- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, vous êtes sur le podcast de Zélie, où vous découvrez des conversations avec des femmes inspirées et inspirantes. Zélie est quant à lui un magazine numérique féminin et chrétien que vous pouvez télécharger sur magazine-zélie.com. Est-ce que vous êtes déjà abonné à la newsletter de Zélie ? Chaque semaine, nous vous envoyons soit le nouveau numéro du mois, donc par exemple ça peut être sur la fête, sur les sacrements ou encore sur la liberté. soit des articles en lien avec le thème, par exemple la marche à pied comme thérapie, mais aussi nous vous envoyons des podcasts ou des appels à témoignages. Pour s'abonner gratuitement, rendez-vous sur notre site magazine-zeli.com. Aujourd'hui, pour ce nouvel épisode du podcast, nous vous proposons une conversation avec Blandine Desroches, créatrice de la chocolaterie Barakao. Nous allons parler d'artisanat, de chocolat et aussi de foie. Blandine, bonjour !
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Quels étaient vos rêves de petite fille ?
- Speaker #1
Mes rêves de petite fille, ce n'était pas le chocolat. Sauf que mon papa disait que je le sentais à travers les placards. On a toujours mangé du chocolat dans notre famille. Et papa le planquait parce qu'on était huit enfants et qu'il fallait qu'il en reste quand même pour tout le monde. Et il disait, j'ai beau changer la planque, tu la trouves. Je le sentais à travers les placards. Donc le chocolat a toujours été présent. Mais mes rêves de petite fille, c'était d'être un stit. Ce que j'ai fait.
- Speaker #0
et puis d'être maman j'ai rêvé d'être maman et c'est aussi ce qu'on a reçu après des études pour devenir un steed justement et vous avez également passé deux ans comme maîtresse vous avez fait ensuite une pause professionnelle alors je regardais sur votre profil LinkedIn et on peut lire effectivement qu'entre 2001 et 2016 vous avez écrit gestion entreprise familiale 5 enfants accompagnement individuel et éducatif Organisation de 11 déménagements, suivi et gestion quotidienne du chantier de construction pendant 30 mois. Alors je trouve ça plutôt sympa de valoriser des compétences acquises quand on est maire au foyer, parce qu'effectivement c'est quand même beaucoup de travail, même si ce n'est pas un travail professionnel. Et qu'est-ce qui vous a donné envie de rédiger sous cette forme, de raconter ça avec ces mots ?
- Speaker #1
Alors en fait j'ai refait mon CV quand je suis... parce que chocolatière c'est mon sixième métier. Donc j'ai fait quand même d'autres métiers entre instits et chocolatière et même pendant ma pause maman, j'ai aussi fait des métiers qui étaient des métiers digitaux, des métiers de coaching, etc. Et malheureusement, dans le monde du travail, on doit faire des CV et on doit prouver qu'on est apte, qu'on a développé plein de compétences. Et donc j'avais ce gros trou de 15 ans pendant lesquels je me suis vraiment consacrée à nos enfants. En plus, mon mari était militaire à l'époque-là et donc absent à peu près 8 mois dans l'année. dans la réalité, on gère. Et j'ai trouvé, on a réfléchi tous les deux d'ailleurs, et on a trouvé que dire que c'est de gérer notre entreprise familiale, c'était vraiment un vrai job à temps plein. Et que j'avais eu des milliers de casquettes pendant tout ce temps-là. Et en plus, c'est vrai qu'on a beaucoup déménagé, on a construit notre maison, et que j'ai vraiment été madame chantier pendant presque 30 mois, à être tous les jours sur le chantier. Alors je leur ai apporté du gâteau et du café pour les amadouer. Mais ça a été un vrai job aussi à temps plein. Et en fait, je trouvais très important, surtout que j'ai aussi coaché des mamans qui avaient envie de retourner au travail dans le monde de l'entreprise ou de l'entrepreneuriat. À ce moment-là, je trouvais très important de le valorifier et de le mettre valorisé. Je suis un peu fatiguée, j'ai eu une journée rude hier. De le valoriser parce que souvent, les mamans, elles ont presque honte de faire cette pause maman. pour s'occuper de leurs enfants. Et je trouve que ça a au contraire toute la richesse parce que ça développe en nous des compétences extraordinaires qu'on ne développerait peut-être pas dans le monde du travail.
- Speaker #0
Vous avez finalement décidé de vous lancer dans la chocolaterie. Pourquoi ?
- Speaker #1
Eh bien parce que justement, quand j'avais fait tous mes autres boulots, où j'ai été même en pharmacie, j'ai travaillé dans le bien-être, j'ai fait plein de choses, je me suis retrouvée à un moment limite burn-out à la fin de ce job en pharmacie où je bossais 70 heures par semaine dans toute la France. J'ai senti que j'avais besoin de revenir dans la matière. J'avais besoin de remettre mes mains dans le réel, de créer des choses. Et ce chocolat nous avait suivi en pointillé depuis plus de dix ans. C'est mon mari qui a commencé. C'est mon mari qui a acheté notre première tempéreuse familiale pour tempérer le chocolat, le mettre à température pour pouvoir le travailler. C'est lui qui est allé sur les marchés à Versailles, pour acheter des plantes particulières, des arômes particuliers, qui a fait les premiers chocolats. Et en fait, il y a un moment... où j'étais un tournant professionnel et je me suis dit, soit je fais carrément autre chose. Un stit, ce n'était plus possible parce que quand on a élevé cinq enfants, la patience, ça me nuise un petit peu. Et je sentais que je n'aurais plus cette patience. En tout cas, je ne l'aurais plus pour mes enfants. Et ça, ce n'était pas possible. Et du coup, devenir chocolatière, je me suis dit mais oui, mais à ce moment-là, je me professionnalise. Et je le fais de A à Z et à 100%. Et Barakao avait déjà été déposé cinq années avant. Donc, on avait vraiment déjà ça dans le cœur depuis longtemps. Ça avait fructifié, ça s'était bonifié. Et là, on s'est dit, bon, allez, c'est parti. Donc, mon CAP en cours du soir à Paris. Et vraiment, je me suis bien éclatée.
- Speaker #0
Et pourquoi, enfin, qu'est-ce qui vous fascine le plus dans le produit qu'est le chocolat ?
- Speaker #1
C'est un produit qui est magique. Parce qu'on peut tout faire avec, en fait. On peut tout faire, on peut le retransformer à l'infini tant qu'il est pur. C'est-à-dire quelque chose qu'on n'aura pas bien réussi. on le refait fondre et c'est reparti, sauf si il est rempli de noisettes, de praliné, de tout ce qu'on peut imaginer. Mais un produit brut, pur, on peut le retransformer. Et il apporte le bonheur, en fait. Au début, je me suis vraiment posé la question, quand j'ai changé de métier, pour qu'il ait du sens. Parce que, bien sûr, un médecin, on sait pourquoi. Il est là, il sauve des vies. Même une instite, elle va travailler l'intelligence, l'âme des enfants. Il y a plein de métiers où on se dit qu'il est essentiel. Sans eux, en fait, on aurait du mal à continuer d'avancer dans nos vies. Tout simplement, il y en a besoin. Nous, en tant que parents, on a besoin de ces relais. Et le chocolat, c'est secondaire. C'est que du plaisir, en fait. Et en développant vraiment ce job et cette activité à temps plein, je me suis rendue compte que j'ai des clients qui viennent me voir et qui me disent « mais vous avez changé ma journée. Vous m'avez apporté par votre sourire. » par votre accueil et par la qualité de vos produits, vous m'avez apporté un rayon de soleil. Et on ne se rend pas compte de la souffrance que les gens portent, de ce qui est difficile. Parce que chez nous, ils viennent acheter du chocolat pour eux, mais ils viennent souvent pour offrir, très souvent. Et c'est pour offrir parce qu'ils ont vécu un événement soit traumatisant, soit très heureux dans leur famille. Et ils veulent remercier. Ou bien j'ai beaucoup de gens qui viennent après des maladies pour offrir à leur médecin, pour remercier de tout ce qui a été fait comme soin. Et je me dis, par ces petites douceurs chocolatées, on arrive en fait à apporter quelque chose, apporter un petit rayon de soleil et un peu de douceur dans leur vie. Et ça, je trouve que ce produit est exceptionnel parce qu'on peut vraiment le transformer, le créer comme on a envie. Et je ne sais pas si je digresse un petit peu, mais nos tablettes, quand je les ai créées, on a mis une émotion sur chaque tablette. parce que j'avais envie que les personnes, quand elles croquent un morceau de chocolat de cette tablette, elles ressentent cette émotion et que ça puisse passer par le chocolat. Donc je trouve qu'il est un passeur d'émotions. Il y a vraiment quelque chose d'apporter de la douceur dans notre vie et ça, c'est vraiment sympa.
