- Théophane Leroux
Tout d'un coup, du jour au lendemain, j'étais derrière un ordi, derrière un écran à gérer des ails et des coups de fil. Et puis je passais à juste devoir tirer le bois qui avait été taillé auparavant pour le mettre au sol et le faire broyer après par un tracteur. Donc quelque chose de très physique, très simple et puis de pas du tout prenant intellectuellement. Enfin, tirer sur une branche de bois, c'est tirer sur une branche de bois. Mais j'avais un peu ce sentiment de joie, c'est comme si je partais pour des très très grandes vacances.
- Anne-Françoise
Bonjour, je m'appelle Anne-Françoise et vous écoutez Un beau jour, le podcast qui donne la parole à des croyants dont la vie et la foi ont été changées à jamais par un événement imprévu. Et dans cet épisode, je reçois Théophane Leroux. Journaliste, puis ouvrier viticole, puis à nouveau journaliste, Théophan est passé par les illusions et les désillusions de la reconversion professionnelle. Un parcours inspirant qu'il raconte dans son livre « Ce temps où nous mourrons de ne pas vivre » qu'il vient de publier aux éditions Plon. Il y parle de rapports au travail, à l'argent, au temps, à la terre, aux autres et à Dieu, d'open space parisien et de grand air angevin, autant de thèmes que nous allons aborder ensemble. Bonjour Théophane.
- Théophane Leroux
Bonjour Anne-Françoise.
- Anne-Françoise
Alors pour commencer, peux-tu nous présenter l'objet symbolique que tu as apporté ?
- Théophane Leroux
Alors j'ai apporté un objet que j'ai toujours sur moi qui est un petit couteau de poche avec un tire-bouchon. Et j'ai choisi cet objet pour trois raisons. La première c'est que c'est formellement interdit aujourd'hui d'avoir un petit couteau dans sa poche alors que c'est un couteau. plutôt que ridiculement petit. Donc je me suis dit que c'était un côté un peu punk, qui serait... J'ai toujours un petit couteau sur moi, et c'est un côté un peu rebelle, donc j'en suis très très fier, évidemment. La deuxième raison, c'est qu'avoir un couteau sur soi, pour moi, c'est évidemment pas pour attaquer des gens, ou quoi que ce soit, mais c'est pour être un peu prêt à toutes les éventualités, donc que ce soit de découper un saucisson, ou de couper une corde, ou de déboucher une bouteille, Il y a toujours... des choses à faire avec un petit couteau. Et puis la troisième raison, c'est que comme tous les couteaux, il a une lame. Comme tu le sais, il est dit dans l'écriture que la parole de Dieu est comme une lame tranchante. Je me suis dit que c'était un bon symbole aussi d'avoir un petit couteau sur soi.
- Anne-Françoise
Tu viens de sortir un livre au titre un peu énigmatique, ce temps où nous mourons de ne pas vivre. Qu'est-ce que tu veux dire par ce titre ? Pourquoi tu l'as appelé comme ça, ce livre ?
- Théophane Leroux
Alors, en fait, ce temps où nous mourons de ne pas vivre, c'est une phrase, une citation que j'ai volée au poète Christian Bobin, dans un de ses livres, dont je ne me souviens pas le titre, où il parlait du présent, ce temps où nous mourons de ne pas vivre. Et ça m'a beaucoup frappé comme phrase parce que, comment dire, j'ai vraiment le sentiment que, peut-être particulièrement aujourd'hui, mais ça a toujours été le cas, Donc, passe un peu notre vie à nous projeter dans l'avenir, à nous projeter dans le passé, à ruminer le passé, à être sur nos téléphones, à regarder des diffusions soi-disant en temps réel, etc. Et en fait, on n'est jamais vraiment présent à ce qu'on fait. Et on voit bien que la question de la présence, la question de l'attention qui est, comme disait Simone Veil, finalement peut-être une forme de prière, l'attention à l'autre, l'attention aux autres est extrêmement essentielle aujourd'hui. Donc voilà, j'avais envie de... de marquer le coup et de traduire un peu ce sentiment que beaucoup de gens connaissent aujourd'hui, de passer un peu à côté de leur vie ?
- Anne-Françoise
Ce livre, c'est un livre qui parle du travail. On va revenir un petit peu sur ton parcours. Qu'est-ce qui t'a amené à démissionner d'un CDI comme journaliste dans la presse chrétienne, un métier qui semble avoir du sens, pour devenir ouvrier viticole ?
