Description
Épisode 1 : santé mentale
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Épisode 1 : santé mentale
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle sans filtre de ma vie de femme de 46 ans. Ce podcast s'adresse plus particulièrement aux femmes de mon âge et j'espère qu'il vous touchera. Il sera composé de plusieurs épisodes mais il est aussi à destination de personnes de tout genre et de tout âge. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans. Je suis mère d'un enfant qui a 12 ans, séparé de son père et remarié. J'habite à Paris, je suis blanche et plutôt privilégiée. Épisode 1, la santé mentale. J'ai découvert en juillet dernier, à 46 ans et un mois, que j'avais une pathologie mentale, le trouble anxieux généralisé. Quelques mois plus tard, on m'a diagnostiqué des états dépressifs liés à cette pathologie, le trouble anxieux généralisé. Et hier, donc en mars 2026, on m'a diagnostiqué un TDAH. J'ai toujours su que j'étais différente depuis que je suis petite. J'ai toujours été très inquiète, très angoissée, et je me suis toujours sentie un peu... Un peu à part, un peu faufole, mon père m'appelait Zébulon parce que je sautais partout, que je chantais, que je riais, que je parlais sans m'arrêter. Aujourd'hui, je n'ai pas vraiment changé, à part que je suis beaucoup moins active physiquement, mais que dans ma tête, ça tourne dans tous les sens. L'anxiété d'abord. que je soigne avec des antidépresseurs et des anxiolytiques. Ce traitement fonctionne plutôt bien pour moi et je pense que les traitements, qu'ils soient médicamenteux ou non, doivent être adaptés à chaque personne. Je comprends très bien aussi les personnes qui ne prennent pas de traitement, mais j'ai eu la chance de consulter une psychiatre avec qui il y a eu très vite une alliance. J'ai vu avec elle ce qu'impliquait la prise d'un traitement. Elle m'a tout expliqué et je me suis aussi documentée par moi-même sur ses conseils. Et je trouve que cela marche plutôt bien, même si bien évidemment, il n'y a pas de baguette magique comme elle me le rappelle souvent. J'ai arrêté de travailler il y a un mois. À la suite d'une dépression assez lourde, et c'est la première fois de ma vie à 46 ans, j'ai toujours été très bonne à l'école, j'ai fait des très bonnes études, et j'ai eu plein de métiers différents, plutôt à responsabilité. Et je me suis toujours vue, ou on m'a toujours vue comme quelqu'un d'assez instable, dans le sens où je changeais souvent d'avis. Je changeais souvent de métier parce que j'aime la nouveauté, j'aime les défis, j'aime quand c'est passionné et au bout d'un moment je m'ennuyais. Donc j'avais la chance de pouvoir rebondir et trouver un autre emploi jusqu'à ce que tout pète cette année. Et donc j'ai beaucoup réfléchi sur moi et là ce diagnostic de TDAH hier m'a fait comprendre. aussi d'autres choses. Ce n'est pas facile d'avoir à chaque fois de nouveaux diagnostics. Mais je m'en suis toujours doutée, en fait. Je ne sais pas trop comment le dire autrement. J'étais à la fois dans le déni, dans le tout va bien, je gère. Je pense que les gens disaient « Oh, comme elle est forte, Marie ! Comment elle arrive à faire tout ça ? Comment elle arrive à rebondir ? » Parce qu'avant de rencontrer mon mari, il y a six ans, avec qui j'ai une relation très stable, très saine, très sécure. Et j'espère qu'elle durera le plus longtemps possible. J'ai multiplié les relations. Soit j'en avais marre et je partais, soit je faisais un peu tout pour que ce soit l'autre qui parte, soit je multipliais des relations que je savais sans lendemain parce que j'aimais bien le risque. Et je voulais un engagement, mais j'allais vers des hommes qui ne voulaient pas du tout s'engager. Et je continuais comme ça dans cette recherche un peu risquée, comme si je marchais sur un fil. J'ai toujours eu du mal aussi à aller au bout d'un projet, c'est-à-dire que j'ai un milliard d'idées et j'arrive à faire des choses quand elles se font très très vite. En ce moment par exemple j'écris des poèmes et je ne sais pas s'ils plairont à tout le monde et si ça va marcher, mon premier recueil va être publié, mais en tout cas c'est quelque chose qui est facile pour moi parce que les mots me viennent, parce que ça arrive tout seul et... Tout est déjà prêt dans ma tête parce que tout tourne tellement dans ma tête que j'arrive à le coucher sur le papier très vite. Et quand j'écris, je corrige un peu, mais pas trop. Je mets en forme pour que ça fasse un recueil et j'envoie tout de suite. J'ai besoin d'envoyer à plusieurs maisons d'édition. Et là, je suis bien, j'ai l'impression