- Speaker #0
21,56 Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Uchr0niA Je suis Pénélope Solette, et je suis accompagnée, as usual, par le frétillant professeur John McLoughlin. Bonjour professeur.
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
C'est ce que j'appelle être frétillant. Et pour cette séance en qualité de témoin du jour, nous recevons Mitsuru Miyamoto, fondateur de la société Locus Solus, en conception de robots, chercheur en intelligence artificielle à Polytech Dijon. Bonjour !
- Speaker #1
Konnichiwa, bonjour Madame Pénélope. Appelez-moi simplement Dr Willis Merci de me recevoir Bonjour à toutes et à tous
- Speaker #0
Uchronia, les chroniques du temps latent. Aujourd'hui, au sommaire de notre émission, et les connaisseurs l'auront reconnu, nous allons mettre en lumière le film Ghost in the Shell, alors, Ghost in the Shell, pardon pour l'accent, réalisé par Mamoru Oshii et sorti en salle en 1995. Un classique du film d'animation de science-fiction inspiré du manga créé par Masamune Shiro. Je sens que je vais avoir du mal, toute l'émission. Qui explore un renversement de la posture de l'être humain augmenté, le transhumanisme, la biogénique. Le tout dans un écran musical exceptionnel. Parfois, il faut être un monstre pour combattre un monstre. Encore un film qui repousse les limites de la catégorisation et du genre. Il faut dire que nous avons été cyber harcelés, c'est le terme, par nos auditeurs pour apporter des réponses sur le sujet. Cette séance, écrite littéralement aux petits oignons, sera en immersion complète dans les quartiers de Newport, au Japon. Ce voyage sera ponctué de quelques respirations musicales avant de terminer par nos recommandations, et évidemment subjectives, la séance Actu Cronia. Pour notre premier échange, je vous propose de lancer la procédure d'accès au MacLufLinarium. Je pense que vous ne connaissez pas ce dispositif, docteur Willis. Le professeur vous a préparé une petite surprise, et pardon d'avance pour le bruit.
- Speaker #2
Attention, descend !
- Speaker #0
Mesdames, messieurs, notre plateau descend d'une dizaine de mètres environ vers une sorte de pièce bunker sécurisée, mais...
- Speaker #1
C'est impressionnant.
- Speaker #0
Tout le talent du professeur.
- Speaker #3
Faites attention quand même, ne restez pas près du bas.
- Speaker #0
Gardez vos bras à l'intérieur du véhicule.
- Speaker #3
La sécurité, c'est très important.
- Speaker #1
C'est les concepteurs d'Akira qui vous ont donné le matériel ? C'est magnifique.
- Speaker #0
Il a tout fait lui-même.
- Speaker #3
C'est 100% digené.
- Speaker #0
Ah mais ne serions-nous pas dans une version d'un Tokyo cyber-techno-futuriste, professeur ?
- Speaker #3
Oui, tout à fait, Pénélope. Nous sommes dans un environnement type cyberpunk. C'est une notion très britannique, bien sûr. Des néons, des publicités vidéo géantes sur les murs, vous voyez des dames des fois légèrement vêtues, bon là, attendez, non, elles ne reviennent pas. Donc des lumières partout un petit peu tamisées, c'est contrasté avec une noirceur de la nuit sans étoile, des véhicules volants, attention là au-dessus, voilà. Et qu'on croirait un petit peu anarchique comme ça, mais tout est structuré et parfaitement maîtrisé, bien sûr.
- Speaker #0
Alors messieurs nous allons pouvoir aborder Notre premier sujet, selon vous, quelles pouvaient bien être les inspirations du réalisateur Mamoru Oshii ?
- Speaker #3
Alors évidemment, la première chose qui vient à l'esprit c'est Astro Boy, la référence ultime du manga animé d'Osamu Tetsuka, un ami. Première série télévisée au Japon en 1963. Tetsuka est vraiment le père des pères de tous les mangakas japonais, on peut le dire.
- Speaker #1
Même Miyazaki, je pense, tout le monde y passe. Après, il y a le côté littérature, science-fiction, et il faut quand même bien faire comprendre à nos auditrices et auditeurs que les cyborgs... vont généralement envahir la Terre avant même des histoires de Martiens ou Vénusiens ou Sélénites. Il faut se souvenir de Fritz Lang et Métropolis en 1929. Un film incroyable quand même. Magnifique.
- Speaker #0
Il y était, le professeur y était.
- Speaker #3
Un film en pleine Allemagne avant l'arrivée des nazis. En 1929. Il faut s'imaginer quand même que c'est le démarrage véritablement de tous les films de science-fiction.
- Speaker #1
Oui, oui. Et c'est pas que Maria qui se fait remplacer par une version robot qui pourraient inspirer le... le Z6PO ou le C3PO de Star Wars en 1977. On est vraiment aussi dans une version, comme on verra dans Judd Red ou d'autres approches fantastiques, où les plus riches vivent en haut des gratte-ciels d'un 21e siècle.
- Speaker #3
Comme une version aussi de Frankenstein, très post-moderne aussi. Il s'agit de créer un être humain bionique, de rien, tel Dieu à partir d'une mode debout.
- Speaker #1
Oui, et puis... Alors je pense aussi à Cyborg 2087, sorti en 1968, avec des humains qui reçoivent des implants cérébraux.
- Speaker #3
Vous avez aussi Westworld 73, avec le magnifique sculptural Yul Brynner, bien sûr, toujours avec un corps impeccable, en fait cet homme a fait du sport toute sa vie.
- Speaker #1
Et alors vous parlez de monde ouest. Mais la même année, il y a un téléfilm, L'Homme qui valait 3 milliards, qui va faire des scores d'audience comme jamais pour les aventures d'un pilote d'essai bionique.
- Speaker #3
Steve Austin, impeccable.
- Speaker #1
Bionique, histoire de faire un peu des définitions, c'est à la fois biologique et électronique.
- Speaker #3
C'est-à-dire qu'on essaie de faire fusionner finalement le cerveau humain, les connectiques neuronales électriques avec un circuit électrique réel comme une... Une main artificielle arriverait à bouger avec une commande du cerveau.
- Speaker #1
Oui, et puis en reprenant le système de la greffe. Oui,
- Speaker #3
puisque cet homme qui valait 3 milliards, en fait, a eu un accident d'avion dramatique où il a perdu plusieurs membres, un œil, etc.
- Speaker #1
C'était un astronaute ?
- Speaker #3
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Il faisait pilote d'essai ?
