Description
Quelle est notre identité quand on a des pathologies mentales ? Quelle est la place de nos pathologie ? Qu’est-ce qui nous définit ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Quelle est notre identité quand on a des pathologies mentales ? Quelle est la place de nos pathologie ? Qu’est-ce qui nous définit ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans ce podcast intitulé 46 ans, dans lequel je raconte sans filtre ma vie de femme, de 46 ans donc. Je m'appelle Marie, je suis née en 1979, comme vous pouvez vous en douter. Je suis mère d'un enfant, je suis séparée de son père, remariée, je suis blanche, plutôt privilégiée. Et j'ai trois pathologies mentales. Épisode 2, l'identité. La question de l'identité, je ne me la suis jamais vraiment posée avant mes diagnostics. Et aujourd'hui, c'est quelque chose qui me préoccupe. C'est une question sur laquelle j'ai beaucoup réfléchi, peut-être comme un nombre important de personnes qui ont un diagnostic. de santé mentale avec des pathologies, donc les miennes c'est un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs ainsi qu'un TDAH. Ma question c'est, est-ce que ces pathologies définissent mon identité ? Est-ce que non ? Qu'est-ce que je suis ? Qui je suis ? Quand est-ce que mes pathologies influent sur ce que je fais ? Quand est-ce qu'elle n'influe pas ? Alors, j'ai regardé ce qu'il y avait écrit sur mon passeport. Pas grand-chose. Pourtant, c'est cela, mon identité première, selon la définition. Donc, j'ai mon prénom, mon nom, mon lieu de naissance, ma date de naissance. Je fais 1m71, j'ai les yeux marrons et il est écrit que je suis une femme. J'ai cherché un peu plus ce que signifiait l'identité, j'ai vu que c'était le caractère de ce qui est un, le caractère permanent et fondamental de quelqu'un qui fait son individualité, sa singularité. Alors cette définition, elle me perturbe encore plus, parce que qu'est-ce qui fait ma singularité, mon individualité ? Je ne sais pas ce qui fait un chez moi, j'ai l'impression que... Ça serait plutôt « qu'est-ce qui fait plusieurs ? » « Quelles sont mes identités ? » Je le mettrais plutôt au pluriel. Et quand on a un diagnostic tardif, comme moi, donc à 46 ans, je trouve que c'est un peu compliqué, parce que si on m'avait demandé avant « Marie, quelle est ton identité ? » Qui es-tu ? J'aurais répondu, je suis corse, je suis joyeuse, je suis drôle ou on me trouve drôle, je suis souvent le bout en train de la soirée, je suis celle qui organise, qui réunit, toujours entourée d'amis, qui aime faire la fête, je suis travailleuse, opiniâtre. Je ne laisse jamais tomber. Ça dépend quand même. Parfois, je laisse tomber. Je suis passionnée. Quand je fais quelque chose, j'y mets tout mon cœur, toute mon énergie. Je vis à 100%. J'aurais dit aussi, je suis anxieuse. Mais alors, si je reprends cela aujourd'hui, qu'est-ce que je suis ? Corse, oui, je le suis. Je suis née en Corse, ma famille est corse, j'ai grandi en Corse, j'y retourne le plus souvent possible. J'ai voulu que mon fils naisse en Corse également, mais je suis aussi parisienne, je vis à Paris depuis longtemps, et je suis française, européenne, en solidarité avec toutes les populations du monde. Joyeuse ! C'est compliqué parce que quand j'ai dit à mes amis notamment que je faisais une dépression, ils avaient du mal à le croire. Et surtout que ma dépression n'est pas arrivée d'un coup. Elle s'est manifestée de manière intense au mois de novembre jusqu'à, je dirais, décembre. avec un mieux en janvier, des plus bas, des mieux, des plus bas. Et aujourd'hui, je dirais que je suis sur la pente ascendante. Mais la dépression, je la portais auparavant, tout en étant joyeuse. Une dépression silencieuse, où je ne montrais rien. Mais ce n'était pas qu'une façade, parce qu'en effet, en moi... Je portais une souffrance, je portais une forme de tristesse et puis cette angoisse qui ne me lâchait jamais. Mais joyeuse, je l'étais également et je le suis aussi. Et même au plus bas du plus bas, j'ai toujours aimé la joie, le rire, être avec les gens que j'aime. Alors, joyeuse ! Je le mets dans quelle case ? Est-ce que c'est moi, Marie ? Est-ce que c'est lié à une de mes pathologies ? Est-ce que c'est une forme de compétence ou de manière de vivre que j'ai acquis et développé pour justement contrer ces maladies avant qu'elles ne soient diagnostiquées ? Est-ce que c'est... Une question importante finalement. Drôle. Alors, je ne sais pas si je suis drôle, en tout cas on me l'a souvent dit. Alors là aussi, une dépressive drôle. Je pense que c'est courant. Et en tout cas, quand j'y réfléchis maintenant, je me dis que l'humour, pour moi, c'est une forme d'automédication. que j'ai toujours eu. Mais c'est aussi quelque chose que j'aime profondément. Rire, ça me rend heureuse, ça me fait un plaisir que je ressens dans mon cerveau, dans mon corps. Mais dès qu'il m'arrive quelque chose, dès qu'il y a une angoisse, dès que je ne vais pas bien, dès que je suis stressée ou que je vois une situation conflictuelle arriver, mon premier réflexe est de faire une blague, de la dérision. Beaucoup d'autodérision. Et est-ce que c'est lié à la recherche de dopamine, notamment avec mon TDAH ? Est-ce que c'est un pare-feu contre la dépression et le trouble anxieux ? Travailleuse. Travailleuse, je l'ai toujours été. Mon travail ? Je m'y suis quasiment noyée. À des moments, je ne pensais qu'à ça. Je travaillais le week-end. Je ne déconnectais jamais. Et je pense que là aussi, il y a plusieurs facteurs, plusieurs choses qui se jouent. Je suis travailleuse parce qu'on m'a appris à travailler. Mes parents m'ont toujours dit que c'était important. Et puis... J'ai toujours vu mes parents travailler, notamment mon père. Et ils avaient des professions intellectuelles, donc leur travail, c'était de lire, d'écrire. Et petite, je trouvais ça génial parce que je trouvais que c'était un travail rigolo et enrichissant. On apprenait, j'ai toujours adoré apprendre, j'ai toujours été curieuse. Alors oui, j'ai beaucoup travaillé. mais j'ai beaucoup travaillé quand ça me plaisait. Si je reprends mon parcours scolaire, j'étais très bonne dans les matières qui m'intéressaient, la littérature, l'histoire, la philosophie. Mais les matières scientifiques, j'ai très vite abandonné. Est-ce que c'est parce que ça ne m'intéressait pas ? Est-ce que c'est parce que je n'étais pas très bonne, je ne réussissais pas ? Face à l'échec, j'ai décidé que ce n'était pas fait pour moi, pour justement ne pas me confronter à un échec. Et que c'était plus glorifiant de travailler des matières où j'allais être récompensée, que des matières où même en travaillant, j'aurais