que j'ai accompli un travail. Mais ce travail d'écriture, il a pris quelques jours, parfois même... quelques heures. Mais je considère que c'est un travail long parce qu'il était dans ma tête depuis des années. Une fois à l'envoi en maison d'édition ou à des revues, par exemple, spécialisées, commence alors ce que j'appelle une sorte d'enfer. C'est-à-dire que je ne supporte pas l'attente. De manière générale, je suis cette personne insupportable à la queue du supermarché qui tapote comme ça, qui... qui fait des bruits, qui claque des doigts et qui montre son agacement. Alors, je sais que c'est insupportable, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'arrive pas. La patience, ça n'a jamais été mon fort. Et le fait de savoir que ça fait partie des symptômes du TDAH, à la fois me rassure et m'inquiète. Et quand j'attends une réponse d'une maison d'édition, par exemple, je suis comme paralysée, alors que j'ai d'autres choses à faire dans ma vie. Mais je me focalise là-dessus et je regarde mes mails toutes les 5 minutes. Alors que je sais très bien que la réponse ne va pas tomber maintenant. Et à chaque fois que j'ouvre mes mails et que je vois qu'il n'y a pas de réponse, c'est une forte déception. Presque je préférerais une réponse négative, parce que ce qui est dur, c'est l'attente. Comme beaucoup de personnes qui ont un trouble anxieux généralisé et aussi un TDAH, j'ai eu beaucoup et j'ai encore. des addictions dans ma vie. J'ai beaucoup bu d'alcool, j'ai beaucoup fumé de cigarettes. Aujourd'hui, j'ai dû arrêter l'alcool parce que ça ne va pas avec mon traitement et notamment les anxiolytiques et ça ne m'a pas posé de problème. Mais je ne pourrai jamais arrêter la nicotine, en tout cas pas pour l'instant parce que j'en ai vraiment besoin. Et j'ai toujours bu, j'ai toujours fumé de manière frénétique, c'est-à-dire que c'est tout ou rien. Et l'alcool, là, c'est rien. Et avant, c'était tout. Et c'est vraiment comme ça que ça fonctionne chez moi. Alors, je réfléchis et je me dis, comment faire maintenant que je comprends cela ? Que je sais que j'ai du mal à gérer l'attente. Je dis j'ai du mal, mais si je suis honnête, je dis je n'arrive pas à gérer l'attente. Je gère mieux mes angoisses, notamment par rapport à mon fils, et je pense que c'est mon traitement et ma thérapie qui m'aident. C'est-à-dire qu'avant d'être diagnostiquée et avant de prendre mon traitement, ma vie était plutôt difficile, en tout cas dans ma tête, parce que cela ne se voyait pas. Mais j'angoissais en permanence pour mon fils. J'ai toujours considéré que mon fils était une partie de moi, et c'est ma vie, c'est tout pour moi. Et je m'inquiète en permanence pour lui. Ou je m'inquiétais, je ne sais pas. Mais avant, tous les matins, je l'imaginais mort en allant à l'école, écrasé. Et je voyais les images. Aujourd'hui, je n'ai plus cela. J'ai encore des inquiétudes, mais je pense que j'arrive à les gérer. Ce qui me préoccupe le plus en ce moment... C'est que je suis à la recherche d'un emploi et qu'il va falloir que j'en trouve un. Et qu'en me connaissant mieux, c'est à la fois plus facile et plus compliqué. Parce que je sais vers où il ne faut pas que j'aille, mais ça restreint mes champs de possibilités. Et puis, avant de prendre des traitements, avant d'être diagnostiquée, avant de m'autoriser à penser à moi-même. J'ai toujours tout donné, tout donné aux autres et tout donné à mon travail. J'ai toujours eu des métiers avec un sens pour moi, c'est-à-dire une utilité. sociale, la notion d'aide, d'accompagnement, de service rendu et j'y mettais toute mon énergie, tout mon cœur et je travaillais, je travaillais, je travaillais. J'avais des moments d'inattention bien évidemment, des moments de rêve comme quand j'étais petite et qu'à l'école on disait que j'étais une rêveuse mais j'étais aussi une très bonne élève et au travail c'était pareil. Je rêvais, mais j'arrivais à me concentrer aussi dans certaines périodes, et toujours, toujours au dernier moment, toujours dans les moments de stress. Et là aussi, ça me rassure, ce diagnostic de TDAH, parce que je comprends mieux. Mais entre comprendre et agir, il y a pour moi une différence. Je comprends que je suis performante dans le stress, et c'est pour ça que j'écris vite mes poèmes. C'est pour ça que je vois un appel à projet, je saute dessus et hop j'écris et hop j'envoie. Mais tout ne peut pas fonctionner comme ça dans la vie. Un métier, on ne peut pas, comme j'ai toujours fait, en changer tous les deux ans, trois ans. Enfin, on peut, mais est-ce que c'est satisfaisant maintenant qu'on sait pourquoi on