- Edwige
Je vous fais une intro préalable à cet épisode de podcast parce que c'est un épisode que j'ai enregistré en duo avec une femme assez exceptionnelle. Elle s'appelle Séverine. Je ne vais pas vous la présenter en détail parce qu'elle le fait au cours de notre entretien. Mais pour introduire l'épisode qui vous attend, je peux vous dire que si vous vous apprêtez à allaiter, que ce soit la toute première fois ou que vous ayez déjà allaité, mais que vous projetez un autre allaitement, avec Séverine, on parle, on va un peu plus loin que les conseils. qu'on peut entendre à droite à gauche, ou les tutos autour de l'allaitement, on est vraiment sur la grande transformation des femmes, des couples, et tout ce que ça implique dans la relation avec l'enfant. Donc vraiment c'est un épisode qui même moi m'a fait beaucoup de bien, moi qui suis enceinte actuellement. Je ne vous en dis pas plus, mais je tenais à vous partager déjà le grand principe de l'épisode qui vous attend, mon ressenti, pour que vous puissiez vous savoir un peu à quoi vous attendre. Alors c'est un épisode que j'ai coupé en deux, parce qu'il est long la conversation du Runeur. Donc pour respecter le format classique du podcast et aussi moi qui suis consommatrice de podcast, je sais qu'un épisode d'une heure parfois ça peut me rebuter. Donc je l'ai coupé en deux pour que vous puissiez vous repérer un peu plus facilement dans votre écoute et puis l'écouter en deux fois si le cœur vous en dit ou même plus évidemment, vous êtes totalement libre. Allez, je vous laisse avec notre échange. Bonne écoute à vous. Bonjour et bienvenue dans Un Temps pour Naître pour un épisode vraiment super important. Pour tous les futurs et jeunes parents, on va parler allaitement et portage avec Séverine Martial. Bienvenue Séverine dans le podcast.
- Séverine
Bonjour Edwige, merci de m'avoir invitée.
- Edwige
Avec grand plaisir. Est-ce que pour introduire notre sujet, tu veux bien nous raconter déjà un peu ton parcours et ce qui t'a amené à t'intéresser notamment à cette question de l'allaitement maternel ?
- Séverine
Oui, c'est une grande question. Du coup, moi je suis infirmière de formation, donc j'ai 55 ans, donc ça fait un petit moment que j'ai fait mes études. Donc infirmière de formation, et je me suis tournée au tout départ sur un tout autre domaine qui était la réanimation, les urgences, etc. Donc rien ne me prédisposait à l'allaitement et à tomber en amour sur ce sujet-là. Ce qui s'est passé, c'est qu'entre-temps, j'ai eu des enfants, et j'en ai eu quatre. Et donc, dès le premier, j'ai commencé à me poser des questions en me disant... Alors déjà, je ne me suis jamais dit, je vais allaiter ou pas allaiter. C'était un peu comme ça. Je ne me souviens pas m'être posé cette question-là. Et donc, j'ai allaité. Et puis, ça s'est passé avec le parcours de beaucoup de mamans. plus ou moins de difficultés. Et un jour, j'ai une lymphangite, une mastite, et le médecin me dit, il faut arrêter, il faut tirer son lait, il faut le jeter, c'est un poison, etc. Bon, c'est bizarre. Mais après tout, je me dis, bon, pourquoi pas, il sait, lui. Donc voilà. Et puis, je rencontre une personne qui était à l'année de fénie et qui me dit... mais pourquoi t'as fait ça, c'est dommage, tu as dû arrêter ton allaitement, parce que forcément mon allaitement, quand on est à 3 mois et qu'on tire le lait et qu'on jette, ça ne dure pas très longtemps. Et du coup mon allaitement s'est arrêté, elle me dit mais c'est trop dommage, etc. Et là j'ai dit, ah bon, on peut allaiter, puis on peut allaiter longtemps. Et en fait ce n'est pas du tout ce que j'avais appris à l'école d'infirmière, où la seule chose que j'avais retenue c'est qu'on risquait de rendre des enfants autistes. sur le sevrage de l'allaitement. Donc, autant dire qu'un truc…
- Edwige
Waouh, une belle croyance, fausse croyance.