eu une note, on va dire, moyenne. Alors j'ai abandonné, et j'ai travaillé les matières qui me plaisaient. L'histoire de l'art, l'histoire, mon parcours. universitaire Et quand je suis rentrée dans la vie professionnelle aussi, mais j'ai toujours choisi un travail passion. Et quand j'en parlais à d'autres personnes qui avaient plutôt un travail alimentaire, ils me disaient « quelle chance tu as d'avoir ce travail passion » . Mais je crois que c'était un peu pour oublier aussi, pour oublier… Mon stress, mes angoisses, mes difficultés. L'idée de se noyer, pour moi, elle est importante, elle est présente. Et quand j'ai fait mon épisode dépressif très intense, à l'automne, je me suis noyée, mais cette fois dans mon lit, où je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus sortir. Je me réfugiais sous ma couette. Et à un moment, j'ai voulu en sortir, parce que je n'aime pas me noyer. D'ailleurs, c'est bizarre pour quelqu'un qui a été élevé au bord de la plage, qui a appris à nager très tôt, pour qui la mer était dans son paysage. J'aime l'eau, j'aime regarder la mer, mais je ne vais jamais où je n'ai pas pied, car me noyer est mon angoisse la plus profonde. Passionnée, oui passionnée, je l'ai toujours été et je le suis encore. Je crois que c'est avec travailleuse ce qui m'a le plus interrogée et perturbée. Qui est la Marie passionnée ? Est-ce que c'est moi ou est-ce que c'est parce que j'ai ces pathologies ? Est-ce que... C'est quelque chose d'authentique finalement, je me disais. Et pourquoi j'ai besoin de savoir ? Parce que j'avais peur que mon identité se résume à mes pathologies. Sans stigmatiser bien évidemment, ou m'auto-stigmatiser, mais juste parce que j'avais besoin de savoir que j'existais au-delà ou à côté. Et cette histoire de passion, c'est quelque chose que je veux garder parce que j'aime vivre comme ça. Et puis je suis enthousiaste, je m'émerveille de tout et de rien. J'achète un bouquet de fleurs et je regarde ces fleurs et je me dis « Oh, la vie est géniale, qu'est-ce que c'est beau ! » Je vois un rayon de soleil et mon cœur bat. Je reçois une bonne nouvelle et je saute pendant plusieurs minutes avec les bras en l'air en criant « Bravo Marie, tu as réussi, c'est super ! » Mais là aussi, recherche de la dopamine. Alors, ce que j'aimerais, c'est garder ce côté passionné parce qu'il est agréable et je pense qu'il fait partie de moi. mais aussi qu'il est lié à mes pathologies. Et ce que j'essaye de faire, c'est que ce côté passionné soit une force et pas un empêchement, que je ne passe pas ma vie à attendre les récompenses ou que je ne fasse pas des activités que parce qu'il y aura une récompense. Anxieuse, je l'avais noté anxieuse aussi, parce que l'anxiété fait partie de ma vie depuis toujours. La dépression, quand j'ai eu le diagnostic, ça m'a fait un choc, mais finalement je n'étais pas si surprise. Ça a été dur parce que ça a duré plusieurs mois, mais si je remonte en arrière... J'avais déjà eu des moments plus courts, une journée, un week-end, peut-être parfois 4-5 jours où je ne pouvais rien faire et où je restais dans le lit. Le TDAH, c'était à la fois une surprise et puis aussi comme une évidence et je me suis dit, mais bien sûr, et puis je m'en doutais un petit peu. L'anxiété, en revanche, je savais que je l'avais. Quand on m'a dit « vous avez un trouble anxieux généralisé » , je n'étais pas surprise. Je suis même allée consulter pour cela, et pour me soigner, et m'en débarrasser, je ne sais pas. Mais en tout cas, vivre mieux, et ne plus avoir ces angoisses qui me paralysaient, et qui, de plus en plus, m'empêchaient de vivre. Mais là aussi, quand je réfléchis, avant ce diagnostic, même si je savais que... que j'étais anxieuse et que je ne mettais pas le mot trouble anxieux généralisé, mais je voyais bien que je ne réagissais pas comme les autres et que mes angoisses étaient souvent fondées sur des inquiétudes irréelles, sur des scénarios catastrophistes très peu probables, mais quand même très présents. Mais cette anxiété m'a aussi permis d'avancer, je pense. Parce que ça me maintenait en énergie, ça me maintenait en activité. Et quand j'ai commencé à m'en débarrasser, parce que mon traitement a très bien marché, c'est là que tout le reste est remonté. Et c'est là que je me suis posé des questions. J'ai beaucoup réfléchi sur moi-même. Je pense que cela a été bénéfique, mais aussi difficile. Difficile parce que ce n'est pas évident de se confronter à ses peurs, à ses limites. Moi qui ai toujours fui finalement, et qui ai toujours montré une apparence de quelqu'un qui allait bien. Et puis comme je l'ai dit, il y a... Il y avait vraiment des moments où j'allais bien aussi. En fait, je pense que j'allais bien et mal en même temps. Et c'est ça qui est difficile quand je réfléchis à mon identité. Comment on peut aller bien et mal en même temps, et vraiment bien et vraiment mal ? Comment on peut être vraiment heureuse ? J'ai toujours aimé la vie et j'aime la vie. Et en même temps, n'avoir envie de rien. Mais en même temps, avoir envie de plein de choses. et ne pas réussir à les faire, et parfois réussir, et ensuite retomber. Et cette anxiété, je pense qu'elle m'a aidée à ne pas trop tomber, et à rester, je ne sais pas si je peux dire stable, mais à rester, tout simplement. Alors maintenant que... Je ne veux plus cette anxiété, en tout cas plus autant qu'avant, et bien il y a le reste. Et ce que je me dis en ce moment, c'est que mon identité, elle regroupe tout cela. Oui parce que... J'ai des pathologies mentales, mais je n'ai pas que cela. J'ai aussi une personnalité qui m'est propre, qui est liée à mon éducation, à ce que j'ai appris, à mon rapport aux autres, à mes amis, aux gens que je rencontre, à tout ce que j'ai fait dans ma vie. J'ai une personnalité, Marie. Je suis Marie et je ne suis pas que folle. On pourrait dire. Mais cette folie, il faut l'accepter, je pense, comme faisant partie de moi, avec une possibilité de rétablissement. Et je pense que je suis sur la voie du rétablissement, même la bonne voie. Et si je réfléchis à ce que je voudrais qu'on retienne de moi, finalement. Le jour où je ne serai plus là, je me dis, peu importe finalement, je ne veux pas qu'on dise Marie, elle était joyeuse ou drôle ou travailleuse ou passionnée, et c'était complexe parce qu'elle était aussi anxieuse, aussi dépressive, aussi... Finalement, pour moi, je pense que... Quand sera arrivée la fin, ce que j'aurais envie qu'on retienne, ce que j'aimerais qu'on écrive. Sur ma pierre tombale, c'est tout simplement Marie, elle était aimante, envers son fils, envers son mari, envers sa famille, envers ses amis, envers le monde.
