- Speaker #0
Voix grave, grains suaves, réparties mignonnes et tâches au pif, Jean-Luc Reichman est l'animateur de jeux télé ultra consensuels qui anime depuis plus de 20 ans la case midi de TF1. Mastodonte de l'audiovisuel français, il raconte son parcours en 2015 dans une autobiographie au titre merveilleux « T'as une tâche, pistache » . Je l'ai lu et je vous raconte. Kikou ! Vous écoutez Version Officielle, le podcast dans lequel je lis des autobiographies de célébrités francophones. C'est la septième autobiographie que je lis pour ce podcast. Je me suis déjà tapée celle de Stéphane Bern, Diams, Omar Sy, Lynn Renaud, Grisou et Nabila. Vous ne lirez jamais ces livres, je les fais pour vous. Si Version Officielle vous plaît, pensez à vous abonner et à me mettre 5 étoiles, ça me ferait vraiment trop plaisir. Cœur avec les doigts. Trêve de bavardage, c'est parti ! Pour moi, Jean-Luc Reichman, c'est une chose et une seule.
- Speaker #1
Maintenant est venu le temps de la question co. Il est venu le camion de la question IN ! C'est la question coquine !
- Speaker #0
Attention à la marche, les petits potes, la question coquine, c'est toute mon enfance. Petite, en primaire, je déjeunais souvent chez une amie. Nous étions chez elle, on mangeait de la purée et de la viande en sauce. On mettait la sauce dans la purée et ça faisait comme un volcan, ou un puits, c'est selon. On s'asseyait sur une table assez grande, couverte d'une nappe plastifiée. On mangeait en riant et on avait des verres, d'anciens verres de moutarde avec des dessins d'astérix, de schtroumpf, de droopy. Et si on finissait de manger assez tôt, on pouvait regarder Attention à la marche avant de reprendre l'école l'après-midi. Attention à la marche, c'était trop cool en tant qu'enfant pour deux choses. D'abord pour les petits potes bien sûr, ces petits bonshommes violets, tous foutus pareils mais tous habillés différemment, qui symbolisaient le score des candidats et partaient un à un, dépités, au fil de leurs mauvaises réponses. et donnait des bonus à ceux qui avaient la chance de gravir les marches pour tenter de gagner le gros lot. Il y avait aussi les questions dont les réponses étaient souvent des chiffres, des pseudo-sondages tirés de dons de séou, genre « sur 100 français, combien regrettent le temps où ils étaient à l'école ? » « Combien ont déjà fait tomber leur plat et l'ont mangé quand même ? » C'était facile pour des enfants comme nous de répondre sans même comprendre la question. Et au milieu de ce jeu, au centre de tout, ponctuel méridional, immuable, persistant, un rock, un cap, que dis-je ? Jean-Luc Reichman. J'ai cessé de regarder ses émissions, mais je sais qu'il est toujours là, sur TF1, à midi. Et me voilà à lire son autobiographie pour ce podcast, T'as une tâche, pistache. C'était franchement pas la pire lecture que j'ai faite dans tout ce podcast. J'ai été hyper intéressée par son rapport à sa tâche qu'il a très visible, sur le nez, bien rouge, et dont il a souffert pendant toute son enfance. A la fois parce qu'il a subi du harcèlement à cause de cette tâche, et aussi par de multiples tentatives d'effacement, que ce soit de sa part, de la part de sa famille, ou de la part des producteurs télé. J'ai aimé connaître son parcours, aussi parce que le secteur audiovisuel m'intéresse, voir comment il a choisi de s'y prendre, un parcours plutôt à l'ancienne avec un ancrage très local au début et des années d'acharnement dans le sud de la France, à Toulouse, à Monaco, pour se faire finalement repérer en montant à Paris dans les années 1990. Le livre donne à voir son mindset de winner. On est clairement sur un mec qui en veut, qui aime son métier, c'est-à-dire être sur le devant de la scène, faire rire, être avec les autres et partager. Il le dit, ses proches le disent, les participants aux émissions le disent, Jean-Luc Reichman est sympathique et aime être auprès des autres. Bon, ce sera pas non plus mon livre de chevet, on en apprend beaucoup sur Reichman, un