- Speaker #0
Quelles émotions, du coup, il y a écrits sur ces tablettes ?
- Speaker #1
On a joie, sérénité, optimisme, détente, fantaisie, plaisir. curiosité, alors c'est pas que des émotions c'est aussi des sentiments et c'est intense et j'ai des personnes c'est très étonnant, j'ai des personnes qui quelquefois me disent j'aimerais tel chocolat du pur, du gourmand, du lait, du noir de l'intense, très fort, au contraire très doux et j'en ai d'autres, c'est pas du tout ça elles viennent, elles regardent, on a 19 tablettes comme ça, et en fait elles choisissent en fonction des mots Merci. et des émotions qui sont sur la tablette et elles disent en fait ça, ça peut aller très très bien exactement dans ce que la personne est en train de vivre actuellement et je veux lui offrir ce message.
- Speaker #0
Là on parle d'un produit, le chocolat mais on est dans un podcast audio donc on ne le voit pas mais du coup est-ce que vous pourriez nous dire quel bruit fait le chocolat que ce soit pendant la fabrication ou la dégustation ?
- Speaker #1
Alors ici les machines sont toutes arrêtées donc que... Les bruits vont être difficiles à entendre, mais il y a deux choses que vous me demandez. Dans la dégustation, effectivement, on travaille les cinq sens. Et l'ouïe est travaillée dans le fait qu'un chocolat qui a été bien tempéré, qui va être brillant, croquant, quand on le casse en deux, en fait, il fait un petit bruit, un petit bruit sonore. Ça, c'est très bon signe. Quand un chocolat, si vous dégustez un chocolat et que quand vous le cassez en deux entre vos doigts, avant de le sentir, de le mettre en bouche, etc. Il n'y a pas ce petit bruit de claque, c'est que, attention, il est mal tempéré. Donc vous allez perdre au niveau du goût. Et sinon, ici, on a plusieurs machines. Et c'est vrai qu'on a des tempéreuses, donc tempéreuses qui font descendre et monter la température en continu dans la journée pour pouvoir travailler le chocolat. En fait, on fait travailler le beurre de cacao. C'est lui qui fait fondre le chocolat. Enfin non, on fait fondre et c'est lui qui fond dans le chocolat, dans la poudre de cacao, etc. Et on doit le stabiliser pour avoir un chocolat qu'on peut travailler à une bonne température. Et après, quand il refroidit, qu'il va être croquant, brillant, etc. Donc on a ces tempéreuses et ça fait un petit bruit de locomotive toute la journée. On entend un petit tic-tic-tic comme ça, voilà. Quand elles sont toutes les deux en route... Et qu'en plus, on table. Donc tabler, c'est sur notre pierre naturelle, le marbre. On a un marbre dans notre labo où on peut faire aussi travailler le chocolat. Donc entre les outils, on a des outils de maçons. On a des triangles de maçons. On a toutes sortes de choses, des spatules, etc. Donc ça fait beaucoup de bruit. Quand on broie, par exemple, le praliné, moi je travaille avec un énorme broyeur. Donc ça fait beaucoup de bruit, chaque fois quand on est à plusieurs à travailler dans le labo, on dit attention les oreilles, parce que ça, quand les noisettes caramélisées, les amandes caramélisées se sont broyées, et se sont entourées de caramel, c'est très très dur. Et donc le premier bruit, ça fait mal aux oreilles, donc on fait attention. Et par exemple quand on fait nos oursons en guimauve, pareil, on utilise un batteur, et ça le batteur est en route pendant 15 minutes, donc c'est pareil, ça fait un bruit de comme quand vous faites vos blancs en neige, mais ça dure 15 minutes. Et le soir quand on éteint toutes nos machines, Pour laver notre labo, nettoyer, vider tout, on réaspire à la paix et au silence, parce que ça fait vraiment du bruit, un bruit continu, non-stop. Et il y a un bruit dont je ne vous ai pas parlé, c'est le bruit des moules, quand on fait des tablettes, quand on fait des lapins de Pâques, tout ce qu'on peut imaginer, des œufs, etc. En fait, c'est le plastique, c'est un plastique très dur, pour pouvoir permettre la brillance et tenir le chocolat. On les tape contre le marbre et en fait ça fait beaucoup de bruit, ça fait un bruit de plastique tapé. Et c'est vrai que quand on accumule le tout, le soir on est heureux de retrouver la paix parce qu'on a les oreilles pleines. C'est un bruit qui chante, c'est un bruit qui est sympa, mais c'est vrai que c'est pas des bruits tellement forts qu'on est obligé de mettre des casques, ça n'existe pas. Mais c'est quand même un peu quelquefois, quand on est deux ou trois, à travailler assourdissant. Et le bruit dont je ne vous ai pas parlé mais qui... qui est chez nous plutôt sympathique. C'est le bruit de notre petite... On est dans la plus vieille boutique de chevreuse. Et c'est le bruit de notre sonnette de la porte d'entrée qui est quelque chose qui existe depuis quasiment 100 ans. Et les gens lèvent la tête, sont toujours surpris parce que c'est vraiment un très ancien bruit qui existait dans les anciennes boutiques. Et on m'a proposé de le changer pour mettre une cloche normale ou quoi. J'ai dit non, non, surtout pas. J'aime beaucoup ce petit bruit de la porte qui s'ouvre. Et je sais, quand je travaille, j'entends. Et je sais qu'il y a quelqu'un qui est entré dans ma boutique.
- Speaker #0
Quels sont les bénéfices du chocolat pour la santé ? Est-ce qu'il y en a ? Et aussi peut-être les limites en quantité ?