le faisait ? Et cette notion d'ennui aussi, cette notion de toujours vouloir que ce soit palpitant. Ce qui est marrant, c'est que je l'ai réglé. au niveau de ma vie sentimentale. Alors je ne dis pas que la vie avec mon mari n'est pas palpitante, mais en tout cas, ce n'est pas ça que j'ai recherché. Je n'ai pas recherché le côté passionné, où on se dispute, où ça part dans tous les sens, où j'ai peur, parce qu'avant c'était toujours des relations où j'avais peur. J'avais peur d'être trompée, j'avais peur d'être quittée, j'avais peur d'être maltraitée. Et bien évidemment, j'ai été trompée, j'ai été quittée, j'ai été maltraitée avec mon mari aujourd'hui. Je n'ai peur de rien. C'est mon pilier. C'est quelque chose que je vois comme une constance dans ma vie et je veux que ça reste comme ça. Et je ne m'ennuie pas avec lui. Je ne m'ennuie jamais. Alors que je sais au fond de moi, j'espère en tout cas, que ça durera pour toujours. Alors pourquoi je n'arrive pas à faire de même pour le reste, pour le travail, pour deux autres projets que j'ai, qui est un, d'écrire un livre que j'ai commencé, mais je suis tellement à fond que j'ai écrit, j'ai écrit, j'ai écrit vite, mais ça fait 50 pages parce que je n'arrive pas à aller plus loin. Alors j'ai décidé d'en faire trois nouvelles. Est-ce que c'est quelque chose de positif ? Je ne sais pas. Parce que je me suis toujours adaptée. J'ai eu aussi des compétences dès l'enfance, données par mes parents, un capital culturel, comme dirait Bourdieu, où j'ai su comment faire. J'ai toujours su m'adapter. Même si j'étais un peu différente, même si j'étais un peu rebelle, même si j'étais un peu faux-folle, je rentrais dans le rang, malgré tout. Et c'est pour ça que j'ai « réussi » . Mais aujourd'hui, je n'ai plus envie. J'ai envie d'être moi, naturellement, avec mes forces et mes vulnérabilités. Et mes vulnérabilités que je considère aussi comme une force. Alors, ce livre, qu'est-ce que je vais en faire ? Est-ce que je vais en faire trois nouvelles ? Est-ce que je vais en faire un seul livre ? Est-ce que je vais réussir à m'y remettre ? J'ai tout écrit comme ça. Et l'idée, selon moi, est plutôt intéressante. Heureusement, quand j'écris... J'aime bien ce que j'écris, sinon je ne le ferais pas, mais est-ce que je vais abandonner comme parfois j'ai fait, quand c'était trop long, trop compliqué, que ça n'allait pas avec mes facilités ? Et un autre projet qui est très important pour moi, c'est ma thèse. J'ai repris mes études il y a deux ans en m'inscrivant à un doctorat d'histoire de l'art à l'Université de Montréal au Québec. La première année, c'est-à-dire l'année dernière, en 2025, j'ai passé quatre mois à Montréal en faisant trois séminaires sur quatre, ce qui est énorme, en gardant mon travail à responsabilité en France, en me levant toutes les nuits à deux heures du matin pour travailler pour la France, en allant en cours le matin, en retravaillant... l'après-midi pour la France et en travaillant ma thèse et mes séminaires l'après-midi. Et j'ai tout réussi. J'ai eu un plus à mes trois séminaires. J'étais comme ça dans l'urgence, dans le stress, je n'avais... de temps à perdre. Et ensuite, j'ai continué. J'avais mon travail, j'avais ma thèse, je suis allée aux archives, j'ai voyagé, j'ai cherché, j'ai lu. Et là, depuis mon arrêt de travail, où c'est vrai, il a fallu que je me repose aussi et que je récupère, je suis bloquée. Je suis bloquée dans ma thèse alors que c'est quelque chose que j'aime. Pourquoi ? Pourquoi suis-je bloquée ? Je n'arrive même pas à m'asseoir à mon bureau. Alors... que ça serait simple. On pourrait dire s'asseoir sur un bureau et ouvrir son ordinateur et écrire parce que là encore, j'ai tout dans ma tête. Je sais ce que je dois faire. Mais c'est un travail au long cours et ça me fait peur. Ça me fait peur parce que je me dis c'est au long cours, je ne vais pas y arriver. Je suis une coureuse de 100 mètres et pas de marathon. Et je n'ai pas envie. de n'être qu'une coureuse de 100 mètres. J'ai envie de réussir mon marathon qui est ma thèse, mais je suis bloquée. Alors j'attends le déblocage, ce n'est pas évident. J'ai une excellente directrice qui me donne des échéances, ça m'aide. Alors vais-je le faire deux jours avant, dans le stress, quand je n'aurai plus le temps ? Parce que c'est là que je serai performante et c'est là que j'aurai... Cette fameuse récompense qui m'a toujours permis de vivre et qui m'a toujours intéressée dans la vie. À l'école, c'était avoir une bonne note, c'était apprendre quelque chose de nouveau. À la fac également, j'ai fait un double cursus