- Speaker #0
Reine de la night, mascotte officielle d'Ibiza, transfuge de classe et bourrelle de travail, Cathy Guetta est devenue une icône des clubs dans les années 90, en duo avec son DJ d'ex-mari, David Guetta. Mais avant d'être la moitié d'un couple, Catherine Lobé, de son vrai nom, est une toulousaine au sens du service inégalable, au contact facile et à l'énergie inépuisable, qui a raconté son parcours dans une autobiographie, Bain de nuit, parue en 2008. Je l'ai lue et je vous raconte. And after all that we've been through, and everything that feels right is wrong. Now that the love is gone, love is gone. Tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout. Bienvenue dans Version Officielle. Vous êtes actuellement en train d'écouter le podcast qui se tape les autobiographies de vos stars préférées. Vous écoutez l'épisode sur Kathy Guetta. Bou bou bou bou bou bou bou bou N'hésitez pas à mettre une très bonne notation à cet épisode si vous le trouvez génial. Ou même si vous le trouvez pas super, ça me ferait vraiment plaisir. Bonne écoute ! Pipi pipi pipi pipi Onts ontts ontts ontts ontts ontts ontts Entendez-vous ce son étouffé de grosses basses ? C'est l'entrée des bains-douches. ou du Pacha, ou du Palace, ou du Queen, des établissements par lesquels est passée Cathy de Guetta, seule ou à deux avec son mari David, à un moment ou à un autre de sa vie. Cathy et David Guetta, c'est une histoire qui a marché pendant 25 ans. De leur rencontre en 1989 jusqu'à leur séparation en 2014, ils ont régné sur la nuit, à Paris d'abord, puis à Ibiza, et enfin dans le monde. Si c'est David qui est aujourd'hui le plus reconnu des deux, il s'agissait bien initialement d'une hydre à deux têtes. Jusqu'au milieu des années 2000, c'était David et Cathy, Cathy et David, les Guetta, qui, d'échecs cuisants en culot éhonté, ont gravi les échelons de la night jusqu'à la dominer. Mais avant de rencontrer David, avant d'être une superstar de la nuit, avant de connaître tout le gratin, le gotha, le tout Paris, avant de s'envoler aux quatre coins du monde pour organiser les teufs les plus folles, avant de gérer quatre établissements à la fois et de courir de l'un à l'autre toutes les nuits, Cathy Guetta est Catherine Lobé. Née à Dakar en 1967, d'un père militaire d'origine camerounaise et d'une mère alsacienne et orpheline. C'est dans son autobiographie, Bain de nuit, qu'elle raconte son ascension et son parcours. Je n'avais strictement aucune idée de ce que j'allais lire en ouvrant ce petit bouquin co-écrit avec Clara Dupont-Mono. Pour moi, Cathy Guetta était la femme d'eux, c'était tout. Je pensais lire un livre creux, pas passionnant, sur le fait d'être une femme d'eux. Qu'elle ne fut pas ma surprise quand je me suis rendue compte qu'une femme pouvait ne pas être dans l'ombre de son homme. Comment ? Une femme qui travaille et qui a de l'ambition ? Comment ? Une femme qui est la moitié d'un empire à deux têtes ? Comment ? Une femme qui bosse la nuit ? Toute la nuit ? Toutes les nuits ? Finalement, c'est tout ça que j'ai découvert dans ce livre, selon moi sorti un peu trop tôt. Il paraît en 2008, lorsque Cathy vend ses établissements et que David se lance encore plus sérieusement dans la musique. Les énormes succès de David Guetta arriveront peu après, comme I got a feeling ! Wouhou ! en 2009. Et leur divorce en 2014. Le bouquin retrace l'enfance de Cathy Guetta, sa rencontre avec David, leur carrière qui décolle, mais pas la chute. Dommage, mais du coup, je vais me concentrer sur ce qu'elle raconte dans le livre, son ascension et son couple. Dans ce bouquin, pour moi, il y a deux chapitres. Chapitre 1, From Catherine to Cathy. Chapitre 2, David et Cathy jusqu'au bout de la nuit. Chapitre 1. From Catherine to Cathy. L'enfance de Catherine se fait très loin de la vie bling-bling qu'elle va connaître par la suite. Son père, d'abord, est assez peu présent. Il est marin et doit s'absenter très régulièrement pour des missions longues et à l'autre bout de la planète. De son côté, sa mère est femme de ménage, orpheline. Elle a grandi dans un foyer de bonne sœur qui lui a laissé une éducation fondée sur ce que Cathy Guetta appelle le maintien. Cathy Guetta a grandi avec ses deux parents qui ont très peu de moyens. Pendant tout le début du livre, elle rappelle ses origines sociales très pauvres, à base de bol de café au lait un soir de Noël quand même. Elle dit que de cette période de pauvreté, elle garde deux choses, la volonté de se faire de l'argent vite et le goût du travail. Elle écrit qu'elle veut travailler sans répit pour ne jamais manquer d'argent. Une chose qui était vraie dans les années 80, mais qui n'est plus vraie aujourd'hui, donc ne vous faites pas avoir.
