- Speaker #0
Bienvenue sur ce nouvel épisode de Zone de pouvoir. J'ai le plaisir aujourd'hui d'accueillir un nouvel invité, un entrepreneur haut en couleurs. Il est le fondateur de ChibiPhoenix et de Amilova.com. C'est une plateforme de jeux vidéo et de bandes dessinées numériques. C'est quelqu'un qui a créé à un moment donné sa société, des studios. Il a autofinancé. Il est passé de 3 à 80 collaborateurs. Il a un parcours très riche. Il est aussi notamment bien implanté. Il est le cofondateur de la French Tech à Sofia en Bulgarie. J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui et de discuter avec Adrien Bacchi. Bonjour Adrien.
- Speaker #1
Bonjour Yann. Comment ça va ? Merci, merci. Ça va très bien, ça va très très bien.
- Speaker #0
Bon, super.
- Speaker #1
Tous les jours, très bien.
- Speaker #0
Tu me disais merci, c'est moi qui te remercie d'être là aujourd'hui. Pour commencer, j'aimerais comme souvent aborder ce sujet sans s'étaler non plus pendant des heures. Tous les chefs d'entreprise à un moment donné ont fait ce choix effectivement de passer du monde du salariat à l'entreprenariat. Alors tu as un domaine d'activité qui est... particulier, qui est très précis, qui est très pointu. Tu vas nous expliquer tout ça. Qu'est-ce qui, toi, t'as fait un jour basculer dans ce monde-là, dans le monde de l'entrepreneuriat et particulièrement dans ton secteur d'activité ?
- Speaker #1
Alors, le secteur d'activité, c'est le plus simple. Ça a toujours été le rêve de gosse. Dire j'adore les jeux vidéo. Un jour, je veux travailler dans les jeux vidéo. J'adore la bande dessinée. Un jour, je veux travailler dans la bande dessinée. C'est vraiment un truc de gamin et ça s'est passé. Il y a plein de choses au milieu, mais par le truchement de plein de hasards et de volonté d'essai, on est arrivé à ça. Le plus compliqué, ça a été vraiment comment est-ce qu'on est rentré dans l'entrepreneuriat ? En fait, je pense qu'il y a des gens qui ne sont pas faits pour travailler autrement. J'ai essayé d'avoir un parcours tout à fait classique. Mes parents sont professeurs les deux. Ma mère est prof d'art plastique. Et mon père était prof d'art plastique et peintre.
- Speaker #0
D'accord, des artistes...
- Speaker #1
Artistes et profs. Et donc pas du tout entrepreneur. On ne jugera pas leur talent en tant que peintre, mais ils n'ont pas réussi à vendre grand-chose. Donc ça a toujours été pour l'art, l'art lui-même. Donc je ne suis pas parti vraiment avec beaucoup de mentoring pour devenir un entrepreneur. C'est vraiment venu, je pense, à la base par le fait que... que je ne peux pas, je ne fonctionne pas avec de l'autorité.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc ça a été vraiment partie de toute une éducation où je me rendais compte que j'avais une intelligence particulière qui n'était pas exactement tout le temps académique, sans être un mauvais élève, j'étais un bon élève, mais ma manière d'assembler les choses a toujours été différente. J'ai une capacité à voir des choses que les gens ne voient pas. Je n'ai pas forcément des capacités sociales qui me permettent de m'entendre avec tout le monde. Et alors l'autorité...
- Speaker #0
Plutôt un électron libre ?
- Speaker #1
Oui, en fait, pas forcément un électron libre puisque maintenant je travaille avec des équipes. Mais il faut que je puisse travailler selon mes termes. Il faut que je puisse m'exprimer avec beaucoup de liberté et toute l'énergie que je peux mettre. Parce que j'ai beaucoup d'énergie. Et quand tu travailles dans une entreprise, on va te brider parce que tu dois rentrer dans un système.
- Speaker #0
Bien sûr, dans un cadre, oui.
- Speaker #1
Et en fait, j'ai d'abord fait un parcours académique. J'ai fait une école de commerce très classique. J'ai fait neuf stages avant mon premier job. J'en ai vraiment fait beaucoup. J'ai grindé, j'ai eu beaucoup d'expérience. Et entre autres choses, je me suis rendu compte que je n'étais pas fait pour ça. J'ai fait un an de stage dans l'équipe marketing de Bosch. J'ai appris énormément de choses. J'ai entre autres appris... que ça peut pas m'aller de bosser dans un truc corporate comme ça. Un des premiers trucs que j'ai fait avec ma boss à l'époque, qui l'avait rendu folle, je me rends compte que mon stage, c'est en 2004, bien avant qu'on parle des high, etc., moi j'ai toujours été obsédé par l'optimisation. Quand je vois du gâchis, ça me rend fou. J'ai besoin d'optimiser les choses, etc.
- Speaker #0
Ce qui est du concret derrière et du résultat.
- Speaker #1
Et qu'on produise, mais si je vois un truc qui est débile, j'ai besoin de le régler. il faut que je règle ce truc là et rentrer dans une grosse corporation où on te dit ah bah attends les mecs c'est comme ça c'est pas autrement tu vas pas tout changer, moi je peux pas et en fait je me suis rendu j'étais en stage d'école de commerce donc tu payes cher à ton école de commerce, on te promet d'aller travailler avec les élites machin truc etc tu travailles pour Bosch, on m'avait dit ton stage sera ci ça ça sauf que quand je rentre dans mon stage je me rends compte qu'une grosse part de mon stage, une très grosse part de mon stage c'est de prendre des stickers les mettre dans des enveloppes pour les envoyer aux équipes commerciales.
- Speaker #0
D'accord c'est pas fou
- Speaker #1
et ensuite de faire des fax pour prouver, on est en 2004 pour prouver que les stickers ont été envoyés et les fax il faut les remplir à la main et faire une photocopie du truc c'est pas possible Et en fait, une partie de l'information je devais aller chercher dans une base de données Excel. Vraiment un truc de base. Et j'ai dit à ma boss, attends laisse moi travailler un petit peu, je vais pouvoir automatiser ce truc là. Quand je vais chercher un truc dans une base de données, ça va remplir un formulaire, je vais l'imprimer et je vais l'envoyer directement par fax depuis l'ordinateur. Je vais gagner 4 heures par jour. le taf, toi t'es chiant, tu demandes des trucs et machins, etc. Et à... Bon, elle était trois ans plus vieille que moi, c'est pas non plus comme si elle en avait 50. Mais il y avait tout ce truc de travailler pour une grosse corporation allemande qui avait déjà tout en place, pourquoi est-ce que moi je veux changer les choses ? J'ai changé les choses, ça a entièrement transformé ma fonction et je me suis retrouvé 4 heures de libre par jour et j'ai pu faire des choses intéressantes et après avec ma boss j'ai compris qu'il fallait que je sois gentil avec elle et que je lui apporte des cafés le matin et on a commencé à devenir potes. Donc, il y a eu une autre transformation de mon côté. Je ne vais pas être juste un iconoclaste et autre aussi un peu sociable. Mais en dehors de ça, je me suis rendu compte que je n'étais pas fait pour bosser là-dedans. Et d'ailleurs, j'avais eu une conversation avec ma chef de l'époque qui m'avait dit « Adrien, tu as vraiment un côté rebelle, tu veux toujours tout faire selon toi. Un jour, crée ta boîte et tu prouveras à tout le monde en fait. »
- Speaker #0
Ce côté rebelle, ce côté électron libre finalement, c'est un petit peu le point commun qu'on retrouve chez beaucoup d'entrepreneurs qui ont besoin de s'émanciper finalement des... des cadres, de tout ce qu'on peut leur poser de façon obligatoire et d'avoir cette forme de liberté, de créativité. Tu vois, dans ton domaine, et puis on peut le voir parce qu'on est filmé, on voit que tu es quelqu'un de créatif, tu le portes sur toi. Quand je disais un personnage tout en couleur...
- Speaker #1
C'est les chaussures.
