- Edwige
Si vous êtes ici, c'est probablement que vous avez déjà écouté la première partie de mon échange avec Séverine Martial. Je vous laisse donc avec la suite de notre entretien. Souvent, les femmes me disent « je crois que j'aimerais bien l'été, mais quand je vois mes copines qui allaitent versus celles qui n'allaitent pas, le bébé fait ses nuits, dans quoi je vais m'embarquer ? »
- Séverine
Tout à fait, tout à fait. C'est pour ça que c'est essentiel le rôle du coparent pour le coup. Parce qu'il est vrai, de toute façon, quand on a notre corps qui est baigné d'hormones, parce que les bébés, qu'ils soient allaités ou non allaités, sur l'histoire des nuits, c'est vraiment très dépendant aussi des enfants. Je crois qu'il faut surtout se rassurer avec ça. Par contre, la différence, c'est qu'on est en jeu. Et que cette responsabilité qu'on a en tant que maman d'être, le tout de son bébé. C'est-à-dire qu'on n'est pas que en responsabilité qu'il lui arrive rien. On est là pour le faire manger. Si nous, on ne le nourrit pas, c'est une responsabilité qui est énorme en fait. Et on passe d'une maman qui a la responsabilité d'elle-même avec plus ou moins d'insouciance selon son âge à une responsabilité de l'autre. Dans une dimension énorme. Et du coup, ça, ça fatigue beaucoup. Et c'est pour ça qu'on en revient avec l'histoire du soutien. Parce qu'une maman qui est soutenue, qui régulièrement... Moi, elle venait en consultation, mais c'était assez fou. Elle disait, je n'ai pas de lait, je ressors, j'ai du lait. Oui, j'avais rien fait. Elles avaient juste pris du soutien, de l'écoute, de la réassurance. Mais si c'est normal, ce qui t'arrive, etc. Et voilà. Et on repart et on est de nouveau aptes à tenir notre semaine ou 15 jours. Et c'est en ça où on réhabiliterait beaucoup plus de soutien, et de soutien mère à mère, je pense que les choses iraient bien, bien, bien mieux. Et puis le papa a son mot à la joue et ça c'est clair.
- Edwige
Justement, tu fais fuser plein de choses dans ma tête, mais en fait je suis en train de me dire l'allaitement et la solitude ne font pas bon ménage et ne sont pas pas compatibles. Il y a quelque chose dans nos gènes qui fait qu'on est des êtres grégaires, des êtres de reliance et qu'être relié aussi fort à un petit être au point de garantir sa survie et soi-même ne plus avoir de survie j'allais dire sociale mais presque co-maternelle, c'est un grand danger. Et on reporte tout sur le couple. C'est comme si du coup dans le couple il devait y avoir une égalité. alors que c'est plutôt une sorte de complémentarité dont on a besoin. Qu'est-ce que tu dirais de ça ?
