- Speaker #0
Bonjour, je m'appelle Pauline Maria, bienvenue dans Virage. Le podcast est sur la vie et ses tournants qui nous font rire, parfois pleurer, mais qui toujours nous inspirent. Je suis ravie de vous accueillir dans cette quatrième saison de Virage qui promet d'être riche d'invités incroyables. Si vous voulez ne rien rater et soutenir ce podcast, je vous invite à vous abonner sur votre plateforme d'écoute. Et pour venir avec moi en coulisses, vous pouvez me suivre sur Instagram, pauline-du-bas-virage et sur TikTok, virage.podcast. Je vous laisse avec l'invité du jour et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Véronique. Ça a commencé ? Ah, ça commence là.
- Speaker #1
Bonjour Pauline.
- Speaker #0
Comment ça va ?
- Speaker #1
Est-ce que ça va bien globalement ? Ouais. Enfin, ça va tout le temps bien, vraiment. Et je réfléchissais à est-ce que ça va bien, très très bien, ou est-ce que ça va bien normal. Et je crois que ça va bien, très très bien.
- Speaker #0
Ok, c'est intéressant parce que c'est vrai que c'est rare d'avoir des réponses sincères.
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai qu'en général, oui ça va et toi ?
- Speaker #0
Ouais, exactement. Donc c'est assez intéressant, même pour moi, tu vois, ça me permet de me remettre en question, de me dire est-ce que finalement j'attends vraiment qu'on me réponde. Quand on me dit ça. Tu vois,
- Speaker #1
les femmes doivent se remettre en question. On n'arrêtait pas de le dire en rentaine.
- Speaker #0
On n'en parle pas assez. Les femmes ne sont pas assez dans le caire. Merci. Finalement, on écoute de l'autre. Heureusement que tu es là pour m'expliquer comment m'améliorer. Je vais tout t'expliquer aujourd'hui. J'ai hâte. Si on parle un petit peu comme ça, c'est parce que Verino, tu as un spectacle que j'ai eu la chance d'aller voir au Grand Rex il y a quelques semaines. Tu as eu trois dates qui étaient toutes complètes. C'était une expérience que j'ai trouvée incroyable. Donc, tu as trois nouvelles dates en février 2027. Tu peux les dire, s'il te plaît ?
- Speaker #1
26-27 février.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et ouais, on joue une fois le 26, donc le vendredi, parce que j'aime bien jouer le vendredi, parce que tu le sais, il y a les vidéos. Et le samedi, on double à 18h, ou 17h et 21h. Je ne sais plus exactement les horaires, mais de toute façon, tout, c'est sur mon site.
- Speaker #0
Ok. Je ne peux que vous recommander d'y aller si vous avez envie de mourir de rire. Et nourrir tes enfants, accessoirement, également.
- Speaker #1
Parce que ton mourir, il arrive en même temps que nourrir. Et donc, ça fait vraiment...
- Speaker #0
Oui, on aurait dit, alors que nous ne parlions pas de la même chose, mais si vous avez envie de vraiment littéralement mourir de rire sur votre siège, qui est extrêmement confortable au grand rêve. Parce que tu y fais référence plusieurs fois, c'est vrai qu'on n'a pas envie de partir. Pas que parce que t'es drôle. Vraiment, on est très bien installés dans ce spectacle. Et c'est ça dont j'avais un petit peu envie qu'on discute ensemble. Je le trouve déjà extrêmement bien construit, extrêmement fluide. Et tu traites les sujets au millième degré. Mais... Tu traites quand même de sujets qui sont importants et t'apportes ton regard dessus, ta manière de faire, que je trouve qu'on ne voit pas dans d'autres spectacles, t'as vraiment ta patte. Tu vois, par exemple, tu commences, et j'ai envie qu'on rentre tout de suite dans le bain, sur la vasectomie. Tu dis qu'en fait, on a commencé à beaucoup te féliciter quand t'as eu recours à la vasectomie. Et tu dis, en fait, là, je me suis rendu compte que ma femme, depuis 25 ans...
- Speaker #1
Tout le monde l'ignore.
- Speaker #0
Exactement. personne ne l'a jamais félicité alors que la charge contraceptive a pesé sur ses épaules pendant 25 ans. Est-ce que c'était conscient de porter au effort ce message ? Est-ce que tu trouves qu'il y a besoin qu'on fasse plus de bruit sur l'égalité de la charge contraceptive ?
- Speaker #1
Oui, de manière générale, je pense que sur la charge contraceptive, il y a vraiment quelque chose. C'est qu'on a tous les deux dans un couple un bénéfice immédiat dans la contraception. C'est que c'est le plaisir du corps, le plaisir de l'autre, le plaisir d'être ensemble. Et... Le fait que ça repose entièrement sur elle. En fait, on a un fonctionnement avec ma femme. Note de la rédaction, ça fait 26 ans qu'on est ensemble. Donc moi, je l'ai rencontrée, j'avais 17 ans. Elle avait 16. Et donc, on a vraiment grandi ensemble. Donc, je crois que je suis un féministe un peu, un allié. Parce que j'ai grandi avec une femme. J'ai vraiment vécu ma post-adolescence avec une femme. Le fait d'être jeune adulte avec une femme, j'ai vu ses problématiques. Un peu comme les garçons qui ont évolué dans une fratrie avec des sœurs. Et en fait, tu te rends compte qu'on n'a pas la même sensibilité quand on est au contact direct d'une femme qui peut vivre des trucs. Au fur et à mesure des années, évidemment, je prends conscience des choses petit à petit. Là, sur la contraception, vraiment, je trouvais ça hyper chiant. Je me disais, mais depuis le début, c'est hyper relou. Mais comment tu fais ? Moi, j'y penserai jamais, j'y jouerai tout le temps. Et au moment où je découvre la vasectomie et que j'en entends parler... Ça met du temps quand même à faire le chemin, évidemment. Et puis, on a des enfants, et puis il fallait qu'ils grandissent, etc. Mais juste après la naissance du troisième, j'ai commencé à me dire, en réalité, c'est injuste qu'elle se tape une charge aussi énorme. C'est injuste que moi, je ne puisse pas me la taper. Parce qu'en vrai, dans notre couple, l'émission relou, c'est moi. Quand il y a des tupperwares dégueulasses dans le frigo, c'est mon taf. Tous les trucs un peu de... C'est mon boulot, quoi. Tu vois, les trucs de... Il me manque quelque chose pour je ne sais pas quoi, et il faut aller jusqu'au supermarché, c'est 15 minutes à pied, 15 minutes de retour. J'y vais tous les trucs relous, j'essaie de les lui enlever, et je n'ai pas réussi à lui enlever cette putain de charge mentale de la contraception tous les jours. Donc quand je découvre non seulement qu'il y a un contraceptif masculin qui fonctionne, mais que surtout... En termes de charge mentale, pour nous, c'est zéro, la blague. C'est-à-dire que l'effort que je fais, c'est vraiment d'aller à l'hôpital, de sortir de l'hôpital, d'attendre trois jours que ça arrête de tirer un peu sur les testicules, et puis ça y est, c'est terminado. Évidemment qu'il fallait que je le fasse.
- Speaker #0
Mais tu vois, ce qui est intéressant, c'est que je trouve qu'il y a encore déjà une forte méconnaissance du sujet, notamment par exemple sur l'aspect qui serait réversible ou non. Parce que toi, bon... Tu l'as fait à un moment de ta vie où tu étais sûre de toi quant au fait de ne pas vouloir d'enfant. Parfois, il y a aussi des gens qui sont un peu hésitants en se disant est-ce qu'on n'en voudrait pas un autre, etc. Oui, oui, oui. Voilà, et on ne communique pas trop sur l'aspect qui pourrait être réversible.
- Speaker #1
Pour moi, ça ne l'est pas. Je ne sais pas si tu as d'autres infos, mais...
- Speaker #0
Ah, c'est irréversible pour toi ?
- Speaker #1
Le médecin, il m'a dit c'est quand même deux tuyaux qui sont quelque part, il va falloir les raccommoder, ça va être tendu.
- Speaker #0
Je croyais qu'on pouvait refaire l'opération dans l'autre sens.
- Speaker #1
Il faut que ça marche, il faut que mon corps soit d'accord, etc. Par contre, tu peux congeler. tes spermatozoïdes, ton sperme, tu as des paillettes, tu les mets de côté et je crois que ça coûte genre 10 balles par an de les mettre de côté. Donc tu peux très bien avoir des enfants plus tard avec ton sperme congé.
