- Axelle Huber
Cette seconde où Léonard a rendu l'âme, j'étais là, je lui tenais la main et ça a changé ma vie à jamais parce que je me suis sentie entourée, prise d'une paix et d'une joie profonde au cœur de ma tristesse. Je vivais à la fois le Gétsémanie de l'absence, de la séparation à venir et une joie aussi très profonde de savoir que Dieu était là.
- Olivia de Fournas
Bonjour, je m'appelle Olivia et vous écoutez Un Beau Jour, le podcast qui donne la parole à des croyants dont la vie et la foi ont été changées à jamais par un événement imprévu. Et dans cet épisode, je reçois Axelle Hubert. Comme un Français sur cinq, Axel est devenu du jour au lendemain aidante. C'était il y a 16 ans, quand son mari Léonard est tombé malade du Naesela. Et parce que parfois le sort sa Ausha, c'est son fils Calyx qui est aujourd'hui malade d'un cancer des os du bassin, nécessitant encore une fois sa présente dévouée et aimante auprès de lui. Alors, comment vit-on l'irruption de la maladie quand on est sa victime collatérale et que sa vie prend une toute autre orientation ? Qu'est-ce que cette épreuve subie au départ transforme et apporte de positif ? Si elle apporte quelque chose de positif. C'est ce que va nous raconter aujourd'hui Axelle Hubert alors qu'elle publie la ligne de crête des aidants chez Mame. Axelle, bonjour.
- Axelle Huber
Bonjour Olivia.
- Olivia de Fournas
Axelle, comme dans tous les épisodes, vous avez dû apporter un objet. Alors vous avez voulu apporter un tableau, mais... Je vous ai dit que c'était quand même peut-être un petit peu trop grand pour le RER. Donc, vous avez apporté une image de ce tableau. Pouvez-vous me dire ce qu'il représente ?
- Axelle Huber
Oui, alors ce tableau s'appelle « Le chemin se fait en marchant » . Il représente une femme, en l'occurrence probablement moi, qui se dirige vers un homme qui court vers elle, qui a les bras ouverts. Je me suis inspirée pour faire ce tableau de celui de Véronica von Degenfeld, qui est une peintre que j'aime beaucoup. Et donc, il représente en fait les retrouvailles vers l'être aimé. Mon mari est décédé, mais peut-être de manière plus symbolique, ça peut être aussi Dieu le Père qui arrive en courant vers moi et pour me prendre dans ses bras. Et sur ce tableau qui est très, très coloré, avec beaucoup de mouvements, eh bien, on aperçoit dans l'angle droit, en Ausha droite, eh bien, comme une pierre tombale. Et donc, c'est le symbole du tombeau du Christ avec des fleuves. de foi, de charité et d'espérance, d'où les couleurs blanches, rouges et vertes qui dominent dans ce tableau. Ce que j'ai voulu exprimer, ce que j'ai voulu peindre, c'est ce chemin vers la foi, vers la charité et vers l'espérance qui a été et qui reste aussi mon chemin aujourd'hui.
- Olivia de Fournas
Merci de votre belle explication, Axelle. Et pourtant, vous n'êtes pas peintre de métier.
- Axelle Huber
Pas du tout.
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?
- Axelle Huber
D'abord, je suis maman aujourd'hui. de quatre enfants. Je dis aujourd'hui, mais ils sont grands. Ils ont entre presque 22 et 17 ans. Et je suis aussi coach et formatrice spécialisée sur le sujet des pertes, des ruptures de vie, donc bien sûr les aidants et toute forme de deuil.
- Olivia de Fournas
Alors, vous êtes particulièrement crédible sur ce sujet puisque vous-même, alors que vous aviez une vie facile et agréable avec votre mari Léonard, que vous aimiez tant, et vos quatre enfants, et puis soudain, il y a 16 ans.
- Axelle Huber
Un beau jour.
- Olivia de Fournas
Un beau jour.
- Axelle Huber
Un beau jour, alors que notre dernier enfant a seulement 10 mois, Léonard, mon mari, se dit c'est bizarre, j'ai une petite gêne dans la marche et puis aussi dans le bras. Donc de consultation en consultation, 6 à 8 mois plus tard, le diagnostic va tomber, Léonard est atteint de la maladie de Charcot, donc la SLA, sclérose latérale amyotrophique. Notre dernier enfant, à ce moment-là, du coup, a 18 mois. avec le temps du diagnostic, l'aîné a 4 ans de plus. Donc évidemment, c'est un gros tsunami, même si pendant les premiers mois de la maladie, nous n'allons pas voir sur Internet et nous ne réalisons pas le diagnostic vital qui du coup est déjà posé avec l'annonce de ce diagnostic. Mais progressivement, on va réaliser bien sûr et nous allons vivre un véritable tsunami émotionnel, beaucoup de fatigue, nos enfants sont très jeunes. Donc si au début on n'a pas réalisé que Léonard allait mourir dans un avenir assez proche, le voile se lève progressivement et nous marchons sur ce chemin, qui est un chemin douloureux, un chemin difficile. Moi en tout cas je traverse des moments de colère, des moments de fatigue et aussi des moments de joie qui sont des moments de joie, un peu des moments suspendus entre terre et ciel où nous apprenons à vivre le présent.
- Olivia de Fournas
Quels sont ces moments de joie que vous viviez par exemple ?
- Axelle Huber
Alors par exemple des moments avec les enfants qui nous portent, qui nous mènent ça peut être une sortie d'école, ça peut être une balade je me souviens tellement bien de ces moments où les enfants étaient sur les genoux de leur papa en fauteuil et qu'ils s'esclaffaient parce que le fauteuil pouvait faire un 360° et que les enfants disaient on va faire un tour de manège sur les genoux de papa je me souviens de ces moments où... Les enfants étaient en roller et se faisaient tracter par leur papa en fauteuil. Des moments de grande insouciance en fait. Et puis des moments aussi où on a été entouré, où on a pu recevoir de l'aide. Et pourtant ce n'était pas si facile parce que bien sûr il faut accepter l'intrusion, il faut accepter de se laisser voir, il faut accepter de se laisser aider. de se laisser aimer et on marche toujours sur cette ligne de crête, sur ce fil du rasoir entre accepter de l'aide et puis se préserver aussi.
- Olivia de Fournas
Vous avez demandé de l'aide ou les gens sont venus naturellement à vous ?
