- Tiphaine Turluche
Il y a un premier chiffre dont je suis très très fière qui est, Lulu Berlu qui en 2020 à qui on a dit tu ne pourras pas faire un business en fleurs françaises, a déjà vendu 500 000 euros de création avec que des fleurs françaises de saison et sans mousse florale. Mais le chemin il est long à parcourir parce qu'on n'est pas une entreprise rentable, donc il faut qu'on double, il faut qu'on fasse plus que x2. En fait je pense que si on voulait être très bien, il faudrait faire x2,7.
- Laurent David
Ils ont osé l'entrepreneuriat et relèvent chaque jour de nouveaux défis. dans Vision de Pro, le podcast d'Orange Pro. Nous partons à la rencontre d'entrepreneurs innovants qui nous expliquent comment ils ont démarré leur business, chiffres à l'appui et comment ils poursuivent leur route vers le succès. Au travers d'exemples concrets et de conseils avisés, vous appréhendrez toutes les facettes de l'entrepreneuriat. Trouver son positionnement, être innovant, bousculer les codes, avoir un impact positif. mais aussi se financer, recruter, prendre soin de sa santé. Vous découvrirez les techniques qui fonctionnent vraiment pour franchir le pas à votre tour, créer votre entreprise et la développer. Bonjour Tiffen Turluche. Bonjour. Tiffen, vous êtes fondatrice des bottes d'anémone, à Plescope, près de Vannes, déterminée à innover dans votre filière avec un modèle économique très différent et respectueux de l'environnement. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, est-ce que vous pourriez vous présenter ? et nous partager le parcours personnel qui vous a mené jusqu'au métier de fleuriste.
- Tiphaine Turluche
Je m'appelle Tiffaine Turluche, je viens de fêter mes 37 ans. Je suis fan de voile et pratiquante depuis toute petite. Le fait que j'aime beaucoup la voile a fait que j'ai eu envie de bosser dans l'univers de la course au large et de l'événementiel sportif. J'étais directrice des opérations sur des projets autour du monde. Je gérais des déplacements d'équipes et de matériel pour des équipes qui faisaient des tours du monde en compétition. Et puis ? En 2018, on a remporté une course qui me faisait rêver depuis toute petite. Et donc, j'ai coché une première case de vie. Et à partir de là, je me suis demandé ce que j'allais faire. Est-ce que je restais dans la course au large ? Et un jour, et ça s'est vraiment passé comme ça, je me suis réveillée. J'étais à San Francisco, parce que je bossais encore dans la voile à cette époque-là. J'ai dit, en fait, je vais me reconvertir et ce sera dans la fleur.
- Laurent David
Et pourquoi la fleur ? Il y a une explication ? C'est mieux comme ça ?
- Tiphaine Turluche
Je n'ai franchement pas d'explication logique. J'avais personne dans mon entourage qui était fleuriste ou qui avait... pu me transmettre un amour de la fleur. Je me suis réveillée, j'ai dit ce sera les fleurs. Et dès que je suis rentrée de San Francisco, j'ai commencé à me renseigner. Après, j'ai eu prise de conscience de pas mal de choses qui me semblaient pas logiques dans le monde de la fleur. Et donc je me suis dit, est-ce que je serais pas la bonne personne pour essayer de redéfinir un modèle économique de fleuriste éco-responsable, tel que moi je l'entends. J'ai embarqué dans l'aventure, il m'a fallu un peu de temps parce que entre San Francisco On était en 2019, mai 2019, et la création, c'était en août 2020. Donc j'ai pris un peu plus d'un an pour concrétiser.
- Laurent David
Et pendant cette année, c'est juste regarder, aller voir ou alors faire des stages, des petits jobs ?
- Tiphaine Turluche
C'était d'abord beaucoup de lectures, beaucoup de podcasts, tout ce que j'ai pu trouver. J'ai commencé à me renseigner sur est-ce qu'il existait des producteurs de fleurs en France ? Et puis j'ai découvert le collectif de la fleur française et donc petit à petit j'ai décidé d'aller rencontrer tous les producteurs dans un premier temps pour voir si eux ils allaient pouvoir m'approvisionner en fleurs et de camp à camp et comment ils voulaient fonctionner. Et donc je suis un peu passée pour une luberlue. Et ensuite à partir de décembre 2019, je me suis dit bon bah si je ne le tente pas maintenant, je ne le tenterai jamais. C'était ça la décision à Noël 2019, je prends six mois et j'explore à fond. Si dans six mois, je décide de ne pas me lancer, je ne me lance pas. Et je retourne bosser dans la course au large. Et si je me lance, je me lance. À partir de décembre, je suis allée me former. J'ai choisi volontairement de ne pas suivre un CAP fleuriste parce que je ne voulais pas apprendre à emporter des fleurs et les piquer dans la mousse et utiliser du plastique tout le temps. Je voulais volontairement apprendre autre chose et me faire ma propre conception de ce qui pouvait être fait. En fait, j'ai échelonné des formations d'une semaine chez plusieurs fleuristes de toute la France. Ensuite, je rentrais chez moi et je bossais sur le business plan, le nom, qu'est-ce que je fais, comment je vends, à qui.
- Laurent David
Quand vous créez en août 2020, quel est exactement votre concept, ce concept que vous avez travaillé pendant six mois ?