- Speaker #0
Donc il y a déjà ce point-là, mais il y a aussi surtout, je trouve, le côté qui empêche un peu, j'ai l'impression, certains hommes de passer le pas, c'est que c'est associé à une perte de virilité. dans l'inconscient collectif, notamment.
- Speaker #1
Alors que pas du tout !
- Speaker #0
Notamment pour les mascus, tu vois.
- Speaker #1
Alors que ça ne change rien.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Tu as toujours ta création de spermatozoïdes, tu as toujours les mêmes hormones, exactement les mêmes, sauf que tes spermatozoïdes, le petit filo par lequel il passait, ils ne sont plus là. Donc, ils finissent par décéder et comme toutes les cellules du corps se régénèrent. Donc, ça fabrique tes spermatozoïdes. C'est juste que dans ton sperme, il n'y a pas de spermatozoïdes. Mais sinon, ça ne change rien à la consistance du sperme, ça ne change rien à la sensation. Ça ne change... strictement rien, si ce n'est que ta femme ne prend plus de contraceptifs. Et une femme qui ne prend pas de contraceptifs, c'est une femme qui a ses hormones qui tournent à plein régime. Ça veut dire que les phéromones qui t'arrivent, toi, le désir que ça procure chez l'homme, moi, je n'ai plus le même désir pour elle du jour au lendemain. C'est-à-dire que j'ai vraiment senti à un moment où, quand elle ne prenait plus la pilule, une femme qui est plus à l'écoute de ses propres désirs, parce que la soumission chimique de la pilule contraceptive, elle change quelque chose dans le corps féminin. C'est pas juste pouf t'as plus de bébé, c'est que ça change quelque chose.
- Speaker #0
Ça anesthésie les cycles en fait, on n'est plus connecté à nos cycles naturels.
- Speaker #1
Alors qu'en vrai à la base justement le cycle naturel c'est exactement ce qui fait que chez l'homme ça déclenche quelque chose. Moi en tout cas notre plaisir a complètement changé.
- Speaker #0
Pensons aux hommes finalement.
- Speaker #1
C'est peut-être l'argument qu'il faut avoir. On peut aussi le faire égoïstement parce qu'en vrai de manière générale je crois dans la vie de toute façon l'être humain, je suis persuadé qu'il y a une tendance à écouter l'autre mais en vrai dans le fond du fond. évidemment qu'on est des animaux égoïstes parce que c'est dans notre instinct de survie de faire en sorte d'améliorer notre habitat donc dire aux hommes tu vas voir c'est mieux, mais pas que pour ta femme de t'es un gentil petit gars c'est ça aussi que j'avais envie d'enlever, c'est le côté un peu c'est toujours pareil, dès que t'es féministe c'est que t'es plus un bonhomme en fait si, je suis masculin et j'assume aussi ma masculinité de cette manière là c'est pas parce que je suis pas un tocard que je suis pas un mec quoi.
- Speaker #0
Bien sûr Merci. Et tu dis aussi dans cette partie du spectacle que du coup, des amis de ta femme ont commencé à t'inviter de manière beaucoup plus répétée. Ouais, exactement. En te faisant passer le mot de bien parler à leur conjoint.
- Speaker #1
Ça ne me dérange pas. Dis-lui juste que c'est cool.
- Speaker #0
Du coup, ce que je voulais dire, c'est est-ce que tu sens que ton discours trouve un écho auprès des conjoints, des copines de toi ? de ta femme ?
- Speaker #1
C'est exactement ce que je dis dans le spectacle. T'as trois types. T'as ceux qui sont curieux et qui disent « Vas-y, discute » . T'as ceux qui ne veulent pas. Et puis t'as ceux qui s'en foutent complètement et qui ont aucun « Non, de toute façon, voilà » . Mais effectivement, il y a ce côté un peu « Non, si tu ne peux plus avoir d'enfants, tu n'es plus un vrai mec » . Je peux comprendre, tu vois, le discours du mascu qui a peur. Mais tout ça, c'est que de la peur à chaque fois. C'est du « Qu'est-ce que ça va donner si je fais ça ? » Rien.
- Speaker #0
Mais est-ce que c'est des gens qui, par exemple, se disent que peut-être ils voudront un enfant plus tard ou c'est vraiment ne serait-ce que le principe ?
- Speaker #1
Ah non, c'est le principe, c'est le « tu touches pas à ça » . Et je me suis retrouvé, qui suis en plus assez terre-à-terre, c'est-à-dire que t'as une problématique, il y a plusieurs manières d'y répondre, tu choisis la meilleure manière, je te parlais de l'exemple de ma femme, je trouve ça pas normal que pendant 25 ans elle prenne une pilule quotidienne, alors que moi c'est une opération de 5 minutes. Concrètement, qui prend la matinée, parce que t'y vas le matin, puis il y a les rendez-vous, blablabla, mais l'ensemble de la contrainte, et c'est pour ça que je te parlais du fait que les trucs relous, c'est moi qui les fais, c'est que ça a une contrainte moindre sur moi que sur elle. Donc tout ce qui la contraint, si moi ça me contraint moins qu'elle, je vais prendre cette charge-là parce que c'est comme ça qu'on fonctionne. Moi ça ne me contraint pas du tout de faire 10 minutes à pied pour aller chercher mon fils à l'école à telle heure de la journée, là où elle, elle est en plein milieu de son taf parce qu'elle est en train d'organiser quelque chose. Évidemment, je prends cette contrainte-là. Ce n'est qu'en plus, j'aime aller chercher mon fils. Mais dans la répartition de nos tâches, c'est souvent comme ça que ça se passe. Combien ça te coûte ? Combien ça me coûte ? Ça te coûte moins à toi, c'est toi qui fais. Ça me coûte moins à moi, c'est moi qui fais.
- Speaker #0
Oui. C'est intéressant, je trouve, comme manière de répartir... la charge mentale.
- Speaker #1
Mais parfois, il y a des trucs qui sont complètement antiféministes. Et c'est scandaleux. C'est scandaleux. Moi, je ne fais pas du tout à manger. Je ne sais pas faire à manger. Je n'arrive pas à faire à manger. Je n'ai pas le système. Et évidemment que si on n'avait pas une organisation globale qui fait qu'on s'attrouve l'un et l'autre, il faudrait que je passe au-dessus de mes incapacités. Mais je passe au-dessus de mes incapacités. Ou peut-être même pas. Il y a d'autres trucs que je vais faire qui sont complètement quelque chose qui, elle, va lui faire exploser le cerveau. pour le coup, c'est comme ça qu'on s'équilibre.
- Speaker #0
Vous faites des points réguliers ?
- Speaker #1
Tout le temps, vraiment régulièrement. Déjà parce qu'on est les meilleurs potes du monde, donc on discute, et puis moi j'ai très envie qu'elle soit heureuse, et je crois qu'elle a très envie que je sois heureux. Puis pour remettre en question nos certitudes aussi, au moment où tu réalises qu'en fait, effectivement, je ne fais pas à manger, mais c'est quoi ce féministe à deux balles qui ne s'investit pas dans l'ensemble des tâches ? Mais je crois qu'on est allé à un moment dans une espèce de direction où il fallait séparer à 50% chaque chose. Et on laisse plus de... place dans le couple à la coexistence, à la négociation, au plaisir de... Tiens, je vais te faire plaisir à toi de cette manière, et tu vas me faire plaisir à moi de cette manière, et du coup, ça équilibre. Mais pour ça, déjà, il faut être partenaire, en vrai. Le partenariat, le vrai truc. Si chacun vit dans son coin, et puis qu'il y en a un qui tire la couverture, nous, on a souvent cette image-là, et c'est ce que j'utilise pour les enfants quand ils ne veulent pas vider le lave-vaisselle. Il y a deux manières de vider un lave-vaisselle quand on est une famille de cinq, ce qui est notre cas. C'est que tu viens, tu vois, il y a le lave-vaisselle. tu le vides immédiatement parce que tu sais que de toute façon il faut le vider et donc il sera automatiquement vidé ce qui fait qu'il y a 4 autres personnes qui vont venir en disant putain c'est cool le lave-vaisselle il est fait et il y a l'autre manière c'est je m'écarte du projet, je vois le lave-vaisselle qui est plein, je fais comme si je n'avais pas vu et je me barre ce qui fait qu'il y a 4 autres personnes qui ont la charge de ça en vérité le lave-vaisselle sera vidé de toute manière il sera vidé par régulièrement une des 5 personnes puisque moi si je vois le lave-vaisselle plein et qu'il faut le vider soit je le fais, soit je t'appelle, soit machin donc en gros soit on le fait sous la contrainte soit on le fait de la manière positive. Si tu le fais de la manière positive, en fait, ce sera exactement le même rythme. Comme des parents, tu peux obtenir l'obéissance de tes enfants de deux manières. Soit tu gueules après coup parce qu'ils ont fait une bêtise, soit t'anticipes la bêtise et tu fais en sorte qu'elle n'arrive pas. Ça te prend la même dose d'énergie, mais ça ne te donne pas le même plaisir.