- Séverine
Mais c'est sûr. En fait, le problème de se renfermer sur le couple, c'est qu'on va faire peser beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. Le père, il n'est pas baigné d'hormones, ou la deuxième maman, elle n'est pas baignée d'hormones. C'est-à-dire que du coup, il va y avoir quelque chose qui va se distordre. Et on fait tout peser dans... tant que, par exemple, maintenant, on a augmenté... Téléconjure paternité, ce qui est parfait, ce qui est très bien. Mais du coup, il y a une espèce de cloche qui se met dans le couple avec vraiment quelque chose où ils se suffisent à eux-mêmes. Et c'est hyper dangereux parce que du coup, quand ça roule, c'est peut-être bien, mais quand ça ne roule pas, en fait, c'est une cocotte minute avec un paquet de, j'allais dire, de... D'inquiétude, et puis on ne veut pas inquiéter trop l'autre, donc on ne dit pas tout, on en garde pour soi, puis à un moment donné, ça ressort. Moi, je trouve que l'isolement est le mot du siècle. Enfin, j'allais dire, on est isolé, et en même temps, on se croit très accompagné par les réseaux sociaux. On a des tonnes d'amis, machin, tout ça, mais en fait, dans la réalité, on est très, très, très isolé. La maternité en général ne colle pas avec l'isolement, tu as totalement raison de le repréciser. On a besoin d'être avec des mères. On n'a pas besoin d'être avec des copines qui vivent leur meilleure vie parce qu'elles ne sont pas dans le même moment que nous. On a besoin d'être avec des mères, même si on ne les connaissait pas avant. On a besoin d'être en lien avec... Avec des personnes qui vivent la même chose que nous, le même bouleversement hormonal, émotionnel, organisationnel, social, etc. Parce que du coup, on a besoin d'être compris. On a posé la maternité et la parentalité comme une option. Ça ne fait pas partie de la vie en fait. D'ailleurs, on le voit, les enfants ne sont pas intégrés dans notre pays en tout cas, dans la vie sociale générale. Ils sont à part. Et en fait, c'est pareil. On a cette cloche autour de la maternité et la parentalité qui finalement ne regarde que le couple. Non, en fait, c'est toute une... Il devrait y avoir vraiment une politique sociale beaucoup plus intégrante, en tout cas, sur cette partie-là, parce que c'est ce qui pose problème. Actuellement, on a beaucoup de dépressions de postpartum avec une augmentation très, très, très inquiétante. Mais en fait, c'est simplement qu'on ne peut pas gérer l'arrivée d'un bébé seul. C'est impossible. C'est pas fait pour.
- Edwige
On n'est pas fait pour.
- Séverine
On a besoin d'aide. Et comme en plus, par exemple, maintenant, on a aussi une distorsion avec les grands-parents qui, du coup, ah oui, mais mon temps, on faisait pas ça, on mettait des fessées, mais c'était pas grave, on allaitait pas forcément. Enfin, voilà, on faisait dormir l'enfant plus loin pour pas qu'on l'entende. Eh bien, du coup, les jeunes mamans, elles vont pas... spontanément aller voir leur mère peut-être pour avoir des conseils parce qu'elles savent qu'en plus de ça, ça sera complètement différent de ce qu'elles ont envie de mettre en place. Et donc du coup, finalement, on va voir qui quoi. Alors on peut aller voir la sage-femme parce que c'est remboursé, mais il y a une consultation et ça ne sert pas à ça, une sage-femme. On va aller voir la compagnon de Périnatal, mais ce n'est pas remboursé, donc il faut qu'on ait les moyens. Il faut qu'on se soit donné les moyens pour avoir ça. Et après, il n'existe plus, comme moi j'avais des associations de soutien à la parentalité où on se regroupait tous, il n'y en a pas des masses. Il n'y en a pas des masses. Elles se mettent en place, elles disparaissent parce que les mamans doivent reprendre le travail. Moi, j'étais à un moment où, de travail, on avait plus de congés parentaux, ça durait plus longtemps. Et donc... Voilà, tout ça, en tout cas, c'est une vraie problématique de la société.
- Edwige
Oui, c'est hyper inspirant. Je ne vais pas rebondir parce que j'aurais un milliard de choses. Ça fuse là dans ma tête, mais je crois que ça va faire écho à beaucoup, beaucoup de personnes. Autant sur la question de l'allaitement que de la parentalité, que du couple en lui-même. Là, tu vois, dans ce que tu dis, je suis en train de réaliser que juste la question du couple, le fait d'être très enfermé dans son couple va créer, comme tu dis... Une cocotte minute qui va rendre la relation plus toxique que si on a de l'espace autour et d'autres liens pour se nourrir soi-même. Merci. Merci pour...
