- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast de Virage, je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Yann, prénom d'emprunt. Yann a 24 ans, il étudie le droit, tout se passe plutôt bien, mais il est terriblement anxieux parce qu'il s'est lancé dans une conversation avec l'IA qui l'amène au mauvais endroit.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant. Parfois, à contre-courant, je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Valentin.
- Speaker #0
Tu as donc reçu Yann, 24 ans, qui vient te voir parce qu'en soi tout va bien dans sa vie, ses études se passent bien, tout se passe bien avec sa famille, il a une petite amie, mais voilà, il fantasme pas mal. sur au moins une autre femme de temps en temps, et ça l'inquiète beaucoup, et il a commencé. Il a ouvert un dialogue avec une intelligence artificielle pour avoir des réponses.
- Speaker #1
Exactement. En fait, quand il vient me voir, ça fait déjà un bout de temps qu'il dialogue, donc plusieurs mois, et il a commencé à dialoguer avec cette intelligence artificielle qui lui a dit que c'était normal de fantasmer, etc. et puis du coup, Du coup, il a continué à se confier. Vraiment, ça devient un peu… Je ne vais pas parler d'addiction, on ne peut peut-être pas dire ça, mais ça devient quand même ultra régulier. Il a besoin… En fait, dès qu'il se pose une question, et ça tombe beaucoup dans sa sexualité, il questionne l'IA, il a une réponse et ils vont de plus en plus loin, jusqu'au moment où, non seulement l'IA lui dit que c'est normal de fantasmer, ce qui est en fait normal aussi, j'aurais probablement dit la même chose, Mais... Lya lui dit qu'est-ce qu'en fait il n'aurait pas des envies vis-à-vis des hommes. Et donc il commence à regarder les hommes différemment, et donc il se dit, ben oui, effectivement, peut-être, en fait, il commence à s'imaginer, il commence à fantasmer sur les hommes, il explique ça à Lya, etc. Et, alors, je n'ai pas eu les échanges exacts qu'il a eu avec Lya, mais on en arrive à un moment où, me dit-il, Lya lui suggère qu'il pourrait avoir du désir pour les enfants. Et là, il panique un peu, mais il se dit bon, il commence du coup, en fait, ce qui est très difficile, c'est que du coup, ça met dans sa tête quelque chose qui devient un filtre. Et quand il se retrouve en contact dans la ruive des enfants, etc., il commence à regarder les enfants avec un tout autre regard, évidemment, puisqu'il se dit, est-ce qu'en fait, je les désire ? Et donc, là, il commence à se sentir de plus en plus mal. Parce qu'il se sent coupable de ces pensées-là. Et c'est là qu'il vient consulter, en fait. Entre-temps, il en a parlé à sa maman, à un moment donné. Mais c'était au moment des hommes. Et la maman a dit, oui, c'est possible, etc. Très ouverte, très bien. Sauf que du coup, il a continué. Et il a continué, surtout, sa discussion avec l'IA. Parce qu'au fait, le problème principal est là. Parce que, pour moi, si vous avez écouté certains épisodes précédents, valent. en thérapie. Bref, de tentative de régulation. Et la tentative de régulation, c'est quelque chose qu'on met en place pour essayer de résoudre un problème, mais qui l'aggrave. Et ici, clairement, pour ce jeune homme, le fait d'aller poser des questions, il y a... En fait, il pose des questions qui n'ont pas une réponse claire. Est-ce que c'est normal de fantasmer ? Est-ce que... Il n'y a pas des normes. Il y a des gens qui fantasment, il y a des gens qui fantasment, etc. Ça crée des réponses qui ouvrent de nouvelles questions. Parce qu'en fait, il faut... Comme il n'y a pas une vraie réponse,
- Speaker #0
vas-y Valentin, je te laisse intervenir. Non, je t'écoute, c'est juste que c'est assez interpellant comme cas, et je me posais la question quand il vient te voir, est-ce qu'il vient te voir parce qu'il se rend compte que les réponses qui initialement lui semblaient pertinentes sont en train de prendre une direction qui potentiellement est en décalage avec ce qu'il est, ses valeurs, ou est-ce qu'il vient te voir parce qu'il fait toujours confiance à cet IA, mais il se sent mal par rapport à ça ?
