- Speaker #0
Ce podcast vous est proposé en partenariat avec ByNative, le spécialiste du voyage sur mesure porté par des experts locaux francophones. Parlez-moi d'ailleurs, un podcast Voyage Gallimard. Bienvenue ! Aujourd'hui, laissez-vous raconter l'Italie du Nord par celles et ceux qui la vivent.
- Speaker #1
Je commencerai la journée par aller prendre un cappuccino dans un café. Pour moi, c'est vraiment comme ça que débute une journée italienne avant d'aller me balader. Et je prends un cappuccino et un cornetto alla crema. L'art du petit déjeuner au comptoir.
- Speaker #0
Julie Inato le pratique depuis toujours. Cette franco-italienne est l'autrice de plusieurs guides coup de cœur Voyage Gallimard sur l'Italie, dont le guide qui concerne notre destination du jour, l'Italie du Nord. Comme nous avons déjà réalisé un podcast qui évoquait Milan et les Grands Lacs, que vous pouvez retrouver sur votre plateforme préférée, cette fois-ci, nous vous proposons un zoom sur Turin, qui dispose de sa propre boisson locale.
- Speaker #1
C'est un rituel, en fait, on peut boire un biccherine, qui est une boisson typique de Turin, qui est un mélange de café, de chocolat et de crème fouettée.
- Speaker #0
Ensuite, Julie nous fera découvrir la région de la Vénétie.
- Speaker #2
Il y a un peu de production textile dans toute la botte, et on peut dire que le Nord s'est spécialisé dans la production textile des soies, notamment en Lombardie et dans le Friul Vénécite Giulia.
- Speaker #0
Et pour cela, elle sera accompagnée de Stefania Giannici, une artiste vénitienne à qui j'ai demandé de nous dévoiler les formes d'artisanat d'art que l'on peut croiser en visitant le Nord de l'Italie. Enfin, ce podcast s'achèvera par la lecture d'un extrait du roman. L'enfant perdu, signé Elena Ferrante. Venise, Bologne, Turin, des montagnes et des mers, mais aussi des canaux. L'Italie du Nord vous permet d'ouest en est de traverser mille paysages, avec une constante, l'art de la dolce vita. Tout dans ces villes et dans ces décors raconte l'Italie, les monuments, les cathédrales et les villas paladiennes et puis les sentiers romains encore présents. Julie Innato, notre guide pour cet épisode, a choisi de prendre Turin pour point de départ de cette visite.
- Speaker #1
Turin, c'est une ville qui a plusieurs visages, comme beaucoup de villes italiennes, puisqu'elle témoigne des différentes phases de son histoire. Et moi, c'est vraiment ce que j'aime dans Turin parce que c'est particulièrement marqué. Et donc on a à la fois le côté ville industrielle des années 50, où justement lors de l'exode rural de l'après-guerre, beaucoup d'Italiens du sud sont venus vers le nord. C'est le cas notamment de ma famille paternelle, pour venir travailler à la FIAT.
- Speaker #3
Torino était une ville grise. Il y avait une ville de sécurité économique. Involue sur soi-même. Il y avait du mal. Il n'exprimait pas du tout les beautés qu'il avait.
- Speaker #4
Perpénisme, affreux.
- Speaker #3
Il les cachait presque en peur de... de les autres villes qui sont là. Quand j'étais petite,
- Speaker #1
Turin était une ville grise.
- Speaker #0
C'était une ville qui venait à l'envolée sur elle-même et qui dissimulait craintivement tous ses bouts. Le côté positif,
- Speaker #3
c'est que cela apportait une sécurité économique,
- Speaker #0
au contraire d'une ville comme Rome.
- Speaker #3
Et le côté négatif, c'est qu'il y avait cet esprit bien pensé. Turin est une beauté qui se laisse découvrir lentement,
- Speaker #0
à son propre rythme.