- Speaker #1
Moi je suis issue d'une famille ouvrière, avec pas beaucoup d'argent et comme mon père a été à la retraite à l'époque, alors je ne sais pas maintenant, mais pour les militaires c'était à 45 ans. Il est arrivé en pleine année du chômage, comme on a les années chômage des années 80-85, bref, et donc difficile à retrouver du travail, ma mère qui ne travaillait pas. Et moi je me suis dit, je peux pas les laisser comme ça. Moi je me suis dit, il faut que j'arrête les études, et il faut que je paye les loyers, il faut que je paye le loyer, l'électricité, les trucs.
- Speaker #0
Sa vie d'enfant est ponctuée de déménagement pour cause de voisins racistes, des allées et venues qui fragilisent la famille, d'après Cathy Quetta, beaucoup plus que ne l'aurait fait le racisme dont ils étaient l'objet. Elle écrit, « Un jour, j'entends des éclats de voix sur le palier de notre appartement. Je reconnais la voix de ma mère, exaspérée, et celle des voisins. Ces gens-là ont un œil derrière la tête et la langue venimeuse. Ils observent, scrutent, dissèquent, puis commentent à voix haute. Plus d'une fois, ils se sont permis des réflexions déplacées sur mon père, ses enfants métisses, notre situation, notre différence. Ce sont de « braves gens » , comme on dit. Pour ma mère, ces commérages sonnent le signal du départ. De toute façon, nous avons l'habitude. Elle ne prend pas de recul. Elle agit par coup de tête. J'aurais grandi avec une mère rêvant de stabilité, les bras toujours chargés de valises. Personne ne sait encore que la décision de ma mère est une énorme bêtise. Chacun ignore que ce déménagement sera celui de trop et qu'à vouloir sans cesse réinvestir un lieu, on finit par déserter sa vie. Du racisme, elle n'en parle que dans le début du bouquin, c'est-à-dire pendant l'enfance. Elle écrit Je lis ma différence dans le regard des autres enfants. Je la vis dans la cour de récréation. Certains élèves touchent mes cheveux. Ils les commentent. Tu as de la laine sur la tête. Invariablement assortie d'un Mais tu es tombé dans du Nesquik. L'intolérance, je la vois, je la vivrai parfois, mais elle ne m'empêchera pas d'avancer. Je n'ai jamais eu honte de la couleur de ma peau. Je n'ai jamais souhaité, ne serait-ce qu'une seconde, être blanche. Le seul truc qu'elle dit qu'elle aurait aimé changer, ce sont ses cheveux. Les cheveux, c'est comme tout, c'est un objet hyper politique. Même si on en parle de plus en plus, ça reste un racisme sous-jacent. Les cheveux crépus des femmes noires sont souvent considérés comme non professionnels, comme sales, comme moches. Plus c'est lisse, plus ça s'approche du cheveu occidental. mieux c'est accepté et mieux c'est perçu. Voilà comment Cathy Guetta en parle. J'aurais donné n'importe quoi pour changer de cheveux. C'est une obsession. Avant d'acheter une poupée, je touche ses cheveux. La plupart des petites filles choisissent selon les vêtements, les accessoires ou la finesse du visage. Moi, je palpe leur tête. Plus les cheveux sont lisses, raides et longs, plus je les aime. Ils glissent entre mes doigts comme une eau dorée. Les poupées Bella restent mes préférées. Je passe des après-midi entiers à les coiffer. Genoux, j'entortille et je natte. Je pense aux couettes de mes camarades d'école. Je pense aussi aux clodettes qui tournent autour de Claude François. Leurs cheveux ondules et dansent avec leurs pas. Les miens ne bougent pas. Ils s'amoncèlent en une pelote de laine sombre. La façon dont Cathy Guetta en parle, c'est vraiment significatif de l'objet politique que sont les cheveux et la coiffure, et notamment la coiffure et le traitement des cheveux crépus, des femmes racisées et des hommes racisés aussi, mais là en l'occurrence des femmes racisées. Et ça, ce sont des constructions sociales. Ce sont des stéréotypes racistes qui sont bien ancrés de façon hyper insidieuse, parce que même Cathy Guetta, en tant que femme noire, ne s'accepte pas avec ses cheveux naturels. À ce propos, je vous conseille la série documentaire Cheveux Afro de Rachel Quarteng, qui est sortie sur TV5MONDE l'année dernière et dont je mets l'extrait d'une interview juste ici.