- Speaker #1
Les bénéfices, c'est que c'est rempli de nutriments. Donc on parle beaucoup du magnésium et de tout ce qui est bénéfique, surtout le chocolat noir. Évidemment, le chocolat au lait, en fait, on a rajouté du lait et du sucre. Donc c'est comme n'importe quel aliment. À partir du moment où on rajoute du lait et du sucre, on a quelque chose qui est beaucoup plus gras, beaucoup plus sucré et beaucoup plus addictif. Mais le chocolat noir en soi est bénéfique, vraiment à tous les niveaux. Après, la quantité, effectivement, c'est comme dans toute alimentation. Plus elle sera variée et équilibrée, et plus elle sera bonne pour notre santé. On a tous entendu parler du cadmium, ce qui est sorti un petit peu il y a quelques mois, de ces terres volcaniques qui sont chargées de métaux lourds, c'est ça, l'éclat du cadmium qui est sorti. C'est surtout dans les pays autour de l'équateur, 20 degrés nord, 20 degrés sud. Moi j'ai très très peu de chocolat comme ça, j'ai surtout des chocolats d'Afrique. Mais il faut savoir que, c'est ce que je réponds à mes clients en fait, je leur dis mais du cadmium il y en a partout. Il y en a dans toutes les céréales, il y en a dans les crustacés, il y en a dans l'eau. Et ce qui est important pour ne pas se retrouver avec un organisme surchargé de métaux lourds, c'est juste d'équilibrer. Et donc quand vous mangez votre barre de chocolat noir tous les jours... vos 20 grammes ou 30 grammes de chocolat noir tous les jours, vous n'abîmerez jamais votre organisme. Au contraire, vous allez lui donner plein de force. C'est un booster. Ça s'appelait la boisson des rois quand ça a été découvert parce qu'il a des richesses et des vertus extraordinaires. Donc, avoir tous les jours son carré de chocolat n'abîmera jamais notre organisme. Bien au contraire, c'est un moment de douceur et c'est vraiment un moment où on s'enrichit au niveau de l'organisme. Donc, il n'y a pas de... C'est comme dans toute alimentation, tant qu'on n'est pas dans les excès, je crois qu'il n'y a pas de soucis. C'est plutôt à moi de me dire attention, en tant que chocolatière, à ne pas vouloir goûter tout, tout le temps. Ce que j'ai encore beaucoup de mal, c'est une des grandes questions qu'on me pose. Mais tu n'es pas dégoûtée, Blandine, de sentir le chocolat toute la journée, de le manger ? Je dis non, j'aimerais être un peu plus dégoûtée, mais je ne suis pas dégoûtée pour l'instant. Et c'est vrai que chaque fois que je fais une préparation, même si c'est une recette que je connais, je goûte systématiquement. Parce qu'en fait, je veux être sûre déjà que le résultat, il peut y avoir un petit truc qui a changé, une humidité qui a changé. Et puis, j'ai tellement de joie à goûter ce que je produis que je continue tous les jours à goûter mon chocolat. Je ne sais pas si les jours de jeûne obligés par l'église, c'est les seuls jours où je ne mange pas de chocolat, je pense. Et c'est des jours très difficiles pour moi, où j'ai vraiment l'impression de ne pas avoir mangé de chocolat depuis très longtemps.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on parlait de dégustation de chocolat. C'est vrai que souvent, le mieux, c'est de le déguster, j'imagine, en pleine conscience. D'autant que je crois que vous faites aussi des ateliers chocolat ici. Je ne sais pas si c'est dégustation ou fabrication, mais sinon, est-ce que vous pouvez nous parler de comment déguster ? du chocolat ?
- Speaker #1
Alors oui, on fait des ateliers ici de dégustation et de fabrication de chocolat, aussi de guimauve. Sur nos tablettes, il est écrit comment on déguste. Nous-mêmes, on l'a appris avec nos enfants quand il y a une quinzaine d'années. Comme on est des grands amoureux de chocolat, dès qu'on va dans des nouvelles villes, on pousse les portes des chocolateries. Et en tout cas, j'ai un chocolatier passionné qui avait du chocolat en dégustation, donc comme ça, vous allez savoir comment il faut faire. en ne faisant pas ce que nous avons fait ce jour-là. Et donc, avec nos cinq enfants, il y avait du chocolat, on a pris le chocolat, on l'a croqué, on l'a mangé. C'est bon, délicieux, machin. Et le chocolat, il arrive et il nous dit, mais vous faites quoi ? On est en train de goûter votre chocolat. Ah non, mais ce n'est pas comme ça que ça se déguste, un chocolat. Et donc, ce jour-là, il nous a appris, et c'est ce que j'apprends à tous nos clients. Donc, en fait, quand on a un chocolat, d'abord, comme je vous ai dit tout à l'heure, on va le toucher. Il doit être doux, il doit être brillant. Ça, c'est ce qu'on voit. Quand on le coupe en deux, il doit faire un petit bruit, il doit être croquant. On va le sentir et là on va avoir des premiers arômes de cacao, de fleurs, de notes sauvages, de fruits, etc. Et là on va le mettre en bouche. Notre bouche c'est le four le plus extraordinaire pour le chocolat. Notre bouche est à peu près à 37 degrés et c'est à partir de 37 degrés que le chocolat fond. Donc je dis toujours à mes clients, notre bouche a été créée pour déguster du chocolat. Et là, quand on va le mettre en bouche, on va surtout ne rien faire. C'est-à-dire qu'on va attendre à peu près une minute avant de commencer à le faire tourner en bouche. Pourquoi ? Parce que, surtout si c'est un chocolat de qualité qui n'est pas bourré de beurre et de gras, il ne va pas fondre. Il va petit à petit devenir plus tendre, et petit à petit, le beurre de cacao va commencer à se répandre sur les papilles. Et il faut cette minute pour que les papilles s'excitent et qu'elles puissent sentir les saveurs. et sentir. toutes les notes qu'on peut avoir dans le chocolat. Et c'est à partir du moment où on va sentir que ça glisse sur notre langue que là, on va le tourner, le tourner, le tourner jusqu'à ce qu'il fonde entièrement, puis l'avaler. Parce que dans le chocolat, on a d'abord les notes de tête. Donc ça, c'est vraiment quand justement ce chocolat va commencer à fondre. On commence à avoir des notes de tête, donc des fleurs, des fruits, de la végétation, du tabac, etc. Puis quand il est fondu et qu'on l'a avalé, c'est la note de cœur qui va venir, c'est-à-dire... Là, vous avez souvent des notes de cacao ou de chocolat. Ce qui est différent, le cacao, on a une vraie amertume. Le chocolat, on a déjà la douceur et la gourmandise du sucre. Et la note de fond, c'est comme dans la dégustation du vin. Et la note de fond qu'on va avoir à la fin, c'est quand le chocolat est entièrement dégusté, avalé, qu'il n'y a plus rien en bouche, est-ce qu'on a quelque chose qui reste ? De l'astringence, de l'amertume, des notes de tabac, des notes de fruits secs, etc. Et plus le chocolat. et fort en cacao, plus on va avoir des notes de fond. C'est-à-dire qu'un chocolat au lait, vous avez beaucoup de chance d'avoir des notes de tête, des notes de cœur. Et quand il est avalé, on n'a plus qu'envie d'une chose, c'est d'en reprendre parce que le sucre appelle le sucre. Mais la note de fond, on ne va pas tellement l'avoir. On peut avoir des notes de vanille, de caramel, etc. Par contre, un chocolat noir puissant, quand il est avalé, que tout a été dégusté, là, vous avez quelque chose qui remonte et qui va rester en bouche. J'ai certains chocolats ici que je garde en bouche pendant trois heures. C'est-à-dire que j'ai des notes. qui sont en bouche et on a croqué un carreau et on n'a pas envie d'un autre. Parce qu'en fait, il y a tellement de choses qui restent en bouche que la satiété est là.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a quelque chose, peut-être qu'on ne connaît pas, peu, à propos du chocolat et que vous pourriez nous révéler ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que je peux vous révéler du chocolat ? Quelque chose, mais c'est plutôt une anecdote que j'ai trouvée très rigolote. Quand il a été découvert, il a été confié les premiers sacs de... de fèves de cacao brutes. On était confiés à Christophe Colomb sur ces bateaux. Et avec ça, il y avait les épices, des étoffes, etc. Et à un moment, Christophe Colomb voit ces sacs, je ne sais pas si c'était des sacs de jus, ou des sacs, je ne sais pas. Il ouvre, il met son nez dedans, il trouve que ça pue. Et il pense que ce sont des crottes de chèvre ou des choses comme ça. Les premiers sacs de cacao ont été jetés par Christophe Colomb dans l'océan. Parce qu'il s'est dit, pourquoi on transporte des choses qui devraient être dans les champs ? C'est que quand il est revenu après, on a demandé comment les Espagnols avaient accueilli les fèves de cacao. Il s'est dit, je n'ai pas eu de fèves de cacao. Il a fallu un deuxième voyage pour que les fèves de cacao arrivent en Espagne. J'ai trouvé cette anecdote très très rigolote et je me suis dit c'est vrai que quand je fais déguster, je fais déguster à nos clients les fèves de cacao brutes et on n'a pas du tout un goût de chocolat. Il faut attendre la torréfaction pour avoir le goût du chocolat. Comme dans tous les fruits à coque, quand on les torréfie, on les magnifie. C'est complètement... Je pense aux pignons de pain. Vous mangez un pignon de pain sec, mais cru, qui n'a pas été torréfié. C'est bon, mais vous le torréfiez à la poêle. Et là, on a des saveurs en bouche extraordinaires. C'est pareil pour les fèves de cacao.
