- Speaker #0
Je suis le docteur Cyril Fischhoff qui est repracteur spécialiste en échographie musculo-squelettique exerçant à l'île Maurice. Je vous invite à écouter un nouvel épisode du podcast Vertébranco chaque premier et troisième lundi du mois. Ce podcast est consacré à l'univers de la médecine musculo-squelettique et s'adresse à tout public. Il se veut être un outil de vulgarisation au service de chacun. Nous y abordons les mécanismes en jeu, le diagnostic, les traitements, les méthodes de prévention des différentes pathologies musculo-squelettiques au travers de petites et d'interviews de spécialistes. Bonjour à tous. Alors aujourd'hui, on reçoit le docteur Damien Stéchoux, qui est médecin spécialisé en médecine générale et qui dispose d'un diplôme universitaire en diabétologie. Dr Steschuk, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Dr Fischhoff, c'est un plaisir d'être là.
- Speaker #0
Alors donc on va parler de diabète et de pathologie musculoskeletique parce qu'évidemment c'est le thème du podcast. Pour commencer, est-ce que vous pourriez nous expliquer simplement ce qu'est le diabète et comment il affecte le corps humain ?
- Speaker #1
Alors déjà c'est une excellente question. Le diabète en fait c'est une pathologie liée à un trouble de l'équilibre de la glycémie dans le sang. Alors la glycémie c'est le taux de sucre qu'il y a dans le sang. Il faut savoir que quand le taux de sucre monte, on parlera de hyperglycémie, et quand cette hyperglycémie devient on va dire chronique, et là souvent, et bien il y aura des modifications métaboliques et on parlera de diabète. Par contre... Il faut savoir que la définition du diabète n'est pas si simple. On va prendre comme définition une hémoglobine gliquée de 6,5%. Et il faut savoir que ce n'est pas la nature qui a décidé que c'était 6,5% qui était le problème de pathologie, mais c'est des études observationnelles qui ont démontré que quand vous atteignez 6,5% d'hémoglobine gliquée, vous perdez 12 ans d'espérance de vie. Et donc on s'est dit, ben là, on va dire qu'on est malade. Mais il faut bien comprendre qu'avant, il y a déjà des choses qui se passent. Et c'est pour ça que beaucoup de gens, au moment où ils sont déjà diagnostiqués diabétiques, ils ont déjà des complications.
- Speaker #0
Quand vous parlez d'hémoglobine gliquée, hémoglobine, bien sûr, on pense au sang, hein, mais pourquoi gliquée ?
- Speaker #1
Alors, l'hémoglobine gliquée, au fait, c'est, pour faire très simple, c'est le temps que l'hémoglobine a passé en contact avec trop de sucre, pour faire simple. C'est un chiffre qu'on donne en pourcentage. On a une hémoglobine glycée normale quand elle est aux alentours de 5. On va dire qu'on parlera de pré-diabète selon les définitions à partir de 5,7% et de diabète à partir de 6,5%. Alors, plus on augmente dans le chiffre, ce n'est pas une ligne, c'est plutôt une exponentielle. Ça veut dire que c'est nettement plus grave d'être à 9 que d'être à 8,5. Et on sait que quand on est à... 10, l'insuffisance pancréatique, c'est-à-dire que le pancréas fonctionne très mal et ça devient déjà urgent de traiter. Donc, ça veut dire que le diabète est très déséquilibré.
- Speaker #0
Très bien. Alors, on sait que le diabète est lié à plusieurs complications que vous évoquiez tout à l'heure, mais le lien spécifique avec le système musculosquelettique est beaucoup moins connu du grand public. Est-ce que vous pouvez nous éclairer un tout petit peu sur ce point de manière générale ?
- Speaker #1
Alors, c'est une excellente question parce que... Moi ce que j'aime à dire c'est que le diabète c'est pas une maladie du sucre, c'est pas le sucre qui est malade. Non, non, c'est une maladie du cœur et des vaisseaux. Donc là où il y a des vaisseaux, le diabète va pouvoir faire des ravages. Donc on a des vaisseaux absolument partout dans le corps. On connaît très très bien les maladies de l'œil, du cœur, du rein dans le diabète. Mais c'est vrai que dans le système musculosquelettique, il y a aussi des vaisseaux sanguins, des tendons. Les ligaments et tous les muscles sont irrigués par des vaisseaux sanguins. Donc forcément, le diabète peut affecter ces structures-là aussi.