d'histoire et d'histoire de l'art. Mais quand les autres en histoire prenaient option géographie, je prenais option cinéma japonais. Et en histoire de l'art, quand certains prenaient option histoire, par exemple, ou option histoire des techniques, option archéologie, je prenais option littérature contemporaine. Mais ça m'a aidée aussi parce que je pense que j'ai appris beaucoup de choses et c'est ce qui m'a servi à m'en sortir et à réussir dans mon travail. Mais en même temps... c'est aussi un facteur limitant. Surtout maintenant que je n'ai plus de travail, qu'il faudra que j'en retrouve un et qu'il faut que je me mette à ma thèse. Alors ce diagnostic de TDAH hier, il a été comme un déclic. Un peu angoissant quand même parce que je me dis, bon, trois pathologies, ça fait quand même beaucoup, même si elles sont liées. Enfin, c'est ce que je pense qu'elles sont liées, je ne sais pas. Je ne suis pas médecin, je vous parle de mon expérience. Mais j'ai envie que ça change. J'ai envie de ne plus être paralysée. J'ai envie d'avancer. D'avancer en restant moi-même, mais aussi en progressant. Parce qu'être moi-même, ça me permet d'être créative. Ça me permet de faire des choses que... Certaines personnes vont considérer exceptionnelles mais qui pour moi sont normales de me reconvertir totalement, de me lancer dans quelque chose de nouveau et d'y arriver parce que pour l'instant, j'y suis toujours arrivée. Mais là, qu'est-ce que je vais faire ? Est-ce que je vais me relancer tête baissée sans réfléchir ou est-ce que je vais prendre ce temps-là pour essayer ? de me reconstruire un peu plus vers un équilibre. Est-ce que je vais réussir un jour à me donner des objectifs et à les tenir ? Est-ce que je vais réussir à condenser, à me dire aujourd'hui tu bosses deux heures, demain tu travailleras une heure, au lieu de travailler trois jours à fond et ensuite de dormir pendant trois jours ? Ce sont les questions que je me pose aujourd'hui. J'ai progressé parce que, il y a un an, j'aurais passé une journée à me questionner sur moi-même. J'aurais considéré que c'était du temps perdu et que je n'avais pas le droit de me plaindre en plus parce que je suis une privilégiée. J'ai tout pour moi, on m'a toujours dit. Mais dans la mesure où j'ai compris... que certes j'étais une privilégiée mais que cela ne m'empêchait pas d'avoir des difficultés, je m'autorise. Je m'autorise à accepter que moi aussi, en tant que privilégiée, je peux avoir des problèmes. Et ça ne m'empêche pas de dire qu'il y a des problèmes plus importants que moi. Ça a toujours été... C'était un peu mon éducation et puis ça a toujours été ma manière de penser. Tu ne peux pas te plaindre, des enfants ne vont pas à l'école dans d'autres pays, des enfants meurent, des enfants vivent sous la guerre, des adultes aujourd'hui. Mais je me dis, le fait de t'autoriser à penser à toi, à être bien, tu seras mieux ensuite pour le collectif. Et le fait de t'autoriser à être bien ne va pas changer le sort des personnes qui vivent dans les pays en guerre. En revanche, si j'arrive à être un peu productive, à faire des choses, là, je pourrais aider. Mais pour aider, il faut d'abord... que je m'aide moi-même.
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Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle sans filtre de ma vie de femme de 46 ans. Ce podcast s'adresse plus particulièrement aux femmes de mon âge et j'espère qu'il vous touchera. Il sera composé de plusieurs épisodes mais il est aussi à destination de personnes de tout genre et de tout âge. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans. Je suis mère d'un enfant qui a 12 ans, séparé de son père et remarié. J'habite à Paris, je suis blanche et plutôt privilégiée. Épisode 1, la santé mentale. J'ai découvert en juillet dernier, à 46 ans et un mois, que j'avais une pathologie mentale, le trouble anxieux généralisé. Quelques mois plus tard, on m'a diagnostiqué des états dépressifs liés à cette pathologie, le trouble anxieux généralisé. Et hier, donc en mars 2026, on m'a diagnostiqué un TDAH. J'ai toujours su que j'étais différente depuis que je suis petite. J'ai toujours été très inquiète, très angoissée, et je me suis toujours sentie un peu... Un peu à part, un peu faufole, mon père m'appelait Zébulon parce que je sautais partout, que je chantais, que je riais, que je parlais sans m'arrêter. Aujourd'hui, je n'ai pas vraiment changé, à part que je suis beaucoup moins active physiquement, mais que dans ma tête, ça tourne dans tous les sens. L'anxiété d'abord. que je soigne avec des antidépresseurs et des anxiolytiques. Ce