- Speaker #0
Je suis le docteur Cyril Fischhoff qui est repracteur spécialiste en échographie musculo-squelettique exerçant à l'île Maurice. Je vous invite à écouter un nouvel épisode du podcast Vertébranco chaque premier et troisième lundi du mois. Ce podcast est consacré à l'univers de la médecine musculo-squelettique et s'adresse à tout public. Il se veut être un outil de vulgarisation au service de chacun. Nous y abordons les mécanismes en jeu, le diagnostic, les traitements, les méthodes de prévention des différentes pathologies musculo-squelettiques. au travers de petites histoires cliniques, des dernières recherches scientifiques et d'interviews de spécialistes. Bonjour à tous. Alors aujourd'hui, on va s'intéresser aux coureurs de trail, qui est un sport qui est de plus en plus populaire à l'île Maurice. Et pour pouvoir nous aider à répondre aux questions relatives... aux blessures du trailer, on va recevoir le docteur Maxime Carrémentran qui est chiropracteur. Le but de notre podcast aujourd'hui sera de connaître les différentes pathologies auxquelles le coureur pourrait être confronté un jour, de savoir comment les traiter et puis surtout comment savoir les prévenir. Docteur Carrémentran, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour docteur Fischhoff.
- Speaker #0
Alors il y a deux grandes familles de pathologies qu'on rencontre souvent, les traumatismes aigus. Et les pathologies d'usure. Alors on va commencer par les pathologies aiguës, c'est-à-dire les traumatismes. Qu'est-ce qu'on retrouve le plus souvent chez les trailer ?
- Speaker #1
Alors le plus typique, ce sont les entorses de cheville, surtout en terrain instable. On a le pied qui glisse sur une racine ou sur une pierre, et là les ligaments qui soutiennent les os entre eux finissent par être étirés, voire se déchirer. Dans les cas les plus sévères, on peut même avoir une fracture de la maléole.
- Speaker #0
Et alors lorsqu'on a ce type d'entorse de cheville, comment ça se traite ?
- Speaker #1
Le repos est souvent très mal géré. On a tendance à reprendre trop vite sans traiter le problème. C'est une des pathologies les plus courantes, mais également les moins bien prises en charge. Elles peuvent laisser des instabilités chroniques et à terme favoriser l'apparition d'arthrose. Au niveau de la prise en charge, les protocoles ont beaucoup changé en 10 ans. On conseillait à l'époque du repos complet, des anti-inflammatoires et la mise de froid. Aujourd'hui, les protocoles misent sur un retour à l'activité le plus rapidement possible, à base de mobilisation, d'activité cardio, dans un premier temps. tout en évitant le froid et les anti-inflammatoires, puis une remise en charge progressive dans un second temps jusqu'au retour complet. Des traitements pour maximiser la récupération et éviter la récurrence peuvent être mis en place. Des ondes de choc, neuromodulation, champ magnétique, glucoponcture et également une analyse fonctionnelle. Le renforcement spécifique avec un coach ou un physio est également très important.
- Speaker #0
Très bien. Alors si on parle d'entorse de cheville, il y a différents types d'entorse. Il y a des entorses qui sont graves. Et puis j'imagine que les entorses sont moins graves. Est-ce qu'il y a également des ligaments qui sont plus à même de générer une souffrance chronique plutôt que d'autres ?
- Speaker #1
Alors oui, il y a bien différents types d'entorses. On va justement grader l'entorse en fonction de la lésion. Donc si on a le ligament qui est seulement étiré, on va parler d'une lésion de grade 1. Si ce ligament a une déchirure partielle, on va parler de type 2. Et enfin, si ce ligament est complètement déchiré, ce sera une entorse grave et on parle de type 3. C'est l'examen par imagerie comme avec l'échographie qui peut déterminer précisément ce grade. On a bien des ligaments qui sont plus à même de générer des souffrances chroniques, comme par exemple ce ligament tibiofibulaire entéro-inférieur qui permet de stabiliser ces deux os. S'il y a une lésion sur ce ligament, cela peut créer une instabilité qui pourra causer plus tard de l'arthrose et donc une chronicité.
- Speaker #0
Et alors lorsqu'on parle de fracture, est-ce qu'il y a des signes, sans même faire de l'imagerie, qui peuvent faire déjà supposer la présence d'une fracture après une entorse ?