- Axelle Huber
Les deux. Nous, on a beaucoup de chance, c'est qu'on connaît quand même pas mal de personnes. Nous avons des familles très nombreuses des deux côtés. Donc voilà, on est très entourés et je veux dire qu'il y a beaucoup d'aidants et d'enseux que j'accompagne qui sont... extrêmement seules, qui sont extrêmement isolées, qui ont des cercles relationnels qui n'ont rien à voir avec ceux que j'ai la chance d'avoir. Et bien sûr, nous avons à tendre la main, tout spécifiquement vers ces aidants qui sont tellement seuls.
- Olivia de Fournas
Quand est-ce que vous vous êtes sentie aidante ? Parce que ce mot, c'est assez récent, j'ai l'impression. Vous, c'était votre mari. Après, ça sera votre fils, on va voir. Est-ce que vous avez un moment où vous vous êtes dit « je suis aidante » ?
- Axelle Huber
Je ne me suis pas du tout sentie aidante quand Léonard était malade, je ne connaissais pas le mot. Même encore après sa mort, j'ai fait une erreur dans mon premier livre, si je ne peux plus marcher, je courrais, puisque je parle du fardeau, du soignant, au lieu de mettre le mot aidant. Je n'ai pas du tout réalisé, je ne me suis pas posé de questions, je ne connaissais pas ni le mot, ni le statut, même si la réalité, évidemment, s'était imposée à moi. En revanche, les années qui ont suivi... à travers mon travail, à travers l'accompagnement aussi de mes parents, qui ont avancé, bien sûr, en âge, et mon père est décédé à l'été 2024. Puis, avec l'apparition de la maladie de mon fils, qui a été diagnostiquée en juillet 2024, la cancer des os du bassin, et qui a été amputée des os de ce bassin, et qui donc aujourd'hui est en fauteuil.
- Olivia de Fournas
À quel âge ça s'est arrivé ? À quel âge ça s'est arrivé ?
- Axelle Huber
Il avait 15 ans. Aujourd'hui, il en a 17. Donc là, la réalité, le mot était absolument évident. Quand Léonard est tombé malade, et donc à sa mort, je ne connaissais pas du tout ce concept de l'aidance. Alors que quand mon fils est tombé malade, deux heures après le diagnostic, je suis sortie du choc et de ce moment de déni. J'ai eu l'impression de revêtir mon armure de combat. pour être la maman lionne qui allait se battre aux côtés de son fils. Et j'ai pris le mot « je suis une aidante » .
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce que c'est, du coup, une aidante, exactement, par rapport à une maman ?
- Axelle Huber
Alors ça, c'est une sacrée question. Alors, je suis d'abord la maman, mais je suis aussi une fille, une sœur, une amie, une collègue, une auteure, etc. Et je suis une aidante. C'est une étiquette, de plus, dans laquelle je ne veux évidemment pas m'enfermer, mais c'est une étiquette que je prends parce qu'elle reconnaît mon rôle. Et donc, elle répond à ce besoin de reconnaissance que j'ai et que je pense que la plupart des aidants ont ou peuvent en tout cas avoir. On reconnaît qu'ils sont impactés par la situation, la pathologie de leur...
- Olivia de Fournas
Donc, c'est plutôt vis-à-vis de l'extérieur.
- Axelle Huber
C'est vis-à-vis de l'extérieur, mais je crois que c'est aussi vis-à-vis de moi-même. J'ai besoin aussi de me reconnaître cette réalité-là, que je suis impactée. Je suis impactée dans toutes les sphères de ma vie. Je suis impactée d'un point de vue émotionnel, d'un point de vue physique, d'un point de vue cognitif. Du point de vue spirituel, je suis un peu...
- Olivia de Fournas
Est-ce que ça a comme incidence justement d'un point de vue spirituel ?
- Axelle Huber
Eh bien, c'est la question du sens qui s'impose. Pourquoi est-ce qu'on nous frappe sur la tête une deuxième fois ?
- Olivia de Fournas
Vous avez été révoltée avec votre foi par rapport à Léonard, de Léonard à Calyx ?
- Axelle Huber
Enfin, je n'ai pas été révoltée dans ma foi, dans la maladie de Léonard et ni dans celle de Calyx. J'ai pu être en colère parfois contre les autres, contre la maladie. contre les médecins qui feraient bien de devenir des trouveurs et d'arrêter d'être des chercheurs. Voilà, donc des mouvements de colère ou contre moi, bien sûr j'en ai eu. Dans la maladie de Calixte, c'est plutôt du dégoût en fait qui ressort. Le dégoût c'est vraiment une émotion qui est propre au sentiment d'injustice. Et donc c'est ça qui émerge, j'ai l'impression qu'on me tape sur la tête pour la deuxième fois. Alors que la première fois m'avait déjà permis de comprendre beaucoup de choses, de me transformer. et là, bah... Voilà, pourquoi ? Pourquoi ? Et en même temps, je sais pertinemment qu'il n'y a aucune réponse à cette question du pourquoi en un mot, et que les réponses, elles seront dans le pourquoi en deux mots, c'est-à-dire dans quel but ? Qu'est-ce que cette épreuve, elle me donne ? Qu'est-ce que cette épreuve, elle donne à mon fils ? Comment elle contribue à nous transformer encore plus ? Donc c'est toujours cette idée que le chemin se fait en marchant et qu'un jour j'arriverai, un jour je vais, voilà, là j'ai une montagne, un Everest à monter. à escalader et qu'un jour j'arriverai et j'arriverai pas seule, j'arriverai encordée, c'est-à-dire avec l'aide des autres ça c'est un sujet aussi qui est très important c'est le lien aux autres.
- Olivia de Fournas
Comment vous faites pour garder ce lien aux autres ?
- Axelle Huber
Je crois qu'une des ressources, c'est d'abord de rentrer dans l'acceptation de ce qui arrive. Et en fait, je vous dis ça, mais ce n'est pas d'un coup de baguette magique que ça se fait ce chemin vers l'acceptation de l'épreuve, de la souffrance, de cette odyssée de la souffrance. Il est en permanence avec des hauts et des bas. On oscille, on fait un pas en avant, on en fait trois en arrière, on en fait deux sur le côté. Un jour, on accepte. Et puis, en fait, le lendemain, on a repris ce qu'on a donné la veille. Il faut recommencer. Mais d'expérience. personnelle comme professionnelle, je vois que plus on avance et plus on décide aussi d'être acteur dans ce chemin, plus en fait, ces allées et venues arrière avant vont se faire plus rapidement. On va rester moins longtemps en arrière pour être de plus en plus dans cette acceptation en fait.
