C'est vrai, il pourrait y avoir une clope et autre chose.
- Speaker #1
Tu as prononcé le mot de psychanalyse il y a quelques minutes.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Il va falloir qu'on... Il parle !
- Speaker #0
Oh shit !
- Speaker #1
Tu es déjà bien affalée sur mon canapé. Oui,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
Raconte-nous un peu comment ça se passe.
- Speaker #0
Écoute, ça se passe très bien. Ça se passe... C'est très important pour moi et ça se passe très bien. C'est-à-dire, ça fait bientôt deux ans et c'est vraiment une partie maintenant de ma vie, de ma semaine, un passage qui est... qui me fait beaucoup de bien. Alors pas toujours, tu peux ressortir plus stressée ou mal, etc. Mais en tout cas... qui moi dans mes cheminements personnels et mes réflexions et en plus dans ma curiosité que j'ai toujours eu vis-à-vis de l'être humain et de comment on peut se découvrir et que t'as l'impression de te connaître et en fait trop pas et que t'as l'impression d'avoir réglé plein de trucs et que tu finis toujours par parler de tes darons à chaque séance tu te dis bon bah ok et surtout je pense que c'est le plus difficile c'est vraiment de trouver quelqu'un avec qui tu arrives à à construire ce que tu es venue chercher, je ne sais pas. Et c'est très rare de trouver cette personne, et moi j'ai l'impression de l'avoir trouvée. Et donc je suis très reconnaissante, et j'y accorde beaucoup d'importance au sens de valeur, de sens. Par contre, ce n'était pas du tout ce que j'étais venue chercher. J'étais venue chercher, j'étais trop mal, ça n'allait pas du tout. Et j'étais vraiment venue chercher des solutions. immédiates pour aller mieux et ça ne me les a pas du tout apportées parce que c'est quelque chose qui prend beaucoup de temps c'est pas en une heure par semaine sur des réflexions ça prend énormément de temps et donc c'était pas le truc sauvetage je psy, tout va mieux j'ai fait trois séances c'est bon je suis libérée pas du tout cette démarche mais trop contente d'avoir trouvé autre chose Je pense que c'est hyper bien d'y aller aussi quand on va bien, parce que comme ça, on a le temps de... Enfin voilà, on se pose... Enfin, c'est autre chose, quoi.
- Speaker #1
Et du coup, le tabac prend de la place dans tes séances ?
- Speaker #0
Il a pris très, très peu de place. Vraiment très peu. Je l'ai évoqué. En début 2023, quand j'ai vraiment mentalisé mon arrêt avant mes 30 ans, c'était un objectif que j'ai complètement foiré, parce que ça n'allait pas du tout. Ça a duré trois semaines, j'étais trop mal, c'était une cata. Donc j'en ai parlé à ce moment-là et on a un peu... Ouais, c'était très intéressant. On a à la fois parlé de choses un peu profondes, de trucs perso, de trucs comment tu te sens, comment c'est arrivé, qu'est-ce que tu mets comme valeur dessus, etc. Et aussi, il m'a fait plein d'exercices de respiration, des trucs... Ouais, des trucs pour avoir des... Mais pas le truc juste de prendre une grande inspiration, machin. D'essayer de voir ce qui se passe quand t'amènes ta bouche. Enfin bref, il est un peu...
- Speaker #1
Vas-y, développe, ça m'intéresse. Ce que j'aime bien demander régulièrement, c'est d'interviewer un tips de respiration.
- Speaker #0
Il y avait un truc dont tu m'avais parlé, qui était ce truc de se remplir. De se remplir de la bouffée de la cigarette et d'essayer de prendre conscience de cet espace, en fait. Donc par la respiration, certes, mais... Bon, par la respiration, t'as tendance à respirer par le nez. Il n'y a pas vraiment à voir, mais respirer par la bouche et faire des mouvements, etc. Donc voilà, il y a des petits exercices, des petits trucs comme ça, auxquels je pense parfois, de temps en temps. J'ai pas été une super élève à l'utiliser tout le temps, mais de temps en temps, ça fait un petit tips de...
