- Speaker #0
Bonjour, je m'appelle Pauline Maria, bienvenue dans Virage. Le podcast est sur la vie et ses tournants qui nous font rire, parfois pleurer, mais qui toujours nous inspire. Je suis ravie de vous accueillir dans cette saison de Virage qui promet d'être riche d'invités incroyables. Si vous voulez ne rien rater et soutenir ce podcast, je vous invite à vous abonner sur votre plateforme d'écoute. Et pour venir avec moi en coulisses, vous pouvez me suivre sur Instagram, pauline-du-bas-virage et sur TikTok, virage.podcast.
- Speaker #1
Je vous laisse avec l'invité du jour et je vous souhaite une très bonne écoute.
- Speaker #0
Bonjour Marie. Bonjour Pauline. Comment ça va ? Ça va très bien et toi ? Ça va très bien, d'autant qu'on va aborder aujourd'hui un sujet important. À l'occasion d'Octobre Rose, on va aborder ton histoire et ton cancer du sein. Tu en as fait un livre qui vient de paraître aux éditions On ne compte pas pour du beurre, qui est illustré par ton ami Loïs Siamoud. C'est sous la forme d'une BD et voilà, c'est très très... Bien réalisé, on rentre très bien dans ton histoire. On va en parler en détail. Le titre colle parfaitement à ton histoire, puisque alors que tu étais en toute fin de grossesse, sous la douche une fois, alors que tu te délectes d'un moment où ta fille aînée est à l'école et où toi, tu peux attendre tranquillement ton bébé à la maison, tu sens une boule dans ton sein, comme tu es issue d'une famille dans laquelle il y a beaucoup, beaucoup de cas de cancer. et que tu as toujours eu une surveillance étroite, tout de suite tu prends les choses en main. Mais bien sûr, ton entourage te rassure un peu puisque quand on est en fin de grossesse, les seins se préparent à l'allaitement et donc il peut y avoir des petites boules de lait. Donc au départ, c'est ce qu'on te dit. On te dit mais ne t'inquiète pas, mais toi, c'est comme si au fond de toi, tu sentais que ce n'était pas ça et qu'il fallait le prendre au sérieux.
- Speaker #1
Oui, c'est exactement ça, oui.
- Speaker #0
Donc de fil en aiguille, tu es diagnostiqué et commence ce moment, j'imagine. extrêmement vertigineux puisque tu apprends que tu as un cancer, tu es dans la salle d'accouchement. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu s'il te plaît ?
- Speaker #1
Voilà, c'est exactement ce qui s'est passé. J'ai appris que j'avais un cancer du sein en plein milieu de mon accouchement. Comme tu l'as expliqué, j'ai senti une boule sous la douche. Ça a été un peu le parcours du combattant pour en fait obtenir une écho parce que malheureusement, alors que j'ai beaucoup d'antécédents de cancer du sein dans ma famille, j'avais pas eu de surveillance. Mes trois derniers gynécos, c'est pour ça que j'en avais changé, refusaient de me prescrire une mameau. Ils me trouvaient trop jeune et que je n'avais pas assez d'antécédents de cancer du sein pour me prescrire des mameaux. Donc, je n'étais pas si bien suivie que ça. Mon dernier gynéco était parti à la retraite et comme j'étais un peu fatiguée qu'on ne me prenne pas au sérieux, j'avais été suivie par une sage-femme pour ma grossesse. Donc, en fait, je n'avais personne vers qui me tourner. Donc, je file aux urgences obstétricales. On me dit que ce n'est pas une urgence obstétricale. Je dis que ce n'est pas faux. Mais moi, je voulais me rassurer. Je n'ai pas tout de suite pensé au pire, mais je reste toujours méfiante. Quand il y a une boule dans le sein, on la fait ausculter. Il ne faut pas tout de suite paniquer, ça peut être plein de choses. Mais moi, j'étais enceinte de 8 mois et demi. Je pouvais accoucher à n'importe quel moment. Je voulais allaiter. Je voulais juste m'assurer que tout allait bien. Et de fil en aiguille, on prescrit une écho. Lors de l'écho, je vois bien la tête de la radiologue que ce n'est pas très bon. Elle me prescrit une biopsie en urgence. et là on me donne le compte rendu et on m'explique qu'il y a entre 50 et 95% de risque que ce soit un cancer du sein. Donc là pareil j'étais perdue, je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas vers qui me tourner. Donc j'appelle la maternité où je devais accoucher. Ils se réunissent et ils me disent qu'en fait on va procéder à un déclenchement. Parce qu'ils ne me l'ont pas dit comme ça, ils ont été beaucoup plus bienveillants. Mais ils m'ont dit voilà il faut procéder à l'accouchement le plus rapidement possible pour que vous soyez surpris. pied pour la suite le plus rapidement possible. Donc là, ça a été très difficile. Là, je rentrais vraiment dans le concret du cancer. On n'avait pas encore les résultats de la biopsie, mais on n'attendait pas. Il fallait déjà sortir mon bébé de mon corps pour préparer mon corps pour la suite, alors qu'on n'avait pas la réponse, mais ça s'annonçait déjà très mal. Donc là, ça a été très difficile à vivre. Et donc, on procède au déclenchement. C'est très long, c'est très douloureux. Et puis pendant ce temps-là, moi je regardais mes mails parce qu'en fait j'allais recevoir mes résultats de biopsie par mail. Donc ça m'a beaucoup étonnée. Mais quand on voit un peu l'errance médicale dans laquelle j'étais, c'était pas plus mal que d'attendre un rendez-vous. Et donc je regardais mes mails, je regardais mes mails.
- Speaker #0
T'actualisais sur ta table d'accouchement.
