- Speaker #0
Vérino, on a enregistré un épisode ensemble, un épisode dans lequel on a parlé de plein de choses finalement, de ton spectacle, de ton processus créatif. Et justement, est-ce que parfois tu dois te freiner quand tu es dans ta vie privée avec tes amis ou est-ce que tu les vannes en permanence ?
- Speaker #1
Alors déjà, il faut savoir que vraiment la plupart de mes amis aujourd'hui gravitent autour de notre travail. Vraiment, je tourne depuis dix ans avec Jess, mon réviseur, avec Lolo, mon administrateur et avec Greg qui est ma première partie. Donc on est quatre hommes blancs, et ça ressemble à une colonie de vacances. Ça fait dix ans qu'on travaille ensemble, ils m'ont connu dans les salles de 200 places, aujourd'hui on remplit les grands Rex. Et donc d'avoir ce truc-là, on s'est créé une amitié au fur et à mesure des années, on a grandi ensemble, on a progressé ensemble. Mon régisseur au début, il appuyait sur le bouton, aujourd'hui c'est devenu le créatif, c'est lui qui fait toutes les lumières du spectacle. Laurent pareil, Greg pareil on a tous pris en responsabilité et on a tous amélioré notre grandir ensemble et donc c'est vraiment devenu des potes et en fait c'est pas impossible que je sois le moins drôle des quatre ils sont extrêmement marrants, ça vanne dans tous les sens et donc il y a zéro frein nécessaire quand on vanne parce qu'il y a de l'amour en fait je le disais dans le précédent spectacle Focus qui est dispo sur Amazon Prime parce que je suis anticapitaliste, et donc il est dispo sur Amazon. Dans ce précédent spectacle, je parlais aussi de mes enfants et en réaction à certaines personnes qui m'avaient dit « Tu te moques de tes enfants ? » Je dis « Mais à aucun moment ! » Déjà, Edwin, c'est toujours eux qui sont victorieux, tout le temps, systématiquement. Il n'y a pas de moquerie, jamais. Et il y a autre chose qu'on oublie parfois, c'est qu'en fait, le rire, il est salvateur, indispensable, primordial, et pas grave, du moment que ça pue l'amour. si ça pue l'amour, il n'y a aucun problème et c'est ma femme qui me l'avait dit, ton spectacle il pue l'amour donc tu peux dire tout ce que tu veux sur les garçons parce que évidemment qu'eux ne sont pas victimes, en fait c'est ça et je crois que c'est ce qu'on oublie de voir aujourd'hui on oublie que parfois ça pue l'amour on oublie quand il y a un buzz, un machin une campagne de pub ratée, on oublie que les gens ils ont fait ça avec de la bonne volonté ils font ça quand ils communiquent, quand ils font quelque chose alors bonne volonté, attention, on est quand même dans un monde capitaliste, mais l'objectif n'est pas de blesser les gens tout le temps Et à force de ne pas vouloir blesser les gens, on finit par chercher les endroits où ils peuvent être blessables. Et se dire, imagine, tu pourrais blesser des gens en faisant ce truc-là. Peut-être, je pourrais blesser des gens en faisant ce truc-là. Mais en l'occurrence, ma volonté n'étant pas de blesser, je pense que les gens d'en face, les victimes, sont assez intelligentes aussi pour se dire, bah non. De la même manière que toi, tu dis, un homme qui se dit féministe, c'est très bien. En fait, je ne suis pas obligé d'être que dans ma... ne me réduis pas à mon statut de victime. Je suis un être humain. Est-ce que cette réponse est trop longue ?
- Speaker #0
Non, elle est très bien. Et j'avais envie aussi d'avoir ton avis. On a beaucoup l'image de l'humoriste qui est un peu, tu vois, le clown triste. Notamment avec, tu vois, le fait que, par exemple, on en avait beaucoup parlé, notamment quand Robin Williams s'était donné la mort. Le fait que, tu vois, finalement, il y avait toujours un peu deux facettes et cette image d'être hyper drôle dans la lumière et en fait hyper triste dans la vie privée. Qu'est-ce que t'en penses, toi, de cette réalité pour certains ?
- Speaker #1
En vrai, moi, je ne suis pas du tout concerné par ça. Vraiment zéro, parce que je suis sûr que la notoriété a une influence. Parce que t'es pas drôle. Je ne suis pas drôle dans la vie et donc sur scène. Et en fait, ça t'offre un confort. Zéro pression quand t'es qu'une merde. Franchement, c'est génial. Soyez des merdes. Non, je pense que la notoriété, elle te pousse aussi à croire en toi et à te croire trop grand que ce que tu n'es. Donc à mon avis déjà j'ai un grand service là-dessus, c'est que ma notoriété n'étant pas gigantesque, je n'ai pas l'angoisse de correspondre à ce que les gens fantasment de moi. Moi il n'y a pas de fantasme en fait, les gens me voient, t'es drôle, t'es drôle, je viens, t'es pas drôle, je viens pas. Il y a une espèce de réalité brute qui est assez excitante pour moi parce que j'ai l'impression que... Bah je suis le propre chef quoi, c'est pas si l'émission que je fais sur TF1 a été bien montée et qu'ils ont rajouté des rires au moment de mes vannes, du coup les gens ils vont avoir envie de venir me voir parce que je suis drôle, bah non en fait y'a pas de ça, y'a pas de mensonge. Si je suis pas drôle sur une vidéo YouTube, elle ne marchera pas. Et si je suis régulièrement pas drôle dans mes vidéos YouTube, mes salles vont se vider. C'est vraiment, tu peux t'en prendre qu'à toi-même, travail quoi. Donc déjà le côté travail moi m'éloigne de la potentialité de croire en moi-même. Ok. Moi je crois pas en moi, je... Je crois qu'il faut que je travaille. Donc, je n'ai pas besoin d'être drôle. Je m'en fous d'être drôle. Là, on a deux, trois vannes. Mais en vrai, je réfléchis la plupart du temps. Mon objectif dans la vie est plutôt de réfléchir et de progresser que d'être marrant. Donc, je n'ai pas ce systématisme de la blague. Enfin, si, un peu. Mais ce n'est pas une guerre. Je ne comble pas un vide. Quand il y a eu le confinement, en vrai, je sais qu'il y a beaucoup de mes collègues qui ont souffert. Moi, j'étais enfermé chez moi avec mes trois enfants et ma meuf. J'ai joué à Mario. J'étais très heureux. Ce métier, évidemment, je l'aime de tout mon cœur, mais je ne suis pas un torturé de la vie. Vraiment, je le fais par choix. Pas par nécessité, pas par angoisse, pas par manque d'amour. Vraiment, c'est un choix. Je l'aime de tout mon cœur et donc je le fais.
- Speaker #0
Et tu le fais très bien. Je te remercie beaucoup. A bientôt.
- Speaker #1
Salut.