Speaker #0Bonjour à toutes et bienvenue dans Un Temps pour Naître. Aujourd'hui, j'ai envie de parler avec vous d'un sujet à la fois délicat, mais aussi un sujet important, notamment dans ma pratique. C'est peut-être un des sujets les plus importants que j'ai eu envie d'aborder ici, c'est le traumatisme que certaines femmes peuvent vivre à l'accouchement. Alors avant de commencer, je voudrais prendre un instant pour vous dire quelque chose. Si vous avez vécu un accouchement difficile, Cet épisode risque de remuer des choses en vous, c'est normal. Alors sentez-vous complètement libre d'écouter à votre rythme, de faire des pauses, de revenir plus tard. Ou même de ne pas écouter l'épisode aujourd'hui si ce n'est pas le bon moment. Et idem, si vous êtes enceinte et que c'est un sujet sensible pour vous, jaugez si c'est opportun d'écouter la question du traumatisme ou pas ça, chacune d'être libre. Pourquoi j'ai envie de parler de ce sujet ? Parce que dans mon cabinet, en tant que... Thérapeute spécialisée en périnatalité en utilisant l'outil EMDR, je reçois régulièrement des femmes qui portent leur accouchement comme un poids. Parfois depuis plusieurs semaines et parfois depuis des années. Et ce que j'observe, c'est que beaucoup d'entre elles n'ont jamais pu vraiment en parler, soit à personne ou soit pas de façon approfondie. Alors l'idée aujourd'hui, ce n'est pas de vous faire un cours magistral sur le stress post-traumatique ni de poser un diagnostic à distance. Je ne peux pas faire ça. C'est pas mon rôle, mais l'idée c'est plutôt de réfléchir ensemble, de mettre des mots, d'ouvrir un espace où se vécu déjà a le droit d'exister. Avant toute chose, une question qui me paraît simple mais qui ne l'est pas du tout, qu'est-ce qu'on appelle au juste un accouchement traumatique ? Spontanément, quand on entend accouchement traumatique, on imagine des situations extrêmes, une grosse hémorragie, une césarienne en urgence absolue, un bébé transféré en réa. Et bien sûr, ces situations-là existent et peuvent laisser des traces très profondes. profonde. Mais ce que j'aimerais vous dire aussi, c'est que, et c'est peut-être le message le plus important de mon épisode, le traumatisme ne se définit pas par la gravité médicale factuelle de l'événement, il se définit parce que vous, vous avez vécu à l'intérieur. Je le redis autrement parce que c'est vraiment central, c'est pas le dossier médical qui fait le traumatisme, c'est le vécu. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'un accouchement qui s'est bien passé. Je mets des guillemets avec mes doigts, mais ça se voit pas. Sur le papier, un bébé en bonne santé, pas de complications visibles majeures, une durée dans les normes, peut avoir été vécu dans une peur très intense, un sentiment d'impuissance, dans l'impression de perdre complètement le contrôle de ce qui est arrivé à votre corps, ou dans cette sensation terrible de ne pas être entendu, de parler et que personne ne vous aide. Et à l'inverse, parce que tout dépend de chaque histoire et de chaque femme, un accouchement médicalement très compliqué peut être traversé sans traces traumatiques, peut être... Plutôt bien digéré, parce que, par exemple, la femme s'est sentie informée, respectée, entourée à chaque étape. Et ce n'est pas ce qui arrive qui blesse le plus, c'est souvent la façon dont on le traverse et avec qui. Je vais vous partager quelque chose que j'observe très souvent. Consultation au MDR, beaucoup de femmes commencent leur récit par cette phrase ou une variante de cette phrase. Je sais que je ne devrais pas me plaindre, tout va bien maintenant, le bébé est en bonne santé, mais... Et tout est dans ce mais. Tout ce qui n'a pas pu être dit, tout ce qui a été refoulé parce qu'apparemment il n'y avait pas de raison d'aller mal. Et parfois, c'est même pas en EMDR que je vois les personnes, c'est en soins postpartum. Et c'est là où on peut venir déceler potentiellement un impact traumatique. Alors peut-être que vous vous reconnaissez dans cette phrase, et j'aimerais vous dire ceci. Personne n'a approuvé que son accouchement était assez