- Speaker #1
Exactement, on parle de la règle d'Ottawa pour la cheville, ce qui nous permet de suspecter s'il y a une possibilité d'avoir une fracture et donc de réaliser une imagerie. Pour la cheville, la règle est simple. Est-ce que la personne peut faire quatre pas après cette fesson d'entorse ou est-ce qu'elle a des douleurs au niveau des maléoles, c'est-à-dire les boules qu'on a au niveau des chevilles, jusqu'à 6 cm ? Est-ce qu'on a également une douleur au niveau du naviculaire ou de la base du cinquième méta, c'est-à-dire des petits tosses qu'on a au niveau des pieds ?
- Speaker #0
On parlait d'impossibilité à faire ces quatre pas, c'est sans support, sans béquille ?
- Speaker #1
Exactement, quatre pas normalement en marquant.
- Speaker #0
Alors, à part les traumatismes qu'on retrouve au niveau de la cheville, est-ce qu'il y a d'autres types de traumatismes ?
- Speaker #1
Bien sûr, on voit également des traumatismes du genou, comme des contusions du plateau tibial ou des lésions méniscales après la chute. Plus rarement, on a aussi des traumatismes de l'épaule qui sont liés à la réception d'une chute sur les mains, surtout en descente.
- Speaker #0
Donc alors au delà du somatisme de la cheville ligamentaire, au delà des fractures Au-delà des traumatismes de l'épaule et du genou, au niveau musculaire également, est-ce qu'on retrouve des choses chez les trailers ?
- Speaker #1
Bien sûr, on peut également retrouver des élongations musculaires, voire même des claquages qui auront différents grades qu'on pourra retrouver également à l'échographie.
- Speaker #0
Donc là, on est clairement sur de l'aigu, avec une douleur qui est immédiate, conflument, perte de mobilité. Et dans ces cas-là, lorsqu'on est dans ce type de traumatisme, quel est le rôle du chiropracteur ? Par exemple, qu'est-ce que vous faites ?
- Speaker #1
Alors le rôle du chiro, c'est... Tout d'abord par l'examen clinique, mais aussi l'examen échographique ou d'autres examens complémentaires, de retrouver et de savoir s'il y a une lésion, si les ligaments sont simplement étirés, s'il y a une fracture, etc. En fonction du diagnostic, le traitement sera soit conservateur, réalisé par le chiropracteur, ou alors le patient sera référé chez un autre professionnel, comme un orthopédiste.
- Speaker #0
Donc là, on a couvert plus ou moins les principaux types de pathologies aiguës. Maintenant, on va passer aux pathologies d'usure. pas à cette grande famille de pathologies, je pense, dites dégénératives. Alors, que peut-on en dire ?
- Speaker #1
Donc là, on parle de microtraumatisme répété, c'est-à-dire que le corps encaisse des milliers d'impacts, surtout en descente. En course à pied, par exemple, nos genoux reçoivent chacun 3 à 5 fois notre poids à chaque foulée. En courant en descente, c'est même 6 à 8 fois son poids. 500 à 600 kg sur le genou à chaque impact pour un coureur de 70 kg. Donc si on ne laisse pas suffisamment de temps au corps de s'adapter... adaptées à la contrainte, ces impacts vont donner des pathologies, que ce soit musculaires, tendineuses, ligamentaires ou osseuses. Les pathologies les plus fréquentes, par exemple les tendinopathies d'Achille, qui sont liées à la surcharge ou à un mauvais ratio montée-descente. On a également les fasciopathies plantaires, le syndrome fémoropathélaire, souvent causé par un déséquilibre musculaire quadriceps-fessier au niveau des genoux. Également le syndrome de la banlieue tibiale, qu'on appelle aussi le syndrome de l'essuie-glace. Et bien sûr, les fractures de stress, notamment au niveau du tibia. ou des os du pied quand la charge augmente trop vite. L'utilisation des bâtons peut aussi donner des douleurs dans les membres supérieurs. Le diagnostic va se faire par des examens cliniques, par l'entretien et par des examens complémentaires comme l'échographie, radiographie ou MRI. Toutes ces pathologies se traitent par du renforcement spécifique, une adaptation des contraintes, un travail de la zone avec différents outils.
- Speaker #0
Tout à l'heure, on a vu par rapport au traumatisme aigu, notamment la règle d'Ottawa. Si on se met du point de vue du coureur, comment est-ce que ce coureur... peut-il reconnaître, du moins suspecter ces pathologies d'usure ?