- Speaker #0
Oui, et puis l'expliquer aussi parce que finalement, parfois, juste gronder et entre guillemets arriver à un dressage. Oui, voilà, exactement.
- Speaker #1
T'en es tellement connecté, toi et moi.
- Speaker #0
Ce n'est pas aussi intéressant que d'en faire de futurs êtres humains qui savent pourquoi ils ne doivent pas faire ça, etc. Moi,
- Speaker #1
j'ai trois garçons, j'aimerais bien qu'ils soient des alliés, justement. Exactement,
- Speaker #0
j'allais arriver là-dessus. Est-ce que dans l'éducation, toi qui élèves trois garçons, est-ce que c'est un challenge supplémentaire, tu trouves, que d'avoir à cœur de les élever comme des alliés ?
- Speaker #1
Je crois que je ne me rends pas trop compte. Comme c'est la première fois que j'ai des enfants, je n'ai pas de point de comparaison. J'ai été moi-même élevé dans une famille où ma mère t'a fait, elle est maître de conférences et docteur en droit. Et donc, je l'ai vu, puis elle m'a eu très jeune. Elle m'a eu quand elle avait 20 ans. et 21 et donc je l'ai vu, enfin elle a eu son doctorat quand j'avais 15 ans. Donc j'ai vu une femme au travail quoi. Donc moi je n'ai jamais eu, je n'ai même découvert très tard le combat féministe en réalité parce que dans notre famille tout était extrêmement équilibré, c'était même presque inversé tu vois.
- Speaker #0
Il était incarné dans ton foyer quoi.
- Speaker #1
Ouais c'est ça exactement. Donc j'avais pas de question, j'ai jamais vu une femme comme étant une espèce inférieure tu vois. Pour moi j'ai croisé dans ma vie... L'ensemble des femmes que je voyais, je ne les voyais pas comme des victimes potentielles. Là où aujourd'hui, je crois que sur les réseaux et avec tout ce qu'on entend, on découvre qu'il y a un patriarcat qui s'exerce. Dans mon environnement d'enfant, je ne l'ai jamais ressenti ce patriarcat. Peut-être aussi parce que je suis un mec, mais je ne crois pas. C'était quoi ta question ?
- Speaker #0
Est-ce que c'est compliqué ? Non, est-ce que ça guide un peu ton éducation que d'en faire de futurs alliés ?
- Speaker #1
Pas à ce point-là. en fait je voudrais qu'ils soient intelligents et qu'ils aient du recul. Donc la question du féminisme est peut-être presque même pas immédiate, c'est l'ensemble des rapports de domination moi qui m'anime. En fait j'aime pas qu'on me marche sur les pieds, je supporte pas d'abord, et je pense que c'est pour ça qu'on verrait que je suis humoriste c'est que j'aime pas l'autorité qui est injustifiée. J'aime pas la domination. J'adore apprendre mais j'aime pas qu'on me fasse la leçon. Et ben j'aimerais que mes enfants ils aient aussi ce tempérament-là. Et donc, ce n'est pas tant en tant que féministe, prenez soin des femmes. Tu vois, le faux féminisme, c'est juste en fait, respecte l'être humain qui est en face de toi. Qu'il soit noir, qu'il soit une femme, qu'il soit arabe. Il n'y a pas d'importance à part la qualité humaine, ce que produit l'autre en face, ce qu'il fait. Je le dis à la fin du spectacle, l'important, ce n'est pas ce que tu es, c'est ce que tu fais de ce que tu es.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et bien, effectivement, j'aime qu'on admire la création de l'autre. Et du coup, tout passe au second plan. Donc, ce n'est presque pas du féminisme, en fait. C'est presque juste de l'humanisme. Voilà.
- Speaker #0
Et tu abordes beaucoup aussi de sujets, notamment par exemple, tu parles un petit peu de l'église et du not-all-prêtre. Il faut bien tout dire maintenant.
- Speaker #1
Parce que dès que tu dis quelque chose, il y a forcément peut-être quelqu'un un jour qui va se dire « Ouais, mais moi, en fait, tu n'es pas le centre du monde, Michel. »
- Speaker #0
Ouais, exactement. Comment tu choisis les sujets que tu as envie de mettre en lumière ?
- Speaker #1
En fait, je ne les choisis pas du tout. J'écris, là c'est Concrètement, le processus créatif, j'ai terminé mon spectacle précédent Focus en juillet 2024. Septembre 2024, je démarrais l'écriture du nouveau spectacle et avril 2025, j'avais... la première officielle dans une grosse salle. Donc je savais qu'avril 2025, il fallait que mon spectacle soit bon. Je n'ai pas le temps d'explorer. En fait, je ne suis pas du tout un artiste, bizarrement. Je suis un taffeur. C'est 2 septembre, les enfants sont à l'école. Bisous, bisous, bonne rentrée, génial. Tu rentres en 6e, tu rentres en 7e, et l'autre en 3e. Je vous aime. Et je rentre à la maison, j'ouvre l'ordi, et puis feuille blanche, et puis j'écris. Donc je vais écrire sur n'importe quoi. Il faut savoir que j'ai vraiment beaucoup accepté mon incapacité à être fort. Je fantasme certains artistes qui ont l'impression que ça tombe du ciel et que c'est une écoute du monde. Moi, je n'ai pas du tout ce truc-là. Moi, je suis vraiment en force. C'est-à-dire que je lutte pour aller chercher mes idées, réfléchir à ce qui m'anime en ce moment, qu'est-ce qui m'énerve, qu'est-ce qui m'éclate, qu'est-ce qui m'amuse, qu'est-ce qui m'est arrivé, qui m'a contraint. Et l'histoire de l'Église, notamment, c'est ça. C'est qu'au moment de la rentrée des classes où mon grand décide de faire du hand et que le deuxième fait du basket le troisième il me dit qu'il a envie de s'inscrire à Croire en Dieu parce qu'il a discuté avec une petite fille, c'est la fille d'un autre humoriste d'ailleurs vous pouvez beaucoup rire ce truc là on était au festival de Pierre-Emmanuel Barré je vais pas dire qui est l'autre humoriste parce que je sais pas s'il a envie qu'on sache que sa fille croit en Dieu mais en attendant tu nous le diras en off En off, je vous le dirais. petite fille-là, elle en parle du coup à mon fils qui a le même âge, et puis elle lui explique tout ce que c'est Dieu, ce concept, et puis elle lui dit que Jésus marche sur l'eau et que quand on le tue, il ressuscite. Donc lui, il pète un plomb en mode Iron Man, qu'est-ce que c'est que ce super pouvoir ? Je veux croire en Dieu, inscris-moi ! Tu vois, comme une activité sportive. Et je me dis, mais cette drôlerie de phrase, tu peux m'inscrire à croire en Dieu ? Et j'ai commencé à gratter là-dessus, et puis je l'ai emmené à la messe, évidemment, à sa demande, parce que je me dis, s'il a envie de découvrir, allons-y ! J'arrive à l'église, je me retrouve avec des gens qui me reconnaissent, qui se disent « mais qui suis-je fait là ? » « Saint-Brévin-les-Pins dans la petite église ? » Et donc, toute l'écriture vient d'abord du storytelling, de l'histoire que je vis avec mon fils, de l'envie que j'ai de raconter cette prise au piège. C'est-à-dire qu'en l'occurrence, il y a un terreau formidable pour l'humour là-dedans, c'est que quelqu'un que j'aime me demande de l'emmener faire quelque chose que moi je n'aime pas. En tout cas, qui me dépasse, qui ne m'intéresse pas. Et donc, je me retrouve dans cette prise au piège de... Je t'accompagne parce que tu me le demandes. Je ne suis pas sûr que ça te fasse du bien, mais je ne vais pas t'en empêcher. Et en même temps, moi, ça ne m'excite pas. Et puis, je me retrouve dans ce monde où tout le monde est d'accord pour faire le truc en commun, que personne n'y va contre sa volonté. Ou peut-être des enfants, tu sais, qu'on traîne un peu. Mais en tout cas, il n'y a aucun adulte qui dit, moi, j'y vais volontairement dans une église pour voir une messe. Et bien ça, c'est un terreau génial. La prise au piège, le qu'est-ce qu'il faut faire. J'essaye socialement de me placer correctement avec les gens qui font des trucs. J'essaie de faire pareil pour ne pas avoir l'air d'être à côté. J'essaye de ne pas manquer de respect, j'essaye de machin. Pendant ce temps-là, j'ai mon fils qui me dit, c'est vraiment ça qui se passe. Il y a tout un truc où ton cerveau, il brille. Et ça, quand je commence à écrire, je ne me rends pas trop compte de ce truc. Je l'écris, je raconte l'histoire, puis je me rends compte que les tensions, elles viennent d'ici, elles viennent de là. Et puis l'histoire finit par prendre corps. Et je me rends compte que ça raconte plus que simplement, tu peux m'inscrire à Croix-Rendu. Ça raconte aussi ce que je suis en tant que père. C'est-à-dire, tu as une demande et j'essaye d'y répondre dans la mesure de mes capacités. Et je ne te laisse pas en mode, non, c'est de la connerie. Donc ça raconte autre chose de ma manière d'éduquer mes enfants, ça raconte aussi...