- Théophane Leroux
Alors évidemment, c'est le fruit d'une longue réflexion. Enfin, moi, je ne suis pas du style à claquer la porte du jour au lendemain d'un métier ou d'un emploi. assez vite dans mon parcours scolaire et étudiantin, j'ai J'ai très vite compris que le travail était pour moi quelque chose, non pas de secondaire, mais qui ne devait pas prendre toute la place. Et en fait, dans mes premières années de travail, il a pris beaucoup trop de place. J'ai travaillé à la famille chrétienne, mais ce n'est pas là où j'ai fait un espèce de presque burn-out. J'ai eu des périodes plus ou moins compliquées, j'ai eu des très belles choses. et puis... J'étais arrivé à un moment où j'étais à Paris, dans un poste qui me plaisait, mais je n'avais pas envie de vivre à Paris. Je courais un peu tout le temps, je n'arrivais pas à me retrouver, je n'arrivais pas à fortifier ma vie intérieure. Je m'essoufflais un peu et donc j'ai ressenti un peu le besoin à l'époque de prendre un an de congé sabbatique pour aller au Grand Air, pour tester autre chose, pour tester... le travail de la terre, de mes mains, puisque j'ai toujours travaillé dans des bureaux avant, voir un peu ce que je valais et essayer d'aller voir ailleurs si par hasard j'y étais.
- Anne-Françoise
Et comment tu avais choisi la vigne comme reconversion ?
- Théophane Leroux
D'une part, j'avais envie de faire un travail manuel et assez vite, j'ai eu envie de faire un travail à l'extérieur. Ça aurait pu être globalement dans l'agriculture ou la sylviculture. et dans le même temps j'ai plusieurs amis qui avaient déjà franchi ce pas, sauté ce pas. Et je m'étais dit, en fait, ça avait l'air sympa, c'était plaisant. Ils gagnaient leur vie de façon assez correcte. Il y avait cet attrait de la vigne aussi, qui est une plante assez étonnante, qui produit du vin. Alors dit comme ça, évidemment, ça semble enfoncer une porte ouverte. Mais le vin, ce n'est pas n'importe quel produit. Ce n'est pas la fabrication de... J'ai mis le respect pour les personnes qui fabriquent des patates. Mais voilà, le vin, il y a quelque chose d'un peu prestigieux. Et puis, il se trouve qu'en plus, l'un de ses amis qui travaillait dans les vignes m'avait proposé à un moment de venir les rejoindre pour une saison. Donc, c'est naturellement, j'ai franchi le pas. J'ai franchi l'étape.
- Anne-Françoise
Et donc, qu'est-ce que tu as ressenti le premier jour de ton travail dans la vigne au Grand Air ? Les mains dans la terre aussi.
- Théophane Leroux
Le premier jour, c'était une journée un peu brumeuse de février 2022. J'étais un peu stressé parce que j'habitais un peu loin de là où je travaillais. Je ne savais pas si j'arrivais bien à l'heure ou pas. Et il y a eu vraiment un côté... J'avais l'impression de partir un peu pour des grandes vacances, en fait. D'arriver dans un travail où, tout d'un coup, du jour au lendemain, on... J'étais derrière un ordi, derrière un écran, à gérer des mêles et des coups de fil. Et puis je passais à juste devoir tirer le bois qui avait été taillé auparavant pour le mettre au sol et le faire broyer après par un tracteur. Donc quelque chose de très physique, très simple, et puis de pas du tout prenant intellectuellement. Enfin, tirer sur une branche de bois, c'est tirer sur une branche de bois. Je me souviens d'être revenu avec des courbatures pas possibles à la fin de la journée. Il n'y avait plus de la chaudière de l'endroit où je logeais. J'avais lâché, donc je n'ai pas eu le droit de prendre une bonne douche chaude. Mais j'avais un peu ce sentiment de joie. C'est comme si je partais pour des très grandes vacances.
- Anne-Françoise
Et donc, qu'est-ce qui finalement a correspondu à tes attentes dans ce métier ? Et qu'est-ce qui, au contraire, t'a surpris, voire peut-être déçu ?
- Théophane Leroux
Alors, tout et rien. c'est à dire que Il y avait une certaine forme d'idéalisation, évidemment. Quand on ne connaît pas quelque chose, on a toujours tendance à l'idéaliser. Mais dans le même temps, j'y allais quand même avec un certain recul, dès le départ, je pense. Maintenant, c'est vrai que je pense qu'on peut un peu s'illusionner sur la reconversion, le travail manuel, se dire « Oh là là, c'est merveilleux, un vigneron, la moitié de l'année, il est dehors en train de caresser les feuilles toutes vertes. » de ses vignes et l'autre moitié de l'année, il est dans son chais antique, en train de boire des vins dans du tonneau et tout. Et bon, la réalité est quand même plus prosaïque. Un vigneron, ça reste quelqu'un qui doit vendre des vins. Les vins vieillissent le plus souvent quand même dans des cuves en inox. On passe plus le tracteur que le cheval dans les vignes. Il y a aussi une... Une logique économique qui est bien normale, mais qui fait que ce n'est pas forcément toujours bien vu d'être un peu contemplatif, comme c'est mon cas dans les vignes. Donc voilà, moi, ce qui m'a un peu peut-être déçu, c'est ce côté de la... cette mainmise un peu de la technique sur la nature. Tous ces problèmes qui sont liés aussi à l'écologie dans les vignes, c'est quand même assez flagrant. Après, ça a été une belle expérience aussi parce que j'ai appris des tas de choses sur moi. Déjà, je sais aujourd'hui comment fonctionne une vigne et comment on fait du vin, ce que je ne savais pas du tout avant. Donc, je connais le processus de fabrication du vin de A jusqu'à Z. Je sais exactement comment et quand il faut tailler une vigne, comment et quand il faut y bourgeonner, pourquoi il y a des bonnes pratiques et d'autres qui sont moins bonnes. Il y a un ancrage dans le réel qui est plus présent. et puis... La simplicité de ce travail manuel a permis d'avoir des grands moments très méditatifs qui m'ont permis de fortifier un peu ma vie intérieure. De ce point de vue-là, il y a vraiment un avant et un après mes trois ans de vigne.