- Séverine
Oui, on l'a vu, on le voit d'ailleurs quand on le prend dans d'autres pays où les couples se retrouvent avec d'autres couples pour parler. C'est totalement différent. C'est totalement différent parce qu'en fait, on va exprimer des choses soi-même. ou d'autres couples et qui vont faire écho et du coup, ça va pouvoir délier. Et en fait, des fois, c'est des toutes petites incompréhensions qui vont faire explosion si on est tout seul et qui vont au contraire pouvoir nourrir notre réflexion et amener du changement quand on le discute avec d'autres.
- Edwige
Merci pour ça. Alors, j'aimerais qu'on aille un poil plus loin concernant le coparent. Hier, j'étais en séance avec une jeune maman qui a un petit garçon de 8 mois. Elle allaite. C'est son deuxième enfant, mais c'est son premier allaitement. Et dans le couple, ils sont très perdus. Et c'est assez iconique de ce que je peux rencontrer. C'est pour ça que je prends cet exemple-là. Le papa, on sent qu'il a du mal avec la question de l'allaitement. Il voit bien que sa femme est beaucoup plus mammifère que pour le premier enfant. Il va... Être un peu contrôlant, il va essayer de rationaliser quand la maman n'en a pas besoin finalement, ou de décrédibiliser l'allaitement, la maman ne se sent pas trop soutenue, et en même temps elle voit bien le décalage entre les deux, mais ils ont du mal à trouver chacun leur place dans le couple finalement, c'est comme si c'était un mauvais moment à passer. Qu'est-ce que toi tu pourrais partager aux coparents pour qu'ils puissent avancer là-dessus ? Si ce n'est pas une place égale, C'est quoi sa place ?
- Séverine
C'est justement que le problème c'est qu'il ne trouve pas sa place hors des schémas qu'il a toujours peut-être vu et qu'il a aussi expérimenté avec le premier enfant. Très souvent en fait quand il y a eu un premier enfant non allaité, Le papa a eu une autre place plus maternante, dans le geste de nourrissage notamment, et qui a créé du lien, qui a créé un lien très particulier. Alors que quand une maman allaite, ce lien est essentiellement créé par la maman, parce que c'est elle qui nourrit. Mais on a le lien qui peut pour moi être créé différemment, c'est par rapport au portage. Un bébé qui est porté. C'est-à-dire où on va avoir de la proximité physique. Parce que la proximité, elle ne peut être que dans la tête. On aime se buber, on gazouille avec, etc. Il y a la proximité physique, la peau contre la peau. C'est ce qui se passe quand on donne le biberon à un bébé ou quand on l'allait. On a la peau contre la peau. On a le regard qui est plongé ensemble. On a quelque chose, une petite bulle qui se fait autour de nous. Avec le portage, c'est exactement la même chose. Et moi, j'encourage tous les papas à porter. très très vite leur bébé. Bien sûr en peau à peau au tout départ. Et en fait que ça soit un peu un rituel entre eux. Parce que le portage ça va là aussi mettre en jeu des hormones, des hormones qui vont permettre un attachement sécure. Et si on a ça qui se fait, en fait on est comme la maman, c'est-à-dire ça devient... naturel, ça ne devient pas quelque chose qui est intellectualisé et remis derrière avec il faut faire ci, il faut faire ça, etc. Là, ça se vient du cœur. Et ce papa, en fait, c'est juste qu'il ne trouve pas sa place. Et que finalement, le bébé, il est encore très, comme tous les bébés à l'été, il est très maman parce que du coup, c'est son repère. C'est son repère de nourrissage, c'est son repère de câlin, c'est son repère d'endormissement peut-être. C'est son repère pour tout, le corps de la mère est le repère pour beaucoup de choses. Et peut-être que le corps du père peut devenir un repère aussi. Mais faut-il pouvoir encourager cette relation ? Et qu'est-ce qui empêche un papa qui rentre du travail de prendre le porte-bébé et de porter son bébé contre lui ? Et voilà, plus ça va aller, plus il va mettre du jeu en même temps, etc. il y a quelque chose de très charnel qu'on oublie parfois et qui va peut-être pèse peut-être un peu à ce papa là qui lui l'avait trouvé au premier bébé quoi en fait il y a peut-être de ça mais en tout cas je
- Edwige