- Speaker #1
C'est ça, un centimètre madame, j'actualisais. Et puis tout d'un coup, on procède à la rupture de la poche des os. Et là, je ne sais pas, ça a déclenché un truc dans ma tête. Je me suis dit, on va regarder dans les spams. Et en fait, les résultats étaient là depuis la veille. Et donc, c'est comme ça que dans la salle d'accouchement, j'ouvre la pièce jointe et je ne comprends rien du tout. C'est que des pourcentages, un charabia que je ne comprends pas. Et la sage-femme me dit, je vais chercher l'interne pour qu'elle vous fasse la traduction. Et là, mon mari prend le portable et c'est lui qui m'a fait l'annonce en fait. Il m'a dit, Marie, il y a écrit adénocarcinome. Dans la conclusion, donc prépare-toi, c'est un cancer. Et là, j'accepte toujours pas la vérité. Et je lui dis, bon, laisse faire les pros, chérie, t'es pas tout bib. Jusque là, tout va bien. Il y a encore de l'espoir. Et la linterne arrive, elle prend le portable, donc là on la dévorait des yeux. Et elle me dit, voilà, d'un ton entendu, bon, c'est un cancer du sein. Moi je l'ai pris un peu sur le ton, mais ça on le savait tous déjà. Et moi j'étais encore en mode, non, bon là, je pouvais plus y échapper. Et là elle s'est posée à côté de moi et elle a été extraordinaire. Elle m'a tout expliqué, ligne par ligne, elle m'a expliqué qu'il était hormonodépendant, donc il est quand même un peu moins agressif. qui ne se propageait pas rapidement. Elle m'a expliqué tout ce qui allait se passer après. Elle a été franche. Elle ne m'a rien caché. Elle ne m'a pas dit que tout allait bien se passer. Mais elle m'a expliqué qu'il n'y avait pas que du mauvais. Elle a vraiment été douce, rassurante, mais honnête. Elle a été impeccable.
- Speaker #0
Comment on fait, parce que là, tu n'as pas encore accouché, comment on fait pour accueillir son petit garçon dans l'amour ? un petit garçon qu'on a attendu, qu'on a espéré, un moment dont on a rêvé, comment on fait quand on vient de se prendre cette déflagration pour ensuite retrouver la ressource pour accoucher ?
- Speaker #1
Là, en fait, chaque personne fonctionne différemment. Et moi, ma façon de fonctionner, c'est que j'étais soulagée. J'étais heureuse d'enfin savoir ce qui m'arrivait. Parce qu'en fait, ça faisait une dizaine de jours où je ne savais pas. J'étais dans une espèce d'errance. On me disait que le compte rendu disait que... On procède au déclenchement parce que, mais je ne savais pas en fait. Tout le monde me traitait déjà comme si c'était sûr que j'avais un cancer, mais je n'avais pas la réponse. Et en fait, de ne pas savoir, ça m'a vraiment beaucoup éprouvé. Et là au moins, je savais comment c'était. Donc en fait, bizarrement, j'ai accueilli ce diagnostic avec soulagement. Et surtout, j'obtenais ce que je voulais, c'est-à-dire je voulais savoir avant l'accouchement. Et bizarrement... J'ai fait ok j'ai un cancer du sein, j'ai rangé ça dans ma petite boîte, je l'ai mis de côté et j'étais dispo pour accoucher. Donc en fait je l'ai mis de côté un temps. Et quand on a écrit la bande dessinée avec Loïcia, elle avait du mal à croire que j'étais limite euphorique de savoir. Ça n'a pas duré l'euphorie et le soulagement, mais sur le coup c'est ce que j'ai ressenti. Et en fait j'ai repris les textos que j'avais envoyés, j'avais mis quelques amis dans la confidence et vraiment je leur ai annoncé, je me dis elles ont été courageuses aussi de se prendre ça. Je leur ai dit bonne nouvelle, j'ai les résultats. t'as 5 cancers, super, je suis fixée, maintenant je peux accoucher tranquille.
- Speaker #0
Et comment ont-elles répondu ?
- Speaker #1
Je pense qu'elles ont compris que je me protégeais aussi. Je pense en fait là, j'étais pas dans mon état naturel, j'étais en train d'accoucher, il y avait les hormones, le déni qui commençait. Donc elles ont surfé sur ma vague, elles ont dit c'est très bien, ça soigne très bien, c'est bien que tu sois fixée.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Elles ont joué le jeu.
- Speaker #0
Et donc là, le retour à la maison se passe avec ton petit garçon. Comment se passent les présentations entre ta grande-fille, qui avait 3 ans à l'époque, et ton petit garçon ?
- Speaker #1
En fait, ça s'est très bien passé entre ma fille aînée, qui s'appelle Léonie, et mon petit garçon, qui s'appelle Paul. Elle était trop heureuse, donc vraiment, on a suivi son mood. On l'a été en mode trop choubidou, elle lui donnait le biberon. Ça m'a permis de faire le deuil de l'allaitement dont j'avais très envie. Je me disais, comme ça, ça leur permet d'avoir un moment grande sœur, petit frère. Mais là, j'ai eu le gros contre-coup, parce qu'en plus, il y a eu la chute hormonale post-accouchement. Et là, c'était très difficile, je n'arrêtais pas de pleurer. Je n'arrivais pas à reprendre le dessus. J'ai eu un gros contre-coup qui était d'autant plus violent que je tenais devant mes enfants. Je ne voulais pas imposer ça à ma fille. Je ne voulais pas imposer ça à mon bébé qui avait déjà vécu beaucoup de choses. à l'intérieur. Une hétéro. Voilà, une hétéro. Donc je pleurais sous ma douche, je pleurais dans les bras de mon mari. Des fois je sortais, je pleurais dans la rue. Voilà, donc... Puis au bout d'un moment, je me suis dit stop. Quand même assez rapidement, et grâce à une bonne psy, la psy de la maternité qui m'a vraiment portée, qui m'a jamais lâchée, j'ai repris le dessus et j'ai vraiment réussi à me dire, bon maintenant, il faut que je fasse le deuil de tout ce à côté de quoi je passe et que je vois le positif. Je suis prise en charge. Donc je me suis concentrée sur le positif, qui n'était pas facile à trouver, mais il y en avait quand même un peu.