- Tiphaine Turluche
L'idée d'origine des bottes d'anémon, c'est un atelier déjà, ce n'est pas une boutique. Ça déjà, c'est hyper différenciant et ça peut créer des contraintes aussi. Mais c'est un atelier comme un traiteur le serait pour un restaurant. Ça veut dire soit de la précommande via notre site internet, soit des abonnements. ou soit de l'événementiel. Et c'est pareil, l'événementiel, si on prévoit un mariage ou une inauguration d'entreprise, on le sait, quelques mois ou semaines à l'avance. Mais je n'ai pas tout lancé en même temps. La première année, c'était vraiment les bouquets de la semaine. À l'image des paniers d'AMAP. Vous commandez chez les Baudanemon un bouquet. Ce que vous savez, c'est que ce sera un bouquet qui... Il y aura 100% de fleurs françaises, quoi qu'il arrive, des fleurs qui auront poussé de saison sans être forcées et sans mousse florale, plastiqués à usage unique et tout ça. Par contre, vous ne savez pas ce qu'il y aura dedans. Donc déjà, rien que ça, précommander son bouquet et pas le choisir. Au début, tout le monde m'a dit, ma belle-mère, je me souviens, ça ne peut pas marcher, c'est super chiant ton truc. Moi, j'adore aller dans la boutique et choisir le bouquet, le faire, voir le fleuriste faire et tout. Et il se trouve que j'ai lancé en août 2020 et que... Quelques mois après, il y a le confinement, le second. Les fleuristes traditionnels dépendaient du fret aérien pour avoir accès à leurs fleurs. Et donc, ils étaient à l'arrêt cette année-là. Et donc, ils étaient fermés. Et moi, j'avais des productrices avec qui j'essayais de créer du lien qui avaient planté six à huit mois plus tôt des bulbes, mais elles ne pouvaient pas stopper le développement de leurs fleurs. Donc, il n'y avait plus de marché. Donc, elles avaient besoin de débouchés. Et moi, je n'avais pas de boutique. Je pouvais aller livrer. Et donc, dès novembre... L'univers a fait que les gens se sont habitués très vite à la précommande, au click and collect, au fait de se faire livrer, parce qu'il n'y avait pas d'autre choix de mode de consommation pendant cette phase-là.
- Laurent David
À un moment donné, vous n'avez pas dit, tiens, on pourrait aussi avoir une boutique ?
- Tiphaine Turluche
On a une grande partie de notre activité qui est du service. Donc, on crée les compositions florales, etc. Mais on va ensuite les livrer, gérer l'installation, gérer le démontage. refaire des retouches s'il y a besoin, accompagner sur l'événement s'il faut déplacer des compositions pendant le jour de l'événement. On a aussi une équipe en amont qui bosse sur des moodboards pour s'adapter à des chartes graphiques, vraiment faire du sur-mesure, ce qu'un fleuriste ne peut pas vraiment se permettre parce que lui, il a la contrainte d'être ouvert tous les jours, présent dans sa boutique, pour servir le client en live. Et il y a une autre raison qui était une boutique de fleuristes, c'est magnifique. Pour être magnifique, il faut qu'elle soit pleine. et pour qu'elle soit pleine... il faut que ça soit achalandé en permanence. La moyenne, c'est plus de 25% de ce qui est acheté, mis en vitrine par un fleuriste et jeté. Nous, ici, au Bode d'Anemone, on fonctionne en flux tendu. On ne fait arriver nos fleurs qu'en fonction de ce qui nous a été précommandé.
- Laurent David
Avec votre mode de fonctionnement et donc sans boutique, est-ce que c'est compliqué, est-ce que ça coûte cher de se faire connaître ?
- Tiphaine Turluche
On a un loyer qui peut être moins cher, à surface égale. En revanche, on a un budget attaché de presse. une personne en interne qui s'occupe des réseaux sociaux, de la com en général. On a un site web. On travaille beaucoup sur l'image parce qu'en fait, vous vous souvenez de ce fait de je craque sur un bouquet, donc je veux l'acheter. Nous, il faut qu'on le crée. Je craque sur cette photo de bouquet, donc je veux le même ou un similaire à la maison. Donc nous, on a des budgets de photos, parfois vidéos. Et au-delà de ce modèle atelier versus boutique, on a aussi ce côté engagé qui fait qu'on a besoin de faire beaucoup de pédagogie, qui est aussi un coût pour l'entreprise. Parce qu'en fait, quand on passe du temps à expliquer, à faire des visites et tout, on n'est pas en train de s'occuper d'un client et de ses compositions.
- Laurent David
Vous avez évoqué votre formule d'abonnement.
- Tiphaine Turluche
Oui.
- Laurent David
Il peut être surprenant dans ce secteur. C'est une véritable innovation, j'imagine. Pourquoi ce choix ?
- Tiphaine Turluche
À ce stade des bottes d'anémone et de leur vie, au bout de cinq ans, on a 50% de notre chiffre d'affaires qui est fait avec les professionnels, les B2B, et 50% avec du B2C. Les deux ont de l'abonnement possible, mais de façon différente. Donc je démarre par les particuliers. les particuliers pour s'abonner vont passer par le site internet et vont choisir une durée. Et on leur propose en fréquence une fois par mois ou deux fois par mois. Côté pro, c'est un des aspects qu'on essaie le plus possible de développer. Ce sont des abonnements où on livre des compositions florales toutes les semaines. Et ils sont abonnés pour 12 mois minimum. Et c'est une facturation mensuelle. C'est-à-dire que nous, quand un abonnement démarre chez les pros, on sait qu'on a 12 mois de signé. Et il se trouve que... tous ceux qui n'ont pas de problème économique maintiennent leurs abonnements. On en a qui sont abonnés depuis 4 ans maintenant. Pour nous, c'est un gage de visibilité à long terme. Quand j'ai démarré les abonnements, j'anticipais que l'hiver, on n'allait pas beaucoup bosser. Il se trouve qu'en hiver, on a la période de Noël qui est assez forte et tout, mais ça nous permet de savoir à l'année qu'on a déjà au moins ce coussin-là de chiffre d'affaires qui est assuré. Et ça, c'est la seule partie de notre activité qu'on peut faire sous forme d'abonnement. Ce que les autres, c'est des bouquets en one-shot ou des événements qui sont souvent aussi du one-shot.