vais faire écouter à mon mari cette séquence que tu viens de partager parce que c'est aussi une vraie question dans notre projet parental C'est mon premier enfant avec mon mari qui n'a jamais connu l'allaitement, il n'a jamais eu de représentation d'allaitement. Il ne connaît absolument pas. Et jusque-là, il était très fier de dire, moi, mes enfants, ils ont dormi dès le retour à la maternité dans leur chambre, c'était merveilleux. Et comment te dire que moi, ce n'est pas du tout comme ça, que moi, je vois mon postpartum. Donc, il faut qu'on s'apprivoise, en fait, il faut qu'on trouve une bonne formule, qu'on essaye en tout cas de trouver une bonne formule. Parce qu'il a vraiment cette crainte, en tout cas il l'avait, chemin faisant, il commençait à déconstruire certaines choses, mais il avait vraiment cette crainte justement d'être personne pour ce bébé-là avant ses trois ans, alors que pas du tout. Mais justement, c'est ce que moi je vais expliquer, que moi j'aurais besoin de lui déjà, si j'allais être, j'ai beaucoup besoin de lui sur d'autres plans, et que c'est pas parce que j'allais être qu'il n'y a que moi qui peut créer un lien charnel avec cet enfant, pas du tout. Et du coup, pour toi, le portage, ça fait bien le lien avec la question du portage.
- Séverine
Pour moi, le portage, c'est un outil magique. C'est un outil magique, c'est un outil d'attachement. L'attachement, c'est fondateur. C'est fondateur dans tout, pour le bébé, pour le couple, pour le père, pour la mère. C'est quelque chose... C'est un bouleversement, c'est ce qui va nous amener à être ensuite dans le respect de l'enfant, dans la non-violence, dans la fierté, etc. Donc l'attachement, il faut en prendre soin. Or, actuellement, j'allais dire, on prend soin médicalement de tout un tas de choses. Mais alors l'attachement, on commence à parler du pot à pot il y a quelques années seulement. Alors que voilà, moi j'ai toujours su que les bébés par exemple nés prématurés, c'est-à-dire séparés corporellement de leur mère et de leur père, c'est des bébés qui sont le plus souvent maltraités. Dans les statistiques c'est ça. Alors je me suis posé la question comment c'était possible ? Alors que ce bébé, on a eu peur qu'il meure. On a tout, je veux dire, c'est terrible, c'est un parcours vraiment difficile. Et bizarrement, c'est des bébés qui sont plus maltraités. Mais en fait, c'est tout simplement, qu'est-ce qui se passe ? C'est le contact, la séparation, la non-proximité. Et du coup, avec un papa ou un coparent, en fait, il faut créer ça, parce que pour moi, c'est une bulle de protection pour la sécurité de tous après. et donc ça va même plus loin que l'histoire d'accompagner l'allaitement du coup ce que je te dis c'est vraiment important et le portage c'est tellement intuitif c'est tellement c'est comme pour l'allaitement on parlait de on n'est pas mère pareil parce qu'on a les hormones mais c'est exactement pareil en portage moi j'ai été stupéfaite de voir les papas on les met en portage des papas qui n'ont jamais eu d'enfant La maman, elle est enceinte. On les met en portage avec un poupon et qu'ils se mettent à caresser le poupon. C'est un truc de fou ! C'est un truc de fou ! On ne peut même pas s'imaginer que... Déjà, ils sont gênés de prendre une poupée et tout ça, ils le mettent dans l'écharpe et ils se mettent à caresser et voilà que les bercements arrivent. Et ben voilà ! En fait, ils ont tout compris. Comme maintenant, on veut avoir, c'est sûr qu'il y a eu pendant très longtemps, c'était les mamans qui s'occupaient des bébés, les papas, ils ne s'en occupaient pas. Maintenant, on a une répartition des rôles et c'est pour le bien de l'humanité, et c'est très très très bien. Mais du coup, il faut aller jusqu'au bout. Cette répartition des rôles, elle est aussi dans cette proximité physique dont les pères ont besoin pour développer leurs hormones, aussi d'attachement et qui puissent, j'allais dire... Il trouvait le même bien-être qu'on trouve quand on allaite. Parce que quand on allaite, ce qu'on n'a pas dit jusque-là, c'est que c'est un kiff total. C'est qu'on n'a pas du tout envie d'arrêter. Même quand on est dans les pires difficultés, on n'a pas envie de lâcher cet allaitement. La plupart du temps, c'est comme ça. Et à un moment donné, ça se fait assez naturellement. Mais pourquoi ? C'est parce qu'en fait, on est imprégné de ça. Et c'est notre... C'est quelque chose qui nous fait vivre, qui nous alimente. Beaucoup, beaucoup de plaisir, de substance. Et donc le papa, il a besoin de trouver ça. De la même façon que nous, finalement. Et le portage apporte ça.