- Speaker #0
Et donc là, ce qui a été très difficile pour toi, c'est que commence quasiment immédiatement le protocole de soins. C'est-à-dire que tout de suite, et c'est difficile parce que... C'est jamais facile pour les personnes qui nous écoutent, s'il y a des personnes qui l'ont vécu en dehors de la maternité, bien entendu c'est pas facile pour personne. Mais là ça ajoute aussi quelque chose, le fait de te dire je vais passer à côté, c'est très présent dans ton livre, cette culpabilité de passer à côté des premiers jours de vie de ton deuxième enfant. Et de faire comme tu viens de le dire ce deuil de l'allaitement, surtout qu'il faut stopper la montée de lait donc tu as pris les foudres. d'une pharmacienne ou d'un pharmacien auprès de qui tu es allé chercher le traitement pour stopper la montée de lait, qui t'a sermonné en disant que c'était mieux pour les enfants s'ils pouvaient être allaités. Donc c'est aussi un petit rappel qu'il ne faut jamais donner de conseils qui ne sont pas sollicités, surtout qu'on ne sait pas d'où viennent les choses. Alors une femme a le droit de choisir de ne pas allaiter, même évidemment en dehors que pour des raisons médicales, mais on ne sait jamais ce qui motive une décision aussi, donc il faut toujours faire... Faire attention, et d'ailleurs tu cites la phrase de Robin Williams que j'adore aussi. Si tu veux la rappeler, tu l'as dit dans ton livre, c'est « Chaque personne mène un combat dont tu ne sais rien, donc sois gentil toujours. »
- Speaker #1
C'est exactement ça. C'est bon, tu l'as dit mot pour mot. Et j'y avais déjà pensé il y a quelques années au travail, dans un cadre particulier. Et là, c'est vraiment ce qui est remonté. Parce qu'effectivement, concernant l'allaitement, j'ai allaité ma fille aînée, j'ai adoré ça. J'ai eu de la chance, je ne me suis posé aucune question. Je lui ai dit tiens... Je vais tenter et si ça me plaît, je continue. Ça ne marche pas, pas de pression. Et j'ai eu la chance, j'ai adoré allaiter, elle était bien, j'avais plein de lait, j'ai allaité sans y penser. Mais ça m'avait marqué, alors que j'aimais allaiter et que ça marchait bien, ça m'avait marqué le discours des femmes qui n'allaitaient pas. Alors que je n'étais pas concernée, j'étais extrêmement choquée de voir la pression à l'allaitement, les reproches qu'on faisait aux femmes. Enfin, ça m'avait énormément choquée.
- Speaker #0
Ça ne va jamais parce qu'il faut allaiter, mais pas trop longtemps. Une femme a toujours des critiques, quoi qu'elle fasse.
- Speaker #1
Ça ne va jamais. Moi, je l'allaitais trop. Comment vous l'allaitez 15 fois par jour ? C'est trop. Mes copines, qu'elles ne l'allaient pas, tu ne l'allaient pas, tu ne le nourris pas. Mon Dieu, c'est horrible pour quelque chose qui est vraiment un choix personnel. Dans tous les cas, l'enfant, il va très bien. Si on n'allaite pas, il y a des biberons et la maman, elle est heureuse comme ça. Et si elle allaite et que ça lui plaît, l'enfant, il est heureux aussi. L'enfant, il suit la mère.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Il faut arrêter. J'avais trouvé ça très violent, sans être concernée. Et là, ce jour-là où je me suis prise par la pharmacienne, c'est foudre. Je n'ai pas eu la force de lui répliquer que je ne pouvais pas allaiter parce que j'avais un cancer du sein. J'ai pris les médicaments et je suis partie.
- Speaker #0
Oui, mais ça a dû te démanger quand même.
- Speaker #1
Ça m'a démangé et du coup, j'ai vraiment voulu faire ce rappel dans cette BD. Parce qu'en fait, on traite du cancer du sein, mais on traite de plein d'autres sujets féministes, dont la pression et l'allaitement. Donc, fichez la paix aux femmes qui allaitent ou qui n'allaitent pas. S'il vous plaît.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Fiche la paix aux femmes tout court, d'ailleurs.
- Speaker #1
Oui, d'ailleurs.
- Speaker #0
Parce qu'il y a tellement de sujets où on ne fiche pas la paix.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Donc là, tu commences ce parcours de chimio, d'abord de rendez-vous, puis de chimio. Comment tu le vis d'un point de vue personnel ? Parce que ce que je trouve très bien fait dans ton livre, c'est qu'on ne suit toujours que ton point de vue et ta façon de voir les choses. Et c'est ça que je trouve très, très percutant. Et notamment, par exemple, quand tu décris que dans les débuts de la vie de ton fils, c'était tes parents et ton mari qui t'expliquaient comment il fallait faire avec lui, puisque du coup, tu n'avais pas eu ces moments auxquels tu aurais dû avoir droit pendant ton congé maternité, où tu crées les habitudes qui vont devenir les vôtres, etc. Et où tu commences à très bien connaître ton nouveau son, donc tu as pu ressentir à un moment ce sentiment que ton cancer t'a privé. de connaître et de, même peut-être à un moment, tu as pu le sentir comme ça, même si ce n'est pas ce qui s'est passé, de tisser du lien avec ton fils ?