- Laurent David
Et sur les abonnements B2B, vous travaillez plutôt avec certains secteurs particuliers, type je pense à la restauration, l'hôtellerie ou tout secteur ?
- Tiphaine Turluche
Ceux qui sont le plus en demande. et qui font appel à nous et qui se décident le plus vite, ce sont des hôtels. Plus précisément, maintenant, on arrive à le voir, c'est des 4 et 5 étoiles. Et je pense que la raison, c'est que pour avoir ces étoiles, on doit avoir un certain nombre d'éléments, la réception ouverte 24 heures sur 24, le staff qui parle anglais et tout, mais aussi des fleurs fraîches.
- Laurent David
Et des clients B2B de votre zone géographique ?
- Tiphaine Turluche
Alors, c'est l'actualité du moment. On est basé à Vannes, et notre... rayons géographiques pour le moment c'était Vannes, Auray, Golfe du Morbihan. Il n'y a pas beaucoup de 5 étoiles dans le Morbihan, il y en a 2 pour le moment. Et la grande nouveauté nous de cette année c'est qu'on commence à aller à Rennes et on va essayer d'aller jusqu'à Rennes, Dinard, Saint-Malo qui sont des lieux où il y a beaucoup d'hôtels, beaucoup d'activités, c'est hyper dynamique.
- Laurent David
Vous privilégiez l'approvisionnement en circuit court et une offre 100% française depuis l'ouverture de votre entreprise. Est-ce que vous avez rencontré des difficultés à le mettre en place ?
- Tiphaine Turluche
Je me suis lancée en août 2020 Je savais une chose, c'est après ma tournée de tous les producteurs bretons que je venais de finir, c'est qu'à partir d'à peu près mi-novembre, les premières gelées bretonnes, ils allaient me dire, on n'a plus de fleurs, revient en février. Donc je me suis lancée en août en me disant, a priori, à partir de mi-novembre, je ne sais pas, je n'ai pas de solution. J'étais très flexible à l'époque sur l'idée. Peut-être que mon modèle, ce sera de bosser à fond pendant 9 à 10 mois et d'être en dormance pendant les 3 mois d'hiver et de s'occuper de la compta. Et voilà. Il se trouve que je suis entrée en contact via Instagram et grâce au collectif de la fleur française avec une ferme florale qui est basée dans le Var qui m'a dit, mais nous, on peut t'envoyer des fleurs. Et donc, mi-novembre 2020, hop, je bascule avec eux et ça va être bientôt le sixième hiver qu'on bosse avec eux. De fait, au bout d'un an, j'avais constitué mon réseau de fermes florales partenaires avec qui travailler. Donc, j'avais résolu cette première équation, je peux avoir des fleurs toute l'année. La question d'après, c'était la seconde année, et c'est aussi pour ça que je suis restée toute seule pendant deux ans avant d'être sûre que les Bodanemon allaient devenir quelque chose. C'était, est-ce que je peux maintenant être dans une démarche où je peux commander des gros volumes de fleurs avec une couleur précise pour une date très très précise et avec zéro flexibilité ? Et c'est pour ça que cette seconde année-là, j'ai lancé les mariages. Je me suis dit, un mariage, c'est parfois 2000, 5000 tiges de fleurs. Et puis si les mariés m'ont dit on veut un mariage blanc et bleu, je ne peux certainement pas leur donner des fleurs rouges. J'ai rajouté ce degré de complexification de l'approvisionnement. C'était le sujet vraiment parce que je ne voulais pas sortir du 100% fleurs françaises. Et je voulais pouvoir démontrer que c'était faisable. Et donc cette seconde année, on a fleuri 14 mariages. Ça s'est super bien passé. J'ai dû adapter la pédagogie, la relation client, etc. pour qu'eux soient flexibles. On ne parlait plus de nom de fleurs, on parlait d'univers de couleurs et de formes. Ces 14 mariages se sont tellement bien passés qu'ils nous ont fait un bouche-à-oreille de fou et que l'année d'après, on en a eu 44. C'est comme ça que je me suis dit, go, je vais pouvoir faire quelque chose des Bodanemon, je recrute, je fais un premier rapport de fonds et on se lance. Mais l'approvisionnement, tant qu'il n'était pas... tant que je n'étais pas certaine de pouvoir avoir des fleurs françaises dans toutes les couleurs, quel que soit le mois, je ne savais pas défendre mon modèle. Donc il a fallu deux ans pour être sûre de moi.
- Laurent David
On sent que la dimension de l'impact de votre entreprise, elle est primordiale. Est-ce que pour autant, on peut dire que vous avez eu la volonté de créer une entreprise exclusivement écologique ?