traitement fonctionne plutôt bien pour moi et je pense que les traitements, qu'ils soient médicamenteux ou non, doivent être adaptés à chaque personne. Je comprends très bien aussi les personnes qui ne prennent pas de traitement, mais j'ai eu la chance de consulter une psychiatre avec qui il y a eu très vite une alliance. J'ai vu avec elle ce qu'impliquait la prise d'un traitement. Elle m'a tout expliqué et je me suis aussi documentée par moi-même sur ses conseils. Et je trouve que cela marche plutôt bien, même si bien évidemment, il n'y a pas de baguette magique comme elle me le rappelle souvent. J'ai arrêté de travailler il y a un mois. À la suite d'une dépression assez lourde, et c'est la première fois de ma vie à 46 ans, j'ai toujours été très bonne à l'école, j'ai fait des très bonnes études, et j'ai eu plein de métiers différents, plutôt à responsabilité. Et je me suis toujours vue, ou on m'a toujours vue comme quelqu'un d'assez instable, dans le sens où je changeais souvent d'avis. Je changeais souvent de métier parce que j'aime la nouveauté, j'aime les défis, j'aime quand c'est passionné et au bout d'un moment je m'ennuyais. Donc j'avais la chance de pouvoir rebondir et trouver un autre emploi jusqu'à ce que tout pète cette année. Et donc j'ai beaucoup réfléchi sur moi et là ce diagnostic de TDAH hier m'a fait comprendre. aussi d'autres choses. Ce n'est pas facile d'avoir à chaque fois de nouveaux diagnostics. Mais je m'en suis toujours doutée, en fait. Je ne sais pas trop comment le dire autrement. J'étais à la fois dans le déni, dans le tout va bien, je gère. Je pense que les gens disaient « Oh, comme elle est forte, Marie ! Comment elle arrive à faire tout ça ? Comment elle arrive à rebondir ? » Parce qu'avant de rencontrer mon mari, il y a six ans, avec qui j'ai une relation très stable, très saine, très sécure. Et j'espère qu'elle durera le plus longtemps possible. J'ai multiplié les relations. Soit j'en avais marre et je partais, soit je faisais un peu tout pour que ce soit l'autre qui parte, soit je multipliais des relations que je savais sans lendemain parce que j'aimais bien le risque. Et je voulais un engagement, mais j'allais vers des hommes qui ne voulaient pas du tout s'engager. Et je continuais comme ça dans cette recherche un peu risquée, comme si je marchais sur un fil. J'ai toujours eu du mal aussi à aller au bout d'un projet, c'est-à-dire que j'ai un milliard d'idées et j'arrive à faire des choses quand elles se font très très vite. En ce moment par exemple j'écris des poèmes et je ne sais pas s'ils plairont à tout le monde et si ça va marcher, mon premier recueil va être publié, mais en tout cas c'est quelque chose qui est facile pour moi parce que les mots me viennent, parce que ça arrive tout seul et... Tout est déjà prêt dans ma tête parce que tout tourne tellement dans ma tête que j'arrive à le coucher sur le papier très vite. Et quand j'écris, je corrige un peu, mais pas trop. Je mets en forme pour que ça fasse un recueil et j'envoie tout de suite. J'ai besoin d'envoyer à plusieurs maisons d'édition. Et là, je suis bien, j'ai l'impression que j'ai accompli un travail. Mais ce travail d'écriture, il a pris quelques jours, parfois même... quelques heures. Mais je considère que c'est un travail long parce qu'il était dans ma tête depuis des années. Une fois à l'envoi en maison d'édition ou à des revues, par exemple, spécialisées, commence alors ce que j'appelle une sorte d'enfer. C'est-à-dire que je ne supporte pas l'attente. De manière générale, je suis cette personne insupportable à la queue du supermarché qui tapote comme ça, qui... qui fait des bruits, qui claque des doigts et qui montre son agacement. Alors, je sais que c'est insupportable, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'arrive pas. La patience, ça n'a jamais été mon fort. Et le fait de savoir que ça fait partie des symptômes du TDAH, à la fois me rassure et m'inquiète. Et quand j'attends une réponse d'une maison d'édition, par exemple, je suis comme paralysée, alors que j'ai d'autres choses à faire dans ma vie. Mais je me focalise là-dessus et je regarde mes mails toutes les 5 minutes. Alors que je sais très bien que la réponse ne va pas tomber maintenant. Et à chaque fois que j'ouvre mes mails et que je vois qu'il n'y a pas de réponse, c'est une forte déception. Presque je préférerais une réponse négative, parce que ce qui est dur, c'est l'attente. Comme beaucoup de personnes qui ont un trouble anxieux généralisé et aussi un TDAH, j'ai eu beaucoup et j'ai encore. des addictions dans ma vie. J'ai beaucoup bu d'alcool, j'ai