- Speaker #0
Tu leur laisses leur libre arbitre.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Avec moins de R dans le mot libre arbitre.
- Speaker #0
C'est ça que je me suis rendu compte ! Je vais le refaire, tu leur laisses leur libre arbitre. Non, regarde-le, c'est génial !
- Speaker #1
C'est super, ça met exactement ce qu'on aime dans un podcast. Mais je crois aussi que c'est à ça qu'on sert un peu, humoriste, et même c'est à ça que je me sers moi-même. Il y a un côté éducatif dans lequel papa j'ai envie d'être. Tu vois, je ne suis pas sûr qu'en n'étant pas humoriste, j'aurais fait cette démarche d'emmener mon fils à l'église. En vrai, j'ai envie d'être un papa super et j'ai le luxe dans mon métier d'avoir le temps de le faire. De la même manière, tout le passage sur l'adolescence de mon fils, il vient du grand, du coup, qui a 15 ans. En fait, c'est un sujet que je ne voulais pas traiter. Je trouve que c'est insupportable. Les humoristes qui parlent de leur ado, je trouve que ça te fout un coup de vieux de malade. Je suis avec mon ado, il pue des pieds, il est dans sa chambre et il ferme sa porte. En vrai, à chaque fois que je voyais des humoristes qui traitent de ce sujet de cette manière, je me disais, c'est un premier pas vers la ringardise mon ami. Tu es en train de nous dire que tu n'es plus dans l'écoute du monde que ton enfant est en train de vivre. Tu es en train de lui dire, en fait, c'est toi qui as tort, moi j'ai raison, et dans mon monde à moi, tu ne t'enfermes pas dans ta chambre. J'aimerais être un papa qui laisse son fils s'enfermer dans sa chambre, qui le laisse faire des grasse-mâles jusqu'à 15h parce qu'en vrai il grandit et qu'il est extrêmement fatigué parce que Ça prend de l'énergie tout ça. Et de la même manière, j'aimerais être un papa qui accompagne son fils à l'église quand il en fait la demande. Et donc, je me...
- Speaker #0
permet par le biais de mon activité de remettre en question toute ma paternité. Et donc je m'impose de faire ces trucs-là que je n'aurais pas fait peut-être en temps réel. Peut-être que si, je n'en sais rien. Et donc je donne aussi des clés aux gens. J'aime bien dire aux gens, ce n'est pas grave que ton fils fasse des grasse-mâles jusqu'à 15h. J'aime bien dire aux gens, ce n'est pas grave que ton fils ait envie de croire en Dieu, même si tu n'as pas envie. J'aime bien, encore une fois, ne pas faire la leçon, mais donner des pistes. Et de la même manière que ça peut être sexy d'être féministe, je pense que ça peut être sexy d'être un chouette-papa.
- Speaker #1
Ouais, ça c'est sûr.
- Speaker #0
On est d'accord, je suis hyper sexy, c'est ça que tu voulais dire. Hyper sexy. Voilà.
- Speaker #1
Et par rapport à ce que tu disais aussi juste avant, finalement, est-ce que ce n'est pas ça être artiste ? Être sexy ? Non, pas être sexy.
- Speaker #0
Je pense que c'est ça. Je pense que c'est ça être un artiste.
- Speaker #1
Finalement, résumons, arrêtons le podcast. Non, tu vois, tu disais, je ne suis pas un artiste, je suis un taffeur. Mais finalement, est-ce qu'il y a une seule manière d'être un artiste ? Est-ce que c'est forcément l'image qu'on a de l'artiste qui s'assoit et puis hop, la créativité infuse et il écrit ? Ou est-ce que ça peut être finalement prendre le temps de réfléchir sur ce que tu traverses en ce moment et le transformer ? Je ne pense pas qu'il y ait une seule manière d'être un artiste. Et je pense que si on demandait, par exemple, même des auteurs compositeurs, par exemple, pour la musique, il n'y a pas du tout tout le monde qui a la même manière, qui a la même approche pour créer une chanson.
- Speaker #0
Et tu te démerdes avec ce que tu es capable de faire.
- Speaker #1
Oui, et ta créativité, comme il y a des gens qui vont être forts pour apprendre en écoutant, d'autres en lisant, etc. Je pense qu'il y a plusieurs façons d'être un artiste. Donc, je pense que tu es un artiste.
- Speaker #0
Moi, je pense que je ne suis pas un artiste. Mais je vais te dire pourquoi. Je pense que je suis plus un artisan qu'un artiste. J'ai l'impression de fabriquer des meubles. Fabriquer des pièces, quoi. C'est vraiment ça, de fabriquer quelque chose. Tu le polis, tu l'améliores. Tu vas faire en sorte que ton tiroir écoulisse mieux. Parce qu'en vrai, tu le sais que les gens vont utiliser ton tiroir. C'est con, mais les artistes vont faire du beau. Et parfois, le beau n'est pas forcément pratique. Le beau peut être un truc. C'est un peu à la mode d'avoir cette lampe chez soi. Mais elle n'éclaire pas bien. mais elle est là super, génial c'est juste qu'elle t'a coûté 4000 balles c'est chiant de l'allumer parce que c'est un bouton particulier mais il faut qu'on la voit et qu'en fait il y a une vraie filiation avec un artiste et ça raconte quelque chose et il faut qu'on la voit et c'est du coup de la mise en scène et c'est de la brillance ce contre quoi je me bats moi j'aime l'idée j'adore ne pas être respecté en tant qu'artiste pour le coup parce que j'ai entendu ça il n'y a pas longtemps En Chine, par exemple, l'artisanat est mis au-dessus de l'artistana. Je ne sais pas comment ça doit se prononcer, ce truc.
- Speaker #1
Pas comme ça, je pense. Non,
- Speaker #0
c'est sûr. C'est plus respecté d'être un artisan que d'être un artiste. Parce que l'artiste, il y a un truc un peu poétique qui émane de ça. Et je crois que dans nos sociétés occidentales, on aime le côté « waouh, c'est une star, un élu de Dieu » . Oui,
- Speaker #1
le côté mystique de l'artiste.
- Speaker #0
Oui, c'est le roi soleil. C'est « waouh, il y a quelque chose qui lui est tombé dessus » . Là où... En Chine notamment, où c'est quand même des gens qui depuis 50 ans ont pas mal souffert pour remonter et puis devenir bientôt la première puissance mondiale, ou si c'est pas déjà fait, il y a un côté terrain. Et je crois que je suis très reconnaissant à l'univers entier de ne pas m'avoir donné de talent par exemple. Et je ne le dis pas avec de la fausse modestie, parce que souvent on a l'impression que ça peut être le cas. Mais je ne considère pas que j'ai du talent. Par contre, j'ai une dalle monstre, j'adore faire rire les gens et je vais trouver les solutions quoi qu'il arrive. Et donc, ça me demande peut-être, j'imagine, dix fois plus de travail que pour un artiste qui va se sentir inondé du truc. Moi, je n'ai vraiment pas du tout ça. Moi, je suis vraiment besogneux. Je dois polir, réfléchir, travailler, améliorer. C'est hallucinant comme mon démarrage là à Angers, puisque j'habite à Angers maintenant. Quand j'ai commencé à écrire mes nouvelles histoires, notamment cette histoire de Jésus et tout ça, quand je suis allé le jouer dans les comédie clubs à Angers, je me retrouvais... à jouer avec des artistes angevins qui ont 24, 26 ans, qui ont des passages qui sont déjà rodés, qui commencent à être efficaces. Et moi, j'arrivais à côté avec mes bouses. C'est très déceptif pour le public de se dire « Il y avait Rino ce soir et il est moins bon que les autres. » Mais je suis moins bon que les autres. En fait, je dois passer par les étapes.