- Speaker #0
Comme vous le disiez, vous avez suivi un CAP à Paris, à l'atelier de Stéphane. Est-ce que vous pouvez nous raconter peut-être un souvenir marquant de cette formation ?
- Speaker #1
Un goût de trop peu. c'est très dur de trouver des formations pour les plus de 26 ans et autant vous dire que j'avais plus de 26 ans quand j'ai fait ma formation parce qu'on ne peut pas faire de CAP classique en fait, c'est interdit aux plus de 26 ans et l'atelier de Stéphane on s'est retrouvé avec un mélange de personnes complètement différentes, des gens qui venaient pas pour en faire obligatoirement leur métier, des gens qui venaient pour leur plaisir, pour faire dans leur cuisine pour apprendre à maîtriser cette matière et comme je suis mère de famille nombreuse et plutôt efficace J'étais toujours la première à avoir fini. Et normalement, on avait quatre heures de travail. Et pendant les quatre heures, on devait faire souvent trois, quatre recettes. Donc, on avait un maître chocolatier qui montrait. Puis après, on passait tout à l'action. Enfin, je dis tout le temps, il y avait aussi des hommes. Et on était censé faire, on avait un planning chaque soir. Et régulièrement, parce que le groupe était un peu lent, on n'a pas réussi à tout faire. Et ça, c'était une grande frustration pour moi parce que... J'étais très rapide, j'avais souvent fini la première. Ce n'est pas pour être première de classe, c'est juste parce que je travaille comme ça. Et j'aurais voulu avoir beaucoup plus, beaucoup plus. C'est-à-dire que j'aurais voulu faire découvrir tous les secrets, avancer. Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on continue de se former tous les ans. On a un chocolatier de chez Ferrandi qui vient nous former une fois par an, ma fille et moi, pour apprendre des techniques, pour découvrir des choses. et pour qu'on continue d'être en recherche et en apprentissage pour mieux maîtriser cette matière. Et c'est vrai que je pense que c'est nécessaire parce que sinon on n'arrive pas du tout à garder un bon niveau et à enrichir toutes les propositions qu'on fait en chocolat pour nos clients.
- Speaker #0
Et par exemple, avec ce chocolatier de Ferrandi, qu'est-ce que vous avez appris récemment ?
- Speaker #1
Eh bien, on a fait notre cloche de Pâques. Donc avec lui, on travaille beaucoup les sculptures. C'est des choses qu'on n'a pas du tout faites pendant ma formation. Et pour décorer notre vitrine, on aime bien faire de temps en temps des sculptures qui ont du sens par rapport à ce qu'on est en train de vivre dans l'année. Et je voulais à Pâques qu'on ait une grande cloche de Pâques en chocolat. Et donc, on a passé une journée à faire une très grosse cloche de Pâques qui faisait à peu près 15 kilos et qui s'est effondrée avec la canicule. parce qu'on a beau être exposé plein or, en fait, il y a trop de chaleur. Un jour, on l'a retrouvée, elle avait un pendant qui était tombé. Voilà. Et alors, pour tous ceux qui ont peur du gâchis de chocolat, sachez que, et quasiment tous les chocolatiers font ça, on a du chocolat de vitrine, c'est-à-dire que notre chocolat qu'on utilise pour décorer, je le refais fondre, donc je ne le déguste pas. On ne le remet pas à fondre pour nos clients parce qu'un chocolat... absorbe toutes les odeurs. C'est comme un pied de cacao, en fonction de l'endroit où il est planté, il va absorber les odeurs des pieds et les arômes des pieds de tout ce qui est autour de lui. Par exemple, s'il prend un pied de bananier, un pied de café, un pied de vanille, il va absorber ça. Le même pied, 3 km plus loin, au pied d'une canne à sucre ou n'importe quoi, il va absorber autre chose. C'est ce qui va faire sa richesse aromatique. Et un chocolat qui n'est pas dans un emballage en plastique, ou un emballage en métal ou un emballage hermétique, il va absorber tout ce qui est autour de lui. Donc un chocolat de vitrine qui est posé dehors sans emballage décoré, en une semaine, il sent la poussière. Mais il est immangeable. C'est vraiment immangeable. Et donc nous, on récupère tout, on met tout dans des grands seaux et quand on refait de la sculpture pour décorer, on se sert de notre vieux chocolat pour ne pas gâcher.
- Speaker #0
D'accord. Effectivement, on ne se doute pas qu'on n'est pas du métier. et je crois que vous portez une veste de cuisine noire du coup pourquoi cette couleur là ?
- Speaker #1
alors pour la propreté quand j'ai fait mon CAP on était en blanc parce qu'en fait les personnes qui ont créé l'atelier de Stéphane ce sont des pâtissiers, tous les pâtissiers sont en blanc pourquoi ? parce que la farine est blanche tout simplement et ça se voit moins la crasse sur du blanc le chocolat et le blanc c'est une aberration c'est très joli mais c'est joli une heure Euh... Et ça ne se détache pas. Le chocolat marque. Le chocolat est gras. Donc en fait, il va se mettre dans l'habit et on aura vraiment du mal à l'enlever. Le noir, on le met à 60 et on n'en parle plus. C'est-à-dire qu'on le fait sécher après et toutes les tâches ont disparu. Donc c'est vraiment par praticité, tout simplement.
- Speaker #0
En septembre 2022, vous avez ouvert votre chocolaterie Baracao à Chevreuse. Alors pourquoi d'abord ce nom Baracao ?
- Speaker #1
Alors Baracao comme un bar à cacao, tout simplement. Donc c'est pour pouvoir déguster le chocolat sous toutes ses formes. Alors ici on a à Chevreuse, on est dans 30 mètres carrés, 15 mètres d'atelier, 15 mètres de boutique. Donc impossible de faire un bar à cacao, même si on nous le demande très souvent. Est-ce qu'on peut s'asseoir ? C'est pas possible. Mais le nouveau concept, on ouvre un deuxième atelier en octobre, normalement, si tout va bien. Et là, on aura trois fois plus de place, de la place pour s'asseoir, pour s'installer et pour déguster le chocolat. Et bar parce que, je ne sais pas si vous connaissez des bars à bière déjà. En Belgique, on en a beaucoup, dans le Nord, on en a beaucoup. Je ne suis pas amatrice de bière, mais mon mari, oui, et donc je connais ces bars à bière. Et en fait, quand on arrive, on nous fait déguster des tout petits godets de différentes sortes de bière, des ombrets, des... IPA, tout ce qu'on veut, etc. Des brunes, des blondes, voilà. Et en fonction de ce qu'on a aimé, on va nous dire, dans cette catégorie, vous avez ta-ta-ta-ta-ta, laquelle vous voulez déguster. Et en chocolat, on va faire la même chose, c'est-à-dire qu'on aura des fontaines à chocolat avec différents crus. Et on va faire déguster à nos clients, quand ils arrivent, les différents crus qu'ils ont envie de déguster. Et quand ils auront choisi, ils pourront s'asseoir et après déguster ce chocolat avec la pâtisserie française qu'on va faire, avec une boisson. qui est avec le cru qu'ils ont choisi, etc. Et donc, on va vraiment rentrer plus en profondeur dans les différentes origines du cacao et les différents goûts qu'on peut trouver dans le cacao.