- Speaker #3
C'est ça, il faisait des vols suborbitaux. Il montait avec des expériences sans atmosphère. Il est tombé à la suite d'un accident, a perdu plusieurs membres et tous ont été remplacés avantageusement.
- Speaker #1
Avec des bruits en plus fantastiques. Et puis il aura eu même une collègue joueuse de tennis qu'on appellera Super Jamie.
- Speaker #3
Qui est peut-être d'ailleurs la plus grande inspiration finalement pour Gusty Dachelle.
- Speaker #1
C'est fort probable. Bon, c'était au départ, Super Jimmy, un personnage vraiment secondaire qui décède. dans L'Homme qui valait 3 milliards. Et puis, il va y avoir des tombereaux de courriers contestataires présentant le mécontentement du décès de cette héroïne.
- Speaker #3
Alors, il faut dire que c'était quand même l'actrice qui jouait aussi dans Charlie's Angels.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #3
Donc, je vous laisse imaginer sa plastique.
- Speaker #1
Alors là, on était en 1976. Et puis après, il va y avoir un premier tournant avec Battlestar Galactica en 1980. et puis cette race extraterrestre ordinaire, les fameux Ceylon.
- Speaker #3
Alors oui, Charlie's Angels, c'est drôle de dame, en français bien sûr, avec Charlie et ses trois petites poulettes.
- Speaker #1
C'est vraiment France.
- Speaker #3
Voilà. Oui, il y avait également Terminator, bien sûr, en 84, qui, évidemment, enfonce le clou au cinéma du cyborg. Là, on se dit, c'est vraiment quelqu'un qu'on ne souhaite pas rencontrer le soir, tard,
- Speaker #1
chez soi. Et puis, alors, Là, on est vraiment sur des robots humanoïdes faisant en sorte d'un mimétisme humain. 1987, on arrive avec Robocop de Paul Verhoeven. Et là, on rentre vraiment dans le thème de Ghost in the Shell.
- Speaker #3
Oui, parce que finalement, dans l'homme qui valait 3 milliards, ça restait hypothétique. C'est-à-dire qu'on imaginait bien que c'était un acteur normal qui simulait la performance. Or là, Robocop, techniquement, vous montre comment on fait.
- Speaker #1
C'est ça. C'est l'humain augmenté, l'humain réparé, l'humain optimisé par une société privée. A chaque fois, on va aller sur ce gigantisme et magmatisme des sociétés qui vont développer soit de la robotique, comme dans Terminator, ou soit de l'intelligence artificielle.
- Speaker #3
Avec une vocation déiste, parce que finalement, cette grande société avec d'énormes moyens, des techniciens, des scientifiques, décide de réanimer un mort. Un officier de police qui est mort en service et qui devient en fait un super flic Robocop.
- Speaker #1
Oui, et comme le Major dans Ghost in the Shell. Et donc c'est vrai qu'on arrive après en 1988, il va y avoir une vague de clones hongkongais de Robocop et de Terminator. Et ça va se poursuivre jusqu'à Ghost in the Shell au Japon, en manga, en version manga.
- Speaker #0
Oui, moi ça me rappelle un petit peu le... ce qu'on nous présentait dans les dessins animés du club Dorothée.
- Speaker #3
Oui, tout à fait, bien sûr, aussi, il est influencé par un autre maître, Isaïki Toriumi, qui a fait un film inspiré des contes nordiques de Niels Olgersson, au pays des oies sauvages, effectivement, où là, on se rend compte quand même que les mangakas s'inspirent aussi des dessinateurs européens, de la bande dessinée franco-belge, même d'un auteur comme Giro Moebius, qui a fortement inspiré... Un grand nombre de mangakas pour faire des œuvres absolument lumineuses, comme Gundam, Final Fantasy ou Armytage, bien sûr.
- Speaker #1
Oui, vous avez tout à fait raison, professeur. Et je pense, Mazamune Shiro, il a une grande influence de Isaac Asimov. Et non pas les robots reptiles de moutons électriques, mais là, on va être plutôt peut-être sur la caverne d'acier en 1954. Et puis je pense aussi au fameux neuromancien de William Gibson, qui est ce manifeste du cyberpunk, qui va lui permettre de crayonner à la fois patelabore et puis bien sûr ça va se dégouliner sur Blade Runner.
- Speaker #3
Alors c'est sûr qu'on est évidemment très très loin du magicien d'Oz et de l'homme d'acier. Alors on peut aussi quand même évidemment faire mention de Moebius alias Giro et d'Enkibilal qui... sont quand même à l'origine d'une oeuvre de science-fiction graphique qui évidemment parle aux japonais qui ont souvent un langage d'abord visuel avant d'être conceptuel.
- Speaker #1
Alors vous avez tout à fait raison professeur et je pense quand même à la particularité comme vous pouvez le voir dans le manga à côté de vous. Masamune Echido, il aura annoté au moins 36 pages du manga sans ralentir ou sans perturber la... la lecture, c'est-à-dire que les notes, elles sont vraiment en bas de page, en bas de case, comme des notes de bas de page pour... Les jeunes japonais pouvaient comme ça juste lire les images. Et puis, si on veut aller plus loin, sur un second degré, une approche plus philosophique dense, on va aller voir les références en dessous.
- Speaker #3
Oui, parce qu'il ne faut pas oublier quand même que les mangas restent des ouvrages de consommation assez rapides des... et intensives. Et l'idée aussi de ces auteurs, c'est de laisser une trace et d'espérer que leur œuvre aussi se perpétue.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Alors, on est vraiment sur une approche d'essayer de mettre en image des innovations techniques. Donc, voilà, je pense aussi à... On a parlé d'Isaac Asimov, il y a Terry Pratchett. L'idée que le très haut niveau de technologie peut paraître presque magique pour le commun des mortels.
- Speaker #3
Avec son pendant quand même fatal, c'est-à-dire que cette société si technologique et si magnifique et finalement toute puissante soit-elle, puisqu'elle est capable de recréer des êtres, est quand même soumise aux mains des grandes multinationales qui font de nous ces jouets.
- Speaker #1
Alors c'est tout à fait ça. Et du coup ça me fait penser à 1985, Sen Shisha, il va publier Apple Seed.
- Speaker #3
Alors lui qui est finalement coréen et pas japonais.
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #3
Mais d'influence, évidemment, japonaise.