homme à l'image policée et bienveillante qui, ça se voit, ne veut pas la mettre en danger. Ni dans ce livre, ni nulle part. D'ailleurs, lol. Je vais faire beaucoup de blagues liées à des émissions de jeux télé dans cette émission. Repérez-les toutes. Et grand bien lui en prend. Dans le paysage audiovisuel français, Peu nombreux sont les hommes ou les femmes de télé à se maintenir avec une constance aussi nette. Après les amours et attention à la marche, ce sont les 12 coups de midi qui ont pris sa place. Encore un clin d'œil ! Un jeu qui a une cote énorme et grandissante depuis ses débuts en 2010. Au printemps 2025, les 12 coups de midi réunissaient plus de 2,5 millions de personnes, environ 36% de par d'audience, pour suivre la fin de l'aventure d'Emilien, meilleur candidat à ce jour. 647 participations au compteur en plus de deux ans, éliminées donc en juillet 2025 et gagnant net d'impôts de la moitié de 2 566 931 euros. La moitié seulement, puisque dans les 12 coups de midi comme dans Attention à la marche, le gagnant doit partager ses gains avec un téléspectateur tiré au sort. J'aimerais vraiment être cette personne qui a été sur son canap' et qui a gagné la moitié de 2 566 000 euros. 2 millions 66... J'arrive même pas à le dire tellement c'est immense ! Bravo à cette personne qui n'a rien foutu, et à Emilien qui a fait 600 participations. Chapeau. T'as une tâche, pistache a été écrit en 2015, à une époque où un certain Bernard... était le recordman du nombre de participations avec 80 émissions. Petit joueur. L'autobiographie de Jean-Luc Reichman ne raconte pas seulement ses années de gloire, mais remonte bien avant dans l'enfance de l'animateur et dans son parcours jusque-là. Pour moi, dans ce livre, il y a deux chapitres. Chapitre 1, Jean-Luc Tacheté, poil au nez. Chapitre 2, Jean-Luc Célébrité, pied de nez. Chapitre 1. Jean-Luc Tacheté, poil au nez. Quasiment tous les bébés naissent avec des taches, mais seul 3% de la population en a encore une visible à l'âge adulte. Surprise ! Jean-Luc Reichman et moi partageons ce point commun. La mienne est bien moins visible. Elle se trouve sur mon pied droit, pile sous le gros orteil. Elle court sur ma plante de pied, on dirait que je me suis cognée, question qui m'est d'ailleurs régulièrement posée lorsque je suis pieds nus. Ce petit désagrément n'a évidemment rien à voir Avec ce qu'a pu vivre Jean-Luc Rechman, dont la tâche est littéralement au milieu du visage. Perso, la mienne, quand j'appuie dessus très fort, elle s'efface quelques secondes. Et je découvre avec surprise et étonnement ce que c'est d'avoir un pied lisse, tout blanc, sans tâche. Je me demande si c'est aussi le cas pour celle de Jean-Luc Rechman. Toujours est-il que sa tâche est arrivée en même temps que lui, le 2 novembre 1960, et qu'elle a d'abord beaucoup inquiété ses parents. Les médecins ont tenté de les rassurer en disant qu'elle allait partir au bout de quelques mois, mais ça n'est jamais arrivé. Alors ils ont essayé des traitements douloureux et invasifs pour la faire disparaître du nez de Jean-Luc.
- Speaker #1
Papa et maman, ils ont voulu que je sois le petit enfant normal. Donc ils sont allés, je me rappelle très très bien, se renseigner. Et à l'époque, c'était la neige carbonique pour enlever cet angiome. Donc j'y suis allé une fois, deux fois, trois fois. Et puis j'ai dit à maman, alors que j'étais très très jeune, je n'avais pas dix ans, j'avais cinq, six, sept ans. J'ai dit à maman, tu sais, ça me fait trop mal. Quand je revenais à l'école, tu t'imagines, j'avais une énorme croûte qui se formait, c'était pire. Tu te rends compte. Et j'ai dit, maman, je ne veux plus y aller, parce que moi, finalement, voilà, j'ai plus mal. J'ai beaucoup plus mal quand je reviens. Et puis, ça me fait encore plus mal, les réflexions dans la cour d'école. Donc, je ne veux plus y aller. Donc, papa et maman, ils ont voulu que je sois un petit garçon normal. Et en même temps, je suis un petit garçon normal encore en 2024.