- Speaker #1
Il y a ce passé industriel qui est toujours présent dans les bâtiments industriels qui ont été réhabilités. Et puis, on a aussi toute la partie de la ville royale, puisque c'était vraiment le siège de la maison de Savoie. En fait, la maison de Savoie a transféré sa capitale de Chambéry à Turin. Et Turin a été même la première capitale de l'Italie unifiée en 1861. Et de ce passé royal subsistent encore énormément de bâtiments baroques. Et en plein cœur de Turin, on a... Autour de la piazza Castello, on a le Palazzo Reale, le Palazzo Madama, on a tous ces palais comme ça, baroques. Quand on s'engouffre dans la grande villa Garibaldi qui part de cette place et qu'on fait un pas de côté, on arrive plus dans des rues très étroites, donc on retrouve un petit peu l'âme médiévale. Et puis on a toute la partie du pot, donc le fleuve qui traverse Turin, avec le Parco del Valentino qui est cet énorme parc. C'est un petit peu le central parc de Turin qui abrite aussi une des résidences des Savoies, le château du Valentin. Et puis aussi un petit bourg médiéval qui a été reconstitué vraiment comme au Moyen-Âge, avec les ruelles, qui a été reconstituée de toutes pièces au XIXe siècle et qui est toujours là et qui est une attraction assez sympa en famille notamment. Donc si on veut vivre à l'heure turinoise, comment tu organiserais ta journée ? Donc je commencerai la journée par aller prendre un cappuccino dans un café. Pour moi c'est vraiment comme ça que débute une journée italienne avant d'aller me balader. Et je prends un cappuccino et un cornetto alla crema. C'est un croissant à la crème, à la fleur d'oranger. Et pour moi c'est vraiment la saveur d'une journée qui commence en Italie. Donc j'adore commencer par ça, tous les cafés le font. J'adore pousser la porte de ces cafés, d'entendre la télé. On est tout de suite plongé dans l'atmosphère. Ça débat au comptoir. Il y a beaucoup de gens qui préfèrent boire un petit café à la banque, comme ça, au comptoir. Et donc, tout de suite, on est dans l'ambiance. Après, je pense que j'irai flâner dans le marché de Porta Palazzo. Puisque c'est très animé, c'est un marché où j'aime bien aller le matin, comme ça. Donc, un marché à ciel ouvert gigantesque. Ensuite, j'irai me balader derrière dans le Borgo d'Ora, qui a été réhabilité il y a une vingtaine d'années. Aujourd'hui, on a tous ces petits commerces, ces petits cafés. C'est un quartier un peu bohème avec des friperies. J'aime bien me perdre comme ça dans ce quartier. Et puis, je reviendrai vers les Halles Couvertes de Porta Palazzo. Dans beaucoup de villes d'Italie, il y a des marchés centraux comme ça. Donc là, le Mercato Centrale, c'est le même principe. c'est-à-dire qu'il y a à la fois des marchands et à la fois des endroits où on peut s'arrêter pour déjeuner. Il y a aussi une école de cuisine. Pareil, c'est un endroit qui est très vivant, assez lumineux et du coup pour déjeuner, je trouve que c'est assez chouette. Après, j'irai sûrement me promener du côté du pot pour une petite promenade digestive. Par exemple, à vélo, c'est très agréable. On peut facilement trouver un loueur de vélo ou prendre un vélo partagé et puis longer comme ça les rives du Pau et se faire une balade. Ça permet de voir la ville sous un autre jour et puis d'apprécier aussi la partie un peu plus sauvage parce qu'on peut s'échapper sur la rive gauche du Pau. C'est très sympa, il y a toute une grande boucle à faire. Et à l'heure du goûter, j'irai probablement du côté de la Piazza Castello de la Via Garibaldi. Là, on trouve notamment des glaciers et des pâtisseries. Et il y a notamment le café Réal qui se trouve dans le Palazzo Réal. Et donc, c'est le café royal. Et là, on peut notamment tester la merenda Réal, qui est le goûter royal.
- Speaker #5
C'est délicieux. C'est presque à manger tellement il est compact. Et puis, je vois qu'il y a plein de gâteaux là. Ça, c'est les bagnati.
- Speaker #6
C'est tout. La catégorie, ce sont les bagnates. Ça signifie des biscuits à tremper.
- Speaker #5
Ça, c'est comme un boudoir.
- Speaker #6
Nous, on l'appelle les Savoyardes. Ce sont les plus anciens biscuits du monde. Parce qu'ils ont été créés au début du 1300.
- Speaker #1
Et puis après, en fin de journée, à l'heure de l'aperitif, je pense que j'irai au Murazzi, qui sont les anciens hangars à bateaux sur la rive du Pau. et qui ont été transformées en café avec terrasse. Et ça, c'est très animé. En soirée, c'est très agréable aussi, très vivant. Et pour l'apéritif, c'est vraiment idéal.