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Quelle est notre identité quand on a des pathologies mentales ? Quelle est la place de nos pathologie ? Qu’est-ce qui nous définit ?
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Bienvenue dans ce podcast intitulé 46 ans, dans lequel je raconte sans filtre ma vie de femme, de 46 ans donc. Je m'appelle Marie, je suis née en 1979, comme vous pouvez vous en douter. Je suis mère d'un enfant, je suis séparée de son père, remariée, je suis blanche, plutôt privilégiée. Et j'ai trois pathologies mentales. Épisode 2, l'identité. La question de l'identité, je ne me la suis jamais vraiment posée avant mes diagnostics. Et aujourd'hui, c'est quelque chose qui me préoccupe. C'est une question sur laquelle j'ai beaucoup réfléchi, peut-être comme un nombre important de personnes qui ont un diagnostic. de santé mentale avec des pathologies, donc les miennes c'est un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs ainsi qu'un TDAH. Ma question c'est, est-ce que ces pathologies définissent mon identité ? Est-ce que non ? Qu'est-ce que je suis ? Qui je suis ? Quand est-ce que mes pathologies influent sur ce que je fais ? Quand est-ce qu'elle n'influe pas ? Alors, j'ai regardé ce qu'il y avait écrit sur mon passeport. Pas grand-chose. Pourtant, c'est cela, mon identité première, selon la définition. Donc, j'ai mon prénom, mon nom, mon lieu de naissance, ma date de naissance. Je fais 1m71, j'ai les yeux marrons et il est écrit que je suis une femme. J'ai cherché un peu plus ce que signifiait l'identité, j'ai vu que c'était le caractère de ce qui est un, le caractère permanent et fondamental de quelqu'un qui fait son individualité, sa singularité. Alors cette définition, elle me perturbe encore plus, parce que qu'est-ce qui fait ma singularité, mon individualité ? Je ne sais pas ce qui fait un chez moi, j'ai l'impression que... Ça serait plutôt « qu'est-ce qui fait plusieurs ? » « Quelles sont mes identités ? » Je le mettrais plutôt au pluriel. Et quand on a un diagnostic tardif, comme moi, donc à 46 ans, je trouve que c'est un peu compliqué, parce que si on m'avait demandé avant « Marie, quelle est ton identité ? » Qui es-tu ? J'aurais répondu, je suis corse, je suis joyeuse, je suis drôle ou on me trouve drôle, je suis souvent le bout en train de la soirée, je suis celle qui organise, qui réunit, toujours entourée d'amis, qui aime faire la fête, je suis travailleuse, opiniâtre. Je ne laisse jamais tomber. Ça dépend quand même. Parfois, je laisse tomber. Je suis passionnée. Quand je fais quelque chose, j'y mets tout mon cœur, toute mon énergie. Je vis à 100%. J'aurais dit aussi, je suis anxieuse. Mais alors, si je reprends cela aujourd'hui, qu'est-ce que je suis ? Corse, oui, je le suis. Je suis née en Corse, ma famille est corse, j'ai grandi en Corse, j'y retourne le plus souvent possible. J'ai voulu que mon fils naisse en Corse également, mais je suis aussi parisienne, je vis à Paris depuis longtemps, et je suis française, européenne, en solidarité avec toutes les populations du monde. Joyeuse ! C'est compliqué parce que quand j'ai dit à mes amis notamment que je faisais une dépression, ils avaient du mal à le croire. Et surtout que ma dépression n'est pas arrivée d'un coup. Elle s'est manifestée de manière intense au mois de novembre jusqu'à, je dirais, décembre. avec un mieux en janvier, des plus bas, des mieux, des plus bas. Et aujourd'hui, je dirais que je suis sur la pente ascendante. Mais la dépression, je la portais auparavant, tout en étant joyeuse. Une dépression silencieuse, où je ne montrais rien. Mais ce n'était pas qu'une façade, parce qu'en effet, en moi... Je portais une souffrance, je portais une forme de tristesse et puis cette angoisse qui ne me lâchait jamais. Mais joyeuse, je l'étais également et je le suis aussi. Et même au plus bas du plus bas, j'ai toujours aimé la joie, le rire, être avec les gens que j'aime. Alors, joyeuse ! Je le mets dans quelle case ? Est-ce que c'est moi, Marie ? Est-ce que c'est lié à une de mes pathologies ? Est-ce que c'est une forme de compétence ou de manière de vivre que j'ai acquis et développé pour justement contrer ces maladies avant qu'elles ne soient diagnostiquées ? Est-ce que c'est... Une question importante finalement. Drôle. Alors, je ne sais pas si je suis drôle, en tout cas on me l'a souvent dit. Alors là aussi, une dépressive drôle. Je pense que c'est courant. Et en tout cas, quand j'y réfléchis maintenant, je me dis que l'humour, pour moi, c'est une forme d'automédication. que j'ai toujours eu. Mais c'est aussi quelque chose que j'aime profondément. Rire, ça me rend heureuse, ça me fait un plaisir que je ressens dans mon cerveau, dans mon corps. Mais dès qu'il m'arrive quelque chose, dès qu'il y a une angoisse, dès que je ne vais pas bien, dès que je suis stressée ou que je vois une situation conflictuelle arriver, mon premier réflexe est de faire une blague, de la dérision. Beaucoup d'autodérision. Et est-ce que c'est lié à la recherche de dopamine, notamment avec mon TDAH ? Est-ce que c'est un pare-feu contre la dépression et le trouble anxieux ? Travailleuse. Travailleuse, je l'ai toujours été. Mon travail ? Je m'y suis quasiment noyée. À des moments, je ne pensais qu'à ça. Je travaillais le week-end. Je ne déconnectais jamais. Et je pense que là aussi, il y a plusieurs facteurs, plusieurs choses qui se jouent. Je suis travailleuse parce qu'on m'a appris à travailler. Mes parents m'ont toujours dit que c'était important. Et puis... J'ai toujours vu mes parents travailler, notamment mon père. Et ils avaient des professions intellectuelles, donc leur travail, c'était de lire, d'écrire. Et petite, je trouvais ça génial parce que je trouvais que c'était un travail rigolo et enrichissant. On apprenait, j'ai toujours adoré apprendre, j'ai toujours été curieuse. Alors oui, j'ai beaucoup travaillé. mais j'ai beaucoup travaillé quand ça me plaisait. Si je reprends mon parcours scolaire, j'étais très bonne dans les matières qui m'intéressaient, la littérature, l'histoire, la philosophie. Mais les matières scientifiques, j'ai très vite abandonné. Est-ce que c'est parce que ça ne m'intéressait pas ? Est-ce que c'est parce que je n'étais pas très bonne, je ne réussissais pas ? Face à l'échec, j'ai décidé que ce n'était pas fait pour moi, pour justement ne pas me confronter à un échec. Et que c'était plus glorifiant de travailler des matières où j'allais être récompensée, que des matières où même en travaillant, j'aurais eu une note, on va dire, moyenne. Alors j'ai abandonné, et