- Tiphaine Turluche
Les gens pensent que je suis, à titre personnel, extrêmement engagée, hyper consciente de tout, etc. Moi, c'est l'inverse. C'est les bottes d'anémon qui m'ont amenée à découvrir des choses et à me prendre ma première claque climatique. Mais quand j'ai lancé en 2020, j'étais plutôt en mode très, très pragmatique. Il ne faut pas oublier que je viens de 10 ans du monde anglo-saxon. course au large, donc ça marche, on continue, ça marche pas. Enfin, très pragmatique, les Anglais. Et du coup, je me dis, il y a des fleurs en Bretagne et en France pendant une certaine saison, je comprends pas pourquoi on les importe. Pourquoi est-ce qu'on chauffe les serres alors qu'on a des fleurs de saison qui sont hyper belles et on a la technicité de pouvoir faire sans mousse florale ? Pourquoi on continue avec la mousse florale ? Ok, très bien. De fait, les bottes d'anémone, ça sera trois piliers d'engagement qui serviront de filtre à chaque fois. On ne fera que des fleurs françaises à 100%, que des fleurs de saison et zéro mousse florale. Tout ce qu'on a lancé, on l'a lancé au fur et à mesure en passant par ce filtre-là. Ce n'était pas de l'engagement type j'ai eu ma claque climatique, j'ai voulu changer de vie. C'était vraiment juste on part comme ça. Et ce qui s'est passé, c'est qu'en 2022, on a lancé une toute petite production de fermes florales. Peut-être qu'on en reparlera. Cette année-là, c'était une année de sécheresse. et j'ai compris que je ne comprenais rien à ce qui se passait d'un point de vue climatique. Et donc, je me suis dit, il faut que je m'instruise, il faut que je comprenne. Et là, je me suis dit, je me suis inscrite à la Convention des entreprises pour le climat. Et c'est en janvier 2023, donc trois ans après la création de l'entreprise, que j'ai pris ma première claque climatique, à non plus dormir, à avoir des crampes d'estomac, etc.
- Laurent David
On a parlé de votre concept, travailler notamment en circuit court avec de la fleur française, avec aussi des emballages réutilisables ou recyclables. Tout ça, j'imagine, ça engendre des coûts supplémentaires. Si c'est le cas, est-ce que ces coûts, ces surcoûts, coup vous les répercutez sur vos prix de vente ou est-ce que vous avez fait le choix de renier sur vos marges ?
- Tiphaine Turluche
Sur la partie fleurs fraîches, on n'a pas de différence à l'achat. du prix à la tige, du coût pour nous à la tige d'achat. Et l'autre avantage qu'on a, c'est qu'on ne dépend pas des fluctuations du frais aérien. Donc on n'a pas de sujet pour un bouquet moyen à 30 euros, on n'a pas de sujet de différence de taille. À budget égal, les tailles de nos bouquets sont égales, voire un peu plus grosses chez nous, c'est ce que les clients nous disent. En revanche, on peut questionner le prix, on peut questionner la valeur. Ils savent qu'avec ce bouquet, il n'y a pas de détruit d'écosystème ou de santé humaine ou de santé biodiversité, etc. Et souvent, c'est un bouquet qui va durer plus longtemps parce qu'en fait, il est beaucoup plus frais et il n'a pas eu de choc thermique de par les différentes étapes de transport en avion réfrigéré, etc. Là où nous, on se positionne un peu différemment, c'est qu'on est beaucoup dans le service. Et donc, évidemment, ce service, on le facture. Et donc, on est cher sur cette partie-là parce que c'est du temps humain, des frais kilométriques, etc. Et là où on a un cas de conscience en ce moment qui est assez révélateur de ce qu'on essaye de faire et jusqu'au boutisme dans la partie emballage, c'est qu'on est en train de lancer une gamme de fleurs séchées qu'on sera capable d'expédier au national, alors que jusqu'à présent, notre modèle, c'était vraiment en ultra local. Ces fleurs séchées, on a une partie qui est vraiment des fleurs séchées, des créations qui sont créées au botte d'anémone, faites par les bottes d'anémone et qu'on envoie. Et on a lancé cette année une autre sous-activité séchée qui est les kits à réaliser soi-même, les do-it-yourself. Le but de ces kits chez nous, c'est d'essayer de les répertorier, de les faire référencer plutôt chez des natures et découvertes, des bons marchés, en tout cas d'autres grandes enseignes. Et nous, ça nous permettrait des grandes demandes. Pareil, on est toujours dans la recherche de qu'est-ce qui pourrait nous donner une stabilité économique de long terme.
- Laurent David
Faire du volume régulièrement.
- Tiphaine Turluche
Voilà. Donc, il faut qu'on marche suffisamment pour... tenir compte de la marge des revendeurs. Et en ce moment, on a un sujet sur la boutonnière. La boutonnière, c'est le petit accessoire qu'on met sur le cœur, sur les costumes des hommes. Sous les fleurs, il y a une petite structure qui est en forme de T qui, pour le moment chez nous, est en plastique. On a une personne de l'équipe qui a trouvé comment les faire faire en bois par une boîte du coin. La logique voudrait qu'évidemment, on bascule. Sauf qu'en ce moment, nos boutonnières, même si on en achète 2000, coûtent 2,50€. versus 0,25, donc c'est 10 fois plus cher. Donc, pour des créations qu'on fait chez nous, très belles, où les gens vont avoir le produit fini, hyper travaillé, on arrive à l'intégrer dans le coût et dans les marges, et ça n'est pas de souci. Pour les kits, on a quand même envie que ça soit plutôt accessible, et on a envie que notre marge, il en reste quand les revendeurs auront pris la leur. Et donc, c'est un grand débat dans l'équipe de, en fait, si on fait ça, on ne gagne plus suffisamment d'argent pour les mettre chez les revendeurs. Or, cette sous-collection-là, le but, c'est de la mettre chez des revendeurs. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on maintient le plastique ? Mais du coup, on n'est pas tout à fait droit dans nos bottes. Pardonnez le jeu de mots. Et donc là, on est reparti dans le point zéro. On a dit, on démarre avec le plastique. En revanche, on fait trois autres devis et on challenge les fournisseurs jusqu'à ce qu'ils nous aident à faire en sorte qu'on ait du bois. Tout ce qu'on fait, on cherche à aller tout au bout de tout au bout de tout au bout. Si nous-mêmes, on était un consommateur qui a envie d'aller chercher la petite bête, on ne la trouverait pas. Donc on est dans cette démarche permanente sur tout ce qu'on propose d'amélioration continue finalement.