- Speaker #0
Quels sont les mécanismes par lesquels le diabète favorise l'apparition de ces problèmes musculosquelétiques ?
- Speaker #1
Il y en a trois principaux. C'est l'hyperglycémie chronique. Elle cause des dommages des petits vaisseaux, ce qu'on appelle la micro-angiopathie, en réduisant l'apport en nutriments des tissus conjonctifs et osseux. Il y a les produits de glycation avancés, c'est des molécules qui s'accumulent dans les tendons, les ligaments, les os, et il les rend moins élastiques, comme on l'a déjà dit. Et l'inflammation systémique, parce qu'il faut bien comprendre que le diabète est une maladie inflammatoire. Et donc le corps est en inflammation perpétuelle avec tous les produits d'inflammation qui sont produits. Comme par exemple, alors désolé pour les termes barbares, mais l'interleukin-6, le TNF-alpha, qui on sait sont des substances qui vont générer de l'inflammation, produire de l'inflammation, et qui peuvent même être liées à la survenue de plein d'autres maladies, notamment les maladies d'Alzheimer, les cancers et les maladies cardiaques.
- Speaker #0
Et alors, est-ce qu'il y a des pathologies, des troubles musculosquelétiques qu'on observe beaucoup plus fréquemment chez les patients atteints de diabète ?
- Speaker #1
Alors oui, et je vais vous sortir des noms. barbares comme l'arthropathie diabétique, donc ça veut dire l'atteinte vraiment du syndrome de la main raide. On a la capsulite rétractile, qu'on appelle l'épaule gelée aussi, les tendinopathies, donc on peut avoir des tendinites, de l'arthrose et les micro-angiopathies articulaires. Alors il y a aussi le fameux pied de charcot, là c'est cette déformation du pied qui est très particulière, qui est beaucoup plus fréquente chez le diabétique. Et aussi le syndrome du canal carpien. Mais on oublie souvent quelque chose, c'est que souvent les patients qui sont atteints de diabète ont une diminution de leur masse musculaire et de leur force musculaire.
- Speaker #0
Donc vous évoquez l'arthropathie diabétique. On entend souvent parler chez les diabétiques de ce qu'on appelle une chéroarthropathie, ou syndrome de mobilité, syndrome de limitation de mobilité articulaire. Comment ça se manifeste chez un patient et quelle est sa prévalence chez les diabétiques ?
- Speaker #1
Alors, la prévalence elle est assez... difficile parce que tout le monde ne va pas s'en plaindre. Il faut savoir que souvent les patients, on va parler plutôt du diabète de type 2, sont plutôt des patients plus avancés en âge, même si on a de plus en plus de jeunes patients diabétiques de type 2, mais tout le monde ne va pas s'en plaindre. Donc c'est assez difficile de faire une prévalence très claire, mais on voit que, et de façon observationnelle, on voit que les tendons et les ligaments sont de plus en plus rigides chez les patients atteints de diabète. Alors on voit ... qu'il y a comme un épaississement de la peau et des tendons. Et on peut voir un test très simple qu'on peut faire soi-même. C'est ce qu'on appelle le test de la prière positive. Donc c'est très simple. Vous savez comment on tient ses mains quand on fait une prière, quelle que soit votre confession, il n'y a aucun problème. Mais quand vous n'arrivez pas à mettre les deux mains à plat l'une contre l'autre, c'est que vous avez cette rétraction déjà de ces tendons. et ça veut dire que vos tendons sont déjà moins élastiques. Alors comment ça se passe et pourquoi ça se passe ? C'est que malheureusement le diabète provoque des hyperglycémies et l'augmentation de la glycémie va créer des problèmes au niveau de la glycation. Donc en fait la glycation ou les produits de glycation sont du sucre qui vont se mettre dans certaines protéines. Et quand le sucre se met dans certaines protéines, sans avoir été... invité par les enzymes à rentrer dans les protéines, il va les rendre moins fonctionnels. Et donc ces protéines comme le collagène, l'élastine, qui sont des produits assez élastiques, vont perdre de leur élasticité et du coup vont devenir rigides. Et donc quand ça rentre dans les articulations, ça devient raide ou rigide.
- Speaker #0
On peut parler en fait en réalité d'une espèce de caramélisation de ces protéines.
- Speaker #1
Oui, je trouve ça très poétique et c'est tout à fait juste.