- Speaker #2
Alors justement en France, on découvre la violence des enfants à l'école, dans votre documentaire, face à la différence cheveux lisses, cheveux crépus, jusqu'au marché de l'emploi, l'embauche, tellement que l'Assemblée nationale a dû adopter un texte de loi contre la discrimination capillaire en France, c'est dire l'enjeu. C'est dire l'enjeu et ça veut dire aussi que la problématique elle est toujours présente, même s'il y a eu un mouvement du retour naturel, ça veut dire en réalité que... Peut-être que toute la société n'a pas accepté, n'accepte toujours pas les cheveux afro ou n'accepte tout simplement pas la différence. Donc ça veut dire que c'est toujours d'actualité.
- Speaker #0
Cathy Guetta a grandi avec deux frères, dont l'un, Chris, avec qui elle va découvrir le monde de la nuit.
- Speaker #1
Un dimanche après-midi, mon frère qui veut être DJ m'emmène dans un club. J'ai 17 ans et là j'ai ma révélation. Et je me suis dit, mais c'est là que je veux être. Parce que moi, j'étais folle de danse. Mais je dansais, mais oui, alors je pouvais pas me payer les cours, mais je dansais devant mon miroir, dans ma chambre, et je reprenais les chorés et tout ça. Lorsque j'arrive ce dimanche après-midi, moi, j'arrive dans les années disco, chez Michael Jackson, Saturday Night Fever, John Travolta, on est à fond de la summer et on y va. Et donc, lorsque j'arrive là, je commence à danser. Et là, je vois que j'ai des regards que je ne connais pas. Et là je me dis mais je commence à être quelqu'un, je suis quelqu'un. Dans un club on peut être qui on veut dans un club.
- Speaker #0
Elle écrit, ce dimanche là je découvre un monde. La lumière tamisée efface les différences. Métis ou blanc, pauvre ou riche, la discothèque s'en fiche. Elle emmêle les écarts et les enveloppe d'un même éclat opaque. La lumière d'une boîte de nuit restera ma première expérience d'égalité ethnique et sociale. Subitement, je suis comme les autres. Je ne sais pas encore que j'axerai ma vie professionnelle sur ce sentiment. Mon métier consistera à fabriquer des ambiances où seul comptera cet impératif. Amusez-vous, existez. « Derrière chaque soirée que j'organiserai, de la plus intime à la plus spectaculaire, il y aura l'écho de ce dimanche après-midi de mon adolescence. » Tout au long du livre, elle va vraiment appuyer sur cette vision de la nuit, un endroit qui efface les différences, met tout le monde sur un pied d'égalité, ouvre des portes et casse des frontières. C'est une vision qui est sans doute vraie pour Cathy Guetta, puisqu'elle a eu ce sentiment d'égalité et de pouvoir être qui elle voulait sur le dancefloor. Mais il ne faut pas oublier que la nuit n'est pas vraiment un endroit. qui met tout le monde sur le même pied d'égalité. Il y a une sélection entre les gens qui entrent ou pas dans un club, rien que sur un niveau tarifaire, par exemple. L'entrée se paye. Peut-être qu'à l'époque, c'était moins cher, voire gratuit. Mais aujourd'hui, il y a clairement une sélection. Ce n'est pas donné à tout le monde de faire la fête. Et par ailleurs, même pour les gens qui peuvent se le payer, s'ils se font recale à l'entrée, je parle d'expérience. J'ai une relation très amour-vache avec les videurs. Forcément, ce n'est pas si démocratique que ça. Là-dessus, mon expérience personnelle, elle compte, évidemment. Et la vôtre aussi. Recalés de tous les pays, unissons-nous. Mais on a aussi des chercheurs qui ont réfléchi à la question, comme Arnaud Hidlon, auteur d'un essai, Boum Boum, politique du dancefloor.
