- Nelly
Bienvenue dans Vert l'Essentiel, le podcast qui met en lumière les acteurs normands engagés dans une transition durable. Un épisode par mois, des échanges concrets et inspirants pour découvrir celles et ceux qui transforment l'impact en action. Bienvenue dans Vers l'Essentiel, le podcast qui donne la parole aux acteurs normands engagés dans une démarche durable et responsable. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Jean-Baptiste Portelet, responsable qualité, sécurité, sûreté, santé, environnement et RSE chez Nordor Technologies, qui conçoit, fabrique, pose et entretient depuis 2012 différents types de fermetures métalliques et techniques. Et pour enrichir notre échange, Tiffaine Julien, qui prendra bientôt la relève suite au départ en retraite de Jean-Baptiste, est aussi avec nous. Deux générations, deux regards, un sujet passionnant, comment concilier performance économique et responsabilité sociétale dans une PME ? Jean-Baptiste, Tiphaine, merci d'être là tous les deux. Jean-Baptiste, peux-tu te présenter rapidement, nous raconter ton parcours et ce qui t'a poussé à t'engager dans ces thématiques au cœur des entreprises ?
- Jean-Baptiste
Bonjour à tous, Jean-Baptiste, je suis en activité depuis un peu plus de 45 ans maintenant. J'ai commencé dans les années 80 où on parlait de qualité. dans l'industrie. Alors, ça a été pas directement une spécialité, mais je dirais que je suis tombé dans la qualité à partir des années 80. Et on a commencé à parler de RSE plutôt vers les années 2000. Donc, suite à tout ça, j'ai fait un parcours assez long, donc je vais pas revenir dessus très longtemps. Ce qui compte, c'est qu'à partir du moment où on a parlé de RSE, j'ai trouvé le sujet intéressant pour aller vers des convictions personnelles qui étaient proches de... une approche environnementale, mais qui sont devenues un peu plus larges aujourd'hui grâce à la RSE. Et j'ai eu la chance de pouvoir créer une entreprise. J'ai été consultant, j'ai fait du support aux entreprises et j'ai accompagné l'entreprise Nordor depuis 2022. Suite à ça, j'ai pris ma retraite et je suis entré chez Nordor en tant que salarié. Donc aujourd'hui, j'ai cette chance de continuer avec Nordor, une aventure. Et puis, je suis aussi toujours consultant, j'accompagne les entreprises.
- Nelly
Merci. Tiphaine, de ton côté, peux-tu nous dire qui tu es, ton parcours et ce qui te motive à rejoindre cette aventure chez Nordor Technologies ?
- Tiphaine
Bonjour à tous. J'ai d'abord travaillé dans le secteur du recrutement et DRH en tant qu'assistante recrutement, puis ensuite dans la distribution de poils à granulés en tant qu'administratrice des ventes, pour enfin travailler dans la métallurgie chez Nordor Technologies au poste de responsable achat logistique et assistante qualité. Donc ça fait maintenant deux ans que je travaille ici. Et il y a... A peu près un an, on m'a proposé de prendre le relais de JB au pôle qualité. Je suis en plein processus de formation, de changement quant à mon rôle au sein de Nordor Technologies. Et puis en parallèle, je fais une formation avec l'UIMM, c'est donc l'Union des industries et métiers de la métallurgie, pour devenir référente RSE. Ce qui me permet de bien comprendre ce qu'est la RSE, pourquoi on en fait et comment on la déployait en entreprise. Ce qui veut dire que lorsque JB s'en ira en retraite, je deviendrai la responsable Q3SE RSE tout en gardant ma casquette achat logistique. Moi qui cherchais un poste enrichissant, loin de l'ennui, je suis servie.
- Nelly
Jean-Baptiste, est-ce que tu pourrais nous présenter Nordor Technologies ?
- Jean-Baptiste
Alors Nordor Technologies est une société industrielle qui combine artisanat et industrie. C'est-à-dire que le métier principal de Nordor, c'est de fabriquer des portes de protection. Elles sont métalliques systématiquement. Elles sont pour la plupart du temps coupe-feu. Et nous avons une activité spécifique pour les activités nucléaires en France. Donc nos portes entrent dans des centrales nucléaires, dans des sites de traitement des combustibles, dans des centres de recherche. Et cette technique qui était portée depuis le début, Nordor, ça a été créé sur les bases d'une entreprise qui existait déjà. Cette technicité s'exprime bien dans des domaines exigeants et réglementés tels que le nucléaire. D'où l'évolution logique vers un système qualité, environnement, sûreté nucléaire et RSE par définition, ce qui était très adapté à ce que nous faisons ici.
