- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur le podcast de Virage, je m'appelle Valentin Dechaux et comme toutes les semaines je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Raphaël, 55 ans, prénom d'emprunt. Raphaël a une fille, Marine, qui a 30 ans et il vient te consulter Marina parce que sa fille est un peu perdue.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard. psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Valentin.
- Speaker #0
Tu as donc reçu un homme, Raphaël, prénom d'empreinte, qui a 55 ans, qui vient te voir parce qu'il est lui-même un peu perdu avec sa fille, Marine, qui a 30 ans. Donc globalement, Marine va assez bien, mais elle est assez... Elle confuse, elle a tendance à poser beaucoup de questions parce qu'elle se cherche, comme on dit, et Raphaël ne sait plus trop comment réagir.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc, en fait, Marine, effectivement, a fait plusieurs études, a fait deux études différentes. Elle a quand même terminé. Et puis, surtout maintenant, depuis qu'elle travaille, en fait, elle change tout le temps de job. Et elle vient chez Raphaël en disant oui, ça ne va pas, etc. Et lui, il donne des conseils, il essaye de l'aider. Et en fait, elle ne prend pas. Donc, en fait, elle vient se confier. Et puis, quand il donne des conseils, etc., elle dit oui, mais quand même, tu ne comprends pas ceci, cela. Et en fait, elle contre-argumente à ce qu'il propose. Donc, il ne sait plus trop quoi faire parce qu'il est inquiet quand même pour elle. Donc, là... Elle a trouvé un job et elle veut partir. Tout de suite.
- Speaker #0
On vient de trouver son job et elle veut déjà changer.
- Speaker #1
Elle veut déjà changer. Donc Raphaël lui dit non. Ça ne se fait pas de changer comme ça tout le temps, etc. Tu changes trop souvent. Ce n'est pas bon pour ton CV, etc. Et elle dit oui, mais quand même, etc. Le job précédent, c'était le contraire. Elle se plaignait d'une relation avec une collègue et elle se plaignait tellement, et ça avait l'air tellement douloureux, cette relation avec cette collègue, que Raphaël lui disait, mais pars, Elle disait, oui, mais quand même, elle disait des avantages. Enfin bon, il a l'impression que quoi qu'il dise, en fait, il n'est pas vraiment entendu, écouté. Et donc, il ne sait plus quoi faire. Donc ça, c'est un peu ce qui se passe maintenant. Et donc, en fait, il veut vraiment profondément aider sa fille. Il est inquiet pour elle. Et du coup, en fait, ce que j'essaie de lui montrer, c'est qu'en essayant de l'aider comme ça, plutôt que de l'aider, il lui, alors le mot un peu fort, mais vole un peu sa responsabilité à elle, d'adulte quand même, à cet âge-là, de faire ses choix. Et que donc, ce serait intéressant qu'il l'écoute, mais sans donner des pistes. en la rejoignant avec empathie, avec gentillesse, etc.
- Speaker #0
On se perdure en tant que parent. On peut imaginer qu'on est aussi qui est maman, on est en partie là pour guider les enfants, mais manifestement, pas toujours.
- Speaker #1
Alors en fait, j'ai envie de dire, c'est très bien tant que les enfants prennent. C'est surtout à partir du moment où on sent qu'on s'épuise à donner des conseils, à se mobiliser, à... Voilà. et qu'en face, on a quelqu'un qui ne prend pas, et même s'énerve, parce qu'ici, il dit parfois, Marie, n'aie pas un claquement à la porte, de temps en temps, tu ne comprends rien. Et donc, en fait, pour moi, la priorité, c'est d'abord de faire en sorte qu'elle se sente entendue. Le fait pour elle de pouvoir parler, déposer, peut être aidant, parce que le fait de parler en C peut structurer la pensée aussi, mais... que ce soit pas lui qui dise il faut faire ça, tu devrais faire ça, ou essaye de la raisonner en disant tu peux pas rester dans un boulot comme ça, ou tu dois partir parce que ceci, que ce soit vraiment... une personne de confiance, j'ai envie de dire, mais qu'elle soit renvoyée à sa responsabilité et qu'il puisse lui dire. Voilà, moi, ce que je lui ai dit, vraiment, à Raphaël, c'est de dire à sa fille, de dire, voilà, tu te rends compte que je suis inquiète, etc. Donc, je ne pouvais pas m'empêcher de te donner des conseils, mais je me rends compte que c'est trop, que ça ne correspond pas forcément à ce que tu veux, que je n'ai pas toujours la même sensibilité exactement que toi. C'est toi qui vis les choses et c'est toi qui sais pour toi ce qui est bon. Et en fait, je pense que tu es capable, Marine, de ce que je connais de toi, de ce que tu as déjà réussi, etc. Je pense que tu es capable de décider seul. Donc moi, je ne vais plus donner conseil. Et si je t'en donne, tu me fais signe, tu me fais chute. Parfois, je dis aux parents, dans un couple aussi, quand il y a des sujets qu'on décide de ne plus aborder, mais qu'ils reviennent parce que c'est plus fort que nous, parce que comme tu le disais très justement, comme parents, on peut se laisser embarquer dans son... dans l'affection pour son enfant, etc. Et que ça peut être panthère rose, ça peut être un mot n'importe quel qui dit, ah oui, stop, ça fait-il, je ne dois pas parler de ça. Et donc, effectivement, il dit à sa fille, voilà, je pense que tu es capable de décider de toi, et donc moi, je ne vais plus te dire ce que je pense que tu dois faire, parce que j'ai probablement faux, la preuve en est que quand je te dis qu'ici, tu dois rester, tu me dis, non, non, je vais partir. Et évidemment, ce qui interpelle Raphaël, c'est qu'à partir du moment où il ne dit plus qu'elle doit partir, là, elle est en train de dire « je bouge » . Parce qu'effectivement, elle a repris cette responsabilité-là. Et donc, aujourd'hui, c'est à elle de le décider et que personne d'autre ne le décidera pour elle ou ne la poussera.