- Speaker #3
Cet autre monde que nous promet le club, Michael Faussole parle de la nuit comme un espace démocratique, et notamment parce que la fête et la nuit dépréciraient un sens en particulier, la vue, qui pour Michael Faussole est le sens. du jugement, le sens de la comparaison. Et la vue étant dépréciée dans la nuit et dans la fête, on doit s'en remettre à d'autres sens, qui sont des sens qui génèrent moins de comparaison sociale. Et c'est en ça qu'il nous dit, et à la suite de Rousseau, qu'il cite abondamment également, que la fête est un espace démocratique et égalitaire. En même temps, quand on fait une généalogie des espaces de fête, d'un côté la discothèque, qui se réapporte à une musique, la disco, On a la boîte de nuit. qui se rapportent à une notion plutôt architecturale. Et puis on a le club. Et le club, c'est tout l'inverse du pub. Le pub, lieu populaire par excellence, que décrit très bien Ray Oldenburg dans son ouvrage The Great Good Place en 89. Mais le club, ça dit bien la dimension élective ou sélective, où on peut rentrer ou non en fonction d'une politique de la maison. Et d'un coup, soit des Doc Martins, soit des baskets blanches vont devenir soit un passe-droit, soit un stigmate. qui va nous interdire ou non de rentrer. Donc oui, il y a cette espèce d'intuition, d'évidence, ou en tout cas de vœu pieux que la fête serait un espace démocratique. Et en même temps, on voit bien dans cette politique de la maison, des discothèques, des clubs et des boîtes de nuit, que finalement cet autre monde n'est pas tant un autre monde que la confirmation d'un monde, d'une classe sociale et d'une certaine endogamie sociale.
- Speaker #0
La nuit, Cathy, Catherine. elle, elle adore. Elle aime le service, elle aime rendre service, elle aime rendre les gens heureux, en étant donc d'abord cliente, puis elle devient serveuse, puis elle tient le vestiaire, puis elle s'occupe du carré VIP d'abord à Saint-Tropez, et puis ensuite, elle va monter à Paris pour mener une carrière florissante. C'est à Saint-Tropez que sa vie va vraiment changer, puisque c'est là qu'elle va rencontrer son futur mari, David Guetta. Chapitre 2, David et Cathy jusqu'au bout de la nuit. Cathy Guetta, pour elle, la nuit c'est un endroit qui casse les codes et où les frontières sociales s'abolissent. Ce qui est un peu à l'image de sa rencontre avec David Guetta, qui ne vient pas du tout du même milieu qu'elle. Je vais raconter un peu la rencontre avec David parce que c'est assez exceptionnel. Ils se rencontrent à 3h du mat dans une boîte de Saint-Tropez. Ce qui est hilarant, c'est qu'elle répète mille fois, et dans le livre et dans beaucoup d'interviews, qu'elle l'a trouvé pas l'eau à mourir. Et c'est vrai que quand on regarde des photos de lui de l'époque, il n'y avait pas très bonne mine. Elle répète vraiment mille fois qu'elle le trouve trop blanc. Elle dit même qu'il a une peau d'endive. J'adore, je vais reprendre ça. Et comment elle décrit la rencontre ? Soudain, je croise le regard d'un jeune homme plutôt frêle. Il se tient au bord de la piste, un peu dans l'ombre. Son regard est très clair. Il me sourit. Je ne connais pas ce visage. Je ne l'ai jamais vu sur les plages que j'arpente pour repérer les nouveaux clients, ni sur le port. Étape. obligés après une journée au bord de la mer. Ni chez Sénéquier, ni le soir au club. A Saint-Tropez, tout se sait, mais personne ne parvient à me renseigner sur ce garçon.