- Olivia de Fournas
Mais comment vous faites pour être dans l'acceptation quand vous êtes en colère face à Calix qui ne marche plus ? Comment vous faites pour accepter tout simplement ?
- Axelle Huber
J'accepte d'être en colère. Je crois que c'est ça en fait. J'accepte, je nomme, j'accepte que je suis humaine, que je suis imparfaite, que je ressens ce que je ressens. Et puis, je me défocus aussi vis-à-vis de ma colère, c'est-à-dire que je regarde ma colère pour ce qu'elle est. Elle m'envoie le message que ce que je vis, ce n'est pas juste. Et en effet, ce n'est pas juste de vivre de telles épreuves deux fois, parce que la maladie de Sherco et puis le cancer des os du bassin, ce sont des maladies qui sont vraiment dures. Donc de vivre... À deux reprises, des maladies qui sont tellement difficiles, c'est objectivement douloureux et difficile. Si je me focus uniquement sur cette souffrance, sur le fait qu'on avait une chance sur un milliard dans notre famille d'être frappé, et par la SLA, et par le cancer des os du bassin, forcément je vais me dire, j'ai vraiment pas de chance, c'est trop triste et je suis en colère. Donc ça, ça a le droit d'être, mais j'ai aussi... droit et le devoir de prendre du recul et de défocusser et de me dire en fait je vis aussi autre chose. Ma vie elle n'est pas que ça, elle est beaucoup ça mais elle n'est pas que ça. Et j'ai aussi plein de choses qui sont chouettes dans ma vie, qui me font aimer la vie, qui me font croquer la vie à pleines dents. Et peut-être que de vivre une telle épreuve, justement c'est ça qui me donne, qui me conforte dans le fait que la vie vaut le coup et que j'ai de la chance d'être en vie et que j'ai aussi plein d'occasions de me réjouir. Dans ma vie, par exemple.
- Olivia de Fournas
Vous n'êtes pas obsessionnelle avec Calyx, par exemple ? Vous ne donnez pas 100% de votre temps à votre fils ?
- Axelle Huber
Oula, non, pas du tout. D'abord, mon fils, il a 17 ans aujourd'hui, et donc il n'aimerait pas du tout avoir sa mère sur le dos. Et puis, moi, je n'ai pas envie d'être la mère, un peu comme la moule accrochée à son rocher. J'ai envie d'être heureuse pour moi. Mes enfants, ils font partie de ma joie, et ils me procurent une joie, un bonheur totalement immense. Mais ils ne sont pas toute ma joie. Ils sont une partie. La première partie, mais ils sont une partie. Et Calyx, il a besoin de vivre sa vie, il a besoin d'avancer. Et parfois, ce qui peut être difficile, ça peut être une dissonance entre lui et moi, ou ses sœurs et moi, parce que Calyx a trois grandes sœurs. Chacun a son chemin à trouver.
- Olivia de Fournas
Et comment vous faites pour aider vos enfants à accepter cette maladie, si c'est le cas ?
- Axelle Huber
Moi, ce que je vis, c'est de ne pas m'opposer au barrage. On est emporté par des flots qui sont tumultueux. Et si on essaie de s'opposer, en fait, on va se noyer. J'essaie d'avancer sans me prendre trop la tête non plus, c'est jour après jour, et de vivre chaque jour qui m'est donné de vivre, et d'accepter ça. Et quand je dis ça, je dois aussi dire que bien évidemment, il y a plein de renoncements, plein de deuils, des petites pertes qui sont à faire pour Calix, mais bien sûr pour moi en tant que sa maman, en tant qu'aidante, et pour ses grandes sœurs aussi.
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce qu'il y a comme perte ?
- Axelle Huber
Pour lui, il y a la perte de la mobilité. Avec cette perte de la mobilité, de sortir facilement de la maison, d'aller retrouver des copains en deux-deux, de se jeter à l'eau quand on est sur la plage. Déjà, aller sur la plage, ça devient évidemment compliqué. Il y a certains projets qui ne sont plus les mêmes. Il y a des incertitudes sur l'avenir. Quelles études ? Quel travail ? Tout ça, ça génère parfois des inquiétudes, sûrement pour lui. Puis moi, bien sûr, en tant que maman. Et j'apprends. à prendre aussi du recul par rapport à ces inquiétudes et à les regarder pour ce qu'elles sont. Elles s'ancrent dans le réel, mais elles sont aussi des inquiétudes de projection. Aujourd'hui, on n'en est pas là. Aujourd'hui, on vit ce qui est à vivre.
- Olivia de Fournas
Alors comment vous faites pour ne pas être obsessionnelle justement avec Calixte ? Quelles sont vos portes de sortie pour les autres mamans qui vous écoutent et qui sont ancrées sur leur enfant ?
- Axelle Huber
Je ne peux pas me substituer à ce qu'il a à vivre. Ce sera son chemin. Et ne pas être obsessionnelle, ça veut dire aussi regarder le reste, qu'Alex il a trois soeurs, moi j'ai un travail, j'ai des amis, j'ai une famille, j'ai plein d'autres sphères de ma vie que je veux investir et que je cherche à investir. Je ne dis pas que c'est facile, pas du tout, mais la vie est compliquée. Avec la maladie, il faut en permanence s'ajuster entre anticiper et vivre le présent, entre ne pas en faire trop et puis en faire assez, s'impliquer et se préserver. Il y a des oui, il y a des non à poser. Il y a ce chemin et cet équilibre ténu que j'essaie d'appréhender jour après jour.
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce qui est le plus difficile à porter ?
- Axelle Huber
Je crois que le plus difficile à porter, c'est la douleur de ce qui est perdu. Et puis c'est aussi de voir parfois la douleur physique. pour mon fils. J'ai vu la douleur physique pour mon mari. J'étais ce témoin de la douleur physique pour mon mari et pour mon fils. Donc c'est l'impuissance. L'impuissance, c'est difficile de réaliser qu'on aimerait tellement prendre la place et qu'on ne peut pas. La place, c'est celui qui souffre, en tant que maman, en tant que maman lyonne, et je ne peux pas me subsister à lui, et donc j'ai à accepter ça. Et en fait, vous me disiez tout à l'heure, mais comment on fait, en gros, pour accepter ? Je crois que pour accepter, j'essaye aussi de dire au revoir, de conscientiser qu'est-ce qui n'est plus, et de rentrer dans cette acceptation à renouveler tous les jours, ça, ça n'est plus. Et donc je dis au revoir. Et je regarde ce qu'il y a encore.