- Speaker #1
Dans les interviews que tu as écoutées de mon podcast, est-ce que t'as un retour ou un commentaire, quelqu'un qui t'a aidé ou un témoignage qui t'aurait pas du tout aidé ?
- Speaker #0
Celui de ta sœur. qui m'a moins aidée parce que je me reconnais tellement moins dans son témoignage et même si je reconnais des gens chez qui je me dis qu'ils sont les malins à dire je suis pas fumeur et je le sais depuis si longtemps que c'est faux qu'ils sont fumeurs on a juste pas le même rythme, ils auront peut-être un peu plus de chance parce qu'ils fument un peu moins mais j'ai toujours considéré qu'ils étaient fumeurs et qu'ils allaient autant galérer et donc voilà je me suis moins reconnue dans son histoire
- Speaker #1
et en même temps c'est hyper intéressant parce que ça concerne tellement de gens et presque je sais que cet épisode il a été beaucoup distribué genre ah j'ai pensé à toi,
- Speaker #0
ah on dirait toi donc oui mais effectivement toi et moi on n'est pas du tout ce profil là on n'est pas ce profil et celui de Claude dans l'extrême dans l'extrême et dans ce que je vis en plus en ce moment dans le côté où je peux être assez intense dans ce que je vis en ce moment je me suis reconnue là-dedans wow ok Bon, après, il est quand même... Il a quand même vécu des choses... extraordinaires dans lesquelles je ne suis pas.
- Speaker #1
Donne-toi le temps. Je voudrais te poser des questions sur tes illustrations. Quand tu t'es mise à la deuxième session, tu l'as faite il n'y a pas longtemps ?
- Speaker #0
Oui. Dilan, un mois, sans clope.
- Speaker #1
C'était comment de le dessiner ? C'était quoi ton filtre ? Je sais que tu veux faire rire les gens, mais il y a quelque chose de thérapeutique derrière ?
- Speaker #0
Oui, carrément. C'est toujours thérapeutique. Je ne sais plus trop ce que j'ai mis dedans.
- Speaker #1
À la limite, reprends-le et fais des commentaires.
- Speaker #0
Bilan, un mois sans fumer. Ce que j'aimais bien, c'est que j'avais une petite légende qui disait que ces dessins s'adressaient à tous les grands soutiens qui m'avaient aidé. À tous les anciens fumeurs qui s'accrochent fort pour les soutenir. Et à tous les fumeurs pour vous distraire pendant votre pause clope.
- Speaker #1
Trop sympa. Très bonne intention.
- Speaker #0
Le terme commun entre tous les dessins, c'est beaucoup. Parce que c'est comme ça que je l'ai vécu, genre beaucoup. Beaucoup d'émotions, beaucoup de trucs, une sorte d'intensité assez folle. Et dans la liste, il y a beaucoup de remarques non sollicitées. Surtout les non-fumeurs qui disent Ah, mais t'y penses encore ? Je comprends pas qu'on ait envie d'un truc qui pue, coûte cher et te tue la santé. Insupportable.
- Speaker #1
Insupportable.
- Speaker #0
Enfin, voilà. Beaucoup de tentations. Ouais. Beaucoup de conseils merdiques.
- Speaker #1
Un exemple ?
- Speaker #0
La première semaine, c'est dur. Après, ça roule tout seul.
- Speaker #1
Mais ta gueule !
- Speaker #0
Mais non, en fait, ça ne roule pas tout seul. Beaucoup de compensations. Je cours 11 fois par semaine, je mange 18 fois par jour. Bah oui, tout va bien. Je pense que ça, c'était très, très vrai. Et beaucoup d'émotions. Stress, libido, sensibilité. Ça, c'était... très très fort dont beaucoup de seum je vous déteste tous et j'ai quand même fini sur la note positive et beaucoup de fierté d'être arrivée au bout d'un mois à ce bilan voilà
- Speaker #1
j'adore, hyper drôle tous les dessins j'aurais pu les mettre dans mon livre si j'avais su t'as illustré un livre en plus ouais j'ai illustré un livre d'une...