- Speaker #0
Alors, un peu... On parle, et c'est vrai que nous en consultation, en tout cas en chiropractie, on voit beaucoup, beaucoup de patients avec des capsules très tractiles. Effectivement, avec un nombre diabétique assez important parmi ces patients. Quels sont les symptômes de cette capsule très tractile ? Et à nouveau, pourquoi cette condition est plus fréquente chez les patients diabétiques ?
- Speaker #1
Alors, elle est carrément deux fois plus fréquente chez les patients diabétiques que chez les patients non diabétiques. C'est une infection dans laquelle la capsule de l'articulation de l'épaule elle devient épaisse, enflammée, et ça entraîne une raideur très marquée, et il faut savoir que ça fait très mal. Donc quand cette, on va dire, cette gaine qui est autour de l'articulation devient trop épaisse, elle devient moins élastique, et c'est un petit peu comme si vous aviez un t-shirt que vous mettiez tous les jours, qu'il est passé au lavage et qu'il a rétréci d'un coup, et bien en fait votre épaule elle est enserrée dans cette capsule, et ça fait très mal à chaque mouvement. Et là... On sait très bien que chez les patients qui ont du diabète, la récupération sera non seulement plus difficile, plus longue et aussi les récidives plus fréquentes.
- Speaker #0
On reste toujours sur le bon bras supérieur. Et alors, il y a un syndrome également, on l'appelle le syndrome du canal carpien, qui semble également plus fréquent chez les diabétiques. Et là aussi, quels sont les facteurs qui permettent d'expliquer la survie de ce syndrome chez ces patients ?
- Speaker #1
Alors, on parlait justement des produits de glycation avancée, donc ce sucre qui va dans ces protéines. Et bien, il y aura des dépôts dans les tissus autour des nerfs. Et on sait qu'il y a un nerf qui... passe dans le canal du poignet qui s'appelle le nerf médian et ben c'est ces produits vont se déposer aussi dans ce nerf l'en serrer et du coup le la sensation nerveuse se fera beaucoup moins bien et on pourra avoir justement ce fameux syndrome du canal carpien qui est un engourdissement des trois premiers doigts et une partie du quatrième doit c'est pas toute la main c'est vraiment les doigts qui sont engourdis avec un abaissement aussi une diminution aussi de la mobilité voire même de la capacité à l'écriture, voire même des fourmillements la nuit, quand on se lève la nuit, on a ces fourmillements atroces dans la main, il faut même secouer la main pour arriver à la réveiller, entre guillemets, tout cela peut être des symptômes du syndrome de canicarpien, qui est évidemment dû à ces produits de glycation avancée.
- Speaker #0
Donc dans le canicarpien, comme vous l'avez mentionné, nerfs médians, est-ce que le diabète peut également causer des dommages sur d'autres nerfs dans le corps humain ?
- Speaker #1
Alors... On connaît très bien la neuropathie diabétique périphérique, qui est quand même la première cause de neuropathie. C'est la diabétique. On connaît tous qu'il faut faire très attention à ses pieds quand on est diabétique, parce qu'au fait, le premier nerf qui va être touché par le diabète, c'est le nerf le plus long ou le plus éloigné du centre. C'est le nerf du pied, logiquement. Et donc, forcément, quand le nerf qui est très loin du centre va... perdre de sa nourriture parce que c'est les vaisseaux sanguins qui nourrissent les nerfs et qui sera moins nourri, qui aura ce qu'on appelle des radicolibs, donc des substances toxiques qui vont le toucher, et bien ce nerf là va perdre en efficacité et on va perdre sa sensibilité au niveau des nerfs périphériques. Donc les premiers qu'on va voir c'est au niveau des pieds et des doigts, donc on aura une moins bonne sensibilité au niveau des orteils et parfois on peut même avoir des corps étrangers dans la chaussure pas le sentir et développer une infection de ce pied et qui peuvent malheureusement amener carrément à des maux perforants, donc c'est carrément un trou dans le pied, qui peuvent à ce moment-là même atteindre l'os et on voit très bien que malheureusement les diabétiques souffrent beaucoup plus d'amputations que les patients qui n'ont pas de diabète. Et c'est la cause, c'est la cause, c'est le nerf, ce n'est pas l'os ou le membre, c'est que le nerf ne disait plus au centre « j'ai mal » . Attention, il y a un caillou dans la chaussure, attention il y a une infection, on ne la sent pas, et une fois qu'elle a rongé l'os, à ce moment-là il faut amputer.