- Laurent David
Vous avez raison de le dire, vous faites beaucoup de choses. Vous avez aussi rejoint le collectif de la fleur française. Par ailleurs, les bottes d'Anemone est une entreprise à mission, une entreprise même solidaire d'utilité sociale. Et enfin, vous venez de créer une ONG et d'obtenir le label Bicorp. Qu'est-ce que vous apportent tous ces engagements ? Parce que j'imagine qu'ils demandent beaucoup d'énergie.
- Tiphaine Turluche
Ils demandent beaucoup de dossiers, oui. Alors, le fait de devenir une entreprise à mission... et de solliciter l'agrément ESUS, qui est un agrément d'État. La volonté, c'était, moi, Tiffaine, j'ai conscience que ce modèle, il peut marcher. Je veux que s'il marche, il garde ses valeurs. C'est-à-dire qu'on a fait un bilan carbone très tôt, pour savoir l'empreinte carbone par création qui sort de l'atelier. Si on se développe, on doit garder au moins le même impact, voire le réduire. Je savais que j'allais faire appel un jour à des associés, à des investisseurs. Je voulais blinder. les choses. Je voulais aussi, s'il y avait une équipe qui allait arriver, j'allais commencer à recruter. Et donc, je me suis dit, la meilleure façon de sécuriser le fait que les Baudanemones, c'est une entreprise qui a ces valeurs-là, c'est dans les statuts. Bicorp, c'est un tout petit peu différent. Il y a le plaisir de se placer sur des rails, un label exigeant pour pouvoir être vraiment bossé sur tous les aspects de notre impact et pas que l'environnemental, parce qu'au début, on n'était que environnemental. Ça nous a un peu ouvert les chakras sur les autres façons d'être une entreprise engagée. Et il y a aussi, et ça je ne le cache pas, le fait que Bicorp, ça résonne dans les plus grands comptes. Ils savent ce que ça veut dire. Et juste, ils ne savent pas ce que ça veut dire. Et nous, dans notre clientèle et dans notre stratégie de s'ouvrir à des plus gros clients qui dépendent de gros groupes et qui ont des services achats. Et si je dis qu'on est Bicorp, ils disent « Oh waouh, super ! » Ça rentre dans nos critères. Donc, on se prépositionne pour être compris des services achats. et puis... Très vite, ça libère des choses pour la clientèle B2B principalement. Et c'est du boulot qui nous permet d'établir aussi des indicateurs et d'en suivre alors qu'on n'en suivait parfois pas. Le jour où on a démarré notre bilan carbone, je me souviens très bien de l'organisme qui est venu. Elle dit, Tiffaine, combien de kilos de poubelles de papier vous utilisez chaque année ? Je ne sais pas, mais on a zéro déchet. Oui, mais combien de kilos ? Moi, je dois remplir un chiffre dans un Excel. Combien de kilos de déchets de bois ? Bah je sais pas, mais on est zéro déchet, ça doit pas être grand chose. Et à chaque matière, elle me demandait. Je me suis rendue compte, et j'avais un peu honte, qu'on savait pas répondre. Et donc c'est là qu'on a enclenché plus fort des indicateurs pour mesurer. Beaucoup de choses qu'on peut mesurer, mais on reste une petite équipe, donc on n'arrive pas à tout mesurer.
- Laurent David
Ce qui est marquant dans votre parcours, c'est que vous avez beaucoup évolué, vous avez lancé beaucoup de nouvelles offres. Comment vous faites, comment vous procédez, et comment vous financez ce travail ?