- Olivia de Fournas
D'être croyante, ça vous aide ?
- Axelle Huber
Oui, bien sûr, ça m'aide. Ce n'est pas la seule chose qui m'aide, mais ça m'aide énormément. Je sais que je suis face à un mystère. Je suis face à ce mystère de la souffrance, et que pourtant, je sais que je suis dans la main de Dieu. Je sais que je suis gravée dans la paume de ses mains. Je sais que je suis aimée, que je suis sauvée, que je suis pardonnée.
- Olivia de Fournas
Vous n'avez jamais de doute ?
- Axelle Huber
Non, pas du tout. Mais c'est comme ça, enfin voilà, j'ai pas d'effort à faire pour ressentir ça. C'est une certitude, c'est une conviction. Et je sais qu'un jour je saurai, quand je contemplerai ce Dieu, quand je serai dans le face-à-face, et qu'aujourd'hui, bon bah, je cherche pas tant à comprendre parce que je sais que ici-bas je comprendrai pas, donc voilà.
- Olivia de Fournas
Quelles sont les autres choses qui vous aident ?
- Axelle Huber
Des choses toutes simples. D'abord... le retour au sens oriel et au lien à la nature. Et la nature, elle nous enseigne tellement de choses qu'après ce grand hiver vient le printemps. Moi, j'ai la chance d'avoir un jardin. J'habite en banlieue parisienne. Il y a des plantes qui sont mortes. Il y en a d'autres qui reprennent à moitié. Il y en a d'autres qui deviennent extrêmement belles et florissantes. Il y en a qu'on va replanter ailleurs. Donc, je sais que la nature, elle me donne des leçons de vie. Elle me permet de me connecter au beau, à cette force de vie qu'après l'hiver toujours. revient le printemps. Le retour au sens au réel, pour moi, c'est quelque chose de très important et c'est aussi ce que disait Saint Thomas d'Aquin avec la délectatio, c'est le fait de me délecter de quelque chose, de prendre soin de moi et d'essayer, mais pas des toutes petites choses, prendre un café en terrasse et avoir ce petit rayon de soleil sur le visage. Ça peut être un fourrir avec un enfant, une partie de jeu, ça peut être une personne qui vous a tenu la porte et qui vous a regardé dans les yeux et qui vous a fait un sourire. C'est vraiment des toutes... petites choses qui vont remplir mon réservoir et qui me remplissent de joie. En fait, j'aime bien l'image des pépites et des paillettes. Je trouve que dans la vie, on a tous des pépites, c'est-à-dire des événements qui ont été fondateurs des grandes choses. Ça peut être un mariage, ça peut être un enfant, ça peut être un job, ça peut être, je sais pas, un tour du monde ou simplement une grande balade qu'on a réussie. Et puis on a aussi tous l'occasion de saisir des petites paillettes. Donc ce sont des toutes petites choses, les milliers de choses du quotidien qui sont pleines de vie. Et en fait, quand on les voit et qu'on les agglomère, ça fait des grandes pépites. Donc plus on va saisir ces paillettes, plus on va avoir d'occasion d'être heureux. Et parfois, c'est des choses tellement simples. Se dire qu'on vit dans un pays en paix et on sait bien aujourd'hui la conjoncture internationale. On sait la conjoncture économique de vivre, que vous avez quelque chose à mettre dans votre assiette, que vous allez vous coucher dans un lit. Tous les matins, quand j'allume le robinet de ma douche et que je suis sous l'eau chaude, je me dis mais waouh, j'ai tellement de chance d'avoir de l'eau chaude, j'aurais vécu il y a un siècle.
- Olivia de Fournas
C'est les maladies successives de votre mari et de votre fils qui vous ont appris ça ou vous étiez déjà comme ça avant ?
- Axelle Huber
Je pense que c'est la maladie de Léonard. La maladie de Calixte conforte toujours plus, c'est certain, mais déjà c'est beaucoup plus récent. Mais oui, c'est la maladie de Léonard.
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce qui vous a aidé ?
- Axelle Huber
Il y a beaucoup de choses qui m'ont aidé. Les autres, de manière très concrète, très pragmatique. L'année où Calixte a été beaucoup en chimio, en radiothérapie, etc., j'ai créé un petit groupe WhatsApp local, c'est-à-dire avec des amis et des proches du coin. qui m'ont apporté une grande aide logistique. Trois fois par semaine, ils apportaient des repas. Si j'avais besoin d'une conduite, je savais qu'ils étaient là aussi. Il y en a qui jardinent depuis qu'Alix est malade, qui viennent tondre tous les 15 jours. Donc là, c'est ultra précieux. J'ai créé un grand groupe WhatsApp pour donner des informations et donc pour avoir un peu une maîtrise de ce qui était dit et pas dit parce que pour moi, c'était quand même aussi un sujet important des maladies graves comme ça. demander de la prière, demander des mots doux, des messages. Au début de sa maladie, on a aussi fait une opération une lettre par jour. Donc voilà, on a pu mettre tout ça en place.
- Olivia de Fournas
Est-ce que c'est une opération une lettre par jour ?
- Axelle Huber
Calix a reçu tous les jours, pendant des mois et des mois, du courrier. Voilà, de gens connus ou de gens inconnus. Donc c'était super. Alors lui, il était quand même très fatigué par les traitements. Mais pour moi, ça a été aussi très précieux. Donc les groupes WhatsApp m'ont beaucoup aidée. Et là, je vois un grand changement entre la maladie de Calix et la maladie de Léonard, puisque pour Léonard, les groupes WhatsApp n'existaient pas. On a eu beaucoup d'aide de proches. Mais voilà, il y a un grand changement grâce à ces groupes WhatsApp. Et l'autre chose qui m'aide aussi, ce sont tous les projets que j'ai envie de continuer à mener en dehors de mon rôle d'aidante.
- Olivia de Fournas
Que vous avez comme projet ?
- Axelle Huber
Il y a eu ce projet de livre, la ligne de crête des aidants. J'ai également créé un jeu il y a six mois environ, un jeu qui s'appelle Alterio, un jeu de société, un jeu de plateau, qui est pour objet de créer du lien. Et ce jeu, il est né aussi de cette double expérience personnelle et professionnelle de l'accompagnement des aidants, de ce sujet, de la souffrance et de l'intime conviction qu'en fait, on ne s'en sort pas tout seul et qu'on a besoin d'être en lien les uns avec les autres, qu'on a besoin de mieux se connaître, de mieux appréhender les émotions, les relations. Donc ce jeu Alterio.