- Anne-Françoise
On va revenir sur cet avant-après. Qu'est-ce que la vigne t'a appris ? Tu disais qu'il y a tout ce savoir-faire. Est-ce qu'il y a d'autres choses, des enseignements que tu as reçus ?
- Théophane Leroux
Il y a plusieurs choses. J'ai reçu tellement d'enseignements que j'ai fini par en écrire un bouquin. Là, comme ça, il y a plusieurs choses. La première, c'est peut-être le sens de mes limites physiques. Parce qu'assez vite aussi, on ne s'improvise pas. Ouvrir des viticoles comme ça, c'est un métier qui est exigeant physiquement. Qu'on soit plié sur son cèpe de vigne, en train de tailler. en plein hiver, par vent froid, qui fait moins 2, et qu'en fait, on ne sent plus ses doigts, ou à l'inverse, quand il fait 40 degrés, dès le mois de mai, et qu'on est en train de crever de chaud, et qu'il n'y a pas un brin d'ombre, forcément, puisqu'on est dans les vignes, c'est rude. Et puis, il y a un rythme à tenir. Le corps s'habitue, parfois, parfois non. Et en fait, j'ai été assez confronté, assez vite, quand même, à mes limites. Au bout de deux mois, j'avais tellement mal au dos que je me suis dit « Ok, je ne vais jamais pouvoir tenir plus encore. » Et puis finalement, je me suis fait mettre une ceinture lombaire qui m'avait permis d'aller un peu plus loin. Mais c'est assez étonnant. J'étais un peu persuadé qu'en quittant Paris et un boulot derrière les écrans, j'allais tout aller s'arranger dans ma vie. En fait, je me suis rendu compte que globalement, j'avais à peu près les mêmes problèmes qu'avant. Je perdais autant de temps sur mon téléphone. J'avais toujours un peu du mal à... j'ai un côté un peu ourche donc j'avais un peu de mal à aller vers les autres aussi et c'était pas dû à mon travail de journaliste il y avait toutes ces choses-là qui finalement n'avaient pas été réglées avant les pères du désert disaient que si on n'avait pas combattu ces tentations dans le monde ça ne servait à rien de partir au monastère ou au désert parce qu'en fait on retrouverait les tentations en pire ça c'est quelque chose que j'ai expérimenté donc c'était un apprentissage et puis Et... Et puis voilà, tant d'autres choses.
- Anne-Françoise
C'est un itinéraire dont, comme tu disais, tu tires un livre qui est truffé de réflexions, de citations, qui est très bien écrit. Tu parles d'abord du sens du travail, c'est peut-être ça le nerf de la guerre. Qu'est-ce que tu en dis aujourd'hui ?
- Théophane Leroux
Je n'ai pas de réponse à la grande question de savoir est-ce qu'il faut que notre travail ait du sens ? Est-ce qu'on doit s'épanouir absolument au travail ? fin. Je ne suis pas sûr qu'un travail doit être forcément épanouissant. La question du sens au travail, c'est assez... En fait, c'est très complexe parce qu'on sent bien que parfois, il y a des métiers qui ont du sens et pourtant, les gens, ils font des burn-out, ils s'épuisent ou le quittent. Il y a évidemment la question de l'ambiance dans laquelle on travaille. Est-ce qu'on est dans un environnement de travail bienveillant ou pas ? Est-ce qu'on est... pressé par le temps pour produire absolument ou au contraire on a le temps de faire du beau travail comme le dit Bouilloux dans un de ses livres c'est cet ensemble là et ce qui est vrai c'est que moi j'ai pas résolu cette question pour moi aujourd'hui du sens du travail aujourd'hui je suis un peu journaliste indépendant donc j'ai quitté les vignes je bosse pour la communication d'un diocèse dans l'ouest de la France Peut-être que Théophan, il y a 5 ans, aurait dit « Ah, mais ce Théophan-là, il a un travail qui n'a pas de sens. » Alors qu'en fait, aujourd'hui, je m'y retrouve quand même à peu près et je ne suis plus dans les vignes. Et pourtant, j'aimerais bien travailler dehors. Donc, c'est peut-être aussi... Je ne sais pas si on peut dire « Ah oui, ça, ça a du sens et ça, ça n'en a pas. » Peut-être que c'est aussi en fonction de chaque personne et de ce qui est bon pour moi. Trouver du sens à son travail, c'est peut-être d'abord trouver du... J'allais dire son sens à soi, sa direction à soi.