- Speaker #0
J'avoue que ça m'a fait vraiment mal au cœur d'imaginer ce petit enfant souffrir sur une table d'opération pour enlever une tâche qui, si elle est effectivement très visible, reste bénigne et avec laquelle on peut vivre sans problème. Ça m'a fait penser au livre Lignes de faille de Nancy Houston où tous les personnages qui sont membres d'une même famille héritent d'un grain de beauté en relief, marron et velu, qu'on découvre chez les premiers d'entre eux, Sol ou Solomon, 6 ans, qui subit une opération pour se la faire enlever. Ce sont ses parents qui veulent faire enlever ce grain de beauté, et l'opération ne se passe pas très bien. Elle empire carrément la situation esthétique qu'elle devait pourtant régler. J'ai adoré ce livre, qui n'a absolument rien à voir avec l'histoire de Jean-Luc Reichman, mais bon, je l'ai pensé, donc voilà. Cette anecdote de Jean-Luc Reichman qui demande à ses parents d'arrêter d'aller à l'hôpital, elle dévoile aussi beaucoup du caractère de l'animateur, qui ose dire ce qu'il veut et ce qu'il ne veut plus. Pendant des années, lors de son enfance et de son adolescence, il essaie de cacher sa tâche. Il prend le fond de teint de sa mère pour essayer d'être cet enfant normal que ses parents voulaient qu'il soit. Il écrit Attention, beaucoup de passages dans ce livre avec des petits jeux de mots de ce style. Euh... c'est très sympa. Tout au long de la première partie du livre, Jean-Luc Reichman parle du harcèlement qu'il a subi. de la part des élèves aussi bien que de la part des professeurs. Ce que je trouve proprement scandaleux quand on sait la cruauté des enfants, c'est de savoir que les adultes en rajoutaient aussi. Et je crois que malheureusement, ça perdure. Le harcèlement scolaire fonctionne aussi à plein parce que les professeurs ne disent rien ou sont même parfois acteurs du harcèlement. Je vous lis ici un extrait de ce que Jean-Luc Rechman a vécu au cours de sa scolarité au collège puis au lycée. En sixième, cette satanée tâche me vaut d'être rebaptisée Rechman le Rouge par mon prof de maths, M. Poirot. Un jour en classe, je mâche discrètement un chewing-gum lorsque tout à coup M. Poirot me lance. « Reichmann le Rouge, au tableau ! » Je m'avance vers l'estrade. Il me dit sèchement « chewing-gum ! » Alors que je me dirige d'un pas nonchalant d'adolescent vers la grande poubelle, il m'interpelle et me demande l'objet du délit. Tout en me donnant l'ordre de réciter ma leçon, il ramollit lentement la pâte chlorophyllée entre ses doigts gourds. Puis il s'approche de moi, me l'étale directement dans les cheveux, juste en haut, là, derrière la tête, niveau tonsure de moine, devant une classe morte de rire. Dans le corps enseignant, M. Poirot n'est pas le seul à m'affubler de surnoms divers. Au lycée Saint-Joseph, chez les jésuites à Toulouse, mon prof de français de la 4ème à la 2nde, M. Bouchard, 1m90, est un grand gaillard barraqué à la voix éraillée. Monsieur Bouchard a la fâcheuse habitude de donner de très mignons surnoms à tous ses élèves. Mon copain du premier rang qui a un œil de verre devient très rapidement œil de bœuf. Il transforme sol en l'alimande. Et mon pote René, fils d'agriculteur, est évidemment l'agricule. Moi, sans la moindre originalité, c'est l'attache. Ces mots sont insupportables lorsque tu es ado, cette période de ta vie déjà si délicate. Quand tes profs t'enfoncent de manière si violente et destructrice, les complexes remontent aussitôt à la surface. Le fait d'avoir une tâche au milieu de la figure, d'être harcelé et de devoir répondre à ses harceleurs fait de lui une personne très têtue, déterminée, ce qui lui restera tout au long de sa carrière. Il a un tempérament très fort qui est né, je pense, de ce rapport conflictuel avec les autres et avec les adultes. Je trouve ça archi classe qu'il ait réussi à prendre ce trait de caractère de cette expérience parce qu'on sait très bien que le harcèlement scolaire peut briser et a déjà beaucoup brisé. C'est en 1972, deux ans après la naissance de sa sœur Marie-Laure, que la perception de Jean-Luc Reichman pour sa situation change vraiment. À cette époque, la famille Reichman se rend compte que la petite dernière est gravement malentendante. C'est alors que Jean-Luc relativise sur sa tâche.
