- Speaker #0
Bienvenue dans Wave, les ailes de l'auto. Dans l'automobile, les véritables révolutions ne se cachent plus uniquement sous le capot. Elles prennent forme dans les usines, les ateliers, les bureaux et sur les circuits, grâce à des femmes qui osent, innovent et tracent de nouvelles trajectoires. Pourtant, pendant longtemps, cette filière a été perçue comme un univers très technique et masculin. Ce manque de modèles féminins visibles, alimentés par de nombreuses idées reçues, crée une barrière dès le plus jeune âge. Notre rôle est précisément de casser cette image, car pour se projeter dans un secteur, il faut avant tout pouvoir s'y reconnaître. Dans ce podcast, nous parlons de mixité, d'opportunités, d'avenir. Nous décryptons les métiers en pleine évolution, les compétences essentielles et la manière dont les entreprises pionnières ouvrent concrètement la voie à plus de mixité. Notre ambition ? Vous donner la preuve que, peu importe votre âge, votre histoire ou votre chemin professionnel, Si ces femmes l'ont déjà fait, Vous aussi, vous pouvez le faire. Ce milieu est accessible à toutes celles qui souhaitent l'explorer, car oser, c'est déjà avancer. Envie de prendre le volant de votre carrière professionnelle et de contribuer concrètement au changement ? Pour cela, vous pouvez agir tout de suite. Si cette mission vous parle, aidez-nous à grandir. Laissez-nous un avis 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute. C'est simple, mais c'est un pas essentiel. Regardez d'où nous venons. Le secteur est passé de 8% à 25% de femmes en quelques années. Alors si nous continuons à nous mobiliser, pourquoi pas viser les 50% ? Votre soutien fait de vous le moteur de cette accélération. Ne manquez rien, abonnez-vous au podcast Wave les ailes de l'auto et rejoignez le mouvement. Nous rayonnons de Paris à Marseille en passant par Lyon et Bordeaux. Alors où que vous soyez, suivez nos actualités et avancez avec nous. Bienvenue dans le nouvel épisode de Wave les ailes de l'auto. Aujourd'hui, comment dépasser les stéréotypes avec Marion Vidal et Marie-Hélène Delobbe. Dans l'automobile, certaines idées reçues continuent encore aujourd'hui d'influencer les parcours, les choix et parfois même les ambitions. Mais pour vraiment comprendre ces mécanismes, il faut des faits, des données et une réelle analyse terrain. C'est tout l'objectif de l'enquête menée par l'Observatoire de la NFA. dont les résultats apportent un éclairage concret sur ces enjeux. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Marion Vidal, responsable de projet à la NFA, et Marie-Hélène Delobbe, sociologue intervenante. Ensemble, on va décrypter ce que révèle cette étude et surtout comment dépasser ces stéréotypes. Bonjour à toutes les deux. Pouvez-vous vous présenter en quelques minutes ? Bonjour. Et nous dire ce que fait concrètement l'Observatoire de la NFA.
- Speaker #1
Donc bonjour à tous et toutes. Donc l'Observatoire de la NFA, c'est un observatoire de branches. Donc on a une mission d'études et de recherches au service de la politique emploi formation de la branche des services de l'automobile. Alors la branche des services de l'automobile, c'est une branche qui recouvre tous les métiers, toutes les activités qui gravitent autour de la vie d'un véhicule, de sa sortie d'usine à son recyclage, en passant par sa distribution, sa réparation, son contrôle technique, sa location, bref. et ça pourtant tous les véhicules, donc automobiles, mais aussi motos, vélos, poids lourds. Donc notre objectif à l'Observatoire, c'est vraiment de suivre l'évolution et tous les enjeux autour de l'évolution des métiers, pour ajuster la formation nécessaire à l'actualisation des compétences des salariés de la branche, mais aussi celle des jeunes qui se forment à ces métiers. Je suis Marion Vidal, responsable de projet à l'Observatoire de l'ANFA, et responsable de projet sociologue de formation.
- Speaker #0
Et Marie-Hélène, du coup, est-ce que vous pouvez vous présenter s'il vous plaît en quelques lignes ? Et comment vous avez mené à travailler justement sur cette enquête ?
- Speaker #2
Moi, je suis sociologue intervenante indépendante et donc c'est un sujet qui m'intéressait. J'ai travaillé longtemps pour le secteur de la branche des services de l'automobile et donc la NFA. va m'accompagner l'étude dont nous allons parler ensemble.
- Speaker #0
Parfait, merci beaucoup. Alors, dans cette étude, dans les grandes lignes, qu'est-ce qu'on y retrouve ? Qu'est-ce que vous avez analysé, justement, si vous pouvez nous donner un peu d'entrée en matière, j'ai envie de dire, avant qu'on aille plus en détail ?
- Speaker #2
L'étude a porté sur les stéréotypes de genre, ainsi que sur la place des jeunes femmes en formation. C'est une étude qui a porté plus particulièrement sur le public des apprentis. Pourquoi les apprentis ? Parce que c'est un public sur lequel la NFA peut intervenir et ça nous permettait aussi d'avoir une vision de ce qui se passe en CFA, mais également en entreprise.
- Speaker #0
Et pourquoi vous avez eu envie justement d'aller derrière ces chiffres ? Qu'est-ce que vous aviez envie de découvrir ou de chercher ?
- Speaker #2
Je vais plutôt passer la parole à Marion, qui va davantage expliquer les enjeux de la NFA à s'engager dans cette démarche. Pour moi, c'était un interroge personnel. Je me suis souvent interrogée sur les questions de travail, et plus particulièrement des femmes au travail.