- Speaker #0
Vous parliez d'elle, votre fille Priscille, qui est diplômée de l'école hôtelière de Lausanne, qui vous a rejointe dans l'aventure de Barakao, au début, je crois, à temps partiel, puis à temps plein. Et je me demandais quels sont un peu les avantages, les inconvénients de travailler entre mère et fille.
- Speaker #1
C'est un bonheur. Ça fait très paradisiaque, mais c'est vrai. C'est exigeant parce qu'on ne peut pas s'abîmer en fait. Un employé, on peut la virer si ça ne va pas. Et si on sent que ça ne matche pas, et si on sent qu'elle ne fait pas un bon boulot, on peut un peu lui parler dans la bouche, enfin, ne pas avoir peur. Sa fille, on la préserve et on l'aime tendrement. Et donc, c'est exigeant, mais c'est un vrai bonheur. Moi, je suis très triste de la laisser partir. Je ne vais pas pleurer, aujourd'hui en tout cas. Mais on a vécu un an et demi de grâce, vraiment pour nous. En plus, Priscille va se marier dans un an. Donc, elle va quitter son père et sa mère, ce qui est normal. Et on a, en tant que parent, on n'a jamais, je crois, très peu en tout cas, la chance. de retrouver ses enfants quand ils ont déjà un job. Souvent, ils ont pris leur appart quand ils sont étudiants et ils quittent le nid. Et puis après, ils trouvent leur vocation et ils construisent. En fait, c'est normal. Se retrouver avec son enfant qui a son job et qui revient à la maison et qui bosse dix heures par jour avec nous, c'est vraiment un bonheur. J'ai goûté chaque instant avec elle. Et ce qui a été extraordinaire aussi, c'est de découvrir toutes ces facettes. Parce qu'il y a plein de choses en fait, quand on est une maman, on va quelquefois à l'essentiel, on ne prend pas toujours le temps de s'arrêter. Et là, on a pu toutes les deux se déguster l'une de l'autre et découvrir les qualités profondes de l'une et de l'autre. Et en même temps, se faire grandir. Parce que, comme toute femme, on a des moments plus difficiles et on les exprime aussi quelquefois plus que les hommes. et avec Priscille on s'est réciproquement corrigé
- Speaker #0
Quand on avait des bad moods, des moments plus difficiles, écoute là, va falloir que ça change. Moi je peux supporter un quart d'heure ça, mais pas pendant cinq heures ça. Va prendre l'air, réfléchis et tu reviens. C'est arrivé réciproquement. Et en fait on se force et on apprend à grandir. Et Priscille qui va maintenant être chef d'entreprise à 25 ans, je crois que ça a été une très bonne école d'apprendre à se corriger avec amour. et avec délicatesse. Et ça, je le souhaite. Si on a le même désir de vie et le même métier, ne pas avoir peur de le partager avec son enfant parce que c'est une vraie richesse. Et ce qu'on a construit, je pense que c'est des fondations pour toute notre vie.
- Speaker #1
Pour en venir à votre entreprise Barakao, comment est-ce que vous avez choisi les producteurs de cacao avec lesquels vous travaillez ?
- Speaker #0
Alors comment on fait du chocolat engagé et qu'on est engagé auprès des coopératives qui produisent le cacao dans le monde entier ? Tout simplement par du réseau, donc le bouche à oreille, d'autres chocolatiers qui travaillent déjà avec ces coopératives et qui nous ont certifié que l'argent est au bon endroit. Le chocolat engagé c'est quoi ? C'est qu'on paye quatre fois plus cher la matière première aux cacao-culteurs pour qu'ils puissent vivre dignement et faire vivre leur famille. Ce qui est normal quand on travaille, on fait vivre sa famille, sauf que ce sont des secteurs où on y crève de faim. C'est la première année avec la crise du cacao et le chocolat café x10 depuis 2017 que des familles de cacao culteurs ont pu construire leur maison et vivre. Ça nous semble normal, mais là-bas c'est pas normal, là-bas c'est anormal. Et donc, les coopératives, j'ai choisi bien sûr au niveau du goût, en goûtant le chocolat et en me disant, bon ben voilà, je cherche tant de pourcentages de cacao, je cherche tel goût, je cherche tel arôme. Mais après, en étant sûre que l'argent allait au bon endroit et faisait vivre les familles. Et on parlait du cadmium tout à l'heure. Je n'ai pas choisi d'avoir très peu de pays d'Amérique, mais ça s'est fait naturellement. L'Afrique est une vraie terre aussi de cacao. Et on a eu... plein de coopératives d'Afrique et j'en suis très heureuse en fait d'avoir des goûts, des saveurs des arômes différents grâce à ces différentes coopératives.
- Speaker #1
Oui aussi, j'ai l'impression, je ne connais pas trop le marché du chocolat mais effectivement j'ai l'impression que la demande augmente dans le monde du coup le cacao est peut-être plus cher à l'achat c'est ça ?
- Speaker #0
En fait, il y a quelque chose qu'on ne sait pas trop dans le monde normal parce que ça ne se dit pas le chocolat a explosé, le cacao pardon parce que le chocolat c'est quand il est transformé chez nous, il faut savoir que les pays producteurs presque tous, il y en a quelques-uns au Pérou en Équateur je crois qu'il y a une ou deux fabriques mais sinon la majeure partie des caca-coteurs n'ont jamais goûté le goût du chocolat parce qu'ils n'ont pas les moyens de le transformer et c'est des pays où il fait trop chaud et trop humide en fait ça a augmenté parce que les Asiatiques, tous les pays Asiatiques sont preneurs depuis quelques années ils ne mangeaient pas de chocolat, ils mangent du chocolat et ils sont tellement nombreux qu'en fait ça a fait augmenter Ce n'est pas le réchauffement climatique seulement qui est la cause de la hausse de cacao. C'est vraiment le fait qu'il y a beaucoup plus de personnes, vous avez complètement juste, qui demandent du chocolat. Et du coup, on n'arrive pas, l'offre et la demande ne se complètent pas. Du coup, on a augmenté le prix du cacao et ça ne redescendra jamais. C'est-à-dire que ça va se stabiliser. Là, ça s'est stabilisé depuis l'an dernier parce qu'en plus, ils ont eu une très bonne récolte en 2025. Mais ça ne redescendra pas parce que la demande continue d'être en hausse.
- Speaker #1
Lorsque vous décidez de créer un nouveau produit, quel est un peu le processus créatif ? Est-ce que vous cherchez un équilibre des saveurs ? Est-ce que vous pouvez me répondre à travers un exemple ?