- Tiphaine Turluche
J'ai lancé, les cinq premières années, un nouvel type d'offres ou un nouveau type de clientèle par an. Donc la première année, c'était les bouquets de la semaine, c'était que des particuliers. La seconde année, c'était la clientèle mariage, donc toujours que des particuliers. La troisième année, on a ouvert une clientèle B2B. Et là, on est passé, entre l'année 2 et 3, de 80% de chiffre d'affaires, mariage, 20% e-commerce, on va dire, à l'année suivante, tout ça, c'est devenu 50% B2C et B2B qui sont venus prendre 50% de notre chiffre d'affaires. Donc il y a eu des gros twists et beaucoup de galères inhérentes à ça, notamment en tréso, parce qu'on passait du... du fait de pré-payer au fait de payer après la facture, il y a eu plein de trucs. Il y a eu deux étapes sur le financement. La première étape, c'était au bout des deux ans, quand je me suis dit, en fait, je peux faire quelque chose de cette entreprise, j'ai besoin d'aide. Mais c'était hyper jeune, c'est-à-dire que j'avais vraiment besoin d'aide de structures ou de personnes qui allaient croire très tôt qu'on était capable de faire quelque chose, alors qu'on faisait, entre guillemets, pas grand-chose. Et donc, on a été soutenus très tôt par France Active Bretagne via un prêt d'épargne, l'épargne solidaire. qui finance France Active, qui refinance des projets de l'économie sociale et solidaire. On a été soutenus par le service économie sociale et solidaire de la région Bretagne, donc 50 000 euros chacun. Et ensuite, on a fait un complément avec le réseau entreprendre Bretagne qui m'a intégré, je suis devenue lauréate, et qui a apporté 40 000 euros. Donc en 2023, on a reçu 140 000 euros pour pouvoir m'aider à franchir ce premier cap, les premiers recrutements, former une fleuriste. parce qu'en fait, c'était encore moi qui faisais tout. Pouvoir me détacher de la partie atelier pour pouvoir continuer le développement. Et ils ont financé pas mal de BFR pour qu'on puisse entrer dans un gros atelier et avoir la place de se développer. Et la refonte du site web. Le site web, au début, il était très site vitrine. C'était beaucoup de... Plus un format blog, finalement. On pouvait acheter des choses dessus, mais il fallait tellement de clics. Il fallait vraiment le vouloir pour acheter un bouquet. Maintenant, on arrive, on trouve très vite le fait qu'on vend des bouquets et tout ça. Et donc, la première étape de financement, c'était celle-ci. Année 4, on était en autonomie dans notre fonctionnement et dans notre croissance. Et puis, en fait, on se développe beaucoup et vite. Et donc, rebelote, crise de croissance. Et rebelote, mince, en fait, on est à deux doigts de réussir, mais on n'a plus de sous. Ça a été tous les ans, depuis le début des Bodanemon. Quand on est toute seule, qu'il n'y a pas de salaire, pas de Jursaf, pas de machin, ça passe. Quand il commence à y avoir des salariés, en fait, là, on loupe pas les échéances. On les fait pas sauter. C'était un peu fini, la bidouille. en années. quatre, donc il y a un an. Je me suis dit, en fait, je ne pourrais pas tenir si je ne fais pas une ouverture de capital. Et j'en ai ressenti le besoin aussi en termes de solitude. Quand même, j'aimerais bien pouvoir appeler quelqu'un qui a déjà vécu tout ce que je suis en train de vivre et qui me dise « Ah oui, oui, je me souviens. » Et nous, ça s'était passé comme ça.
- Laurent David
Embarquer des partenaires dans l'aventure.
- Tiphaine Turluche
Ouais, vraiment. Et pouvoir avoir du retour d'expérience, ça manquait. Et donc, j'ai ouvert le capital. Les premiers associés sont arrivés Dieu. cette année.
- Laurent David
Quels profils ils ont ?
- Tiphaine Turluche
Ce sont des gens, je pense, qui adorent l'adrénaline, qui adorent l'idée de se lancer dans un pari-foot, de développer ou reconstruire une filière et qui vraiment sont défenseurs. Ils ont un grain de folie incroyable qui est de croire à des trucs impossibles mais qui détestent qu'on dise que c'est impossible. Exactement comme moi, j'ai à l'intérieur de mes tripes. Donc c'est pour ça, je pense qu'on s'est aussi bien entendus. Il y a un d'eux qui est l'ancien PDG monde de Décathlon. qui a géré plusieurs antennes, qui a géré des fortes croissances, qui a géré des déploiements logistiques, des sujets d'approvisionnement, qui est génial dans ce contexte de se projeter dans le futur des Bud Anemon. Il y a l'un d'eux qui est l'un des cofondateurs d'Hello Work. Et lui, il a monté deux startups qui sont devenues des super boîtes et qu'il a revendu les deux fois. Donc, entrepreneur à succès, mais qui a besoin d'être au début parce que c'est ça qu'il nourrit. Un troisième qui est un dirigeant de Longdaz, c'est-à-dire qu'il a créé une boîte il y a 30 ans. Elle est pérenne. Et donc, il a un regard différent par rapport aux autres et vraiment une grande stratégie parce qu'il est dans le business des agendas papiers. Et donc, moi, je me suis dit, ce gars-là, il est super smart parce qu'il vend des trucs dont les gens n'ont pas. pas besoin, comme moi, avec mes fleurs. Je me suis dit, il va nous aider, c'est sûr. Il va m'apporter des choses et ça s'est vérifié dès le premier comité stratégique. Et la dernière personne qui a rejoint le comité stratégique, déjà c'est une femme, donc je suis très contente parce que du coup ça a fait deux femmes, trois hommes dans le comité stratégique et avec un profil plus jeune, moins de long terme mais une expérience assez intense dans les Émirats à installer des marques françaises dans un nouveau pays. Elle vient me challenger sur une vision évolution de marque. pour se positionner auprès des grands comptes. Ce qu'on a besoin de faire dans notre déploiement, que ce soit du côté de l'hôtellerie ou du côté des fleurs séchées et de notre déploiement au national. Donc, ils ont tous des profils hyper complémentaires. Et les comités stratégiques, quand on sort, je pense qu'on est tous en ébullition. C'est assez magique ce qui se passe dans ces après-midi-là.
- Laurent David
Vous avez aussi embauché des collaborateurs, des collaboratrices. Comment ça s'est passé ?