- Speaker #1
Et tu continues à en faire des comédies club ? Oui,
- Speaker #0
pour travailler à fond. Et puis tu vas te frotter un public qui n'est pas forcément le public qui t'attend. Je parlais de ces comédies club, il y a énormément de gens qui ne savent pas du tout qui je suis. Il y en a qui savent qui je suis, qui se disent « wow la classe ! » mais qui du coup t'attendent à un niveau de dingue. Et toi tu arrives avec tes bouses, tu arrives avec ton premier truc. Tu y vas, tu es obligé d'aller le montrer à des gens et l'humilité que ça te... Ça t'amène, quand tu dis aux artistes, me mépéter par la faim, en fait, les gars. Dans un plateau, je ne peux pas finir le plateau avec ce que j'ai là. Ce n'est pas prêt. Ce n'est pas prêt. Dans deux semaines, oui. Et je vais travailler dur. Et souvent, c'était ça. Le jour 1, c'est nul. Le jour 2, c'est un peu meilleur. Le jour 3, ça commence à avoir de la gueule. Et le jour 4, ça devient bon. Et au bout de six fois, ça y est, c'est réglé. Et c'est déjà quelque chose où, oui, tu peux me mettre à la fin.
- Speaker #1
Et t'intègres les retours du public. Quand je parle de retour, j'entends, par exemple, j'imagine que quand tu es sur scène, tu entends les moments où ça arrive un peu plus. des moments où au contraire... Ça ne rit pas du tout. Est-ce que ça, ça fait évoluer ton spectacle ?
- Speaker #0
C'est un peu dur de répondre à ça. Je dirais que... En soi, oui, parce que c'est une discussion et j'aime entendre le retour de l'autre. Tu vois, mon objectif, c'est que tout le monde passe un bon moment. Mais je crois que tu peux aussi passer un bon moment dans la contrainte. Et je crois que quand tu es contraint par quelqu'un que tu aimes, tu peux t'abandonner. Et donc, mon objectif, moi, dans un spectacle, c'est de très vite mettre les gens dans la situation dans laquelle ils savent qu'ils peuvent me faire confiance. Et que quand je vais les malmener, ce ne sera jamais de la violence. Je vais repardonner parce que je trouve que c'est le truc le plus juste dans ce que je ressens. C'est une métaphore sexuelle, c'est pour ça que je dis pardon. C'est que pour moi, faire l'amour et baiser, j'ai envie de faire l'amour avec les gens. Et parfois, quand tu fais l'amour, tu as envie d'être un peu dominé par l'autre. Et bien, pour pouvoir être dominé par l'autre, il faut avoir une confiance ultime en lui. Savoir que l'autre en face, tu lui offres ton corps entier. et que tu lui dis... Sers-toi, je t'offre qui je suis et je te fais suffisamment confiance pour m'abandonner à toi. Mais c'est ça que je veux que les gens isaient quand ils viennent voir mon spectacle.
- Speaker #1
Ressentent.
- Speaker #0
C'est pas que de la rigolade. Je veux que tu sortes de là avec un... Ah, qu'est-ce que je me suis senti bien, putain. J'ai jamais été gêné par le rire parce qu'il n'y a jamais aucun moment où il est violent, où il est... Il y a du rire de violence qui peut créer du rire, du rire de gêne, du rire de tension, du rire de choc. Je vais pouvoir faire une vanne horrible et puis que les gens vont rire par le choc. Mais je n'aime pas que ce soit gratuit. Je veux t'avoir mis en avant qu'au moment où ça te choque, tu te dises, je ne m'y attendais pas, mais viens t'en canailler.
- Speaker #1
Je vois la nuance. Et à un moment, ce que je trouve aussi hilarant, c'est que tu as une manière de faire passer des messages qui n'est même pas au second degré. 30 millième de degré.
- Speaker #0
Que tu crois, c'est du premier degré. Tout le monde rigole, donc ça a l'air d'être du second degré.
- Speaker #1
En fait, ce n'est pas du tout un personnage.
- Speaker #0
C'est horrible, en fait.
- Speaker #1
Non, mais du coup, je trouve ça assez intéressant comme manière, tu vois, de faire passer les messages. Et par exemple, notamment, il y a un passage sur le mansplaining. Donc, c'est pour les personnes qui nous écoutent et qui nous... Ils ne sont pas très à l'aise avec le concept. C'est le fait pour les hommes d'expliquer. Non, ce n'est pas ça.
- Speaker #0
En fait, je vous explique. Voilà, c'est ça le mansplaining. C'est ce que je viens de faire. L'illustration par l'exemple. Couper la parole à quelqu'un, à une femme en l'occurrence, pour lui dire en fait, je sais mieux que toi.
- Speaker #1
Et encore mieux si c'est ce que je fais. C'est-à-dire si j'explique par exemple ce que c'est qu'un podcast.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Et que toi...
- Speaker #0
Et que moi je te dis non. En fait, le podcast, j'explique. Le vrai podcast. En fait, d'où ça vient ?
- Speaker #1
Exactement. Donc voilà, ça c'est du mansplaining. Et en fait, ce que je trouve hyper intéressant, c'est la manière dont tu l'amènes et dont tu l'illustres. Parce qu'en fait, tu présentes comme si c'était un personnage un peu, tu vois...
- Speaker #0
Qui a ses problématiques, en fait. En fait, je l'ai vraiment écrit avec la problématique du mec. On a tendance à... Je trouve que c'est extrêmement violent, la réaction que certains féministes et certaines féministes ont par rapport au mec qui te disent « not all men » . Ce que j'entends. je comprends, c'est une violence en réaction à une autre violence mais ce qui me dérange là-dedans c'est que la première violence souvent elle est inconsciente, je pense qu'un homme justement qui fait du mainsplaining c'est avant tout un abruti et donc un abruti tu lui dis en fait ce que tu viens de faire c'est pas bien, il va se sentir contraint de, mais en fait t'es en train de prendre le pouvoir sur moi, et donc l'autre va lui dire mais c'est ce que tu faisais toi, tu prenais le pouvoir sur moi, oui mais du coup comme t'es en train de le faire, moi j'aime pas. Et qu'est-ce que ça fait ? Ça crée un backlash, ça crée le retour du masculinisme, ça crée ce truc-là. Et là où il faudrait qu'on soit meilleur, entre guillemets, nous, féministes et alliés, c'est qu'on réussisse à éduquer et pas seulement à taper sur les doigts. Et là, en l'occurrence, tout ce que j'ai écrit, c'est... Enfin, je l'ai écrit dans la peau du gars qui te dit mais en fait, moi, je fais ça pour vous, je fais ça pour vous aider. C'est pour votre bien, ça ne me dérange pas.
- Speaker #1
De vous expliquer ce que vous faites dans la vie.
- Speaker #0
Et je trouve que c'est extraordinairement jouissif parce qu'il n'est pas méchant. Il est comme les racistes. Les racistes qui te disent « Attendez, mais moi, des Noirs, j'en embauche tout le temps. Et je les paye deux fois moins cher parce qu'ils n'ont pas leur papier. » Mais ça leur rend un service extraordinaire. Et c'est entendable comme discours. C'est juste que ce n'est pas la même chose que ce qu'on pense. Mais en fait, ils peuvent être persuadés qu'ils font de bien. Et même si tu découpes le truc, en vrai, nous, l'espèce de gauche volontaire qui n'embauche pas de Noirs, mais qui se fait livrer des déluveurous par des mecs qui n'ont pas leur papier et qui pédalent toute la journée, on est dans cette ambivalence et on la refuse, nous, gens de gauche. On la refuse de dire... Ce n'est pas bien de commander sur Deliveroo, on ferme les yeux, on prend le sac et puis on se dit « Ah, je ne sais pas s'il était noir » . Mais donc, finalement, on est embourbé dans notre bonne volonté, que parfois on est un peu coincé. Là où de l'autre côté, eux, ils ne sont pas embourbés dans leur bonne volonté. Ils sont embourbés dans leur nullité de « c'est comme ça qu'on a toujours fait, puis on fait comme ça, puis ce n'est pas grave » . En fait, je voulais qu'il n'y ait pas de méchanceté justement là-dedans.
- Speaker #1
Oui, mais ça rend le truc hyper intéressant.
- Speaker #0
Extrêmement, parce que c'est...