- Anne-Françoise
On peut être heureux alors au travail, selon toi ?
- Théophane Leroux
Ah, ça c'est une bonne question, parce que ça dépend aussi... C'est une vraie question. Je sais que j'avais été frappé par la figure de l'écrivain anglais Hilaire Belloc, qui détestait absolument le travail, mais bon, comme tout le monde, il devait bien travailler pour gagner sa croûte. Et c'est vrai que parfois, moi je me dis, je serais très heureux si je pouvais ne pas travailler, en tout cas ne pas travailler de façon à avoir un objectif de résultat derrière. c'est à dire que J'aimerais écrire juste des articles pour le plaisir, j'aimerais faire des interviews juste pour le plaisir de rencontrer des gens. Mais dès qu'il s'agit d'être un peu contraint par un objectif de rentabilité, ça m'ennuie profondément. Aujourd'hui, je ne suis pas malheureux dans ce que je fais, dans mes activités. J'aime bien, je rencontre des gens, c'est sympa. Mais c'est une vraie question de savoir si... Si demain, il y avait une baguette magique qui m'était donnée et que je pouvais faire ce que je veux, est-ce que je choisirais d'avoir le travail de mes rêves ou est-ce que je choisirais de faire mille autres choses que de travailler ? Je penserais quand même pour la deuxième option, mais je suis sûr de ne pas m'ennuyer. En plus, c'est ça qui est génial.
- Anne-Françoise
Comment on fait pour empêcher que le travail devienne un asservissement ? Et je dirais qu'il y a la question de la liberté derrière aussi qui est importante pour toi.
- Théophane Leroux
La question de la liberté du travail, on voit bien, moi je vous en ai croisé, on croise tous des gens qui bossent comme des dingues, et en fait le travail ressemble plus à une compensation, à une drogue, à une façon de se prouver quelque chose, qu'à quelque chose de vraiment apaisant, de vraiment joyeux. La question est peut-être de savoir qu'est-ce qu'on fait du travail, est-ce que le travail est aussi par exemple une forme de prière ? On dit souvent que la devise des moines bénédictins, c'est « hora et labora » . En fait, la devise, c'est plutôt « labora est hora » , c'est-à-dire que le travail est une prière, devrait être une prière. Toute la vie devrait être une prière. Donc, effectivement, peut-être que si le travail n'est qu'un moment séparé du reste de la vie, c'est peut-être pas très sain. Et peut-être qu'il peut y avoir, effectivement, un risque de tomber dans un certain asservissement. En tout cas, moi, c'est vrai qu'aujourd'hui... J'essaie d'être un peu vigilant. J'ai un peu une tendance à vouloir en faire toujours un peu plus, à vouloir travailler, à vouloir répondre à toutes les propositions d'articles qu'on me fait, à écrire tous les livres qui me passent par la tête, etc. Et en fait, je suis obligé de me réfréner parce que j'aurais tendance à vouloir me prouver en permanence que je veux travailler, que je peux travailler, que je peux être comme les autres, que je peux être un bon élève. Je ne suis pas sûr que ça soit très intelligent comme idée.
- Anne-Françoise
Le livre est... Il se déroule un peu comme un journal intime rédigé au fil des mois. D'abord de la première année sabbatique dans les vignes et puis après tout sur la suite. Comment est-ce que ton rapport au temps a changé dans les trois ans ?