- Speaker #1
Ah si, si, totalement. Après, la psy m'a vraiment aidée là-dessus, mais clairement, les trois premiers mois de la vie de mon fils, je n'étais pas aussi présente que j'aurais aimé. Et parce qu'en fait, effectivement, le premier mois, je t'ai pris par les rendez-vous médicaux, et quand il avait un mois, j'ai tout de suite commencé la chimio. Et comme je raconte dans la BD, pour le premier rendez-vous pour organiser la chimio, j'avais encore la culotte filet que toutes les mamans connaissent. Donc c'est vrai que c'était un très grand choc. Je me souviens, le premier rendez-vous pour la chimio, à un moment, je leur ai dit en fait, est-ce qu'on peut arrêter le rendez-vous ? Je voudrais rentrer chez moi voir mon bébé. Et le chirurgien a été très bien, il m'a remis dans l'instant, il m'a rassurée. Donc voilà, encore une fois, clairement, les trois premiers mois de la vie de mon fils. Oui, je n'ai pas tissé les liens que j'aurais voulu et je n'ai pas été aussi présente que j'aurais voulu. Après, j'ai fait du mieux que j'ai pu parce qu'il fallait aussi quand même que j'ai du temps pour ma fille. Donc clairement, ces trois mois de relations dégradées que je ne récupérerai jamais, il faut voir aussi des choses en face. Après, tout est rattrapable et on s'est bien rattrapé après. Vraiment, on a eu des beaux moments. Il m'a vraiment fait des beaux cadeaux. La première fois qu'on s'est retrouvés tout seul après ma mastectomie, par exemple, c'est la première fois qu'il s'est levé debout. Pour l'anniversaire de mon diagnostic, c'est la première fois qu'il a dit « maman » . Je ne sais pas comment il a fait, mais... Par hasard, on s'est rattrapés. Par contre, oui, ça a été très dur. Pour ma première séance de chimio, je me souviens, il avait un mois, et je reçois une photo de mes parents. Ils étaient adorables, en me disant, voilà, il est en train de prendre son biberon. C'était adorable de leur part, mais moi, ça m'a détruite. Même si ça perd peut-être une bonne attention, effectivement, parce que je loupais beaucoup de choses. Mais j'ai aussi transformé ça en force pour aller en chimio. trouver tous les soins de support qui pouvaient me permettre d'atténuer les effets secondaires de la chimio et donc d'être le plus présente possible pour lui et ma fille. Donc voilà, cette tristesse, cette colère, cette frustration, je les ai pris et j'en ai fait un moteur pour aller mieux et perdre le moins de moments possible.
- Speaker #0
Et pour ta fille, tu décris aussi des scènes très fortes, notamment ce que ça représentait pour elle tes cheveux et le fait de perdre tes cheveux. Et j'imagine que le vivre avec des enfants si petits, C'est difficile parce que rajoute à tes propres émotions à gérer le besoin de les sécuriser émotionnellement. Et ça ne doit pas être facile du tout de trouver sa place finalement.
- Speaker #1
Honnêtement, je n'ai pas eu de place là-dedans. C'est aussi pour ça que quand on me dit que tu as été forte, honnêtement, c'est juste que je n'ai pas pensé à moi. J'ai pu penser à moi à la fin des traitements, mais moi je me suis mis de côté et j'étais en mode, bon, Léonie, ma fille aînée, qui avait 3h30 au diagnostic, Comment faire pour qu'elle soit le moins traumatisée par ma chute de cheveux, alors que jusqu'à présent, elle passait son temps, voilà, j'avais des longs cheveux bouclés. C'est vraiment le cliché de la princesse qu'elle aimait. Elle passait son temps à toucher mes cheveux. Avant de se coucher, elle touchait mes cheveux en disant, ils sont beaux, ils sont doux. Enfin, voilà, on partait vraiment en plus d'un cas où c'était un sujet d'amour pour elle. Oui, c'était affectif pour elle. Et donc, mon fils, pour tisser les liens, clairement, je me suis mis de côté. Et je me suis mis en mode machine de guerre pour atténuer le plus possible les effets secondaires, pour être présente pour ma fille et mon fils. Donc mon fils, j'ai essayé d'être là le plus possible pour les gestes qui ne nécessitaient pas trop de force au quotidien. Donc je ne pouvais pas lui changer la couche ou lui donner le biberon, mais je lui faisais beaucoup de câlins. Et ma fille, j'ai beaucoup verbalisé, beaucoup, beaucoup. Et du coup, au bout d'un moment, j'étais vraiment... Je ne pouvais plus reculer, les cheveux allaient tomber. Ils tombent 18 jours après le début de la chimio, c'est très précis. Et c'est très vrai. En fait, j'ai décidé d'en faire une fête. Je m'étais commandée plein de turbans colorés, plein de couronnes de cheveux. Je lui avais commandé une tresse Reine des Neiges, parce qu'elle était en plein dans sa période, Anna et Elsa. Et la tresse de réponse, j'ai tout mis dans un carton. J'ai mis Magic System, parce que c'est sa musique préférée. Feel the magic in the air. Et je lui ai mis la musique et on a ouvert ensemble mon carton et c'est là que je lui ai dit voilà maman va perdre ses cheveux et là elle m'a dit mais comment tu vas faire et je lui ai dit bah en fait comme je suis triste, je vais pas cacher, je suis triste de perdre mes cheveux et ben on va en faire quelque chose de drôle du coup je me suis commandé plein de turbans différents, de cheveux différents et je vais changer tous les jours comme des déguisements fun et elle m'a dit génial moi aussi parce que les enfants adorent se déguiser Et elle a dit « Génial, moi aussi ! » Et je lui ai dit « Génial, moi aussi, je t'ai pris pour toi aussi des couronnes de cheveux. » Et en fait, toute la durée de mes traitements, elle avait sa perruque reine des neiges et moi j'avais tous mes turbans, toutes mes couronnes de cheveux. J'ai réussi à en faire un moment ludique.
- Speaker #0
Bravo pour ça.
- Speaker #1
Et je garde un bon souvenir. On s'est bien amusés sur le coup.
- Speaker #0
Et tu as été hyper bien préparée aussi à accueillir ces émotions et à savoir ce que ça voulait dire et à rien prendre personnellement. notamment parce qu'à 3 ans on ne verbalise pas les choses correctement il y a eu le moment où tu rentres chez toi et où ta fille te dit tu es moche,
- Speaker #1
je ne t'aime plus ça c'était très dur mais un jour je ne voulais pas me raser la tête et c'est ça qui est important dans le livre aussi c'est le jour de dire aux femmes qu'elles font ce qu'elles veulent si vous voulez vous raser les cheveux c'est très bien, faites-le moi je n'ai pas eu envie, c'était au-dessus de mes forces mais j'ai eu beaucoup de pression là-dessus beaucoup de la part du personnel soignant et de mes proches Et j'ai refusé de me... Je ne pouvais pas braser les cheveux. Mais à un bout d'un moment, il tombait trop. Donc j'ai quand même fait une coupe intermédiaire. Donc j'ai fait un carré, parce que je ne pouvais pas tout couper d'un coup. Et au bout d'un moment, il a fallu que je fasse une coupe courte, qui était ratée d'ailleurs. Donc j'avais bien prévenu ma fille. Je lui ai dit, maman s'en va, elle va chez le coiffeur. Elle reviendra les cheveux courts. Je lui avais montré des photos. Donc j'avais bien verbalisé. Mais quand je suis revenue, ça lui a fait un trop gros choc. Parce que la coupe, moi, je la trouvais ratée. Mais je pense que de toute façon, la chimio avait commencé, les cheveux de toute façon étaient déjà un peu...