- Speaker #0
Voilà, problème de communication entre la périphérie et le centre.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Alors, puisqu'on est dans les pieds, et puis qu'on parlait donc de troubles musculoskeletiques, est-ce qu'il y a des troubles musculoskeletiques connus, justement, au niveau des pieds des personnes diabétiques ? Et si oui, quels sont les plus courants ?
- Speaker #1
Alors, la plus... courante, c'est ce qu'on appelle l'ostéoarthropathie diabétique, alias le pied de Charcot. C'est une condition grave et qui est liée à la neuropathie diabétique. C'est carrément un affaissement de l'articulation de la cheville et du pied, où on a un pied qui est quasiment plus du tout fonctionnel et ça entraîne même des fractures et des destructions des os de l'articulation du pied et attention, C'est une déformation, une fracture qui ne fait pas forcément mal chez le patient au début. Donc il faut toujours demander à son médecin d'examiner les pieds, ses pieds, quand on a du diabète. Parce que ces déformations, nous, en tant que personnes extérieures, on pourrait les voir, mais le patient ne va pas forcément les ressentir.
- Speaker #0
Quand vous parlez d'affaissement dans le cadre du pied de Charcot et de neuropathie de l'autre côté, quel est le rapport entre les deux ?
- Speaker #1
Alors c'est extrêmement complexe au fait le système nerveux. Il faut savoir qu'il y avait un adage qu'on disait souvent en école de médecine, c'est quand il n'y a pas de sensibilité, il n'y a pas de mouvement. Souvent c'est quand on perd cette sensibilité ou quand les nerfs fonctionnent moins bien, le mouvement va moins bien se faire. Et au fait on voit quelque chose de très particulier, je discutais justement avec une collègue kinésithérapeute qui me disait que quand on voit que le nerf est atteint, les patients sentent moins bien le sol Et les orteils vont se rétracter comme des griffes parce que, justement, comme on sent moins bien, on a l'impression qu'on a besoin d'attraper un peu mieux, un peu plus fort, le sol sous ses pieds. Et c'est pareil avec l'articulation. Quand la sensibilité n'est pas très bonne et la vascularisation n'est pas très bonne, ce qu'on appelle la proprioception, c'est-à-dire savoir où sont placés nos membres dans l'espace, se fait moins bien. Et du coup, il y a cette déformation qui peut se créer, voire même l'affaissement total, voire la fracture. carrément de l'os.
- Speaker #0
Alors, on a des patients qui sont diabétiques, évidemment, qui sont donc prêts à développer ce type de complications, notamment musculosquelétiques. Est-ce qu'il existe d'autres facteurs de risque en dehors du diabète qui vont augmenter le risque de ces patients ?
- Speaker #1
Alors, évidemment, tout ce qui va être dangereux, on va dire, pour les vaisseaux sanguins. Et alors souvent, malheureusement, les patients les cumulent malheureusement. Donc on sait que, par exemple, le tabac, c'est une catastrophe pour les vaisseaux sanguins. L'obésité, et l'obésité est aussi une maladie inflammatoire chronique. Bien souvent, moi, mes patients, je leur parle de diabésité, ça veut dire que le diabète et l'obésité sont intimement reliés, alors surtout le diabète de type 2, bien sûr. Et évidemment, toutes les autres maladies inflammatoires chroniques, que ce soit la sédentarité, il faut séparer la sédentarité de l'obésité. On peut être pas obèse, mais sédentaire, qui va aussi générer un sur-risque cardiovasculaire. Et surtout, il ne faut pas oublier aussi le stress, parce que c'est vrai que de nos jours, on a des vies de plus en plus remplies. On a de plus en plus de machines qui nous font gagner du temps, mais on a moins en moins de temps. Et il y a bien un problème où, effectivement, on a des vies un peu... trop rempli, où il y a une énorme charge mentale sur chacun d'entre nous et le stress est un facteur aussi inflammatoire, aussi bien qu'il peut amener vers l'obésité, vers d'autres maladies endocriniennes et aussi vers le diabète.
- Speaker #0
Alors, lorsque le patient diabétique développe ses problèmes musculo-squelettiques, quelles sont les options de traitement qui s'offrent à ces patients ?