- Speaker #1
Et je dansais, et je dansais, et un soir, je danse, paf, tac, regarde sur la gauche, et là je vois mon David qui me regarde comme ça, petit mec, tout mignonné, et là, eye contact de fou. Et je me dis mais il est tellement mimi, il a l'air tellement gentil, lui il me regarde, on décroche pas le sourire, on a un vrai coup de foudre. Il était rachitique. Il était d'une maigreur et d'une pâleur. Il était pas... Il voyait pas le soleil. Il était blanc, il était tout mince. Je vois avec sa mèche, là, ses grands yeux bleus ouverts. Il avait son côté romantique.
- Speaker #0
Donc c'est vraiment hyper drôle qu'elle l'ait trouvé blanc comme tout. Ce qu'il est, voilà. Mais je pensais pas qu'on pouvait insister à ce point-là. Je trouvais ça trop drôle. Un truc un peu sexy quand même qui s'est passé après, c'est que genre le deuxième soir où il se voit, il se chope ou alors même pas, même avant de se choper, il la regarde et il lui dit « Toi et moi, on va passer notre vie ensemble, on va faire des enfants et on va jamais se quitter. » Et ça, je dois dire que même si t'es palo et un peu frêle, je pense que c'est un peu sexy. Moi, j'aime. Après Saint-Tropez, elle monte à Paris avec David Guetta. Et c'est là qu'elle va se rendre compte qu'ils ne viennent pas du tout du même milieu parce qu'elle va loger chez les... C'est le père de David Guetta qui a un appartement près du marché d'Aligre dans le 12e arrondissement de Paris. Elle écrit Le père est propriétaire d'un petit restaurant rue de Côte. Il est distant et très très cultivé. La belle-mère aussi. En bonus, elle a une intonation de la voix particulière. La fin des phrases est savamment relevée mais sans ostentation. Juste assez pour que ça dise « je suis une intellectuelle de gauche » . Moi, ma famille, c'est plutôt « déscolarisé de droite » . Le choc des cultures. J'ai découvert l'autre versant du DJ. étudiant en droit à la fac de Nanterre, protégé par sa famille, entouré de postes ados qui ricanent pendant des heures et prononcent le mot « cool » dix fois par phrase. C'est doué pour faire le monde avachi sur un canapé en fumant des pétards, mais quand il s'agit de gagner sa vie, je sens la distance se creuser. Je panique, obsédé par l'argent, guidé par mes rêves parisiens. Lui est obnubilé par ses idéaux politiques. Un soir de 1989, effondré par la fermeture du palace, je trouve David surexcité. « Cathy ! » une chose très importante vient d'arriver. Moi, je sais, le palace va fermer. Il me regarde sidéré. Mais non, le Mianto Berlin vient de tomber. On décroche la palme du glauque le jour où l'on revisite à sa mère. Madame habite un petit appartement à Montparnasse. À peine franchi le seuil, David se rédit. Je sens qu'il est mal à l'aise, bizarrement gauche. Le temps de voir Madame, j'ai compris. Elle est psy, elle articule chaque son comme une prof de français et ne s'adresse qu'à David. Une manie familiale. Cathy Guetta est une transfuge de classe. et le couple David et Cathy Guetta est un couple de deux personnes qui viennent de milieux très différents. La famille de David Guetta, en fait, ce sont des méga communistes, c'est des 68ards hyper politisés et qui, d'ailleurs, ont, je crois, vu d'un assez mauvais oeil sa vie nocturne. Je trouve ça ouf qu'ils viennent de ce milieu-là. Des intellectuels de gauche face à Cathy Guetta qui vient du Sud et qui est une meuf qui aime la nuit, qui aime les paillettes, le bling-bling et tout ça, quoi. Donc il y a un petit clash de deux mondes, en effet. En tant que transfuge de classe, Cathy Guetta explique qu'elle est mal à l'aise face au code qu'elle n'a pas de David Guetta et de sa famille. Il y a un vrai jugement de valeur, et Cathy Guetta, elle le sent, et elle se sent très complexée, et elle le dit dans le livre, c'est la première fois que je me retrouve complexée. Et ça parce que la famille de David Guetta la complexe, et lui font sentir que, quelque part, elle est un peu inférieure à eux, selon leur jugement de valeur, leur