- Speaker #0
Du coup, Marion,
- Speaker #1
on vous écoute. Côté NFA, comme j'expliquais tout à l'heure, une de nos missions à la NFA et à l'Observatoire, c'est de suivre notamment l'insertion des jeunes qui se forment à nos métiers. Donc très régulièrement, on fait des enquêtes partout. questionnaires sur le devenir de ces jeunes à l'issue de la formation. Et chaque année, nous avons via ces enquêtes des retours de jeunes femmes qui nous font part de difficultés, de contraintes liées à leur situation de femme dans ce métier masculin, dans ces métiers masculins que sont les métiers de l'auto. Donc, ça a été un des premiers points de départ, finalement, de se questionner, à se dire, même si elles sont minoritaires, même si elles ne sont pas forcément nombreuses à vivre ces situations, il faut qu'on aille plus loin, qu'on comprenne. en leur donnant la parole, en faisant une étude vraiment dédiée à ces questions-là.
- Speaker #0
Et justement, vous avez parlé d'hommes et femmes, donc on parle d'une mixité dans ces métiers.
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, c'est près de 5000 jeunes femmes qui se forment au métier de l'auto. Leur nombre a triplé en 10 ans, donc c'est quand même assez fulgurant, notamment ces 3-4 dernières années. Cela dit, elle reste minoritaire, c'est à peine 7%, un peu moins de 7% de l'ensemble total des effectifs. en formation, et c'est à peine un quart des salariés de la branche qui sont des femmes, tous métiers confondus. Si on regarde spécifiquement les métiers de l'atelier, en fait, effectivement, dans la carrosserie ou la maintenance, c'est à peine 2% des femmes qui sont réellement sur ces métiers. Donc, c'est pour ça aussi que le choix s'est porté pour cette étude sur ce public apprenti, qui se forme au métier technique de la maintenance, donc auto, moto, carrosserie. Parce qu'en fait, c'est là que la mixité fait défaut. Autant elles sont présentes de plus en plus dans le métier de la vente, par exemple la distribution, l'enseignement de la conduite, autant à l'atelier. Et donc, en choisissant aussi de regarder le cas précis des apprentis, c'était aussi une façon d'aller voir à la fois ce qui se passe en formation, mais aussi en entreprise.
- Speaker #0
Donc, il y a justement ce côté alternance. Est-ce que, justement, vous pouvez rappeler concrètement ce que c'est l'alternance ? Et pourquoi c'est vraiment un levier clé pour recruter dans les métiers en tension ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, l'alternance, c'est le mode de formation privilégié pour ces métiers de l'automobile. C'est 56% des jeunes qui se forment à nos métiers, qui se préparent par le biais de l'alternance. Et pourquoi c'est privilégié, notamment sur les métiers techniques, pour lesquels l'acquisition du geste est cruciale ? C'est parce que le jeune répartit son temps équitablement entre eux. Une formation au CFA, au centre de formation pour apprentis, et l'autre moitié du temps en entreprise, c'est-à-dire vraiment dans les conditions réelles qui lui permettent de découvrir le métier. C'est aussi ce qui permet à la fois aux jeunes de voir la réalité de l'entreprise et aussi à l'entreprise de former les futurs salariés de demain, notamment dans des métiers en tension, tel que c'est le cas pour la carrosserie ou les métiers de la maintenance, par exemple.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai qu'il y a quand même pas mal de pénuries de main-d'œuvre et c'est assez compliqué pour les entreprises de les trouver parce que ces jeunes, concrètement, ils sont accompagnés par des centres de la NFA. Je sais qu'il y a des CFA. Dans quel type d'école ils vont, par exemple, si on prend le métier de carrossier ?
- Speaker #1
Alors, effectivement, ils vont faire la partie formation dans des CFA, des centres de formation. pour apprentis, donc vraiment spécifiquement dédiés à ce mode de formation. Effectivement, ce sont des établissements qui sont accompagnés par l'ANFA et qui sont bien sûr en lien avec le tissu d'entreprise local sur les territoires sur lesquels ils se trouvent. Donc c'est vraiment aussi, on parle de triptyque souvent, entre l'établissement de formation, le jeune ou la jeune qui se forme, et l'entreprise qui l'accueille. Donc c'est vraiment une relation très importante sur ce mode d'apprentissage. parce que c'est aussi la qualité de cette relation, de ce trio, on va dire, qui garantit aussi une façon d'apprendre le métier très particulière et qui est vraiment, je redis, sur ces métiers techniques de l'atelier, particulièrement privilégié.
- Speaker #0
Et je rebondis sur ce que vous avez partagé par rapport au lien entre la sphère de l'école et justement la sphère entreprise, parce qu'on avait échangé toutes les trois sur justement trois sphères qui ont été identifiées. où évoluent, pas que les femmes bien évidemment, mais c'est les femmes qui sont ciblées là pour ces questions-là. Il y a la sphère de la famille, la sphère de l'école CFA et la sphère de l'entreprise. Je vous propose de commencer par la famille justement. Quand une jeune femme s'oriente vers ses métiers, quel rôle joue la famille ? Est-ce que c'est un frein, un moteur ou les deux ?