- Speaker #1
et d'ailleurs il y a quelques moments où il y avait des filles qui étaient devant et qui ont quand même ça commence à pousser quoi tu te dis putain merde non qui ont quand même réagi un peu fort et d'où le ça me dérange pas c'est
- Speaker #0
la réaction que j'ai quand je dis comment vous expliquez les choses parce que c'est quelque chose qu'on doit beaucoup faire nous les hommes blancs c'est vous expliquer les choses et c'est là que ça part en général je dis mais ça nous dérange pas c'est pour vous aider c'est encore plus pire. C'était vraiment le... Mais non, mais...
- Speaker #1
Ne vous inquiétez pas pour moi. Je vais bien, ça me prend du temps.
- Speaker #0
C'est ça. Le mec, il ne veut pas entendre qu'on le remet en question, lui. Il dit, non, non, mais... C'est que de la générosité. Et en fait, tu vois, c'est un peu l'enfer épavé de bonnes intentions. C'est ça. C'est que c'est que de la bonne volonté. Et c'est les pires, je crois. C'est ceux qui veulent faire le bien et qui, en fait... C'est les féministes trop féministes, quand je parlais de la posture dans le spectacle aussi, où certains hommes disent qu'ils sont féministes et en fait on se rend compte qu'ils ne le sont pas, je crois qu'eux-mêmes ne se rendent pas compte qu'ils sont féministes, parce que pour eux les femmes c'est des petites choses fragiles dont il faut prendre soin, et c'est ça le féminisme. Ah mais c'est pas le féminisme !
- Speaker #1
Ouais, certaines personnes qui parfois récupèrent un peu le combat.
- Speaker #0
Exactement, et c'était exactement le point de départ, c'est quel féministe je suis. À l'avoir un peu répété, à avoir été aussi... Enfin, c'est des trucs qui me semblent... qui m'ont semblé primordiaux quand j'ai commencé à en parler de tous ces sujets-là de 2017-2018. Tu vois, c'était rare d'entendre un homme parler sur ce truc-là. Et puis il y a un moment où ça commence à devenir de plus en plus normal. Et il y a un moment où je me dis, mais moi, j'ai dit ce que j'avais à dire. À quel moment ça devient, hé, maintenant que c'est accepté par la société, c'est pas mal classe d'être féministe. Je me dis, mais donc remettons en question toi. Pourquoi tu le dis que t'es féministe ? À quoi ça sert ? Qu'est-ce que tu veux exprimer ? Est-ce que tu veux exprimer un combat qui aujourd'hui est mené par... plein de personnes et qu'on n'a pas besoin de Vérino, c'est gentil, ou est-ce que tu veux souligner que, regardez, je suis dans le camp du bien ? Et en fait, ça, c'est des questions tellement métaphysiques et tellement intéressantes que tu vas chercher plus loin que le simple, vous inquiétez pas, je suis de gauche.
- Speaker #1
Ouais. Et tu disais, juste avant qu'on commence, que t'échangais, par exemple, avec certains spectateurs ou spectatrices.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Est-ce que ça, c'est quelque chose que tu conserves ? parce que maintenant que tu remplis des grandes salles, que tu as vraiment ton public, est-ce que tu continues beaucoup à échanger ? Et notamment parfois, là tu me parlais de quelqu'un qui n'avait pas été d'accord avec la partie sur l'église. Est-ce que ça reste important pour toi d'échanger, évidemment, quand c'est fait dans le respect ?
- Speaker #0
Oui, mais même quand ce n'est pas fait dans le respect, parce que je pense qu'on parlait du backlash tout à l'heure, je pense qu'il y a des gens qui peuvent venir me manquer de respect parce qu'ils ont l'impression que je leur ai manqué de respect. Donc c'est pour moi une... une erreur de compréhension et j'aime bien discuter avec ces gens-là enfin j'aime bien discuter avec tout le monde de toute façon et je pense que c'est peut-être le luxe que j'ai justement de pas être trop médiatisé tu disais que je fais des grandes salles et c'est génial effectivement de voir trois grands recs et puis trois prochains, c'est génial mais j'ai pas le coup social qui va avec normalement pour faire trois grands recs, il faut être une star quand t'es une star, en fait, y'a pas que que les gens qui te voient dans la salle, qui te parlent. Il y a les gens dans le métro, il y a les gens quand tu prends un taxi, il y a toujours quelqu'un pour te demander de faire une photo, il y a toujours des trucs à signer, et j'ai pas ça moi. Moi je vis ma petite vie au supermarché, faire mes courses avec mon caddie et donc c'est comme ça que je vis des choses de la vraie vie. Je suis resté hyper ancré dans une vie tout à fait normale. Mes enfants quand ils notent que je suis humoriste sur leur truc du début de l'année, ils mettraient pompier, ce serait pareil pour eux. C'est le métier de papa, le métier de maman c'est productrice. Il s'avère que nous on sait que c'est des métiers complètement... Et puis le grand commence à capter. Mais je pourrais très bien faire un autre métier. Et donc, je suis hyper heureux de cette vie-là, d'avoir un truc complètement... C'est un métier parmi d'autres. Donc, j'ai le choix de changer de métier, si ça ne me rend pas heureux. Je fais ce petit clin d'œil, parce qu'on en parlait tout à l'heure avec Mathilde. Ah oui ?
- Speaker #1
Parce que tu l'envisages ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Mais à chaque fois que je vois des humoristes dépressifs, j'ai envie de leur dire, « Bah, change de taf ! » « Qu'est-ce que tu fais ? » Mais c'est des gens qui ne pensent pas. Ils disent juste, « En fait, c'est trop dur pour moi. » « C'est trop dur. » « Bah, si c'est trop dur, va bosser trois jours chez Fropry. » Une fois que tu auras fait 3 jours à 12 heures par jour de passer les bip-bip sur une caisse, on va voir si le métier d'humoriste est difficile. C'est pour ça que moi je suis heureux, c'est que je me rends compte. Parce que le jour où je ne serai pas heureux, je change. Et tant pis, j'irai galérer ailleurs. Et si c'est trop dur ailleurs, je verrai la valeur que j'ai créée dans mon expertise depuis tant d'années. Donc j'ai la chance de ces grandes salles, mais en même temps un rapport très simple avec les gens qui me parlent dans la rue. Parce que je ne suis pas une star de la télé. Une star de la télé, il y a quelque chose d'un peu waouh. Tu croises Vérino, il y a quelque chose de... J'ai bien aimé ton spectacle. Et c'est vraiment que ça que j'ai. Et donc j'ai l'occasion aussi de discuter avec les gens, beaucoup. Et j'aime bien, parce que je ne suis pas certain d'être extrêmement intelligent. Mais l'intelligence que je pense avoir, c'est si je me trompe, j'ai le droit. J'ai le droit de me tromper. J'ai le droit de faire erreur. Et quand quelqu'un me dit je ne suis pas d'accord avec toi sur tel sujet, ça m'intéresse vachement. La dernière en date, par exemple, c'est le coup de la pédophilie et de la pédocriminalité.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
où on me reprochait de dire le mot pédophile à la place du mot pédocriminel et que moi, pendant des mois, je disais sur scène, mais ça n'a aucun sens comme combat. Pédophile, tu vois de quoi je parle ? Oui. Bon, alors fais pas chier. À quoi ça peut te mener que ça s'appelle pédocriminel ou pédophile ? Et puis, en fait, le moment où quelqu'un me dit, eh bien, moi, c'est pas que ça me pose problème, c'est que pédophile, c'est quelqu'un qui a des fantasmes. Pédocriminel, c'est quelqu'un qui les assouvit. Et assouvir ces fantasmes-là, c'est criminel. Et donc, ce qu'on peut juger dans une société, c'est le mec qui est... passer à l'acte. C'est pas celui qui a des fantasmes. Celui qui a des fantasmes, le pauvre à la rigueur, tu vois. Mais il lutte contre ses fantasmes.
- Speaker #1
Il y a ça et il n'y a pas que ça, je crois. Il y a aussi le fait de se dire que ça, vraiment, ça retire toute faute éventuelle des victimes. C'est-à-dire que tu vois, finalement, pédophile, littéralement, c'est quelqu'un qui aime les enfants. Finalement, t'aimes les enfants, j'aime les enfants, enfin, tu vois, mais de manière saine. Du coup, il pourrait y avoir...
- Speaker #0
Non, non, mais ça va. On arrête d'en parler.
- Speaker #1
Du coup, il pourrait y avoir quelque chose qui remet la faute sur la victime.