- Speaker #1
Ma petite sœur, en fait, moi j'ai 9 ans quand elle arrive, et bon, on se rend compte de rien, voilà, c'est Marie-Laure, on est là tous les deux, il n'y a pas si longtemps que cela. Et quand elle arrive, au bout de l'âge de 2-3 ans, même, c'était... À l'époque, un peu plus tard, à l'âge de 3 ans, on s'aperçoit qu'elle est sourde profonde. Et donc, effectivement, il y a toujours pire que soi, quelque part. Et puis finalement, je m'aperçois, je disais que ce n'est pas du tout important ce que j'ai par rapport à elle, puisqu'elle n'entend pas. Donc, elle m'a fait faire un bond, mais réellement, dans toute ma vie, d'ailleurs, encore aujourd'hui. C'est des leçons qu'on a à apprendre, des épisodes de la vie qui arrivent en disant, mais il y a... Je crois qu'il faut la jouer hyper humble. Quand ça vient bien, ça vient bien. Et de temps en temps, tu te dis, moi ça venait pas très bien parce que jusqu'à l'âge de 9-10 ans, waouh, waouh, waouh. Et puis ma petite soeur, c'était quand même beaucoup plus important. On s'est rendu compte, quand j'avais 11-12 ans, qu'elle entendait pas. Et là, il a fallu l'accompagner au mieux. Donc ma petite soeur, ça a été, je sais pas, ça a été une ouverture totalement différente. et puis... Ma petite soeur, c'est un rayon de soleil, quoi.
- Speaker #0
Jean-Luc Richemann apprend donc à faire avec, comme il dit. Il l'accepte. Il accepte sa tâche. Il relativise et ça ne devient plus très important. Parce qu'à côté de ça, Jean-Luc n'est pas qu'un physique. C'est aussi un caractère bien trempé et un attrait pour le devant de la scène. Pour se payer sa première mobilette, son père le fait travailler dans le supermarché où il est directeur, le Mammouth de Toulouse. Jean-Luc travaille à la boucherie et devient crieur pour vendre toutes les saucisses en alpagant les clients. Ça fonctionne très bien et il est très fier de lui. Je pense vraiment qu'il y a un monde où Jean-Luc est devenu un crieur au marché et un boss de la boucherie charcuterie. C'est grâce à cette expérience de crieur qu'il comprend que sa voix est un outil hyper fort pour attirer et rassembler les gens. Il commence à prendre du jalon et en sortant du lycée, il veut faire plaisir à ses parents, fait une école de commerce ou de communication, je m'en rappelle plus. Bref, ça ne lui plaît pas. Il part être géo au Club Med en Espagne et en Tunisie. Il écrit d'ailleurs qu'il glissait parfois la photo de sa copine dans le tiroir. Point, lol après cela il rejoint la radio des coteaux puis radio cambos mais il y a un arrêt d'un an assez foudroyant parce qu'il fait une violente chute à moto quatre jours dans le coma et neuf mois d'immobilisation quand même en sortant un médecin lui dit qu'il avait une chance sur cinq qu'il puisse remarcher et ayant eu cette chance jean luc décide de la saisir et de cravacher comme un dingue pour faire ce qu'il aime travailler dans les médias il fait alors des voix off des publicités des matinales en veux tu en voilà il va de radio en radio fait des horaires de dingue, genre la tranche de 3h à 6h du matin à Radio Monaco, l'enfer. C'est lui qui ouvre Fun Radio et NRJ à Toulouse. C'est une époque assez florissante où il s'exerce beaucoup et il rencontre plein de gens. Ça dure un certain temps, puis il décide de tenter sa chance à Paris et il a une trentaine d'années lorsqu'il arrive à la capitale. Chapitre 2, Jean-Luc. Célébrité pied de nez. À Paris, il galère quand même pendant assez longtemps. Il se donne environ 3 ans pour réussir, et n'y parviendra qu'au bout de genre 2 ans et demi. Il vivote de voix off, d'émissions bof, d'intermittence, de cachet en cachet et de pub en pub. Il raconte ça dans une interview qu'il a donnée à Louise Aubry en 2023.