- Speaker #1
Alors, il faut savoir que chaque traitement doit être individualisé. Mais souvent, la base est la même. La première chose à faire, c'est d'équilibrer le diabète. Il faut que la glycémie soit équilibrée. Alors attention, souvent je vois des patients me dire, je vérifie mon sucre le matin, il est bon. Non, ce n'est pas ça l'équilibre diabétique. Parce que bien souvent, c'est la glycémie ou le taux de sucre après manger qui est beaucoup plus prépondérant sur un équilibre diabétique que la glycémie à jeun. Donc la base équilibre. diabétique, équilibre glycémique. L'autre chose, c'est équilibre alimentaire. Il faut une alimentation saine. C'est la pierre angulaire et c'est le premier traitement du diabète. C'est ce que vous mangez. Et c'est ce que je dis souvent, vous voyez votre médecin trois fois par an, mais vous voyez votre assiette trois fois par jour. Donc traitez ce qu'il y a dans votre assiette, c'est le principal. Et bien sûr, l'exercice physique. Alors on parle de déformation musculosquelettique, donc il y aura des exercices qu'on ne pourrait peut-être pas faire, mais on peut toujours. faire de l'exercice. J'ai eu l'immense chance d'accompagner l'équipe paralympique mauricienne aux Jeux paralympiques de 2024 à Paris et ils m'ont bien appris que le handicap ou une déformation d'un membre n'est pas du tout un frein à la pratique du sport ou d'un exercice physique. Donc premièrement, ce qu'on mange, ce qu'on dépense et bien sûr éviter toutes les autres sources de stress, éviter les... le tabac, éviter l'excès d'alcool et d'autres substances toxiques.
- Speaker #0
Mais au niveau des traitements spécifiques, est-ce qu'il y a des traitements spécifiques, ou en tout cas des précautions particulières dans les traitements habituels qu'on adresse pour les conditions musculosquelétiques qu'on doit garder en tête lorsqu'on prend en charge ce type de patient ?
- Speaker #1
Alors au niveau des patients qui ont une atteinte musculosquelétique, selon le niveau de la lésion, le traitement sera très différent. Mais c'est vrai que l'important, c'est de protéger l'organe cible. Et on voit que de plus en plus, les traitements pour le diabète vont cibler l'organe cible. Donc par exemple, quand vous avez une néphropathie diabétique, donc une atteinte du rein, on va vous proposer des médicaments qui vont protéger le rein. On pourrait citer les inhibiteurs du SGLT2 par exemple. Quand on a une atteinte cardiovasculaire, on va vous proposer plutôt les agonistes aux récepteurs du GLP1. Donc, c'est des termes très barbares, mais c'est que chaque organe cible a aussi son traitement. Pour ce qu'on appelle les produits de glycation avancée, on demandera d'augmenter les antioxydants qui pourraient aider. Alors, je dois en parler au conditionnel parce que toutes les études ne vont pas dans le même sens, mais ça pourrait aider. Alors, il faut savoir qu'il y a des médicaments en cours de recherche. sur ces produits de glycation avancés et sur les récepteurs de ces produits de glycation. Mais pour l'instant, sur le marché, ils ne sont pas encore commercialisés à grande échelle. Alors, sur les traitements plus spécifiques du muscle et des articulations, on a aussi évidemment l'utilisation des antalgiques articulaires, notamment les anti-inflammatoires. Il y en a deux types, les anti-inflammatoires stéroïdiens et les anti-inflammatoires non stéroïdiens. Alors il faut toujours prescrire un traitement où on est sûr que les effets secondaires ne sont pas trop dangereux. Quand on prescrit par exemple des anti-inflammatoires non stéroïdiens, il faut vraiment s'assurer que la fonction rénale est correcte et aussi que le patient n'a pas de contre-indications ou pas d'interaction médicamenteuse avec ses autres médicaments du diabète. Pour, et aussi bien sûr, les contre-indications gastriques, si il a un ulcère d'estomac, on évite bien sûr les anti-inflammatoires non stéroïdiens. Pour les anti-inflammatoires stéroïdiens, alors souvent... on a cette conception que les corticoïdes, ça fait monter la glycémie, il ne faut pas le donner aux diabétiques, et bien ce n'est pas si juste que ça. On peut les utiliser en sachant que ça va déséquilibrer peut-être le diabète quelques temps. Alors là, je parle des corticoïdes oraux. On peut les utiliser surtout dans des pathologies très inflammatoires et même dans la neuropathie diabétique, on peut les utiliser. Donc ce sont des patients qui ont déjà des diabètes déséquilibrés, on peut l'utiliser, mais toujours en gardant en tête qu'il faudra... surveillée de façon très près, très proche, justement cette glycémie qui va se déséquilibrer, mais transitoirement. Donc l'utilisation des corticules est possible si on a bien sûr évalué le bénéfice par rapport au risque.