- Séverine
Ah ouais, c'est un truc de dingue. Et en fait, j'ai remonté qu'en effet, en psychiatrie, dans le domaine de la psychiatrie, c'est quelque chose qui est assez souvent noté, comme le sevrage étant un moment de risque. Donc maintenant, il ne faut pas inquiéter les mamans, ce n'est pas du tout vrai en fait. C'était des belles croyances exactement. Voilà, et donc suite à cet allaitement, comme ça je me dis, mais enfin, moi j'ai quand même un rôle à jouer, je suis infirmière, je suis dans le milieu hospitalier, et je vois qu'il n'y a rien qui est fait pour soutenir les mamans, pour dépasser les difficultés qu'on va rencontrer. Les professionnels de santé, même les sages-femmes, n'y connaissent rien. Les médecins non plus. Et du coup, qu'est-ce que je dois faire dans cette vie pour que les choses changent ? En gros, ça en était là. Et donc, j'ai créé un réseau de soutien à l'allaitement maternel pour soutenir les professionnels de santé, c'est-à-dire leur apporter des connaissances, soutenir les parents en proposant des consultations gratuites sur le département de la Loire, où j'habite. Et donc, pour ça, j'ai fait appel au ministère de la Santé pour avoir de l'argent. et des subventions et j'ai commencé à créer ce réseau. Voilà, et donc c'est arrivé un peu comme ça dans ma vie, mais j'ai été tout de suite passionnée, parce que passionnée d'apprendre comment le corps, il fonctionne et comment tout est fait, toute cette magie qui est faite. Alors, on le connaît aussi de la grossesse, la conception du bébé, etc. Et en fait, toute cette magie, elle se prolonge avec l'allaitement et j'avais besoin d'explorer ça. Et donc, voilà comment je suis arrivée dans ce parcours. Et donc, évidemment, je me suis formée comme consultante en lactation. À ce moment-là, il n'existait rien en France. Je suis allée en Suisse. Et c'est aussi là où j'ai découvert le portage qui va être la suite de ma vie derrière, entre l'allaitement, le portage, ce qui est pour moi un lien très important. Voilà. Donc, l'allaitement, c'est vraiment quelque chose qui guide encore mon chemin. tellement je trouve ça épassionnant sur tout ce que ça va impliquer derrière en fait c'est pas qu'une petite décision c'est quelque chose, c'est un chemin qui va nous construire mer, qui va nous construire la force, qui va nous prolonger en fait nous mettre une certaine puissance je suis épatée par ton parcours et je suis assez choquée oui et non
- Edwige
Mais t'es jeune, enfin t'es plus jeune que ma maman, donc ça veut dire que tes enfants ont certainement mon âge, voire sont plus jeunes, et on constate qu'il n'y avait vraiment pas d'accompagnement. Et moi je suis une maman très jeune, j'ai une fille qui a 16 ans, j'ai allaité aussi sans à aucun moment me poser la question en amont, j'ai juste acheté un biberon, une boîte de lait, puis je me suis dit on verra bien. j'ai allaité 18 mois mais c'est vrai que quand j'ai rencontré des gros questionnements En postpartum immédiat, au retour à la maison, j'étais complètement larguée. Eh bien, j'ai appelé l'hôpital à côté de chez moi, la maternité. On m'a dit non, mais débrouillez-vous. Clairement, on me l'a dit comme ça. J'ai eu de la chance, je n'ai pas eu de grosses complications. Mais en fait, quand j'entends que les professionnels de santé eux-mêmes, qui sont censés être les référents, en fait, même le diplôme ou le DU, je ne sais pas ce que c'est, un consultant en lactation, en fait, il est super récent. Je pensais que c'était plus vieux que ça.