- Speaker #0
En soi, je suis d'accord. Et ce pourquoi j'ai réfuté cet argument quand on en a parlé, c'est que je me dis, oui, étymologiquement, mais en vrai. Toi, quand tu entends pédophile, ça ne résonne pas comme quand tu entends philosophie. Tu ne te dis pas c'est l'amour de la sagesse, tu te dis c'est de la philo.
- Speaker #1
Je comprends, mais tu vois, par exemple, j'ai reçu des victimes d'inceste et de pédocriminalité ici. Ils trouvaient que c'était beaucoup plus approprié de parler de pédocriminalité, que la faute était clairement sur l'agresseur.
- Speaker #0
Et bien, tu vois, dans ces moments-là, par exemple, ce que je finis par moi faire, c'est dans ces moments-là, j'accepte. C'est de la même manière que la caissière transgenre me dit je suis une femme. En vrai, de vrai, de vrai, tu es né dans un corps masculin. Mais je comprends l'idée de la transidentité et donc je n'ai pas d'avis à donner là-dessus. C'est exactement ce que je dis littéralement au spectacle. Je n'ai pas d'avis, tu me dis que tu es une femme, j'entends que tu es une femme. Et sur la pédocriminalité, c'est un peu le même rythme que j'ai. C'est-à-dire que globalement, dans la vie de tous les jours, Je vais respecter quelqu'un qui va me dire ce genre de truc. Mais ce que j'aime aussi, c'est de me dire que l'acte est ultra condamnable. Et je crois qu'il a été toujours ultra condamné. Et je crois qu'en fait, on n'a jamais pardonné à un quelconque agresseur. Il n'était pas question qu'il s'appelle pédocriminel ou pédophile. Et donc, ce que je voudrais parfois, c'est de me dire qu'il est possible aussi à quelqu'un qui est en position de victime, d'entendre que celui qui dit pédophile... ne veut pas amoindrir sa douleur. Parce que c'est un mot qu'on a toujours entendu depuis tout petit et que l'ensemble de la société est d'accord avec le mot pédophile qui pose problème. Et donc je comprends que la personne agressée puisse préférer le mot pédocriminel et je l'entends et j'utiliserai le mot pédocriminel pour cette raison. Mais j'aime remettre en question le fait que c'est pas si grave le mot en réalité. Est-ce qu'on peut se mettre d'accord sur le fait que c'est l'acte qui était gravissime et que condamner l'acte c'est quelque chose sur lequel la société est d'accord ? Et je trouve que parfois, à se perdre dans la sémantique, c'est un peu pareil sur ce que je disais sur l'appellation alliée et féministe. En réalité, on n'est jamais assez de gauche.
- Speaker #1
Oui, mais ça, tu vois, personnellement, je ne suis pas d'accord, moi. Je trouve qu'un homme peut être féministe. Je trouve ça hyper intéressant. Je trouve que le féminisme n'est pas forcément un combat de femmes. C'est vraiment œuvrer pour l'égalité. et depuis toujours, les féministes ont souhaité... intégrer les hommes au combat.
- Speaker #0
Et même, c'est nécessaire, parce que vous n'êtes pas capable de faire sans nous. Pardon pour cette balle. Mais je trouve que c'est nécessaire que, effectivement, comment dire ça, les dominants, puisque c'est comme ça qu'on se situe, disent mais en fait, déjà, il y a d'une, si j'ai dominé, ce n'est pas fait exprès. Moi, personnellement, il est possible que parfois, j'ai bénéficié de ce statut d'homme par rapport à une femme, mais je ne l'ai jamais fait consciemment. Et donc, aujourd'hui, me reprocher d'être un homme, j'ai envie de dire... bien dommage, mais en vérité, moi, j'ai envie d'avancer. Je sais, bien sûr, je bénéficie de certains trucs, évidemment, mais un truc intéressant, quand tu retournes complètement l'histoire, moi, en tant qu'humoriste, être un homme blanc basique, ça n'est pas un service rendu. Parce que en télé, je ne suis pas intéressant, parce que en relation presse, en communication de manière générale, je suis un mec qui est avec sa femme depuis 26 ans, qui a trois enfants qui ne sont plutôt pas problématiques et je suis heureux. Qu'est-ce que j'ai à raconter ? Aucun média. n'a d'intérêt à m'accueillir. Parce que mon discours n'est pas clivant, ne va pas créer du clic, n'est pas une success story. C'est pas je pars du fin fond d'une cave pour aujourd'hui venir briller au Grand Aix. Pas du tout. J'ai été éduqué par des parents aimants, j'ai des frères et sœurs géniaux, j'ai eu une vie heureuse toute ma vie et je décide d'être humoriste et en plus ça marche. Mais putain ! Mais quel intérêt il y a à accueillir ce gars-là en fait ? Et donc... je me suis retrouvée mais oui qu'est-ce que tu fais pourquoi je suis surpris d'être là aujourd'hui tu devrais m'expliquer ma ligne éditoriale t'as rien compris t'es complètement à côté de la plaque mais mine de rien je me retrouve pris au piège de ce truc où je le sais j'ai produit une femme Tania Dutel qui est extraordinaire quand on était tous les deux avec la même équipe de relations presse je l'ai vue à quel point et pourtant à l'époque elle jouait dans des salles de peut-être 200 places et moi je remplissais des salles bien plus grandes évidemment que c'était elle qu'on invitait, sans aucune question, parce que le combat féminin, parce qu'elle avait des trucs à raconter sur l'aspect social. Ce que je veux dire là-dedans, c'est qu'on pourrait s'amuser à y voir une espèce de victimisation. Je pourrais m'amuser à dire, mais vous vous rendez compte à quel point je suis victime d'être un homme blanc ? Parce que dans les médias, on va inviter toutes les personnes victimes de racisme, les personnes victimes de misogynie, toutes les personnes victimes de manière générale. Aujourd'hui, un humoriste victime, il a une capacité extraordinaire d'écoute et c'est génial. Il faut réaliser aussi que ça coûte à certains autres, c'est-à-dire que, ce qui ne me dérange pas du tout, je ne suis pas là vraiment, mais je pourrais m'amuser à jouer la victime de ce truc-là. En réalité, on peut tous être la victime quelque part de quelque chose. Et donc, pour en revenir à l'idée de base, l'idée de, effectivement, féministe et allié, moi j'entends que des femmes me disent « tu ne peux pas être féministe, il faut que tu sois allié » , je l'entends, mais en vrai, je suis plutôt dans le truc de « est-ce qu'on ne se mettrait pas dans la même équipe en vrai ? » Il y a trop de monde qui se bat pour ce combat-là, et donc il faut les sélectionner. Et tu n'es jamais assez de gauche. Moi, il y a un truc qui me passionne dans cette espèce de lutte aujourd'hui sociale. T'es toujours, toujours, toujours désamorcée parce que t'es jamais assez de gauche, quoi. Donc, il y a toujours quelqu'un qui va te dire « Ah, t'es pas impeccable, mais ta gueule ! » « T'es écolo, mais t'as un téléphone portable ! » « T'es écolo et t'as sorti un livre et t'as coupé des arbres pour écrire ton livre ! » « Mais ta gueule ! Mais qu'est-ce qui se passe, quoi ! »
- Speaker #1
Mais en tout cas, c'est vrai que là-dessus, je suis d'accord avec toi sur le fait de dire féministe et alliée. C'est dommage de perdre du temps. selon moi, après il y a peut-être quelque chose qui nous échappe.
- Speaker #0
Et pédocriminel et pédophile, c'est peut-être un peu la même chose aussi. C'est-à-dire qu'en fait, en vrai, mais oui, il y a peut-être quelque chose qui nous échappe. Et en vrai, on respecte les gens qui demandent d'eux. Et donc, on fait attention et on va dire allié. Mais peut-être que ça coûte moins. On parlait tout à l'heure des vases. Peut-être que ça coûte moins à la victime d'entendre qu'on dit qu'un mec peut dire féministe plutôt qu'à un homme qui déjà fait la démarche de lui dire, en fait, je t'explique. Tu n'es pas féministe, tu es un allié. Ça remet une domination. Alors que l'objectif, c'est de supprimer la domination. C'est de pouvoir se parler les uns les autres sans rapport de force. Et donc, parfois, je regrette que certains combats arrivent à une inversion du rapport de force. On veut prendre notre revanche et tout ça, c'est bien dommage.
- Speaker #1
Et j'ai envie de finir sur ça.