- Olivia de Fournas
Donc un jeu pour toute la famille.
- Axelle Huber
Un jeu pour toutes les familles et les groupes d'amis. Très varié. Et vous me demandez aussi les autres sources pour revenir à la foi. J'essaye de vivre l'espérance au quotidien que les grâces me seront données au jour le jour en fait. Vous savez, parfois, il y a des gens qui ont des épreuves, et on se dit, oh là là, mais moi, je ne pourrai jamais à sa place. Et peut-être qu'il y a des gens qui disent la même chose pour moi, et moi, je me dis la même chose pour eux, en fait. Le fameux chacun s'accroît. De vivre cette espérance que la grâce, les grâces me seront données. Et déjà, de me dire que demain sera meilleur, c'est une belle espérance. De me dire ensuite que j'aurai la grâce du présent, ça a fermé encore plus mon espérance. Je sais que j'ai la grâce du présent. Je sais que je suis dans la main de Dieu. Et de vivre aussi l'espérance qu'on a déjà gagnée, qu'un jour je retrouverai Léonard, un jour qu'Alexis retrouvera son bassin, et que ce jour-là, ça sera la fête éternelle, c'est précieux pour moi. Et j'ai aussi accompagné mon mari Léonard dans son agonie et dans sa mort, et ces moments-là ont aussi changé ma vie. Un beau jour, cette seconde où Léonard a rendu l'âme, j'étais là, je lui tenais la main et ça a changé ma vie à jamais parce que je me suis sentie entourée prise d'une paix et d'une joie profonde au coeur de ma tristesse je vivais à la fois le Gétsémanie de l'absence, de la séparation à venir dans les quelques jours les quelques heures juste avant le dernier souffle de Léonard une souffrance immense et une joie aussi très profonde de savoir que Dieu était là, que Dieu allait accueillir Léonard que Dieu nous entourait et allait me donner les ressources pour vivre cette nouvelle page qui allait s'ouvrir d'une femme qui allait devoir vivre sa vie sans son mari, allait éduquer ses enfants dont l'aîné avait 9 ans sans son mari. En fait, c'est dur de trouver les mots parce que c'était quelque chose de très indicible et néanmoins très palpable. Je vivais une tristesse mais une joie très réelle.
- Olivia de Fournas
Ça, c'est un autre beau jour.
- Axelle Huber
C'est un autre beau jour et c'est quelque chose qui continue à m'aider. Et qui, évidemment, a encore raffermi ma foi.
- Olivia de Fournas
Est-ce que vous culpabilisez, quelquefois ?
- Axelle Huber
Alors là, c'est une très bonne question. J'ai culpabilisé parfois de mon attitude envers Léonard, de mes agacements, de mes colères, de mes ras-le-bol. Mais je crois que le chemin se fait en marchant, ça veut dire aussi qu'il y a un véritable chemin pour s'aimer soi-même et se pardonner à soi-même toutes ses imperfections, enfin toute son humanité. Et de réaliser que la culpabilité, elle naît souvent d'un regret de ne pas être Dieu, de ne pas être... tout puissant, de ne pas être superwoman. Ça permet de lui dire ciao la culpabilité. Sachant que la culpabilité, c'est aussi une attitude psychique de protection. En fait, quand on réalise que le cerveau nous fait vivre parfois la culpabilité, parce que c'est plus facile de vivre en ayant ce pouvoir. On s'en prend à soi-même. Donc quand on s'en prend à quelqu'un, on retrouve un pouvoir personnel. Que d'accepter de ne pas avoir de pouvoir face à l'intolérable d'une situation de la maladie ou la mort. Et donc, vous voyez, la ressource Face à la culpabilité, c'est de remettre son intelligence et son discernement aux commandes et de dire, ok, qu'est-ce qu'elle me dit, la culpabilité ? Elle me dit, mon amour pour mon être aimé, que j'aurais pu faire autrement, que j'aurais dû emmener mon fils plutôt chez le médecin. J'aurais pu me dire ça. C'est réel, il y a eu peut-être trois mois entre les douleurs et la visite chez le médecin. J'aurais pu me dire, mais c'est de ma faute, je me sens coupable, mais pour être très honnête, je ne me le dis pas. Parce que je sais que, en fait, je ne savais pas et que je n'étais pas omnisciente. Si j'avais su, si on m'avait dit au moment des premières douleurs de mon fils, il a peut-être un cancer des os, j'aurais emmené mon fils dans la foulée chez le médecin. Mais je ne savais pas, donc je ne peux pas m'en vouloir de ne pas avoir su. Je ne suis pas médecin et je ne suis pas Dieu. Et puis même, en plus des cancers des os du bassin, il y en a un par an en France, en moyenne. D'ailleurs, même l'ostéopathe. Il ne nous a pas du tout orienté vers le médecin. Donc voilà, je la lâche la culpabilité, si tant est qu'elle ait été là pour Calix. Mais c'est une énorme question. Et dans les accompagnements que je fais auprès des aidants, comme auprès des personnes en deuil, il n'y a pas une histoire. Il ne traverse pas la culpabilité à minima quelques secondes. Il y a toujours de la culpabilité. Ça nous invite à prendre ce chemin du pardon envers soi. Se pardonner et pardonner à l'autre. Se pardonner à soi, alors parfois la culpabilité, elle a une origine qui est réelle, il peut y avoir une faute, vous avez pu être à l'origine d'un accident qui a coûté la santé, la mobilité, et donc on a à pardonner à celui qui est à l'origine de cette faute, et ça peut être bien sûr soi-même. La plupart du temps, quand on est aidant, on se met de la culpabilité d'une manière qui est totalement démesurée, disproportionnée et non ajustée, et il y a à l'accueillir cette culpabilité. pour voir ce qu'elle veut dire et pour ensuite lui donner un bon coup de pied et lui dire ciao.
- Olivia de Fournas
Et comment vous avez eu l'idée de devenir coach, du coup, d'aider les gens qui eux-mêmes sont blessés, sont amputés d'un membre,
- Axelle Huber
sont en deuil ? J'étais déjà coach pour les parents parce que je suis passionnée d'éducation et de psychologie. Donc, je viens du milieu de l'éducation.