- Speaker #0
C'est pour tes chaussures, je disais ça. Surtout la couleur de tes lacets. Donc, cette créativité aujourd'hui t'amène... Alors, même si tu dis au départ que tu n'es pas quelqu'un de super sociable, etc., comme je le disais... Ton aventure entrepreneuriale aujourd'hui, elle a plus de 10 ans. Tu es passé de 3 collaborateurs à plus de 80 aujourd'hui.
- Speaker #1
Aujourd'hui, moins de 50.
- Speaker #0
Moins de 50 ?
- Speaker #1
Non, ça a été une époque 80 et...
- Speaker #0
3 à 80,
- Speaker #1
80 à 50. Autant pour moi. C'est moi qui te donnais l'information, mais on est monté de 3 à 80, ce qui est vrai. Mais on est aussi redescendu de 80 à 50.
- Speaker #0
D'accord, il y a des raisons, on peut s'expliquer. Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Mais c'est une autre aventure. La décroissance et devoir gérer... C'est sûr. C'est humainement très intéressant.
- Speaker #0
C'est un vrai match, en fait, constamment. Et ça, on est là pour en parler aussi. C'est vrai que le défi d'un entrepreneur aujourd'hui, c'est bien parce qu'on a une super idée et puis effectivement, on a cette dose d'adrénaline qui nous pousse à avoir des projets et à taper dedans jusqu'à ce que ça monte. Ça crée effectivement une pression, mais aussi la dépression lorsque l'on doit réadapter ses ambitions, quelque part, à un système, à un marché, à des conditions de fonctionnement, son fond intérieur qui nous dit globalement est-ce que c'est réellement de ça que j'ai envie puisqu'il y a un équilibre, on parlera évidemment aussi d'équilibre, je sais que tu as un papa très intentionné en tout cas ta vie de famille est très importante pour toi. Effectivement il y a deux choses à gérer quand on entreprend il y a le côté effectivement très fun, très sympa de monter des choses et puis il y a le côté peut-être des fois un petit peu moins fun qui est de les maintenir en tout cas de savoir pourquoi on doit faire un effort constant pour maintenir quelque chose qui n'est pas forcément constant et beaucoup de chefs d'entreprise aujourd'hui s'accrochent justement à cette idée que La réussite, c'est avoir beaucoup de chiffre d'affaires et beaucoup de salariés et beaucoup de clients. Mais oublie la petite partie très importante, c'est le bénéfice. Je ne parle pas forcément que d'argent. Le côté bénéfice de mon activité, ce que ça me rapporte en termes de plaisir, en termes de réalisation personnelle. Et puis en termes d'équilibre, est-ce que cet objectif-là finalement, c'était super au départ de le mettre sur le papier parce que j'avais des ambitions. Mais quand j'arrive enfin sur la marche que je m'étais fixée, Est-ce que c'est réellement le résultat à escompter ? Est-ce que c'est réellement quelque chose qui me nourrit aujourd'hui et qui me permet de vivre sereinement ? Et ça peut s'expliquer, c'est pour ça que ce n'est pas rare de voir des entreprises aujourd'hui qui gonflent et dégraissent justement parce que cette entreprise a enfin pris conscience que sa priorité, ce n'était pas forcément ce qu'il marquait sur le papier au départ, son prévisionnel avec son expert comptable, mais peut-être aussi cet équilibre perso pro qui est très difficile aujourd'hui à maintenir.
- Speaker #1
particulièrement compliquée dans une ambiance récession-dépression. Est-ce qu'on va rentrer en guerre ? Où est-ce qu'elle est la démocratie ? C'est quoi le futur ? Est-ce que les robots et les intelligences artificielles vont nous remplacer d'ici deux semaines, deux ans ? On ne sait pas. C'est très anxiogène. On est passé d'un monde où tu pouvais prendre un crédit immobilier et te dire j'ai plus que 35 ans pour le payer à te poser des questions sur les 35 prochains jours. Maintenant...
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai ça, bien sûr.
- Speaker #1
Maintenant... Je pense que les générations avant nous, nos ancêtres, etc., ils ont vécu des choses bien plus dures.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr.
- Speaker #1
Ça va bien en fait.
- Speaker #0
Justement, t'es amené toi à toujours, comme beaucoup, mais toi particulièrement dans cette ascension et puis ce rééquilibrage, on va l'appeler comme ça, de ton activité. Sans rentrer dans le pourquoi exactement, parce qu'on n'est pas forcément là pour parler de la stratégie entrepreneuriale pure. Néanmoins, le chef d'entreprise, c'est lui qui est justement le guide de sa stratégie et qui est le guide aussi de... du reste de sa boîte. Qu'est-ce qui t'a fait toi justement soit prendre conscience, soit réagir par rapport à des choses qui peut-être ne t'allaient plus ? Au contraire, c'est quoi ? C'est une prise de conscience ? À ce moment-là, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #1
Les cinq dernières années ont été très complexes pour le monde, pour mon industrie et pour moi. La première chose, pour le monde, on a vécu le Covid, le lockdown. Est-ce qu'on va tous mourir ? Est-ce que c'est une blague ? Est-ce que les vaccins vont nous sauver ? Est-ce que les vaccins vont nous tuer ? Information, désinformation. À la fin, on ne sait pas. C'est très brutal. Très, très brutal pour les gens de rester enfermés dans leurs 12 mètres carrés.
- Speaker #0
Il y a un état de sidération qui a tué le game,
- Speaker #1
pour le coup.
- Speaker #0
Il y a eu une main prise, effectivement, par la peur. Très intéressant de parler de ça. C'était pas prévu. Mais cet état de sidération, comme tu le dis, il a effectivement rebattu les cartes de beaucoup d'industries. Alors, il y a certains qui sont partis et sortis gagnants, comme beaucoup, comme très souvent. Et malheureusement, il y en a d'autres qui ont dû s'adapter. Et c'est vrai qu'il y a ceux qui ont eu cette force de résilience et d'adaptation, d'adaptabilité en termes de pouvoir. Et puis, il y a ceux, malheureusement, qui ont subi plein fouet et qui n'ont pas pu se remettre en question.
- Speaker #1
Je le vois vraiment à trois niveaux en tant que chef d'entreprise et CEO. À cette époque-là, on était en plus en pleine croissance. On était passé de 35. Ces années-là, on est de 2019 à 2023, on passe de 35 à 80 personnes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
En autofinancé, à la main. La difficulté, c'est comment est-ce que tu gères des employés et des équipes avec les informations que te donne le gouvernement ? Avec l'information d'eux, il faut avoir des masques, mais ce n'est pas obligatoire. Il faut être vacciné, mais peut-être pas. Les règles de distance, oui mais non. Entre les gens de ton équipe qui te disent il faut être vacciné, il faut trois masques, etc. Et ceux qui disent moi je m'en fous, je touche sur qui je veux, je m'en fous. Ou les gens qui viennent et qui disent bon c'est bon j'ai un passeport de vaccin, par contre c'est un faux. J'ai payé 500 euros, moi je ne veux pas me faire vacciner. Donc il faut gérer ce truc-là. Et comment est-ce que tu... gère ta communication et comment est-ce que tu es responsable, où est-ce que tu places le barreau etc. Donc il faut gérer tout ce truc là donc il faut le gérer. En même temps nous on a eu la chance en termes de boîte de jeux vidéo d'être dans une industrie qui était en plein boom pendant le Covid ça a été très très bien Tout le monde à la maison Mais du coup comme beaucoup d'entreprises dans le jeu vidéo on s'est dit c'est bon c'est parti, l'industrie se développe ça va jamais s'arrêter il faut recruter, il faut développer etc. Et comme beaucoup d'instructeurs de boîte dans le jeu vidéo, on a recruté trop vite, trop junior. Avec le remote et des managers qui n'étaient pas prêts, on a eu du mal à former les gens et à suivre la croissance. Passer de 35 à 80 personnes, c'est dur.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et en plus, le faire dans de mauvaises conditions, avec pas les bonnes personnes, pas les bonnes universités pour soutenir, on s'est cramé. À 80 personnes, il y avait 30 à 40 personnes de trop. On a créé de la p***. politique, on a créé des gens qui faisaient semblant de travailler, qui s'étaient mis d'accord pour faire croire que... Et ça a pourri le truc. Et à partir de 2023, le business du jeu vidéo est devenu beaucoup moins rentable puisque les gens sont de nouveau ressortis au soleil. Et il faut gérer ce truc-là.