- Speaker #2
En fait, l'influence de la famille, elle intervient tout particulièrement lorsque un père, un grand-père, un oncle, un frère, je cite des personnages masculins bien sûr, vous l'aurez remarqué, sont déjà dans le métier de la mécanique ou de la carrosserie, soit en tant que salarié, soit en tant que chef d'entreprise. C'était dans l'étude que l'on a faite quand même, la moitié des jeunes femmes de l'échantillon qui ont été interrogées. Sachant bien sûr que cette influence, elle joue également pour les garçons. Alors, on observe que cette influence, elle peut être indirecte, c'est-à-dire que la jeune femme, elle baigne en fait dans ce milieu, tout particulièrement lorsque le père en particulier ou le grand-père est artisan, parce qu'on sait bien souvent même que les habitations sont aussi contiguées avec l'entreprise, donc elles y ont baigné en fait quand elles étaient enfants. Et ça peut être aussi une influence encore plus directe, puisque certaines jeunes femmes vont réparer les véhicules, les motos, le véhicule familial, avec leur père en particulier. Alors ça, c'est une influence qui est, on va dire, positive, elle est motrice, pour reprendre votre expression, mais elle peut aussi parfois constituer un obstacle. Par exemple, dans l'échantillon, j'ai eu le cas d'une jeune femme dont le papa était mécanicien. Mais en fait, le papa a essayé de dissuader sa fille de rentrer dans le métier, considérant que c'est un métier pénible pour une femme, qu'il était sale, que c'est un métier, bon, c'est un milieu, on va y revenir, un peu machiste. Et donc, le papa a essayé de dissuader sa fille de rentrer dans le métier. Mais ce qui est intéressant dans ce cas précis, c'est lorsque la fille perséverse, ce qui fut le cas pour la personne à laquelle je pense, le père, au bout du compte, est assez fier de sa fille, alors même qu'au départ, il pensait que ce serait un fils qui reprendrait un peu le flambeau du métier. Donc, c'est une influence qui peut constituer un obstacle, mais qui peut se transformer ensuite de manière positive. Il y a un autre aspect relatif à l'influence de la famille que l'on a constaté, et contrairement à ce que l'on aurait pu penser, lorsque les jeunes... femmes s'orientent vers les métiers de la mécanique et de la carrosserie parce qu'elles font ce choix de métier, elles bénéficient finalement du soutien de leurs parents et plus particulièrement, ça c'est intéressant, de leur mère. Alors, bon, en fait, on peut analyser ça comme quand même étant l'air du temps où les parents, globalement, même s'il y a des exceptions, sont quand même soucieux de respecter le choix de leurs enfants en matière d'orientation. En tout cas, ça a fait un peu l'unanimité. Toutes les jeunes femmes interrogées nous ont fait part du soutien de leurs parents et tout particulièrement de leur mère.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Ça me fait penser à l'histoire d'Elora. Il y a eu un épisode que j'ai réalisé qui est peintre carrossière chez Bulgarélie. Et justement, elle parlait du soutien de sa maman. Et son grand-père était toujours en train de bricoler des voitures. Et elle était attirée par ça. Mais... Pas tout de suite. Et c'est la deuxième question que j'ai envie de poser parce qu'apparemment, on peut constater que les jeunes femmes arrivent plus tard que les garçons dans ces métiers. Parce que Laura, il me semble qu'elle avait 18 ans, je crois, quand elle a démarré son alternance. Elle avait déjà un niveau bac. Est-ce que vous savez dire pourquoi les jeunes femmes arrivent plus tard dans ces métiers ?
- Speaker #2
Alors déjà, c'est vrai que ça a été un constat aussi fait par l'étude. Les collègues de l'Observatoire de la NFA avaient déjà relevé ce point. Les jeunes femmes en formation dans les métiers de l'automobile, la mécanique et la courrocerie sont plus âgées que leurs homologues masculins. On avait très peu dans l'échantillon qui entraient dans les métiers à l'issue de la troisième. Donc effectivement, elles ont déjà un bac. d'enseignement général, d'enseignement technologique, d'enseignement professionnel, voire elles peuvent avoir également de l'expérience professionnelle dans d'autres secteurs que le secteur des services de l'automobile. Les formations également peuvent être très diverses. On en a eu qui venaient du tout, il y en avait une du toilettage canin, donc vous voyez, je pense à ça parce que c'est tellement éloigné que voilà. Donc là, on a vraiment des cursus, des parcours qui sont plus complexes, plus longs que leurs homologues masculins. Alors pourquoi ? Il y a plusieurs raisons. Les jeunes femmes font état, comme leurs homologues masculins d'ailleurs, d'une vocation initiale pour l'automobile. Or, cette vocation initiale, elle peut être contrariée. Par exemple, l'intervention du père dont j'ai parlé tout à l'heure a contrarié le choix de cette jeune fille qui finalement y est revenue, mais plus tard après avoir fait d'autres expériences. Ça peut être, alors là, c'est aussi quelque chose d'un peu problématique, c'est que les entreprises, on se rappelle qu'on est en formation face à des apprentis, elles n'ont pas trouvé d'entreprise d'accueil, donc elles ont dû faire d'autres choix, et puis à force de persévérer, d'y revenir, elles ont fini par en trouver une, donc ça, ça retarde. l'entrée dans les cursus. Et puis, bien sûr, il y a aussi les familles qui incitent les filles, surtout particulièrement quand elles ont de bons résultats scolaires, à passer le bac avant de s'orienter vers des métiers manuels. Donc, ce sont essentiellement ces raisons-là qui font qu'elles arrivent plus tard. Et de ce fait, elles arrivent bien souvent dans le secteur avec une motivation importante. qui s'est construite d'ailleurs au travers de ces diverses expériences professionnelles ou de formation. Donc c'est à la fois… Ça peut être un atout, y compris pour elles, dans la motivation qu'elles ont à s'engager dans le métier, que d'arriver un peu plus tard. Elles sont plus mûres, bien sûr.
- Speaker #0
Et vous pensez, justement, Marie-Hélène, que c'est en lien avec les stéréotypes bien intentionnés ? Parce que souvent, on dit que les filles, on est plus assidues, on est plus méticuleuses, les choses, on va prendre plus de temps pour les faire. Est-ce que ça c'est en lien avec ce que vous avez décrit, qui finit aussi par limiter l'ambition de ces femmes, de vouloir peut-être aller faire plus d'études pour arriver, peut-être pour être un peu plus prête, pour se dire j'ai un peu plus de clés pour démarrer dans ce secteur ?
- Speaker #2
Peut-être, ça je ne sais pas forcément. Peut-être que c'est un facteur de motivation supplémentaire, bien que lorsqu'on interroge les jeunes femmes, elles prennent quand même… Un peu de distance par rapport à ces stéréotypes positifs. Ça peut être pour elles plus contraignant, ces stéréotypes positifs, qu'autre chose. C'est un peu ce que vous dites en même temps. Après, je ne suis pas certaine que ces stéréotypes positifs dont elles sont l'objet, elles en aient connaissance comme ça avant d'entrer véritablement dans le secteur. Je ne sais pas. Parce qu'en fait, ces stéréotypes positifs, ils s'émanent de leur entourage professionnel et formatif. En fait, c'est aussi une manière de justifier le bien fondé, on va dire, de leur entrée dans le métier.