valeur. et ce qui les intéresse dans la vie qui n'est pas du tout ce qui l'intéresse elle. À ce propos, j'ai vu un documentaire qui s'appelle HEC, Admissons les codes, qui est disponible sur Arte. Je vous invite à le voir parce que c'est vraiment intéressant de voir comment un fils de poissonnier, par exemple, se retrouve à HEC et voit les différences sociales entre son éducation, sa famille, sa culture et celle dans laquelle il débarque parce qu'il est bon en classe et qu'il a réussi son concours. Voilà, c'est super. Tout ce que fait Arte est super, bravo. Bravo Arte. C'est avec lui qu'elle va gravir les échelons de la nuit parisienne. D'abord elle est serveuse, puis chef de rang, puis elle devient directrice des relations publiques, je crois, des bains-douches. Enfin, elle cite un milliard d'établissements dans son bouquin que j'avoue je ne connais pas trop, donc je vais pas non plus insister, insister. Mais c'est comme ça qu'elle rencontre vraiment beaucoup, beaucoup de gens. Et comme elle a le contact hyper facile et qu'elle est manifestement très sympathique avec David, ils deviennent un petit couple plutôt sympathique que les gens aiment bien. Et aiment bien aider aussi. Quand je dis que les gens aiment bien les aider, c'est vraiment littéral parce que pour leur mariage en 1992, Cathy et David Guetta ont vraiment pas grand chose et l'ont organisé au culot. C'est-à-dire que Cathy Guetta, elle va toujours dire que la première soirée qu'elle a organisée, c'est son mariage.
- Speaker #1
Un des boss, un des patrons du Queen et des Bains... C'était Philippe Fassien, qui était et le patron du Queen et le patron des bains. Donc lui, il avait sa Cathy au bas et son David au Queen. Lorsqu'on s'est mariés, il a été extraordinaire, rappeler tous les fournisseurs, donner leur de l'alcool. Bon, parce que nous, la piscine de Ligny, on a tout fait à l'embrouille, on n'avait pas d'argent. Donc lorsqu'on organise notre mariage, on l'organise un peu, c'est un peu notre première évente avec David, j'ai envie de te dire. Parce que 800 personnes, la piscine de Ligny, il faut la dealer. Parce que le mec t'arrive, toc toc, on fait un réact. Mais t'as pas d'argent du tout encore ? Ben non, ça coûte 10 000 pour la petite plaisanterie là. Oui mais 10 000 on les a pas. Oui mais David il est un peu DJ, il vous fera une soirée gratos. Ok très bien. Tout était comme ça, la démerde. Je me souviens, Asdine Alaya que j'adorais, qui avait participé à ma robe, Thierry Mugler pareil, le costume de David. Tout le monde participait parce qu'on était un peu, on était ce petit couple. travailleurs, qui ne lâchaient rien. Mais oui, on était appréciés par tout le monde, on se battait comme des fous. Et lorsqu'on décide de se marier, tout le monde a envie de nous aider. Donc je connaissais la famille Campion que j'avais connue. Que j'avais connue à Saint-Tropez. Donc ils m'avaient fait, parce que moi j'ai un peu mon côté petite fille, donc ils m'avaient fait la fête foraine. Donc j'avais que des barbes à papa, des pommes d'amour. Ou une kermesse, quoi. Une kermesse, comme ça, on faisait pas à manger. Parce que 800 personnes, alors merci. Ça coûte cher. Ben oui, la pomme d'amour, ça te calme. Donc voilà, tout était comme ça. Elle embrouille le mariage.
- Speaker #0
Après leur mariage, les guettas montent d'un cran. C'est David qui la convainc de monter leur affaire. Il pense qu'elle, elle est arrivée au top de sa carrière en tant que directrice des relations publiques, donc l'un des établissements. Je crois que c'est les bains-douches. Et lui, il ne montera pas plus haut, il pense en tant que DJ au Queen. Un petit point ici. Parce que si vous faites des recherches sur le couple Guetta, vous verrez qu'on dit souvent que c'est elle l'organisatrice et lui le DJ. Que c'est elle la tête pensante des soirées et lui le DJ. Mais en vrai, c'est pas tout à fait ça. Par exemple, sur le fait de se lancer et de monter leur affaire, le côté entrepreneur, c'est plutôt lui et pas elle.