- Edwige
C'est vrai que quand je portais, en fait, pour moi, qui n'ai pas du tout été maternée comme ça, ni paternée, J'ai la chance que ça a été absolument instinctif, dans le sens où je ne me suis jamais posé la question et je l'ai fait très naturellement. Alors peut-être que mon scénario est un peu déformé avec le temps, mais en tout cas, je me souviens bien que je portais beaucoup, Et que c'était tout comme je respire, à un moment donné, c'était presque comme ça. Et de voir des regards, soit « Oh, mais c'est bien ce que vous faites ! » ou des regards « Mais tu le portes trop ! » Et ça me sortait de mon truc en me disant, de quel langage on me parle ? C'était comme deux mondes séparés, finalement. Donc ça rejoint un petit peu ce que tu dis, finalement. Et du coup, ça m'interrogeait sur la place du père, qui pendant des siècles n'a pas été du tout maternant. C'était un rôle très différent, très extérieur. Aujourd'hui, comme tu le dis, on a réintroduit la place du père dans la sphère familiale. Maintenant, c'est vrai que je pense que la crainte de beaucoup de personnes, c'est allaitement égal, la maman prend toute cette place-là, mais si moi j'ai un rôle intérieur au foyer, c'est quoi ? Et toi, ce que tu dis, c'est que oui, c'est possible, oui, c'est ça. Mais dans ces cas-là, c'est une complémentarité dans cette façon d'être en lien, en contact avec l'enfant, c'est ça ?
- Séverine
Oui, exactement. Et ce que tu dis aussi par rapport à la place des pères avant, attention, c'est dans notre culture, parce qu'il y a des peuples là de... qui sont en Amazonie, où le père a toute sa place de proximité physique, et que ça ne pose pas de questions. Donc notre culture a été comme ça. Mais il faut revivre les circonstances. Et je pense qu'il faut rétablir ça, parce qu'en fait on se rend compte aussi, on le sait, et c'est d'autant plus maintenant qu'on est très attentifs à la violence qui sont faites aux femmes et aux enfants, globalement. se sont faites par les hommes. Il faut peut-être se poser la question, pourquoi ? Et finalement, si on les met en proximité physique, comme nous on vit cette proximité physique en tant que maman, et donc maman à les tantes, en fait, on met une bulle de sécurité autour de cet enfant. C'est-à-dire que nous ne pouvons plus, quand on a été attaché physiquement à ce bébé, nous ne pouvons plus le maltraiter. Après, on arrive toujours à des moments où nous sommes excédés, ça arrive toujours, mais... on ne franchit pas les limites parce qu'on a eu ce contact physique. Et donc, les papas, quand on dit, bah oui, tu vois, tu accompagneras la maman pour faire à manger, faire le ménage, etc. Oui, mais quand même, il y a besoin qu'il ait une autre place auprès de l'enfant et le portage offre ça. C'est-à-dire, c'est un cadeau. C'est un cadeau, tout simplement. Pour moi, c'est pour ça que le portage, il rentre dans la vie. des femmes, des hommes, des couples, du bébé, etc. Parce qu'il offre tellement d'avantages par rapport à la réduction des pleurs, à la gestion du sommeil, par rapport à l'augmentation de lactation, parce que du moment où on a le bébé sur soi, on a plus de l'air. Bah oui, voilà. Du moment où on a le bébé sur soi, on est plus attaché pour le papa. Voilà tout ça. Et on n'a pas parlé des grands-parents, qu'on pourrait aussi... On dit souvent que les grands-parents sont trop occupés, ils ne s'occupent pas des enfants, etc. Mettez-les en portage avec les grands-parents. Vous verrez, il se passe autre chose.