- Olivia de Fournas
Tu n'étais pas professeure d'histoire géo ?
- Axelle Huber
Oui, voilà, c'est ça. Et avant d'être coach sur ces sujets des pertes, donc des aidants et du deuil, j'accompagnais des parents déjà dans leurs enjeux de parentalité, d'éducation. Et c'est un métier qui est génial, c'est un métier que j'adore. Quand vous voyez quelqu'un qui vous dit qu'il est tordu et que vous êtes un instrument pour l'aider à se redresser, c'est hyper beau.
- Olivia de Fournas
C'est important pour un aidant de se faire aider.
- Axelle Huber
Ah oui.
- Olivia de Fournas
Même psychologiquement.
- Axelle Huber
Bien sûr. C'est une évidence. Je regrette de ne pas l'avoir été au moment de la maladie de Léonard. Parce que comme je n'avais pas conscience que j'étais cette aidante-là, que j'étais aussi un peu sous l'eau. Bon voilà, je n'ai pas pris le temps. Peu importe les raisons, c'est passé maintenant. Mais oui, je considère que c'est vraiment essentiel de se faire accompagner.
- Olivia de Fournas
Pourquoi ?
- Axelle Huber
Parce qu'on a besoin de prendre du recul. On a besoin d'avoir des informations qui vont être données par le professionnel. Il va vous aider à poser les bonnes questions. Il va vous aider à vous remettre en chemin. Et après, les ressources, il les a au fond de lui. Simplement, il vous aide à les connecter.
- Olivia de Fournas
Donc ça, c'est un conseil que vous donnez aux aidants. Allez vous faire accompagner.
- Axelle Huber
J'essaie de ne pas donner d'injonction, mais moi, je crois qu'on a tous à gagner que d'être accompagné à un moment ou l'autre de sa vie. Je trouve que c'est du bon sens. Malgré tout, ce sont des métiers qui s'apprennent. Il y a quelques personnes qui vont être très compétentes dans votre entourage amical ou familial, mais un professionnel, c'est son job. Donc, avoir un espace ressource pour pouvoir dire À quel point c'est difficile, sans avoir peur du jugement de ses proches et sans affectivité, parce que le professionnel, il a du recul. Oui, je crois que c'est vraiment essentiel. Un espace ressource pour pouvoir accueillir, dire ses émotions, les laisser nous traverser pour revenir sur les événements spécifiquement difficiles, pour travailler la relation.
- Olivia de Fournas
La relation avec qui ?
- Axelle Huber
La relation à soi, donc à travers toutes ces émotions et sentiments de culpabilité et d'impuissance. Mais la relation, quand on est aidant, elle est... tellement impacté, enfin la relation aux autres est tellement impactée quand on est aidant. D'abord, envers son aidé. Bien sûr, son aidé, c'est...
- Olivia de Fournas
Votre fils, du coup, là.
- Axelle Huber
C'est une relation d'amour qu'on a, mais parfois il y a des tensions. Est-ce que l'aidé, je le surprotège ? Il faut trouver aussi le juste...
- Olivia de Fournas
Ça doit être très très fréquent, j'imagine.
- Axelle Huber
Oui, c'est un des trucs les plus fréquents qu'on va trouver. On entend beaucoup les aidants dire, mais c'est mon aidé d'abord. C'est d'abord lui et moi, je passe après. Avec toutes les conséquences en termes de santé que l'on connaît, puisque... un tiers des aidants décèdent avant la personne aidée. Donc vous voyez un peu, encore une fois, la ligne de crête entre investir la relation à son aidé, sans que ça soit au détriment de la relation à soi. Parfois l'amour peut déserter, parfois on peut ne plus supporter en avoir ras-le-bol, que ce soit qu'on soit aidant d'un parent, d'un conjoint, d'un enfant, voire éventuellement...
- Olivia de Fournas
Parfois vous en avez ras-le-bol ?
- Axelle Huber
Oui, bien sûr, parfois j'en ai ras-le-bol, bah oui ! Je suis très, très humaine. Je ne suis que très humaine. Parfois, je suis crevée. Parfois, c'est difficile. Je vais à droite ou je vais à gauche, je ne sais pas. Je fais un pas de fourmi, je réfléchis, je me fais aider, j'écoute, je rentre en lien.
- Olivia de Fournas
Et se faire accompagner, j'imagine aussi que c'est ne pas parler de la maladie à toutes les personnes qui vous entourent.
- Axelle Huber
Certains vont en parler très facilement. Beaucoup vont en parler très difficilement. Et beaucoup vont garder les choses. En fait, il suffit d'avoir une oreille, pas besoin de 36 000. Si vous avez une oreille attentive et ajustée, ça peut être totalement salutaire.
- Olivia de Fournas
Qu'est-ce que vous attendez de vos amis et de votre famille ?
- Axelle Huber
Alors la relation aux autres est le troisième type relationnel. À soi, à son aidé et aux autres, elle est très impactée aussi. Les autres peuvent soutenir ou au contraire compliquer le parcours de l'aidance.
- Olivia de Fournas
Comment ?
- Axelle Huber
La première chose peut-être, c'est que certaines personnes ne sont pas là. Ils ne sont pas présents parce que c'est trop dur pour eux. Parce qu'ils ne réalisent pas. Bon, il y a des tonnes de raisons qui leur appartiennent, mais en tout cas, ça va impacter les dents. Et bien sûr, ça va être très douloureux pour lui de se confronter à cette absence alors qu'il aurait eu besoin de cette aide. Et à l'inverse, il y a des gens qu'on n'attendait pas et qui sont là et qui vont être totalement salutaires. De manière générale, les proches, comme la personne aidante, vont commettre des maladresses. Enfin, vraiment, je tiens à dire que... c'est réciproque, il ne faut pas charger les dents et il ne faut pas charger non plus tout son entourage. Simplement, les dents, il a des circonstances atténuantes pour expliquer son agressivité parfois, parce qu'il est écorché vif, tellement la souffrance est forte. Donc, de part et d'autre, on peut avoir des jugements. Des proches vont dire à les dents qu'ils ne s'y prennent pas bien, qu'ils devraient faire comme ci ou comme ça. Et puis les dents vont juger que les proches sont absents, par exemple, et qu'eux aussi ne s'y prennent pas bien. Sur ce chemin de l'aidance, il y a cette confrontation aux maladresses d'amour, j'aime bien les appeler comme ça, de part et d'autre, des absences, des jugements, des comparaisons parfois. Ah ben, c'est plus dur pour toi parce que c'est ton enfant, ou c'est moins dur pour toi parce que c'est moins dur quand c'est un mari qu'un enfant, ou un parent. C'est moins dur pour toi parce que t'as plus d'aide. Tu peux avoir aussi beaucoup d'injonctions à être fort. Et parfois, ces injonctions, elles ont une raison d'être qui est archi légitime, qui est compliquée. C'est la manière et le ton, en fait, qui va être tellement douloureux pour la personne en souffrance. Moi, par exemple, je sais que je n'aime pas du tout quand on utilise les impératifs. Fais comme si et fais pas comme ça. Ou même des injonctions courage. Ça m'énerve. Allez, courage. Mais en fait, j'ai envie de dire, je t'emmerde. Non,
- Olivia de Fournas
on ne va pas pouvoir dire ça.