- Speaker #1
Et je faisais pas mal de voix à l'époque avec mes cordes vocales. J'étais la voix de TF1, j'étais la voix des guignols. J'étais la voix de la 5 à l'époque. Ce soir, sur la 5, Christine Cromwell. Je faisais toutes les voix différentes, mais personne ne savait que j'étais la même voix sur TF1 ou sur Raymond Barre en jeans. Raymond Barre, Paris. Je faisais toutes ces voix sur Canal+. Et en même temps, je faisais les infos par téléphone au 36, 6, 5, 24h sur 24 sur TF1. Les infos. Et je faisais toutes ces voix off avec Whirlpool, le monde de l'électroménager. TF1, une grande soirée, deux grands films. Je faisais toutes ces voix-là que tu l'as dans l'oreille, bien évidemment.
- Speaker #0
C'est grave un saletin boc, je peux pas. Je trouve que dans cet extrait, c'est hilarant comme il enchaîne les pubs sans qu'on lui demande rien du tout, en se rappelant d'une époque qu'il a vécue 30 ans plus tôt. J'ai trop kiffé ce moment. Bref, c'est ça sa life à l'époque, et jusqu'à ce qu'il soit recruté par Nagui pour faire la voix-off d'un jeu télé, n'oubliez pas votre brosse à dents, sa dent. J'ai découvert l'existence de jeux télé en cherchant pour ce podcast. Je comprends vraiment pas très bien le nom de ce jeu, qui fait hurler de rire tous les gens qu'il rencontre par ailleurs. C'est-à-dire que il fait une interview chez Ardisson en 2017 et Ardisson se tape une énorme barre en disant « Ah, brosse à dents, ça dents ! » Je comprends pas. Si je loupe un truc, faut me le dire. Jean-Luc Reichman se décrit à l'époque comme une voix in et non pas une voix off. Il écrit dans le bouquin « En parallèle, après avoir été le chauffeur de salle de Nagui et sa voix off dans Que le meilleur gagne, je deviens la voix in, fort présente, de Nagui, dans N'oubliez pas votre brosse à dents sa dent. Là, je me lâche vraiment derrière le micro. Je vais essayer de faire Jean-Luc Reichman. Accrochez vos belles mères au radiateur. Mettez vos plantes vertes dans le congélateur. Ce soir, vous partez à l'île Maurice ou à l'île chez Maurice grâce à Nagui. Je trouve que je peux être Jean-Luc Reichman, non ? Je pense. C'est là qu'il se fait repérer et devient l'animateur d'une nouvelle émission, Les Amours, sur France 2. Il écrit La production veut alors lui donner le look du genre idéal et ça, ça passe par maquiller sa tâche. Il écrit de ma personnalité. Juste avant d'entrer sur le plateau, j'humectais mon index de salive afin d'ôter le maquillage sur la tâche. Pour tenter de me retrouver, mais surtout pour recommencer peu à peu à être en accord avec moi-même. Un an plus tard, n'étant plus du tout raccord avec la prod, je balance. Pour moi, ce n'est plus possible. Soit vous me prenez avec ma tâche, soit j'arrête. Il raconte la même anecdote chez Ardisson, quelques années plus tard.