- Théophane Leroux
Le rapport au temps, là aussi, c'est un problème que tout le monde partage aujourd'hui. Comme tout le monde, j'ai toujours l'impression de courir, de ne pas avoir assez de temps pour faire ce que je veux faire. Et le temps passe vite. Et en même temps, j'arrive toujours à trouver du temps pour regarder mon téléphone ou mon ordinateur. mardi, donc on a un vrai problème avec ça. Mon rapport au temps a évolué parce que, déjà, la vigne, c'est quand même une école du temps long. En fait, une saison, ça dure un an. Quand on commence à tailler un cèpe de vigne, on ne sait pas ce qu'il va donner dans un an, au moment de la vendange, enfin dans huit mois après la vendange. Et donc déjà, en fait, rien que par rapport à nos objectifs d'habitude, dans la plupart des métiers... On a des objectifs à une semaine, deux semaines, trois mois, deux mois. En fait, un an déjà, c'est énorme. Un vigneron, c'est quelqu'un qui peut faire 40... Allez, s'il a une grande carrière, 45 vendanges, 45 récoltes. Il n'a pas 46 ou 48... Il n'y en a qu'une par an pour tester des trucs. Donc, il y a quelque chose de très vertigineux. À chaque année, s'il fait un choix qui est mauvais, ça peut impacter énormément sa vie quotidienne. Donc, il a ce choix du temps long. Et puis même... Le fait de planter tel ou tel cépage, aujourd'hui les gens qui plantent, c'est un cépage qui va être productif dans 5 ans, à peu près, dans 3 à 5 ans en fonction, et qui va produire pendant 25, 30, 40, 100 ans pour les plus vieux pieds. Donc en fait c'est vertigineux aussi, c'est-à-dire que c'est comme planter un arbre. En général c'est le grand-père qui plante pour que le petit enfant puisse en profiter. Là la vie c'est pareil. Aujourd'hui on dit qu'il y a une demande de vin blanc qui est supérieure aux demandes de vin rouge, il n'y a pas assez de vin blanc, et donc les gens qui plantent du vin blanc... Aujourd'hui, est-ce que dans 30 ans le marché sera le même ? On n'en sait rien en fait. Donc c'est des choix assez étonnants, c'est un rapport qui n'est pas le même. Et puis dans la vie quotidienne, c'est vrai qu'avoir un quotidien moins chargé en mail, moins chargé en appel, moins numérique, ça... Aide aussi à être pleinement présent dans le temps présent. Et alors, pas forcément toujours, parce qu'en fait, on s'aperçoit bien vite que c'est pas parce qu'on est ouvrier viticole qu'on n'a pas envie de regarder son portable et qu'en fait, chaque pause peut être utilisée, si chaque pause est utilisée pour regarder son portable et qu'entre les deux, on écoute des podcasts, on a le même rapport autant qu'un employé de bureau. Donc, oui, peut-être un... J'apprécie de plus en plus, c'est déjà un peu le cas, mais j'apprécie de plus en plus la lenteur, le fait de pouvoir prendre son temps, de pouvoir prendre son temps de manger, de savourer quelque chose, de pouvoir prendre le temps de bien faire quelque chose. Je me suis vraiment, je le savais déjà, mais dans les vignes, pour moi, ça a été aussi l'apprentissage qu'un bon travail demande vraiment du temps, de l'attention, et que ça ne peut pas se faire par-dessus la jambe, et qu'en fait... Je crois que si on nous empêche de faire du bon travail dans nos vies, dans nos métiers, je crois qu'il faut s'extraire pour faire le bon travail qu'on a envie de faire.
- Anne-Françoise
En fait, il y a une question que j'ai en tête en t'écoutant. Je trouve que tu parles assez peu de plaisir, même dans ton livre. Est-ce que le travail ne pourrait pas juste être un plaisir ?
- Théophane Leroux
C'est sans doute le cas pour beaucoup de gens. Je suis absolument navré, mais pour moi, le travail n'est vraiment pas un plaisir. Et même l'écriture, qui est une tâche qui est extrêmement importante pour moi, qui me plaît, qui est, je trouve, très gratifiante et je la trouve très exigeante. C'est un plaisir qui fait mal. Je ne sais pas si c'est très sain. Mais non, je prends du plaisir à faire de l'aquarelle. Je prends du plaisir à tailler les rosiers dans mon jardin. Je prends du plaisir à contempler un paysage. Je ne considère pas ça comme un travail, ce n'est pas productif, ça n'apporte rien, ça crée de la dette, comme dirait l'autre. Mais je reconnais qu'aller au travail, quel qu'il soit en fait, aller dans les vignes en me disant à la longue, ah oui, il faut que j'y aille parce qu'il faut que je gagne ma croûte. Et voilà, ce n'est pas un plaisir. Alors après, certaines tâches sont plaisantes, sont très agréables. Moi, je suis très gratifiant. Tailler la vigne, c'est quelque chose de merveilleux. On sculpte vraiment le vignoble pour les années qui viennent. C'est très beau, mais je ne sais pas si je mettrais ça dans la catégorie du plaisir. En tout cas, c'est assez rare que je me dise le matin, « Ah, fantastique, je vais aller bosser, j'adore ça, quel plaisir ! » Alors, je suis content d'aller voir les gens, je suis content de faire deux, trois trucs, mais je suis plus heureux de me dire ce matin, « Ah, trop bien, je peux bosser dans mon lit ! »
- Anne-Françoise
Alors, on travaille pour gagner de l'argent aussi, ça c'est certain. C'est une des questions, bien sûr, que tu abordes. Est-ce qu'il faut travailler moins pour gagner moins ?