- Speaker #0
Sur l'écologie et sur les réseaux sociaux, c'est-à-dire comment on peut utiliser les réseaux sociaux pour parler d'écologie et pour s'engager.
- Speaker #1
Waouh, génial, ça devait être super intéressant.
- Speaker #0
Ouais, trop bien.
- Speaker #1
Tiens, ça c'est mon manuscrit.
- Speaker #0
Ok, trop cool.
- Speaker #1
Ouvre-le au hasard.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et l'idée c'est que tu lises un passage. C'est trop bien. Mais grave, et c'est entrecoupé de plein d'infos, il y a de l'émotionnel et de l'informationnel quoi.
- Speaker #0
Ok,
- Speaker #1
trop bien Comme il n'y a pas de hasard, on va voir si tu tombes sur un truc qui te fait écho
- Speaker #0
Ok, alors, jour 193 Vague envie de fumer Je fais la meuf dans le déni pour pas me connecter à ce pseudo-besoin Sensation d'être prisonnière sous le nénuphar géant Je cherche à le soulever pour prendre une bouffée d'air Mais il est trop lourd, trop visqueux Je me noie dans sa vase, j'ai mal au cœur, j'ai mal à ma joie
- Speaker #1
Le nénuphar, c'est un des compagnons de l'impérieuse dans mon bouquin. Il représente le mal-être que me crée le manque. Le manque de dopamine, en fait. Parce que je pense que ça m'a créé une dépression d'arrêter de fumer. Parce que la cigarette apportait la création de la dopamine, pour le dire vite, dans le cerveau. Et donc, le temps que le cerveau reconstitue ça tout seul, j'ai été engluée dans un espèce de nénuphar. C'est comme ça que je le symbolise dans le bouquin. Et... Ouais donc vague envie de fumer je suis dans le déni, je sais pas si ça te parle
- Speaker #0
J'ai mal à ma joie, ça me parle beaucoup parce que c'est effectivement le c'est à la fois tout mon j'ai envie d'être en joie j'ai envie de rire, j'ai envie d'être heureuse sans cigarette et c'est un peu c'est un peu le challenge
- Speaker #1
Ouais
- Speaker #0
J'ai toujours vu l'arrêt de la clope comme quelque chose de très déprimant d'un moment où il faudrait, parce que j'ai passé un âge, parce que j'ai des enfants, parce qu'un truc un peu nul, il faudrait arrêter. Ça sera juste moins bien, mais j'accepterais cette contrainte parce qu'elle est là. Et en fait, il s'est passé un changement complet de se dire qu'on n'allait pas du tout juste s'enlever un truc cool et vivre un peu moins bien dans ce truc un peu boring. mais que pas du tout il pouvait y avoir une vie super cool et super joyeuse et même que ça allait être encore plus joyeux que celle d'avant parce qu'il y aurait encore plus d'attention consacrée à tout ce qui apporte du plaisir du kiff,
- Speaker #1
de la joie etc et en ce moment tu le sens ?
- Speaker #0
ouais grave, je me sens hyper joyeuse non je galère, je galère dans mon sevrage comme plein de gens et tout, j'ai des moments de difficulté mais globalement je me sens très joyeuse très joyeuse, très joyeuse Ouais, beaucoup plus équilibrée, mais par contre, très attentive à, effectivement, d'avoir la bonne dose de cette dopamine. Parce qu'elle est pas... parce que, voilà, il y a un trou. Il y a un gros trou. Et puis, il y a aussi toute cette béquille, là, qui peut te rassurer et qui s'efface.
- Speaker #1
donc ouais faire attention je développe la théorie du 1% dans le bouquin c'est qu'en fait 99% du temps ça va genre c'est un non sujet et 1% du temps mais je vendrais père et mère pour avoir ce shoot là et donc la astrie du 99% et la astrie du 1% elles sont pas du tout connectées en fait les gars parlez vous ah ah ah Donc c'est cool de t'entendre dire que t'es plutôt joyeuse Ouais,
- Speaker #0
ça me va quoi Et j'étais même assez surprise en fait De voir que ça allait Que ça allait de mieux en mieux C'était beaucoup plus dur au début évidemment Mais en fait au fur et à mesure de voir les espaces-temps Ce 99% qui était peut-être pas 99% au début Mais qui grossissait très rapidement Et qu'il y avait plein de moments Que les manques étaient plus petits Moins fréquents, etc Ils pouvaient être intenses Mais ils étaient quand même moins là Oui Et que globalement, ça va, quoi.