- Nelly
Tiphaine, en tant que futur responsable Q3SE, RSE, quelles sont tes premières impressions sur Nordor et leurs ambitions ?
- Tiphaine
Je trouve que Nordor est plutôt engagé. Notre volonté, c'est avant tout de satisfaire les clients. Et cet engagement, il prend tout son sens dans la norme ISO 9001 pour laquelle on est engagé, on est certifié. Et ce qui est donc visible avant tout, c'est l'engagement de la direction. Et notre rôle à nous, référents Q3SE et RSE, c'est de les accompagner, accompagner la direction et les aiguiller.
- Nelly
Est-ce que tu pourrais nous rappeler ce qu'est la norme ISO 9001, s'il te plaît ?
- Tiphaine
Oui, tout à fait. La norme ISO 9001, c'est tout ce qui touche à la qualité, à la satisfaction du client.
- Nelly
Merci pour cette précision. Jean-Baptiste, qu'est-ce que cela signifie concrètement d'allier performance économique et responsabilité sociétale dans une PME ?
- Jean-Baptiste
Je crois que, que ce soit une PME ou une grosse entreprise, l'objectif de l'entreprise, c'est de créer de la valeur. On disait même que c'était créer un client. Donc à partir du moment où on va créer de la valeur, on crée aussi des méthodes, une dynamique stratégique et des politiques. Et donc la responsabilité sociétale aujourd'hui apparaît presque comme une évidence dans une entreprise. Alors dans ce pays, la France, on a la chance de pouvoir le déployer, qui permet d'asseoir, d'assurer la performance économique sans oublier les valeurs de fondement de l'intention d'une entreprise qui n'est pas de, par exemple, ne pas respecter les êtres humains n'est pas une valeur. d'au-delà. La RSE s'inscrit bien dans tout ça.
- Nelly
Et toi, Tiffaine, tu arrives dans ce contexte. Est-ce que ta vision rejoint celle de Jean-Baptiste ou tu y vois des défis différents ?
- Tiphaine
Eh bien, je rejoins la vision de Jean-Baptiste. Oui, performance économique, mais aussi, la RSE, ça permet aussi d'asseoir la pérennité de l'entreprise. La RSE est, à mon sens, en fait, un levier stratégique. On peut réduire les coûts, on peut réduire les risques. On améliore l'efficacité opérationnelle, on peut accéder aussi à de nouveaux marchés, on peut potentiellement attirer encore plus de talents, avec tout ce qui touche à la qualité de vie au travail notamment. On peut renforcer notre marque employeur, et être visible par exemple aussi sur les réseaux, ce qui rejoint ce que je viens de dire, la QVCT. Et on fidélise, on innove, on se différencie.
- Nelly
Et JB, est-ce que tu pourrais nous donner un exemple concret où cette alliance s'est traduite par un vrai bénéfice économique et humain ?
- Jean-Baptiste
Je vais prendre un exemple qui peut donner un bénéfice économique indirect, qui sera pour nous un axe qui a été, avec Tiphaine, une action qu'on a mise en place assez rapidement, qui existait déjà mais qu'on a renforcée, c'est le tri des déchets. Ici, nous produisons peu de déchets, mais quand même des déchets qui sont les déchets d'une production industrielle. 100% de ce que nous « jetons » est pris en compte dans une filière, C'est-à-dire qu'il n'y a pas de... de déchets dont on ne sache pas où ils iront à la fin. Je prends un seul exemple, nos portes sont métalliques, elles sont fabriquées en acier. L'ensemble des chutes d'acier est recyclé pour redevenir de l'acier utilisé dans une industrie. Je prends cet exemple, il y en aura peut-être d'autres, mais celui-ci est marquant.
- Nelly
Est-ce que ça veut dire que vous avez travaillé sur cette notion de cycle de vie du produit ?
- Tiphaine
Oui, tout à fait. On a travaillé déjà sur l'identification de nos filières de recyclage. hum... et également aussi, ça nous a permis de savoir combien de déchets on produisait et de mettre des indicateurs en face pour les réduire. Et puis on a en parallèle aussi effectué avec une agence qui nous a aidé une analyse de cycle de vie sur un de nos produits. Et il s'avère que ce qui ressort le plus, c'est l'apport de matières premières. Et donc, en tant que responsable achat, j'ai ce travail-là aussi, d'aller vers des matériaux qui, non seulement, pourra répondre à la satisfaction de nos clients, mais aussi avoir un pourcentage de matières recyclées et recyclables.