beaucoup fumé de cigarettes. Aujourd'hui, j'ai dû arrêter l'alcool parce que ça ne va pas avec mon traitement et notamment les anxiolytiques et ça ne m'a pas posé de problème. Mais je ne pourrai jamais arrêter la nicotine, en tout cas pas pour l'instant parce que j'en ai vraiment besoin. Et j'ai toujours bu, j'ai toujours fumé de manière frénétique, c'est-à-dire que c'est tout ou rien. Et l'alcool, là, c'est rien. Et avant, c'était tout. Et c'est vraiment comme ça que ça fonctionne chez moi. Alors, je réfléchis et je me dis, comment faire maintenant que je comprends cela ? Que je sais que j'ai du mal à gérer l'attente. Je dis j'ai du mal, mais si je suis honnête, je dis je n'arrive pas à gérer l'attente. Je gère mieux mes angoisses, notamment par rapport à mon fils, et je pense que c'est mon traitement et ma thérapie qui m'aident. C'est-à-dire qu'avant d'être diagnostiquée et avant de prendre mon traitement, ma vie était plutôt difficile, en tout cas dans ma tête, parce que cela ne se voyait pas. Mais j'angoissais en permanence pour mon fils. J'ai toujours considéré que mon fils était une partie de moi, et c'est ma vie, c'est tout pour moi. Et je m'inquiète en permanence pour lui. Ou je m'inquiétais, je ne sais pas. Mais avant, tous les matins, je l'imaginais mort en allant à l'école, écrasé. Et je voyais les images. Aujourd'hui, je n'ai plus cela. J'ai encore des inquiétudes, mais je pense que j'arrive à les gérer. Ce qui me préoccupe le plus en ce moment... C'est que je suis à la recherche d'un emploi et qu'il va falloir que j'en trouve un. Et qu'en me connaissant mieux, c'est à la fois plus facile et plus compliqué. Parce que je sais vers où il ne faut pas que j'aille, mais ça restreint mes champs de possibilités. Et puis, avant de prendre des traitements, avant d'être diagnostiquée, avant de m'autoriser à penser à moi-même. J'ai toujours tout donné, tout donné aux autres et tout donné à mon travail. J'ai toujours eu des métiers avec un sens pour moi, c'est-à-dire une utilité. sociale, la notion d'aide, d'accompagnement, de service rendu et j'y mettais toute mon énergie, tout mon cœur et je travaillais, je travaillais, je travaillais. J'avais des moments d'inattention bien évidemment, des moments de rêve comme quand j'étais petite et qu'à l'école on disait que j'étais une rêveuse mais j'étais aussi une très bonne élève et au travail c'était pareil. Je rêvais, mais j'arrivais à me concentrer aussi dans certaines périodes, et toujours, toujours au dernier moment, toujours dans les moments de stress. Et là aussi, ça me rassure, ce diagnostic de TDAH, parce que je comprends mieux. Mais entre comprendre et agir, il y a pour moi une différence. Je comprends que je suis performante dans le stress, et c'est pour ça que j'écris vite mes poèmes. C'est pour ça que je vois un appel à projet, je saute dessus et hop j'écris et hop j'envoie. Mais tout ne peut pas fonctionner comme ça dans la vie. Un métier, on ne peut pas, comme j'ai toujours fait, en changer tous les deux ans, trois ans. Enfin, on peut, mais est-ce que c'est satisfaisant maintenant qu'on sait pourquoi on le faisait ? Et cette notion d'ennui aussi, cette notion de toujours vouloir que ce soit palpitant. Ce qui est marrant, c'est que je l'ai réglé. au niveau de ma vie sentimentale. Alors je ne dis pas que la vie avec mon mari n'est pas palpitante, mais en tout cas, ce n'est pas ça que j'ai recherché. Je n'ai pas recherché le côté passionné, où on se dispute, où ça part dans tous les sens, où j'ai peur, parce qu'avant c'était toujours des relations où j'avais peur. J'avais peur d'être trompée, j'avais peur d'être quittée, j'avais peur d'être maltraitée. Et bien évidemment, j'ai été trompée, j'ai été quittée, j'ai été maltraitée avec mon mari aujourd'hui. Je n'ai peur de rien. C'est mon pilier. C'est quelque chose que je vois comme une constance dans ma vie et je veux que ça reste comme ça. Et je ne m'ennuie pas avec lui. Je ne m'ennuie jamais. Alors que je sais au fond de moi, j'espère en tout cas, que ça durera pour toujours. Alors pourquoi je n'arrive pas à faire de même pour le reste, pour le travail, pour deux autres projets que j'ai, qui est un, d'écrire un livre que j'ai commencé, mais je suis tellement à fond que j'ai écrit, j'ai écrit, j'ai écrit vite, mais ça fait 50 pages parce que je n'arrive pas à aller plus loin. Alors j'ai décidé d'en faire trois nouvelles. Est-ce que c'est quelque chose de positif ? Je ne sais pas. Parce que je me suis toujours adaptée. J'ai eu aussi des compétences dès l'enfance, données par mes parents, un capital culturel, comme