- Speaker #0
C'est celui que je vous ai fait déguster. Ganache à la menthe, menthe fraîche du jardin. Les idées viennent d'une intuition, de demandes de clients. Donc on a des clients qui sont exigeants, qui viennent nous dire « j'aimerais un bon boisson, pourquoi vous ne nous faites pas des caramels comme ça ? Pourquoi vous ne nous faites pas ci ? Pourquoi vous ne nous faites pas ça ? » Donc je les écris, les pâtes de fruits sont venues comme ça. C'est-à-dire que moi je ne pensais pas du tout faire des pâtes de fruits. Je suis artisan chocolatier confiseur, c'est mon diplôme. Donc j'ai appris à faire de la confiserie, mais sur le principe, on est plutôt moderne, ça ne me disait rien du tout. Et en fait, on a eu tellement de demandes que je m'y suis mise et on s'éclate dans les pâtes de fruits et les gens les adorent. Donc c'est vraiment très très chouette. Mais pour revenir à la création de ce bonbon de chocolat, un jour je sors de mon jardin. Je descendais à pied pour aller à mon atelier et j'ai une sorte de grosse menthe marocaine qui pousse dans mon jardin, qui est plus du chien d'an. Et je ne sais pas pourquoi, est-ce que c'est avec la rosée, mais ça sentait. C'est-à-dire que je passe la porte et je sens cette menthe fraîche en passant devant. Donc j'en prends une brassée et je descends au labo avec ma menthe dans les mains. Et là je me dis bon, qu'est-ce que je fais en fait ? J'aimerais bien faire quelque chose avec cette menthe, elle sent tellement bon. et donc, alors il n'y a pas de... Autant il y a 50 ans, les recettes des chocolatiers, c'était un secret défense. Les grands chefs, les grandes maisons ne donnaient même pas à leurs apprentis, surtout qu'ils ne copient pas, qu'ils n'en fassent rien. C'est fini. Aujourd'hui, les grands chefs mettent tout sur les réseaux, mettent tout sur les sites pour trouver les équilibres, etc. Mais après, la façon de fabriquer, par exemple, notre praliné, on le fait à l'ancienne. Il n'y a quasiment plus aucun chocolatier qui le fait à l'ancienne. Parce que nous, on a voulu, parce que le goût est meilleur. Mais donc, j'ai cherché sur Internet des recettes de grands chefs, si possible de meilleurs ouvriers de France, en tapant ganache à la menthe, tout simplement. Et là, j'ai vu des proportions, et j'ai essayé avec ma menthe du jardin. Et cette recette, elle a fait... Donc, les premières fois, quand je crée quelque chose, je ne le vends pas. J'ai toujours une assiette de dégustation, et en fait, je mets en dégustation. Et je voyais les gens, ils étaient fous, quoi. « Mais c'est bon, c'est bon, c'est délicieux ! » C'est extraordinaire parce que comme je vous disais dans la dégustation du chocolat, je fais toujours note de tête, note de cœur, note de fond dans la dégustation aussi. C'est-à-dire que la note de tête, c'est le chocolat qui est autour. Donc on a vraiment une note de quelque chose de croquant, de gourmand. La note de cœur, là on est sur une ganache 75 Sao Tomé, donc quelque chose qui va être profond, qui va avoir une note profonde de cacao. Et la note de fond, ça va être l'infusion à la menthe. Vous allez garder en bouche cette infusion à la menthe. pas une liqueur à la menthe sucrée que vous allez trouver dégoûtante. Vous allez vraiment avoir cette infusion à la menthe qui reste comme quand on boit un thé, tout simplement. Et donc, cette recette, elle a été extraordinaire. Et je l'ai adaptée pendant presque un an parce qu'elle était trop humide. C'est-à-dire qu'elle pouvait, si je la gardais, s'il y avait trop d'humidité, elle pouvait moisir. Et donc, je me suis moi-même découverte en ouvrant un chocolat après une semaine. sachant qu'une ganache se garde 2 à 3 semaines sans problème, sans être au frigo, début de moisissure, etc. Et donc on l'a rééquilibrée pour qu'elle ne fasse plus ça. Et toutes les recettes se rééquilibrent en fait comme ça. On essaye de trouver pourquoi l'humidité c'est le point clé dans la fabrication du cacao. Il faut un taux correct d'humidité, mais pas un trop grand, sinon le chocolat ne se garde pas. Tout simplement il s'abîme. Et donc toutes nos recettes on les travaille comme ça, et c'est avec le temps qu'on arrive à avoir un produit d'exception.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui est le plus difficile à fabriquer en chocolaterie selon vous ?
- Speaker #0
Le plus difficile ? Il n'y a rien de difficile. Je trouve qu'il n'y a vraiment rien de difficile, c'est juste qu'il y a des fabrications qui sont plus longues que d'autres. Par exemple la ganache c'est très rapide. La ganache c'est... en une demi-heure on peut avoir des bonbons de ganache. On peut la faire attendre le lendemain, la faire cristalliser, mais on peut très bien la mettre toute fraîche enrobée de chocolat, et le lendemain elle va le cristalliser, mais... La ganache est très rapide à faire. Il n'y a pas de choses difficiles. Ce qui est difficile, c'est que c'est très physique et que ça prend du temps à faire. C'est-à-dire, la ganache, je vous dis, c'est rapide, mais par exemple, un praliné, je vous parlais du praliné à l'ancienne qu'on fait ici sur tous nos fruits à coque, c'est à peu près 6 heures de travail de commencer à torréfier les noisettes, les amandes, etc. jusqu'au dernier moment où on en rebat la main. les pralinés. Et donc, en fait, toutes ces fabrications demandent un vrai temps de préparation, de fabrication. Et physiquement, c'est ça ce qui est difficile. Mais en soi, ce n'est pas très difficile. C'est plus que ce soit de couper des caramels, que ce soit de faire de la guimauve, de pocher, de faire des moules avec des sujets en chocolat. Il y a mille et une recettes possibles. Mais c'est le fait que tout soit fait à la main et qu'on continue de faire une recette après l'autre, etc. Et ça, ce n'est pas dur, mais c'est physiquement éprouvant.
- Speaker #1
Et lorsque vos mains travaillent, à quoi pensez-vous ?
- Speaker #0
À tout sauf au chocolat. En fonction de ce que je vis, tout simplement. En fonction de ce que je vis, je... Je suis souvent dans le silence dans mon labo, je ne mets pas toujours de la musique. J'ai été dans des labos en stage de chocolat, où j'ai été un peu choquée de l'ambiance qu'il y avait. Je me suis dit, je veux tout sauf ça chez moi. Moi, j'ai souvent besoin de silence parce qu'à ce moment-là, pendant que je travaille, pendant que mes mains travaillent, je pense. Quand j'ai des intentions à porter, je prie. Quand je n'arrive plus à rien faire, je mets de la musique, de la louange. Quand j'ai besoin de déposer des choses, j'aime être dans… Des fois, on est dans des délires, on rigole avec ma fille, on met de la musique à fond, on saute partout. C'est l'apnée de la jeunesse et c'est trop bien. Mais je suis souvent très calme et plutôt posée pour travailler. Et ça, c'est quelque chose que j'aime bien. Et je suis entièrement à ce que je fais tout en pensant à nos enfants, à ce qu'on vit. Là, on est dans la construction du deuxième labo. On est des fois dans des choses très concrètes, du prêt à signer, des étuis qu'il faut valider, le BAT qu'il faut signer. Il faut que je compte tous mes étuis dans mon entrepôt pour savoir combien il m'en reste. Attention, je n'ai plus de sucre, il faut que j'en commande. Donc voilà, comme une mère de famille qui va penser à un peu plein de choses en cuisinant. Mais d'être dans des recettes qu'on connaît et d'avoir l'habitude de faire des gestes, je ne pense pas au chocolat, je pense qu'à ma vie et ce que je suis en train de faire.
- Speaker #1
Et lors des ateliers que vous organisez dédiés au chocolat ? Qu'est-ce que vous faites ? En quoi ça consiste ?
- Speaker #0
On a deux ateliers pour l'instant proposés, un atelier chocolat et un atelier guimauve. L'atelier chocolat est en quatre étapes, on est huit, on est toujours en petit comité. On comprend l'histoire du chocolat, un peu ce que je vous ai raconté, comment de la fève jusqu'à la tablette, comment ça fonctionne. Ensuite on goûte, on déguste, on apprend à déguster du chocolat de différentes origines. Ensuite on table sur marbre. Donc apprendre à faire descendre et monter la température pour faire des tablettes pure origine que nos clients ramènent chez eux. Et à la fin, on finit par plus de fantaisie. En fonction des saisons et en fonction de ce qui se passe, ils vont pocher des choses gourmandes. Donc ça peut être des mendiants en hiver, ça peut être des mini-tablettes en été. Tout ça change en fonction aussi de ce qui me vient dans la tête et dans le cœur. Et là, ils vont les mettre avec des amandes caramélisées, du riz soufflé, tout ce que j'ai dans mon labo. Et ils vont les rendre gourmandes et ils repartent avec. Et à l'atelier guimauve, ils partent avec leurs oursons. Faits à la guimauve, enrobés au chocolat. Et donc, on fait la guimauve 100% soi-même. On la laisse prendre, durcir. On démoule. Et après, on enrobe de chocolat à la main, à l'ancienne. Et donc, tous ces ateliers, chaque fois, durent deux heures. Et on arrive à tenir le timing, normalement. Et ils sont très fiers, nos chocolatiers en herbe. de repartir avec leur fabrication. Quand on pose, on fait une petite photo de groupe à la fin pour montrer ce qu'ils ont produit. Ils sont très contents d'avoir fait ça.