- Nelly
Est-ce qu'on peut parler d'éco-conception chez Nordor ?
- Jean-Baptiste
On peut parler d'éco-conception pour les produits de Nordor Technologies, dans la mesure où nous avons fait ce schéma cycle de vie, c'est-à-dire de l'extraction des matériaux jusqu'au recyclage final, jusqu'à la fin de vie de la porte. Ce qui est compliqué, c'est que nous sommes dans un domaine qui est très cadré par des normes produits techniques très pointues. Ce qui veut dire qu'on ne peut pas changer certains matériaux sous prétexte de faire de l'éco-conception. Donc ce que nous avons fait, c'est analyser le produit que nous fabriquions déjà pour pouvoir transformer la méthode de conception vers un nouveau produit. Et aujourd'hui, nous pouvons dire que nous faisons de l'éco-conception sur nos nouveaux produits.
- Nelly
On entend parfois que la RSE, c'est du long terme et des investissements lourds. Pourtant, vous venez de nous montrer que ça peut être aussi une source d'agilité et de compétitivité rapide. Voyons comment les entreprises peuvent s'appuyer sur des démarches qualité, sécurité, santé et environnement pour progresser. La démarche Q3SE, c'est avant tout une méthode structurée qui regroupe quatre dimensions essentielles. La qualité, la sécurité, la sûreté, la santé au travail et l'environnement. L'idée, c'est de piloter ces quatre piliers de façon... coordonnées pour garantir non seulement la performance opérationnelle de l'entreprise, mais aussi la protection des collaborateurs et de la planète. En clair, c'est un cadre qui vise à maîtriser les risques, à améliorer la satisfaction client, à prévenir les accidents et à réduire l'impact environnemental. Cette démarche Q3SE s'inscrit naturellement dans une logique plus large de responsabilité sociétale des entreprises, la fameuse RSE. Parce que la RSE, ce n'est pas juste un concept flou ou une mode marketing, c'est un engagement concret qui doit irriguer toutes les facettes de l'entreprise. Or, la démarche Q3SE propose justement un socle opérationnel robuste qui permet de traduire la RSE en actions concrètes et mesurables au quotidien, sans multiplier les démarches parallèles. En regroupant ces quatre domaines, on évite les silos et on crée une synergie entre les équipes qui travaillent ensemble à des objectifs communs, économiques, sociaux ou environnementaux. Cette approche intégrée, c'est un vrai levier pour piloter la transformation durable. Pourquoi ? Parce qu'elle fait tomber les barrières entre les différentes dimensions du développement durable. On ne peut plus traiter la qualité sans penser à la santé des salariés, ni penser à la sécurité sans envisager l'impact environnemental. Cette transversalité favorise une vision globale et cohérente qui aide à anticiper les risques, à optimiser les ressources. et à embarquer tout le monde dans une dynamique d'amélioration continue. Résultat, une PME qui gagne en résilience, en crédibilité et surtout en capacité à évoluer durablement dans un monde en pleine mutation. En résumé, Q3SE, c'est la colonne vertébrale concrète qui rend la RSE accessible et pilotable en intégrant qualité, sécurité, santé et environnement dans un seul et même projet. Et c'est précisément ce mariage qui fait toute la pertinence de cette démarche pour une transformation durable réussie. Tiphaine, comment perçois-tu cette démarche et est-ce que tu as des idées pour la faire évoluer ou la rendre plus accessible ?