- Speaker #1
Ouais. Quand il y a le 1% qui est là, il prend toute la place, c'est sûr. Mais c'est que 1% du temps. Ma remarque, je veux pas faire la vieille, sage, qui sait des trucs. Mais meuf, ça fait 4 mois que t'as arrêté de fumer. Ouais. Tu sais pas encore tout ce qui va se passer de positif. Et à quel point, en fait, cette intensité du manque, ce diable, il sera moins fort, moins virulent et plus doux.
- Speaker #0
Ouais. Ouais ouais je... Déjà en 4 mois t'as expérimenté tout ça quoi Ouais carrément je pense qu'il y a beaucoup de fierté personnelle je pense que c'est ça qui prend le dessus avant tout les trucs que j'ai jamais vécu dans tous mes sevrages c'est les fameux trucs tu vas ressentir les odeurs, machin. Ouais,
- Speaker #1
ça pue.
- Speaker #0
Ouais, franchement, à part vivre cette semaine horrible où tu commences à... Effectivement, tout revient et t'es là genre, mais ça pue la mort. Sinon, j'ai jamais vécu ce truc. Je fais beaucoup de sport et j'ai jamais réussi vraiment... Apercevoir que c'était incroyable, j'avais tellement plus de souffle, je trouvais que c'était globalement la même chose. Il n'y a pas d'effet positif, tous les trucs qu'on te promet un peu, etc. Mais par contre, la fierté personnelle d'arriver, quand tu as mesuré le démon... cette voix qui est en toi qui peut tellement prendre le dessus et quand tu vois que t'arrives à la maîtriser pour essayer de faire un truc qui est bien c'est ça le plus gros c'est ça qui est génial
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu voudrais dire à la Apolline cet été qui aura un craving de clope et qui pourrait écouter l'épisode ?
- Speaker #0
C'est tellement une galère d'arrêter repasser par là c'est quand même le début qui est très difficile autant dans la préparation mentale Avant l'arrêt, je trouve, le fait de se mettre en condition, et ensuite l'étape où tu passes sous cette étape, c'est quand même très long, c'est painful et tout ça. Et viens, viens, on repasse pas par là. Viens, on a assez donné sur ce truc. T'as quand même les bonnes bases, c'est-à-dire que tu sais que tu seras jamais fumeuse occasionnelle, tu sais que cette petite clope, elle est pas du tout innocente, tu sais que ça va pas être ouf, tu sais que tu vas la mettre à ta bouche et que ça va vraiment pas être ouf. et tu sais que tout ça est quand même une sorte de discussion interne dans un petit théâtre qui dit mais non mais ça va être super, mais non mais pas du tout mais si ça va être génial et que ce petit théâtre juste prend un pas derrière un seul toit dans la salle regarde ce qui se passe et laisse la pièce se faire et puis voilà, ça va se calmer et puis tu vas sortir de la salle et tu vas penser à autre chose voilà, j'essaierai de remettre en place ces petites choses que j'ai acquises dans mon sevrage, dans mes rechutes dans tout ça pour
- Speaker #1
pour ne pas les oublier et essayer de ne pas refumer cette clope mais si elle te dit non mais tu ne peux pas comprendre là il y a une intensité folle ça va compléter l'état dans lequel je suis c'est le meilleur moment de ma vie pour fumer promis après j'arrête je
- Speaker #0
te dirais mais t'es trop conne putain T'es con ou quoi ? Genre n'importe quoi ? Enfin, t'es ridicule en fait. Juste redescend. C'est la petite rébellion adolescente. Là, en fait, juste redescend, quoi. Respire, ça va aller. T'inquiète.