- Speaker #1
C'est-à-dire que là, c'est le début des amours et à l'époque, le producteur et les producteurs disent, ouais, mais pour ressembler au gendarme idéal, tu sais comment ça se passe, il faut être beau, il faut être maquillé, etc. Et juste avant de rentrer sur le plateau, je suis pas bien, je me reconnais pas, tu sais comment ça se passe, et je fais ça. Et progressivement, je fais ça. Donc tu vois, là, elle est mis maquillée. C'est-à-dire que... Là, c'est au moment, au début où je commence à me dire, je me ressemble pas, donc je ne me plais pas comme ça. Là, vous décidez de plus maquiller votre tâche, alors... Yves Bigaud, à l'époque, accepte, à condition que vous enleviez ces Doc Martens jaunes. Voilà, c'est ça, on se donne le choix et on s'amuse. En fait, je lui dis, soit c'est les pompes, soit c'est la tâche, qu'est-ce que t'en penses ? Comme ça, on aura une petite touche de couleur. Et donc, les chaussures jaunes sont sur mon piano dans la maison.
- Speaker #0
Et finalement, la tâche finit par s'imposer, à la fois sur sa gueule, mais aussi à la télé. Ça deviendra sa marque de fabrique. Les Amours, en plus d'être la première émission où on le voit avec sa tâche, est une émission où Jean-Luc Reichman va faire la différence en imposant à la production deux choses très importantes à ses yeux, le sous-titrage des émissions et la diffusion de Couples Homo.
- Speaker #1
J'étais sur France 2, je me rappelle très très bien de ce combat, notre président était Michel Cotard, avec Monsieur Duhamel à l'époque, c'est ça ? Et puis ma sœur, la première fois que je redescends à Toulouse de Paris, je dis alors ça te plaît, je fais les amours, c'est sympa, elle dit ouais t'es rigolo avec tes cheveux longs, tes chaussures jaunes et tout, mais je comprends pas. Pardon ? Non non c'est bien, mais je comprends pas ce que je dis. Je dis pardon ? Elle dit bah oui. Je ne sais pas ce que tu dis. Et là, j'ai pris conscience que, en fait, le côté de... Mais c'est vrai, ma soeur, elle ne comprenait pas. Mais il n'y avait pas qu'elle qui ne comprenait pas. Il y avait plein de personnes. Plus tu avances en âge, apparemment, plus tu es déficient auditif. Donc, il fallait aussi tendre la main à ces gens-là. Donc, j'en ai fait mon combat. C'était très, très compliqué, tu sais, Michel, au début, de faire accepter. déjà psychologiquement, je disais mais... C'est du service public, quoi. Il faut aider les gens qui sont dans le besoin. Combien il y a de personnes qui sont malentendantes ? Aujourd'hui, il y en a combien ? 3, 4, 5, 6, 10 millions. Et combien de personnes lisent aujourd'hui, comme tu dis justement, et ça me touche, grâce au sous-titrage et qui peuvent accéder à cela ? Maintenant, les non-voyants peuvent également, grâce à l'autodescription, accéder à tout cela. Mais oui, je me suis battu. Alors oui, ça a coûté cher. parce qu'il fallait décrypter, il fallait, à l'époque c'était à la ligne, etc. Maintenant avec l'intelligence artificielle, ça va beaucoup mieux. Mais ça me touche que tu dis, parce que oui, ça a été un de mes combats, sur la différence, une fois de plus, et cette différence sur tous les malentendants, je vous embrasse fort, mais ça a été un combat, et aujourd'hui, quelque part, je suis un peu fier, je suis surtout très heureux, outre pour ma sœur, mais pour toutes ces personnes-là, parce que nos métiers, toi et moi, c'est d'être rassembleurs. Le plus possible. Donc s'il y a des messages à faire passer, c'est de se dire mais faisons attention à l'autre parce que tout ça est tellement fragile.