- Speaker #0
Et ça, quelle que soit la durée de traitement par catégorie de euros ?
- Speaker #1
Alors, plus la durée est longue, plus les risques sont hauts. Et on sait très bien que si on met une durée trop longue, on a aussi ce risque d'insuffisance surrénalienne. où justement notre corps qui produit naturellement des corticoïdes arrêtera d'en produire. Donc tout ça, il faut garder en tête. Et bien sûr, c'est soumis à prescription médicale. Donc c'est votre médecin qui doit décider si effectivement vous êtes éligible à prendre ces corticoïdes et bien sûr, combien de temps vous pouvez les prendre. Alors pour une autre voie d'administration des corticoïdes, il y a bien sûr l'injection de corticoïdes. Est-ce que par exemple, si j'injecte... un corticoïde dans une articulation d'un de mes patients, est-ce que son diabète va totalement se débalancer ? Eh bien, ce n'est pas si simple. Il y a des patients chez qui on injecte dans le genou ou dans l'épaule ou dans la main des corticoïdes et malheureusement, là où on a injecté, on était très proche d'un vaisseau sanguin. Et là, il y a un passage sanguin des corticoïdes et ça peut créer ce qu'on appelle un syndrome de chaud. Donc, on a comme une bouffée de chaleur et une glycémie qui monte très haut. Mais on va dire que c'est plutôt un effet... indésirables. Bien souvent quand on injecte dans l'articulation ou dans un genou, dans une épaule, normalement ça n'affecte pas beaucoup le diabète.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup pour toutes ces explications. Alors d'un point de vue général, est-ce qu'il y a des conseils que vous pourriez donner à vos patients pour prévenir ou gérer ces complications musculo-squelettiques et en général, un message à faire passer au public mauricien ?
- Speaker #1
Alors le premier message que j'aimerais faire passer c'est surtout consulter quand vous avez des douleurs articulaires et aussi quand vous voyez quelque chose d'anormal au niveau des os, des articulations, il faut consulter un professionnel de santé qui pourra vous orienter et rapidement prendre en charge. Parce que bien sûr, les complications sont plus fréquentes chez les patients diabétiques, mais il existe des traitements et on peut très bien vivre avec le diabète. Et c'est ce que je dis toujours, un diabétique n'est pas un condamné, c'est quelqu'un qui peut très bien vivre. Et aussi, il faut savoir qu'un patient sur deux n'est pas diagnostiqué à Maurice. Et ça, c'est une catastrophe. Donc, le dépistage est encore très en retard à Maurice sur le diabète. Alors qu'on sait qu'on a un taux de diabète énorme, on est au-delà des 24% de la population qui a du diabète. Donc, il ne faudrait pas le méconnaître si on a un diabète. Parce que plus rapidement on sait qu'on a un diabète, plus rapidement on peut le traiter. Et à ce moment-là, éviter toutes ces complications. Et encore une fois, le premier traitement du diabète, c'est ce qu'on mange et c'est ce qu'on dépense. Donc, mangez bien. Faites du sport, faites-vous plaisir et surtout vivez heureux.
- Speaker #0
Une dernière question malgré tout. Quand vous parlez de dépistage, notamment à Yves-Maurice, à partir de quel âge ?
- Speaker #1
Justement, on voit de plus en plus de diabétiques de type 2 chez les enfants. Donc, je conseillerais le dépistage même à partir de l'enfance. Donc, si vous avez un enfant qui est en surpoids ou obèse, faites le dépistage le plus rapidement possible. Ce n'est pas forcément une prise de sang, ça peut être juste un test dans le doigt. de la glycémie et après manger. Si cette glycémie est élevée, à ce moment-là, on ira pousser les investigations avec des prises de sang.
- Speaker #0
Eh bien, Dr Stéchouk, je vous remercie énormément pour toutes ces précisions. Je pense que beaucoup de personnes, de patients et de professionnels de santé ont appris beaucoup de choses grâce à vous. Et puis évidemment, si vous avez des questions, vous les faites parvenir sur l'email du podcast et je les transmettrai au Dr Stéchouk. Merci.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Je vous donne rendez-vous très bientôt dans un nouvel épisode du podcast Vertèbre & Co. En attendant, portez-vous bien, restez actifs, et si vous avez des questions ou des idées de thèmes que vous souhaitez que nous abordions,