- Speaker #1
Le budget clope. Je ne sais pas si tu as une appli qui compte.
- Speaker #0
Oui, j'ai une appli qui compte. Et en plus, je t'ai dit, j'ai un gros problème avec cette appli, c'est que comme j'ai une petite rechute un peu longue, je suis dans un mensonge avec mon appli, parce que je ne lui ai pas du tout dit que j'avais craqué.
- Speaker #1
Il devrait y avoir la case rechute.
- Speaker #0
Franchement, ils te disent juste, tu ne peux pas vraiment rentrer que tu as rechuté. Mais bon, alors, je suis sur un 4 mois, 8 jours d'arrêt. et j'ai économisé 1122 euros.
- Speaker #1
Wow !
- Speaker #0
C'est une dinguerie.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu voudrais en faire ?
- Speaker #0
Absolument rien. L'argent n'a jamais été un... C'est trop bizarre, mais ça n'a jamais été une sorte de motivation dans mon arrêt de la clope.
- Speaker #1
Je retourne la question. Au lieu que ce soit une motivation pour arrêter, qu'est-ce que ça pourrait être comme cadeau pour toi vu que t'es un peu dur envers toi si tu voulais te faire plaisir et prendre soin de toi
- Speaker #0
Un kiff ? Honnêtement, je me suis fait un kiff, mais sans avoir tout cet argent. C'est-à-dire que je suis allée me faire blanchir les dents parce que j'avais trop honte de mes dents en ayant 15 ans de clope derrière moi. Mais ça, je l'ai fait, je l'aurais fait. Je veux dire, si mon budget clope, c'était 50 balles, je l'aurais fait quand même, tu vois. Et je n'ai pas envie de me faire une récompense de cet arrêt de la clope. Pour moi, l'arrêt de la clope, il récompense un truc qui est intérieur, qui est... qui dépasse et du coup j'ai pas du tout ce truc de besoin de m'acheter un gros cadeau non mais c'est pas forcément un besoin parce que encore une fois vu que t'es déjà avec toi même il y a toute une rééducation à faire entre le besoin et le plaisir ouais ouais ce truc moi le dentiste m'a un peu déprimée parce que je lui ai dit en tout cas là ça fait une semaine que j'ai arrêté de fumer donc voilà j'étais hyper fière de pouvoir lui dire Je suis cohérente dans ma démarche. Je vais me faire blanchir les dents. Et en plus, j'ai arrêté de fumer. Il a dit, ça ne change pas grand-chose. Moi, j'ai fumé pendant dix ans. Il me sourit comme ça. Il a les dents tellement blanches. Il dit, globalement, c'est l'hygiène dentaire. C'est un bon désertrage tous les six mois. Il y a quelques produits qui sont... Mais bon, moi, j'ai fumé pendant dix ans. Je bois du café tous les jours.
- Speaker #1
Ah, le rabat-joie, quel enfer !
- Speaker #0
Et j'étais là, mais attends, mais pas du tout. C'est censé m'encourager dans ce truc. Et ça n'a trop pas marché. Mais ouef, mes commerces ! C'était quand même un petit cadeau à l'ancienne fumeuse que j'étais de me dire, tu peux sourire sans complexe ou sans truc. C'est cool. Trop bien.
- Speaker #1
J'ai regardé l'appli cette semaine. Je ne l'avais pas regardé depuis des mois. Au bout d'un moment, on ne la regarde plus. J'ai économisé 12 000 euros.
- Speaker #0
Oh putain. Depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Trois ans.
- Speaker #0
Oh waouh.
- Speaker #1
12 000 putain de balles.
- Speaker #0
Ouais, c'est dingue.
- Speaker #1
nymphes et je vois j'ai pas fumé 22 000 clopes 22 000 clopes meuf mais je me dégoûte la montagne que tu pourrais faire avec ce truc c'est chouette qu'est-ce que tu pourrais conseiller aux auditeuristes qui nous écoutent et dans ta version à toi du sevrage t'aurais envie de leur dire quoi ?