- Tiphaine
Ce que j'ai appris avec ma formation référente RSE à l'UIMM, c'est que la RSE, ce n'est pas un truc en plus ou à la mode. En fait, ce sont déjà des pratiques qui sont intégrées chez nous, chez Nordor, et qu'ils sont aussi des pratiques intégrées très certainement chez d'autres entreprises. Je pense par exemple au RGPD. Le règlement qui responsabilise les entreprises privées et publiques à l'égard des données personnelles. On a tous ça dans nos entreprises. On peut aussi parler, par exemple, de la santé et sécurité des salariés. Chaque entreprise doit mettre en œuvre des choses sur ces thèmes. Et en fait, toute entreprise, à mon sens, fait de la RSE, mais sans forcément le savoir. La RSE, ça parle d'autant plus aux entreprises qui sont baignées dans des normes telles que l'ISO 9001 dont on vient de parler tout à l'heure sur la qualité, ou aussi sur celles qui sont certifiées en 14001, donc celles qui concernent l'environnement, avec les thèmes comme l'environnement, la satisfaction client, les conditions de travail, des enjeux qui sont intégrés dans la démarche RSE. Et puis, pour la rendre plus accessible, pour répondre à cette question-là... À mon sens, il faut faire preuve de redevabilité envers nos parties prenantes. Donc, en gros, rendre des comptes à nos clients, à nos salariés, à nos fournisseurs, à nos voisins. Mais aussi faire preuve de transparence avec des infos complètes et vraies. Et pour la faire vivre au sein d'une entreprise, je pense qu'il faut avant tout communiquer et surtout savoir communiquer. Savoir communiquer quoi et à qui ?
- Nelly
Je te rejoins parfaitement sur cette analyse. Jean-Baptiste, quels conseils pratiques donnerais-tu à une PME qui veut se lancer dans cette démarche intégrée ? Quels premiers pas, quels outils ?
- Jean-Baptiste
La première chose dans une démarche quelle qu'elle soit, que ce soit qualité, sécurité, environnement ou RSE, c'est l'engagement de la direction. La première chose qui compte, c'est que l'entreprise soit engagée au travers de son dirigeant ou de ses dirigeants. Ça ne peut pas être une démarche qui se fait, ce que disait Tiphaine, c'est pas quelque chose en plus. C'est quelque chose qui fait partie de l'entreprise. Donc à un moment donné, le dirigeant, les dirigeants doivent se poser la question. Est-ce que dans notre ADN, on a quelque chose qui pourrait s'appeler RSE ? Est-ce que dans l'intention de l'entreprise, on est en face des valeurs dont parlait Tiphaine tout de suite ? Est-ce qu'on respecte les salariés ? Est-ce qu'on respecte les clients, les fournisseurs, l'environnement, les voisins ? Est-ce que toutes les parties prenantes sont considérées ? À partir de ça, il suffit de mettre en œuvre une technique. Alors là, on peut être accompagné. Tiphaine citait l'union de la métallurgie, l'UIMM, c'est un bon vecteur pour des entreprises industrielles. parce que ce sont des gens qui sont habitués, qui ont des méthodes et qui sont aussi au regard d'autres entreprises. Donc ça permet de comparer. La deuxième chose, c'est de se comparer, peut-être d'aller voir les autres. Vous faites quoi, vous, les autres ? Alors ce qui a été fait ici, au travers des démarches achats que mène Tiphaine ici, c'est d'aller demander aux autres entreprises, qui sont nos fournisseurs, au fait, est-ce que vous avez une démarche qualité ? Est-ce que vous avez une démarche RSE ? Et donc de s'inspirer de tout ça pour ensuite engager Et la meilleure réponse, encore une fois, qui vient de la direction, c'est d'engager une politique. On écrit, voilà ce que nous allons faire, voilà notre politique, donc qui est très facilement reliée à la stratégie de l'entreprise, parce que ça peut coûter, parce que ça peut coûter de l'argent, parce que ça peut prendre du temps, parce que ça peut impacter les évolutions de l'entreprise. Si on s'engage dans une démarche RSE, le fait de considérer l'environnement, ça veut dire qu'on va acheter, par exemple, des matières premières, des filières qu'on va maîtriser, et non pas... au mieux offrant, ça ne sera pas le moins cher, ça ne sera peut-être pas le moins cher, mais en tout cas, dans une filière qu'on maîtrise. Et ensuite, se faire aider. Je l'ai dit, mais se faire aider, ça veut dire qu'on n'est pas forcément capable d'avoir la science infuse. Ce n'est pas parce qu'on prend une norme qu'on va la comprendre. Donc il y a des gens qui sont experts, que ce soit à l'UIMM ou ailleurs, il y a des consultants aussi qui font ça très bien. S'engager, se faire aider, ça reste la responsabilité de la Direction.
- Nelly
Et est-ce que c'est simple, justement, d'engager sa direction dans ce genre de démarche ?