- Speaker #0
Quand, par exemple, dans le métier où c'est un peu trop physique, on essaye de venir l'aider parce que c'est une femme, c'est dans ce sens-là ?
- Speaker #2
Pas forcément, parce que justement, la question de la force, justement... C'est quelque chose qui peut parfois être une source de dénigrement des jeunes femmes et ça fait peut-être obstacle parfois à l'aide qu'on peut leur apporter.
- Speaker #0
Si on doit clôturer sur justement la sphère de la famille, est-ce qu'il y a un message que vous aimeriez adresser aux parents ? Qu'est-ce qui est aidant pour ces jeunes femmes et qu'est-ce qui est décourageant ?
- Speaker #2
Alors écoutez, moi je ne vais pas vous proposer un message, en tout cas je vais m'appuyer sur ce que disent les jeunes femmes lorsqu'on leur demande leur point de vue, leur opinion, par rapport à l'accès des femmes au métier et à l'exercice de ces métiers. En fait, bien souvent, elles disent que c'est un milieu de machos, que ce sont des métiers qui peuvent être pénibles. En tout cas, lorsqu'elles s'expriment comme ça, s'adresse aux jeunes femmes. qui sont susceptibles de vouloir rentrer dans le métier, en les avertissant, en quelque sorte, des difficultés qu'elles sont susceptibles de rencontrer. Mais en tout état de cause, elles leur disent « Si vous voulez y aller, allez-y, et vous serez fiers de ces métiers qui, finalement, sont des métiers passionnants. » Voilà. Donc, moi, je reprends, en fait, leurs propos qui, oui, elles veulent y aller, qu'elles y aillent. Maintenant, je pense qu'il vaut mieux qu'elles soient prévenues. C'est le sens de ce que disent les jeunes femmes. du fait que ce n'est pas forcément aisé, parce que pour le moment, ça reste un milieu, comme l'a dit Marion tout à l'heure, très masculin.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Et quelque part, de faire leur propre expérience. Ces jeunes femmes, elles y sont déjà. Donc, c'est aussi un message de leur dire d'aller voir par elles-mêmes, quelque part.
- Speaker #2
Exactement. D'ailleurs, elles disent, n'écoutez pas ce qu'on vous dit, allez-y.
- Speaker #0
C'est ce qu'elles disent.
- Speaker #2
Elles ont bien raison. Tout à fait, tout à fait. C'est exactement ça.
- Speaker #0
Et donc, on va se concentrer sur justement la sphère école CFA. Au CFA, quels sont les signaux qui montrent que l'intégration se fait bien ou au contraire que ça marche moins bien ? Est-ce que vous avez des retours justement sur votre enquête par rapport à ça ?
- Speaker #2
Complètement. Des signaux positifs, il y en a quand même pas mal, heureusement. Dans l'accueil des apprentis, qu'il s'agisse des filles ou des garçons, il n'y a pas de discrimination de genre. Les filles et les garçons vont se voir proposer les mêmes activités de travail, tout particulièrement à l'atelier. Il y a globalement une bonne relation entre les filles et les garçons. Elles sont plutôt bien acceptées dans les classes. et les formateurs et les formatrices, y compris les formateurs et les formatrices d'ateliers, sont attentifs à leur bonne intégration. Donc ça, ce sont des signaux positifs. Par contre, si je reprends votre terminologie en parlant de signes de déraillement, il y a consensus de l'ensemble des personnes interrogées, parce que je n'ai pas interrogé que des jeunes, filles ou garçons, mais également des formateurs, des formatrices, des encadrants de CFA, etc. Tout le monde s'accorde à dire qu'il y a omniprésence de blagues sexistes et bien souvent ces blagues sexistes sont banalisées, y compris par les jeunes femmes elles-mêmes. chaque fois qu'on vous en parle, on vous en parle tout le temps et on vous dit c'est pas méchant, c'est pour rigoler en tout cas c'est omniprésent elles ont l'habitude quelque part en fait de ces remarques là vous diriez qu'elles y prêtent moins attention alors je sais pas je suis pas sûre qu'elles y prennent bien attention en tout cas elles banalisent je pense que c'est une manière pour elles d'abord de se protéger ça c'est une chose et d'autre part C'est aussi une manière de s'intégrer. Vous savez, là, encore une fois, on travaille sur un public d'apprentis. Donc, même si elles sont un peu plus âgées que leurs collègues masculins, ça reste des jeunes adultes, des adolescents ou des adolescentes, voire des jeunes adultes. Et donc, du coup, on sait très bien, déjà, c'est le cas sur les adultes. Alors, chez les jeunes, encore pire, elles ont le souci de bien s'intégrer au groupe. Et c'est une manière d'intégration au groupe.
- Speaker #0
Et par rapport à l'intégration ? Marion, vous avez évoqué en introduction qu'il y avait très peu de femmes dans les CFA. Et comment ça se passe justement quand elles se retrouvent seules où majoritairement il y a des hommes, parce qu'elles se retrouvent à deux ou trois femmes par classe ? Qu'est-ce que ça produit chez une jeune femme ? Est-ce que vous avez des retours par rapport à ça ?
- Speaker #2
Oui, mais complètement. Donc, elles sont une, deux ou trois par classe, et bien souvent, elles sont une. Donc, quand elles sont seules, effectivement, dans les classes, les enseignants et enseignants, enfin les formateurs et les formatrices, on parle plutôt de formateurs et de formatrices, reconnaissent qu'il y a un processus d'isolement, en fait. Et j'ai eu l'occasion, dans cette enquête, de mener des entretiens collectifs avec des classes. C'est évident qu'elles sont isolées. Et pour certaines d'entre elles, ce phénomène d'isolement conduit à de la souffrance. J'ai une jeune femme en particulier qui est restée très longtemps en entretien avec moi, qui a dû revenir au moins trois ou quatre fois dans l'entretien, alors même que je n'évoquais pas ou peu le sujet. Elle a évoqué cette souffrance d'être seule. Par contre, lorsqu'elles sont deux ou trois, il y a quelque chose de l'ordre de la solidarité entre elles, elles se soutiennent mutuellement et elles font voir preuve de complicité. Alors par exemple, pour citer une anecdote, même si on peut récuser ce genre d'attitude, Par exemple, quand elles sont deux ou trois, elles renvoient aux garçons les blagues sexistes, c'est-à-dire qu'elles font des blagues du même ordre, mais à l'inverse. Alors, je ne dis pas que les blagues sexistes doivent devenir une norme de comportement chez les garçons comme chez les filles, mais en tout état de cause, on voit que c'est une manière pour elles de se défendre. Oui,
- Speaker #0
il y a une vraie solidarité entre elles qui se crée. Et l'intégration, de ce que je comprends, ça passe par le nom, mais ça passe aussi par le physique, la façon peut-être de s'habiller. Vous avez parlé justement, quand on avait échangé, de la féminité.