- Speaker #0
Fragilisés peut-être. Fragilisés,
- Speaker #1
donc de toute façon, je pense que la coiffeuse n'aurait pas pu réussir la coupe. Mais ça a beaucoup choqué ma fille et elle m'a balancé ça à la tête. T'es pas belle, je ne t'aime plus. Et elle a fondu en larmes. Je m'étais préparée à ça et pareil, je me suis dit, bon ben voilà, ça c'est dit. C'est ce que je redoutais depuis mon diagnostic. Depuis mon diagnostic, je me disais, j'ai peur de ce moment-là. Et ben voilà, il est arrivé, maintenant on peut passer à autre chose. Et j'ai toujours une boîte à jouets. une boîte à cadeaux à portée de main. Et du coup, j'ai pioché vite, dans ma boîte à cadeaux. Et c'était une petite Elsa à peindre. Et du coup, c'est comme ça que je l'ai calmée. Et je lui ai dit, je me suis dit aussi que j'allais transformer ça en leçon de vie en lui disant, t'as le droit de me trouver moche. Et de toute façon, la beauté, c'est pas si important que ça. Parce qu'aussi, depuis qu'elle est petite, j'essaye de lui dire autre chose, que tu es belle. De dire, tu es intelligente, tu es drôle, tu es capable de faire tout ce que tu veux. Parce que je voulais pas qu'elle se construise dans la jonction à la beauté. Donc... J'en ai profité pour lui donner une leçon de vie. Ça n'a pas du tout marché. Trois ans et demi, ça ne marche pas. Mais le message était passé. On a peint Elsa. Et c'est passé comme ça.
- Speaker #0
Oui, j'imagine qu'il faut bien se préparer pour pouvoir ne pas être adultiste dans la manière de réagir et comprendre que c'est difficile pour elle et qu'elle réagit avec les moyens dont elle dispose et que toi, ça te demande de redoubler d'efforts pour ne pas le prendre personnellement, j'imagine.
- Speaker #1
Ah oui, oui. Après, j'avais bien été préparée. Donc en fait, je ne me suis pas pris dans la figure parce que je savais que ça allait arriver, c'était normal. Donc j'ai pu l'accompagner, effectivement. Et moi, je le prenais pas mal parce que, comme je te disais, je m'étais mise de côté. Vraiment, moi, tout est ressurgi à la fin des traitements parce que je m'étais vraiment mise dans, ce que je dis dans le livre, une poker facette, une protection. Je mettais ma boule à facette sur la tête pour pouvoir continuer à rayonner sur elle et à pouvoir lui envoyer le plus de bonne énergie et d'accompagnement maternel possible. Alors, encore une fois, je ne dis pas que c'est bien de faire ça, de se mettre de côté. Et de privilégier ses enfants, c'est juste moi, ça a été ma façon de tenir. C'est en tenant mes enfants que j'ai pu tenir. Mais s'il y a des femmes qui n'arrivent pas à faire ça, c'est très bien aussi. Chacun son chemin.
- Speaker #0
Bien sûr, chacun gère la situation de la manière qui lui semble adaptée et juste, et aussi comme elle peut.
- Speaker #1
C'est ça, je ne veux pas créer une injonction supplémentaire, parce que quand on devient mère, on se prend assez d'injonctions contradictoires. Quand on est malade aussi.
- Speaker #0
Comme tu dis, c'est un livre à tiroirs très féministe. Je voulais te parler aussi de quelque chose qui m'a frappée dans le livre, c'était le fait que comme dans ta famille il y a beaucoup de cancers, on en parlait juste avant, j'ai ressenti à la lecture que toute ta vie t'avais eu tellement peur, t'avais tellement appréhendé et presque attendu de façon négative ce moment, que finalement quand le diagnostic tombe, même si tu aurais préféré évidemment comme le titre l'indique qu'il tombe à un autre moment, je ressens une ambivalence face à cette annonce. Et presque comme en même temps de la difficulté de faire face à la maladie, le soulagement de te dire bon, c'est fait, je n'ai plus à attendre et avoir peur d'avoir un cancer, j'en ai eu un.
- Speaker #1
C'est exactement ça. Vraiment, j'ai toujours su que j'aurais un cancer du sein. Vraiment, et d'ailleurs quand je l'ai annoncé à certaines amies, elles m'ont dit c'est dingue, tu nous as toujours dit que tu aurais un cancer du sein. Bon, j'aurais préféré avoir tort. C'est quelque chose avec lequel j'ai toujours vécu. Il y a quand même un médecin un jour qui m'a dit, à force d'y brosser, vous voulez être créé. Bon, je ne suis pas du tout d'accord avec ça. C'est juste que je viens d'une famille où ça a toujours été très présent. On est quand même dans un monde où le cancer des jeunes a augmenté de plus 80% en 30 ans. Donc, c'est des chiffres que je connaissais. C'est très répandu autour de moi. Donc, au-delà de ma famille, dans mon cercle professionnel et amical. Donc, je savais que ça allait m'arriver un jour. Oui, il y a une espèce de soulagement, genre ça y est, il est enfin arrivé ce cancer. En limite, je peux enfin commencer à vivre librement. Parce que si j'avais toujours eu cette épée de Damoclès, des fois je me dis, j'ai toujours voulu tout vivre à fond. Et limite, peut-être que la pulsion de vie qui m'a toujours animée, elle était... Après, je ne regrette rien du tout. J'ai vécu à fond, à fond, chaque instant. Mais peut-être qu'elle était plus menée par l'angoisse que par la spontanéité. Donc maintenant, j'ai une pulsion de vie plus sereine, plus apaisée. Mais oui, clairement, j'ai toujours su que j'aurais un cancer du sein. Par contre, et c'est pour ça que le livre s'appelle « Timing parfait » . J'avais dit ça une fois à un soignant, c'est pour ça. Il m'avait dit, voilà, normalement, les 80% des cancers du sein, c'est après 50 ans. 20% c'est avant. Et moi, j'ai dit, oui, spontanément, c'était le plan. Moi, je voulais avoir un cancer à 50 ans. Je ne pensais pas avoir un cancer à 38 ans, dont j'aurais appris le diagnostic pendant mon accouchement. Et c'est ça qui a été vraiment le plus dur à gérer pour moi. Le cancer, je vivais avec dans ma tête depuis toujours, mais l'affronter en plein postpartum, ça a été vraiment ça ma difficulté. Et finalement, la perte des cheveux, ça a été difficile par rapport à ma fille. La perte du sein, ça n'a pas trop été un sujet finalement, parce que je m'y étais toujours préparée. Mais vraiment, oui, c'est pour ça que la BD s'appelle Timing Parfait. On n'aurait pas pu trouver un meilleur titre, parce que c'est l'ironie de l'histoire. Oui,
- Speaker #0
c'est l'ironie de l'histoire.