dirait Bourdieu, où j'ai su comment faire. J'ai toujours su m'adapter. Même si j'étais un peu différente, même si j'étais un peu rebelle, même si j'étais un peu faux-folle, je rentrais dans le rang, malgré tout. Et c'est pour ça que j'ai « réussi » . Mais aujourd'hui, je n'ai plus envie. J'ai envie d'être moi, naturellement, avec mes forces et mes vulnérabilités. Et mes vulnérabilités que je considère aussi comme une force. Alors, ce livre, qu'est-ce que je vais en faire ? Est-ce que je vais en faire trois nouvelles ? Est-ce que je vais en faire un seul livre ? Est-ce que je vais réussir à m'y remettre ? J'ai tout écrit comme ça. Et l'idée, selon moi, est plutôt intéressante. Heureusement, quand j'écris... J'aime bien ce que j'écris, sinon je ne le ferais pas, mais est-ce que je vais abandonner comme parfois j'ai fait, quand c'était trop long, trop compliqué, que ça n'allait pas avec mes facilités ? Et un autre projet qui est très important pour moi, c'est ma thèse. J'ai repris mes études il y a deux ans en m'inscrivant à un doctorat d'histoire de l'art à l'Université de Montréal au Québec. La première année, c'est-à-dire l'année dernière, en 2025, j'ai passé quatre mois à Montréal en faisant trois séminaires sur quatre, ce qui est énorme, en gardant mon travail à responsabilité en France, en me levant toutes les nuits à deux heures du matin pour travailler pour la France, en allant en cours le matin, en retravaillant... l'après-midi pour la France et en travaillant ma thèse et mes séminaires l'après-midi. Et j'ai tout réussi. J'ai eu un plus à mes trois séminaires. J'étais comme ça dans l'urgence, dans le stress, je n'avais... de temps à perdre. Et ensuite, j'ai continué. J'avais mon travail, j'avais ma thèse, je suis allée aux archives, j'ai voyagé, j'ai cherché, j'ai lu. Et là, depuis mon arrêt de travail, où c'est vrai, il a fallu que je me repose aussi et que je récupère, je suis bloquée. Je suis bloquée dans ma thèse alors que c'est quelque chose que j'aime. Pourquoi ? Pourquoi suis-je bloquée ? Je n'arrive même pas à m'asseoir à mon bureau. Alors... que ça serait simple. On pourrait dire s'asseoir sur un bureau et ouvrir son ordinateur et écrire parce que là encore, j'ai tout dans ma tête. Je sais ce que je dois faire. Mais c'est un travail au long cours et ça me fait peur. Ça me fait peur parce que je me dis c'est au long cours, je ne vais pas y arriver. Je suis une coureuse de 100 mètres et pas de marathon. Et je n'ai pas envie. de n'être qu'une coureuse de 100 mètres. J'ai envie de réussir mon marathon qui est ma thèse, mais je suis bloquée. Alors j'attends le déblocage, ce n'est pas évident. J'ai une excellente directrice qui me donne des échéances, ça m'aide. Alors vais-je le faire deux jours avant, dans le stress, quand je n'aurai plus le temps ? Parce que c'est là que je serai performante et c'est là que j'aurai... Cette fameuse récompense qui m'a toujours permis de vivre et qui m'a toujours intéressée dans la vie. À l'école, c'était avoir une bonne note, c'était apprendre quelque chose de nouveau. À la fac également, j'ai fait un double cursus d'histoire et d'histoire de l'art. Mais quand les autres en histoire prenaient option géographie, je prenais option cinéma japonais. Et en histoire de l'art, quand certains prenaient option histoire, par exemple, ou option histoire des techniques, option archéologie, je prenais option littérature contemporaine. Mais ça m'a aidée aussi parce que je pense que j'ai appris beaucoup de choses et c'est ce qui m'a servi à m'en sortir et à réussir dans mon travail. Mais en même temps... c'est aussi un facteur limitant. Surtout maintenant que je n'ai plus de travail, qu'il faudra que j'en retrouve un et qu'il faut que je me mette à ma thèse. Alors ce diagnostic de TDAH hier, il a été comme un déclic. Un peu angoissant quand même parce que je me dis, bon, trois pathologies, ça fait quand même beaucoup, même si elles sont liées. Enfin, c'est ce que je pense qu'elles sont liées, je ne sais pas. Je ne suis pas médecin, je vous parle de mon expérience. Mais j'ai envie que ça change. J'ai envie de ne plus être paralysée. J'ai envie d'avancer. D'avancer en restant moi-même, mais aussi en progressant. Parce qu'être moi-même, ça me permet d'être créative. Ça me permet de faire des choses que... Certaines personnes vont considérer exceptionnelles mais qui pour moi sont normales de me reconvertir totalement, de me lancer dans quelque chose de nouveau et d'y arriver parce que pour l'instant, j'y suis toujours arrivée. Mais là, qu'est-ce que je vais faire ? Est-ce que je vais me relancer