- Axelle Huber
Alors. J'ai envie de dire, zut. Alors voilà, courage, c'est vraiment quelque chose qui, pour moi, est assez agaçant et dur à entendre. Alors que si on me dit, je t'envoie tous mes encouragements, ce n'est pas du tout la même chose. Vous voyez la différence ?
- Olivia de Fournas
Vous préférez des amis qui vous parlent de Calix, de sa maladie, de son parcours de soins, ou qui n'en parlent pas du tout ?
- Axelle Huber
Évidemment qu'ils m'en parlent. En fait, s'ils ne m'en parlent pas, ils nient ma réalité. Donc, bien sûr, j'ai envie et j'ai besoin d'être en relation. J'ai besoin qu'on parle de Léonard. encore et qu'on fasse vivre son souvenir. J'ai besoin qu'on me demande comment ça va. Mais c'est vrai que parfois, je sens dans le regard des gens qu'ils peuvent ne pas me demander comment ça va. Non pas parce que ça ne les intéresse pas, pas du tout. C'est parce que c'est trop dur pour eux.
- Olivia de Fournas
Ou alors ils n'osent pas. Ou alors ils se disent la pauvre, elle est déjà toute la journée à s'occuper de son fils et je vais essayer de la distraire en lui parlant d'autres choses.
- Axelle Huber
Et bien c'est ça. Parfois, il y en a qui ont peur de mes larmes. Alors que moi, j'ai envie de leur dire, n'ayez pas peur de mes larmes. Ça fait partie de mon humanité. En plus, les larmes, elles sont bonnes. Elles génèrent de l'ocytocine. Donc, c'est bien de pleurer. Bon, si j'étais H24 à pleurer avec des grands sanglots, mais pleurer de temps en temps, c'est bon. Aussi, moi, ce que je constate, c'est qu'il a peur de ses propres émotions. Il a peur comme d'une contagion émotionnelle parce qu'il n'est pas à l'aise avec les émotions. D'où l'importance d'appréhender ce sujet-là des émotions, qui est vraiment un de mes grands combats aussi aujourd'hui. Et l'importance... D'être OK avec la souffrance, avec la vulnérabilité, avec la mort. Ça fait partie de la vie. Une fois que tu acceptes qu'il n'y a pas de vie sans souffrance, que notre vie, elle est faite de haut et de bas, il y a des méandres, il y a des moments où on est au plus bas et des moments où on est au plus haut. Et on porte les deux en nous. On porte en nous la résilience comme on porte en nous cette souffrance. Et c'est comme ça. Et c'est la vie. Donc plus je l'accepte et plus j'avancerai en fait.
- Olivia de Fournas
Et vous arrivez à transmettre cet optimisme à vos enfants ?
- Axelle Huber
Je ne sais pas si c'est de l'optimisme, mais en tout cas c'est du réalisme que oui, je crois que je réussis à le transmettre, si je peux dire ça humblement. Bien sûr,
- Olivia de Fournas
et dire à nos auditeurs comment vous faites.
- Axelle Huber
C'est pas à pas, c'est en accueillant les petites choses, en étant reliée avec le ciel et sans me regarder le nombril aussi, parce que je sais que ces ressources que j'ai au fond de moi et que c'est ma part de job d'aller les chercher, mais qu'elles me sont données comme un cadeau et qu'elles ne viennent pas de moi en fait. Pour moi, elles viennent de Dieu, donc j'ai à ouvrir les mains pour les accueillir et à me mettre en route pour les mettre en œuvre.
- Olivia de Fournas
Malheureusement, ce podcast touche à sa fin et j'ai quand même quelques questions de fin à vous faire découvrir dans ce podcast un beau jour. D'abord, les conseils que vous donneriez à quelqu'un qui apprend que son enfant est atteint d'une maladie difficile. Est-ce que vous avez un conseil particulier à donner ?
- Axelle Huber
Peut-être d'essayer de poser son sac à dos, qui est un peu un symbole de ses souffrances. On le pose, on l'ouvre. On regarde et on voit qu'il y a des pierres dedans, de différentes tailles, qui correspondent à chaque difficulté. Il y a des difficultés qu'on ne peut pas enlever. La maladie, la mort, l'absence, je ne peux pas l'enlever. Mais il y a peut-être des pierres que je peux enlever. Par exemple, la culpabilité. Telle injonction de telle personne. La fatigue de faire les repas tous les jours. Peut-être que ça, je peux l'enlever en allant demander de l'aide et en allant déléguer. Et c'est là où être accompagné, ça peut être aidant avec cette prise de recul. Je regarde. ce que je subis et ce que je peux ne plus subir. Je fais un petit pas, à 1%, parce que je suis acteur de ma transformation. Bien sûr, l'épreuve de l'aidance, c'est une réalité qui s'est imposée à moi, je ne l'ai pas choisie, vous avez dit tout à l'heure en introduction qu'on en était la victime collatérale. Mais sortir aussi de cet état de victime, d'arrêter de se plaindre, je crois que c'est aussi important. Donc je reconnais que je suis victime, mais j'en sors aussi en allant... faire un pas vers les autres pour demander de l'aide. Et donc, ça veut dire changer de paradigme par rapport à ce qui, aux yeux de la société actuelle, est important. On est dans une société de la performance, on est dans une société de la gagne. Et se montrer fragile, se montrer tel qu'on est, avec ses pertes, avec ses difficultés, moi, je crois que c'est ça le courage. Se montrer tel qu'on est, sans mettre de masque, et demander de l'aide au moment où on en a besoin. Et savoir aussi à qui demander de l'aide. parce que tout le monde n'est pas apte de savoir s'entourer d'une communauté de proches, amis et familles qui va être soutenante et qui va être valorisante aussi parce que quand on est aidant, il y a une vraie attente de l'estime de soi parce qu'on a tellement ces émotions tellement fortes que parfois on peut se dire qu'on est nul, que les autres seraient bien meilleurs. Donc c'est aussi vraiment prendre du recul.