- Speaker #1
C'est vertigineux, comme tu disais tout à l'heure. Tu as très bien choisi.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment vertigineux. J'imagine, pour avoir été en salle d'accouchement, du coup, tu te dis, mais recevoir cette nouvelle, c'est pour ça que je t'ai demandé comment tu avais trouvé la ressource.
- Speaker #1
Je te dis, en fait, je ne l'ai pas trouvée. En fait, finalement, dans ces moments de crise, de drame à l'échelle d'une vie. Je pense que tout le monde, d'ailleurs tous les gens le disent de la même façon, j'étais en pilote automatique. Donc en fait, moi j'étais en mode c'est bon, c'est un cancer. J'étais soulagée et limite euphorique d'être enfin fixée. J'ai mis ça de côté et là j'ai pu, j'ai envie de dire, accoucher tranquillement. Et mon bébé, on a eu une belle rencontre. Je me souviens d'ailleurs toute ma vie, je me souviendrai, il m'a souri tout de suite. On l'a mis sur moi, il m'a regardé droit dans les yeux. Il m'a souri trois fois de suite. Comme s'il me disait, ça va aller maman.
- Speaker #0
Ouais, t'inquiète pas, je sais.
- Speaker #1
Ouais, et c'est vraiment ce que j'ai ressenti parce que j'avais quand même eu beaucoup peur pour lui. Parce qu'en fait, pendant tout mon accouchement, il bougeait beaucoup. Il bougeait beaucoup, il bougeait beaucoup, jour, nuit. Et à partir du moment où je suis sortie de la biopsie et que j'ai su que c'était quand même mal barré, il n'a plus bougé. Et j'étais quand même très inquiète pour lui. Je me disais, ça commence déjà à l'affecter. Et puis en plus, pendant l'accouchement, il remontait en fait. C'est pour ça que ça a duré 17 heures. Il s'est acheté, il me disait c'est drôle, il remonte. Je disais c'est pas drôle du tout. Pendant 9 mois, parce qu'il était un gros bébé, c'était ma deuxième grossesse, je le sentais très bas. Des fois j'avais peur même limite d'accoucher dans la rue. Et là pendant l'accouchement il remonte. Donc j'avais très peur pour lui honnêtement, pour l'impact que ça allait avoir sur lui. Et quand il est sorti, c'était un bébé cool. Il m'a tout de suite regardé, il m'a tout de suite souri. Et ça a roulé, vraiment ça a roulé. Lui, il a roulé.
- Speaker #0
Mais il y a quelque chose qui m'interpelle aussi dans ton histoire. et c'est Toi, tu as eu, dans ta malchance du timing, la chance d'avoir un entourage qui tient la route, qui a pu prendre le relais. Mais pour les femmes qui n'ont pas cette chance, est-ce qu'il y a des choses qui sont mises en place pour pouvoir les aider à avoir leur traitement et avoir un relais avec leurs enfants ? Ou c'est toujours aux patientes de se débrouiller ?
- Speaker #1
Il y a deux réponses au niveau psychologique. Il faut savoir que... qu'il y a beaucoup d'associations en France, la Ligue contre le cancer, Rose Up, qui aident les femmes au niveau psychologique, qui leur dispensent des soins de support et des soins psychologiques. Donc, il y a un gros soutien associatif en France. Mais je parle là vraiment du garder les enfants. Franchement, c'est galère. Moi, vraiment, j'ai eu beaucoup de chance d'avoir des parents disponibles et qui ont tenu la route parce qu'eux aussi sortaient d'une histoire familiale. Ils n'ont jamais eu de cancer, mais toute leur famille était impactée. Moi, j'ai vu des femmes dans mon centre de soins, venir avec leurs enfants en consultation. J'ai vu des femmes venir en radiothérapie. Enfin, je les ai vues, ces femmes-là. Et en fait, c'est ça qui m'a vraiment beaucoup choquée, je pense. C'est le truc qui m'a rendue le plus triste dans mon parcours. C'est quand je suis arrivée dans mon centre de soins, il n'y avait que des jeunes. On avait toutes la même tête. Pour ma première chimio, j'avais 38 ans. J'étais la plus vieille de la salle. On était par quatre. J'étais la plus vieille. Et vraiment... C'était ça le plus dur pour moi, je me suis dit, on n'y avait que des jeunes.
- Speaker #0
Il y a un moment, en rigolant, je me suis dit dans ma tête, mais en fait, il va falloir créer des crèches dans les centres de soins anti-cancer, parce que c'est galère en fait, c'est galère. Donc non, à ma connaissance, il n'y a rien au niveau institutionnel de mis en place pour les mamans atteintes d'un cancer.
- Speaker #1
C'est révoltant.