- Speaker #1
C'est vraiment les quatre volumes d'Apple Seed qui vont permettre à Amazon Web d'affiner son trait, d'être plus esthétique aussi, peut-être dans cette hyper-sexualisation, ou le côté art plastique du corps, ou l'œuvre rester vraiment inconnue du grand public.
- Speaker #3
Les fameuses poupées de Blade Runner qui s'animent et qui donnent envie d'être touchées, bien sûr.
- Speaker #1
Mais il faut... préciser qu'on était quand même dans une atmosphère pas si optimiste que ça au Japon.
- Speaker #3
Extrêmement sombre, bien sûr.
- Speaker #0
Écoutez, puisque vous avez la parole, je vous demande de la garder, Dr Willis. Est-ce que vous pourriez nous présenter votre activité quotidienne, s'il vous plaît ?
- Speaker #1
Merci. Je suis avant tout ingénieur en cobotique. Je travaille à l'optimisation d'un robot, non plus face à son environnement, mais en harmonie avec son environnement.
- Speaker #3
Comme un esclave, bien sûr.
- Speaker #1
C'est pas ça. C'est éviter souvent le sabotage des salariés, des agents opérateurs qui vont souvent saboter les robots. Moi, je travaillais beaucoup plus à essayer d'éviter le rejet de prothèses sur un corps humain. Éviter un effet, ce qu'on appelle écho ou halo, dans certains cas.
- Speaker #3
Vous cherchez à écarter l'être humain de la conception ?
- Speaker #1
Non, non, non. C'est que j'essaye d'optimiser le code source qui pourrait amener des programmes à douter de façon croissante. On peut avoir une sorte de bizarrerie qui fait que ça se développe sans arrêt, sans arrêt, ça repart en boucle dans l'algorithme qui s'auto-nourrit d'hallucinations et qui finit par rendre une sorte de paranoïa. synthétique.
- Speaker #3
Oui, mais vous ne pouvez pas empêcher l'intelligence d'être générative au final, quand même, sur vos processus robotiques.
- Speaker #1
Non, mais là, on est sur une autre approche d'apprentissage. Mais moi, j'essaye juste de corriger des bugs. Et aussi pour permettre aux robots de vraiment bien respecter les fameuses lois de la robotique.
- Speaker #3
Vous êtes évidemment un petit rouage d'un immense ensemble.
- Speaker #1
Tout à fait. Mais bon, ça nous a permis de développer un tissu en neurofibres à croissance excessive, certains d'entre nous appellent ça le blob.
- Speaker #3
Magnifique micro-organisme qui est capable de se développer.
- Speaker #1
C'est tout à fait ça, on a tout devant nous. Et par feuilletage de polystyrène dérivé de galactose, on a pu développer une puce et on commercialise des cyber-cerveaux. employés en intelligence artificielle.
- Speaker #0
Dès maintenant, vous voulez dire ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. On devrait sortir ça dans le grand commerce en 2028.
- Speaker #3
Vous pourrez peut-être en vendre à Donald Trump.
- Speaker #0
Est-ce que c'est accessible aux communs des mortels ?
- Speaker #1
Pour 170 000 euros, on peut fabriquer...
- Speaker #0
Ah oui, le commun des mortels donc.
- Speaker #1
Pas encore, mais il faut le temps qu'on développe et qu'on rentabilise un peu des approches. Mais en production, ça fonctionne bien.
- Speaker #3
Vous savez, la Maison Blanche, c'est juste une journée de pot de vin, 170 000 euros.
- Speaker #0
C'est un mien de vie.
- Speaker #3
Et donc, comme dans l'histoire parue à la fin des années 80, de Goldorak, de Robotech, de Patlabor, Appleseed enclenche un univers post-normancien. Gostin Zachel fait quand même figure de quelque chose à part.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est ça. C'est un peu comme un fantasme d'aller encore plus loin que d'Antron. Et on a vu avec le dernier trône à res, ils ont peut-être essayé de se rattraper là-dessus.
- Speaker #3
Déjà dans le deuxième trône qui est sorti il y a quelques années, une dizaine d'années, on avait aussi la machine qui sortait et qui explorait l'humanité.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Eh bien écoutez, merci Dr Willis pour cet éclairage. Donc j'aimerais que nous passions à une des séquences préférées aussi du professeur, la séquence Mitch and Pitch. Alors messieurs, nous abordons maintenant le pitch. L'un de vous veut-il bien nous narrer l'histoire ?
- Speaker #3
Avec plaisir. Le pays du Japon est frappé en 1995 par l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo et la secte Moon. Et évidemment le grand tremblement de terre de Kobe qui a réduit la ville en cendres. Et Ghost in the Shell est donc un manga futuriste cyberpunk. punk pas forcément très optimiste déroulant aux alentours des années 2030. Le personnage principal est un cyborg de sexe féminin du nom de Motoko Kusanagi. Kusanagi fait partie d'une section d'élite anticriminelle, la section 9. La trame principale du manga, ainsi que du film adapté du manga, raconte la traque d'un cybercriminel connu sous le nom de marionnettiste ou puppet master. Ce cybercriminel prend le contrôle de l'esprit, l'esprit d'un être humain, par l'intermédiaire du réseau numérique mondial, qui est quelque part soit le précurseur, soit l'évolution fatale d'Internet d'ici quelques années.
- Speaker #1
Oui, vous avez tout à fait raison, professeur. Alors le film, quand il sort en 1995, va provoquer quelques timides vagues, mais il va devenir un mastodonte que l'on connaît, et je pense aussi que c'est grâce à sa musique. dont on reviendra. C'est loin après le précurseur Blade Runner qui a aussi mis du temps à se développer. Je pense aussi à Akira, bien sûr. Et puis, il y aura eu Matrix. Mais voilà, on est sur les pierres angulaires de la science-fiction et des influences majeures.
- Speaker #3
Après, Glossier de Chelles n'était pas produite non plus par n'importe qui.
- Speaker #1
Non, non, non. Donc voilà, on est vraiment sur une approche de fulgurance que j'appellerais mécanico-organique. Donc... Ça renvoie un peu à Don Ward, Sparrow ou Crash. Voilà, on est à un moment clé de l'humanité, fin du nouveau millénaire et une sorte de précipice numérique.
- Speaker #3
Alors après, la trame du film, fondamentalement, ça reste un policier. Il y a une enquête, c'est une section en fait avant tout de police, même si elle est contrainte en fait par des organismes sociaux un peu compliqués. Il s'agit quand même d'une enquête à la suite d'un meurtre.
- Speaker #1
Oui, avec des policiers qui... sont augmentés.