- Speaker #0
On imagine dans le meilleur des cas, effectivement, ça fonctionne. Parce qu'elle sait que sa fille se dit… ok, en fait, je suis capable de prendre une décision et en fait, les problèmes évoluent naturellement. On peut aisément imaginer la difficulté pour un parent qui verrait éventuellement un enfant, je ne sais pas si c'est son cas ou si ce sera son cas à elle, qui continue à s'enliser dans quelque chose qui se perd de plus en plus. À ce moment-là, est-ce qu'il y a des pistes pour que les parents puissent garder cette ligne de je lui laisse le temps et on verra bien ce que ça peut donner. On peut imaginer l'anxiété ou la peur que ça peut générer chez les parents qui... Au revoir.
- Speaker #1
D'où l'intérêt, je dirais, du psy, un peu, ou du coach, du thérapeute, que le coach puisse les aider à tenir dans la durée. Parce qu'effectivement, en fait, ce qui est intéressant ici, par exemple, pour Raphaël, ce qui est plus facile, et pour ceux qui nous écoutent, il faut être attentif à ça chez eux, c'est qu'avant, il lui a dit, tu dois partir, tu dois partir, tu dois partir, et elle n'est pas partie avant, finalement, que l'employeur mette fin à son contrat. Donc, il y a quand même cette démonstration par l'expérience, par la vie, que de toute façon, quand il dit, ça ne marche pas. Et c'est ça qui permet aussi, c'est s'appuyer là-dessus, qui permet de se dire, je change de stratégie et maintenant j'arrête de lui dire, parce que de toute façon, quand je dis, ça ne marche pas. Maintenant, et ça je le prépare aussi avec Raphaël, c'est peut-être que du coup, elle ne va pas du tout faire, enfin voilà, elle va faire à sa tête et c'est l'idée, c'est qu'elle fasse. à sa tête, c'est qu'elle fasse sa propre expérience, c'est qu'elle puisse se dire, j'aurais dû partir plus tôt, ou j'aurais dû rester, parce qu'un employeur après, sur son CV, dit oui, vous n'êtes resté quand même que six mois, qu'elle entende ça, ça lui fera beaucoup plus d'impact que le papa qui dit oui, mais peut-être un jour sur ton CV, et peut-être qu'elle n'aura jamais ce retour-là sur son CV, et tant mieux pour elle, voilà, c'est sa fille, il ne lui veut aussi que du bien, mais du coup, l'idée c'est que en faisant son expérience, moi je pense qu'il y a vraiment, en fait, un double message quand on aide quelqu'un, c'est de se dire qu'à la fois je lui dis je t'aime, je suis là pour toi, et c'est ça que Raphaël veut garder, c'est pour ça que je lui dis de rester un point d'écoute, une personne de confiance, c'est important, mais à la fois, en lui donnant des conseils, à chaque fois qu'il donne un conseil, il envoie en implicite, tu n'es pas capable de décider seul de ce qui est bon pour toi. Et donc ça, c'est évidemment pas bon parce qu'en fait ça veut dire que sa fille va... perdre encore en confiance, alors que c'est pas du tout ça qu'ils souhaitent. Et ça, c'est important aussi de l'expliquer aux parents. Et donc, vraiment, comme je l'explique ici pour nos auditeurs, c'est vraiment important de prendre conscience quand on conseille quelqu'un, quand on aide quelqu'un, c'est que à la fois on envoie le message « je t'aime » et à la fois on envoie le message « tu sais pas le faire seul » . Et d'ailleurs, c'est un peu ce qui se passe quand un enfant prend un marché, ça me vient comme image, c'est que il s'accroche à notre doigt comme ça. Et on peut décider de garder, on a toute la petite main sur nos doigts, c'est même très agréable et très mignon. On peut décider, ou bien on décide de décrocher les petits doigts à un. En décrochant les petits doigts à un, on lui envoie le message. En fait, moi je crois que tu es capable de marcher. Tandis que si on laisse et qu'on dit « tiens bien la main de maman, tiens bien la main de maman » , on lui envoie le message « t'es pas capable » . Si vous avez aimé cet épisode, abonnez-vous et n'hésitez pas à nous mettre 5 étoiles afin que ce podcast soit partagé avec le plus grand nombre.