- Olivia de Fournas
Vous demandez à vos enfants de vous aider, par exemple, quelquefois ?
- Axelle Huber
Comme n'importe quel parent va demander de l'aide à ses enfants, bien sûr. J'éduque, donc... toutes seules mes enfants depuis maintenant 13 ans, l'aîné ayant 22 ans bientôt. C'est une évidence que mes enfants ont à prendre leur part. En fait, si j'avais un conseil à donner, ce serait d'essayer de concrétiser cette parole de Jean, chapitre 13. « Si je ne te lave pas les pieds, tu n'auras pas de part avec moi » . qui était notre évangile de mariage et qui était aussi l'évangile qu'on a pris pour la messe d'enterrement de Léonard. Donc c'est comment faire en sorte que les autres aient une part avec soi et donc d'accepter de se laisser laver les pieds. Moi je dois laver les pieds de mon aidé, je ne parle pas au sens propre, même si ça a pu l'être quand même parfois et pour Léonard et pour Calyx, mais de laisser une part aux autres. En fait si je veux, j'ai besoin de me laisser rejoindre par le Seigneur, j'ai aussi besoin de me laisser rejoindre par les autres.
- Olivia de Fournas
Donc vous n'êtes pas toute puissante, vous n'avez pas toujours raison ?
- Axelle Huber
Bien sûr que non. En fait, il y a une question de balance bénéfice-risque entre à quel moment ça va être plus facile et aidant de faire moi-même, et à quel moment ça va être plus facile et aidant de lâcher cette pierre, cette difficulté. C'est là où on a aussi vraiment besoin de recul et de discernement. Et à qui je demande ? Et puis j'essaye d'impliquer Calixte également. Aujourd'hui, il est en fauteuil, mais par exemple, il épluche les légumes. Le week-end, c'est important de... de le valoriser.
- Olivia de Fournas
De ne pas tout faire à sa place.
- Axelle Huber
Bien sûr, c'est essentiel.
- Olivia de Fournas
Y a-t-il un livre qui vous a rejoint dans votre épreuve que vous voudriez nous recommander ?
- Axelle Huber
Je crois que si j'avais lu La ligne de crête des aidants il y a quelques années, ça m'aurait... C'est-à-dire votre livre,
- Olivia de Fournas
les éditions MAM qui viennent de sortir. Exactement,
- Axelle Huber
ça m'aurait aidée. Il y a un livre qui m'a marquée, c'est un livre qui s'appelle S'adapter de Clara Dupont-Mono. Oui,
- Olivia de Fournas
qui avait eu le prix féminin même.
- Axelle Huber
Peut-être, sûrement. C'est un livre qui m'a énormément touchée. qui raconte l'histoire d'un enfant qui est différent, d'un enfant qui est handicapé et son interaction avec ses frères et soeurs. Donc là, le sujet central, c'est le sujet des enfants. On a l'aîné qui va être totalement fusionnel avec l'enfant handicapé, surprotecteur et qui passe à côté de sa vie, d'enfant en tout cas. On a la soeur qui va être, elle, dans une grande réaction de colère et beaucoup plus de retrait. Et puis après la mort de l'enfant handicapé, on a les parents qui ont un autre enfant, un quatrième enfant. Et donc c'est vraiment l'histoire de l'aidance, l'histoire des jeunes aidants en fait. L'histoire de la maladie, du handicap raconté par d'autres enfants, avec un balayage très complet des différentes situations qu'on retrouve le plus souvent, entre l'attitude ultra protectrice et fusionnelle, l'attitude de retrait. et puis... L'enfant qui naît après, est-ce qu'il est l'enfant médicament d'un point de vue psychologique pour ses parents et pour le reste de la fratrie ? C'est très intéressant, c'est très fin.
- Olivia de Fournas
Ça vous a parlé à vous ?
- Axelle Huber
Pas vraiment dans mon histoire, mais ça m'a touchée.
- Olivia de Fournas
Quelle est votre prière préférée ou celle qui vous a rejoint dans cette épreuve ?
- Axelle Huber
Une prière qui me rejoint dans cette épreuve, ce sont les béatitudes. Tu peux la lire ?
- Olivia de Fournas
Oui, bien sûr.
- Axelle Huber
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, Car le royaume des cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute, et si l'on dit faussement toutes sortes de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux.
- Olivia de Fournas
C'est une belle manière de terminer ce podcast. Vous arrivez à vous réjouir dans cette perspective de retrouver Léonard aux cieux. Oui.
- Axelle Huber
Oui, je crois qu'on peut dire ça. Et ce texte, il me donne de la joie. Il me donne la banane, oui.
- Olivia de Fournas
Et notre dernière question surprise, si vous aviez le Christ en face de vous, qu'est-ce que vous lui diriez ?
- Axelle Huber
Je crois qu'il n'y a rien qu'il ne sache déjà. Donc, je cours dans ses bras, comme sur le tableau.
- Olivia de Fournas
Voilà, on boucle de manière formidable ce podcast. Merci beaucoup, Axelle Hubert. Je pense que votre livre et ce podcast vont beaucoup aider les parents. tous les aidants qui sont de plus en plus nombreux. Merci. Merci, Olivia. Merci pour votre écoute et merci d'être toujours plus nombreux à écouter Un Beau Jour, à vous abonner, à partager cet épisode sur les réseaux sociaux et à mettre 5 étoiles et des commentaires sur Apple Podcasts et Spotify. Et pour découvrir d'autres témoignages de feu, vous pouvez bien sûr écouter les épisodes du podcast. mais aussi lire chaque semaine nos rencontres dans le magazine Famille Chrétienne. Pour découvrir d'autres témoignages de feu, vous pouvez bien sûr écouter les autres épisodes du podcast, mais aussi lire chaque semaine nos rencontres dans le magazine Famille Chrétienne. Et enfin, n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts, Tous Saints, Maman Prie, Sexo, Sacrée Histoire et d'autres encore. Encore merci et à dans 15 jours pour le prochain épisode.