- Séverine
Oui, oui, ça a été en France, ça a commencé, je pense, en 2004-2005, quelque chose comme ça, parce que moi, je me suis formée avant en France. Et à ce moment-là, moi, quand j'ai commencé ce réseau, réellement, les sages-femmes avaient deux heures, quatre heures sur l'allaitement sur quatre ans d'études à ce moment-là. Donc, autant dire pas grand-chose. Et les médecins avaient à peine une heure. qui étaient dispensées, donc autant dire rien. Et avec ça, on voulait que les mamans soient accompagnées. En fait, on se rend compte de l'histoire de l'allaitement. L'allaitement, ça a bien évidemment toujours existé, sinon l'humain ne serait pas là, tout simplement. Et c'est qu'à partir de 1920 que ça a commencé à merdouiller, on va dire ça comme ça, avec l'introduction des... des biberons de lait, pour une raison très simple, c'est que les femmes travaillaient plus, et qu'on n'a pas pu faire trop autrement, et puis comme ils ont vu que ça faisait mourir des enfants, de donner du lait de vache, de chèvre, peu importe, il y avait trop de mortalité, il y avait un problème d'hygiène également, et du coup on a commencé à inventer de la poudre, qui allait substituer le lait maternel, et après il fallait vendre cette poudre, il fallait gagner de l'argent, et donc on a... désappris le geste de l'allaitement. Et maintenant, nous sommes en train de faire l'inverse, à réapprendre aux femmes à allaiter. Et ce n'est pas si facile. Ce n'est pas si facile de réapprendre parce que des idées, on nous a tous mis des idées dans la tête. Ton laïc n'est pas bon, pas assez nourrissant, etc. Mais tout ça, ça s'est construit au fil des années. Et maintenant, moi, j'ai quand même tendance à dire, on peut... Peut-être un peu plus faire confiance aux professionnels de santé sur l'allaitement, mais pas toujours. Il faut toujours quand même être renseigné aussi par soi-même. Des fois, on peut super bien tomber, puis des gens vraiment qui vont accompagner. Puis des fois, il faut juste se rappeler quand même que chaque femme choisit à un moment donné, si elle devient mère, si elle veut allaiter ou pas, et qu'elle soit professionnelle de santé ou pas. Ça veut dire que du coup, chaque professionnelle de santé va avoir à faire un choix sur cet allaitement. Et donc, quand on n'a pas choisi d'allaiter, qu'on accompagne des gens qui allaitent, Qu'est-ce qui se passe ? On peut se poser quand même cette question.
- Edwige
Ok, mais je pense que c'est, de façon plus large, en tant qu'accompagnante aussi, ce que tu dis là, ça fait sens pour l'allaitement, pour l'accouchement, pour tout ce qui concerne les grandes étapes physiologiques, qu'on a beaucoup transformées pour plein de raisons politiques, sociales, depuis un siècle environ, et c'est vrai qu'on est beaucoup dépossédés de... ce que notre corps est capable depuis la nuit des temps et c'est pas facile aujourd'hui de trouver son petit bonhomme de chemin entre une vision très médicalisée et très dépossédante non ton lait n'est pas bon tu n'es pas capable en fait et un message hyper physiologique et trouver son sa voix là-dedans, encore faut-il être au courant de comment ça se passe réellement c'est mon créneau à moi en tout cas Merci. dans le podcast et dans les accompagnements, donc je te rejoins complètement. Il faut quand même qu'on parle de quelque chose. Tu n'es pas restée complètement soignante. Tu as fondé une entreprise. Tu veux nous en parler un petit peu ?