- Speaker #0
Quoi déjà ? Je suis chaud,
- Speaker #1
moi. Moi aussi, j'avoue. Sur le fait que tu enregistres toujours tes vidéos sur scène. La vidéo, tu vois, qui sort tous les samedis matins. Du coup, moi, j'ai eu la chance de venir te voir t'applaudir un vendredi soir. Donc, tu as vu le tournage ? C'est vrai que c'est tous les vendredis.
- Speaker #0
Parfois, les gens, ils ne savent pas, alors que ça fait dix ans que je fais ça. Mais effectivement, ça ne tourne pas le jeudi, ça ne tourne pas le dimanche. C'est vraiment que le vendredi, parce que je ne suis pas capable d'écrire toute la semaine.
- Speaker #1
En tout cas, c'est déjà énorme. Tu vas te sortir une vidéo par semaine depuis toutes ces années. Et ce que je te disais avant, c'est qu'il y a vraiment une énergie extrêmement différente entre le spectacle et la vidéo. Donc, vraiment, en vrai, si vous pouvez choisir la date...
- Speaker #0
Ah ouais, prenez un vendredi.
- Speaker #1
T'es la même personne, mais je trouve que c'est comme deux spectacles en fait, finalement, en un. Parce que aussi, forcément, tu rentres beaucoup plus vite dans le sujet et dans la vidéo. Pourquoi tu veux tourner toujours tes vidéos en public ?
- Speaker #0
Alors, la première raison, c'est que je suis incapable de parler tout seul. J'ai essayé, l'épisode 0 qui est sorti, mais qui a disparu depuis. Une semaine avant mon épisode 1, je fais un truc où je suis dans mon appart. En fait, je ne trouve pas de solution. Ça faisait des mois que je cherchais. Je me disais, j'ai envie d'aller sur YouTube. Je pense que c'est le média de demain, tu vois, par rapport à la télé qui vieillissait, etc. Et puis, par rapport aussi à la liberté. Quand tu es en télé chez, je vais dire Michel Drucker, parce que j'ai croisé ce matin Florence Fessa qui travaille avec lui, et que j'aime beaucoup, et qui depuis des années me dit mais viens chez nous putain ! Et que je dis mais non, moi je ne sais pas faire de la télé, je ne sais pas jouer un sketch, faire de l'actu dans une émission de télé, parce que je vais te dire, je serai payé par toi, et donc moi bien élevé. Je vais faire en sorte de ne pas te pourrir ta vie. Alors que quand je suis sur YouTube, quand je rate une vanne, tous les risques que je prends, je les prends et ça ne concerne que moi. Il ne va pas y avoir France Télé qui sera obligé de s'excuser. Si je fais des blagues ratées sur le 7 octobre, les gens vont me dire « t'as raté ta blague » et puis la semaine d'après je vais dire « visiblement j'ai raté ma blague » . Et donc je peux me permettre de prendre des risques sans partir avec toute l'équipe derrière qui se dit « non s'il te plaît, parce que moi j'ai une carrière aussi, me nique ma vie » . Tu vois, moi je suis trop bien élevé pour niquer la vie des gens. Donc, je suis allé sur YouTube pour cette raison. Et une fois que je me retrouve sur YouTube, que je finis par me dire, bon, j'ai pas d'idée, tant pis, je vais parler face caméra, comme font quelques-uns des premiers YouTubeurs de l'époque. Puis en fait, ça marche pas, parce que j'ai besoin de parler à des gens. Je peux pas parler à une caméra pour de faux, et imaginer qu'il y a quelqu'un derrière, ça ne marche pas. Il me faut des gens, il me faut le public, c'est là que je suis bon, en vrai. C'est que, en vrai, j'aime les gens, j'aime l'humain, j'ai envie de les faire rire. Donc, il me faut faire rire des gens. Alors la prise de risque est énorme parce que tu ne les fais pas rire. Là, il y a 3000 personnes derrière. S'ils ne rient pas, ta vanne tombe à plat. Et comme c'est écrit dans la journée, je n'ai aucune idée de si ça rit ou pas. Et c'est peut-être de là que vient la différence de rythme. C'est qu'en vrai, le spectacle, je le sais maintenant, il a été justement comme ce fameux meuble avec les tiroirs qui coulissent parfaitement. C'est parfait. Quand j'arrive sur les vidéos du vendredi, j'ai une journée pour fabriquer le meuble le plus efficace possible. Et il s'avère que parfois, les tiroirs peuvent peut-être un peu coincer. Mais tant que je n'ai pas ouvert le tiroir, je ne sais pas. et donc j'ouvre les tiroirs en direct et un peu dur bon bah je vais trouver une vanne pour désamorcer le fait que là je suis un peu la métaphore du tiroir elle est beaucoup trop loin là vraiment mais en tout cas il n'y a pas de filet, il faut l'apprendre Par cœur, je n'ai pas de prompteur, j'écris dans la journée, je l'apprends avant le spectacle, je joue tout un spectacle avec 3000 personnes qu'il faut gérer, et ensuite, je joue un truc que j'ai appris il y a une heure, mais que j'ai eu le temps d'oublier, évidemment. Donc, zéro filet, je suis en insécurité totale. Mais en même temps, putain, est-ce que ce n'est pas exactement ce dans quoi je vais être le meilleur ? C'est-à-dire la vraie vie, quoi. Quand tu regardes la vidéo sur YouTube, tu me vois, moi, face caméra. tu sais que je te parle pour de vrai, tu sais que je suis sincère tu sais que si je rate un truc, ça m'est arrivé de foirer une vanne parce que j'ai machin je leur dis bon bah j'ai raté la vanne et puis je la refais et puis en fait ça ne rie pas puis je vais garder tout au montage, rien n'est grave, c'est de la vraie vie Ouais,
- Speaker #1
et ça du coup chaque vendredi soir alors tu es sur scène ?
- Speaker #0
Chaque vendredi soir je fais en sorte d'avoir une date de tournée, sauf vacances, ça pour le coup c'est le truc sur lequel je suis intransigeant c'est à dire que ma vie de famille ma vie passera toujours avant le spectacle même si le spectacle est une énorme partie de ma vie mais je ne veux pas que mes enfants aient l'impression d'être numéro 2 dans la liste de mes priorités et ma femme pareil c'est vraiment un truc il y a des périodes de respiration et quand il y a des périodes de respiration internet est coupé il n'y a pas d'instagram, il n'y a pas de machin, il n'y a pas de story tu peux regarder tout mon feed c'est de l'humour, des photos de sur scène mais tu n'auras jamais un moment de vie avec mes enfants, parce que les moments de vie avec mes enfants je les vis, je ne veux pas être esclave de... Je ne critique pas ceux qui font ça. Je dis juste que moi, ça me mettrait dans un état d'être tout le temps en disponibilité pour Instagram. Je serais bénévole pour Instagram. Eh bien, tiens, Instagram, je ne travaillerai pas gratuitement pour toi. Je vais créer du contenu qui va donner envie aux gens de venir me voir ou de ne pas venir me voir, juste de consommer ce contenu. Mais ce ne sera pas à n'importe quel prix et ce ne sera pas au prix de ma propre vie pour faire rentrer de l'argent chez Meta.
- Speaker #1
Bah écoute, c'était... passionnant, je te remercie beaucoup encore des questions si tu veux t'inquiète pas on fait un épisode bonus tu laisses pas partir comme ça c'était un plaisir,
- Speaker #0
merci beaucoup et merci d'avoir compris le spectacle avec autant de finesse c'est un spectacle qui est marrant effectivement tu l'as dit et il y a du rire beaucoup parce que évidemment je veux que les gens sortent avec ça mais j'aime l'idée que le côté social soit entendu et ça m'a fait plaisir que tu le captes c'est
- Speaker #1
sûr, j'ai trouvé que c'était vraiment hyper bien réalisé
- Speaker #0
Ça me fait trop plaisir, merci.
- Speaker #1
Et on rappelle les dates du coup pour venir te voir au Grand Rex, c'est 27 et 28 février,
- Speaker #0
ou
- Speaker #1
26 et 27, le vendredi et le samedi.
- Speaker #0
Verino.fr, il y a toutes les dates, et y compris partout, parce qu'en vrai je ne fais que trois dates au Grand Rex, mais surtout je fais 90 ou 100 dates par an, et donc je suis vraiment partout. Ce soir je suis à
- Speaker #1
Besançon. C'est pour ça qu'on ne... on doit vite te laisser aller prendre ton train pour que tu fasses rire les gens merci beaucoup voilà le moment est venu de se quitter j'espère que vous avez apprécié cet épisode je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir un nouvel invité un nouveau parcours et se faire embarquer dans un nouveau virage en attendant prenez soin de vous et bonne semaine