- Speaker #0
Forcément. Donc là, il y a eu vraiment une vague sur laquelle t'as essayé de surfer. Et on s'est ratés. On s'est ratés, tu ne pouvais pas le savoir. C'est un petit peu toutes les histoires d'entrepreneurs. C'est-à-dire que tu lances un projet, tu ne sais pas s'il va marquer le projet. Tu prends les éléments à l'instant T, tu fabriques ce que tu peux avec, effectivement, tu prends le risque, parce que je ne connais personne qui a réussi sans prendre de risque, et je ne connais personne qui a réussi sans connaître réellement d'échec. parce que finalement, aujourd'hui, t'es là, t'es tout entier, ta boîte, elle est encore là, même s'il reste 50 salariés...
- Speaker #1
Très bien, on a fait des très bons profits. C'est une boîte qu'on a partie de dette. J'avais 160 000 euros de dette en 2016. Donc ça, c'est 20 ans d'entrepreneuriat. Il y a eu des hauts et des bas. Et en 2022, on faisait 1,4 million par mois. Donc, de chiffre brut, ce n'est pas du BNF. Mais bon, voilà, on a pu financer des emplois et on a pu financer nos bêtises aussi. Donc il y a eu toute cette phase-là. En plus de ça, j'ai perdu mon père dans un accident fin 2021.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il s'est étouffé à un barbecue avec des copains. Il est mort. Donc ça a été super dur à digérer parce qu'il fallait pouvoir digérer. On s'entend extrêmement bien avec mon père. Il a fallu digérer ce truc-là. En plein milieu du Covid, en plein milieu de l'isolation, tout le bordel que j'ai... Tu fais un chiffre d'affaires incroyable, des super croissances. En même temps, c'est un des pires moments de ta vie. Tu vis ça tout seul depuis ton lit. Six mois après, on a un employé qui est mort.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est dans la liste des choses qu'on ne t'apprend pas en école de commerce, comment gérer ça. Non,
- Speaker #0
mais en même temps, quand tu gères de l'humain, 80 personnes, tu as beaucoup plus de chances d'avoir ce type d'accident que si c'en a deux. Ça, c'est clair. Oui.
- Speaker #1
En temps, même pas 30 ans, AVC.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et un mec adorable, en plus. Si seulement les pourris, tu pouvais les exécuter. Puisque ça pouvait se programmer autrement. Non, non.
- Speaker #0
Dans les jeux vidéo, ça se peut. Tu peux.
- Speaker #1
Il a fallu gérer 5 ans comme ça de manière assez brutale.
- Speaker #0
Je rebondis juste là-dessus parce que c'est vrai que c'est un petit peu aussi ce qui parsème la vie de tout le monde, mais d'un entrepreneur en particulier qui doit à la fois gérer une forme de réussite d'un côté, de sa société, de son activité, etc. Et comme tu dis, dans le même temps... Tu n'es pas exempt d'avoir des pépins de vie, c'est-à-dire que comme tu parles de ton papa ou d'un salarié. C'est tout ce brouhaha parfois, ce bruit qui se mélange. Il peut y avoir de la musique en même temps. Entre la vie perso et la vie pro, c'est ce qui est vraiment délicat. D'ailleurs, très souvent, j'entends des gens dire qu'on ne peut pas tout avoir. Pas tout avoir, c'est-à-dire que quand je réussis professionnellement, dans le même temps, personnellement, c'est la merde. Et puis des fois, quand je suis heureux personnellement, professionnellement, c'est difficile. On peut aussi avoir tout pourri, on peut aussi avoir tout beau. C'est qu'une question finalement de circonstance, c'est comment gérer ? Tu vois, c'est une question qui me saute comme ça, parce qu'en 2021, toi, tu as été l'acteur principal finalement de ta vie à ce niveau-là. C'est qu'à la fois, tu as une ascension professionnelle, une réussite avec les chiffres qui explosent, etc., ta boîte qui fleurit et d'autre côté, bim ! Émotionnellement, ça Adrien, enfin, ce qui est clair, c'est qu'on a beau se dire fort, etc., émotionnellement, on est pris par... par les événements, par la réalité. Comment tu gères à ce moment-là ces deux facettes quelque part de ta vie, ces deux parties importantes de ta vie ? Comment tu gères ça ? Parce que les conséquences en fait, elles peuvent être dramatiques. C'est-à-dire que si à ce moment-là le chef d'entreprise n'a pas un mental assez solide, n'est pas bien dans ses baskets, n'est pas certain de la route qu'il a empruntée, c'est très facile en fait, à un moment donné, de vriller, de partir en cacahuète comme on dit. de sortir du chemin et de se planter. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il y a cette force-là. On parle de mental, évidemment, ici. Ça s'est passé comment pour toi ? Et si tu te rappelles, puisque t'es encore là, on peut parler d'une ressource que t'as activée, qu'est-ce qui t'a permis, toi, en fait, de traverser cette épreuve, à la fois difficile, mais en même temps, cette épreuve qui était effroissante pour ton activité ? Qu'est-ce qui t'a permis, toi ? Qu'est-ce que t'as appelé en toi pour traverser ça, à ce moment-là ?
- Speaker #1
Donc précisément la mort de mon père et cette phase-là ou de manière générale ?
- Speaker #0
En règle générale, parce que je sais que tu es quelqu'un qui a un gros mental. Je sais que tu es un gros sportif de source sûre.
- Speaker #1
Le décès de mon père, ça a été très brutal. Et j'ai passé à peu près quatre semaines à boire. Donc ça a été vraiment intense. Beaucoup d'alcool et beaucoup d'alcool. Et je me suis concentré sur du travail.
- Speaker #0
Ça a été salvateur pour toi ?
- Speaker #1
Je sais. Il fallait se faire, il fallait décompenser. Je suis encore là, donc il fallait faire un truc. J'avais besoin de passer une phase comme ça. Et pas mal de bières et j'étais sur mon PC en isolation à travailler sur des nouveaux jeux. Donc j'ai vraiment travaillé. Ça m'a permis d'être pas mal productif et de penser à autre chose. Donc ça c'était bien.
- Speaker #0
Tu t'es focus sur autre chose bien sûr.
- Speaker #1
Et puis de manière générale... J'ai fait six ans de thérapie, de 2016 à 2022. Justement, ça s'est arrêté un peu après la mort de mon père. Et j'avais approché ma thérapeute sur... Je cherchais quelqu'un avec une mission particulière qui était... J'avais déjà fait une thérapie avant sur différents trucs qui avaient duré trois ans. Et ça, c'est plutôt bien. Là, mon nouvel objectif, c'était comment est-ce que je peux devenir une meilleure personne ? Comment est-ce que je peux devenir... Comment est-ce que je peux être plus... mieux dans ma peau et comment est-ce que je peux être plus heureux. Donc on a travaillé là-dessus pendant six ans et c'était très intéressant. J'ai vraiment pu comprendre différents mécanismes de qu'est-ce qui pouvait générer de l'angoisse chez moi et qu'est-ce qui pouvait justement m'apporter de l'équilibre. Bon, après, en six ans, t'analyses, tu réfléchis, etc.
- Speaker #0
Et puis la vie tourne comme un film, ouais.
- Speaker #1
Et en fait, j'ai réussi à développer vraiment ma propre discipline, une sorte de protocole quotidien qui me permet...
- Speaker #0
Une routine ?