- Speaker #1
La douleur d'usure est souvent progressive. Elle s'installe au fil des séances, de plus en plus intense, sans réel traumatisme. Et elle peut ne pas disparaître complètement au repos. C'est souvent le signe que le corps ne récupère plus assez entre les entraînements.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce qu'il faut faire ? On doit arrêter le sport, ralentir ?
- Speaker #1
Alors non, la douleur est un phénomène normal dans le sport, encore plus dans le trail. On s'accorde à dire qu'il ne faut pas courir avec une douleur supérieure à 3 sur 10. Et c'est difficile de savoir comment coter sa douleur, tant elle change en fonction des individus. Une technique simple, pratiquée depuis des décennies sur les chevaux de course par les vétérinaires, si je boite, j'arrête. L'idée n'est pas de stopper complètement, mais d'abord de ralentir l'intensité, la fréquence. Si malgré ça j'ai toujours autant mal, alors je stoppe la course à pied, pour un repos relatif. Je ne reste pas sur le canapé, mais je travaille sur le cardio et le renforcement, sur des sports portés comme le vélo, la natation, toujours dans le but d'adapter progressivement mon corps. à la charge pour revenir à mon meilleur niveau.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup. On a vu pathologies aiguës, avec les traumatismes, on a vu ces pathologies d'usure qui sont donc plus chroniques. Est-ce qu'il y a des conseils concrets qu'on pourrait donner à un trailer afin d'éviter les blessures ?
- Speaker #1
Alors oui, on a plusieurs conseils, c'est vraiment la base. La première chose, c'est la progressivité. Augmenter le volume ou le déniveler trop vite, c'est le meilleur moyen de se blesser. On conseille généralement d'augmenter la distance et l'intensité de 10% maximum par mois. également il faut allouer la majeure partie de son entraînement à des courses d'intensité faible et environ 20% de l'entraînement en intensité forte avec du fractionné par exemple on a également la spécificité on ne teste jamais rien en compétition de nouvelles chaussures du nouveau matériel une nouvelle alimentation il faut tester ça pendant l'entraînement pour éviter les mauvaises surprises on ne court pas avec des bâtons si on n'a jamais habitué le corps avec également si on est habitué à courir seulement sur du plat et qu'on veut faire un trail alors on ne courra pas dans les descente Le deuxième conseil basique c'est le renforcement. Il doit être global, au moins une séance par semaine. Notamment des fessiers, des quadriceps, des mollets et du tronc. Avec des exercices spécifiques, au poids de corps ou avec du matériel. Si on a besoin, on peut prendre un coach. Enfin, tout ce qui est récupération. On a le sommeil qui est super important. C'est pendant la nuit que le corps récupère de l'entraînement et devient plus fort. C'est important de mettre en place le meilleur environnement afin d'avoir le repos le plus efficace. Les micro-siestes et siestes sont également importantes dans la journée si nécessaire. L'alimentation, c'est le carburant. Il faut privilégier une alimentation variée, éviter la nourriture à base de... de friture, viande rouge, gras, sucre transformés qui sont pro-inflammatoires. Et l'hydratation, il faut boire régulièrement, environ 2,5 litres pour un non-sportif et 3 à 3,5 litres pour un sportif. Si on transpire beaucoup, c'est utile de rajouter des électrolytes dans sa boisson. Enfin, tous les autres outils comme le pistolet de massage, la compression, le tapis de massage, le chaud, le froid, sont un plus qui peuvent maximiser la récupération mais qui ne remplaceront jamais les trois premiers pliés. qui sont justement le sommeil, l'alimentation et l'hydratation.
- Speaker #0
Très bien, merci pour tous ces conseils. Et alors à ce point-là, dans la partie préventive de ces blessures, est-ce qu'il y a intérêt également à faire un check-up sur le chiropracteur et pour quelles raisons ?
- Speaker #1
Exactement, et ça peut être intéressant de faire un petit check-up avec le chiropracteur pour une analyse fonctionnelle, c'est-à-dire que votre chiro pourra regarder au niveau musculaire si tous ses muscles font bien leur travail. Il pourra également analyser les articulations, et voir s'il y a des risques et vous donner d'autres conseils pour éviter toute blessure.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour toutes ces explications, pour à la fois nous avoir expliqué les différents traumatismes, en tout cas les plus fréquemment retrouvés en course de trail, les pathologies d'usure fréquemment rencontrées et également pour ces conseils de prévention. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Je vous donne rendez-vous très bientôt dans un nouvel épisode du podcast Vertebrenko. En attendant... portez-vous bien, restez actifs et si vous avez des questions ou des idées de thèmes que vous souhaitez que nous abordions