- Speaker #1
L'année d'après, David m'a dit qu'il faut qu'on fasse des choses, nous. Mais moi, j'étais très... Moi j'adorais les bains, déjà j'avais commencé au bain douche, j'étais très content, j'étais herpé, je m'occupais de toutes les célébrités, des soirées, etc. Et David, lui, il était au Queen, le Queen cartonné, on n'avait aucune raison de partir. Mais ce côté entrepreneurial, ce côté on y va, on a nos propres soirées, ça c'est David. Moi je n'aurais jamais pu le faire dans ma vie, sans lui, jamais de la vie.
- Speaker #0
Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire l'enquête de Sofian Fanen sur Les Jours. C'est une série qu'il a écrite de plusieurs articles sur David Guetta. Sofian est mon ancien collègue et il m'a accordé une interview pour qu'on puisse parler de David et Cathy Guetta. Donc je vais vous laisser avec lui qui m'explique du coup le fonctionnement de la machine et de l'organisation Guetta. Et je vais aussi vous mettre très bientôt l'intégralité de l'interview qu'on a fait tous les deux. Ma première interview !
- Speaker #4
En fait le grand truc de Cathy Guetta, c'est qu'elle a un sens relationnel naturel. quoi. C'est ya... Un DJ qui s'appelle Swayam, un DJ qui était un peu en vue à la fin des années 80, avec qui David Guetta a bossé au tout début de sa carrière, avec qui il descend à Saint-Tropez d'ailleurs, que j'ai interviewé pour cette enquête dans les jours. Et il me dit, en fait, Cathy et David se sont parfaitement trouvés parce que Cathy, tu la mets quelque part, elle prend le numéro de téléphone de tout le monde. Et elle connaît tout le monde à la fin de la soirée. Alors que David, il ne connaît personne parce qu'il est en train de passer des disques. Et du coup, quand il a fini de bosser, tout le monde est parti. Et du coup, il y a vraiment ce... Je trouve ça vachement intéressant parce que c'est une question de temporalité de la soirée. C'est-à-dire que tu ne peux pas, en étant derrière les platines, tu ne peux pas avoir du relationnel, en fait. Tu ne peux pas faire ce truc-là. Tu ne peux pas rencontrer des gens, aller boire des coups, t'intéresser aux gens, etc. Tu es concentré sur ta musique. C'est assez solitaire comme exercice. Et du coup, quand tu as fini, la soirée, elle est finie aussi. C'est vachement intéressant comme citation parce que ça résume complètement leur fonctionnement à deux.
- Speaker #0
C'est à cette époque que se met en place la machine guetta. Elle a l'orga, à la logistique. Elle bosse de 16h à 8h du mat et lui, au DJ bouffe, à faire danser les foules. Les deux sont complémentaires et s'il y a un artiste, c'est lui, il y a aussi une meuf archi déter derrière qui ne compte pas ses heures et qui fait jouer de ses contacts, ses relations et son grand sourire pour que les soirées soient remplies et les gens contents. C'est comme ça qu'ils en viennent à exporter leur soirée au temple de la night, Ibiza. généreuse, un patrimoine historique,
- Speaker #1
les hippies en ont fait longtemps leur petit coin de paradis. Et aujourd'hui, les DJ les plus célèbres de la planète mixent tous les étés dans l'île où on ne se couche jamais.
- Speaker #0
Cathy et David Guetta, les rois du clubbing, ne pouvaient que choisir ce lieu comme terre promise.