- Théophane Leroux
C'est une vraie question aussi. C'est pour ça d'ailleurs que j'en ai fait le titre d'un de mes chapitres. C'est vrai qu'on travaille, on est dans une société qui est très portée par la consommation et on nous incite toujours à changer, à voir le dernier truc à la mode, le dernier iPhone, la dernière voiture, etc. Ça pose la question, pourquoi est-ce qu'on travaille ? Est-ce qu'on travaille effectivement pour s'acheter le dernier objet ou est-ce qu'on travaille ? Parce que ça nous permet de gagner notre vie. Je pense que ce n'est pas tant l'argent qu'à la consommation, etc. On a un rapport qui est, à mon avis, un peu mal ajusté de ce point de vue-là. Et c'est vrai que c'est aussi lié à la question de... On parle beaucoup d'écologie en ce moment, de la sobriété. Est-ce que... On voit bien qu'on n'est pas forcément plus heureux parce qu'on a plus de choses. C'est vieux comme le monde. Ce n'est pas moi qui l'écris, ça doit être dans la Bible. Ça traverse tous les écrits un peu essentiels de l'histoire, donc moi je viens d'inventer, j'invente rien.
- Anne-Françoise
Tu parlais d'écologie et de sobriété, qu'est-ce que tu en as appris en étant dans les vignes ? Pour toi c'est quoi l'écologie ?
- Théophane Leroux
Alors du point de vue de l'alcool, la sobriété c'est compliqué dans les vignes. Cette mauvaise blague est en fait, je suis plutôt assez écolo, je dirais presque radical, au sens de revenir à la racine. la vraie chose que j'ai apprise dans les lignes c'est que tout n'est pas simple et que c'est cool d'être décroissant de dire très bien on va utiliser des chevaux à la place des tracteurs mais très bien sur le principe sauf que ça fait extrêmement mal au dos c'est des vraies interrogations j'ai pas de réponse à ce qu'on appelle la crise écologique j'ai pas de réponse toute faite en disant bah oui c'est très bien on va décarboner on va utiliser des voitures électriques que... on va interdire le diesel. On fait ce qu'on veut, mais dans les faits, ce n'est pas tant une question un peu technique qu'une question presque spirituelle. On en revient aussi à la question, pourquoi est-ce qu'on gagne de l'argent ? Pourquoi est-ce qu'on travaille ? Est-ce que ce sont des moyens ? Est-ce que ce sont des buts ? Aujourd'hui, c'est plutôt des buts quand même. Je ne sais pas s'il faut s'en réjouir ou pas, mais je pense que s'il y a un changement... Vis-à-vis de l'écologie, quelque chose de positif qui se créera, ça ne passera pas. pas par quelque chose d'autre qu'une forme de révolution spirituelle, de conversion à la fois personnelle et globale.
- Anne-Françoise
Il y a une forme d'idéalisation alors peut-être dans l'écologie ?
- Théophane Leroux
Dans tout en fait, dans l'écologie, dans nos vies. On idéalise la reconversion, on peut passer de l'idéal à l'idéologie. Donc voilà, on s'imagine que... Parce qu'on a pensé quelque chose de génial, tout d'un coup, tout va changer parce qu'on l'a pensé. Ce n'est pas le cas. En fait, la seule chose qui a raison, c'est la terre, la matière, la pierre, le bois. Ça, ça ne change pas. En tout cas, ce qui est certain, c'est que quand on fait des expérimentations, c'est très bien, mais on voit que quand elles sont foireuses et que tout est en train de se retourner contre nous, on devrait commencer à se poser des questions de façon un peu provocatrice. Moi, j'aime bien dire que la... La nature est quand même très réactionnaire, c'est-à-dire que quand elle, au sens littéral du terme, quand on lui fait quelque chose, elle réagit. Quand elle ne réagit pas bien, c'est peut-être parce qu'on a fait quelque chose de pas bien.
- Anne-Françoise
Alors, derrière tout ça, et puis en filigrane dans tout ton livre, et dans, je pense, toute cette itinéraire que tu as parcourue, on sent qu'il y a un enjeu aussi qui est fort, c'est l'enjeu spirituel quand même. Tu as parlé des moines, de leur devise « aura et labora » , tu parlais aussi de conversion, qui est peut-être le... le bout de la reconversion, ou ce qu'il y a de plus profond, je dirais, dans cette histoire. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de cet enleu spirituel et peut-être dire comment est-ce que ton rapport à Dieu a évolué dans cette période ?