- Speaker #0
En ce qui concerne les couples homos, il a ce même discours de vouloir rassembler les gens. Lorsqu'il propose à France 2 de faire passer des couples gays à la télé, on lui propose d'abord de faire une émission spéciale gay, ce qu'il refuse. Il ne veut pas les catégoriser et veut les faire passer avec n'importe quelle personne, n'importe quel autre couple. Diffuser des couples gays, ça a mis quand même pas mal de temps à infuser dans la télé française. C'est toujours pas gagner-gagner, mais on en a quand même certains exemples dans des émissions liées aux relations amoureuses. Je pense évidemment à L'Amour est dans le Pré, l'occasion de se réécouter une compil... ...on point... ...de Karine Lemarchand. GAY ! Dis-moi, t'es gay ou t'es hétéro ? Ouais, j'suis homo. Ah oui, je me disais aussi. Oh t'es beau ! T'es gay ! T'es gay toi ! Et toi tu cherches un garçon toi ? Oui, j'ai bien compris que t'étais gay, va t'inquiète pas. On voit que t'es mignon toi, comment tu t'appelles ? Et t'es hétéro ou t'es gay ? Comment, quand tu mets ce drapeau-là, c'est que tu l'es ? Ces extraits ne seront jamais, jamais, jamais hors de propos, je vous le dis. Au début des années 2000, Jean-Luc Richemann quitte Les Amours. Il a pour ambition de lancer un jeu télé où il veut être animateur et producteur. On appelle ça des animateurs-producteurs. Mais ce type de contrat n'est plus possible sur France 2 depuis l'affaire dite des animateurs-producteurs. qui concerne deux poids lourds de la télé, Jean-Luc Delarue et Jean-Pierre Alcabache. Flashback, on est en 95. Jean-Pierre Alcabache est président de France 2 et Jean-Luc Delarue est animateur-producteur à succès sur la chaîne. À succès très monopolistique. Dans un rapport parlementaire, le député Alain Griotrait révèle qu'une poignée d'animateurs-producteurs réalisent alors près de 600 millions de francs de chiffre d'affaires avec France 2. Soit près du quart du coût de la programmation. Jean-Luc Delarue devient alors le symbole de cette débauche d'argent public finançant des sociétés de production privée. On reproche à la chaîne une gabegie d'argent public et aux animateurs producteurs de s'en mettre plein les fouilles. Jean-Luc Rechman, avec son idée de jeu, ne peut donc pas le faire chez France 2. Il écrit Une chaîne de service public comme France 2 n'a nulle envie de revivre cet épisode avec moi, mais en avril, je reviens tout de même à la charge. N'y a-t-il vraiment aucune possibilité de faire évoluer les choses ? Parce qu'au mois de juin, sinon, je m'en irais. Ils ne reviennent pas sur leurs décisions, et je ne cède pas non plus. C'est donc TF1 qui achètera Attention à la marche. En 2010, après près d'une décennie de petits potes et de questions co, de questions in, de questions coquin, Attention à la marche prend fin. Mais Jean-Luc Reichman s'est entre-temps rendu indispensable à la chaîne. Il fait désormais partie du décor, entre le frigo et le congélo. Il est un rendez-vous auquel des millions de Français se raccrochent chaque midi. Impossible pour la chaîne de laisser partir l'animateur, qui conserve la chaîne du midi 13h avec un nouveau jeu, les 12 coups de midi. Y a-t-il une passion française pour les jeux télé ? Je sais pas si c'est spécifiquement français, mais en tout cas, on adore ça. Petite anecdote à ce propos, en 1995, encore grosse année, la direction France Inter annonce supprimer le jeu des 1000 euros, à l'antenne depuis près de 40 ans. 1958 quand même. Et c'est là que la France se soulève et parle d'une même voix, s'unit enfin. Le médiateur de France Inter et de Radio France a reçu tellement de courriers de protestation que le jeu des 1000 euros est conservé. Je trouve ça fort de savoir que ce jeu, pareil qu'il est diffusé à un midi, rassemblait tellement de gens qu'il était devenu inconcevable de le supprimer de la grille. Un truc en tout cas est sûr, le rôle d'animateur sur cette case est central, même s'il est délicat. Entre stand-up, improvisation et sens du suspense, c'est un vrai spectacle que doit donner chaque jour Jean-Luc Reichman, en duo avec des candidats tous différents. Il en parlait d'ailleurs en 2013 sur France Inter.