grave pour avoir le droit d'en souffrir. Votre vécu n'a pas besoin d'une validation médicale pour être légitime. Il est légitime juste parce que c'est le vôtre. Tout ceci étant dit, on peut se demander concrètement comment ça se manifeste un accouchement traumatique, parce que ce n'est pas toujours spectaculaire, on ne peut pas toujours être sûr d'avoir été traumatisé loin de l'autre. Il y a des manifestations qui sont visibles, reconnaissables, comme des images qui reviennent sans prévenir. Vous êtes en train de faire autre chose et d'un coup, une scène de l'accouchement s'impose à vous, avec parfois des sensations, des sons, des odeurs. Il peut y avoir des cauchemars, il peut y avoir l'évitement. Ne pas supporter, par exemple, de repasser devant la maternité, couper les récits d'accouchement des copines, quitter la pièce quand le sujet arrive. Il y a un état d'alerte permanent, une hypervigilance, comme si le corps restait sur le qui-vive alors que le danger est passé. Puis il y a autre chose dont on parle peu, mais que j'aimerais bien nommer ici. Parfois, une difficulté à se sentir reliée à son bébé. Une distance, un décalage entre l'amour qu'on devrait ressentir, encore une fois, je mets des guillemets, et ce qu'on ressent vraiment. Et je vois la honte. que ça génère chez les femmes qui les vivent. Alors je le dis clairement, c'est pas un défaut de votre part, c'est pas un défaut d'amour. C'est souvent le signe que quelque chose en vous est encore occupé à survivre à ce qui s'est passé. Le lien n'est pas cassé, il attend que vous alliez mieux en fait. Et puis en dehors de ces traces assez visibles, il y a d'autres traces un peu plus discrètes, celles qui ne ressemblent pas à ce qu'on imagine d'un traumatisme. Des phrases comme « je ne veux plus revivre ça » . Parfois, ce n'est pas tant l'événement lui-même qui est difficile, mais c'est la perspective d'un deuxième enfant ou d'un autre enfant qui devient insupportable. Non pas par choix, mais par peur. Et puis parfois, on pense que c'est digéré, mais c'est le corps qui parle. Par exemple, on va avoir une montée de larmes quand on va évoquer son accouche. Il peut y avoir un malaise à l'approche de la date d'anniversaire. de la naissance, de l'anniversaire de votre enfant. Comme si c'était l'anniversaire de votre enfant, mais aussi l'anniversaire d'autre chose de moins agréable. Alors, une nuance importante, avoir été bousculé émotionnellement par son accouchement, ce n'est pas forcément traumatique. Mettre au monde un enfant, c'est une expérience immense qui peut laisser des traces émotionnelles fortes, des questions, parfois des regrets, sans que ça relève du traumatisme. Toutes ces émotions difficiles n'ont pas besoin d'une étiquette. Il ne s'agit pas de vous autodiagnostiquer en écoutant l'épisode. Il s'agit d'abord de vous reconnaître et de vous dire, ah ok, déjà il y a ça, et ce que je vis a un sens et peut-être un besoin derrière. Parce que le message que je veux vous laisser ici, c'est de vous dire que ces réactions, déjà c'est pas des faiblesses, c'est pas des bizarreries de votre part, parce que des fois on se sent vraiment pas normal, c'est totalement humain, compréhensible, et c'est des réponses à un événement qui vous a dépassé sur le moment, par rapport à ce que vous pouviez absorber. Et puis... Il y a une question que beaucoup de femmes se posent, qu'elles peuvent me poser au cabinet de façon explicite ou implicite, presque parfois en s'excusant, en se demandant, mais pourquoi moi, pourquoi moi j'arrive pas à dépasser, à passer à autre chose, alors que d'autres y arrivent bien ? Alors je fais un petit décroché, parce qu'à mon sens, cette question mérite qu'on élargisse notre regard. D'abord, un petit mot sur ce que dit la science par rapport au fonctionnement de la mémoire. Quand on vit un événement qui nous déborde, où il y a trop de... de peur, trop d'impuissance, ça va trop vite, c'est trop fort. Notre cerveau n'a pas le temps de le traiter comme un souvenir ordinaire. Un souvenir ordinaire, c'est quelque chose qui se range dans notre esprit, qui prend sa place dans