- Speaker #3
Voilà, ils sont capables d'enquête, ils sont capables d'intervention, et ils sont capables également d'être des inspecteurs de réseaux informatiques. Ils se connectent en fait à des consoles, ils se connectent aussi à des cyborgs ou à d'autres êtres humains de synthèse, et explorent en fait leur mémoire profonde.
- Speaker #0
C'est ça. Du coup, que veut dire le Ghost in the Shell ?
- Speaker #3
Oh, évidemment, c'est un manga, bien sûr. Différentes histoires, multiples. Ghost in the Shell, textuellement, c'est le fantôme dans la coquille. C'est réellement l'âme dans le corps synthétique.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Le Shell, c'est la carapace, le corps, et le Ghost... C'est plus l'esprit.
- Speaker #3
Voilà, c'est la différence entre anima et spiritus.
- Speaker #1
Alors il faut voir qu'il y a aussi...
- Speaker #3
Finalement ça renvoie à Saint-Augustin tout ça.
- Speaker #1
Oui, mais Mazamoun aussi va préciser qu'il y a une interprétation de la traduction en anglais par un japonais, puis retraduit en français. Parce que le fameux Holy Ghost, le Saint-Esprit, qui vient du vieil anglais, Ghost, qui veut dire l'âme. D'accord, voilà.
- Speaker #3
Et donc le personnage principal, Motoko Kusanagi, femme cyborg, dans un monde totalement connecté, d'un japon fictif mais assez actuel finalement, illustre des activités antiterroristes et de lutte contre une criminalité qui n'a pas de limite. Vu que la technologie permet tout, le crime est également démultiplié. Donc forcément, les forces de police doivent être aussi augmentées, plus féroces, plus... plus létales et plus puissantes. Et donc évidemment s'entremêlent les politiques qui ont des intérêts des fois économiques divergents, les obsessions technologiques et évidemment la volonté de certains acteurs humains de se perdre dans des réseaux artificiels ou des influences aussi qui quelque part arrivent à corrompre en fait leur esprit et leur ghost.
- Speaker #1
Oui, et puis c'est la dualité classique de l'institution ou des forces de l'ordre qui se sentent dépassées par un... par un ennemi qui va plus vite, plus loin.
- Speaker #3
Avec l'histoire aussi, puisqu'on se souvient quand même que la Corée du Sud avait vécu sous dictature militaire jusqu'en 1988. Le Japon lui-même n'était pas non plus un exemple dans la démocratie. Et donc tout ça finalement est une fin logique à la technologie qui doit forcément amener à l'autoritarisme.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Écoutez, merci messieurs, c'était absolument passionnant. Je vous propose maintenant une petite respiration musicale, si vous le voulez bien, directement, évidemment. inspiré par notre sujet du jour. C'est le chant « A Making of Cyborg » écrit, orchestré et interprété par Kenji Kawai. Ah !
- Speaker #1
Ne cherchez pas à changer de station, vous êtes bien sûr, Ucronia. Ucronia, les chroniques du temps latin. « Messieurs, j'aimerais maintenant que nous passions une autre démonstration, et pas de force, professeur, mais plutôt celle du, comment dirais-je, le féminisme cyborg, ça vous parle ? »
- Speaker #2
« Alors... » Il faut voir que ce fameux Major Motoko s'inspire, se nourrit, on va dire, de figures emblématiques des années 60. Je pense à Emma Peel, Clarice Starling ou encore Maria de...
- Speaker #3
Le silence des agneaux.
- Speaker #2
Tout à fait, tout à fait. Et de Thomas Harris. De très grandes femmes donc. Tout à fait. Et de Maria de Métropolis. et pourtant c'est... Cette motoko va inspirer elle-même de nombreuses héroïnes. Je pense à Ava, Megan, Beatrix, Paprika. On verra aussi dans Inception, Lost in Translation de Sofia Coppola. The Great Bill Murray. Et puis une Scarlett Johansson qui n'est pas encore dans son futur rôle.
- Speaker #3
Mais c'est vrai que cette série Chapeau moulant et bottes de cuir avec Emma Peel... présentait quand même des personnages féminins qui avaient une prestance autre que féminine. Ce n'étaient pas des objets sexuels, c'était avant tout presque des armes de guerre pour lutter contre le crime. Et le major Kusanagi, c'est exactement ça. Son corps est adapté à la lutte toute azimuth contre un danger caché, omniprésent et dont la technologie est terrifiante.
- Speaker #1
Elle est une arme et elle est autonome.
- Speaker #3
Elle a une capacité assez extraordinaire. Elle est capable de devenir invisible, ce qui se donne quand même dans l'animé des scènes absolument géniales de combat où elle se bat contre un autre ennemi invisible et se met des coups de pied retournés dans une invisibilité qui se révèle par le fil de l'eau. C'est vraiment magnifique.
- Speaker #2
Vous avez tout à fait raison, professeur. C'est aussi pour essayer de faire comprendre la problématique. de nos sociétés face à ces cyber-hackers, d'eux agir comme un virus. Ils confrontent violemment, mais c'est une sorte d'intrusion, souvent par le feu, et on va appeler ça les pare-feu sur nos ordinateurs, les fameux trojans. Ou cheval de Troie. Ou cheval de Troie, les impulsions de programmes qui sont offensifs. et qui viennent attaquer, harceler, faire presque pulvériser les défenses de nos ordinateurs et de nos systèmes de sécurité.
- Speaker #3
Parce que la réponse évidemment du corps sécuritaire de la société japonaise est terrible. A partir du moment où ils arrivent à intercepter les terroristes, c'est pour les tuer. Et ensuite après ils interrogent leurs cadavres avec des systèmes informatiques, ce qui en est particulièrement glaçant.
- Speaker #2
Oui, alors... Vous parliez de cette notion de cyborg, c'est vraiment ce qu'on va appeler un véhicule d'émancipation féminine. C'est un individu post-moderne, philosophiquement et technologiquement, qui est une sorte de produit d'hybridation organique subversive face aux dérives, je dirais, fameuses l'écoféminisme ésotérique.
- Speaker #3
Alors, pour être tout à fait exact quand même, le corps cybernétique fabriqué... pour Kusanagi, est un corps contrôlé. C'est-à-dire qu'elle n'est pas capable de s'alcooliser, elle n'est incapable de se prendre une cuite, elle a une maîtrise émotionnelle totale sur ce corps, et lorsqu'il est abîmé, lorsqu'elle se prend des balles, lorsqu'il explose, lorsqu'elle perd un bras, ce n'est pas un problème, au final, elle peut le réparer à l'osier et quasiment à de l'hébidome.