- Jean-Baptiste
C'est un travail de tous les jours et c'est un travail de formateur ou de formatrice. C'est-à-dire qu'il faut répéter, il faut obtenir des réponses de la direction, mais pour ça, il faut être force de proposition en permanence. C'est-à-dire que même l'écriture d'une politique, après tout, pourquoi ne pourrions-nous pas la proposer ? En disant, voilà ce qu'on pourrait dire. Et ensuite, on fait corriger, on fait amender. Je pense que ça rejoint le rôle des responsables RSE ou QSE au sens large. C'est-à-dire que ce ne sont pas seulement des acteurs qui vont entrer dans les cases d'une norme telle que ISO 9001 ou ISO 14001 ou ISO 26000 pour la RSE, mais ce sont des personnes qui doivent avoir des propositions en regard de l'activité de l'entreprise en l'ayant comprise. Donc ça prend du temps un peu. À partir de là, une proposition qui est honnête, qui est ficelée, qui a des attributs qui... parle, c'est un petit peu ce qui s'est passé avec l'éco-conception. Cette idée, elle n'est pas sortie de la direction. Elle est sortie d'une proposition qui a été faite à un moment donné de quelqu'un dans l'entreprise qui a dit, tiens, c'est intéressant. Et puis, on en a parlé. Et puis, à un moment donné, c'est devenu une... Oui, et on y va. Et là, à partir de là, la direction est dans son rôle. Voilà. Je crois que c'est un mix entre une volonté de la direction, mais aussi un support de la part de personnes comme nous qui sommes là pour ça.
- Nelly
C'est intéressant ce que tu dis parce que ça va me permettre de rebondir sur la suite. Et notamment sur le fait qu'au-delà des outils, la réussite d'une démarche RSE repose aussi sur l'humain et la culture d'entreprise. C'est un chantier qui touche toutes les parties prenantes. Mobiliser les équipes, c'est la clé pour construire une culture d'entreprise vraiment responsable. Une culture qui ne se décrète pas d'en haut, mais qui s'incarne au quotidien, portée par des collaborateurs engagés, qui comprennent pourquoi leurs actions comptent et qui ont envie de faire partie du changement. Sans cette mobilisation collective, même les meilleures stratégies restent lettres mortes. L'implication ne doit pas se limiter aux salariés, il faut aussi embarquer les partenaires et les clients dans cette dynamique. Parce qu'une entreprise responsable ne vit pas en vase clos, elle s'inscrit dans un écosystème où chaque acteur a un rôle à jouer. Quand partenaires et clients partagent les mêmes valeurs, cela crée un cercle vertueux, renforçant la crédibilité et la cohérence globale. Du côté de la communication interne et de la formation, les bonnes pratiques sont simples mais essentielles. Transparence, pédagogie et répétition. Il faut expliquer le pourquoi avant le comment, donner des exemples concrets, valoriser les initiatives et surtout créer des espaces d'échange où chacun peut poser ses questions et s'exprimer. La formation ne doit pas être un one-shot, mais un processus continu, adapté aux besoins et aux réalités de terrain. Quant aux résistances, elles sont inévitables, c'est humain. La vraie compétence, c'est de les anticiper et de les accompagner sans jugement. Plutôt que de forcer, il faut écouter les doutes, identifier les freins et construire des solutions ensemble. Cela passe aussi par un leadership exemplaire qui montre la voie tout en restant à l'écoute. Le changement devient alors un projet collectif plus fluide et surtout plus durable. Créer une culture responsable, c'est un travail de fond qui demande de la mobilisation, de la communication, de la formation et une gestion bienveillante des résistances. C'est ainsi qu'on transforme une organisation pas à pas vers un avenir plus responsable et engagé. Tiphaine, selon toi, quelles sont les conditions humaines et culturelles indispensables pour réussir cette transformation ?
- Tiphaine
Deux mots. Communication et organisation. Il faut d'abord identifier toutes les parties prenantes. On en a déjà un petit peu parlé tout à l'heure. C'est-à-dire toutes les personnes qui peuvent avoir un impact sur l'entreprise ou bien qui peuvent être impactées par l'entreprise. Premier travail. Et puis après, il faut communiquer avec elles. Communiquer et savoir écouter. Il faut également identifier tous les enjeux pertinents pour l'entreprise. Donc ensuite, une fois ce travail fait, on peut alors voir se dessiner un plan d'action, d'où l'organisation, le deuxième mot. Et pour mener à bien un plan d'action en RSE, il faut convaincre la direction, mobiliser les équipes, entraîner, accompagner tout le monde, transmettre un dynamisme. Il faut savoir être capable de se remettre aussi en question.
- Nelly
Justement, Jean-Baptiste, peux-tu partager un exemple d'initiative qui a particulièrement mobilisé vos équipes chez Nordor Technologies ou d'autres entreprises que tu as accompagnées ? Dans ton parcours ?