- Speaker #1
Ouais, une routine qui me permet, en fait, de vraiment passer au travers de même les pires moments. Et je n'ai pas encore testé les meilleurs moments, mais... Ça va bien. Mais c'est vrai que les six dernières années, ma routine, c'est... Je sais qu'il me... En fait, je sais qu'il faut que je fasse une heure de sport par jour. Quoi que ce soit. Je transpire, il faut que j'ai une activité physique. Il faut que j'ai une activité créative. Il faut que je joue de la musique, il faut que je chante, il faut que je fasse quelque chose et pareil, c'est à peu près une heure. Et travailler sur mon journal, c'est aussi quelque chose qui me centre. C'est très important. Et garder contact avec ma famille, pouvoir discuter au moins une fois par jour, envoyer quelques messages à ma mère, ma femme. et mes enfants, et savoir qu'ils sont là. Ils me soutiennent énormément en fait tous. Ça, ça fait énormément de bien. Je ne me sens jamais complètement seul.
- Speaker #0
C'est un peu ton bloc, ça. Oui,
- Speaker #1
mon fils Atlas, 11 ans, il y a deux jours, on parlait de business. Il me disait « comment ça se passe ton business ? Tu peux m'en parler ? » J'ai dit « ça va être un peu long et ennuyant pour toi » . Il m'a dit « mais non, j'ai la maturité, je peux en entendre parler, j'ai envie de savoir » . Ok, bah oui. Non, non, mais...
- Speaker #0
C'est une oreille, en tout cas quelqu'un qui te pose des questions, et c'est une oreille parce que tu sais, on en parle souvent de cette sensation, et ce n'est pas qu'une sensation, c'est aussi une vraie situation de l'isolement du chef d'entreprise, tu sais, qui a beau effectivement être entouré de 50 personnes, qui a beau avoir du monde autour de lui, participer à des réunions régulièrement, faire partie de clubs, etc., enfin tout ce que tu veux, face justement à cette activité, on va l'appeler comme ça, qui est entreprendre, mais c'est plus qu'une activité, c'est une grande partie de ta vie. Très souvent, c'est difficile justement de faire part aux autres. Toi, tu le dis, tu as fait de la thérapie. Tu sais que c'est mon métier. Les chefs d'entreprise que je suis sont en quelque sorte en thérapie avec moi. On peut en parler à quelqu'un parce que ce qui est difficile, même si ton gamin, il est mignon, 11 ans effectivement, mais tu ne pourras pas lui dire non plus que telle situation aujourd'hui te fait stresser, que tu as peur du lendemain, etc. Parce que ça arrive aussi quand on est chef d'entreprise. On a ce genre de période de doute. C'est difficile d'en parler. Ton entourage, ça c'est un vrai socle que beaucoup de chefs d'entreprise aujourd'hui, ce n'est pas qu'ils le négligent, mais ils passent à côté. C'est-à-dire que toi, justement parce que tu as fait une thérapie pour ça et tu as voulu savoir comment tu pouvais être plus heureux et dans ton équilibre via le sport, via le côté artistique, la musique, via ce côté famille qui est chez toi un socle précieux. Mais très souvent, on voit des chefs d'entreprise qui, justement par les fluctuations de leur activité, parce qu'ils ont un coup dur, ont tendance à se renfermer totalement sur eux. et justement ne pas pouvoir en parler parce qu'ils vont avoir honte, parce qu'ils vont être finalement dans la culpabilité de ne pas forcément bien faire parce qu'ils n'ont pas ce recul-là. Et c'est pour ça que je te demandais tout à l'heure comment tu as pu remondir avec quelque part tout ce qui t'est arrivé. Mais je pense qu'il y a une grande partie... Alors, tu étais accompagné à cette époque-là et je pense que c'est précieux. Et cette priorisation, quelque part, de dire en fait qu'est-ce qui est important pour moi ? Et beaucoup de ces entreprises, ce qui est important pour eux, c'est leur entreprise. C'est la trésorerie, c'est comment toujours gratter plus, etc. en quelque sorte je rebondis là-dessus, sur le fait de décompenser, tu sais, ou de compenser au décès de ton papa, te rapatrier à ton taf et beaucoup de chefs d'entreprise aujourd'hui, parce que c'est un gros enjeu, viennent se rapatrier totalement dans leur activité et un jour se réveillent justement avec merde, j'ai oublié les morceaux que jouait la guitare. Merde, putain mon fiston 18 ans, je ne l'ai pas vu grandir. J'ai loupé pas mal de trucs. Et ça, j'ai envie de te dire, là où c'est beau ce que tu dis là, je suis sensible à ces histoires d'un papa avec ses enfants, c'est quand on passe à côté en fait Le train, s'il était à 12h17, à 12h18, c'est trop tard. Et ce qui est important, c'est de prendre conscience suffisamment tôt justement de ce qu'on est en train de vivre maintenant. Parce que tout à l'heure, on parlait du futur. On peut en parler. C'est nos futurs, je ne sais pas. Pour moi, le futur n'existe pas. C'est-à-dire qu'on peut avoir effectivement des jolis plans, des jolies projections. Tu parles de ton salarié qui a 30 ans te claque un AVC. Il n'y a pas d'âge pour ça malheureusement. Enfin, la vie, on ne sait pas de quoi elle est faite. Et c'est prendre conscience justement qu'avec ce que j'ai aujourd'hui... Putain, si ce n'est pas maintenant que je m'amuse. Si ce n'est pas maintenant que je prends du plaisir. Malgré les croûtes, parce que c'est vrai que bien souvent, on trouve le plaisir, l'excitation dans des projets. On ne sait jamais ça a marché. Mais ce qui est excitant, c'est de lancer. Si demain tu as une nouvelle boîte, c'est de lancer le truc, trouver l'excitation tout en conservant toujours le socle qui nous permettra de grandir, notre base, notre fondation. Ce qui est réellement important pour moi. Et c'est vrai que ce qui est encore plus important que de savoir ce qui est important, c'est de conscientiser et de ressentir ce que ça m'apporte. Parce que c'est pas pour faire joli que tu fais de la guitare, c'est pas pour faire joli que tu fais du sport, c'est pas pour faire joli que tu parles avec ton fils. C'est parce que ça te fait ressentir des choses et c'est par là que ça passe. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il y a un sens parce qu'il y a un pourquoi. C'est évident. Et on parlait de s'amuser. On parlait tout à l'heure de dire, c'est vrai qu'on peut entamer les sujets avec de l'amusement. J'ai un vieil ami qui me disait qu'en fait, la vie était une grande blague et qu'en fait, on pouvait rire de tout. Dans toutes ces situations, tu vois, que ce soit dans la croissance, que ce soit dans le deuil, que ce soit effectivement dans les moments de doute, c'est quoi qui t'amuse le plus toi ? Justement, qu'est-ce qui t'excite le plus ?
- Speaker #1
Moi, j'aime la maîtrise et le progrès et la créativité. J'aime faire des activités qui me font progresser. Par exemple, en sport, c'était aussi très connecté avec ma routine pour soutenir l'entreprise. En 2023, j'ai 44 ans, donc j'allais avoir 42 ans et j'expliquais à mon fils. On était en week-end en Grèce. Je lui parle de l'histoire de marathon et des 42 kilomètres, de ce héros grec qui court les 42 kilomètres pour apporter un message et qui en meurt. Il a 42 kilomètres à courir. Et mon fils me dit « Ah mais c'est trop bien papa, tu vas avoir 42 ans, il faut que tu cours un marathon, c'est 42 kilomètres. » Je lui dis « Petit enfoiré » . Je l'ai fait, donc c'est comme ça que j'ai commencé en fait à m'entraîner. J'ai un autre ami qui m'a invité au triathlon qu'il organisait avec sa société. J'ai commencé à m'entraîner et c'était le moment où on perdait du chiffre d'affaires comme ça. On commençait à avoir tous les problèmes qu'on avait accumulés parce qu'on avait recruté trop vite, parce qu'on avait bâclé le management et plein de choses dans la société. C'était le retour au travail, les gens qui étaient en remote, ceux qui te disent je ne veux plus jamais revenir au bureau, ceux qui reviennent et qui ne sont plus les mêmes. Il a fallu gérer tout ce truc-là. Avec la descente de chiffre d'affaires et tout ce qu'il y avait avec.