- Speaker #1
Il vient parce qu'il se sent en décalage avec ses valeurs et donc coupable, en fait. Il commence à se sentir vraiment coupable. Et en fait, ça, je le félicite, évidemment, parce que la culpabilité, elle est là pour nous arrêter. Elle est là pour nous dire, oula, tu fais un truc qui n'est pas OK pour toi. Si je fais un truc, je ne sais pas, moi, qui n'est pas honnête et que je me sens mal, je vais prendre un exemple tout bête de ma fille quand elle était petite. Un jour, elle a volé en classe un jouet. Elle se sentit mal toute la nuit, etc. Elle a été le ramener. Et en fait, voilà, la culpabilité, elle sert à ça, en fait. tel sera. elle nous sert à rectifier le tir quand c'est encore possible, s'excuser quand c'est pas rattrapable, etc. Ne pas refaire... Et donc ici, c'est intéressant parce que c'est plutôt sain et c'est plutôt bon signe qu'ils se sentent coupables puisque c'est pas dans ses valeurs d'avoir des relations sexuelles avec les enfants. Il se retrouve à y penser, il veut pas y penser. Enfin voilà, donc on va travailler là-dessus. Moi, j'avais surtout envie de montrer comment... Parce qu'en fait, beaucoup de personnes... se posent des questions pour lesquelles il n'y a pas de réponse. On se demande tous à un certain moment, je vais prendre une bête question, mais on peut tous se poser à un moment donné, c'est quand est-ce que je vais mourir ? Est-ce que je vais avoir une maladie grave ? Est-ce que je vais mourir d'un arrêt cardiaque ? Voilà, c'est des questions qui peuvent nous effleurer comme ça, qui peuvent plus nous effleurer quand on vit le départ de proches. Moi, j'ai vécu ça cette année, et c'est sûr que le fait que ma maman décède d'une certaine manière, ça nous traverse l'esprit. Mais heureusement, j'ai envie de dire, cette question, elle vient, et on arrive à se dire, je ne sais pas, et je dois accepter de vivre avec le je ne sais pas. Et le problème ici, c'est qu'il essaye de répondre à des questions, comme nous on le fait souvent dans notre tête, et comme les gens qui sont dans ce qu'ils appellent des prises de tête. Beaucoup de patients consultent en disant « je me prends entre la tête » . Les jeunes aujourd'hui, beaucoup de questions autour du boulot, par exemple le boulot parfait. Et donc il y a beaucoup de choses. Alors qu'en fait, on ne peut pas savoir avant de faire un boulot s'il nous convient ou s'il ne nous convient pas.
- Speaker #0
C'est le problème de l'IA aujourd'hui, c'est-à-dire que les questions qui à un moment seraient restées dans la tête, qui auraient éventuellement été posées à des proches ou à un thérapeute. aujourd'hui, l'IA a tendance à encourager ça.
- Speaker #1
À y répondre, en fait. À y répondre, en fait. L'IA répond à tout. L'IA est formatée, je ne sais pas comment est-ce qu'on doit dire, pour répondre à tout. Donc, elle répond à des questions pour lesquelles il n'y a pas vraiment de réponse. Est-ce que ce jeune homme, par exemple, est-ce qu'il serait mieux avec des hommes qu'avec des femmes ? Peut-être avec l'un ou avec l'autre, je n'en sais rien. Mais c'est en le vivant qu'il peut le savoir. Ce n'est pas l'IA qui peut le savoir. Même si l'IA parle avec lui, et ce n'est pas moi comme psychologue, par exemple, qui pourrait le savoir. Même si... Je parle avec lui très longtemps. Il n'y a qu'en vivant les choses, en ressentant. Et en fait, on est en train de tout mettre comme réponse dans la tête, alors que c'est dans la vie, en fait, que sont les réponses. Et c'est difficile, c'est difficile d'accepter, de lâcher prise aussi, par rapport au fait de ne pas savoir si… Je ne sais pas si ça se passera bien si j'ai des enfants ou si je n'en ai pas. Si je ne me marie pas, si je choisis tel boulot ou tel autre boulot, si je pars à l'étranger ou si je reste, si je fais telles études ou telles études. C'est à tous les niveaux. On est obligé de vivre les expériences pour savoir.