notre histoire avec une date, un début, une fin. On peut le raconter, il appartient au passé. La mémoire traumatique, elle, ne se range pas. Elle reste à vif et c'est pour ça que certaines images reviennent avec autant d'intensité. Pour une partie de votre cerveau, ce n'est pas un souvenir, on est encore dedans, c'est encore en train de se passer. Et j'insiste sur un point, ce mécanisme n'est pas dysfonctionnel. C'est même l'inverse, c'est une tentative de protection de votre système nerveux qui garde l'alerte allumée parce qu'il a enregistré un danger qui n'est pas passé. Votre cerveau n'est pas en train de vous trahir, il essaie maladroitement de vous protéger. C'est purement biologique. Mais au-delà de l'individuel, il y a aussi à mon sens une dimension collective dans la souffrance liée à l'accouchement. On vit dans un système de soins souvent pressé, en tension, où les naissances s'enchaînent. Les gestes sont parfois posés sans explication, sans qu'on prenne le temps de demander et de prévenir, d'attendre une réponse. Des femmes, beaucoup de femmes, racontent avoir eu le sentiment que leur corps ne leur appartenait plus, que les choses se faisaient sur elles plutôt qu'avec elles. Et je vais être très claire, parce que vous savez que je refuse des oppositions de camp, il ne s'agit pas de faire, pour moi, le procès des soignants. J'en côtoie beaucoup, et l'immense majorité fait un travail admirable, dans des conditions qui sont souvent maltraitantes aussi pour eux. Le problème ? C'est souvent pas une affaire de personne, ça peut arriver quand même, mais c'est un système qui manque de temps, de moyens et parfois de la culture du consentement qui est pourtant la base du respect humain. Et puis il y a autre chose, c'est le silence après. Le silence social que vous connaissez peut-être. Cette phrase prononcée dans les meilleures intentions, l'essentiel c'est que bébé aille bien. Bien sûr que c'est essentiel, bien sûr. Cette phrase, aussi bienveillante soit-elle, referme la conversation avant même qu'elle ait commencé. Elle dit sans le dire, ton vécu à toi, on n'en parle pas. Et donc la femme, elle apprend à se taire, à sourire sur les photos, à répondre ça va, quand on lui demande d'ailleurs. Alors, voilà ce que j'aimerais que vous entendiez vraiment. Si vous portez ça seul et en silence, ce n'est pas parce que vous êtes trop fragile, parce que c'est souvent ce qu'on peut se mettre en tête, c'est parce que, notamment, notre société offre très peu de place aux récits des femmes après la naissance. Et au suivi des femmes tout court, que ce soit physique, psychologique. Alors, votre solitude, elle est vraiment liée à ça. Et un manque collectif, ça ne se répare pas en vous demandant à vous d'être plus forte. Et alors, bien sûr, la question qui vient ensuite, naturellement, c'est est-ce qu'on peut se remettre de ça ? Et là, j'ai envie de vous répondre avec beaucoup de précaution, mais aussi beaucoup d'espoir, quand même. Oui, on peut se réparer. Je le vois, semaine après semaine, dans le cabinet, et je vais vous partager quelques pistes. Je ne vais pas vous partager une méthode toute faite, évidemment. On parle de quelque chose de très délicat. C'est une matière délicate, le traumatisme. Je vais vous proposer des chemins possibles parce qu'il n'y a pas une seule bonne façon de faire et que tout dépend de vous, de votre histoire, de là où vous en êtes, de vos choix. Le premier chemin souvent c'est simplement de pouvoir raconter. Raconter son accouchement à quelqu'un qui écoute vraiment, sans vous couper, sans relativiser, sans déguerir. Le fameux « oui, mais le bébé va bien » . Ça peut être une amie, votre compagne ou votre compagnon, une sage-femme, un professionnel ou pas. Ce besoin de déposer son récit, il est fondamental. Dans beaucoup de cultures, d'ailleurs, le récit de naissance avait une place, un temps, presque un rituel. Nous avons un peu perdu ça, et bon, nos métiers existent aussi pour ça. Pour certaines femmes, il y a aussi un besoin de comprendre, de reconstituer le fil de ce qui s'est passé, parce que dans le tumulte du moment, il