j'ai travaillé les matières qui me plaisaient. L'histoire de l'art, l'histoire, mon parcours. universitaire Et quand je suis rentrée dans la vie professionnelle aussi, mais j'ai toujours choisi un travail passion. Et quand j'en parlais à d'autres personnes qui avaient plutôt un travail alimentaire, ils me disaient « quelle chance tu as d'avoir ce travail passion » . Mais je crois que c'était un peu pour oublier aussi, pour oublier… Mon stress, mes angoisses, mes difficultés. L'idée de se noyer, pour moi, elle est importante, elle est présente. Et quand j'ai fait mon épisode dépressif très intense, à l'automne, je me suis noyée, mais cette fois dans mon lit, où je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus sortir. Je me réfugiais sous ma couette. Et à un moment, j'ai voulu en sortir, parce que je n'aime pas me noyer. D'ailleurs, c'est bizarre pour quelqu'un qui a été élevé au bord de la plage, qui a appris à nager très tôt, pour qui la mer était dans son paysage. J'aime l'eau, j'aime regarder la mer, mais je ne vais jamais où je n'ai pas pied, car me noyer est mon angoisse la plus profonde. Passionnée, oui passionnée, je l'ai toujours été et je le suis encore. Je crois que c'est avec travailleuse ce qui m'a le plus interrogée et perturbée. Qui est la Marie passionnée ? Est-ce que c'est moi ou est-ce que c'est parce que j'ai ces pathologies ? Est-ce que... C'est quelque chose d'authentique finalement, je me disais. Et pourquoi j'ai besoin de savoir ? Parce que j'avais peur que mon identité se résume à mes pathologies. Sans stigmatiser bien évidemment, ou m'auto-stigmatiser, mais juste parce que j'avais besoin de savoir que j'existais au-delà ou à côté. Et cette histoire de passion, c'est quelque chose que je veux garder parce que j'aime vivre comme ça. Et puis je suis enthousiaste, je m'émerveille de tout et de rien. J'achète un bouquet de fleurs et je regarde ces fleurs et je me dis « Oh, la vie est géniale, qu'est-ce que c'est beau ! » Je vois un rayon de soleil et mon cœur bat. Je reçois une bonne nouvelle et je saute pendant plusieurs minutes avec les bras en l'air en criant « Bravo Marie, tu as réussi, c'est super ! » Mais là aussi, recherche de la dopamine. Alors, ce que j'aimerais, c'est garder ce côté passionné parce qu'il est agréable et je pense qu'il fait partie de moi. mais aussi qu'il est lié à mes pathologies. Et ce que j'essaye de faire, c'est que ce côté passionné soit une force et pas un empêchement, que je ne passe pas ma vie à attendre les récompenses ou que je ne fasse pas des activités que parce qu'il y aura une récompense. Anxieuse, je l'avais noté anxieuse aussi, parce que l'anxiété fait partie de ma vie depuis toujours. La dépression, quand j'ai eu le diagnostic, ça m'a fait un choc, mais finalement je n'étais pas si surprise. Ça a été dur parce que ça a duré plusieurs mois, mais si je remonte en arrière... J'avais déjà eu des moments plus courts, une journée, un week-end, peut-être parfois 4-5 jours où je ne pouvais rien faire et où je restais dans le lit. Le TDAH, c'était à la fois une surprise et puis aussi comme une évidence et je me suis dit, mais bien sûr, et puis je m'en doutais un petit peu. L'anxiété, en revanche, je savais que je l'avais. Quand on m'a dit « vous avez un trouble anxieux généralisé » , je n'étais pas surprise. Je suis même allée consulter pour cela, et pour me soigner, et m'en débarrasser, je ne sais pas. Mais en tout cas, vivre mieux, et ne plus avoir ces angoisses qui me paralysaient, et qui, de plus en plus, m'empêchaient de vivre. Mais là aussi, quand je réfléchis, avant ce diagnostic, même si je savais que... que j'étais anxieuse et que je ne mettais pas le mot trouble anxieux généralisé, mais je voyais bien que je ne réagissais pas comme les autres et que mes angoisses étaient souvent fondées sur des inquiétudes irréelles, sur des scénarios catastrophistes très peu probables, mais quand même très présents. Mais cette anxiété m'a aussi permis d'avancer, je pense. Parce que ça me maintenait en énergie, ça me maintenait en activité. Et quand j'ai commencé à m'en débarrasser, parce que mon traitement a très bien marché, c'est là que tout le reste est remonté. Et c'est là que je me suis posé des questions. J'ai beaucoup réfléchi sur moi-même. Je pense que cela a été bénéfique, mais aussi difficile. Difficile parce que ce n'est pas évident de se confronter à ses peurs, à ses limites. Moi qui ai toujours fui finalement, et qui ai toujours montré une apparence de quelqu'un qui allait bien. Et puis comme je l'ai dit, il y a... Il y avait vraiment des moments où j'allais bien aussi. En fait, je pense que j'allais bien et mal en même temps. Et c'est ça qui est difficile quand je réfléchis à mon identité. Comment on peut aller bien et mal en même temps, et vraiment bien et vraiment mal ? Comment on peut être vraiment heureuse ? J'ai toujours aimé la vie et j'aime la vie. Et en même temps, n'avoir envie de rien. Mais en même temps, avoir envie de plein de choses. et ne pas réussir à les faire, et parfois réussir, et ensuite retomber. Et cette anxiété, je pense qu'elle m'a aidée à ne pas trop tomber, et à rester, je ne sais pas si je peux dire stable, mais à rester, tout simplement. Alors maintenant que... Je ne veux plus cette anxiété, en tout cas plus autant qu'avant, et bien il y a le reste. Et ce que je me dis en ce moment, c'est que mon identité, elle regroupe tout cela. Oui parce que... J'ai des pathologies mentales, mais je n'ai pas que cela. J'ai aussi une personnalité qui m'est propre, qui est liée à mon éducation, à ce que j'ai appris, à mon rapport aux autres, à mes amis, aux gens que je rencontre, à tout ce que j'ai fait dans ma vie. J'ai une personnalité, Marie. Je suis Marie et je ne suis pas que folle. On pourrait dire. Mais cette folie, il faut l'accepter, je pense, comme faisant partie de moi, avec une possibilité de rétablissement. Et je pense que je suis sur la voie du rétablissement, même la bonne voie. Et si je réfléchis à ce que je voudrais qu'on retienne de moi, finalement. Le jour où je ne serai plus là, je me dis, peu importe finalement, je ne veux pas qu'on dise Marie, elle était joyeuse ou drôle ou travailleuse ou passionnée, et c'était complexe parce qu'elle était aussi anxieuse, aussi dépressive, aussi... Finalement, pour moi, je pense que... Quand sera arrivée la fin, ce que j'aurais envie qu'on retienne, ce que j'aimerais qu'on écrive. Sur ma pierre tombale, c'est tout simplement Marie, elle était aimante, envers son fils, envers son mari, envers sa famille, envers ses amis, envers le monde.