- Séverine
Alors en fait, ça s'est passé de manière très, très naturelle. Moi, quand j'ai fait la passionnée de l'allaitement, je fais ce réseau, je fais des consultations d'allaitement. Mes consultations d'allaitement sont blindées. Je n'arrive plus à rentrer à suffisamment de monde. Donc je me dis... Bon, il faut trouver une autre solution parce que les mamans venaient chercher un soutien, venaient se réassurer. Elles ne venaient pas forcément, elles n'avaient pas de problème d'allaitement, mais elles venaient simplement parce que du coup, c'était un peu le seul endroit où elles pouvaient se soutenir. Je me suis dit, bon, on va faire autrement, on va les mettre ensemble. Et donc, je crée une association de soutien à la parentalité à ce moment-là. Et donc, je les réunis pour des cours de massage, de portage, du chant. vraiment des moments où on passait du temps ensemble et où en fait elles se soutenaient les unes les autres. Et ce qui fait que ça désengorgeait mes consultations. C'était très stratégique, mais ça désengorgeait mes consultations. Et tout en même temps qu'elles finalement se conseillaient elles-mêmes, elles se soutenaient et elles n'avaient plus forcément besoin de moi, elles n'avaient besoin de moi que dans des problèmes. Et c'est là où je me suis dit, tiens, c'est super aussi quand on est dans une région de tissage. ça serait cool de faire nos propres écharpes de portage. Parce que j'avais découvert le portage en Suisse. Là aussi, je me suis dit, mais c'est trop bien ça, parce que j'avais déjà deux enfants à ce moment-là. Donc, voilà. Et donc, j'ai commencé à aller voir un tisseur et j'ai créé des écharpes de portage au départ, des slings, des écharpes de portage. Et pour pouvoir vraiment continuer à soutenir l'allaitement, et parce que c'est un outil pour moi indispensable à la parentalité. Ce n'est pas qu'à la lèche-mort, à la parentalité en général. Et donc, après, je me suis pris au jeu aussi de cette entreprise qui fait aussi des soins pour les bébés à base de plantes. Et voilà, donc je suis devenue aussi la fondatrice et la dirigeante de Néobul. Mais j'ai continué pendant de très nombreuses années encore la consultation d'allaitement, puisque j'ai continué pendant dix ans, après le départ de Néobulle, à continuer mes consultations. Donc là maintenant, je les ai un petit peu… Forcément, on ne peut pas tout faire, il y a un moment où on choisit un peu les choses, mais le réseau de santé existe toujours, le réseau de soutien à l'allaitement maternel existe toujours. sur notre département. Et donc, moi, j'ai continué l'entreprise.
- Edwige
Waouh ! Quel parcours ! Et tu es maman aussi, de quatre enfants, je crois, c'est ce que tu as pu... Oui, c'est ça,
- Séverine
quatre enfants.
- Edwige
Waouh !
- Séverine
Quelle énergie ! On peut tout faire parce que je suis portée par quelque chose. Je suis portée par vraiment cette parentalité naturelle, par... par belle. Le départ, c'est la grossesse, c'est l'accouchement naturel, c'est l'allaitement, c'est d'être... d'élever bien haut ce petit bébé qu'on va choyer pour en faire un adulte bien dans ses baskets. Moi, c'est quelque chose que j'ai découvert parce que je n'ai pas eu ça comme parcours enfant. Et je pense que c'est vraiment quelque chose qui m'anime. Et voilà, donc ma mission de vie, elle est comme ça. Elle est d'essayer de démocratiser tout ça, d'essayer de porter ma pierre à l'édifice comme toi, Edwige, sur le travail que tu fais aussi. C'est exactement, on est des passionnés. Et la passion, elle apporte beaucoup d'énergie en général.
- Edwige
Oui, je suis bien d'accord. Et je trouve ça vraiment chouette que derrière Néobul, qui est une marque, il y ait aussi toute cette flamme derrière et que le... l'idée de créer ces écharpes, elles soient en continuité. Alors justement, j'aimerais bien t'interroger, je ne sais plus si c'est pendant notre petit brief avant l'épisode ou au début de l'épisode, mais à un moment tu as dit que l'allaitement va... Non, je crois que c'est avant. Le fait d'allaiter, ça va... C'est pas juste un choix, ça va changer notre façon d'être mère. Est-ce que tu veux bien expliquer un peu ça ?
