Speaker #0Je suis le docteur Cyril Fischhoff qui est repracteur spécialiste en échographie musculo-squelettique exerçant à l'île Maurice. Je vous invite à écouter un nouvel épisode du podcast Vertébranco chaque premier et troisième lundi du mois. Ce podcast est consacré à l'univers de la médecine musculo-squelettique et s'adresse à tout public. Il se veut être un outil de vulgarisation au service de chacun. Nous y abordons les mécanismes en jeu, le diagnostic, les traitements, les méthodes de prévention des différentes pathologies musculo-squelettiques au travers de petites histoires cliniques, des dernières recherches scientifiques et d'interviews de spécialistes. Bonjour à tous, alors dans notre dernier épisode, nous avons brisé un vieux paradigme. Nous avons compris que l'arthrose n'est pas une simple usure mécanique, ce n'est pas une fatalité anatomique, mais une véritable crise biologique où s'articule une détresse neurovasculaire de l'os ou le cartilage, une perte de la proprioception ligamentaire et une sidération fonctionnelle des muscles qu'on appelle péri-articulaires. Donc si vous avez manqué ce premier volet, je vous invite vivement à l'écouter pour comprendre les mécanismes profonds qui dictent la douleur. bien au-delà de ce que montre une simple radiographie. Alors aujourd'hui, on va parler des solutions thérapeutiques. On arrête de subir, on entre dans la médecine d'action. On m'adresse encore trop souvent cette remarque en consultation. De toute façon, il n'y a plus de cartilage, il n'y a plus rien à faire à part attendre la prothèse. Eh bien, c'est faux. Aujourd'hui, nous allons ouvrir la boîte à outils moderne de la prise en charge. Comment éteindre cet orage chimique d'une poussée congestive ? Comment contourner le verrou neurologique pour réactiver un muscle qui est sidéré, inhibé ? Et quelles sont les thérapies infiltratives de pointe du simple lubrifiant à la modulation biologique qui redéfinissent la donne ? Alors commençons tout d'abord par ce qu'on appelle la poussée congestive, c'est-à-dire la poussée inflammatoire. Dans l'épisode précédent, nous avons comparé cette poussée congestive à un volcan. Des débris cellulaires saturent l'articulation, la membrane synoviale s'inflame et sécrète un liquide pathologique hautement concentré en cytokines cataboliques. A ce stade, une règle d'or clinique, on ne reconstruit pas une structure pendant qu'elle brûle. Vouloir forcer une articulation en pleine poussée congestive sous prétexte qu'il faut bouger est une erreur majeure. Il faut d'abord stopper cet orage inflammatoire. Plusieurs possibilités. Protocole thermique, c'est le moment exclusif de la cryothérapie. Le froid induit une vasoconstriction et un effet antalgique puissant par ralentissement de la conduction nerveuse. Appliquer des packs de glace enveloppés pendant 15 à 20 minutes plusieurs fois par jour. Le chaud, lui, est strictement réservé aux raideurs musculaires chroniques hors poussée. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou les infiltrations de corticoïdes qui peuvent être prescrites par votre médecin jouent ici un rôle de pompier. Ils ne guérissent pas l'arthrose mais ils coupent immédiatement le cercle vicieux de la destruction enzymatique. Le repos relatif, on diminue drastiquement la charge et on élimine les impacts mais on maintient une mobilisation passive très douce pour préserver la trophicité synoviale sans agresser les tissus. Une fois. la fumée de l'incendie dissipée, la vraie stratégie de reconstruction peut commencer. Tout d'abord, revenons sur ce qu'on appelle l'inhibition musculaire arthrogénique. Ce mécanisme de défense par lequel le système nerveux central affaiblit volontairement la commande des muscles péri-articulaires, comme le quadriceps pour le genou, afin de protéger l'articulation douloureuse. Le problème, c'est que cette sidération réflexe persiste. L'os secondral encaisse 100% des forces d'impact à chaque pas. Le muscle ne joue plus son rôle de bouclier d'absorbeur. La question se pose de savoir comment hacker le système nerveux pour rétablir la commande motrice sans réveiller la douleur. Et bien c'est ici qu'entrent en jeu les neurosciences modernes et la technique de neuromodulation avec en première ligne ce qu'on appelle le PENS, percutaneous electric nerve stimulation. Le PENS, qu'est-ce que c'est ? Contrairement au TENS classique qui utilise des électrodes cutanées superficielles, le PENS repose sur l'insertion transitoire de fines aiguilles type acupuncture au plus près des