- Speaker #0
C'était le gros paquet, oui.
- Speaker #1
C'est là que je me suis dit, OK, on va avoir une discipline de santé solide. Ce sera ma fondation. Et m'entraîner pour courir les 42 kilomètres, la première fois, je me suis mal entraîné. Je les ai faits à l'arrache. Je suis ressorti blessé. J'ai couru mes 42 kilomètres en 5h27. J'avais les pieds en sang.
- Speaker #0
Grosse souffrance,
- Speaker #1
oui. L'année dernière, j'ai fait mon deuxième marathon. 4h46.
- Speaker #0
Ah, belle progression, bravo !
- Speaker #1
Progression, mieux entraîné, plus qu'à rien, etc. Et ça m'a accompagné toute l'année de m'entraîner pour ce moment-là.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
J'ai des amis qui m'ont challengé et qui m'ont dit « Faut que tu fasses les 100 km de la montagne Ausha . Donc c'est un ultra marathon. Il y a l'ami en question qui m'a dit « Ouais mais t'as aucune excuse, moi j'ai commencé à courir à 43 ans, maintenant j'en ai 53, je fais des ultras et des aérons et je suis hyper fort et tout ça. Et j'ai commencé, je savais rien faire comme toi il y a 10 ans. » Donc, tu n'as qu'à t'y mettre. Et je fais bon, OK. Finalement, il n'est jamais trop tard. Je pense que c'est le moment, c'est le temps que je m'y mette. J'ai fait les 100 kilomètres qui étaient géniales en termes de cadence et d'entraînement et de tout le truc. Puis j'ai refait mon dernier marathon il y a un mois, 4h43. Donc, petit progrès.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Mais c'est vraiment la baseline de comment est-ce que j'ai quelque chose qui me donne une discipline entre l'entraînement, entre l'objectif. et que je synergise tout ça avec l'entreprise, parce qu'il faut être endurant.
- Speaker #0
Bien sûr. Il faut être endurant. Une performance durable, ça se construit. Quand tu parles de discipline, je suis le premier à le dire aussi, donc le deuxième avec toi aujourd'hui, il n'y a pas de performance durable sans discipline. C'est-à-dire que toutes ces routines, pour maintenir un certain niveau, moi j'appelle ça le coffre de pirate. c'est ton trésor à toi. C'est-à-dire que ça ne dépend que de toi et malgré ce qui se passera autour de toi, c'est encore toi le propriétaire de ce qui se passe et de ce que tu as dedans. C'est-à-dire que le sport... C'est clair que c'est quelque chose qui, pour moi, c'est le cas aussi. Tous les jours, je suis en train de faire du sport. Alors au-delà de se défouler, on y trouve une certaine satisfaction de prendre soin de soi par l'estime et dans la confiance en soi aussi. Parce que se dire, je ne serai jamais capable de faire 100 kilomètres, de faire un ultra, etc. Et puis un jour, de passer à l'acte petit à petit, on appelle ça des expositions progressives. petit à petit et d'arriver à cet objectif-là, c'est de dire finalement tout le reste, tout le wagon des trucs que je ne me pensais pas capable de faire, mais finalement je suis capable. J'ai été capable de me dépasser un moment donné. C'est ce qu'on appelle les ressources. J'ai cette ressource de dépasser mes croyances limitantes pour arriver à autre chose. Et ça s'applique dans le sport. Ça peut paraître plus facile de l'appliquer dans du business. Souvent, il y a beaucoup de entreprises qui ne font pas de sport et qui vont effectivement initier des projets et puis lancer ça, prendre des risques ou pourquoi pas, puis se dépasser. un petit peu, faire des investissements un peu plus gros. Le physique, on le sait, c'est quand on commence à courir, quand on commence une nouvelle discipline. On en chie, c'est une vérité. Mais on sait aussi qu'à force de répéter, notre cerveau, il enregistre les nouvelles données. Et finalement, quand tu es à la salle et que ton record, c'est 80 kilos, la fois d'après, tu peux faire 82 parce que ton cerveau l'a déjà enregistré. Il a envoyé toutes les petites connexions neuronales à tes muscles pour dire 80, c'est OK, les gars, on peut mettre un peu plus. Ça se travaille. Et c'est vrai que, que ce soit au niveau de notre corps ou de notre esprit aujourd'hui, on a très peu de limites finalement. Sauf en fait ce qu'on croit. Moi, j'aime beaucoup ce genre d'anecdotes, en fait, comme toi aujourd'hui, qui, il y a quelque temps, ne courait pas vraiment. Et puis aujourd'hui, c'est un peu des 100 kilomètres. En plus, ce n'est pas du plat. Je crois savoir que les 100 kilomètres, putain, ça, ce n'est pas du plat.
- Speaker #1
C'est une montagne.
- Speaker #0
C'est une montagne. Ce n'est pas du plat. Enfin, je veux dire, c'est beau. Et en termes de mentalité, justement, toi, toujours en continuant sur ce principe de t'enrichir, mais personnellement, je ne parle pas d'argent encore sur cette fois-là. C'est quoi aujourd'hui qui pourrait être ton prochain objectif, justement, comme tu as pu le faire avec des courses, des marathons et ensuite des 100 kilomètres ? Dans ton aventure entrepreneuriale aujourd'hui, c'est quoi ton prochain objectif à toi ?
- Speaker #1
Je suis en train de transformer le studio. Ça fait des années, en fait.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et je suis en train de lever des fonds.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc j'avais ce projet. On a eu plusieurs projets, plusieurs sociétés. Au final, c'était... Le projet de trois associés. Maintenant, on est deux. J'ai racheté les parts d'un de mes deux associés. Et voilà, je suis associé avec mon meilleur ami. On est à 50-50 sur le business. Comment est-ce qu'on développe notre activité ? Comment est-ce qu'on fait venir des investisseurs ? Et comment on ouvre le capital ? C'est toute une démarche. Mais c'est vrai qu'en 20 ans d'entrepreneuriat, on a fait beaucoup de choses en bootstrap. On a commencé zéro, on teste des choses, etc. Toujours ce désir de rester indépendant. À un moment donné, on a levé des fonds pour un projet de plateforme sociale pour joueurs de poker. Donc on a fait ça pendant quelques années. On n'a pas réussi à préoncer. Là, on a réussi dans le jeu vidéo. On a eu deux sociétés dans le jeu vidéo. On a eu une boîte de Serious Game qu'on a vendue à un groupe de consulting parisien qui s'appelle OnePoint. Et on a développé notre propre ligne de jeu vidéo avec ChibiPhoenix. Le projet initial, c'était en 2010. On avait une boîte d'emailing. On faisait de l'emailing. C'était à la fois très rentable et pas du tout intéressant. Intellectuellement, c'était vraiment pas intéressant. Et j'avais 29 ans. Et cette année, on a fait beaucoup trop d'argent et je pensais vraiment que j'étais un génie.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est vraiment une des grosses bêtises. Comment gérer le trop de succès trop rapide ? C'est très difficile.
- Speaker #0
C'est aussi difficile que gérer les échecs, j'ai envie de dire.