- Speaker #2
Oui, on l'emmène au garage. C'est ça. Ce sera la problématique qu'on rencontrera dans l'homme qui vaille 3 milliards, dans Alita. Voilà, du moment que la jonction... Oui,
- Speaker #3
mais quelque part, elle en perd aussi une partie de son humanité, de sa féminité, pour le coup.
- Speaker #2
C'est là où, justement... Et finalement,
- Speaker #3
il y a quand même une création un petit peu hybride d'une certaine forme de troisième sexe.
- Speaker #2
Oui, et peut-être de cette volonté masculine de vouloir faire des corps féminins qu'on pourrait exploiter à outrance, sans fatigue, sans faire les 3-8 de l'exploitation sexuelle féminine.
- Speaker #1
Parce que là, on rappelle qu'elle a bien été créée par un homme.
- Speaker #2
Alors, oui, pas que.
- Speaker #3
C'est pas certain, puisque au final, ça reste une enveloppe qui veut peut-être aussi se présenter de façon un peu acceptable quant au public. Puisque dans l'animé, on voit plusieurs personnages androïdes qui ont une allure terrifiante, mais parce que plus facile pour le service, plus pratique pour l'usage. On ne les habille pas forcément d'une enveloppe corporelle. Le fait de la féminiser, quelque part, l'humanise.
- Speaker #2
Alors, c'est ça. Et c'est pas faux qu'en choisissant une version féminine du robot humanoïde, ça passe mieux.
- Speaker #3
Oui, parce que si elle avait la tête de Frankenstein, je voulais s'imaginer, quand même, sa glace l'un sur l'autre.
- Speaker #1
De la créature de Frankenstein.
- Speaker #3
Oui, c'est souvent confondu.
- Speaker #1
Oui, ben justement, rétablissons la vérité. Tout à fait. Alors, accessoirement, donc, on... On pourrait presque dire que Mamoru Oshii a eu lui une approche sur le destin des technologies comme étant celle de coloniser le corps humain. Et les esprits. Ce serait ça.
- Speaker #3
Et les esprits, parce qu'il s'agit aussi de faire accepter que ces personnages humanoïdes finalement envahissent l'espace.
- Speaker #1
Et auraient donc une volonté autonome.
- Speaker #2
Alors il y a ça, puis il y a le côté aussi peut-être de l'auteur de Mazamoun. d'éclairer ce qu'on va appeler des couples antinomiques, une dichotomie entre le réel et le virtuel. On ne sait plus trop la frontière entre le masculin et le féminin, le réel et le robot. Voilà, on est vraiment sur ce côté prendre conscience que ces réalités ne sont pas si évidentes.
- Speaker #1
Et donc pas que binaire en fait.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #3
Toujours est-il que, et c'est tout l'esprit du film de Ghost in the Shell, qui guide en fait finalement le majeur Kusanagi, c'est son esprit, et son esprit et sa réflexion. Et au final, ça ne reste presque qu'un esprit dématérialisé qui est capable d'analyser, qui est capable de comprendre aussi quelle est l'évolution de son propre être cybernétique au sein de ce monde. Et sa rencontre fatale avec le Puppet Master.
- Speaker #2
Et de toute façon, c'est un cerveau d'être humain. Donc... il sait raisonner.
- Speaker #1
Peu importe en fait.
- Speaker #3
Et encore plus puisque ça reste un cerveau de femme donc forcément plus évolué.
- Speaker #1
Et ça,
- Speaker #2
tout va être dans le contrôle de, est-ce que sachant que physiquement elle n'aurait plus de limites, en tout cas moins que les autres êtres humains, est-ce qu'elle aura cette tentation de dépasser les limites pour arriver à ses fins ?
- Speaker #3
C'est ça, de sortir finalement, de se transhumaniser. Un peu comme l'orgasme féminin peut être aussi sans limite.
- Speaker #2
Oui, on peut être comme un docteur Frankenstein chez Big Brother. On est à une rencontre de Shelley et d'Orwell.
- Speaker #1
Et du coup, c'est là qu'il y a l'ambivalence entre les gentils et les méchants. Les gentils et les méchants comme... C'est connecté au réseau on va dire.
- Speaker #2
C'est quelque chose qu'on retrouve dans la littérature de science-fiction, je dirais comme dans Total Recall. Ou Blade Runner finalement,
- Speaker #3
puisque la conduite de l'enquête va le faire évoluer aussi dans son enquête. Et finalement, la finalité de l'enquête n'est plus la même qu'au départ de l'enquête.
- Speaker #2
Et on se fait attaquer par des robots, mais ne sont-ils pas oppressés ? Et peut-être qu'on nous a caché la vérité. Enfin voilà, c'est toute cette ambivalence autour de tout ça. Et puis il faut aussi rajouter le côté presque libido du corps érotisé. On en parlait pas trop,
- Speaker #1
vous avez émergé le professeur.
- Speaker #3
Oui, mais là où c'est un petit peu décevant quand même dans ce film, il n'y a pas de scène sexualisée. C'est-à-dire que même si les corps peuvent laisser transparaître une influence, au final, la dimension et la réflexion de ces êtres se limitent. aussi à leurs esprits. Et ça reste des dialogues d'esprit à esprit, de ghost à ghost.
- Speaker #2
Oui, oui, oui. Non, mais ça, vous avez tout à fait raison. L'enveloppe n'est pas le sujet. C'est juste un plaisir des yeux en bonus.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
c'est juste un plus. On verra plus tard, chez Mazamoun ou chez Oshii, des volontés d'hypersexualiser dans un objectif d'avoir... plus une approche libidineuse.
- Speaker #3
Et d'ailleurs, comme dans un clair d'œil, le film Matrix au final est beaucoup plus charnel et dans sa dimension techno-futuriste et sexualisée que Ghost in the Shell.
- Speaker #2
Mais comme vous le disiez, le super méchant, le marionnettiste, c'est comme un virus, c'est comme un être vivant. C'est ça. C'est qu'il va chercher à survivre.
- Speaker #3
Si on peut détailler d'ailleurs qu'est-ce que le Puppet Master, ça reste une fabrication d'intelligence artificielle qui a été donc par ses concepteurs plongée en fait dans le réseau internet. Et de cette exploration qui visait simplement à détecter toute possibilité d'action terroriste, il en a développé en fait une intelligence au-delà de l'intelligence. Et donc réellement artificielle. Et du coup, lorsque cette intelligence se rend compte en fait, de sa singularité, il est perdu.