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Quelle est notre identité quand on a des pathologies mentales ? Quelle est la place de nos pathologie ? Qu’est-ce qui nous définit ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans ce podcast intitulé 46 ans, dans lequel je raconte sans filtre ma vie de femme, de 46 ans donc. Je m'appelle Marie, je suis née en 1979, comme vous pouvez vous en douter. Je suis mère d'un enfant, je suis séparée de son père, remariée, je suis blanche, plutôt privilégiée. Et j'ai trois pathologies mentales. Épisode 2, l'identité. La question de l'identité, je ne me la suis jamais vraiment posée avant mes diagnostics. Et aujourd'hui, c'est quelque chose qui me préoccupe. C'est une question sur laquelle j'ai beaucoup réfléchi, peut-être comme un nombre important de personnes qui ont un diagnostic. de santé mentale avec des pathologies, donc les miennes c'est un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs ainsi qu'un TDAH. Ma question c'est, est-ce que ces pathologies définissent mon identité ? Est-ce que non ? Qu'est-ce que je suis ? Qui je suis ? Quand est-ce que mes pathologies influent sur ce que je fais ? Quand est-ce qu'elle n'influe pas ? Alors, j'ai regardé ce qu'il y avait écrit sur mon passeport. Pas grand-chose. Pourtant, c'est cela, mon identité première, selon la définition. Donc, j'ai mon prénom, mon nom, mon lieu de naissance, ma date de naissance. Je fais 1m71, j'ai les yeux marrons et il est écrit que je suis une femme. J'ai cherché un peu plus ce que signifiait l'identité, j'ai vu que c'était le caractère de ce qui est un, le caractère permanent et fondamental de quelqu'un qui fait son individualité, sa singularité. Alors cette définition, elle me perturbe encore plus, parce que qu'est-ce qui fait ma singularité, mon individualité ? Je ne sais pas ce qui fait un chez moi, j'ai l'impression que... Ça serait plutôt « qu'est-ce qui fait plusieurs ? » « Quelles sont mes identités ? » Je le mettrais plutôt au pluriel. Et quand on a un diagnostic tardif, comme moi, donc à 46 ans, je trouve que c'est un peu compliqué, parce que si on m'avait demandé avant « Marie, quelle est ton identité ? » Qui es-tu ? J'aurais répondu, je suis corse, je suis joyeuse, je suis drôle ou on me trouve drôle, je suis souvent le bout en train de la soirée, je suis celle qui organise, qui réunit, toujours entourée d'amis, qui aime faire la fête, je suis travailleuse, opiniâtre. Je ne laisse jamais tomber. Ça dépend quand même. Parfois, je laisse tomber. Je suis passionnée. Quand je fais quelque chose, j'y mets tout mon cœur, toute mon énergie. Je vis à 100%. J'aurais dit aussi, je suis anxieuse. Mais alors, si je reprends cela aujourd'hui, qu'est-ce que je suis ? Corse, oui, je le suis. Je suis née en Corse, ma famille est corse, j'ai grandi en Corse, j'y retourne le plus souvent possible. J'ai voulu que mon fils naisse en Corse également, mais je suis aussi parisienne, je vis à Paris depuis longtemps, et je suis française, européenne, en solidarité avec toutes les populations du monde. Joyeuse ! C'est compliqué parce que quand j'ai dit à mes amis notamment que je faisais une dépression, ils avaient du mal à le croire. Et surtout que ma dépression n'est pas arrivée d'un coup. Elle s'est manifestée de manière intense au mois de novembre jusqu'à, je dirais, décembre. avec un mieux en janvier, des plus bas, des mieux, des plus bas. Et aujourd'hui, je dirais que je suis sur la pente ascendante. Mais la dépression, je la portais auparavant, tout en étant joyeuse. Une dépression silencieuse, où je ne montrais rien. Mais ce n'était pas qu'une façade, parce qu'en effet, en moi... Je portais une souffrance, je portais une forme de tristesse et puis cette angoisse qui ne me lâchait jamais. Mais joyeuse, je l'étais également et je le suis aussi. Et même au plus bas du plus bas, j'ai toujours aimé la joie, le rire, être avec les gens que j'aime. Alors, joyeuse ! Je le mets dans quelle case ? Est-ce que c'est moi, Marie ? Est-ce que c'est lié à une de mes pathologies ? Est-ce que c'est une forme de compétence ou de manière de vivre que j'ai acquis et développé pour justement contrer ces maladies avant qu'elles ne soient diagnostiquées ? Est-ce que c'est... Une question importante finalement. Drôle. Alors, je ne sais pas si je suis drôle, en tout cas on me l'a souvent dit. Alors là aussi, une dépressive drôle. Je pense que c'est courant. Et en tout cas, quand j'y réfléchis maintenant, je me dis que l'humour, pour moi, c'est une forme d'automédication. que j'ai toujours eu. Mais c'est aussi quelque chose que j'aime profondément. Rire, ça me rend heureuse, ça me fait un plaisir que je ressens dans mon cerveau, dans mon corps. Mais dès qu'il m'arrive quelque chose, dès qu'il y a une angoisse, dès que je ne vais pas bien, dès que je suis stressée ou que je vois une situation conflictuelle arriver, mon premier réflexe est de faire une blague, de la dérision. Beaucoup d'autodérision. Et est-ce que c'est lié à la recherche de dopamine, notamment avec mon TDAH ? Est-ce que c'est un pare-feu contre la dépression et le trouble anxieux ? Travailleuse. Travailleuse, je l'ai toujours été. Mon travail ? Je m'y suis quasiment noyée. À des moments, je ne pensais qu'à ça. Je travaillais le week-end. Je ne déconnectais jamais. Et je pense que là aussi, il y a plusieurs facteurs, plusieurs choses qui se jouent. Je suis travailleuse parce qu'on m'a appris à travailler. Mes parents m'ont toujours dit que c'était important. Et puis... J'ai toujours vu mes parents travailler, notamment mon père. Et ils avaient des professions intellectuelles, donc leur travail, c'était de lire, d'écrire. Et petite, je trouvais ça génial parce que je trouvais que c'était un travail rigolo et enrichissant. On apprenait, j'ai toujours adoré apprendre, j'ai toujours été curieuse. Alors oui, j'ai beaucoup travaillé. mais j'ai beaucoup travaillé quand ça me plaisait. Si je reprends mon parcours scolaire, j'étais très bonne dans les matières qui m'intéressaient, la littérature, l'histoire, la philosophie. Mais les matières scientifiques, j'ai très vite abandonné. Est-ce que c'est parce que ça ne m'intéressait pas ? Est-ce que c'est parce que je n'étais pas très bonne, je ne réussissais pas ? Face à l'échec, j'ai décidé que ce n'était pas fait pour moi, pour justement ne pas me confronter à un échec. Et que c'était plus glorifiant de travailler des matières où j'allais être récompensée, que des matières où même en travaillant, j'aurais eu une note, on va dire, moyenne. Alors j'ai abandonné, et j'ai