- Speaker #0
Et une fois qu'on quitte Turin, ce qui est bien avec l'Italie, c'est que la couverture ferroviaire est très bonne. Donc on peut très vite, en train, rejoindre d'autres villes. Lesquelles ou laquelle tu rejoindrais après Turin, toi ?
- Speaker #1
Alors moi, je voue une grande passion à Venise. Et une fois qu'on arrive en train à Venise, Merci. On arrive à la gare de Santa Lucia et on est directement sur l'île de Venise. Donc on est tout de suite plongé dans cette ville si particulière. Moi, avant de découvrir Venise, je n'étais pas forcément attirée par cette ville. J'avais l'impression de l'avoir vue mille fois. On connaît tous les gondoles, les canaux. Ça ne me tentait pas plus que ça. Et en fait, quand j'y suis allée, j'ai eu vraiment un immense vertige. qui depuis m'habite toujours autant. J'ai besoin d'aller à Venise au moins une fois par an. Alors j'ai appris aussi à découvrir Venise. C'est-à-dire que je fuis les quartiers les plus fréquentés. Bien sûr, la place Saint-Marc, c'est sûr qu'il faut la voir. Mais j'aime aller dans le quartier de Castello, par exemple. Venise, vu d'avion, ça a la forme d'un poisson. Et le quartier du Castello, c'est le quartier qui se trouve dans la queue du poisson. C'est le quartier qui est tout à l'est. Et du coup, c'est très peu touristique. C'est là où il y a notamment l'arsenal, mais il y a aussi les vénitiens qui vivent dans ce quartier. Et donc, quand on se balade... On entend par la fenêtre les gens qui déjeunent, on entend le cliquetis des fourchettes sur les assiettes, le linge suspendu qui flotte dans l'air, les artisans qui travaillent. Et c'est pareil dans le quartier du Dorsoduro. En fait, on peut facilement partout dans Venise laisser les foules et puis se perdre. Mais ce que je conseille par-dessus tout à Venise pour vraiment être sûre de pouvoir la découvrir en toute quiétude, c'est de la visiter le soir tard et la nuit. parce que Beaucoup de gens qui viennent visiter Venise ne dorment pas sur place, donc ils s'en vont le soir. Ce qui fait qu'à partir de 22-23 heures, Venise se vide complètement. Et là, on peut vraiment se balader et capter l'âme de la ville. Et pour moi, elle se réveille la nuit, vraiment. En plus, les rues peuvent avoir des noms, la rue des assassins, le pont du diable. Avec la brume qui monte comme ça des canaux, il y a tout de suite une atmosphère qui est très particulière. Toute la ville est déserte.
- Speaker #0
Alors on est allé un peu vite en train en passant de Turin à Venise, mais peut-être que sur la route on peut s'arrêter, faire quelques haltes en tout cas, qui méritent le détour. Est-ce que toi tu as des destinations ou des haltes préférées ?
- Speaker #1
Alors c'est valable pour toute l'Italie. Mais c'est vrai qu'en Italie du Nord, je trouve que c'est vraiment marqué, c'est qu'on change de région, et on change de paysage, et on change de climat, et on change de dialecte, et on change de gastronomie. Donc si on prend le train et qu'on sillonne l'Italie du Nord, c'est comme si on faisait dix voyages en un. C'est d'une richesse absolue. On peut passer d'un village tel que Ravenne, avec ses mosaïques magnifiques, il y a des mosaïques partout, après Bologne, avec... Ces kilomètres et ces kilomètres d'arcade, qu'est une ville étudiante très vivante, magnifique.
- Speaker #7
Alors, il y a des secrets de Bologne, et là on en a un juste au-dessus de nous. Il y a la figure du diable qui s'est cachée au milieu des figures romaines.
- Speaker #2
Nous voici ensuite Piazza Maggiore, le cœur historique de la ville.
- Speaker #1
Quel surnom a la ville ? Elle n'en a pas qu'un d'ailleurs.
- Speaker #7
Alors, elle en a trois. C'est Bologne la dota, l'érudite, parce que c'est quand même la... première faculté en Europe. C'est Bologna la Grassa, parce qu'on y mange très bien avec la nourriture bolognaise et plutôt généreuse. Et Bologna la Rosa, parce que c'est un bastion communiste, mais aussi parce qu'avec les briques rouges, il y a cette teinte ocre de partout.