- Speaker #2
Mais c'est quand même un programme et c'est presque ce qu'on va appeler de nos jours l'hyper intelligence artificielle. La Deus Ex Machina. C'est le super niveau 2 de l'intelligence artificielle contemporaine qui va réussir à s'incarner dans un corps où il pourra bouger. pourra se déconnecter du réseau et avec cette volonté de se reproduire et de survivre.
- Speaker #1
Donc là, on pourrait imaginer que ce Ghost in the Shell, en tout cas certains de ces chapitres, servent à mieux montrer le monde futuriste, donc futur pas si lointain, comme le disait le professeur, et là où se déroulent les aventures de la section 9, et peut-être même imaginer ce corps de futur.
- Speaker #3
Avec des reproductions entre êtres de synthèse, et c'est là où c'est déroutant. c'est que Au final, ils se téléchargent les uns les autres.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Je n'ose imaginer.
- Speaker #2
Ah non, mais c'est tout à fait ça. Alors, il y a les auteurs du manga qui cherchaient à sexualiser le corps, à faire des variations autour de la couleur chair. Est-ce que c'est cette surpeau nature qui fait que ça va se transposer après et pouvoir s'invisibiliser ? Mais on est vraiment sur cette... nouvelles formes de vie où on peut être dans le réseau, se télécharger sur un corps et agir comme un être humain ou un être vivant sur la planète.
- Speaker #3
Comme un nouveau monde, bien sûr.
- Speaker #1
Merci messieurs. C'est tout simplement haletant. Mais je dois vous interrompre. Il est temps de prendre une petite respiration et de partir pour un nouveau voyage créatif. Cette fois, c'est avec mes chouchous, avec Feuchatartan et le titre Monde Nouveau.
- Speaker #4
La glace fondait dans l'exprit, c'était à n'y comprendre rien Tout le monde se plaignait en ville, du climat subsaharien On n'avait pas la morale,
- Speaker #0
mais l'on répondait bien A tous les mots, le travail d'esprit du serveur central un monde nouveau on en rêvait tous que savions-nous faire de nos morts mon nouveau
- Speaker #4
Le monde de demain, on le bégayait tous, sans y comprendre rien, à la loi, les nouvelles et les éléments, qui nous foutaient la froute. On se pose, des poils en même temps, la clarté nous pendait ton nez, dans sa vive lumière bleue, nous étions pris, fait cerner, l'évidence était sous nos yeux, comme une publicité, qui nous masquait le ciel. Des millions de pixels pleuvaient sur le serveur central.
- Speaker #0
Un monde nouveau, on en rêvait tous. Mais que savions-nous faire de nos voeux ? Un monde nouveau, on en rêvait tous. Mais que savions-nous faire de nos voeux ? Zéro, attrapez-le tous. Que ça vient de faire de moi ? Presque rien. Presque rien. Presque rien. S'attraper dans les bras, ça vaut du poids. Se prouver dans les bras, s'attraper dans les bras.
- Speaker #1
Ne changez pas de fréquence, vous êtes bien sûr uchronia, l'ichronique du temps latent. Messieurs, nous en étions restés au corps, mais il n'y a pas que le corps dans la vie, professeur. Professeur ?
- Speaker #3
Oui, oui, bien sûr, je suis là. Il y a aussi,
- Speaker #1
et on l'entend juste derrière ma voix, cette inoubliable musique, celle composée par Kenji Kawai.
- Speaker #3
C'est trop kawai.
- Speaker #1
À qui l'on doit. également la musique de Juliette JTM et de
- Speaker #3
Ranma Enmi, bien sûr, fantastique enquêteur de police de poche. Et donc Keiji Ikaway est un guitariste et surtout un compositeur japonais de musique de film, né le 23 avril 1957 à Shinagawa, à Tokyo, bien sûr. Et donc son style est plutôt expérimental et proche. de la musique contemporaine, voire même de la musique électronique contemporaine. Et donc, compositeur de musique de séries télévisées à ses débuts, ça se trouve, il utilisait des ondes martinaux. Il est surtout connu pour l'atmosphère glaçante et hypnotique qui se dégage de sa musique comme les cérémonies Shinto. Évidemment, pour sa collaboration avec le réalisateur Mamoru Oshii. Il utilise aussi des percussions de tous les coins du monde, du djembé jamaïcain en passant par les
- Speaker #2
Taïko !
- Speaker #3
des cérémonies Shinto bien sûr.
- Speaker #2
Tellement impressionnant.
- Speaker #3
Donc on pensera à 86, donc Juliette je t'aime, 87, The Red Spectacles, 1989, Ranma 1,5, Patlabor, un film de Mekar.
- Speaker #2
C'est la deuxième collaboration avec Oshii, c'est vrai.
- Speaker #3
Puis Stray Dogs en 91 et 92, Talking Heads, qui est le manga et pas le groupe bien sûr.
- Speaker #2
Oui, oui. Il va aussi enchaîner avec, je pense, à Blue Seed, à Valon. Il fera énormément de jeux vidéo pour Sega, Konami. Et puis, il va avoir un immense succès parce qu'en plus de Ghost in the Shell, les musiques seront sur les Game Boy Advance. Et puis, on le retrouve aussi dans les films plus récents. Je pense à Ring et puis Ip Man ou Detective D. Donc, des collaborations aussi avec les Chinois.
- Speaker #3
Et de Hong Kong, bien sûr, puisque ça reste pas tout à fait la même Chine en termes de production visuelle.
- Speaker #2
Ouais, mais là, on arrive quand même en plus en inner city.
- Speaker #1
Le générique de fin, c'est le troisième champ, c'est ça ?
- Speaker #2
Alors, c'est ça. On est plus dans une approche de réincarnation, une version japonaise. C'est une sorte de trilogie qui doit relier thématiquement le film. Et donc... Voilà, Oshii avait demandé à Kawai de vraiment faire un thème principal. On pourrait trouver... Alors, il y a des chanteuses qui sont des japonaises. Je pense à Akatsumi Nishida, Taiko Shirai, Yoshiko Ito. Et normalement, elles travaillaient toutes dans la chanson folklorique japonaise. Et puis, j'aurais tendance à dire qu'il y a eu une inspiration des... le mystère des voix bulgares, quelque chose qui se développe en 1973 et qui aura un énorme succès partout dans le monde. Y compris au Japon, bien sûr. Y compris au Japon.