- Jean-Baptiste
Je vais rester chez Nordor. C'est une des entreprises que j'ai accompagnées avant d'entrer en tant que salarié. Je vais prendre l'exemple de notre extension. Nous avons construit un bâtiment ici en 2022 qui était vraiment un bonheur pour tout le monde parce que dans l'atelier, pour l'exemple, on ne voyait pas la lumière du jour avant. Donc à partir du moment où on a commencé à y voir un peu plus clair, c'était plus facile. Et puis c'est très rapidement que nous nous sommes aperçus qu'il n'y aurait pas assez de place. Donc la décision a été prise de construire une extension qui est plus grande que le bâtiment d'origine. Donc on est sur 1500 m² à l'origine et on construit 2000 m² en plus. Cette phase de construction... C'est un projet de construction. Ce qui compte, c'est d'avoir impliqué dès le début l'ensemble de l'équipe, et en particulier l'équipe de production, dans la définition des besoins d'aménagement de l'intérieur de cette extension. Et nous avons réalisé avec l'équipe de production un plan de l'entreprise finie, qui contient ce que l'équipe de production voudrait trouver à l'idéal pour pouvoir travailler correctement. C'est grâce à ça que nous avons défendu auprès de la direction, qui a été validée. que nous allons bientôt, parce que ce projet avance, le bâtiment est couvert, il a des fenêtres, on s'y installe bientôt. Nous espérons vraiment pouvoir répondre aussi aux besoins de l'équipe. Donc là, on rejoint la RSE sur le côté qualité de vie au travail, c'est-à-dire avoir l'espace nécessaire à bien travailler. Nous rejoignons la RSE aussi pour le fait de respecter les produits. Une fois qu'ils ont été montés, on les peint. Ce n'est pas nous, mais on les fait peindre. Et ensuite, ils sont à fignoler, à finir. Dans un environnement propre, nous aurons cette opportunité. Donc on rejoint les différents attributs de la RSE au travers de la construction de ce bâtiment. Alors ce n'est pas facile, il y a des aléas, il y a des solutions techniques à trouver. Ce que je retiens pour l'exemple, c'est d'avoir impliqué l'équipe en entier, tout le monde. La production, l'administration, la direction, nous deux avec TIFED, on a travaillé sur le sujet pour proposer et faire accepter par la direction, on rejoint ce qu'on disait tout à l'heure, quelque chose qui va être le reflet de l'activité vue par ces acteurs.
- Nelly
Comme quoi, ce n'est pas si compliqué d'impliquer tous les acteurs de l'entreprise dans un projet tel que celui-ci. Donc avec des équipes engagées et une démarche structurée, la RSE devient un véritable levier de croissance, mais aussi un avantage concurrentiel. La RSE n'est pas seulement une obligation morale ou réglementaire, c'est aussi un formidable levier d'innovation et de différenciation, particulièrement pour les PME qui veulent se démarquer sur des marchés de plus en plus compétitifs et exigeants. En intégrant les enjeux sociaux et environnementaux, Dans leur stratégie, ces entreprises repensent leurs produits, leurs process et même leur modèle économique pour mieux répondre aux attentes d'aujourd'hui et anticiper celles de demain. Chez Nordor Technologies, cette démarche se traduit par des projets concrets. Développement de produits plus durables, utilisation de matériaux éco-conçus, amélioration des process pour réduire les déchets et l'empreinte carbone ou encore intégration de critères éthiques dans la chaîne d'approvisionnement. Ces initiatives ne sont pas seulement des coups de com', elles traduisent une volonté réelle d'apporter plus de valeur tout en respectant les ressources et les personnes. Cette posture responsable impacte positivement la relation client. Elle crée de la confiance, renforce la crédibilité et ouvre la porte à des partenariats durables. Mieux, elle permet souvent d'accéder à de nouveaux marchés, notamment ceux où la RSE est un critère de sélection incontournable comme les appels d'offres publiques ou les segments B2B à forte exigence. En somme, la RSE devient un facteur clé de succès commercial et un moteur. d'adaptation agile dans un environnement en constante évolution. Tiffaine, quelle est ta vision pour l'avenir de cette posture responsable dans l'entreprise ?