- Speaker #1
Après, on peut aller à Milan, on peut aller dans les lacs. En fait, en Italie du Nord, il y a tellement de choses. On retrouve de la montagne, de la mer, de la campagne, de la ville. En tout cas, c'est un territoire très varié qui a plein d'identités, avec des villes qui sont sous-estimées, comme Gênes, comme Ravenne, Férard aussi, qui est une ville médiévale magnifique, avec la ville Adèle Levolte, et par exemple, ça c'est aussi quelque chose à voir, c'est une des rues médiévales les plus anciennes d'Europe, elle fait plus de 600 mètres de long, on est vraiment au Moyen-Âge, donc on a vraiment l'impression de voyager dans le temps, donc moi c'est des atmosphères, c'est vraiment ce que je recherche quand je voyage en Italie. Et dans l'Italie du Nord, on a vraiment une énorme palette d'atmosphères, en passant des villages de pêcheurs de la Ligurie, aux villages de montagnes des Dolomites, en passant par des villes foisonnantes, bouillonnantes, étudiantes, très riches, surtout sur le plan culturel.
- Speaker #0
L'Italie du Nord est le moteur économique du pays. C'est une terre propice au développement de l'artisanat d'art, aux arts décoratifs, à la mode, au design. Vous pouvez, à chaque étape de votre voyage, découvrir des créateurs et des styles qui vont du plus baroque à l'ultra moderne. Stefania Giannici est une artiste vénitienne qui travaille le papier. Elle s'est installée à Venise il y a 14 ans, où elle a ouvert sa boutique Paper Hall. Elle nous partage les noms de ses créateurs préférés en Italie du Nord, mais pour commencer, je lui ai demandé de nous décrire les objets qu'elle crée.
- Speaker #4
Les types d'objets que je crée grâce au papier,
- Speaker #2
c'est tout ce qui est assez traditionnel. Il y a la création de boîtes, grâce à la technique du cartonnage, et il y a les bloc-notes, grâce à la technique de la relure. Même si j'ai décidé de me distinguer de ce qui se fait à Venise, oui. Parce qu'il y a une tradition de la production de livres à Venise. Et moi j'utilise la technique du point de reliure japonais. Et puis je réalise des choses plus insolites, comme des bijoux, des décorations d'intérieur assez inhabituelles pour la culture occidentale, et des petites miniatures de Venise en carton. Ce sont un peu toutes les lignes que j'ai créées.
- Speaker #0
Venise est réputée pour son artisanat justement, alors on peut commencer par là, avant d'aller voir d'autres régions du Nord. Que peut-on découvrir et même quels souvenirs peut-on rapporter dans ces valises ?
- Speaker #4
On est un peu stéréotypés par le fait que dans un lieu où se produisent des merlets, des murs de Murano, des masques.
- Speaker #2
Ceux qui viennent à Venise ont cette idée un peu stéréotypée d'un lieu où l'on produit des dentelles, du verre de Murano, des masques.
- Speaker #4
La ville est généralement connue pour ses productions.
- Speaker #2
Et en réalité, la production est beaucoup plus variée. beaucoup plus vaste. On a toujours tendance à dire que l'artisanat se meurt à Venise. Et c'est en partie vrai, car certaines activités qui ont existé durant des siècles s'interrompent. Mais c'est aussi une ville qui stimule beaucoup les jeunes, les encourage à développer de nouvelles activités. Et je pense que c'est intéressant. C'est clair que tout l'artisanat d'aujourd'hui souffre du tourisme de masse, parce que le tourisme de masse a tendance à chercher les choses pour lesquelles Venise est connue. Et donc se démarquer dans un marché qui est un peu, permettez-moi le terme, aplati,
- Speaker #4
devient parfois difficile.
- Speaker #2
Mais je trouve qu'il y a vraiment beaucoup de propositions intéressantes et que cela vaut vraiment la peine de les découvrir un peu, en s'appuyant sur des personnes qui se démènent pour raconter une Venise plus authentique. Il y a par exemple la production du cuir. Ici à Venise, il y a Miracle Evergoods, qui, elle, fabrique des sacs et des objets en cuir, qui sont tous cousus à la main. Et du côté de la fabrication du verre, alors moi personnellement, j'aime beaucoup les visions très contemporaines de ce qui est plutôt qu'un objet traditionnel à Venise. Donc, sur la fabrication du verre, j'ai choisi deux personnes. L'une, c'est Sunset Yogurt de Cosima, qui a vraiment une vision très personnelle, qui découle de son histoire artistique. Et l'autre, c'est Spazio Vivo, elle crée principalement des anneaux, elle aussi avec une vision très poétique de ce qu'est le travail du verre, et très très personnelle, puisqu'elle puise dans sa culture d'origine chinoise. Donc voilà, j'aime beaucoup l'artisanat contemporain, qui est une vision personnelle presque artistique, à l'inverse de celle qui est plus traditionnelle.