- Speaker #1
C'est différent, mais en tout cas, les échecs, tu apprends beaucoup. Alors que le succès, tu n'apprends rien. Ou tu apprends différemment. Donc, on a pris tout l'argent qu'on a fait dans l'emailing et on a tout mis dans notre propre plateforme de bande dessinée numérique qui s'appelle Amilova. On est lancé à fond là-dedans. Il y avait une forme de frustration du fait qu'ayant des parents artistes et profs, mon père et ma mère ont passé beaucoup de temps... de temps à me transmettre l'amour de l'illustration, de l'art. Ma mère m'a amené dans beaucoup de musées quand on était à Paris quand j'étais petit et j'ai eu cette chance d'être exposé de l'art, de la maîtrise, de la beauté et avoir toutes les explications de professionnels qui t'expliquent le monde de ce parc. Et les galeries d'arts et les amis de mes parents, aussi artistes et profs. J'ai été beaucoup dans ce truc-là. Et après, quand j'ai fait mon coming out et que j'étais un capitaliste et un entrepreneur, ça a été compliqué. Mes parents se sont dit « Pourquoi tu nous fais ça ? » « Qu'est-ce qu'on a raté ? » « Pourquoi tu veux faire des trucs comme ça ? Tu ne veux pas être prof toi aussi ? » Ça a été dur, mais ils ont fini par comprendre. Et puis après, j'ai voulu à un moment donné, c'est toujours été ma passion, la bande dessinée et le jeu vidéo, je voulais me reconnecter avec ça. Et on s'est lancé là-dedans, mais on ne s'est pas lancé là-dedans de manière assez professionnelle. On était trois artistes. J'ai commencé à écrire mes propres bandes dessinées. D'accord. On a créé des histoires, on a monté une communauté, mais on n'y est pas arrivé à ce moment-là. Au bout de deux ans, on a arrêté. Et au moment où on a arrêté, c'est le moment où tu as un géant coréen, Naver, qui a lancé webtoon.com, donc de la bande dessinée numérique. Et eux, ils ont rendu ça extraordinaire. En 2024, ils ont fait une rentrée en bourse et une valorisation de 3 milliards. Un truc gigantesque. Et quand on avait cette vision de la bande dessinée numérique en 2010-2012, c'était trop tôt, en tout cas en Europe. Tu allais voir les artistes et ils disaient, mais attends, déjà le numérique, moi je n'aime pas trop. J'aime bien dessiner sur papier, crayon, peinture. Déjà la tablette et le numérique, ils n'étaient pas encore prêts. En plus, ils avaient peur que mettre des choses en ligne, ils allaient se faire voler leur art par des gens, etc. C'était compliqué. Et quand on est allé voir des distributeurs papier, on est allé voir des distributeurs très installés en France qui sont là depuis je ne sais pas combien de dizaines d'années, avec des... tu vois dans l'entrepôt, ils te reçoivent avec des montagnes de livres. Et quand tu leur dis que tu veux publier des choses qui sont aussi en ligne, ils te regardent et font mais... tu te rends compte quand tu veux détruire tout mon business et celui de mes ancêtres des générations à faire du papier avec ton numérique mais sors de là je ne veux même pas te parler c'était dur donc tout le monde nous l'a testé en 2012 mais on avait quand même raison la bande dessinée numérique c'est quelque chose qui existe aujourd'hui ouais et c'est vraiment l'objectif c'est de créer une plateforme collaborative qui va rejoindre le jeu vidéo et la bande dessinée numérique donc les arts narratifs que ce soit du narratif 2D avec du jeu vidéo, faire des expériences interactives, faire des expériences qui se rejoignent. Le côté cross-média ou transmedia, c'est un peu pompeux. Mais c'est quand même de ça qu'on parle. Bien sûr. C'est ça que je veux créer. Ça a toujours été dans ma tête depuis 2010. Donc si j'y arrive, on pourra dire que je suis un peu persistant.
- Speaker #0
Tout est une question de détermination. Et ce qui est intéressant, c'est d'entendre prêt à suivre vraiment la tendance. Finalement, vous avez eu raison parce que 13-14 ans après, on voit bien que finalement, la détermination... On peut parler peut-être d'insouciance un petit peu passionnée, peut-être, mais en attendant, c'est aussi ce qui fait la fibre d'un vrai entrepreneur. C'est justement de miser sur ce qu'il pense lui être valable pour lui, là où il pense qu'il est bon, etc. C'est là. Et effectivement, quand est-ce que tu sais que ça ne va pas marcher ou quand est-ce que tu sais que ça va marcher ? Seulement à la fin. donc si on n'emprunte pas ce chemin là comment tu veux, et c'est vrai que et surtout encore plus dans ton domaine je pense qu'il y a ce côté passion un petit peu de grand gamin, ta passion de départ c'est à dire les dessins, les jeux vidéo etc c'est à dire que si tu trouves pas l'intérêt toi qui te nourris réellement à croire dans tes rêves, on peut appeler ça comme des rêves finalement de créer quelque chose qui est à la fois une passion et qui va être ce qui va nourrir ton activité pro et perso mais en fait on va nulle part et c'est vrai que Et ça, c'est très souvent ce qu'on retrouve chez les entrepreneurs qui restent bloqués. Encore une fois, tu sais, on m'a dit que ça serait difficile, on m'a dit que ça serait compliqué, on m'a dit que ça ne se faisait pas. Mais à un moment donné, cette phrase qui dit qu'on ne leur a pas dit que c'était impossible, alors ils l'ont fait. Tu fonces en fait, tu fonces et puis tu vois et puis ça marche. C'est top, c'est génial, j'ai eu raison, ça ne marche pas. Je sais ce qui ne marche pas aujourd'hui et je peux demain me réaviser, réadapter et partir sur quelque chose qui soit peut-être plus cohérent, mieux cadré, etc. C'est beau d'entendre ça aujourd'hui. Donc, tu parlais de levée de fonds. Alors, ça paraît, quand on parle de ça, c'est qu'il y a des gens qui vont nous écouter, qui vont dire, le levée de fonds, on parle de gros chiffres, etc. Oui, forcément, il y a un intérêt derrière. C'est-à-dire qu'il y a un objectif, encore une fois. C'est quelque chose qui est très clair pour toi. Et en même temps, lever des fonds, je pense que si certains l'ont déjà fait, c'est stressant. On ne peut pas parler de stress puisqu'on a un objectif qui est conditionné justement par ce qu'on est en train de lever, des fonds, de l'argent. Lorsqu'on est accroché à un objectif, on a des attentes. Lorsqu'on a des attentes, effectivement, on a ce risque aussi d'être déçu. Comment on gère ? Alors l'activité, ton activité qui tourne déjà plein pot, parce que même si la levée de fonds va servir à évoluer encore, ça tourne déjà plein pot, donc j'imagine que tes journées, pour le coup, elles sont déjà bien remplies. Que la pression du quotidien, on en parlait avec 50 salariés, j'ai souvent dit 50 salariés égale 50 problèmes répartis sur le mois, tu vois. Quand il y a 30 jours, ça peut faire 2 par jour presque. Comment tu gères ? Alors tu apparaîs quelques ressources comme le sport, comme ta famille, etc. À l'intérieur de toi, dans la tête d'Adrien, il se passe quoi entre je maintiens le cap, mais en même temps, il faut que je cherche du carburant ailleurs pour aller encore plus loin ? Il y a des gens qui sont spécialisés, tu le sais, dans la levée de fonds, c'est leur métier. Un chef d'entreprise, il y a son entreprise, en plus de sa vie de famille, et en même temps, cette activité annexe qui vient se poser là pendant quelques temps, la levée de fonds. Comment toi, à l'intérieur, je ne parle pas sur le papier pour le coup, émotionnellement, ça te fait comment ? Comment est-ce que tu arrives à gérer tout ça ?
- Speaker #1
Ça va.
- Speaker #0
Tu le vis bien ? Ça va, a priori !