- Speaker #1
Chaque accident est un cadeau. J'ai eu la chance effectivement de faire la ligue d'improvisation. Les accidents, un pro-joc qui pète, quelque chose... Pour moi, c'est un cadeau. Quelqu'un qui est ternu devant moi. Il y a une dame, il n'y a pas très très longtemps, j'étais là au mois de décembre à la télé, là, sur les 12 coups de midi. Une dame qui est candidate à mon jeu, et je la regarde droit dans les yeux. C'est à vous, et d'un seul coup, elle se met à bailler. Vous imaginez donc c'est à dire que je dis mais qu'est ce qui se passe et la dame devient toute rouge voilà je dis mais ça va vous vous baillez vous êtes fatigué vous vous ennuyez il ya quelque chose j'ai trouvé ça c'était un cadeau et me dit non excusez moi jean luc j'ai les oreilles bouchées et je ne peux pas faire autre chose. Donc voilà, l'imprévisibilité dont parlait Marie-France, je trouve que c'est très intéressant parce que pour moi, ça me permet de rebondir. Et je rebondis sur ce que disait Jean-Michel tout à l'heure, nous avons les... candidats qui changent en permanence et nous avons les questions, l'actualité qui bouge. Donc c'est vrai qu'il y a trois paramètres. Il y a effectivement l'animation, on est là pour rythmer, ça c'est important pour qu'il y ait un bon rythme dans une émission. Il y a les candidats qui sont très importants et puis il y a la substantifique moelle, la quintessence, il y avait le jeu des mille francs à l'époque comme vous disiez justement, c'était sur la culture et le savoir. Maintenant, il y a la question de proximité. Tous les animateurs qui marchent et qui perdurent, entre guillemets, sont proches, comme le disait Marie-France, de l'humain et des candidats.
- Speaker #0
Et c'est clairement là-dessus que Jean-Luc Reichman est le best. Être cordial, convivial, familial, bienveillant, attachant. Que ce soit dans les interviews où il parle de son parcours, ou dans les émissions de jeux, il est proche sans être obséquieux, taquine sans être insultant, amène à la faute gentille et à la répartie mignonne. Tout un art qu'il a transformé en carrière florissante et très rémunératrice. On parle de plus de 200 000 euros mensuels dans les bons mois, tout compris, entre les tournages des 12 coups de midi, les royalties, les revenus de production, les investissements de toutes sortes. Bref, les jeux ont rendu Jean-Luc Reichman plein aux as. Vous l'avez, les jeux, l'as. Jean-Luc Reichman est très consensuel dans ses interventions et dans son livre. Il ne parle pas de politique, il ne fait pas de controverses. Son rôle dans la visibilité des personnes gays à la télé s'arrête par exemple aux amours. J'ai pas vu d'intervention de sa part à ce sujet. Par ailleurs, on l'a aussi vu célébrer Cyril Hanouna lors de la dernière de TPMP sur C8 en février 2025, à base de gros smacks et de JTM mon baba, le même baba qui réalisait des happenings homophobes dans son émission. L'autobiographie de Jean-Luc Reichman, Time Tash, Pistache, ne se cale pas dans un moment dans le parcours de l'animateur. Il n'a pas besoin de prouver quoi que ce soit ou de s'expliquer sur un truc comme Diams ou Nabilal ont pu le faire. Le livre a plutôt l'objectif de renforcer son image de personnalité médiatique. authentique, bienveillante et familiale qui résonne auprès d'un large public transgénérationnel pour ainsi se rendre indispensable à une télévision qui cherche à tout prix à maintenir ses téléspectateurs désormais sollicités par bien d'autres écrans que le petit et le plus vieux du salon. Enfin, enfin, la rubrique ça fait réfléchir. Parce qu'on a toujours une leçon à retenir d'une star qui raconte sa live dans un bouquin. J'en prends une très courte dans le... bouquin de Jean-Luc Reichman, parce que j'ai parlé de son style assez lourdingue et je trouve que là, ça marche bien, parce qu'il y a le style lourdingue, plus une petite phrase qui fait réfléchir. Alors qu'il passe des castings dans les années 80 pour être animateur, Jean-Luc Reichman se fait chipper la place par des gens qui connaissent quelqu'un, qui connaissent quelqu'un, bref, par cooptation. Et il écrit. Le mal fait beaucoup plus de mal que le bien fait du bien quand tu es bien. Ça fait réfléchir, n'est-ce pas ? Le mal fait plus de mal que le bien fait du bien quand tu es bien. C'était la septième autobiographie de version officielle. T'as une tache pistache de Jean-Luc Richemann. Rendez-vous très bientôt pour la suivante. Je vous embrasse très fort et n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.