- Speaker #3
Puisqu'elles n'ont pas tout à fait une façon très shintoïste de chanter. Le fait de chercher la longueur et puis finalement de ne pas séquencer leur voix et de laisser traîner le son.
- Speaker #2
Tout à fait. D'autant qu'elles sont plutôt orthodoxes que shintoïstes. mais...
- Speaker #3
Je parle pas des bulgares, je parle des japonaises qui chantent. Oui, oui,
- Speaker #2
oui.
- Speaker #3
Ne mélangeons pas les Yeowords, s'il vous plaît.
- Speaker #2
Oshii avait essayé de recruter Massive Attack pour la bande originale. Et puis c'est le PDG qui disait, travailler pour un manga c'est un peu ringard. Donc voilà, on aura plus une distribution avec l'éditeur, je pense à Highland Record, qui avait été racheté ensuite par Polygram. Et c'est tout ça qui va faire que, outre la diffusion de l'animé, la musique va vraiment être achetée à l'époque. C'est vraiment la massification du CD. Et tout le monde va commencer à s'acheter cette bande originale.
- Speaker #1
Mais elle est splendide. C'est aussi parce qu'elle est splendide.
- Speaker #2
Elle est magique, oui, tout à fait.
- Speaker #3
On voit bien la différence, d'ailleurs, avec un film comme Johnny Mnemonic, dans la... La musique est quasiment totalement absente, parce qu'il y a un côté aussi technologique, le film est tombé dans l'oubli.
- Speaker #1
Oui, malheureusement. Et bien écoutez, après toutes ces émotions, encore une fois, je vous propose un petit interlude avec Mojo et le titre Lady.
- Speaker #5
I just feel like I won't get you out of my mind I feel love for the first time And I know that it's true I can tell by the look in your eyes
- Speaker #0
Ne cherchez pas à changer de radio, vous êtes bien sûr Ukronia. Ukronia, les chroniques du temps l'attend. Alors professeur, là c'est la partie qui vous concerne, celle que nous appelons entre nous le cultomatique et pourquoi. Donc, rangez-vous ce film, Ghost in the Shell, sous cette prestigieuse étiquette.
- Speaker #1
D'histoires de fantômes japonais en référence évidemment aux différentes histoires de fantômes chinois de la culture hongkongaise, bien Comment faire dans un monde où se multiplient les jeunes qui s'isolent devant leurs smartphones, leurs tablettes, leurs consoles, leurs télés, leurs Game Boy ? Des exclus, des reclus qui restent chez eux pour éviter d'affronter le monde extérieur qui les terrifie parce qu'ils ne le connaissent pas. Un réseau numérique mondial. Manipulation politique, guerre d'intérêt, conscience de l'intelligence artificielle, ils sont perdus, ces petits bouts de chou.
- Speaker #2
Vous avez tout à fait raison professeur, c'est vrai que C'est peut-être le drame de notre époque. Et ces auteurs ont cherché à nous alerter.
- Speaker #1
Alors, 95, c'était il y a 30 ans.
- Speaker #2
Non, mais vous avez tout à fait raison. Mais justement...
- Speaker #1
Et la problématique est exactement la même.
- Speaker #2
Aujourd'hui, les jeunes préfèrent converser avec une IA qu'avec leurs semblables qui peuvent les critiquer, les blâmer. Alors que l'IA sera toujours polie, consensuelle.
- Speaker #1
Spike Jonze avait fait un film qui s'appelait Heur. dont le héros principal tombait amoureux de son IA conversationnel.
- Speaker #2
Et je pense que c'est tout ça, c'est face à cette déception et incrédulité de la réalité, au moins Ghost in Just Shell, il faut bien imaginer que la VHS, la cassette VHS, va diffuser mondialement ce dessin animé.
- Speaker #0
Numéro 1 des ventes en Angleterre. Aux USA ?
- Speaker #2
Oui. Et donc, voilà, c'est une... Dans l'histoire de la commercialisation de l'animation japonaise en Occident, Ghost in the Shell est vraiment une pierre angulaire. Et c'est là que je pense que toute l'équipe de Hoshi et les producteurs savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Un vrai flair, quand même. Voilà. Ils allaient vraiment sur quelque chose qui va défrayer la chronique. de la japanimation.
- Speaker #1
Alors, évidemment, Akira avait quand même défriché un petit peu la zone. Il faut quand même le signaler. C'est-à-dire qu'en gros, on ne destine plus que les animés qu'aux enfants. Et il s'agit aussi de s'adresser aux adultes.
- Speaker #2
C'est l'erreur des adultes d'avoir laissé regarder Akira aux enfants.
- Speaker #1
ils ont pas fait deux fois la même erreur c'est d'ouvrir quelque part ce modus operandi de capacité de créer un imaginaire visuel qui est impossible à filmer en fait à l'époque avec les moyens technologiques
- Speaker #2
de 1995 vous voyez si on fait une comparaison les américains ils développaient les GI Joe et puis il y avait Mask qui faisait un peu comme des Transformers Et les Transformers, on ne les voit pas trop à l'époque en dessin animé. Et par contre, les Japonais vont proposer avec les mechas Patlabor, bon ben là, tous les jeunes garçons vont devenir complètement cinglés.
- Speaker #1
Alors l'esprit du mecha, ce sont des pilotes qui habitent un robot et qui manipulent un robot géant qui fait plusieurs vingtaines de mètres de haut pour affronter d'ailleurs des espèces de monstres venus de l'espace de la taille des monstres marins japonais de type Godzilla ou autre.
- Speaker #2
Et donc on n'était plus que sur le phénomène exceptionnel de Goldorak Mais là ça se répliquait à tout le monde Et puis pour les filles ça va être la fameuse Lamu Et là toutes les filles vont trouver ça génial Moi la première Donc il y a toute une génération qui va se tomber en amour de la japanimation En fait là on est en plein mélange,
- Speaker #0
on est bien d'accord Et donc ce mélange de signes culturels, générationnels, situationnels dans ce cadre. Ça veut dire quoi, professeur ? Vous qui avez toujours une idée sur tout. Qu'est-ce que représente ce mélange ?
- Speaker #1
Ce mélange ? C'est certainement très sale, mais bien sûr.
- Speaker #0
Je l'attendais, celle-là.