- Tiphaine
Pour moi, la RSE, c'est une source de dynamisme, car elle touche à beaucoup de thèmes, thèmes sociaux, économiques, environnementaux. Donc en fait, il y a beaucoup à faire, c'est ça qui me plaît. Il y a beaucoup à faire, mais on va y aller par étapes, car on ne peut pas tout faire. Et on ne peut pas tout faire en même temps.
- Nelly
Ce qui illustre bien que la démarche Q3SE ou RSE est une démarche d'amélioration continue. Jean-Baptiste, quels conseils pratiques et inspirants donnerais-tu aux PME pour qu'elles osent franchir le pas allié performance économique et responsabilité sociétale et contribuer à une économie plus durable sur notre territoire ?
- Jean-Baptiste
Quand on interview les patrons, ils le disent souvent. Leur objectif, c'est créer de la valeur. Quand j'entends parfois qu'on dit que les patrons, leur boulot, c'est de licencier les gens, c'est une aberration, ce n'est pas l'objectif de l'entreprise que de licencier les gens. Donc, la RSE, c'est déjà quelque chose qui existe, c'est-à-dire qu'ils savent le faire. Nous savons le faire. La seule chose qui compte, c'est de s'apercevoir qu'on sait le faire. Donc, le conseil que je pourrais donner, c'est posez-vous la question. Trouvez quelqu'un pour vous aider à vous poser la question si nécessaire. Il y a des experts RSE, il y en a un peu partout. Lui, il y a même, je cite ça parce que je trouve que la démarche... participer à quelque chose qui montre que la démarche de lui-même est très pertinente. Elle est très adaptée à l'industrie, c'est bien. Alors nous, nous sommes dans l'industrie, donc ça nous correspond bien. Ça existe aussi pour le tertiaire, pour des entreprises qui ont des activités non industrielles. Il faut trouver quelqu'un pour vous aider à finalement révéler ce que vous savez déjà. À partir de là, on l'organise, on l'organise comme un processus, quelque chose qui crée de la valeur, et à partir du moment où on a créé ce processus, on est dedans. Ensuite, est-ce qu'on a besoin d'un référentiel ? Est-ce qu'on a besoin d'un label ? Est-ce qu'on a besoin de répondre à des questionnaires ? Tout dépendra du contexte dans lequel l'entreprise travaille. Mais je pense que c'est une culture. Et dans ce pays de France, nous avons cette culture. C'est quelque chose dont on parle assez souvent. Quand on dit « travaillons pour préserver la planète » , la planète, la planète, elle va s'en remettre de toute façon. Elle s'en est déjà remise. Les dinosaures ont disparu, la planète est toujours là. Ce qui compte, c'est que nous préservions, nous, notre activité, notre... cohérence de vie avec l'ensemble de l'écosystème de la planète, les animaux, etc. Donc, les gens savent le faire, les entreprises savent le faire, il faut les aider peut-être à se révéler.
- Nelly
Nous arrivons au terme de cet épisode et comme d'habitude, avant de conclure, j'aime demander à mes invités leur rapport personnel aux problématiques environnementales d'aujourd'hui et comment cela se traduit dans leur rapport au monde dans leur quotidien. Jean-Baptiste, Tiphaine, pouvez-vous partager vos déclics personnels qui vous ont conduit à ces engagements professionnels ?
- Tiphaine
Moi je fais partie de la génération de la fin des années 80 qui a vu apparaître le tri des déchets à la maison, le recyclage. Donc ça fait partie de mon éducation finalement de faire le tri des déchets. Ça me semble logique et le respect de la nature fait partie de mon environnement personnel. Par conséquent transposer ce problème qui nous concerne tous dans le monde professionnel est non seulement logique mais primordial. L'entreprise a une responsabilité vis-à-vis du bien commun. Maintenant, et pour les générations futures ?