- Speaker #1
Depuis 10 ans, ils organisent des fêtes des plus french touch au succès grandissant. Et cela fait 5 ans qu'ils enflamment les pachas avec leur soirée Fuck Me,
- Speaker #0
I'm Famous. À Ibiza, ils industrialisent un peu plus leur vision avec les soirées Fuck Me, I'm Famous. Pour motiver la foule à venir voir David Guetta, Cathy Guetta, elle, va sur les plages donner des goodies, aller ameuter les gens, et faire en sorte que la fête soit vraiment remplie. Elle a une vraie vision marketing là-dessus, et elle voit que ça marche très bien, et c'est là où elle crée les t-shirts Fuck Me I'm Famous, que moi, par exemple, je voulais, et ma mère m'a dit non, parce qu'il y avait écrit Fuck Me I'm Famous dessus. Mais j'ai été deg. Je cherche d'ailleurs toujours sur Vinted une... Une possibilité d'avoir ce t-shirt, n'hésitez pas à me l'envoyer si vous le voyez. À ce moment-là, on approche de la fin du bouquin, et pourtant c'est loin d'être la fin de la life de Cathy Guetta. On est à peu près en 2008 quand Cathy Guetta sort le livre, et à ce moment-là, elle explique qu'elle vend ses derniers établissements, ses dernières affaires, parce que David la persuade qu'il peut faire du fric avec sa musique. Il ne veut plus être un promoteur de soirée, il veut vraiment vivre en tant qu'artiste. Et elle, je pense qu'il y a eu un truc où elle a dû se dire « Mais moi, en fait, ce que j'aime, c'est le service, c'est organiser des soirées, c'est tenir des bars, des boîtes, des restos. » Mais lui, en tant que DJ, ça ne l'intéressait plus. Ils ont dû, comme ils ont toujours fait leur vie professionnelle à deux, trouver un compromis, et le compromis, ça a été de vendre ces établissements. Le livre se termine sur la naissance de son deuxième enfant et le fait qu'elle se range. C'est un peu frustrant de s'arrêter là, parce qu'il s'est passé ensuite six ans de vie de couple, jusqu'à leur divorce en 2014. et de réussite commerciale énorme, comme I Got a Feeling de David et les Black Eyed Peas. Enfin, si vous connaissez pas cette chanson, c'est vraiment très grave. En fait, quelque part, peut-être que c'est la vie professionnelle aussi délirante qu'elle était à l'époque, c'est Arrêtez-la pour Cathy Guetta, ce qui me rend un peu triste, parce que j'ai l'impression que dans le livre, elle se persuade qu'elle fait bien de vendre ses trucs, probablement qu'elle fait bien pour sa vie de couple, mais j'ai l'impression que cette nana, c'est une party girl. Ce qu'elle aime, c'est organiser des teufs. et tenir des établissements, avoir des bars, des boîtes, des restos. Ça plaisait plus à David. Et comme ils faisaient tout ensemble, je pense qu'elle a un peu été contrainte. Enfin, pas contrainte, parce qu'elle a forcément été d'accord. Et ça se voit qu'elle a renoncé à rien. Mais elle a changé quelque chose qu'elle aimait faire. Et finalement, aujourd'hui, elle y est revenue. Parce qu'aujourd'hui, quand on voit ce qu'elle fait, elle est toujours promotrice d'événements à Ibiza et tout ça. Je me demande si, quelque part, la fin du bouquin sonne pas aussi la fin d'une époque. qui étaient du coup les années 90, qui ont un peu tiré sur les années 2000, d'énormes teufs, un peu aseptisés, qui aujourd'hui sont vraiment que des machines à fric. Est-ce que c'est pas une époque un peu dépassée ? Et du coup, à la fois c'est frustrant de ne pas avoir la suite de la vie de Cathy Guetta et du couple Guetta, et de savoir comment ils s'en sont sortis. Enfin sortis, je sais qu'ils s'en sont bien sortis, mais je veux dire comment ça s'est passé par la suite. Et en même temps, c'est peut-être juste la fin d'une époque. Le bon moment pour finir ce livre et cet épisode. De retour au club. Je ne peux pas m'empêcher, pour la rubrique ça fait réfléchir, de reprendre un extrait de quand elle dit que David est trop palot. Donc c'est à peu près au moment où ils se rencontrent et elle écrit. Un soir, fêtant la fin de la saison, le Papa Gayo a organisé un bal costumé sur le thème de la Rome antique. Pour me faire plaisir, David est venu me chercher à la fermeture, déguisé, c'est-à-dire vêtu d'un drap blanc. invisible sur sa pauvre la farde. Il était maigre comme un moineau, pieds nus et si pâle. J'ai honte de lui, je ne lui ai pas adressé la parole. Je trouve ça énorme qu'elle ait fait 25 ans de sa vie avec un mec qu'elle a dû voir genre dans la rue, à la fenêtre, en mode putain il est tout pâlo, avec son drap blanc. Voilà, pensez à ça quand vous... Vous voyez quelqu'un et vous vous dites, ah il est bien palo pour moi, en fait ça se trouve, ça sera votre muse et votre partenaire pendant 25 ans. Réfléchissez-y bien. Allez, salut, ciao !