- Théophane Leroux
Oui, moi je suis là, comme je le dis en préambule du livre, je suis de la caricature parfaite du Versaillais, j'ai été baptisé, j'ai été chez les scouts d'Europe, j'ai fait la confirmation, j'ai tout fait, etc. Et puis, un jour... en allant faire une retraite dans une abbaye cistercienne, j'ai complètement retourné par une discussion avec le père abbé. C'est-à-dire que je n'ai pas de preuves de l'existence de Dieu, mais je me suis dit que s'il existait, ce que je crois fondamentalement, il fallait à peu près tout faire pour essayer de le mettre au centre de ma vie. Ce qui demande un certain nombre de sacrifices et de réflexions. Ce qui donne aussi beaucoup de joie et beaucoup de liberté par certains aspects. Et donc, mon départ dans les vignes était aussi dans cette optique-là, c'est-à-dire de me dire, est-ce que je me dépouille un petit peu de certaines choses ? Je pars essayer d'avoir un mode de vie un peu plus simple pour me tourner justement vers l'essentiel avec un grand E. Et le travail des vignes, c'était très contemplatif. J'avais le temps de prier en travaillant, donc c'était très... De ce point de vue-là, c'était très chouette. Je pouvais vraiment garder la parole au cœur et la méditer, la mâcher, la remâcher. Ça a pu être plus compliqué à d'autres moments, parce qu'en fait, il ne suffit pas grand-chose. Il suffit d'un collègue un peu bruyant, ou j'allais dire un peu harcelant même presque, pour que la journée, la tranquillité, la contemplation ne deviennent... Enfin, ça n'existe plus. Ça deviennent des journées très compliquées, très longues. Mais voilà, ça m'a permis en tout cas de... J'avais vraiment cette recherche, cette envie d'aller au plus profond de moi-même. Et le fait aussi d'avoir un travail très répétitif, un peu scandé, un peu rythmé, en fait, permettait aussi, en ayant un peu ce roulis, cette habitude, ce rythme, ça permettait aussi de se concentrer sur autre chose et donc de prier un petit peu plus. Donc voilà, j'ai... J'ai bien évolué, je me suis un peu adouci, comme un galet se fait adoucir par l'eau.
- Anne-Françoise
C'est passé par quoi cet adoucissement ? Comment ça s'est fait ?
- Théophane Leroux
Je pense que c'est simplement le frottement réel. Le fer aiguise le fer, dit la Bible. Mais le galet adoucit le galet, peut-être. Le fait de se frotter au réel, à la terre, à la plante, me confronter à mes limites, quand on s'aperçoit de ses propres limites, on devient peut-être plus bienveillant envers celles des autres. Et puis on s'aperçoit qu'on a des limites, donc on devient plus bienveillant envers soi-même. Et puis on s'aperçoit que... Le rôle est doux, Dieu est doux aussi, donc voilà, il y a quelque chose de... Un bon vin qui vieillit un peu dans un tonneau s'adoucit aussi. En fait, il devient moins vert, moins acide. Donc voilà, peut-être que c'est simplement les bénéfices de l'âge.
- Anne-Françoise
Comment, en tant que chrétien, fait-on pour être dans le monde sans être du monde ? Je pense notamment dans ce domaine du travail, où on a comme tout le monde des impératifs quand même d'efficacité, de rentabilité, et puis en même temps, un peu ce désir de voir plus loin, plus haut, plus large. Qu'est-ce que tu en dirais ?
- Théophane Leroux
Ça fait, je pense, 2000 ans que les grands théologiens se tapent dessus pour savoir qu'est-ce que c'est d'être dans le monde ou pas. Je ne viens que rajouter une goutte d'eau dans un enseignant de réflexion. Je pense quand même que les chrétiens devraient ou doivent peut-être accepter aussi d'être un peu différents. Ça ne veut pas dire... Ça ne veut pas dire devenir comme des amis et aller vivre comme au Moyen-Âge parce que c'est mieux, mais ça veut dire accepter une certaine inefficacité parfois quand même. Je pense que là, encore une fois, il faut lire Jacques Ellul, mais une certaine... En fait, concrètement, quand on va à la messe tous les dimanches, c'est très inefficace, du point de vue du monde, en fait. On pourrait faire une grasse matinée pour mieux se reposer, être plus productif le lundi matin. Ou rénover sa maison parce qu'on a fait une grosse soirée le vendredi soir et qu'on n'a pas pris le temps de rénover sa maison et du coup on la rénove le dimanche matin. Et en fait, quand on va à la messe ou je ne sais où, au culte, enfin bref, quand on sacrifie du temps à Dieu, c'est du temps inutile du point de vue du monde et pourtant c'est une particularité. Et en fait, c'est ça être hors du monde. C'est accepter de ne pas sacrifier au Dieu efficacisé en permanence, tout le temps, dans toute sa vie.
- Anne-Françoise
Et j'aimerais bien aussi te demander comment est-ce que l'humour te fait prendre un petit peu de recul par rapport au monde, à la vie, parce qu'il est quand même un petit peu présent, par petites touches, dans ce que tu écris.