- Edwige
Je relève le défi. Je ne dirai rien, mais je relèverai le défi. Hyper intéressant, merci. J'ai les larmes aux yeux à t'écouter. Pour conclure, Séverine ? Je précise quand même que la question du portage, je l'ai développée dans un autre épisode avec Maëlle qui est monitrice en portage qui est exceptionnellement passionnée par ce qu'elle fait. Je remettrai le lien de l'épisode sous cet épisode-là et je mettrai le lien de Néobule avec les moyens de portage que tu proposes qui sont physiologiques. C'est important aussi de le préciser. Le portage, c'est une façon d'avoir son bébé contre soi en ayant un peu les mains libres et de pouvoir garder cette continuité de sécurité tout tout en n'étant pas assignée au canapé, si je résume un peu.
- Séverine
Oui, parce que c'est pareil d'avoir les mains libres et d'avoir de la liberté, la liberté de sortir, d'aller rencontrer des gens, de ne pas avoir peur de où est-ce que le bébé va dormir, ne va pas dormir, etc. En fait, le portail, c'est de la liberté, la liberté de beaucoup de choses. Et du coup, ça va totalement avec. avec l'allaitement, la parentalité, comme on l'aperçoit en tout cas toutes les deux.
- Edwige
Oui, tout à fait. Pour conclure, toi qui as la sagesse d'une certaine expérience en tant que professionnelle de plusieurs fronts, j'ai envie de dire, qu'est-ce que tu as appris que tu ne savais pas ? Et aujourd'hui, avec la maturité que tu as, qu'est-ce que tu... pourrais transmettre comme message ultime ?
- Séverine
Moi, ce que j'ai vraiment appris, je pense, au fil des années, et que j'ai découvert même en moi-même finalement, c'est la puissance que nous avons à l'intérieur de nous. Parce que pour braver tout ce parcours qui est naturel, mais qui est devenu antinaturel, qu'est l'allaitement, parce que du coup, on allaite, on n'allaite pas, c'est pas finalement... tant une continuité que ça maintenant, pour braver de vouloir accoucher naturellement plutôt que sur un lit avec une péridurale, etc. Pour être un petit peu à contre-courant, il nous faut de la puissance. Et les femmes sont d'une puissance extraordinaire. Et je trouve que maintenant, on le remet au centre. Et heureusement. Mais moi, en tout cas, je l'ai découvert ça au fil des années, de ce combat qu'elles... Le combat, c'est un combat intérieur, en fait, et c'est vraiment cette persévérance qu'elles ont pour leur bébé, pour que tout se passe bien, quitte à se mettre en jeu parfois trop, et que du coup, être à la limite. Et c'est là où on a besoin de nouveaux hommes, un petit soutien. Mais les femmes ont une puissance en elles qui est incommensurable. Voilà. Moi, c'est ce que j'ai appris. Et tu parlais tout à l'heure de côté mammifère. Réellement, nous sommes des mammifères qui protégeons nos bébés. Et que quand on ne les protège pas... C'est qu'il y a eu quelque chose qui s'est passé, un lien qui ne s'est pas fait, il y a quelque chose qui a été mis en travers, mais voilà, il y a ce côté-là, et pour notre bébé, mais en fait, on défonce tout, quoi. Et pour nos enfants, en général, on défonce tout. Et moi, c'est ce que ça m'a appris au fur et à mesure de ces années, de voir des fois des choses, même des... Des allaitements hyper difficiles, mais hyper douloureux, parce que ça peut arriver, mais qu'elles en sortent grandies, elles en sortent bizarrement plus puissantes qu'au départ sans avoir allaité, et si elles n'avaient pas vécu ce moment très difficile.