- Speaker #0
C'est révoltant et c'est galère, parce que vraiment, moi des fois, j'ai l'impression, quand je parle de mon cancer, je ne suis pas dans l'affect, parce que je n'avais pas de place pour l'affect, je le voyais que d'un point de vue organisationnel, le Tetris quoi. genre j'ai calé ma mastectomie pendant les vacances scolaires pour que ma fille soit chez ma soeur pour pas qu'elle me voie à la sortie de l'opération mon fils j'ai dû batailler pour avoir une place en crèche j'ai fini par en avoir une mais j'ai beaucoup dû batailler auprès de ma mairie j'ai eu la chance d'avoir mes parents mais effectivement pour les gens qui n'ont pas de parents pour les mères célibataires et c'est un sujet qui revient souvent dans le monde Du cancer ? Oui,
- Speaker #1
parce que le pourcentage de femmes qui sont quittées à l'annonce d'un cancer est extrêmement élevé. Donc effectivement, c'est important que tu le rappelles.
- Speaker #0
Ah oui, les femmes ont six fois plus de risques d'être quittées pendant leur cancer. J'avais lu l'étude juste avant mon diagnostic. C'est terrible. Donc au niveau institutionnel, il n'y a rien en place. Et c'est là que je voudrais rappeler le rôle de la sororité. L'entraide entre femmes, elle est extraordinaire. Au-delà de ma famille et de mes amis, vraiment. Les mamans, à la sortie de la crèche ou de l'école, elles m'ont aidée. Il y a des femmes que je connaissais à peine, dont Léonie, ma fille aînée, était amie. Donc elle me gardait des fois Léonie quand j'étais fatiguée de mes chimios. Loïcia, en fait, elle a commencé comme ça à être l'illustratrice de la BD. Pour mon premier rendez-vous, quand Paul avait six jours, je lui ai laissé Léonie. Je ne lui avais pas encore parlé de tout ça parce que je voulais trouver le bon moment. Et elle a gardé Léonie avec son fils parce qu'ils étaient à la crèche ensemble, sa fille aînée. Et du coup, ce moment que je n'ai pas pu avoir avec Léonie, elle en a fait un moment de joie. Et c'est ce que je m'étais dit à mon annonce. Je m'étais dit, tous les moments que je louperai avec Léonie, je veux que ce soit des moments de joie pour elle. Donc j'ai organisé avec les mamans qu'elle garde Léonie avec ses copains, ses copines. Donc la sororité, ça m'a vraiment beaucoup aidée. Et ça a sauvé ma fille aussi, je pense, de moments très badants qui auraient pu être lourds. Là, du coup, elle s'est éclatée avec ses copains pendant que maman va en chimio. Elle était là avec ses amis.
- Speaker #1
Oui, et toi, ça a dû t'enlever un énorme poids.
- Speaker #0
Mais vraiment, encore une fois, au niveau institutionnel, à ma connaissance, il n'y a rien de prévu. Par contre, on peut compter sur les femmes. Et cette étape de ma vie, elle a été très dure, mais elle m'a réconciliée en l'humanité.
- Speaker #1
Je suis désolée,
- Speaker #0
ça me fait pleurer. Non, mais vraiment, il faut le dire parce que... Vraiment le personnel soignant m'a réconcilié avec l'humanité, avec le genre humain, parce que vraiment ils sont généreux, ils sont extraordinaires, ils m'ont porté, leurs paroles me portent encore aujourd'hui. Et les mamans, les mamans, je te dis des mamans que je ne connaissais pas, des mamans, moi j'avais peur, je m'étais dit oh là là les mamans ne vont plus vouloir traîner avec moi. Et au contraire, elles ont été encore plus gentilles, donc on peut compter sur les femmes.
- Speaker #1
Toi, quel a été ? Parce que tu m'as expliqué qu'au départ, ton livre, tu l'avais écrit sans aucune vocation à le publier. Tu écris souvent et tu l'as écrit pour laisser une trace aussi pour tes enfants. Et tu m'as dit quelque chose de beau sur le moment où il est né. J'aimerais bien que tu le racontes, que tu as voulu transformer ce temps.
- Speaker #0
Ah oui, en fait, dès six jours après mon accouchement, je suis vraiment rentrée dans un marathon de rendez-vous. Et donc c'est très bien, c'est comme ça qu'on est mieux traité après. Mais des fois, j'avais jusqu'à quatre rendez-vous médicaux par jour. Et en plus, ça tombait juste pendant les vacances de la Toussaint, que j'avais prévu de ne pas mettre ma fille au centre pour pouvoir connecter tous les trois. Donc j'ai loupé tout ça. Je n'étais pas avec mon nouveau-né, je n'étais pas avec ma fille pour créer les liens avec son petit frère. Donc c'était vraiment du temps perdu, du temps avec mes enfants que je perdais, que je ne retrouverai plus jamais. Et donc je me suis dit, ce temps perdu avec mes enfants, je ne veux pas qu'ils soient totalement gâchés. Et c'est vrai que j'ai toujours écrit. Des fois, je ne fais rien de mes écrits, c'est juste que j'ai toujours besoin de coucher sur papier ce que je ressens, ce que je vis. Et donc ça a commencé comme ça, ça a commencé comme une sorte de journal du cancer à destination de mes enfants pour que plus tard, ils puissent y revenir avec ou sans moi. C'est leur histoire aussi et je n'ai rien à leur cacher. Donc je me suis dit, j'ai écrit pour eux, Et au bout d'un moment, ça m'a un peu lassée, ce journal, cette lettre à mes enfants. J'avais envie d'y ajouter une dimension, et une dimension humoristique. Parce qu'en fait, c'est plus fort que moi, je fais toujours des blagues.
- Speaker #1
Ouais, tu dis d'ailleurs que pour l'annoncer, t'as toujours voulu l'annoncer de manière drôle.