y a des trous, des zones d'ombre, des zones de flou, des décisions qu'on n'a pas comprises. Sachez que vous avez le droit de demander votre dossier médical. Vous avez le droit de solliciter un entretien à la maternité pour poser vos questions. Même des mois après. Certaines femmes en ressentent un grand apaisement. Les pièces du puzzle peuvent se remettre en place, la plupart du temps. Et parfois, ça ne suffit pas. Parce que la mémoire traumatique, celle dont je vous parlais tout à l'heure, celle qui reste à vif, elle ne se résonne pas. On peut avoir tout compris intellectuellement et continuer de trembler en y pensant. C'est là qu'un accompagnement thérapeutique spécialisé en trauma peut vous aider. Je vous en dis un mot depuis ma pratique, sans vouloir faire une pub. Vous me connaissez, la thérapie comme l'EMDR par exemple, travaille précisément là-dessus. Ça aide le cerveau à faire ce qu'il n'a pas pu faire sur le moment, à retraiter l'événement, à le ranger enfin du côté du passé. Alors le souvenir ne disparaît pas, ce n'est pas de l'amnésie, de l'effacement, ce n'est pas du tout ce qu'on lui demande, mais il arrête de faire mal de la même façon. Ça devient une histoire qu'on peut raconter plutôt qu'une scène qu'on revit à chaque fois. Et je veux être honnête avec vous, je ne vous promets pas de miracle ni de délai dans les thérapies. Il n'y en a pas. Chaque cheminement a sa propre temporalité. Certaines femmes viennent quelques semaines après leur accouchement, d'autres franchissent la porte dix ans plus tard, parfois au moment d'une nouvelle grossesse qui réveille tout. Il n'y a pas de bon moment universel, il y a votre moment. Ce que je peux vous dire, en revanche, c'est ce que j'observe dans les séances. Déjà, il y a ce premier moment, souvent à la première séance, où la femme réalise que son vécu est entendu. Pas relativisé, pas minimisé, juste entendu. Il y a déjà quelque chose qui se détend avant même l'étape thérapeutique. Comme si elle posait enfin un sac qu'elle portait depuis longtemps ou pas. Mais on pose les valises. Vous l'aurez compris, je pourrais vous en parler pendant des heures, mais avant de nous quitter, j'aimerais vous laisser quelques questions. Pas des questions pièges, des questions à laisser infuser. Prenez le temps, dans les jours qui viennent, dans un moment calme, de vous demander si vous avez déjà accouché et que vous sentez que vous êtes concerné, comment je me sens aujourd'hui quand je repense à mon accouchement ? Est-ce que j'ai déjà pu le raconter vraiment en entier à quelqu'un qui m'écoutait ? Et si je sens que je porte encore quelque chose, de quoi j'aurais besoin pour commencer à le déposer ? Il n'y a pas de bonne réponse à ces questions. La seule bonne réponse, c'est la vôtre. Et le fait de les poser, c'est déjà un pas. C'est déjà prendre soin de vous et de votre histoire. J'espère Merci. sincèrement que cette réflexion vous aura nourrie, qu'elle aura peut-être apporté des clés, mis des mots sur des choses que vous portiez sans trop pouvoir les nommer, qu'elle vous aidera peut-être à accueillir le récit d'une amie, d'une sœur, d'une femme de votre entourage cas échéant. Et pour terminer, j'aimerais vous dire déjà que vous êtes libre, libre de votre rythme, libre de votre propre cheminement, de ce que vous ferez ou ne ferez pas de cet épisode. Il n'y a pas une seule bonne façon de traverser ce que vous traversez. Il y a des femmes qui viennent tout de suite après l'accouchement pour purger leur vécu avant que ça s'installe. Et il y a des femmes qui viennent vraiment des années après. Et puis, il y a peut-être d'autres choses qui vous feront du bien. En tout cas, rappelez-vous que vous méritez d'être soutenues. Vous n'avez pas à porter ça seul. Merci du fond du cœur d'avoir été là, d'avoir pris le temps d'avoir écouté cet épisode. Merci d'avoir pris ce temps pour vous avant tout. Et merci de votre confiance et de votre fidélité, épisode après épisode. Je vous souhaite un très beau cheminement. Prenez bien soin de vous. Et je vous retrouve la semaine prochaine dans un nouvel épisode. A bientôt.