- Speaker #0
Comment tu travailles avec Yann dans ce cas précis ? On sent quand même une forme d'addiction à ces réponses que lui apporte Ilya. Oui, complètement.
- Speaker #1
Parce que c'est une pseudo-réponse. Et donc, il y a un côté satisfaisant au moment même. Sauf qu'après, ça ouvre à de nouvelles questions. La preuve en est, c'est qu'il retourne constamment ce lien. Il n'est pas apaisé. Donc j'ai envie de dire, en fait, ça c'est plus pour les auditeurs, si vous vous posez des questions à l'IA, moi je le fais aussi, donc je trouve que c'est très utile et c'est très efficace. Si ça vous apaise, ça vous donne une réponse, c'est bien. Si le dialogue commence à être très long, qu'en fait ça part vers des questions où vous vous engagez personnellement alors que vous avez en face de vous d'abord.
- Speaker #0
c'est une machine quand même et qui ne sait pas pour vous c'est quand même intéressant de revenir dans la vraie vie et d'expérimenter les choses de manière générale n'importe qui aujourd'hui qui se pose des questions même sans l'IA mais qui aurait tendance à ruminer sur les questions sans réponse aujourd'hui finalement une des meilleures façons de se soulager c'est de concrétiser, c'est ça aujourd'hui la façon qui peut nous aider à faire face à des questions qui restent sans réponse et qui reviendraient toujours et encore
- Speaker #1
Oui, moi, je pense que la première chose quand on a des questions sans réponse, c'est de repérer que ce sont des questions sans réponse. Donc, quand je me pose des questions, je vais prendre un jeune qui se pose des questions sur son avenir. Si c'est « j'aimerais bien travailler dans le marketing, où est-ce que je peux me former ? » , il y a des réponses. Si c'est « j'aimerais bien travailler dans le marketing, est-ce que ça va me plaire ? » , la réponse, elle n'existe pas comme ça. Et donc, pour moi, la première chose, c'est de repérer, de voir la différence entre les deux. soit il y a une question où il y a des réponses, on va aller chercher les réponses, si elles existent, c'est intéressant quand même d'aller les chercher, soit elles n'existent pas, parce que c'est l'avenir qui me dira, c'est le fait de vivre les choses qui me dira, qui me donnera. Et alors, c'est reconnaître que ça n'existe pas et que je ne sais pas. Est-ce que le marketing va me plaire ? Je ne sais pas. Il faut que j'essaye. Et en fait, là, effectivement, comme tu dis, c'est alors se replonger dans l'expérience, la vie. Alors après, il y a d'autres types de questions. Ici, ce n'était pas le cas, mais si j'élargis un peu le propos. des questions comme si j'avais fait un autre choix à tel moment est ce que je serais plus heureux et ça c'est des questions auxquelles il faut vraiment renoncer parce qu'on peut pas dérouler notre vie en arrière repartir avec un autre choix et se dire si au lieu d'avoir fait architecte j'avais fait médecin est ce que voilà on peut pas le savoir donc c'est pas la peine quelque part mais ça n'empêche que ça nous effleure tous à certains moments on nous dira bah tiens si J'avais plutôt fait ça comme étude. Donc, c'est important de pouvoir lâcher aussi. Parfois, c'est très facile. Pour certains, c'est très facile. Et puis, il y a des personnes, souvent des personnes intelligentes d'ailleurs, qui contrôlent beaucoup de choses avec la tête et qui se prennent du coup beaucoup la tête, alors qu'en fait, ce sont des questions pour lesquelles leur tête ne peut pas répondre.
- Speaker #0
C'est une belle conclusion pour cette semaine. Merci Marina.
- Speaker #1
Avec plaisir. Au revoir Valentin. Merci de votre écoute. Ça nous encourage de voir le nombre d'écoutes qui augmente de semaine en semaine. Donc, nous vous remercions du fond du cœur et nous espérons vous retrouver très bientôt.