- Speaker #4
C'est une tradition.
- Speaker #0
Et quels sont les autres types d'artisanats d'art que l'on peut découvrir à Venise, mais aussi ailleurs dans la région en Italie du Nord ?
- Speaker #2
Comme dans le reste de l'Italie, on pourrait dire que toutes les régions abritent des artisanats variés et qu'elle soit... se spécialisent sur des types de travail spécifiques. Par exemple, il y a un peu de production textile dans toute la BOTS. Et on peut dire que le Nord s'est spécialisé dans la production textile des soies, notamment en Lombardie et dans le Friuli Venezia
- Speaker #4
Giulia. Ou encore, il y a le velours. Et ici, par exemple, à Venise,
- Speaker #2
il y a la tradition du soprarizzo. Le velours de soie en relief, qui est encore aujourd'hui utilisé pour les tissages Bévilacqua par exemple, ou pour les bénisteries d'art.
- Speaker #8
Les vénitiens procurent aux tisserands venus de Luc l'outil de travail qui leur permet d'exprimer tout leur génie technique. Et les artisans font profiter la cité des Doges du secret de fabrication du velours de soie. Sur leur métier à tisser, ils fabriquent simultanément deux couches de tissu reliées entre elles par des milliers de fils. Ces derniers sont coupés au fur et à mesure par une lame placée entre les deux tissus formant une fibre aux veloutés inimitables. Cette étoffe précieuse devient rapidement l'une des principales sources de richesse de la sérénissime. Dans le quartier du Rialto, épicentre marchand de la cité, le velours s'échange aux côtés de l'or et des épices les plus rares.
- Speaker #0
Dans le textile, il y a aussi la mode qui est très présente en Italie du Nord.
- Speaker #2
Est-ce que vous avez une préférence ?
- Speaker #4
pour des créateurs locaux ?
- Speaker #2
J'aime beaucoup Raptus & Rose, qui est une marque de vêtements entièrement confectionnée ici. Très intéressante, je trouve, car là aussi elle a une vision très personnelle. Malheureusement, la créatrice Silvia Bisconti a disparu il y a quelques années, mais les personnes qui travaillent avec elle poursuivent la même philosophie que cette styliste. Ils sont dans la zone de Belluno, dans les Dolomites. Ensuite, j'ai aussi en tête une autre personne qui fabrique des chapeaux. C'est une modiste qui vit à Udine, près de Trieste. C'est Lara Pontoni de l'Officine L'Amour. Elle fait un travail très intéressant et très personnel avec une recherche de couleurs très précise.
- Speaker #0
Et si l'on souhaite visiter des ateliers d'artisans, est-ce que c'est possible ?
- Speaker #4
Alors il y en a beaucoup et pour moi c'est un peu difficile de choisir.
- Speaker #2
Je peux faire un panorama de différents endroits, certains sont toujours ouverts au public et d'autres en revanche doivent être contactés, donc on les visite un peu sur réservation. Alors parmi les orfèvres, je ne peux pas ne pas nommer celui qui pour moi a aussi été une source d'inspiration. Même si maintenant, il achève sa carrière. C'est Andrea Materassi, à Véronne. Pour moi, il se démarque par sa production d'orfèvreries au comptoir, dans sa boutique, avec des eaux de sèche. C'est une pratique très ancienne.
- Speaker #1
Et toujours parmi les orfèvres, j'aime beaucoup aussi pour l'esthétique Attilio Codognato, qui est très célèbre ici à Venise. Disons qu'il a vraiment une forme d'art, c'est-à-dire qu'il a une vision très artistique et très personnelle de la création de bijoux.
- Speaker #9
Et si Venise était rock'n'roll ? Si les bijoux punk avaient été créés il y a 150 ans sur la lagune ?
- Speaker #10
Les femmes qui portaient les bijoux coloniato sont peut-être Grace Kelly qui a porté les shorts, Jackie Kennedy aussi.
- Speaker #11
Nous sommes en train de réaliser une tête de mort. Un bijou comme celui-là demande 20 jours de travail.