- Speaker #2
Oui, alors ça, je trouve ça très intéressant, parce que les formateurs, formatrices de CFA, les encadrants, encadrantes, donc les adultes, on va dire, pour parler vite, constatent que plus ça va, plus les jeunes femmes qui rentrent dans ces métiers sont de plus en plus féminines. Il y en a qui parlent de vraies jeunes femmes pomponnées. J'ai eu du droit à cette expression. Donc en fait, ces jeunes femmes pomponnées, entre guillemets, elles sont opposées dans le discours à des garçons manqués ou voire à des jeunes filles qui s'habillent de manière neutre pour passer inaperçues. Or, cette évolution avec la présence de ces femmes de plus en plus féminines est diversement appréciée par les adultes. À savoir, pour certaines, c'est une manière pour elles de s'affirmer dans leur singularité. Pour d'autres, c'est un peu plus critiqué, puisque pour certaines, ça peut être un signe de méconnaissance du métier. Lorsque, par exemple, les jeunes femmes arrivent avec des ongles longs, alors qu'elles vont faire des ongles manucurés plus que longs, alors qu'elles vont faire de la carrosserie, voire pour certains ça peut être jugé comme des attitudes provocatrices vis-à-vis des garçons. Donc moi, je reprends ce qui a été dit dans l'enquête, mais je pense qu'il faut faire attention à ce genre d'interprétation parce que ça n'est pas bien sûr de nature à favoriser l'intégration des filles dans les classes. En tout état de cause, moi, l'analyse que je fais de la présence de ces jeunes femmes de plus en plus féminines, c'est quand même lié au fait qu'elles sont de plus en plus nombreuses, ça c'est clair. Et puis, je me réfère à des travaux de sociologues sur d'autres métiers. qui montre qu'en fait, à ces âges-là, le fait, par exemple, de s'habiller très féminine, très jeune, en fait, c'est aussi une façon d'appartenir à la culture juvénile sexuée, alors que... dans les ateliers, en entreprise, elles ont le bleu de travail. Or, le bleu de travail, ça annule totalement les différenciations de genre. Donc, on peut faire l'hypothèse que pour des jeunes, ça peut être important au CFA de reprendre leur tenue de jeune fille.
- Speaker #0
Mais c'est vrai qu'on en voit de plus en plus, même sur les réseaux sociaux, des femmes qui font du covering avec manicuré, brushingé, bien maquillé. Des femmes qui conduisent des camions poids lourds, qui sont féminines aussi, bon, ils ont certes les chaussures de sécurité, mais on voit qu'on a affaire à des femmes. C'est vrai que quelque part, je parle en témoin extérieur, c'est plaisant de voir ça parce qu'on n'est pas obligé de devenir un garçon manqué pour rentrer dans l'automobile.
- Speaker #2
Oui, exactement. Mais exactement, c'est-à-dire qu'elles gardent, c'est ce qu'ils voient que certains, c'est-à-dire qu'elles gardent leur singularité. Voilà, c'est en tant que femme qu'elles arrivent dans le métier. Elles restent femmes avec ce qu'elles considèrent, elles, être les caractéristiques d'une femme.
- Speaker #0
Évidemment. Et Marie-Hélène, vous avez échangé avec des managers. Pour le côté CFA, quelles sont les trois actions concrètes qui aident le plus pour l'intégration de ces femmes, de ces jeunes femmes ?
- Speaker #2
Alors, les trois actions, c'est déjà la présence de femmes dans le personnel d'encadrement et tout particulièrement, quand c'est possible, c'est super. Lorsque les formatrices d'ateliers, j'ai rencontré des CFA où il y avait des formatrices d'ateliers en mécanique carrosserie, là franchement, ça aide beaucoup à… à l'intégration des jeunes femmes. Bien sûr, ça paraît évident, mais je pense qu'il vaut mieux le dire, c'est que les adultes des CFA ne laissent passer aucune blague sexiste. Ça relève de l'éducation. Et je pense que pour ça, il faut sensibiliser un peu tout le monde aux discriminations de genre et au sexisme. Et j'ai même envie de dire qu'il faut même y sensibiliser les jeunes femmes. Parce que la banalisation dont on parlait tout à l'heure, Je ne suis pas sûre que ce soit à terme. si positif que ça. Donc, les trois actions prioritaires pour moi, ce sont celles-là.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on n'y pense pas d'avoir des formatrices femmes. En vous entendant parler, ça fait sens. Si on voit une femme nous former, bien évidemment, même pour les jeunes hommes, ça paraît être une évidence d'avoir des femmes dans les ateliers. Tout à fait. Et du coup, en plus, elles le comprennent mieux et les jeunes femmes s'adressent davantage à elles lorsqu'elles rencontrent des difficultés. Et d'ailleurs, les formatrices d'atelier, souvent, ou les formatrices tout court, même d'enseignement général, elles ne tolèrent pas en général les blagues sexistes, justement. Elles sont plus sévères, on va dire, de ce point de vue que peuvent l'être leurs homologues masculins. Je ne dis pas que les homologues masculins… laissent tout passer, mais ils sont plus laxistes, on va dire, sur le sujet.