- Séverine
En fait, l'allaitement, ça va mettre en œuvre des hormones qui vont augmenter, j'allais dire, je ne sais pas comment on peut dire ça, qui vont intuitivement ou naturellement augmenter l'attachement à ce bébé et à la responsabilité qu'on va avoir de ce petit être nouveau. Et ces hormones qui sont notamment la prolactine, vont faire ce lien continu qui va grossir chaque jour un petit peu plus pour se sentir mère. On devient plus facilement mère quand on alète, malgré que ce soit plus difficile parce qu'on alète et que du coup c'est plus difficile d'aléter parce qu'on est en jeu personnellement. physiquement, mentalement, on a tout ça. Mais d'un autre côté, les hormones nous aident à trouver les réponses à plein de choses. Et c'est pour ça aussi des fois qu'on pleure un petit peu plus, parce qu'on est un petit peu plus perdu, on est plus en jeu en fait. L'allaitement nous apporte ça, c'est-à-dire qu'on est plus mobilisé. C'est peut-être le mot mobilisé... Je ne veux pas... que ça soit interprété comme dénigrant les mamans qui n'allaitent pas. Pas du tout, parce que je vais vous dire aussi autre chose. On ne choisit pas d'allaiter. C'est quelque chose d'important. C'est-à-dire que c'est une histoire. C'est une histoire de nous enfants, de nous bébés. C'est une histoire d'une famille. Et ce n'est pas, on ne dit pas je veux allaiter ou je ne veux pas allaiter comme un choix conscient. C'est un choix en partie inconscient. C'est une continuité de famille ou ça ne l'est pas. Et du coup, il ne faut pas être, j'allais dire, il n'y a pas de culpabilisation à avoir. On peut choisir d'allaiter, de ne pas allaiter par exemple les deux premiers enfants, d'allaiter le troisième parce qu'on a vu qu'on pouvait devenir maman, ça s'est bien passé et on peut passer à une autre étape. Parce que dans sa famille, on n'a jamais allaité avant et qu'on ne voit pas comment on va pouvoir faire. Il y a tout ça, il y a toute cette histoire à prendre en compte et que globalement, allaiter ou pas, ce n'est pas vraiment un choix conscient. Et ça, c'est les mamans, il faut qu'elles le comprennent parce qu'il vaut bien mieux. Moi, je ne suis pas là à convaincre les mamans d'allaiter, pas du tout. Parce que je trouve que déjà, celles qui allaitent, il faut déjà savoir les accompagner comme il faut. Sans avoir à aller convaincre les mamans d'allaiter, parce qu'on a déjà beaucoup de travail à soutenir les mamans qui sont sur ce chemin de l'allaitement. Et que donc, ce n'est pas la peine d'aller faire un chemin de croix là-dessus sur le fait de convaincre. Et donc, c'est sûr qu'on ne met pas en jeu la même chose quand on allaite ou quand on n'allaite pas dans la relation avec son enfant. Il y a quelque chose de très naturel et très intuitif qui va se tisser, mais aussi qui est peut-être des fois plus inquiétant, plus stressant,
- Edwige
plus pressurisant. Ça me parle tellement de ce que tu peux évoquer. C'est vrai que les sujets autour du maternage sont à la fois clivants, très émotionnels. C'est intéressant à ton point de vue, que je partage complètement aussi. je ne suis pas du tout sur un chemin de croisade, mais je trouve que c'est important de comprendre aussi, même avant d'y aller, qu'on n'est pas complètement libre de notre choix, on a tout notre background derrière qui vient nous guider de façon un peu inconsciente, et que, ben oui, ça va, je sens dans mes cellules ce que tu es en train de dire, pour avoir eu trois enfants et attendre mon quatrième, ma deuxième, elle était deux mois, Et ma dernière, j'avais été 3 ans, je vois absolument la différence dans ma façon d'être maman. Ça ne veut pas dire que j'aime plus une que l'autre, pas du tout. Mais mon implication physiologique, même dans la chimie cérébrale, est très différente. Donc je trouve ça génial parce que je n'en avais même pas conscience comme ça. Donc c'est un point de vue vraiment lucide, je pense aussi, sur ce que ça implique. Et du coup, cette question d'être en jeu, il y a quelque chose de cet ordre-là. Effectivement, avec la prolactine, ça c'est totalement limpide. À ton sens, aujourd'hui, j'ai préparé des questions d'amour, mais je crois que je vais les faire un peu évoluer en fonction de tout ce que tu apportes. Toi qui accompagnes depuis un peu plus de 20 ans maintenant l'allaitement maternel, comment tu vois évoluer la façon dont les femmes abordent l'allaitement avant d'y être ou au début qu'elles se lancent ? Est-ce que tu vois une évolution sur ces années ?