rameaux nerveux afférents de l'articulation. Le mécanisme de reset en délivrant un courant électrique alternatif de basse fréquence directement à la source le pence sature les voies nociceptives et module le message afférent au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière on active les interneurones inhibiteurs ce n'est pas un simple effet antalgique passif c'est un véritable interrupteur neurologique qui lève instantanément l'assidération réflexe du muscle alors une fois que ce verrou neurologique a sauté que le breaker a été relevé et bien c'est le moment pour réintroduire la thérapie par l'exercice, en commençant impérativement par le travail isométrique. L'isométrique consiste à recruter des fibres musculaires de manière statique, sans générer de mouvements articulaires ni de modifications. de la longueur du muscle. Pour prendre un exemple simple, on va prendre le genou, assis, jambes tendues, vous contractez le quadriceps en écrasant un coussin sous le creux poplité pendant 6 secondes, suivi d'un relâchement équivalent. L'articulation reste immobile, la pression intra-articulaire demeure stable, mais le système nerveux réapprend à recruter l'unité motrice que le pence a libérée. Ensuite, une fois que la commande est stabilisée, la progression clinique s'articule ainsi, la chaîne cinétique fermée, des exercices avec points d'appui fixes comme des mini squats contrôlés pour stimuler les mécanorécepteurs et la proprioception sans contrainte de cisaillement. Vient ensuite le renforcement qu'on appelle excentrique, on va travailler le muscle en phase d'allongement pour optimiser son rôle d'accélérateur et d'amortisseur actif. Alors, autre piste thérapeutique, la nutrition anti-arthrosique. On associe trop souvent le surpoids à l'arthrose sous un angle purement mécanique. Eh bien, c'est une vision incomplète. Le tissu adipub blanc n'est pas une simple surcharge. pondéral. C'est un organe endocrine hautement actif qui sécrète des molécules pro-inflammatoires appelées adipokines comme la leptine. Ces molécules circulent par voie systémique et agressent directement les chondrocytes, y compris sur les articulations non portantes comme les articulations au niveau des doigts. Optimiser son index de max corporel, ce n'est pas seulement alléger la structure, c'est abaisser le thermostat inflammatoire global de l'organisme. Alors ce qu'on pourrait appeler le bouclier nutritionnel au quotidien, il y a plusieurs choses. D'abord le ratio oméga 3, oméga 6, notre alimentation moderne est structurellement pro-inflammatoire en raison d'un excès d'oméga 6. Il est indispensable de saturer les récepteurs avec des acides gras polyacinturés, oméga 3, qu'on peut retrouver dans des petits poissons gras, de l'huile de première pression à froid ou des noix. Et ainsi, inhiber la cascade de l'acide arachidonique et la production de cytokines. Les polyphénols et antioxydants, le curcuma par exemple, le potentialisé par la piperine, les baies ou le thé vert, agissent comme des piégeurs de radicaux libres directement au sein du liquide synovial. L'apport de molécules comme la glucosamine sulfate ou le chondroéthine sulfate fournit les substrats nécessaires au soutien de la matrice extracellulaire. Alors on va aborder maintenant toutes les techniques dites de médecine régénérative. ou de prolifération. Que proposer lorsque le thérapeutique conservatrice classique sature, mais que l'indication chirurgicale reste prématurée ? C'est ici que la recherche clinique a opéré un changement de paradigme majeur. Nous sommes passés d'une médecine de masquage de symptômes à une médecine de modulation biologique locale. Pour bien comprendre notre arsenal actuel, il faut distinguer quatre grandes approches, chacune ayant sa cible anatomique et son timing biologique précis. D'abord, les corticoïdes. On en a parlé précédemment, ce sont les pompiers. Il s'agit d'un anti-inflammatoire stéroïdien puissant Merci. à action rapide. Son objectif unique est d'éteindre l'incendie chimique et son timing se situe exclusivement en phase de poussée congésive aiguë. On ne reconstruit rien avec des corticoïdes, on stoppe simplement l'urgence enzymatique. Il y a également l'acide hyaluronique. Ici, on parle de visco-supplémentation. C'est un polymère de haut poids moléculaire qui agit comme un lubrifiant d'ingénierie. Son but est purement réologique, c'est-à-dire restaurer l'amortissement mécanique et la fluidité du mouvement. On l'utilise idéalement à froid. en dehors d'une poussée inflammatoire, sur une atrose