travaillé les matières qui me plaisaient. L'histoire de l'art, l'histoire, mon parcours. universitaire Et quand je suis rentrée dans la vie professionnelle aussi, mais j'ai toujours choisi un travail passion. Et quand j'en parlais à d'autres personnes qui avaient plutôt un travail alimentaire, ils me disaient « quelle chance tu as d'avoir ce travail passion » . Mais je crois que c'était un peu pour oublier aussi, pour oublier… Mon stress, mes angoisses, mes difficultés. L'idée de se noyer, pour moi, elle est importante, elle est présente. Et quand j'ai fait mon épisode dépressif très intense, à l'automne, je me suis noyée, mais cette fois dans mon lit, où je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus sortir. Je me réfugiais sous ma couette. Et à un moment, j'ai voulu en sortir, parce que je n'aime pas me noyer. D'ailleurs, c'est bizarre pour quelqu'un qui a été élevé au bord de la plage, qui a appris à nager très tôt, pour qui la mer était dans son paysage. J'aime l'eau, j'aime regarder la mer, mais je ne vais jamais où je n'ai pas pied, car me noyer est mon angoisse la plus profonde. Passionnée, oui passionnée, je l'ai toujours été et je le suis encore. Je crois que c'est avec travailleuse ce qui m'a le plus interrogée et perturbée. Qui est la Marie passionnée ? Est-ce que c'est moi ou est-ce que c'est parce que j'ai ces pathologies ? Est-ce que... C'est quelque chose d'authentique finalement, je me disais. Et pourquoi j'ai besoin de savoir ? Parce que j'avais peur que mon identité se résume à mes pathologies. Sans stigmatiser bien évidemment, ou m'auto-stigmatiser, mais juste parce que j'avais besoin de savoir que j'existais au-delà ou à côté. Et cette histoire de passion, c'est quelque chose que je veux garder parce que j'aime vivre comme ça. Et puis je suis enthousiaste, je m'émerveille de tout et de rien. J'achète un bouquet de fleurs et je regarde ces fleurs et je me dis « Oh, la vie est géniale, qu'est-ce que c'est beau ! » Je vois un rayon de soleil et mon cœur bat. Je reçois une bonne nouvelle et je saute pendant plusieurs minutes avec les bras en l'air en criant « Bravo Marie, tu as réussi, c'est super ! » Mais là aussi, recherche de la dopamine. Alors, ce que j'aimerais, c'est garder ce côté passionné parce qu'il est agréable et je pense qu'il fait partie de moi. mais aussi qu'il est lié à mes pathologies. Et ce que j'essaye de faire, c'est que ce côté passionné soit une force et pas un empêchement, que je ne passe pas ma vie à attendre les récompenses ou que je ne fasse pas des activités que parce qu'il y aura une récompense. Anxieuse, je l'avais noté anxieuse aussi, parce que l'anxiété fait partie de ma vie depuis toujours. La dépression, quand j'ai eu le diagnostic, ça m'a fait un choc, mais finalement je n'étais pas si surprise. Ça a été dur parce que ça a duré plusieurs mois, mais si je remonte en arrière... J'avais déjà eu des moments plus courts, une journée, un week-end, peut-être parfois 4-5 jours où je ne pouvais rien faire et où je restais dans le lit. Le TDAH, c'était à la fois une surprise et puis aussi comme une évidence et je me suis dit, mais bien sûr, et puis je m'en doutais un petit peu. L'anxiété, en revanche, je savais que je l'avais. Quand on m'a dit « vous avez un trouble anxieux généralisé » , je n'étais pas surprise. Je suis même allée consulter pour cela, et pour me soigner, et m'en débarrasser, je ne sais pas. Mais en tout cas, vivre mieux, et ne plus avoir ces angoisses qui me paralysaient, et qui, de plus en plus, m'empêchaient de vivre. Mais là aussi, quand je réfléchis, avant ce diagnostic, même si je savais que... que j'étais anxieuse et que je ne mettais pas le mot trouble anxieux généralisé, mais je voyais bien que je ne réagissais pas comme les autres et que mes angoisses étaient souvent fondées sur des inquiétudes irréelles, sur des scénarios catastrophistes très peu probables, mais quand même très présents. Mais cette anxiété m'a aussi permis d'avancer, je pense. Parce que ça me maintenait en énergie, ça me maintenait en activité. Et quand j'ai commencé à m'en débarrasser, parce que mon traitement a très bien marché, c'est là que tout le reste est remonté. Et c'est là que je me suis posé des questions. J'ai beaucoup réfléchi sur moi-même. Je pense que cela a été bénéfique, mais aussi difficile. Difficile parce que ce n'est pas évident de se confronter à ses peurs, à ses limites. Moi qui ai toujours fui finalement, et qui ai toujours montré une apparence de quelqu'un qui allait bien. Et puis comme je l'ai dit, il y a... Il y avait vraiment des moments où j'allais bien aussi. En fait, je pense que j'allais bien et mal en même temps. Et c'est ça qui est difficile quand je réfléchis à mon identité. Comment on peut aller bien et mal en même temps, et vraiment bien et vraiment mal ? Comment on peut être vraiment heureuse ? J'ai toujours aimé la vie et j'aime la vie. Et en même temps, n'avoir envie de rien. Mais en même temps, avoir envie de plein de choses. et ne pas réussir à les faire, et parfois réussir, et ensuite retomber. Et cette anxiété, je pense qu'elle m'a aidée à ne pas trop tomber, et à rester, je ne sais pas si je peux dire stable, mais à rester, tout simplement. Alors maintenant que... Je ne veux plus cette anxiété, en tout cas plus autant qu'avant, et bien il y a le reste. Et ce que je me dis en ce moment, c'est que mon identité, elle regroupe tout cela. Oui parce que... J'ai des pathologies mentales, mais je n'ai pas que cela. J'ai aussi une personnalité qui m'est propre, qui est liée à mon éducation, à ce que j'ai appris, à mon rapport aux autres, à mes amis, aux gens que je rencontre, à tout ce que j'ai fait dans ma vie. J'ai une personnalité, Marie. Je suis Marie et je ne suis pas que folle. On pourrait dire. Mais cette folie, il faut l'accepter, je pense, comme faisant partie de moi, avec une possibilité de rétablissement. Et je pense que je suis sur la voie du rétablissement, même la bonne voie. Et si je réfléchis à ce que je voudrais qu'on retienne de moi, finalement. Le jour où je ne serai plus là, je me dis, peu importe finalement, je ne veux pas qu'on dise Marie, elle était joyeuse ou drôle ou travailleuse ou passionnée, et c'était complexe parce qu'elle était aussi anxieuse, aussi dépressive, aussi... Finalement, pour moi, je pense que... Quand sera arrivée la fin, ce que j'aurais envie qu'on retienne, ce que j'aimerais qu'on écrive. Sur ma pierre tombale, c'est tout simplement Marie, elle était aimante, envers son fils, envers son mari, envers sa famille, envers ses amis, envers le monde.