- Séverine
Alors, ce que je vois un peu comme évolution, c'est... que l'allaitement est des fois un peu plus choisi. En tout cas, il est beaucoup plus… On dit moins « je vais peut-être essayer » . Il est plus « ah si, si, moi je veux allaiter, j'espère que je vais y arriver » . Donc, il y a l'idée de se renseigner, il y a l'idée de voir que le parcours n'est pas si simple et tout ça. Donc ça, ça a changé parce que moi avant, c'était plutôt « j'essayerais » parce qu'il y avait tellement d'échecs. Un score qui était catastrophique d'allaitement et un arrêt à moins de trois semaines qui était énorme. Donc du coup, il y a plus d'engagement en fait dans l'allaitement. Il y a plus de renseignements, il y a plus accès à tous les podcasts, des livres. Il y a vraiment un accès à la culture allaitement. Donc ça, c'est aussi très chouette. Ce qui manque toujours, je crois, c'est le soutien. C'est-à-dire qu'entre ce qu'on a ingurgité, ce qu'on pense qu'on va faire, qu'est-ce qu'on va mettre en place, etc. Et puis, il y a la réalité. Il y a la réalité de ce bébé qui est là, qui demande 10, 12, 15 fois par jour, qui met en... un peu en défaut, en difficulté. Une maman qui se dit « Est-ce que mon lèvre, finalement, moi, ma mère, elle m'avait dit son lèvre n'était pas bon. Je sais que ce n'est pas vraiment une réalité, mais est-ce que ce n'est quand même pas vraiment un peu ça ? » Et tout ça, en fait, va après être questionnant. Et ce soutien, finalement, il y a 20 ans, il y en avait besoin. Maintenant, il y en a toujours autant besoin. mais parce que nous avons besoin, en tant que mère, d'être ensemble, de se rassurer ensemble pour pouvoir passer ces étapes de vie qui ne sont pas rien. Et du coup, maintenant, on a quand même beaucoup d'éloignements familiales ou des mamans qui n'ont pas allaité parce que c'était, voilà, je vous ai dit, il y avait des scores catastrophiques, on était à peine à 40% d'allaitement. Et je pense 20% à trois semaines. Donc voilà, c'était vraiment pas terrible. Donc là, on a quand même un peu augmenté. Donc ces mamans qui sont devenues grand-mères, est-ce qu'elles peuvent soutenir ? Pas toujours non plus. Elles sont loin. Il y a beaucoup d'isolement. Et ça, c'est vraiment quelque chose qui manque encore et qui n'a pas vraiment changé. Et je trouvais qu'on ne fait pas beaucoup d'efforts. Dans notre politique sociale, j'avais beaucoup d'espoir avec les 1000 premiers jours. Je me suis dit, super, il va y avoir plein de choses qui vont se créer. Globalement, c'est soumis à des budgets. Il y a des maisons 1000 premiers jours. Je crois que le Covid est passé aussi par là, ce qui fait qu'on a du mal à sortir de chez soi. Du coup, il y a beaucoup d'isolement. Ça n'a pas beaucoup évolué pour le coup.