- Speaker #1
Je crois aussi que vous avez été distinguée par le guide Goemio en 2024-2025. De quoi il s'agissait exactement ?
- Speaker #0
C'était pour mettre en valeur les artisans, les métiers artisanaux. Et j'ai trouvé ça plutôt sympa de le faire parce que souvent... Les consommateurs ne font pas tellement de différence entre l'industriel et l'artisanal. Moi, la première, j'ai appris à faire la différence et à privilégier l'artisanat plutôt que l'industriel. Et je trouvais qu'une récompense comme ça, beaucoup de gens savent ce que ça veut dire déjà, et on n'a pas besoin d'expliquer. Et je trouvais que ça permettait vraiment de mettre en valeur le travail artisanal, donc fait à la main, en partant des matières premières pour créer quelque chose, un vrai produit fini à la fin.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?
- Speaker #0
Les échanges. Je crois que c'est les échanges. Il y a deux choses. Déjà le fait de passer de la matière à la clientèle. Je crois que ça ne me plairait pas. Le principe de Barakao, c'est qu'on a un atelier visible de la boutique. Donc on a toujours un atelier et une boutique derrière. Là, ce qu'on est en train de mettre en place, notre deuxième Barakao, sera pareil. L'atelier sera visible de la boutique et quand on travaille, on peut voir la boutique. Et l'équilibre entre la clientèle, recevoir la clientèle, parler avec la clientèle et mettre les mains dans la matière et travailler, je trouve ça extraordinaire. Donc ça, c'est ce que j'aime dans mon métier. Si je ne devais que produire, à un moment, je crois que je pèterais un plomb. Et si je devais être qu'en clientèle, ce serait pareil. Et la deuxième chose que je voulais vous dire, c'est la richesse de... des rencontres qu'on a avec nos clients. Je vous parlais des rencontres avec ma fille que j'ai eues pendant toute cette année et demie, et là l'année prochaine avec notre apprentie, etc., qu'on va découvrir. Mais ce n'est pas que nos clients deviennent nos amis, mais nos clients, s'il y en a certains, c'est qu'on partage quelque chose chaque fois, une petite tranche de vie. C'est comme, je pensais que c'était un peu un conte de penser que chez la pharmacienne on raconte sa vie. Que chez le boucher, pareil, quand ils donnent la saucisse à notre petit, c'est toute notre vie, mais un petit peu quand même. En fait, je me rends compte qu'être commerçant de proximité, les gens nous racontent, nous partagent des choses. Et des fois, on pleure ensemble, on rit ensemble, on participe au mariage des gens, on participe au baptême des gens. Et ça, c'est d'une très grande richesse parce que chaque jour est différent et que ces rencontres, c'est des petits bouts d'âme. qui nous sont partagées et qui enrichissent notre quotidien.
- Speaker #1
C'est vrai qu'effectivement les commerçants ont un rôle, je trouve, notamment auprès des personnes seules. C'est vrai que je me souviens qu'il y a quelques années, les mercredis avec les enfants, et son mari était assez long, et je me souviens que quand j'allais voir la libraire du quartier, j'étais hyper contente parce que c'était la seule adulte avec laquelle je pouvais discuter ce jour-là, donc c'était génial. Aussi dans votre travail, est-ce qu'il y a des défis particuliers ou des parties de votre métier qui vous plaisent un petit peu moins ?
- Speaker #0
Ce qui est plus difficile pour moi, c'est quand on est obligé d'avoir des grosses quantités. Par exemple, à Noël, on fait quasiment une tonne de chocolat en un mois, un mois et demi, tout avec nos mains. Et là, il faut avoiner, il faut en donner. Et du coup, on a mal partout. Le soir, on a mal aux mains, on étire ses mains, on a l'impression qu'on commence à avoir de l'arthrose. Non ! pitié pas de l'arthrose et c'est pas de l'arthrose mais c'est juste de la fatigue musculaire en fait parce qu'on tient les moules on met de la pression c'est lourd il ya 500 grammes de chocolat on les retourne parce qu'on fait les mêmes gestes en continu et qu'il faut sortir les 200 kilos de truffes et qu'il faut sortir toutes les tablettes parce que j'en continue d'acheter les tablettes même si on est à noël et en fait on a beau s'organiser on a beau préparer comme on congèle rien comme on est en flux tendu tout le temps c'est notre désir, notre choix. Il y a une vraie fatigue, une vraie fatigue qui s'installe. Les journées rallongent. On a beau dire qu'on vend du chocolat toute l'année, ce qui est vrai, mais on a quand même des périodes saisonnières où c'est du non-stop. Et là, c'est pour ça que je vous ai dit, on ne peut pas se voir à ce moment-là. Ce n'est pas possible. Et là, on a une vraie fatigue physique qui s'installe. Il faut tenir le rythme, il faut avancer. Donc ça, c'est vraiment une vraie difficulté dans notre travail. La première année, j'ai eu mal partout. parce qu'on est quand même debout 8 à 10 heures tous les jours, non-stop. Donc je ne suis jamais assise. Là, on est assise face à face, mais en temps normal, ça ne m'arrive jamais, sauf quand je prends un pause-déj ou à la rigueur que je plie des étuis. Là, je me dis, ah oui, tu pourrais t'asseoir. Tu as une heure devant toi, tu peux t'asseoir. Mais on est tellement habitué à être debout qu'en fait, on est tout le temps debout. La première année, j'ai eu des buts de capsulite. J'avais mal partout. Je souffrais de partout. Et maintenant, le corps s'est musclé, il s'est habitué. Et du coup, je n'ai plus de bobos. Et j'essaye une fois par an de faire un massage, d'aller chez une amie qui... fait ça. Et chaque fois, il me dit, ouh là là, Blandine, c'est noué de partout. Ben ouais, c'est noué de partout, mais j'ai pas eu le temps. Et les enfants, souvent, à Noël, m'offrent mon massage. Ils savent que j'ai besoin d'aller prendre une heure et demie pour tout lâcher. Parce que c'est très important, à ce moment-là, d'écouter quand même son corps. Et nous, on se donne le luxe de s'arrêter après chaque grosse période. Donc, on arrête tout, on va marcher à la mer, on prend vraiment du temps pour s'aérer. Reposer le corps et l'esprit parce que c'est très prenant.
- Speaker #1
Vous parliez des périodes Noël et Pâques qui sont une saison plus intense pour le chocolat. Je me demandais aussi, c'est vrai qu'il y a des périodes, l'été c'est peut-être moins propice au chocolat vu qu'il y a quand même la chaleur qui fait que les gens vont moins acheter de chocolat parce qu'ils craignent que ça va fondre. Surtout que là, il y a quelques semaines, c'était la canicule. Du coup, dans ces cas-là, est-ce que vous avez encore des clients ou comment est-ce que vous vous adaptez ?