- Speaker #1
Le truc, c'est que j'ai construit un système pour passer au travers de tout ça depuis très longtemps. Ce n'est pas ma première levée de fonds. J'ai fait mes premières levées de fonds entre 2012 et 2015. On a fait plusieurs levées de fonds sur d'autres business. On a vendu des business, on a fait des pivots, etc. Et ça s'est passé à chaque fois de manière vraiment brutale. C'était brutal, on ne connaissait pas bien, on ne connaissait pas les systèmes, on ne savait pas comment négocier, on n'avait pas encore l'expérience. On avait des mentors qui étaient hyper intéressants, mais qui n'étaient peut-être pas non plus disponibles tout le temps. Donc maintenant on revient sur la table après avoir eu du succès avec notre studio de jeux vidéo, après l'avoir monté en bootstrap, après avoir fait tout ça. Donc en fait comment est-ce que je gère ça aujourd'hui ? Le truc c'est que ça fait des années que je me prépare. Et c'est vraiment le moment où j'ai commencé à courir. C'est le moment où le business se descendait et que je me suis dit bon en fait on a accumulé plein de problèmes. Et je n'avais pas de solution et je me suis dit bon ok ça... Ça veut dire que ça va être long, ça va être douloureux. Il faut que je sois prêt à ça. J'ai déjà fait une levée de fonds, je sais que c'est dur. Émotionnellement, ça veut dire des hauts et des bas, ça veut dire des gens qui te disent oui puis après ils te disent non. Ça veut dire plein de choses, des prises de risque, des choses qui ne se passent pas comme il faut. Et j'ai monté tout le système qu'il y a aujourd'hui. Donc ça fait au moins deux ans que je sais que transformer mon studio, ça va être dur et long.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc en fait, j'ai tout... de travailler dans la durée, dans la résilience, en étant très clair avec ma tête, vraiment en mental, en me disant je sais que ça va être de plus en plus dur. C'est maintenant que je dois créer cet équilibre.
- Speaker #0
Alors justement, qu'est-ce qu'on peut imaginer de dur ? Puisque comme tout projet, comme tout objectif, si on met des moyens en face, effectivement, on ne se laisse pas forcément l'option de ne pas y arriver. C'est la première chose. La résilience, c'est le super ingrédient, on va dire, pour accepter quel que soit le dénouement de notre chemin, accepter le résultat. C'est-à-dire que lever de fonds, il y a un risque effectivement de ne jamais lever les fonds. Mais dans ton cheminement à toi finalement, ça c'est une question qui est vraiment personnelle, est-ce que tu te poses la question d'une possibilité que ça ne se fasse pas ? Ou est-ce que tu es, je sais que ça va être long et dur, comme 100 km entre guillemets dans la montagne, ça va être long et dur, on le sait, personne ne le fait. Ça va se passer. C'est clair ?
- Speaker #1
Bien sûr,
- Speaker #0
ça va se passer. Et c'est comment gérer, je crois qu'aujourd'hui ce qui est important, c'est parce que tu parles de deux ans, ce n'est pas deux jours, ce n'est pas deux semaines. Deux ans à maintenir quelque part un cap sans encore voir la petite île. Tu sais, sur ce qu'on parle d'île pirate, on ne voit pas encore l'île à l'horizon, mais on sait qu'on veut y aller, ça c'est évident. Qu'est-ce qui fait qu'on garde le cap justement ? Et que, alors ce n'est pas qu'est-ce qui fait, je revois ma question, c'est comment finalement j'entretiens encore une fois, mais j'ai un élément de réponse par rapport à tout ce que tu nous as dit depuis tout à l'heure. C'est comment j'entretiens le chemin vers la cible tout en continuant ma vie de tous les jours sans qu'elle soit conditionnée par ça. Parce que je crois que le plus grand danger, c'est d'avoir un nouvel objectif qui conditionne notre situation aujourd'hui, qui remettra en question la situation. Parce que là, on n'est pas sur un plan de sauvetage en plus de ça. On est sur quelque chose qui est fait pour upgrader. Mais à l'intendance, ça peut aussi faire tourner la tête.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a plusieurs niveaux. Je te remercie, c'est vraiment intéressant. Déjà j'ai l'avantage de pas mal de maturité maintenant. J'ai commencé l'entrepreneuriat tôt, donc j'ai eu la chance de passer par plusieurs choses et de survivre. Il y a eu des moments où ça a été vraiment super dur. Donc je sais ce que c'est super dur. Il y a 10 ans, 2015, la boîte qu'on avait à cette époque-là était sur le chemin de la faillite. On négociait un emprunt auprès des investisseurs historiques. Je n'avais plus de revenus, je n'avais plus d'économie. Il n'y avait plus de revenus sur la boîte non plus. Et il fallait faire un pivot et bosser là-dessus. Et mon fils avait un an en termes de responsabilité.
- Speaker #0
Il n'y avait pas encore de gens en plus.
- Speaker #1
J'étais en surpoids. Je buvais beaucoup. Je ne faisais pas de sport. Et je me suis pété le dos avec tout le stress, l'angoisse. J'ai fait un mauvais mouvement. En fait, c'était au point que j'avais une jambe paralysée, que je ne pouvais pas dormir.
- Speaker #0
Et en fait,
- Speaker #1
je suis tombé tellement bas. C'était novembre 2015. Et j'ai un ami qui était chiropracteur. Je suis allé voir, j'ai fait des injections et plein de choses. Il n'y a rien qui marchait. Il reste le médecin, etc. Et cet ami chiropracteur qui me disait, mais tu sais, en fait, tu vas tellement... pas bien, qu'en fait, soit tu vas te faire opérer et bon ça va régler les conséquences. Mais si tu veux régler le problème il faut que tu changes l'intégralité de ton alimentation et de ton style de vie tout ton écosystème finalement. Et teste ça. Il m'a dit, si tu veux éviter d'aller à l'hôpital, teste ça pendant quatre semaines. Alors il m'a aidé à faire un régime vegan super hard. J'ai fait ça pendant quatre semaines, j'ai perdu du poids, je me sentais beaucoup mieux. Et d'un coup, j'ai fait, ah ouais, mais en fait, c'est peut-être là.
- Speaker #0
C'était chez moi qu'il faut...
- Speaker #1
Ça a été le début d'une transformation. Ça a été vraiment le début d'une réflexion, une prise de responsabilité. Parce que j'avais passé des années à me dire... Le marché est dur, les investisseurs sont pas contents.
- Speaker #0
C'est la faute des autres.
- Speaker #1
Les employés sont des incapables. Si seulement machin truc etc. Et c'était ce moment là où j'ai pris vraiment conscience que je suis maître de mon destin. J'étais pas content de cette boîte et de la levée de fonds et des investisseurs, je pouvais partir. J'aurais pu dire non.
- Speaker #0
Bien sûr, on a toujours la possibilité de prendre un autre chemin.
- Speaker #1
Et qu'en tant que CEO, c'était ma responsabilité à moi tout ça. D'abord, ma responsabilité à moi et après la responsabilité des autres avant de rendre les autres coupables. C'était tout un effort qui m'a amené ensuite à prendre soin de moi, faire du sport, bien manger, démarrer une thérapie. Je comprends la question. Lire des livres, lire beaucoup de livres de management. Je me suis dit en fait, quand on a commencé à voir la lumière et à se dire mais en fait, on a trouvé notre chemin et on a lancé notre premier jeu et puis on a lancé les Serious Games cette année-là. Donc deux boîtes cette année-là qui est passée d'un coup. En deux semaines, on est passé de deux activités broke qui allaient nulle part à deux activités en croissance où on allait recruter. C'était incroyable. C'est ce moment-là où j'ai pris ça avec beaucoup de maturité en me disant « Ok, là je vais devoir gérer de la croissance » . J'ai déjà eu de la croissance, je l'ai ratée. Donc 2016. J'ai dit « Il faut que je m'entoure, il faut que je voie un ou une thérapeute. »
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
« Il faut que j'aie des gens qui m'encadrent. Il faut que mon cadre de vie soit sain et que je puisse prendre ce truc-là. » J'ai tout arrangé et ça a marché pendant un certain nombre d'années. Donc aujourd'hui, comment est-ce que je me prépare au fait que c'est dur ? C'est la même chose. C'est une projection déjà d'accepter le fait que par essence, il n'y aura pas de miracle. Ça va se passer et ça va être dur. Ça va être juste dur.
- Speaker #0
Tu te prépares à l'effort.