- Speaker #1
Oui, ils sont plus attentifs à ce qui se passe.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Et est-ce que vous avez quelques chiffres à communiquer qui pourraient parler aux personnes qui nous écoutent ?
- Speaker #2
Alors, effectivement, je vous disais tout à l'heure qu'on a à peu près 5 000 jeunes femmes en formation aujourd'hui. Mais évidemment, elles vont se répartir très différemment entre les différentes filières. Aujourd'hui, c'est plutôt dans la vente automobile qu'elles sont les plus nombreuses. Elles sont 17% parmi tous ces jeunes qui se forment à la vente auto, 17% de jeunes filles, là où elles vont plutôt représenter moins de 10%, 9% par exemple dans la maintenance moto ou la carrosserie. Alors cela étant, dans la carrosserie, par exemple, leur nombre a triplé ces quatre dernières années, donc il y a vraiment, on sent, un phénomène de féminisation sur ces filières techniques. Maintenant, le problème, c'est que si on prend par exemple les 1450 jeunes femmes qui se forment aujourd'hui à la carrosserie, Elles se répartissent sur à peu près 200 établissements partout en France. Donc dans les faits, c'est ce que disait Marie-Hélène tout à l'heure, dans la réalité, en fait, elles sont généralement seules, voire deux, trois maximum, dans leur classe de formation.
- Speaker #1
Et si on devrait dresser une petite checklist pour un CFA qui nous écoute et qui a envie de progresser, qu'est-ce que vous pourriez recommander ?
- Speaker #0
D'abord, il faut, je crois, rappeler à tout le monde que les jeunes femmes sont minoritaires et que leur intégration ne va pas de soi. Donc, il ne faut pas faire comme si c'était facile. Non, ce n'est pas facile. Et du coup, il vaut mieux être attentive à la façon dont elles s'intègrent. Bon, on l'a dit tout à l'heure, enfin, on l'a implicitement dit tout à l'heure, tant que possible, autant les regrouper. dans les classes plutôt que de les laisser toutes seules. Il y a des CFA qui le font volontairement. D'autres, c'est plus difficile pour des raisons d'éloignement géographique liées au rythme d'alternance. Enfin, je vous passe. Mais en tout état de cause, c'est vrai que les regrouper à plusieurs dans les classes, c'est quand même une bonne chose. Bien sûr, il faut favoriser l'écoute et l'attention aux difficultés qu'elles rencontrent. Skinny pas forcément facile parce que la banalisation dont on a parlé tout à l'heure font que elles font rarement remonter les difficultés. Donc, il vaut mieux mettre en place des choses pour leur permettre de s'exprimer et de faire part de leurs difficultés. Autre chose qui me semble évidente mais qui n'est pas toujours réalisée, c'est mettre en place des sanctions quand les personnels, les adultes, entre guillemets, sont témoins d'attitudes ou de propos sexistes. et enfin ça rejoint ce que je disais tout à l'heure sensibiliser tout le monde alors les jeunes les personnels de CFA les maîtres d'apprentissage aux questions de sexisme et de discrimination de genre là il y a un travail important à faire pour justement aider les jeunes femmes à s'intégrer au CFA en priorité puisque c'est du CFA dont on parle et plus particulièrement dans le métier
- Speaker #1
Merci pour la checklist Marie-Hélène et... On continue avec le volet entreprise, sur la sphère entreprise, parce que... Je pense qu'il va y avoir des passerelles avec justement cette checklist avec le CFA. Quels sont les moments les plus sensibles pour vous en entreprise ?
- Speaker #0
Alors la première chose, on va prendre de manière chronologique, la première chose c'est la phase de recherche d'entreprise lorsqu'elle cherche un contrat d'arrondissage qui n'est pas aisé, sauf lorsque la jeune femme est recrutée par interconnaissance puisqu'on sait que dans ces secteurs artisanaux, il n'y a pas que le secteur des services de l'automobile, l'interconnaissance fonctionne pas mal pour l'embauche des apprentis. Donc là, quand ça fonctionne par interconnaissance, ça se passe bien, parce qu'en fait, qu'est-ce qui fait que les chefs d'entreprise ne vont pas prendre des femmes ? C'est la question de l'étrangeté, en fait. Elles ne connaissent pas ce que c'est que de prendre une fille, alors que lorsqu'il y a interconnaissance, ça ne se pose même pas cette question, parce qu'on connaît la fille d'un tel ou d'une telle, etc. Dans les entretiens que j'ai menés, il y a quand même près de la moitié des jeunes femmes interrogées qui ont fait part de difficultés à trouver l'entreprise. Donc il y a des obstacles qu'elles ont rencontrés qui sont totalement indépendantes du genre. Par exemple en moto, on sait très bien que l'offre est inférieure à la demande ou encore comme elles sont plus âgées, comme on l'a dit tout à l'heure, elles vont coûter plus cher à l'employeur, donc les employeurs vont hésiter. à les prendre et vont plutôt prendre un garçon. Bon, mais ça, ce sont des obstacles qui se rencontrent également chez les garçons. Par contre, il y a des obstacles en termes de recherche d'entreprise qui sont spécifiques aux jeunes femmes. Bon, le premier obstacle, c'est la question de l'absence des vestiaires, distincte de ceux des jeunes hommes. Il y en a un autre que l'on entend souvent, c'est la crainte pour les employeurs des phénomènes d'attirance entre garçons, enfin, entre hommes et femmes dans les ateliers. qui sont susceptibles selon eux de créer des perturbations au sein de l'atelier. Et puis après, il y a des discriminations de genre qui sont interdites, mais qui sont pratiquées, à savoir que la jeune femme va chercher une entreprise, va s'adresser à l'entreprise, on lui dit qu'on ne prend pas d'apprenti, elle s'aperçoit un mois après que son camarade garçon a été embauché dans l'entreprise en question. Donc ça, c'est déjà vraiment la première phase, et on a vu d'ailleurs tout à l'heure Merci. que cette difficulté à trouver des entreprises peut être une cause d'arrivée plus tardive dans les métiers. Donc ça a quand même un impact important. La deuxième phase, c'est la question de leur bonne intégration. Donc si on a vu qu'elles étaient rarement à plusieurs dans les classes, c'est encore pire à l'atelier, puisque Marion vous a donné les chiffres tout à l'heure. Donc, dans les ateliers, elles sont souvent seules. Donc, là encore, il va falloir veiller à leur bonne intégration. Alors là aussi, moi, j'ai constaté que dans les moitiés des cas relatés par les jeunes femmes interrogées, elles ont été bien accueillies et bien intégrées par leurs collègues d'atelier, mais elles sont, comme au CFA, confrontées à l'omniprésence des blagues sexistes, voire en entreprise à des situations plus critiques qui peuvent aller… jusqu'au harcèlement. Et on a même constaté qu'elles peuvent être victimes, entre guillemets, de propos ou d'attitudes discriminatoires, y compris de la part des clients, même s'il ne faut pas non plus noircir pour le tableau. Les clients sont quand même nombreux à faire part de leur satisfaction d'avoir arrivé des jeunes femmes dans les ateliers. Donc, vous voyez, les moments critiques, quand même, ils sont… c'est-à-dire il y a l'arrivée dans l'entreprise et puis après il y a le temps passé dans l'entreprise.