- Théophane Leroux
Oui, effectivement, j'aime bien faire des blagues un peu foireuses, donc j'ai essayé d'en parsemer quelques-unes. En fait, je m'étais fait cette réflexion un jour, c'est que je me suis dit qu'il fallait que j'écrive comme je suis. Et donc, en fait, j'aime bien faire des blagues. J'aime bien aborder des sujets sérieux et en même temps faire des petites piques et tout. Et donc, je pense que... Alors, je ne sais plus qui disait que l'humour est la politesse du désespoir. Moi, ce n'est pas mon cas parce que je ne suis pas désespéré. Mais en tout cas, l'humour est sans doute une certaine forme de politesse pour faire passer des choses pas toujours très rigolotes. Et je pense qu'on peut parler de choses très sérieuses en souriant. Ça n'enlève rien aux propos. Moi, j'aime beaucoup, par exemple... Le livre du philosophe Denis Moreau, qui est très rigolo. Et en fait, bon sens, c'est de la philo, c'est intéressant, on apprend des trucs, et en même temps c'est drôle. On n'est pas obligé de s'infliger des pensums chiants. Donc voilà, j'essaie de faire en sorte que ce que j'écris soit un peu rigolo de temps en temps pour qu'on ait envie de me lire, tout simplement.
- Anne-Françoise
Alors tu cites beaucoup d'écrivains, de philosophes, comme tu viens de le faire, d'auteurs. si t'avais quelqu'un ou un texte qui t'a inspiré dans ces trois ans, dans toute cette période de reconversion et de déreconversion professionnelle que tu voudrais nous partager, ce serait lequel ?
- Théophane Leroux
Alors j'ai beaucoup lu la Bible quand même, c'est quand même la source et ça me semble le point essentiel. Après, parmi les livres que j'ai vraiment un peu médité pendant cette parole, en tout cas les citations, il y a vraiment... La Divine Comédie de Dante a été un... Quelque chose qui m'a beaucoup fait réfléchir, notamment la phrase du début de l'introduction, « Au milieu du chemin de notre vie, je me trouvais dans une forêt obscure, car la voie droite était perdue. » C'est une phrase qui m'a... J'avais un peu le sentiment, en partant dans les vignes, d'être un peu au milieu de cette forêt obscure et de ne pas avoir le chemin tout tracé.
- Anne-Françoise
« La voie droite » , c'est une expression qui m'a frappée aussi en te lisant. Et en t'écoutant là juste maintenant, qu'est-ce que c'est la voie droite ? Et est-ce que tu dirais qu'aujourd'hui tu l'as trouvée ?
- Théophane Leroux
Comme je l'ai dit en conclusion de mon livre, pour moi la voie droite, en tout cas dans le cadre de ce livre, c'est de faire en sorte que quand on écrit un livre, c'est pour être lu et que ce qu'on dise serve à d'autres gens. Et en fait, je l'ai trouvée dans le sens où j'ai déjà des lecteurs qui m'ont dit « Ah là là, oui, ce livre, je le trouve intéressant, ça met des mots sur ce que je pensais, sur ce que je ressentais. » Et moi, ça me bouleverse. C'est vraiment pour ça que j'écris. Je trouve que c'est ça. Et effectivement, de mon point de vue, je ressens un peu comme une sorte d'appel à l'écriture, comme une sorte de vocation à l'écriture. Donc j'aurais tendance à répondre aujourd'hui que la voie de vote, pour moi, ce serait de pouvoir continuer à écrire plus.
- Anne-Françoise
Tu parlais de la Bible dans tes sources d'inspiration. Est-ce qu'il y a un texte ou alors une prière en particulier qui t'a touché et que tu voudrais partager ?
- Théophane Leroux
Il y a un psaume qui est sans doute le plus court de tous, je crois que c'est le 130, qui dit « Seigneur, je n'ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux, je ne poursuis ni grands desseins ni merveilles qui ne me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse, mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant près de sa mère. » Je crois que c'est à peu près ça, j'ai cité deux têtes. C'est un psaume que j'aime bien. Il dit une certaine simplicité de vie, une paix assez enfantine. Et il m'avait été soufflé justement par le père Abbé Cistercien dont je parlais tout à l'heure et qui est un texte qui a beaucoup compté pour moi.
- Anne-Françoise
Si tu étais devant Dieu aujourd'hui, qu'est-ce que tu lui dirais sur ton histoire ? Sur mon histoire ? Ce parcours de... professionnel notamment sur ce parcours professionnel je ne sais pas trop ce que je lui dirais c'est bon on est enfin arrêté on peut se poser maintenant merci beaucoup Théophan merci Anne-Françoise et merci à tous pour votre écoute merci d'être toujours plus nombreux à écouter Un Beau Jour à vous abonner à partager cet épisode sur les réseaux sociaux et à mettre 5 étoiles et des commentaires sur Apple Podcast et Spotify Pour découvrir d'autres témoignages de feu, vous pouvez bien sûr écouter les autres épisodes du podcast, mais aussi lire chaque semaine le magazine Famille Chrétienne. Et enfin, n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts de Famille Chrétienne, Tous Saints, Ses Témoins de la Foi racontés par Bénédicte de Lélis, Maman Prie, Sexo et d'autres encore. Merci pour votre fidélité et à lundi dans 15 jours pour un nouvel épisode.