- Speaker #1
Et c'est la même chose que se préparer... Pour moi, c'est la même chose que se préparer pour courir à 100 km. En fait, tu as une liste de choses. Tu sais que toutes les semaines, tu dois courir entre 80 et 100 km. à telle vitesse. Il y a un jour, tu dois faire des accélérations, un jour, tu te reposes, un jour, tu fais ci, un jour, tu fais ça. Tu fuis ton truc et une fois toutes les 8 semaines, il faut que tu cours 50 km. Et une fois toutes les 12 semaines, tu dois courir 60 km. Si tu le fais, tu vas courir 100 km. Et si tu ne le fais pas, en fait, si tu ne fais pas tes longues sorties, si tu ne t'entraînes pas comme il faut, si tu ne t'échauffes pas, etc., mais en fait, si tu te présentes au marathon, il n'y a pas de miracle, tu n'y arriveras pas. Bien sûr. Donc, c'est la balance en fait où il y a une partie de préparation et du mécanique dans tout ça. Quand tu me demandes est-ce que je vais arriver à faire ma levée de fonds ? Mais oui, je vais arriver à faire ma levée de fonds. Je ne contrôle pas forcément le moment où ça doit se passer.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
J'avais envie que ça se passe en décembre de cette année. Ça, c'était mon plan. Mais j'ai retravaillé le plan parce que c'est un métier. On a un consultant, un financial advisor qui travaille avec nous. qui fait la partie financière et la partie solide de parler. Tout seul, je ne peux pas y arriver. Je fais déjà beaucoup trop de choses, mais ça demande quand même beaucoup d'investissement. Donc, dans cette partie-là où on est prêt, et on sait aussi que ça peut prendre six mois, comme ça, on peut en prendre douze.
- Speaker #0
Mais il y a cette résilience par rapport à tout ce que tu as vécu, encore une fois, ce qui est très intéressant à entendre, à écouter aujourd'hui. C'est qu'effectivement, quand on parle de 2015 où tu étais au fond du seau, où le corps te lâche. Aujourd'hui, ça c'est le quotidien de beaucoup de chefs d'entreprise. Tu le sais parce que tu côtoies aussi beaucoup de chefs d'entreprise qui se demandent pourquoi ils ont mal aux bides, pourquoi ils ont mal aux jambes, pourquoi à un moment donné ils n'arrivent plus à marcher, pourquoi ils ont mal au dos, etc. Parce que finalement, ça va pas. La vraie réponse, et toi tu illustres très bien, elle était en toi. C'est-à-dire que l'environnement, je ne vais pas le changer. Mes collaborateurs, encore une fois mon marché, mes clients, la société, je ne vais pas le changer. La question à se poser, et c'est exactement ce que tu disais tout à l'heure, c'est-à-dire que tu as fait appel à une thérapeute, tu as commencé à mettre plus de connaissances quelque part, parce que c'est important aussi de mettre des mots sur les mots, c'est-à-dire que de comprendre ce qui t'arrive, la première étape, je crois, et qui est très psychosomatique, on peut même parler d'effet placebo, c'est qu'une fois que j'ai compris ce que j'ai et que je sais à quoi c'est dû, j'arrête de prendre les traitements ou les opérations miracles pour régler le symptôme. Mais je peux commencer à travailler en introspection et profondément sur ce qui cause en moi ces pathologies. Et ça qui est important, c'est de comprendre que 10 ans après, aujourd'hui, tu as une société qui tourne bien, tu as cru en tes projets, tu es enlevé de fond pour encore évoluer. effectivement, si on s'arrête à Adrien il y a dix ans, on va dire « Oh putain, ça va être la merde. Ça va être compliqué. » Ben non, non. Vous faites Adrien dix ans après. C'est quelqu'un qui court 100 kilomètres en ultra. C'est quelqu'un qui fait des levées de fonds plusieurs fois dans sa carrière, etc. Et qui est encore, encore et encore en train d'avancer et d'évoluer parce qu'on apprend de nos leçons. Et je crois que ce qui est vraiment intelligent pour le coup, c'est quand j'ai un pépin encore une fois qui m'arrive sur mon chemin, c'est de prendre cette partie-là et de regarder comment je peux améliorer plutôt que de continuer à me planter. Et de continuer à avancer. Et c'est entre la persévérance, avec une dose de résilience, de détermination, d'ambition, peu importe, et l'envie, et encore une fois couplée à l'équilibre, c'est-à-dire qu'est-ce que je recherche dans ma vie ? C'est bien effectivement de réussir d'un côté si on ne se foire pas de l'autre, si on n'arrive jamais à être équilibré. Si demain, tu lèves des millions et tu doubles ton chiffre d'affaires, ta marge, et que tu as beaucoup plus de réussite professionnelle mais que tu n'arrives plus à avoir ton gamin, comme tu dis qu'il y a 11 ans aujourd'hui, ça ne marchera pas non plus. Donc tout ça en fait, qui font que tu es ce que tu es aujourd'hui. Et bravo, moi je suis admiratif de ce genre de parcours, c'est sincère. A la fois, je sais ton côté sportif, je le connais parce que je te suis, tu le sais, et puis on a le même coach sportif, donc on peut avoir des informations à échanger. Mais je suis admiratif effectivement de cette détermination à un moment donné à vouloir rectifier en fait sa propre personnalité, son mouvement quelque part, pour ensuite évoluer différemment l'environnement et pas chercher... à changer l'environnement pour se sentir mieux dedans. Ça ne marche pas, ça. Pour finir, Adrien, ma question, j'ai toujours une question que je pose à la fin de mes interviews. Si tu avais le choix, dans une panoplie de super pouvoirs, quel super pouvoir tu choisirais toi en tant qu'entrepreneur aujourd'hui pour continuer ton parcours ?
- Speaker #1
Alors, c'est marrant parce que, comme je fais des jeux vidéo, j'écris des scénarios avec les équipes et on était en train justement de définir quels étaient les pouvoirs du prochain héros de notre prochain jeu. et on réfléchissait à différents archétypes et à comment ça allait s'articuler j'aime bien le pouvoir le pouvoir que pourrait avoir un prochain héros son pouvoir c'est de donner du pouvoir aux autres c'est hyper altruiste ça c'est pas forcément altruiste il y a un manga qui est très sympa qui s'appelle This time I got reincarnated as a slime et le slime Son pouvoir, c'est d'absorber des pouvoirs des autres. Mais après, il peut les redistribuer. Comme ça, il crée son royaume.
- Speaker #0
C'est le maître des pouvoirs.
- Speaker #1
Oui, et il donne des pouvoirs à ses équipes. Il partage. À chaque fois qu'il donne des pouvoirs, il donne un peu de son propre pouvoir qui est redistribué aux autres. C'est une armée de monstres et d'humains. C'est très sympa en fait. Il est lui-même très puissant, de roi bienveillant, qui donne de son propre pouvoir et de ses richesses pour que les autres puissent l'aider. Et du coup, c'est une synergie puisque plus il donne et plus il reçoit. Donc ça, j'aimais bien. Ce serait un pouvoir comme ça.
- Speaker #0
Super. Bravo. C'est un pouvoir particulier et original. C'est clair. Mais c'est un super pouvoir, effectivement, qui... On parle d'égrégore à ce moment-là de pouvoir communier avec les pouvoirs des uns des autres. dans une société, dans la société en général aujourd'hui, on aurait besoin effectivement que chacun puisse donner des pouvoirs aux autres et que de temps en temps se les rendent. Parce qu'on a des hauts et des bas. Et si on avait cette possibilité de s'échanger de temps en temps, nos points forts, nos qualités, nos opportunités et nos chances, ça pourrait peut-être faire avancer le monde différemment. Merci Adrien encore d'être venu. Merci à toi. Et je te souhaite encore plein de bonnes choses pour la suite de ton aventure entrepreneuriale.
- Speaker #1
On va se battre.
- Speaker #0
Merci d'avoir suivi ce nouvel épisode de Zone de pouvoir. Un riche entretien encore aujourd'hui, de riches échanges avec la preuve, justement, si on doit retenir quelque chose, que tous les rêves, quand on y croit, sont accessibles. Et puis, on peut avoir des moments de down, on peut avoir des choses qui nous paraissent à un moment donné insurmontables. Et lorsqu'on reprend vraiment le contrôle de soi, tout est surmontable. Encore une fois, tout est possible. Et on se souvient qu'un entrepreneur qui gagne, c'est un entrepreneur qui maîtrise son mental. À bientôt !