- Speaker #1
Par rapport à tous ces moments sensibles, j'imagine que le fait de demander de l'aide à son poste, ça peut être aussi un moment délicat pour ces jeunes femmes ?
- Speaker #0
Complètement, c'est-à-dire que ça rejoint ce qu'on disait tout à l'heure sur la question de la force, en particulier la question de la force, ça peut être un motif de demande d'aide. Or, comme je le disais tout à l'heure, ça peut être source de dénigrement. Je vais parler très trivialement si vous m'autorisez. En gros, on leur signifie qu'elles ont voulu venir, qu'elles se débrouillent. Voilà, ce qui est un problème parce qu'on est quand même face à des jeunes en situation d'apprentissage, comme son nom l'indique, et que du coup, le fait de demander de l'aide relève véritablement de leur statut. d'apprenti, qu'il s'agisse de garçons ou de filles d'ailleurs.
- Speaker #1
Évidemment. Et pour un dirigeant qui veut plus de mixité ? Quel est le premier pas simple, j'ai envie de dire, et réaliste à faire dès demain dans son entreprise, quand il reçoit une jeune femme ?
- Speaker #0
Pour moi, la première chose, c'est déjà d'embaucher des jeunes femmes. Parce qu'effectivement, ça rejoint ce qu'on a dit tout à l'heure sur le phénomène d'isolement, c'est que plus elles seront nombreuses, d'abord ce sera facile pour elles, et plus elles seront intégrées. dans les entreprises, et pour leurs homologues masculins, et pour les collègues d'atelier, ça deviendra un phénomène naturel. Donc, la première chose à faire, c'est effectivement embaucher des jeunes femmes. Il faut être vigilante par rapport aux attitudes sexistes dont elles peuvent être victimes au sein de l'atelier.
- Speaker #1
Il y a aussi un exemple que vous aviez donné, très parlant d'un chef de carrosserie par rapport au briefing. Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ?
- Speaker #0
Ah oui, alors ça c'est très intéressant comme vous dites, parce qu'en fait c'est un responsable d'une carrosserie qui prend des jeunes femmes apprenties et qui les garde. Moi j'ai côtoyé une jeune femme qui était gardée, il venait d'en embaucher une autre en apprentissage. À lui carrément, avant l'arrivée de la jeune femme, il prévient, même de manière assez autoritaire on va dire, il prévient les collègues d'atelier. en leur signifiant qu'ils ne tolèreront aucun propos ou aucune attitude sexiste dans l'atelier. Écoutez-moi, ça marche en fait. Parce qu'à partir du moment où le manager, le chef, donne ce genre de recommandations ou de prescriptions, c'est efficace. Évidemment,
- Speaker #1
il pose le cadre quelque part.
- Speaker #0
Exactement. Vous aviez dit lors de nos échanges. Exactement, il pose le cadre. Et c'est vrai que c'est efficace, en fait. Bon, ça, c'est classique, y compris sur d'autres problématiques de management, en fait. Quand le chef énonce les règles, clairement, les règles ont d'autant plus de chances d'être respectées. Ou si elles ne le sont pas, les personnes qui, comment dire, transgressent la règle, au moins se sentent en difficulté.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a des choses que vous aimeriez ajouter sur… Comment une entreprise, enfin qu'est-ce qu'une entreprise peut mettre en place pour bien accueillir une jeune apprentie ? Donc déjà les embaucher, c'est un bon point. Faire les briefings pour poser un cadre. Est-ce qu'il y a quelques points que vous voulez ajouter par rapport à cette checklist ?