- Speaker #0
alors j'ai un rapport assez enfin je pense pas qu'il y ait de bons conseils et de mauvais conseils Ça n'a jamais marché sur moi, j'ai jamais eu la révélation parce que quelqu'un m'a dit ça ou quoi que ce soit. Donc je pense que c'est très très personnel comme cheminement, de pourquoi on a fumé, pourquoi on continue, pourquoi on n'arrive pas à arrêter, pourquoi on a décidé d'arrêter. Et donc pareil, dans le manque et dans la galère du sevrage, je pense que pareil, la méthode elle est très très personnelle. Donc je n'aurais pas de bons conseils, par contre évidemment écouter les autres, voir comment eux ils cheminent et tout ça, c'est hyper intéressant. Ce qui est sûr, c'est qu'on combat une addiction, donc ce n'est pas facile. Et c'est OK, ce dont on a parlé tout à l'heure, c'est complètement OK d'avoir des moments de grosses galères. C'est OK de demander de l'aide. C'est OK d'essayer plusieurs fois, d'échouer, de recommencer, etc. Et de se nourrir de tout ce qu'on a autour de nous, même si la vraie méthode, le truc qui va nous parler, le truc qui va nous faire... tenir dans le moment le plus difficile, intime qu'on a en nous, c'est globalement nous-mêmes. Et c'est le truc qu'on aura peut-être réussi à trouver en nous qui a fait qu'on a autant galéré avec la clope et qu'on a autant galéré avec ce truc-là, qu'on en a eu autant besoin. Et ça, il faut aller le chercher. Et ça peut être parmi plein de sevrages, ou des thérapies, ou plein de trucs, ou juste écouter les autres, voir ce qui résonne, voir ce qui ne résonne pas. Donc voilà, je dirais ça. De ne pas lâcher et d'être sympa avec soi-même.
- Speaker #1
Très bien. Et quelle est la partie de toi qui ne manque pas d'air ?
- Speaker #0
Ça me fait revenir à plein de sujets internes. Pour moi, justement, la fille qui ne manquait pas d'air, c'était la fille qui fumait. Donc du coup, cette question est un peu chiante parce que...
- Speaker #1
Génial !
- Speaker #0
Parce que voilà, et en même temps je suis en train de retrouver cette fille qui manque pas d'air, et qui est top, et qui est fun, et qui tout va bien, et qui peut être drôle, et qui peut faire des trucs avec danger ou sans danger ou whatever, mais en tout cas qui est complètement libre de faire ses trucs, et qui n'a pas besoin de clope à la main pour aller partir à l'aventure, pour faire plein de créations, pour créer, pour faire des trucs drôles, etc. Donc la... la fille qui manque pas d'air ou la partie de moi qui manque pas d'air je pense que c'est une grande partie de moi et j'espère demain une partie qui sera non fumeuse et voilà génial,
- Speaker #1
merci beaucoup Apolline de rien,
- Speaker #0
merci à toi
- Speaker #1
Trop bien, mais ouais, cette fille qui manque pas d'air, cette partie-là, un peu folle, enfin, je mets folle au sens positif, on a l'impression qu'on doit l'enterrer avec le sevrage, alors qu'en fait, meuf, j'existerai toujours, je vais revenir, quoi qu'il, avec ou sans clope, je vais pas manquer d'air, ça c'est partie de mon identité, plus que finalement, la clope, c'est un truc extérieur, mais à l'intérieur...
- Speaker #0
C'était ce petit truc qui donnait le courage dans les moments, en plus... voilà où pour le coup tu manquais d'air et tu disais allez je pars en date je pars en voyage etc allez je me rassure avec ce truc là et puis en plus je peux faire des dingueries parce que je suis une grosse fumeuse et que je suis trop cool mais en fait non tout va bien j'espère
- Speaker #1
que cette interview vous a plu vous trouverez toutes les informations complémentaires dans la description de l'épisode et tout ce qu'il faut pour s'abonner liker commenter nous retrouver sur les réseaux et même prendre contact si vous voulez nous partager votre témoignage Bisous à vos horribles cravings et autres impérieuses envies de fumer. Rendez-vous la semaine prochaine et d'ici là, bon sevrage.