- Speaker #1
Les encruels et terrifiants. Mais c'est surtout qu'on compare un film comme Robocop, qui finalement a assez mal vieilli, le premier film de Verhoeven, où finalement on veut mettre de la technologie, mélanger de la cybernétique, retransformer un être mort. Et puis, on regarde ça quelques années après, et on se dit, mince, ça a pris quand même un coup de vieux, cette histoire. Alors que là, finalement, l'animé garde sa vitalité, la musique... qui est exceptionnelle, il y a une dynamique, il y a des séquences rapides, et puis tout est autorisé sur un plan visuel.
- Speaker #2
Mais vous voyez, je fais l'analogie finale avec Robocop. Quand même, le dessin animé de Ghost in the Shell, on commence tout de suite sur le toit, et ensuite on va comprendre que c'était un cerveau qu'on protège dans un corps cybernétique robotique. Alors que le film de 2017, lui, il va inverser ça. Il va essayer de clarifier, d'infantiliser, d'expliciter que tout de suite, il y a eu un attentat et que le major, il n'y a plus que le cerveau disponible. Et on va en faire quelque chose de robotique. Et après, on arrive sur la scène sur le toit. Alors que l'équipe de Robocop, j'en reviens à ça, les scénaristes étaient vraiment exceptionnels. Et ils pensaient qu'il ne fallait pas dévoiler le robot tout de suite, sinon ça va frustrer le spectateur. Et donc... Dans Robocop, on ne le voit que par bribes, dans le miroir, dans une fenêtre. Ce n'est pas qu'on le voit,
- Speaker #1
c'est-à-dire qu'on a le regard du policier pendant sa transformation.
- Speaker #2
Exactement, mais même jusqu'à son arrivée dans le commissariat, on ne le voit que partiellement. Et c'est qu'au bout d'un moment qu'on le voit en entier, de plein pied, et Ausha voulu faire la même chose dans le dessin animé, ce qui fait qu'il y a plus de punch, il y a plus d'impact. que dans le film de 2017.
- Speaker #1
Parce que finalement, Robocop, c'est la première POV, la première personne, First View Player. Et évidemment, c'est glaçant.
- Speaker #0
Absolument terrifiant, vous voulez dire. Écoutez, messieurs, je vous remercie beaucoup pour ces échanges absolument intelligents et évidemment éclairants. En tout cas, ça m'a donné envie de revoir le film. Merci, cher professeur Michael Loughlin. Mais de vous en prie, c'était un plaisir. Pour votre... pointu éclairage. Merci encore, docteur Willis, pour votre participation.
- Speaker #2
Je vous en prie, merci beaucoup pour votre invitation.
- Speaker #0
Merci à notre metteur en ondes, comme d'habitude, Frankito Delwood. Et puis, pour conclure, chères auditrices et chers auditeurs, place maintenant à la magie d'Actu Cronia. Alors, plein de choses. Il y a un truc qui est sorti hier, il fallait absolument que je vous en parle. C'est le livre de Laurent Alexandre et Alexandre Tsikopoulos, gelé sous les yeux, ça s'appelle Vivre. 1000 ans, 2 points, quand l'IA règne et la mort recule, rêve ou cauchemar, c'est aux éditions Buchet HHL, c'est ça, hein ? Donc sorti en 2026, à lire absolument. Et puis, outre le fait de revoir le film sous toutes ses versions, la VHS, le laser disque, le DVD, le Blu-ray aux versions 4K, dont celle du 30ème anniversaire. Oui, professeur, vous aviez raison, 30 ans. Sachez que ce film est en 4K ce qu'on appelle un démonstrateur. La définition est telle qu'on peut lire ce qui est écrit sur les panneaux dans les scènes d'arrière-plan. Absolument fabuleux. Alors surtout lisez le manga sorti chez Glénat, deux tomes en 1996. Une perfect edition qui est sortie elle en 2017. Le roman de William Gibson, chaudement recommandé par notre metteur en onde. 1984, le neuromancien chez Au Diable Vauvert. Il est sorti en octobre 2020. Le livre d'Osamu Tezuka, bien sûr, les leçons particulières d'Osamu Tezuka chez les éditions Piquier, qui lui est sorti en 2021. Les étagères des livres sont pleines d'ouvrages sur les robots, sur l'intelligence artificielle et sur des propositions de scénarios en veux-tu, en voilà, donc quelques clés de lecture. Judith Butler, On the Discursive Limits of Sex, ça doit intéresser les professeurs. « Routelage New York, 1993 » « À lire absolument le livre de Frédéric Clément, un doctorant de Montréal » « Machine désirée, la représentation du féminin dans les films d'animation » « Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, sorti chez L'Armatan en 2011 » « Évidemment, c'est un de nos chouchous » « Le livre d'Emmanuel Quinz aussi » « Ou Quinze, je ne sais pas comment on prononce » Le comportement des choses, aux presses du réel, sorti en 2021, construit comme une enquête à plusieurs voix. Il révèle le potentiel de suggestions fictionnelles et philosophiques de l'animation des choses. Donna Haraway manifeste cyborgs et autres essais. Science-fiction féminissime, Paris. Ah oui, c'est chez Exil 2007. Une première édition date de 1985, mais il y a eu une refonte en 1991. L'autrice est scannée par Bruno Latour. tour, les jeunes, ils comprendront ce que je vais dire. Nicolas Nixon, Cyberpunk, Preparing the Ground for Revolution or Keeping the Boys Satisfied. Aussi pour le professeur dans Science Fiction Studio, c'est le volume 19, numéro 2, sorti en juillet 92. Et nous vous invitons évidemment à voir ou revoir toutes ces oeuvres qui ont bercé la jeune enfance, la tendre adolescence du professeur et qui magnifient les thématiques fusionné dans Gears, un Astro Boy bien sûr, le premier animé à la télévision en 1963, oui oui, le professeur était né Blade Runner de Ridley Scott en 1982 Robocop de Paul Verhoeven en 1987 Alita Battle Angel de préférence de Robert Rodriguez qui est sorti en 2019 et rappelez-vous, chers auditeurs chers auditrices, on n'est pas forcément l'image que vous percevez de nous Mesdames, Messieurs, c'est le moment de nous quitter hélas, mais j'ai hâte de vous retrouver pour un prochain épisode D'Ukronia en attendant, vous pouvez nous écrire à l'adresse ukronia1984.gmail.com. Retrouvez-nous en podcast sur toutes les plateformes et en particulier sur Ausha et sur le site de Radio Campus. Et pour les prochains épisodes en FM sur le 92.2, sur le DAB+, sur tous les postes modernes en direct live sur le site www.radiodijoncampus.com. Ukronia, les chroniques du temps l'attend.
- Speaker #3
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