- Edwige
Je te rejoins à 2000%. On a plus accès à de l'information, des connaissances, ce qui est très bien, mais le soutien en profondeur, j'aurais envie de dire. Et moi, j'ai comme l'impression qu'il va falloir attendre deux générations de restauration de la physiologie, des connaissances et du vécu physiologique pour pouvoir savoir ce que c'est dans ces cellules aussi, quelque part, et dans la société, ce que c'est que d'allaiter et de restaurer ces questions-là. pouvoir avec le temps rétablir un vrai choix pour les mamans et un vrai accompagnement, même si c'est mon métier, ça reste ponctuel un accompagnement périnatal, ça reste payant donc on n'est pas encore sur une globalisation de ces pratiques de soutien
- Séverine
Et c'est vrai que j'ai appris récemment qu'aux États-Unis, alors qu'ils ont vraiment un système de santé très très très différent, mais donc qui marche avec des assurances privées, les doulas étaient remboursées. Donc les doulas, compagnantes périnatales, sont remboursées, sont prises en charge, etc. Et qu'il y a un vrai intérêt. Et d'ailleurs, si on ne sait rien, les assurances, il faut toujours que ça rapporte. Et en fait, derrière, il y a quand même un intérêt, parce qu'on a en jeu deux santé, la maman, le bébé, le couple aussi, parce que du coup, tu en parles très bien dans tes podcasts, le couple peut être aussi mis à mal à l'arrivée de l'enfant. Et donc, quand on a quelqu'un qui va aussi accompagner ce changement au niveau émotionnel, au niveau… même organisationnelles, etc., je pense que ça peut aider. Puisqu'avant, c'était la cousine, la grand-mère, on vivait tous ensemble, on était dans un village, on se soutenait. Maintenant, on n'a pas plus ça. Finalement, on n'a rien retrouvé d'autre que le côté médical. Or, le côté médical ne sont pas là pour ça, ils sont là pour la santé. Ils ne sont pas là, très peu là, pour le soutien. et l'accompagnement émotionnel de ces phases-là, de devenir maman, papa, coparent.
- Edwige
C'est l'essence même de mon travail, mais de toute mon initiative. Je te rejoins à 1000%, mais très intéressant de le cibler autour de l'allaitement et des besoins de l'allaitement. Alors justement, à ce sujet, est-ce que tu pourrais nous dire, à ton avis, quels sont les mythes qui perdurent autour de l'allaitement. Toi qui accompagnes depuis, alors à l'échelle de l'humanité, c'est très court, mais 20 ans, tu as vu une progression. Quels étaient les mythes qui étaient bien incrustés, qui commencent à se déliter un peu et quels sont ceux qu'on a toujours dans les dents ?
- Séverine
Alors, j'allais dire, ça dépend vraiment de la culture des parents. Mais j'entends encore l'allaitement à la demande toutes les trois heures. Alors que là, honnêtement, à la demande, ce n'est pas toutes les 3 heures. C'est donc à la demande. Oui,
- Edwige
c'est un pléonasme.
- Séverine
Voilà. Donc là, je l'entends encore. Parce que c'est véhiculé par les professionnels de santé aussi. Donc du coup, il faut du temps, en fait, pour intégrer petit à petit. Et il faut que des mamans soient en échec dans leur allaitement, qu'elles commencent à se renseigner pour qu'elles comprennent que le médecin, des fois, il dit des bêtises. On peut avoir aussi l'histoire de la richesse du lait. Franchement, ça arrive encore régulièrement en disant « Ouais, mais peut-être mon lait, il n'est pas très bon, je suis très fatiguée. Mon lait, il ne contient pas ce qu'il faut. » On a aussi cette peur encore de ce lait qui peut... pourrait être pas bon. Alors, je lève tout de suite les choses en disant que le lait, il est constitué de tout ce qu'il faut, quand il faut, selon l'âge de l'enfant, selon si c'est le matin, le soir, si c'est le début de tété, la fin de tété. Et il faut vraiment qu'une maman soit en famine, je parle de famine, pour avoir une modification du lait. Donc, c'est-à-dire que le lait, il est constant selon les femmes, selon leur