modérée pour redonner de la souplesse à l'engrenage. Troisième outil, souvent sous-estimé et peu connu, mais d'une rédoutable pertinence clinique, la prolothérapie. Cette technique a longtemps été condamnée à un usage périarticulaire pour densifier les ligaments, les entaises, etc. Eh bien, on a une série d'études cliniques de haut niveau de preuve et qui valident son protocole, son utilisation en protocole intra-articulaire. en injectant une solution de dextrose hypertonique directement sur le corps. dans la clivite articulaire, on crée un gradient osmotique contrôlé. Ce stimulus induit une cascade biologique remarquable, il active la libération de facteurs de croissance endogène, stimule la prolifération chondrocytaire et favorise la synthèse de la matrice extracellulaire. De plus, le dextrose exerce une action de neuromodulation directement sur le récepteur nociceptif intra-articulaire, réduisant l'inflammation induite par la douleur. En clinique, l'idéal est souvent de coupler cette approche intra-articulaire à des injections sur les installations ligamentaires périarticulaires. C'est une stratégie à double détente. On traite la biologie interne de l'articulation tout en stabilisant l'instabilité microtraumatique des ligaments abordés dans notre premier épisode. Enfin, le fleuron de la modulation biologique, le PRP, ou plasma riche en plaquettes, il s'agit d'une injection autologue de vos propres facteurs de croissance après une centrifugation sélective de votre sang. Le PRP ne se contente pas de lubrifier ou de calmer, il régule l'inflammation chronique et reprogramme l'homéostasie locale. En concentrant vos plaquettes, nous délivrons in situ une multitude de protéines signalisatrices capables de modifier le comportement des synoviocytes et des chondrocytes, les faisant passer d'un état de dégradation active à un état de stabilisation structurelle. Enfin, autre piste thérapeutique, le mouvement. Le mouvement est véritablement un médicament, et donc pour structurer le plan de traitement, il faut revenir à une vérité physiologique absolue. Le cartilage est une structure qui est avasculaire, c'est-à-dire qui est dépourvue de vascularisation, et qui se nourrit exclusivement par imbibition, un peu comme une éponge. Une espèce d'éponge biologique, il expulse des déchets métaboliques sous l'effet de la mise en charge et aspire le liquide synovial nutritif lors de la décharge. L'immobilité prolongée condamne le tissu chondral à la nécrose. Tout l'art clinique réside donc dans l'application de la charge. optimale, identifier la zone thérapeutique où la contrainte mécanique est suffisante pour stimuler la mécanotransduction et l'anabolisme osseux sans franchir le seuil de la défaillance structurelle. Alors il y a une règle très importante qu'on appelle la règle de la non-douleur. La règle de la douleur non-résiduelle, une charge de travail va aider si la réactivité nociceptive pendant l'effort reste cliniquement tolérable, inférieure à 3 ou 4 sur une échelle visuelle analogique de 10. Et s'efface totalement dans les heures qui suivent sans rebond inflammatoire le lendemain matin. S'il y a une douleur après l'exercice et qui perdure, à ce moment-là, effectivement, on a trop chargé. La variation des contraintes, alterner le travail en charge à l'adaptive, par exemple la marche nordique, le cyclisme, et en décharge, par exemple dans le cas de la natation, permet de maintenir le conditionnement cardio-respiratoire et l'activation neuromusculaire, tout en évidant la saturation des foyers de sclérose osseuse. Alors, en conclusion, aborder l'arthrose moderne, c'est refuser la fatalité d'un simple cliché radiologique. C'est déployer une stratégie thérapeutique globale, interconnectée et scientifique, juguler l'inflammation aiguë, lever l'accélération musculaire par la neuromodulation et l'isométrie, assainir le terrain biologique par la nutrition systémique, exploiter les innovations de la médecine régénérative et de la prolothérapie intra-articulaire ou extra-articulaire pour stabiliser l'organe articulaire. Bien comprendre que l'articulation n'est pas figée dans un processus de dégradation inéluctable, elle s'adapte en permanence aux signaux mécaniques et biochimiques, que vous lui imposez. Je vous donne rendez-vous très bientôt dans un nouvel épisode du podcast Vertèbre & Co. En attendant, portez-vous bien, restez actifs et si vous avez des questions ou des idées de thèmes que vous souhaitez que nous abordions, n'hésitez pas à me contacter sur la page du podcast