Description
Quelle est notre identité quand on a des pathologies mentales ? Quelle est la place de nos pathologie ? Qu’est-ce qui nous définit ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans ce podcast intitulé 46 ans, dans lequel je raconte sans filtre ma vie de femme, de 46 ans donc. Je m'appelle Marie, je suis née en 1979, comme vous pouvez vous en douter. Je suis mère d'un enfant, je suis séparée de son père, remariée, je suis blanche, plutôt privilégiée. Et j'ai trois pathologies mentales. Épisode 2, l'identité. La question de l'identité, je ne me la suis jamais vraiment posée avant mes diagnostics. Et aujourd'hui, c'est quelque chose qui me préoccupe. C'est une question sur laquelle j'ai beaucoup réfléchi, peut-être comme un nombre important de personnes qui ont un diagnostic. de santé mentale avec des pathologies, donc les miennes c'est un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs ainsi qu'un TDAH. Ma question c'est, est-ce que ces pathologies définissent mon identité ? Est-ce que non ? Qu'est-ce que je suis ? Qui je suis ? Quand est-ce que mes pathologies influent sur ce que je fais ? Quand est-ce qu'elle n'influe pas ? Alors, j'ai regardé ce qu'il y avait écrit sur mon passeport. Pas grand-chose. Pourtant, c'est cela, mon identité première, selon la définition. Donc, j'ai mon prénom, mon nom, mon lieu de naissance, ma date de naissance. Je fais 1m71, j'ai les yeux marrons et il est écrit que je suis une femme. J'ai cherché un peu plus ce que signifiait l'identité, j'ai vu que c'était le caractère de ce qui est un, le caractère permanent et fondamental de quelqu'un qui fait son individualité, sa singularité. Alors cette définition, elle me perturbe encore plus, parce que qu'est-ce qui fait ma singularité, mon individualité ? Je ne sais pas ce qui fait un chez moi, j'ai l'impression que... Ça serait plutôt « qu'est-ce qui fait plusieurs ? » « Quelles sont mes identités ? » Je le mettrais plutôt au pluriel. Et quand on a un diagnostic tardif, comme moi, donc à 46 ans, je trouve que c'est un peu compliqué, parce que si on m'avait demandé avant « Marie, quelle est ton identité ? » Qui es-tu ? J'aurais répondu, je suis corse, je suis joyeuse, je suis drôle ou on me trouve drôle, je suis souvent le bout en train de la soirée, je suis celle qui organise, qui réunit, toujours entourée d'amis, qui aime faire la fête, je suis travailleuse, opiniâtre. Je ne laisse jamais tomber. Ça dépend quand même. Parfois, je laisse tomber. Je suis passionnée. Quand je fais quelque chose, j'y mets tout mon cœur, toute mon énergie. Je vis à 100%. J'aurais dit aussi, je suis anxieuse. Mais alors, si je reprends cela aujourd'hui, qu'est-ce que je suis ? Corse, oui, je le suis. Je suis née en Corse, ma famille est corse, j'ai grandi en Corse, j'y retourne le plus souvent possible. J'ai voulu que mon fils naisse en Corse également, mais je suis aussi parisienne, je vis à Paris depuis longtemps, et je suis française, européenne, en solidarité avec toutes les populations du monde. Joyeuse ! C'est compliqué parce que quand j'ai dit à mes amis notamment que je faisais une dépression, ils avaient du mal à le croire. Et surtout que ma dépression n'est pas arrivée d'un coup. Elle s'est manifestée de manière intense au mois de novembre jusqu'à, je dirais, décembre. avec un mieux en janvier, des plus bas, des mieux, des plus bas. Et aujourd'hui, je dirais que je suis sur la pente ascendante. Mais la dépression, je la portais auparavant, tout en étant joyeuse. Une dépression silencieuse, où je ne montrais rien. Mais ce n'était pas qu'une façade, parce qu'en effet, en moi... Je portais une souffrance, je portais une forme de tristesse et puis cette angoisse qui ne me lâchait jamais. Mais joyeuse, je l'étais également et je le suis aussi. Et même au plus bas du plus bas, j'ai toujours aimé la joie, le rire, être avec les gens que j'aime. Alors, joyeuse ! Je le mets dans quelle case ? Est-ce que c'est moi, Marie ? Est-ce que c'est lié à une de mes pathologies ? Est-ce que c'est une forme de compétence ou de manière de vivre que j'ai acquis et développé pour justement contrer ces maladies avant qu'elles ne soient diagnostiquées ? Est-ce que c'est... Une question importante finalement. Drôle. Alors, je ne sais pas si je suis drôle, en tout cas on me l'a souvent dit. Alors là aussi, une dépressive drôle. Je pense que c'est courant. Et en tout cas, quand j'y réfléchis maintenant, je me dis que l'humour, pour moi, c'est une forme d'automédication. que j'ai toujours eu. Mais c'est aussi quelque chose que j'aime profondément. Rire, ça me rend heureuse, ça me fait un plaisir que je ressens dans mon cerveau, dans mon corps. Mais dès qu'il m'arrive quelque chose, dès qu'il y a une angoisse, dès que je ne vais pas bien, dès que je suis stressée ou que je vois une situation conflictuelle arriver, mon premier réflexe est de faire une blague, de la dérision. Beaucoup d'autodérision. Et est-ce que c'est lié à la recherche de dopamine, notamment avec mon TDAH ? Est-ce que c'est un pare-feu contre la dépression et le trouble anxieux ? Travailleuse. Travailleuse, je l'ai toujours été. Mon travail ? Je m'y suis quasiment noyée. À des moments, je ne pensais qu'à ça. Je travaillais le week-end. Je ne déconnectais jamais. Et je pense que là aussi, il y a plusieurs facteurs, plusieurs choses qui se jouent. Je suis travailleuse parce qu'on m'a appris à travailler. Mes parents m'ont toujours dit que c'était important. Et puis... J'ai toujours vu mes parents travailler, notamment mon père. Et ils avaient des professions intellectuelles, donc leur travail, c'était de lire, d'écrire. Et petite, je trouvais ça génial parce que je trouvais que c'était un travail rigolo et enrichissant. On apprenait, j'ai toujours adoré apprendre, j'ai toujours été curieuse. Alors oui, j'ai beaucoup travaillé. mais j'ai beaucoup travaillé quand ça me plaisait. Si je reprends mon parcours scolaire, j'étais très bonne dans les matières qui m'intéressaient, la littérature, l'histoire, la philosophie. Mais les matières scientifiques, j'ai très vite abandonné. Est-ce que c'est parce que ça ne m'intéressait pas ? Est-ce que c'est parce que je n'étais pas très bonne, je ne réussissais pas ? Face à l'échec, j'ai décidé que ce n'était pas fait pour moi, pour justement ne pas me confronter à un échec. Et que c'était plus glorifiant de travailler des matières où j'allais être récompensée, que des matières où même en travaillant, j'aurais eu une note, on va dire, moyenne. Alors j'ai abandonné, et j'ai travaillé les matières qui me plaisaient. L'histoire