- Speaker #10
20 jours de travail.
- Speaker #11
Après, je fore la bague avec une sorte de perceuse électrique. Et puis j'y dispose les brillants. Il faut les incruster dans les yeux. Cette tâche-là est réalisée par un autre artisan. Et notre bague est terminée.
- Speaker #10
Voilà, ça c'est un objet exemplaire, mais ça aussi, les gens reconnaissent qui a fait ça.
- Speaker #4
Et puis il y a une troisième personne qui travaille les cires,
- Speaker #2
c'est Boncompagny de Valeria Sacchi. Et elle, elle fait justement un travail à la cire perdue. C'est un travail de création entre le bijou et la mini-sculture. Je trouve cela aussi très intéressant.
- Speaker #0
Quatrième et dernier tome de la saga romanesque d'Hélène Afférente, L'Enfant perdu vient clore l'histoire d'Hélène. L'autrice, désormais reconnue, s'est peu à peu éloignée du quartier populaire où elle a grandi et de son amie d'enfance, Lila. Sans cesse en transit entre Milan, Florence et Naples, dans cet extrait, Hélène raconte une soirée milanaise. L'Enfant perdu, signé Hélène Afférente, est paru aux éditions Gallimard en 2018. Vous écoutez un extrait du livre audio lu par Marina Moncade, publié dans la collection Écoutez lire.
- Speaker #12
Je tentais de renouer avec ma belle-sœur. Comme toujours, elle se montra très disponible et organisa une rencontre en l'honneur de mon livre dans une librairie milanaise. Le public était essentiellement féminin et des groupes s'opposaient. Je fus critiquée par les unes et couverte de louanges par les autres. Au début, cette situation m'inquiéta. Toutefois, Maria Rosa intervint avec autorité et je me découvris un talent insoupçonné pour manœuvrer entre les pour et les contre en m'inventant un rôle de médiatrice. J'étais douée pour dire de façon convaincante « ce n'est pas exactement ce que je voulais dire » . A la fin tout le monde me félicita. Surtout Maria Rosa. Ensuite, je dînais et dormis chez elle. J'y retrouvais Franco, ainsi que Silvia et son fils Mirko. Pendant toute la soirée, je ne fis qu'observer le gamin, je calculais qu'il devait avoir 8 ans, et répertorier toutes les ressemblances physiques et même psychologiques que je lui trouvais avec Nino. Je n'avais pas dit à ce dernier que j'étais au courant pour l'enfant, et décidai de ne jamais le lui révéler. Je passais beaucoup de temps à bavarder et à jouer avec le petit garçon. Je le cajolais et le mettais sur mes genoux. Nous vivions dans un tel désordre. Des fragments de nous-mêmes partaient dans tous les sens, comme si vivre signifiait s'éparpiller sans cesse. Voilà, à Milan il y avait ce gosse, à Gênes mes filles, et à Naples Albertino. Je ne pus résister et me mis à parler de cette dispersion avec Silvia, Maria Rosa et Franco. assumant la posture du penseur désenchanté. À vrai dire, je m'attendais à ce que mon ex-petite amie, comme toujours, s'empare du sujet et le développe avec son art de la dialectique habituelle, ordonnant le présent, anticipant le futur et nous rassurant. Mais il m'apporta la véritable surprise de cette soirée. Il tint un discours sur la fin imminente d'une époque qui avait été, objectivement, il utilisa cet adverbe d'un ton sarcastique, révolutionnaire, mais qui désormais affirma-t-il déclinait en entraînant toutes les catégories qui nous avaient servi de boussole.
- Speaker #0
C'est la fin de cet épisode. Merci d'avoir exploré l'Italie du Nord avec nous. Le générique et la traduction de Stefania Giannici est signé Hélène Biziot. Les interviews et la réalisation, Marjolaine Corr. Au fil de ce podcast, vous avez entendu des extraits des émissions Ville Monde sur France Culture, sur Turin et signé Hélène Frappa, Escalade à Turin sur France 2 et le journal télévisé de TF1 sur Bologne, l'émission Watscha sur Youtube pour Attilio Codognato et Invitation au voyage sur Arte pour le velours de soie. Parlez-moi d'ailleurs, un podcast créé sur une idée originale des éditions Voyage Gallimard. Si vous avez aimé ce contenu, n'hésitez pas à nous laisser un commentaire sur les plateformes mais bien sûr, à le partager autour de vous. A bientôt et bon voyage !