- Jean-Baptiste
Moi, je fais partie de la génération de la fin des années 50. Ce n'est pas tout à fait la même. Et c'est vrai que ma jeunesse n'est pas ça, parce que ce n'était pas comme ça. On avait tendance à plutôt gaspiller, à plutôt faire de la fumée un peu partout, même si en France, on avait déjà passé ce cap-là. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de dire que dans ma carrière, j'ai pu voir l'évolution justement de ça. On est parti de la qualité, c'est les années 80. J'ai commencé à travailler dans les années 80. On parlait un peu de qualité, ça venait du Japon, des Etats-Unis. Et puis peu à peu, l'entreprise française s'est mise en œuvre là-dedans. De la qualité, on a parlé de sécurité, on a parlé de sûreté pour les domaines nucléaires, parce qu'en France, on est très en avance sur les domaines nucléaires. On a parlé de santé au travail. On s'est dit, tiens, un accident de travail, tiens, une maladie professionnelle, c'est pas normal. Il y a des épisodes qu'on pourrait citer où l'entreprise a évolué par obligation, parce que l'objectif n'était pas de... de mettre les gens en mauvaise santé. Et puis derrière, on a géré cette idée en disant plus largement, on a créé la RSE, responsabilité sociétale. Ça veut dire que l'entreprise a peut-être moyen, puisqu'il y a des êtres humains à l'intérieur, de travailler sur la société, de faire en sorte de faire mieux dans la société. Donc moi, c'est tout ça. Et je l'ai résumé dans ce que je propose dans des activités plus généralement consultants, c'est ce que j'appelle l'excellence opérationnelle. C'est parce que c'est là les opérations. On fabrique, on produit, on vend. Et puis, il y a l'excellence qui est très souvent liée à la RSE.
- Nelly
Pour finir, quel acteur normand engagé aimeriez-vous entendre dans un prochain épisode de Vers l'Essentiel ?
- Tiphaine
Eh bien, pourquoi pas Normandie Forever ? C'est une association qui est assez jeune, qui est supportée par l'ADEME notamment, et qui propose de compenser les émissions carbone des entreprises, mais aussi qui propose des services pour préserver la biodiversité ou protéger l'environnement local. Nous, je sais qu'on va faire appel à cette association-là pour compenser le fait d'avoir abattu plusieurs arbres par la construction de notre extension. On a dû abattre des arbres. Pour compenser cela, on ne va pas planter 10 arbres, on va planter 1 hectare. Déjà, c'est pas mal. Et donc, du coup, on va pouvoir compenser nos émissions de carbone de cette façon-là. Donc, Normandie Forever.
- Nelly
L'entreprise que j'aimerais entendre, c'est l'entreprise Boin France. L'entreprise Boin France fabrique des aiguilles à coudre en acier depuis 190 ans. Donc elle a été créée par Benjamin Boin il y a 190 ans. Et aujourd'hui, cette entreprise qui est à Saint-Sulpice-sur-Rille, à côté de l'Aigle, se restructure et évolue et va même déménager. Elle est depuis 190 ans à peu de choses près dans le même bâtiment, des vieux bâtiments industriels des années d'il y a 190 ans. La décision de la direction, c'est très récent. et de déménager pour venir pas très loin, à l'aigle, dans une structure qui sera plus efficace, qui sera plus petite, mais qui contiendra les bons outils, tout en préservant l'industrie, c'est-à-dire les machines du XIXe siècle seront toujours là. Et puis, Boas est un musée. Et ce musée va aussi déménager dans une nouvelle scénographie. Donc, ça serait intéressant de les entendre. La dynamique de sa patronne, qui s'appelle Audrey Regnier, qui est aussi la patronne de Femmes et Challenges, vaut la peine d'être entendue.
- Jean-Baptiste
Merci beaucoup pour vos conseils et partages. Je vais contacter ces entreprises et ces organisations pour pouvoir les interroger sur ces sujets. Ça me paraît être hyper intéressant. Voilà qui conclut cet épisode de Vers l'Essentiel. Ce que nous retenons, c'est que la responsabilité sociétale n'est pas un frein ni une charge, mais un véritable levier d'innovation, de performance et de résilience pour les entreprises, petites ou grandes. Au-delà des outils et des méthodes, c'est avant tout un changement de regard, une culture partagée et une mobilisation. collective qui permettent d'inscrire durablement ces enjeux dans le quotidien des organisations. À l'heure où les défis environnementaux et sociaux se font de plus en plus pressants, s'engager avec lucidité et pragmatisme devient un impératif, mais aussi une opportunité de créer de la valeur partagée pour les collaborateurs, les clients, les territoires et bien sûr la planète. Alors que vous soyez dirigeant, dirigeante, collaborateur, collaboratrice ou simplement curieux, curieuse, je vous invite à envisager la RSE,non comme un obstacle, mais comme un horizon à construire ensemble avec ambition et enthousiasme. Merci Tiphaine et Jean-Baptiste pour ce partage d'expériences précieux et engagés. Et merci d'avoir été avec nous. Rendez-vous très vite pour un nouvel épisode de Vert l'Essentiel, où d'autres voix normandes engagées viendront inspirer nos pas vers un avenir plus durable.