de l'art, l'histoire, mon parcours. universitaire Et quand je suis rentrée dans la vie professionnelle aussi, mais j'ai toujours choisi un travail passion. Et quand j'en parlais à d'autres personnes qui avaient plutôt un travail alimentaire, ils me disaient « quelle chance tu as d'avoir ce travail passion » . Mais je crois que c'était un peu pour oublier aussi, pour oublier… Mon stress, mes angoisses, mes difficultés. L'idée de se noyer, pour moi, elle est importante, elle est présente. Et quand j'ai fait mon épisode dépressif très intense, à l'automne, je me suis noyée, mais cette fois dans mon lit, où je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus sortir. Je me réfugiais sous ma couette. Et à un moment, j'ai voulu en sortir, parce que je n'aime pas me noyer. D'ailleurs, c'est bizarre pour quelqu'un qui a été élevé au bord de la plage, qui a appris à nager très tôt, pour qui la mer était dans son paysage. J'aime l'eau, j'aime regarder la mer, mais je ne vais jamais où je n'ai pas pied, car me noyer est mon angoisse la plus profonde. Passionnée, oui passionnée, je l'ai toujours été et je le suis encore. Je crois que c'est avec travailleuse ce qui m'a le plus interrogée et perturbée. Qui est la Marie passionnée ? Est-ce que c'est moi ou est-ce que c'est parce que j'ai ces pathologies ? Est-ce que... C'est quelque chose d'authentique finalement, je me disais. Et pourquoi j'ai besoin de savoir ? Parce que j'avais peur que mon identité se résume à mes pathologies. Sans stigmatiser bien évidemment, ou m'auto-stigmatiser, mais juste parce que j'avais besoin de savoir que j'existais au-delà ou à côté. Et cette histoire de passion, c'est quelque chose que je veux garder parce que j'aime vivre comme ça. Et puis je suis enthousiaste, je m'émerveille de tout et de rien. J'achète un bouquet de fleurs et je regarde ces fleurs et je me dis « Oh, la vie est géniale, qu'est-ce que c'est beau ! » Je vois un rayon de soleil et mon cœur bat. Je reçois une bonne nouvelle et je saute pendant plusieurs minutes avec les bras en l'air en criant « Bravo Marie, tu as réussi, c'est super ! » Mais là aussi, recherche de la dopamine. Alors, ce que j'aimerais, c'est garder ce côté passionné parce qu'il est agréable et je pense qu'il fait partie de moi. mais aussi qu'il est lié à mes pathologies. Et ce que j'essaye de faire, c'est que ce côté passionné soit une force et pas un empêchement, que je ne passe pas ma vie à attendre les récompenses ou que je ne fasse pas des activités que parce qu'il y aura une récompense. Anxieuse, je l'avais noté anxieuse aussi, parce que l'anxiété fait partie de ma vie depuis toujours. La dépression, quand j'ai eu le diagnostic, ça m'a fait un choc, mais finalement je n'étais pas si surprise. Ça a été dur parce que ça a duré plusieurs mois, mais si je remonte en arrière... J'avais déjà eu des moments plus courts, une journée, un week-end, peut-être parfois 4-5 jours où je ne pouvais rien faire et où je restais dans le lit. Le TDAH, c'était à la fois une surprise et puis aussi comme une évidence et je me suis dit, mais bien sûr, et puis je m'en doutais un petit peu. L'anxiété, en revanche, je savais que je l'avais. Quand on m'a dit « vous avez un trouble anxieux généralisé » , je n'étais pas surprise. Je suis même allée consulter pour cela, et pour me soigner, et m'en débarrasser, je ne sais pas. Mais en tout cas, vivre mieux, et ne plus avoir ces angoisses qui me paralysaient, et qui, de plus en plus, m'empêchaient de vivre. Mais là aussi, quand je réfléchis, avant ce diagnostic, même si je savais que... que j'étais anxieuse et que je ne mettais pas le mot trouble anxieux généralisé, mais je voyais bien que je ne réagissais pas comme les autres et que mes angoisses étaient souvent fondées sur des inquiétudes irréelles, sur des scénarios catastrophistes très peu probables, mais quand même très présents. Mais cette anxiété m'a aussi permis d'avancer, je pense. Parce que ça me maintenait en énergie, ça me maintenait en activité. Et quand j'ai commencé à m'en débarrasser, parce que mon traitement a très bien marché, c'est là que tout le reste est remonté. Et c'est là que je me suis posé des questions. J'ai beaucoup réfléchi sur moi-même. Je pense que cela a été bénéfique, mais aussi difficile. Difficile parce que ce n'est pas évident de se confronter à ses peurs, à ses limites. Moi qui ai toujours fui finalement, et qui ai toujours montré une apparence de quelqu'un qui allait bien. Et puis comme je l'ai dit, il y a... Il y avait vraiment des moments où j'allais bien aussi. En fait, je pense que j'allais bien et mal en même temps. Et c'est ça qui est difficile quand je réfléchis à mon identité. Comment on peut aller bien et mal en même temps, et vraiment bien et vraiment mal ? Comment on peut être vraiment heureuse ? J'ai toujours aimé la vie et j'aime la vie. Et en même temps, n'avoir envie de rien. Mais en même temps, avoir envie de plein de choses. et ne pas réussir à les faire, et parfois réussir, et ensuite retomber. Et cette anxiété, je pense qu'elle m'a aidée à ne pas trop tomber, et à rester, je ne sais pas si je peux dire stable, mais à rester, tout simplement. Alors maintenant que... Je ne veux plus cette anxiété, en tout cas plus autant qu'avant, et bien il y a le reste. Et ce que je me dis en ce moment, c'est que mon identité, elle regroupe tout cela. Oui parce que... J'ai des pathologies mentales, mais je n'ai pas que cela. J'ai aussi une personnalité qui m'est propre, qui est liée à mon éducation, à ce que j'ai appris, à mon rapport aux autres, à mes amis, aux gens que je rencontre, à tout ce que j'ai fait dans ma vie. J'ai une personnalité, Marie. Je suis Marie et je ne suis pas que folle. On pourrait dire. Mais cette folie, il faut l'accepter, je pense, comme faisant partie de moi, avec une possibilité de rétablissement. Et je pense que je suis sur la voie du rétablissement, même la bonne voie. Et si je réfléchis à ce que je voudrais qu'on retienne de moi, finalement. Le jour où je ne serai plus là, je me dis, peu importe finalement, je ne veux pas qu'on dise Marie, elle était joyeuse ou drôle ou travailleuse ou passionnée, et c'était complexe parce qu'elle était aussi anxieuse, aussi dépressive, aussi... Finalement, pour moi, je pense que... Quand sera arrivée la fin, ce que j'aurais envie qu'on retienne, ce que j'aimerais qu'on écrive. Sur ma pierre tombale, c'est tout simplement Marie, elle était aimante, envers son fils, envers son mari, envers sa famille, envers ses amis, envers le monde.
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