culture, selon tout ça. Mais il est toujours constant, il est toujours bon. Ça va l'épuiser des fois dans notre organisme. Mais le lait du bébé qu'il va recevoir, il sera toujours le meilleur. Voilà, donc ça c'est aussi… Mais c'est une des choses qui passent. Et puis, on part aussi dans les mythes. J'allais dire, il y a aussi l'histoire de la place. La place du coparent. Oui mais papa, il ne pourra pas donner le biberon. J'ai souvent ça plus pour les papas que les coparents de maman, par exemple. On n'est pas sur le même sujet. Mais il ne pourra pas prendre sa place parce qu'il ne pourra pas donner de biberon. Alors, on en donne un par jour, par exemple. Et ça, c'est là aussi dommageable. C'est-à-dire de se rendre compte que… Moi, je leur dis souvent, est-ce qu'il a porté l'enfant pendant la grossesse ? Il a eu un utérus ? On lui a fait un… Je veux dire, voilà, chaque place. Chaque place, chaque personne a une place. Et on n'a pas besoin de se substituer. Un biberon, c'est un vulgaire substitut d'un sein qui donne du lait. Et on n'a pas besoin de se substituer, sauf quand on en a besoin ou quand on l'a choisi. Mais la place, elle se prend de manière différente. Et la place du papa, notamment, elle est vraiment dans le soutien, dans l'accompagnement, dans le réassurance. bien on ne... Maman qui dit qu'elle vient sûrement auprès de toi ou de moi juste pour être rassurée. Mon bébé pleure, c'est que je ne dois plus avoir assez de lait. En ce moment, c'est dur, etc. Et là, si on a un papa qui dit « Arrête, parce que tu ne fais que pleurer. Tu vois bien que c'est trop dur. Et en fait, ça ne marche pas. Peut-être qu'on va prendre le biberon, ça passera mieux, etc. » Si on a un papa qui fait ça… Forcément, la maman, alors là, elle perd ses moyens directs. Alors qu'en fait, elle attend juste de dire, mais non, ma chérie, tu sais bien que c'est une petite phase. C'est comme ça. Tu te souviens, on l'a lu déjà pendant la grossesse, qu'on avait des phases où on se sentait fatigué, on se sentait prête à craquer. Mais c'est normal, le bébé, il demande plus pour avoir plus de lait après. Et le papa, il est là pour... Au contraire, apporter de la rationalisation. Une maman qui a l'aide, elle n'est pas très rationnelle. Elle est dans son émotion, elle est dans ses hormones. Et du coup, un petit problème comme ça, sur une nuit difficile, elle en fait un énorme truc. Et du coup, un papa, il a besoin juste de dire, allez, t'inquiète, ça va bien se passer. Qu'est-ce que je te fais ? Je te fais un petit massage, un petit thé. Raconte-moi ce qui te pose problème et tu verras demain, ça ira mieux. Il y a besoin de ça. J'ai dû dériver sur le mythe.
- Edwige
Non, mais c'est très intéressant. Je te laisse continuer sur les mythes, mais je garde un petit pop-up sur le coparent parce que j'ai d'autres choses à te demander.
- Séverine
Voilà. Et puis sur les mythes aussi, on a la taille de la poitrine. Ah. Parce que voilà, qui va mettre en doute un petit peu les mamans en se disant « Ah, mais est-ce que je vais pouvoir asser à l'été ? » Ou est-ce que les mamans qui ont des petits seins ont encore cette problématique parce que c'est un regard qui est renvoyé par les autres.
- Edwige
Ah oui, elles peuvent entendre. Non, je confirme qu'avec mon tout petit bébé...
- Séverine
Si tu as d'autres mythes, toi, qui te viennent comme ça ?
- Edwige
C'est que allaitement égale épuisement égale burn-out égale dépression égale... Je vais rentrer mon chat parce qu'il miaule et j'ai peur que ça interfère en permanence. Je sais pas où il est, c'est pas grave. Mais ouais, c'est vraiment... Souvent, les femmes me disent, je crois que j'aimerais bien l'été, mais quand je vois mes copines qui allaitent versus celles qui allaitent pas, le bébé fait ses nuits, dans quoi je vais m'embarquer ? Pour écouter la suite de l'entretien, rendez-vous sur l'audio suivant, le 2 sur 2. A tout de suite !