- Tiphaine Turluche
C'est un beau défi de l'entrepreneur, surtout. quand on est entrepreneur fondateur, c'est-à-dire qu'on démarre tout seul. Alors moi, ce n'était pas mon garage, mais c'était au fin fond de ma chambre d'amis, toute seule, au Bonneau. Et je faisais tout pendant deux ans. Et puis après, il y a une première personne qui est arrivée, qui était en alternance. Et en fait, j'ai choisi au début ce sur quoi j'étais nulle. Donc elle est venue s'occuper du site web. Au fur et à mesure du développement de l'activité, j'ai recruté là où je pensais que quelqu'un pouvait mieux faire et que moi, il fallait que je sorte et que je ne le fasse plus. Très vite, une personne fleuriste. Étape numéro 2, je livrais tout le temps. Donc j'étais sur la route tout le temps. Donc en fait, je ne pouvais pas répondre ni aux mails, ni aux demandes de devis. Et j'ai perdu la réactivité. Donc j'ai recruté quelqu'un en logistique. Étape 3, recrutement B2B. Et puis là, les recrutements de cette année, c'est plutôt une personne qui est en alternance, qui vient s'occuper de la clientèle mariage. Comme notre clientèle B2B, on a un accompagnement différent pour les gens qui se marient et qui préparent leur mariage. Moi, j'avais déjà fait... 200 accompagnements de mariage, j'avais fait le tour du sujet. Et donc, j'avais besoin de transmettre ça pour pouvoir, moi, aller préparer du déploiement au national ou vers Rennes, selon quel type de client on vise.
- Laurent David
Il y a une question que se posent beaucoup de candidats à la création d'entreprise qui les angoissent, c'est est-ce qu'on arrivera à se payer ? Quand est-ce qu'on arrivera à se payer ?
- Tiphaine Turluche
Au début, je ne me suis pas payée parce que j'avais mis des sous de côté. Ensuite, je me suis payée, donc la deuxième année. Et au début de la grosse accélération B2B, donc c'était entre la 3 et la 4, On s'est retrouvés avec, jusque-là, que des particuliers qui réglaient avant. À tout d'un coup, on n'a jamais eu autant de visibilité et j'ai jamais eu autant de problèmes de trésor. Qu'est-ce qui se passe ? Et en fait, ce premier grand compte, on les facturait fin de mois, quand nous, on avait acheté dès le début de mois des fleurs pour eux, et puis beaucoup, parce que c'était un gros client. Et eux payaient de façon hyper régulière et parfaite à chaque fois depuis le début, mais à 30 jours. Donc j'avais 60 jours de fleurs où j'avais payé, mais elles étaient dehors. Et donc... Pendant toute cette phase-là, moi j'ai arrêté de me payer parce que j'avais des salaires à sortir. On a fait un truc quand même, c'est que ça partait en compte courant d'associés. Donc on créait des bulletins de salaire et en se disant qu'un jour je vais réussir à récupérer ce sur quoi je ne me suis pas payée.
- Laurent David
Et là on fait comment ?
- Tiphaine Turluche
Bah c'est chaud.
- Laurent David
C'est chaud.
- Tiphaine Turluche
C'est super chaud. On fait le dos rond quoi. Moi j'ai la chance d'être super bien entourée aussi. J'ai quand même par deux fois demandé de l'aide à mon conjoint. Et c'était horrible pour moi. Mais pour lui c'était pas un sujet, enfin juste il croyait. plus que moi, je pense, dans cette phase-là au bot d'Anemone. Votre question initiale, c'était « Quelqu'un qui se lance, comment il doit réfléchir ? » La vraie réponse, c'est « Pôle emploi, ça ne suffit pas. » C'est deux ans, mais en fait, deux ans, c'est à peine le temps de réfléchir à quelle entreprise on va lancer et de la lancer. Et il faut quand même de l'argent de côté pour les mois durs, parce qu'il y en aura, et il faut quand même un réseau proche capable d'aider en cas de besoin. Et c'est une vraie vérité. C'est-à-dire que dans toutes les entreprises qui se sont lancées, qu'elles soient Impact ou Autour de moi, Les seuls qui ont tenu le coup, c'est parce qu'ils ont eu à un moment un proche qui est venu aider.
- Laurent David
Donc partager son projet avec ses proches, que ça devienne un projet collectif un peu.
- Tiphaine Turluche
Moi, je n'aime pas l'idée de mettre la famille dans son business. Mon expérience de l'entrepreneuriat, c'est déjà tellement dur. On embarque déjà. de force notre entourage. Toute notre énergie et notre bande passante, elle passe sur l'entreprise. Moi, je dirais d'en prendre soin et d'essayer de ne pas planter l'économie de la famille en plus de celle de la boîte.
- Laurent David
Vous avez eu ce mot tout à l'heure, l'entrepreneuriat, c'est tellement dur.
- Tiphaine Turluche
Oui, mais cheveux blancs, je n'avais pas de cheveux blancs avant l'entreprise. Si, j'avais eu un premier cheveu blanc, mais je savais qu'il n'y en avait qu'un à l'époque. Oui, c'est mon expérience, mais c'est celle de toutes les personnes dont la boîte dure. C'est-à-dire qu'il faut tellement donner en énergie, il faut avoir les reins solides financièrement, il faut avoir une sorte de grain de folie qui fait qu'on ne devient pas fou quand on voit la trésor qui fond et qu'on se dit que ça va passer. Il y a une résistance au stress, une résistance à la peur et une capacité à croire, même quand on est au fond du fond du fond du gouffre de catastrophes, que tout le monde n'a pas. Et c'est en ça que je dis que c'est dur parce que moi, je suis une optimiste. et je suis une aussi hyperactive, je me suis quand même plusieurs fois sentie abattue. Et plus le projet grossit, plus quand il y a un coup dur, je mesure l'ampleur des conséquences qui pourraient arriver. Et puis l'épuisement, en fait, on est tout le temps, tout le temps, tout le temps dessus. Quand on n'est pas dessus, le cerveau mouline quand même dessus. Donc en fait, il y a des moments où on est crevé. Et donc en fait, moi, je me suis mise à pleurer pour des trucs qui n'avaient rien de grave. Mais la fatigue fait qu'on est en émotion, ça va vite.