- Speaker #2
Dans l'idéal et en premier lieu, c'est aussi d'investir tout simplement pour assurer les conditions matérielles d'accueil. Avoir des toilettes distinctes, des vestiaires distinctes hommes-femmes. de l'équipement à l'atelier qui permet d'alléger le travail, que ce soit pour les hommes ou les femmes, enfin les femmes ou les hommes plutôt, parce qu'évidemment, arriver dans des conditions comme ça, dans une entreprise qui ont ces conditions d'accueil, clairement le message est déjà plus clair, on sent que les femmes sont attendues au même titre que les salariés masculins. Alors après, si l'entreprise n'a pas les moyens, parce que c'est possible aussi, gros quand même de la branche des services autos, ce sont des petites TPE, Donc, toutes les entreprises n'ont pas ces moyens-là. Ça peut être aussi de penser en amont des solutions organisationnelles qui vont permettre de penser l'accueil des jeunes femmes et de montrer que la question de la mixité n'est pas un impensé. Donc, ça peut être aussi des solutions comme ça. Et puis surtout, c'est l'entreprise qui va songer à former ses salariés, à former ses équipes, les managers, l'encadrement. les salariés eux-mêmes pour les sensibiliser aux problématiques de discrimination et de stéréotypes de genre. C'est peut-être ça d'ailleurs le premier truc à faire, en tout cas c'est aussi important que le matériel, pour finalement à la fois aider à repérer ces situations et les identifier.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est un vrai enjeu parce que quelque part on est… Quand je dis « on » , parce que moi, c'est pareil, je n'ai quasiment que des hommes dans l'entreprise et les femmes sont essentiellement dans les services support. Et c'est vrai que les hommes, quand ils ne sont pas accompagnés, formés, il n'y a pas d'explication, ils se posent comme ça, comme un cheveu sur la soupe. Ils ne comprennent pas la démarche de l'entreprise, ils ne comprennent pas pourquoi on le fait. Et le fait aussi d'être porteur de ce message et ce que vous disiez, Marion, déjà de sensibiliser et les équipes et les managers, Ça facilite vraiment l'intégration de ces femmes.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Au moins, dans la phase dans laquelle on est aujourd'hui. Moi, je ne suis pas pessimiste, même si l'étude a révélé des difficultés pour les jeunes femmes, qui ne sont pas non plus une grosse surprise. Ça n'empêche qu'on est à une phase de ce processus de féminisation. Et donc, du coup, si tout le monde y met un peu du sien, par les moyens d'entente. Donc, on a évoqué plus l'embauche des femmes se généralise, c'est vrai que les choses devraient rentrer dans l'ordre, en fait. Moi, je ne suis pas pessimiste, mais effectivement, il y a du travail à faire. Et comme vous dites, et vous l'avez dit toutes les deux, un gros travail de sensibilisation, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Oui, c'est la sensibilisation. Parce qu'en fait, c'est... Oui, pardon.
- Speaker #0
C'est la question, en fait, que j'évoquais tout à l'heure, je crois que c'est très important, c'est la question de l'étrangeté. C'est-à-dire que dans des milieux comme ça, très, très masculins, c'est étrange. Enfin, moi, je ne veux pas me faire défendre les attitudes, bien sûr, machistes et sexistes dont les jeunes femmes peuvent faire état ou les femmes peuvent faire état. Mais en fait, c'est bien ça, c'est bien la question de l'étrangeté. Donc, de l'acceptation de la différence, en fait.
- Speaker #1
Et du coup, il ne manque plus qu'à ce que les entreprises relèvent les manches, les CFA. Et quand est-ce qu'on peut retrouver l'autofocus et le rapport complet ? Parce que ça aussi, ça nous intéresse.
- Speaker #2
Alors, l'autofocus paraîtra fin juin et le rapport complet sera mis en ligne au même moment, donc sur le site de l'observatoire de l'ANFA, anfa-auto.fr, slash observatoire dans la rubrique emploi mixité.
- Speaker #1
Super. Et Marion, est-ce que vous pouvez nous dire, dans le rapport complet, qu'est-ce qu'on y trouve ?
- Speaker #2
Alors, beaucoup plus de détails, effectivement. On n'a pas pu l'aborder dans 40 minutes. Voilà, exactement. C'est quand même 50 entretiens que Marie-Hélène a réalisés. C'est une quantité, mais c'est aussi du temps, une qualité de parole qui a été donnée, recueillie auprès de ces jeunes femmes. Donc c'est surtout ça, je dirais, du détail. Et puis peut-être aussi des points de... qu'on a peut-être moins développées là, mais qui sont liées à leur parcours individuel, à des caractéristiques aussi singulières et qu'on a moins peut-être abordées aujourd'hui, mais qui sont toutes aussi importantes.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Il y a des choses sur le rapport à l'apprentissage du métier, leur parcours, comme disait Marion. Il y a beaucoup de détails, beaucoup plus, bien sûr, que ce que l'on a évoqué là, mais bien sûr, il y a des choix à faire. On fait l'exercice que l'on est en train de faire. Et c'est normal. Et c'est normal. Et puis après, les gens, s'ils veulent aller plus loin, soit s'ils veulent une synthèse rapide de l'étude, comme disait Marion, ils peuvent aller voir l'autofocus. Et si l'autofocus leur donne envie, ils peuvent aller voir le rapport complet, voir éventuellement des bouts du rapport complet s'il y a des choses plus particulières qui les intéressent. Par exemple, les stéréotypes positifs qu'on a évoqués, ils sont dans un tableau classé par thème, etc.
- Speaker #2
Oui, voilà.
- Speaker #0
Voilà, en fait, c'est un travail qui démontre. En fait, l'objet du rapport, c'est de démontrer tout ce qui a été dit aujourd'hui. Donc, bien sûr, ça va beaucoup plus dans le détail.
- Speaker #2
Démontrer et illustrer.
- Speaker #0
Démontrer et illustrer, tout à fait.
- Speaker #2
Et dans l'autofocus, vous retrouverez aussi en première partie tous les chiffres caractéristiques de la place des femmes, à la fois dans l'emploi, dans la formation, dans le recrutement. Ça permet aussi d'avoir une photographie un peu objectivée de où sont les femmes concrètement. du chemin parcouru et de tout le chemin qui reste à parcourir pour arriver à une normalité, s'il y en a une.
- Speaker #0
On va être positive, on va dire à un moment comme celui-ci que l'on est en train de vivre, je trouve que c'est une étape aussi dans ce processus de féminisation des métiers et de facilitation de l'intégration des femmes dans les métiers.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #2
Mais je pense qu'on aura même atteint le bout du chemin, ce ne sera même plus un sujet et qu'on n'en parlera plus.
- Speaker #0
Pour le moment, il faut en parler.
- Speaker #2
Mais pour le moment, exactement.
- Speaker #1
Exactement. En tout cas, vous avez suscité ma curiosité et j'invite toutes les personnes qui nous écoutent à retrouver ces informations et d'aller plus loin et de peut-être pas hésiter à vous contacter sur le site de la NFA si les personnes ont des questions. Tout à fait. Merci à toutes les deux. Merci Sabrina. Merci pour votre témoignage et puis je vous dis à bientôt.
- Speaker #0
Merci Sabrina. Merci Sabrina, à bientôt.
- Speaker #1
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