- Speaker #0
Voilà, de manière drôle. C'est pas toujours passé, mais moi, c'est comme ça, c'est mon arme. Et d'ailleurs aussi, c'était un peu comme j'avais beaucoup de rendez-vous médicaux. Je préparais toujours une blague à sortir au personnel soignant. Alors je ne sais pas si la blague était vraiment drôle et qu'il riait de bon cœur ou qu'il riait pour me faire plaisir, mais pour tenir le coup des rendez-vous qui ne sont quand même pas faciles, je faisais une blague. Et du coup je me suis dit que je vais faire une BD parce que j'adore dessiner. Donc je vais en faire une BD avec toutes les blagues qui me sont venues à l'esprit. Et en fait, ça m'a très vite lassée aussi, finalement. En fait, j'étais moins endurante que ce que je pensais. Parce qu'en fait, c'est quand même beaucoup de fatigue. Donc en fait, j'ai tout écrit d'un coup. Et la mise en image, elle m'a lassée, elle m'a fatiguée. Et en fait, mon amie Loïcia, vers qui je me suis tout de suite tournée pour m'aider avec ma fille. Parce que nos enfants étaient à la crèche ensemble. Donc ils sont meilleurs amis depuis qu'ils ont six mois. Et après, on est devenus très amis toutes les deux. Elle est illustratrice. Et quand on se voit, on parle à bâton rompu, justement. Des injonctions à la maternité. On parle vraiment de sujets sociétaux, féministes et politiques. Et je lui ai dit, est-ce que ça ne te dit pas d'illustrer mon récit, de tout ce que j'ai écrit dans les transports qui m'emmenaient aux rendez-vous médicaux, de tout ce que j'ai écrit dans les salles d'attente. La matière, elle est là. Est-ce que ça ne te dit pas qu'on en fasse une BD ? Et elle m'a dit tout de suite, ah ouais, banco ! Alors qu'on était tout à fait toutes les deux novices. Moi, je n'avais jamais fait de BD, elle non plus. Et on s'est lancé et ça a été vraiment une aventure extraordinaire. Je lui dis souvent qu'elle a fait de la pire épreuve de ma vie, un magnifique chef-d'oeuvre visuel. Parce que je trouve qu'elle a fait quelque chose de très beau. Ses dessins sont très beaux. Ils sont très fidaux. Ils sont très intelligents. Ils sont très généreux. Et des fois, quand je lis la BD, j'oublie que c'est mon histoire. Je deviens lectrice. Et je suis complètement groupie de son travail.
- Speaker #1
Oui, il est incroyable son travail. Puis on salue encore une fois toute la sororité, le soutien dont elle a fait preuve. Parce que c'est une personne centrale dans ton histoire. D'avoir assuré. Et ensuite... C'est génial que vous puissiez toutes les deux le transformer ensemble en quelque chose de beau. Et là, aujourd'hui, tu es en rémission ?
- Speaker #0
Oui, alors j'ai terminé mes traitements le 13 août 2025. Donc j'ai fêté ma rémission le 13 août de cet été. Je ne voulais pas le fêter parce qu'il y a une espèce de décompte des 5 ans que je trouvais un peu morbide. Je n'étais pas du tout à l'aise avec ça. Et en fait, le jour J, waouh, je me suis dit ça y est, c'est fini. Alors c'est fini dans le sens où j'avais fini mon année. Dans le sens où la première année, il y a le diagnostic, il y a l'année de traitement. Et après, il y a, moi j'appelle ça l'année de deuil. Mais comme il n'y a pas eu de décès, le mot n'est peut-être pas trouvé. Mais c'est l'année où on revit tout. J'ai revécu mon diagnostic. J'ai revécu la naissance de mon fils qui était le lendemain du diagnostic. Parce que j'ai été diagnostiquée pendant mon accouchement. Mais un accouchement, c'est long. Donc c'était le lendemain. Donc ça, je suis très heureuse. Diagnostic. le jeudi et sa naissance le lendemain. Au moins,
- Speaker #1
pour toi, tu fêteras son anniversaire sans te dire que c'est aussi le jour de l'annonce de la naissance.
- Speaker #0
C'était très important pour moi. Je n'arrêtais pas de le répéter parce que ça me faisait du bien. Donc voilà, l'anniversaire du diagnostic, de la naissance. Et après, j'ai tout revécu. La première chimio, la mastectomie, la radiothérapie. Et là, le jour J, le 13 août, j'ai fait voir. Si, ça y est, j'ai fini mon année de... Deux deuils quand même, parce que c'est le deuil de la vie d'avant et c'est l'adieu au traitement. Donc là, vraiment, en fait, ça m'a transformée. Cette première année, elle m'a vraiment permis de tourner une page des traitements et d'ouvrir la page à la naissance de la BD. Et maintenant, j'ai l'impression que j'y penserais vraiment moins. Il me reste encore quatre ans avant d'être officiellement guérie et de pouvoir reprendre une vie normale au niveau administratif, parce qu'il y a le droit à l'oubli, là aussi, je suis un peu enchaînée, je ne peux rien faire. Tant que les 5 ans de rémission ne sont pas passés.
- Speaker #1
Rien faire, par exemple, tu veux dire, tu ne pourrais pas acheter, etc.
- Speaker #0
Et ça peut paraître dérisoire, mais ça a quand même été quelque chose à digérer pour moi.
- Speaker #1
Oui, je comprends.
- Speaker #0
Je sais que par rapport au reste, ça peut paraître débile, mais en fait, de me sentir, de me dire pendant 5 ans, je ne peux pas acheter d'appart, même si je ne l'aurais pas forcément fait. Oui, mais tu veux dire qu'on t'enlève ce projet,
- Speaker #1
ce n'est pas facile. Tu ne peux plus choisir d'avoir ou pas ce projet-là.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est une forme de discrimination, finalement.
- Speaker #0
Oui, et ça a été un deuil en plus. J'ai vraiment dû faire beaucoup de deuil en très peu de temps.
- Speaker #1
Oui, je comprends. Je te remercie beaucoup d'être venue raconter ton histoire. C'était formidable. Encore une fois, je vous recommande la lecture du livre Timing Parfait, qui est paru aux éditions On ne compte pas pour du beurre. Et on ne le dira jamais assez. Prenez-vous en main. Faites vos check-ups, c'est important. On profite d'Octobre Rose pour sensibiliser. Ce que je disais à Marie, c'est que juste avant de la rencontrer sur la route, j'ai pris mon rendez-vous, moi aussi, pour le faire la semaine prochaine. J'espère que vous serez nombreuses à faire pareil. Écoutez-vous et merci encore Marie. Merci beaucoup Pauline. A bientôt. A bientôt. Voilà, le moment est venu de se quitter. J'espère que vous avez apprécié cet épisode. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir un nouvel invité, un nouveau parcours et se faire embarquer dans un nouveau virage. En attendant, prenez soin de vous et bonne semaine.