- Laurent David
Si on se projette un peu sur des éléments comptables, est-ce que vous pouvez nous donner une petite idée d'aujourd'hui ce que représentent les bonnes d'Alémone en termes de chiffre d'affaires et puis un petit peu de rentabilité de résultats ?
- Tiphaine Turluche
Il y a un premier chiffre dont je suis très très fière qui est Lulu Berlu qui en 2020, à qui on a dit tu ne pourras pas faire un business en fleurs françaises, a déjà vendu 500 000 euros de création avec que des fleurs françaises de saison et sans mousse florale. Le chiffre d'affaires, il a suivi, c'était 33 000, 60 000, 100 000. 143, je crois, l'an dernier. Et là, on vient de dépasser les 200. Donc, j'en suis super fière. Mais le chemin, il est long à parcourir parce qu'on n'est pas une entreprise rentable. L'ambition, c'est de faire beaucoup plus que ça parce qu'en fait, il y a six salaires. Il y a beaucoup d'investissements en amont sur des projets. Par exemple, pour pouvoir développer notre gamme en fleurs séchées, on vit en Bretagne. Dans notre atelier, il y a plus de 80 % de taux d'humidité. Des fleurs séchées, ça déteste, ça moisit. Donc, on a dû créer un sous-atelier dans l'atelier. dans lequel on maîtrise le taux d'humidité. Et ça, c'est coûteux. Et donc, on perd toujours de l'argent et on a l'ambition de renverser cette tendance d'estaner grâce notamment au déploiement sur toute la France.
- Laurent David
Et vous pouvez nous dire d'ailleurs quel chiffre d'affaires il faut atteindre pour arriver au point mort, à l'équilibre ?
- Tiphaine Turluche
Il faut qu'on double. Il faut qu'on fasse plus que x2. En fait, je pense que si on voulait être très bien, il faudrait faire x2,7 de chiffre d'affaires. Donc vraiment approcher les 500. Est-ce qu'on va réussir cette accélération ? C'est quand même énorme à l'échelle d'une petite boîte. Après, je pense qu'on a vraiment les personnes pour maintenant dans l'entreprise et ça n'a pas été si simple de les trouver parce que du coup, entreprise à impact, on a beaucoup de candidatures quand on les compare à d'autres boîtes dans le Morbihan. En revanche, on n'a pas des gros salaires. Donc, on trouve des profils qui sont hyper engagés, mais il faut quand même qu'ils puissent vivre. et donc ils ne sont pas faciles à trouver ces profils-là et donc maintenant je pense qu'ils sont dans notre frise et donc on est en capacité d'absorber cette forte croissance.
- Laurent David
Vous nous avez beaucoup parlé d'impact, de sens. Est-ce que dans ce cadre-là, cet objectif d'équilibre, il reste très important ?
- Tiphaine Turluche
Il y a une réalité que moi je ne perds jamais de vue qui est changer le monde de la fleur, une tige à la fois, ça ne marche que s'il existe. Et la boîte n'existe que si économiquement elle tient. C'est-à-dire que ce n'est pas infini. Le fait qu'il y ait des gens qui vont croire dans le projet et mettre des sous dedans, ou bien qu'on aura des prêts ou des choses comme ça, des financements. Déjà, on a réussi à lever des fonds alors qu'on n'avait pas un BP magnifique dans un contexte où il y a, je crois, 40% de levée de fonds en moins. Pareil, je crois qu'il y a moins de 10% qui sont levés par des femmes. C'était un beau défi et ça a été un long combat de faire cette levée de fonds. Si on n'atteint pas la rentabilité, on aura... jamais la possibilité de dire ce modèle économique qui fonctionne et d'aller ensuite le pousser à toute notre filière. Et le projet des boîtes d'Anemone, ce n'est pas d'être une boîte mignonne à vannes qui fait des fleurs et qui est sympa, c'est de renverser la filière. C'est-à-dire de, par l'exemple, dire ça y est, on a trouvé un modèle économique qui fonctionne et il faut que ça fonctionne de telle façon, avec telle équipe, tel type d'activité, etc. Et ce modèle-là, on va le dupliquer jusqu'à ce qu'on ait suffisamment dupliqué pour que la filière entière se renverse. et notre ambition, c'est qu'en 2030, le ratio 90% de fleurs importées et 10% de fleurs locales soit inversé grâce au bot d'anémon à l'échelle du Grand Ouest. Et puis après, on ira plus loin. Donc ça veut dire par des antennes, mais ça veut dire par d'autres choses aussi. Il va y avoir une brique de formation, parce qu'on a beaucoup de demandes de gens qui veulent faire de la formation professionnelle pour comprendre comment ils peuvent fonctionner. Mais la formation, moi j'ai envie de la lancer qu'une fois qu'on est sûr d'être rentable, parce que j'aimerais pas aller former des gens qui vont au casse-pipe.
- Laurent David
Tout ce qu'on vous souhaite, c'est de réussir ce beau pari.
- Tiphaine Turluche
Merci.
- Laurent David
Le plus vite. Et puis en tout cas, un mille merci pour ce beau partage d'expérience.
- Tiphaine Turluche
Merci beaucoup.
- Laurent David
Merci d'avoir écouté ce nouvel épisode de Vision de Pro, le podcast d'Orange Pro. S'il vous a plu, je vous invite à en parler autour de vous, à le partager ou à laisser un commentaire. Découvrez également tous nos conseils pour les entrepreneurs dans le magazine d'Orange Pro. A très bientôt !