- Speaker #0
Alors c'est vrai qu'on est obligé d'adapter, donc nous on vend des glaces artisanales, pour l'instant, cette année, c'est pas nous qui les faisons, mais normalement l'an prochain ce sera nous. Mais c'est vrai qu'on essaye de s'adapter, de vendre des produits qui sont adaptés à la température. Mais on a quand même des vrais accros en chocolat qui continuent de venir et ils ont leurs petites glacières, ils ont leurs petits, comment on appelle ça, les pains de glace. Ils ont prévu et ils partent même avec des chocolats des fois à l'autre bout de la France pour ramener à leurs amis. Donc on continue en plus petite quantité. Mais nous, ça nous permet de produire et de préparer les autres saisons. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de chocolats qui peuvent se garder six mois, un an. Toutes les tablettes, etc. Et donc, moi, j'essaye d'avancer pour faire mon stock.
- Speaker #1
D'ailleurs, quand il fait très chaud, est-ce qu'il faut mettre le chocolat au frigo ou pas ?
- Speaker #0
Non, on ne le met pas au frigo, sauf si vous dépassez 27 degrés dans votre maison. À partir de 27, il va commencer à devenir mou et donc à s'abîmer. Là, on peut le mettre au frigo, mais en bas, tout en bas, dans le rayon fruits et légumes, où il y a le moins d'humidité possible. Mais non, le frigo, c'est quand on est au-dessus de 27. Et alors, s'il va au frigo, ne vous inquiétez pas quand vous le ressortez s'il est blanchi. Ça ne veut pas dire qu'il a tourné, qu'il est mauvais. Un chocolat, c'est très rare qu'il s'abîme, sauf une ganache, parce qu'il y a des produits frais dedans. Mais dans le frigo, en fait, on va faire retravailler, on en a parlé tout à l'heure, les beurres de cacao, les cristaux de beurre de cacao. Et donc, on va avoir un blanc-chiment qui va être soit gras, soit sucré. Le sucre aussi fait du blanc-chiment. Donc, c'est juste esthétique, mais au niveau du goût, vous pouvez y aller les yeux fermés. Et prenez le temps de le sortir quelques minutes avant de le déguster, sinon vous n'aurez pas d'arôme en bouche.
- Speaker #1
Est-ce que vous auriez une anecdote émouvante avec... Un client ou une cliente à nous raconter ?
- Speaker #0
Alors je parlerais de ma petite cliente qui prend soin de moi aussi. Quand je suis allée la voir en disant j'ai de l'arthrose aux mains, c'est horrible parce qu'elle est éthiopate. Et elle a pris soin de moi pendant plusieurs séances en me disant tu n'as pas d'arthrose, il faut juste que tu étires tes mains. Et qui un jour est venue avec un foulard sur la tête. et qui s'est mise à sangloter parce qu'elle avait un cancer du sein et que j'ai suivi pendant toute son année de chimio et qui venait de temps en temps me dire « Blandine, je ne peux plus manger de chocolat parce que je suis dégoûtée mais je continue d'en offrir aux autres parce que c'est des petits pétales de bonheur pour mes amis. » Et l'autre jour, je l'ai vue arriver avec sa petite coupe à la garçonne et ça m'a donné beaucoup de joie de voir qu'elle avait bien lutté et qu'elle reprenait du poil de la bête. Donc voilà, ça c'est des choses qui pour moi me touchent profondément. Je suis impatiente quand je vois ces clients-là qui arrivent, d'apprendre de leur vie, d'entrer un peu dans leur vie. Et ça c'est très émouvant en fait, en tant qu'artisan, de découvrir des personnes comme ça et de les accompagner à ma façon, avec le peu que j'ai, dans ce qu'ils vivent de difficile dans leur quotidien.
- Speaker #1
Et est-ce que vous avez une situation, cette fois peut-être drôle, de votre quotidien d'artisan chocolatier à nous raconter ?
- Speaker #0
Oui, peut-être. Quand on fait des glaces, on leur met une petite touche quand même de chocolat. C'est-à-dire que nos cornets, on les recouvre de chocolat coulant. Et en fait, après, ça se cristallise avec la glace, au contact de la glace. Et donc, quand on finit son cornet, on n'a que du chocolat. Et c'est plutôt sympa. J'ai des clients. qui font quelquefois une demi-heure de route pour prendre leur glace avec du chocolat et qui me disent mais on ne vient à Chevreuse que l'été pour la glace au chocolat de chez Barakam et je trouve ça extraordinaire et ça quand je les vois arriver moi ils me font beaucoup rire parce que il y en a certains que je connais bien maintenant et qui viennent en moto etc et qui viennent chercher leur glace au chocolat parce que il n'y a que chez nous qu'on en trouve et ça je trouve que c'est vraiment des c'est de la douceur, c'est très très chouette alors c'est pas très drôle mais c'est de... Voilà, c'est des petites notes de vie que je trouve extraordinaires à partager.
- Speaker #1
Alors, peut-être dernière question, est-ce que votre foi influence votre métier ?
- Speaker #0
Complètement. On a derrière nous, c'est l'atelier Saint-Joseph ici. Et avant notre ouverture, on a fait bénir notre atelier par notre curé. C'était surréaliste de voir notre prêtre en aube. Et en soutane, avec son buis, à bénir le travail de nos mains. Et je crois profondément qu'offrir le travail de ses mains, peu importe ce qu'on fait, porte du fruit. Et des fruits silencieux, qu'on a partagé quelques petits fruits qu'on a, qu'on connaît, qu'on entend. Mais il y a plein de choses, je pense, qu'on ne sait pas. Et j'essaye d'évangéliser, en fait, à ma façon, sans mettre des grosses croix partout, ni écrire « Jésus t'aime » sur ma vitrine. Mais j'ai fait par exemple, vous avez pu le découvrir, un calendrier de l'Avent chrétien, catholique, pour préparer Noël. J'essaye vraiment de mettre des gouttes de foi dans tout ce que je fais. Et comme on est dans un petit village et que je suis chef de chœur dans ce village, il y a plein de gens qui me voient à la messe aussi et qui savent très bien que j'ai la foi. Et ce n'est pas un souci, au contraire, je me dis que je peux apporter quelque chose de plus à ceux qui ont envie en tout cas, et qui ont le désir de ça.
- Speaker #1
Pour finir, à chaque petite question courte, vous pouvez répondre par une phrase courte ou non. Complétez cette phrase. La personne humaine est...
- Speaker #0
Extraordinaire.
- Speaker #1
Une musique que vous écoutez...
- Speaker #0
Mariage d'amour. C'est une note de piano qu'on entend au puits du fou dans les noces de feu, que nos enfants jouent au piano, tous, nos trois pianistes, et ça me fait pleurer chaque fois.
- Speaker #1
Une femme qui vous inspire ?
- Speaker #0
Mère Thérésa. Pourquoi ? Parce qu'elle a dit, entre autres, une phrase qui me marque quand je suis un peu découragée. Le matin, regarde tes deux mains et dis-toi, qu'est-ce que je peux faire pour toi Jésus avec mes deux mains ? Et quand je n'ai pas de courage, je regarde ça et je me dis qu'est-ce que je peux faire pour toi Jésus ?
- Speaker #1
Un moment qui vous ressource ?
- Speaker #0
La louange. Chanter, chanter et me décentrer de moi-même et faire remonter. La verticalité, faire remonter au ciel tout ce que je porte dans mon cœur.
- Speaker #1
Que direz-vous à Dieu quand vous le verrez ?
- Speaker #0
J'espère que tu es content de me voir et que j'ai bien bossé.
- Speaker #1
Merci beaucoup Blandine. Et merci à toutes et à tous de nous avoir écoutés. Nous espérons que cette conversation vous a plu. Nous vous donnons rendez-vous sur le site de Zélie si vous n'êtes pas encore abonné à la newsletter et que vous souhaitez la recevoir. Le lien est dans la présentation du podcast. Et à bientôt pour un nouvel épisode.