- Edwige
Merci beaucoup Séverine pour tous tes mots, tes transmissions très très précieuses. Je redirigerai vers... vers tout ce que tu proposes dans la description de l'épisode. Est-ce que tu as autre chose à ajouter auprès de l'audience aujourd'hui ?
- Séverine
Non, je dirais juste qu'il faut vraiment se dire qu'on a tout en nous, que même si c'est endormi par des générations et des générations qui ont fait différemment, on a tout en nous. Il faut s'écouter. Moi, je crois beaucoup à l'instinct maternel. Pour moi, c'est quelque chose… Cet instinct, il existe quand on arrête de le saboter. C'est-à-dire que spontanément, on sait ce qu'il faut faire. Mais si on est saboté par tout un tas de choses, médicales, l'injonction, etc., forcément, on ne sait plus où on en est. Mais de se faire confiance à cette petite voix qui nous dit ce qu'on sent qui est bon pour notre bébé. Et de se dire aussi que quand on ne sent plus la petite voix, parce qu'on est trop perdu, qu'on est allé un peu loin et que du coup, waouh ! il y a des personnes qui sont là, qui vont être comme ce que tu fais Edwige, accompagnantes pour retrouver cette petite voix et repartir sur le bon chemin. Mais qu'en fait, nos réponses, on les a.
- Edwige
C'est exactement ce que j'étais en train de me dire en pensant à une personne que j'ai pu voir hier qui est en plein allaitement, début d'allaitement. On n'est pas tant là pour dire quoi faire, on est là pour enlever un peu les surcouches de... Perte de confiance parce que j'ai entendu que, parce qu'on dit que, parce que... Et toi, quand tu regardes ton bébé, t'as l'impression de quoi ? Et là, il se passe des choses, en fait. Et c'est chouette de pouvoir enlever toutes ces couches-là et de voir ce qui se passe réellement. Et de pouvoir aller se réécouter, quoi. Mais vraiment, pas juste écoute-toi et puis reste avec ça. Qu'est-ce qui fait que ça vient polluer ? Et qu'est-ce qui se passe à l'intérieur de toi ? Comment tu vis ça ? Qu'est-ce qui te semble spontané ou pas ? Et c'est ça les questions qu'on pose en séance.
- Séverine
Et oui, permettre de reprendre le pouvoir personnel. Et des fois, on l'a perdu pour X raisons, peu importe, ce n'est pas grave, de toute façon, on l'a dit, trop d'isolement, trop de fractures aussi sociales, etc. Donc voilà, tu sers à redonner des petites perches pour reprendre son pouvoir personnel, et ça, c'est tellement important.
- Edwige
On se rejoint là-dessus.
- Séverine
Bravo aussi pour ton travail et puis bravo aussi de pouvoir démocratiser ces connaissances, les aborder sous plein d'angles différents et ça permet toujours d'aller choper des petites choses qui nous redonnent du courage et pour continuer parce que c'est loin d'être un chemin pavé d'or. Il est pavé d'or après, mais au départ il est caillouteux.
- Edwige
Exactement, quel que soit le chemin. Oui, tout à fait. Merci beaucoup. Merci pour l'écoute pour les personnes qui sont allées jusqu'au bout. Moi, je suis sûre que ça vous a apporté plein de choses, peut-être des questionnements. Donc, on peut en discuter. Et à la semaine prochaine pour une nouvelle thématique et à bientôt, Séverine.
- Séverine
Au revoir.