tête baissée sans réfléchir ou est-ce que je vais prendre ce temps-là pour essayer ? de me reconstruire un peu plus vers un équilibre. Est-ce que je vais réussir un jour à me donner des objectifs et à les tenir ? Est-ce que je vais réussir à condenser, à me dire aujourd'hui tu bosses deux heures, demain tu travailleras une heure, au lieu de travailler trois jours à fond et ensuite de dormir pendant trois jours ? Ce sont les questions que je me pose aujourd'hui. J'ai progressé parce que, il y a un an, j'aurais passé une journée à me questionner sur moi-même. J'aurais considéré que c'était du temps perdu et que je n'avais pas le droit de me plaindre en plus parce que je suis une privilégiée. J'ai tout pour moi, on m'a toujours dit. Mais dans la mesure où j'ai compris... que certes j'étais une privilégiée mais que cela ne m'empêchait pas d'avoir des difficultés, je m'autorise. Je m'autorise à accepter que moi aussi, en tant que privilégiée, je peux avoir des problèmes. Et ça ne m'empêche pas de dire qu'il y a des problèmes plus importants que moi. Ça a toujours été... C'était un peu mon éducation et puis ça a toujours été ma manière de penser. Tu ne peux pas te plaindre, des enfants ne vont pas à l'école dans d'autres pays, des enfants meurent, des enfants vivent sous la guerre, des adultes aujourd'hui. Mais je me dis, le fait de t'autoriser à penser à toi, à être bien, tu seras mieux ensuite pour le collectif. Et le fait de t'autoriser à être bien ne va pas changer le sort des personnes qui vivent dans les pays en guerre. En revanche, si j'arrive à être un peu productive, à faire des choses, là, je pourrais aider. Mais pour aider, il faut d'abord... que je m'aide moi-même.
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Épisode 1 : santé mentale
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle sans filtre de ma vie de femme de 46 ans. Ce podcast s'adresse plus particulièrement aux femmes de mon âge et j'espère qu'il vous touchera. Il sera composé de plusieurs épisodes mais il est aussi à destination de personnes de tout genre et de tout âge. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans. Je suis mère d'un enfant qui a 12 ans, séparé de son père et remarié. J'habite à Paris, je suis blanche et plutôt privilégiée. Épisode 1, la santé mentale. J'ai découvert en juillet dernier, à 46 ans et un mois, que j'avais une pathologie mentale, le trouble anxieux généralisé. Quelques mois plus tard, on m'a diagnostiqué des états dépressifs liés à cette pathologie, le trouble anxieux généralisé. Et hier, donc en mars 2026, on m'a diagnostiqué un TDAH. J'ai toujours su que j'étais différente depuis que je suis petite. J'ai toujours été très inquiète, très angoissée, et je me suis toujours sentie un peu... Un peu à part, un peu faufole, mon père m'appelait Zébulon parce que je sautais partout, que je chantais, que je riais, que je parlais sans m'arrêter. Aujourd'hui, je n'ai pas vraiment changé, à part que je suis beaucoup moins active physiquement, mais que dans ma tête, ça tourne dans tous les sens. L'anxiété d'abord. que je soigne avec des antidépresseurs et des anxiolytiques. Ce traitement fonctionne plutôt bien pour moi et je pense que les traitements, qu'ils soient médicamenteux ou non, doivent être adaptés à chaque personne. Je comprends très bien aussi les personnes qui ne prennent pas de traitement, mais j'ai eu la chance de consulter une psychiatre avec qui il y a eu très vite une alliance. J'ai vu avec elle ce qu'impliquait la prise d'un traitement. Elle m'a tout expliqué et je me suis aussi documentée par moi-même sur ses conseils. Et je trouve que cela marche plutôt bien, même si bien évidemment, il n'y a pas de baguette magique comme elle me le rappelle souvent. J'ai arrêté de travailler il y a un mois. À la suite d'une dépression assez lourde, et c'est la première fois de ma vie à 46 ans, j'ai toujours été très bonne à l'école, j'ai fait des très bonnes études, et j'ai eu plein de métiers différents, plutôt à responsabilité. Et je me suis toujours vue, ou on m'a toujours vue comme quelqu'un d'assez instable, dans le sens où je changeais souvent d'avis. Je changeais souvent de métier parce que j'aime la nouveauté, j'aime les défis, j'aime quand c'est passionné et au bout d'un moment je m'ennuyais. Donc j'avais la chance de pouvoir rebondir et trouver un autre emploi jusqu'à ce que tout pète cette année. Et donc j'ai beaucoup réfléchi sur moi et là ce diagnostic de TDAH hier m'a fait comprendre. aussi d'autres choses. Ce n'est pas facile d'avoir à chaque fois de nouveaux diagnostics. Mais je m'en suis toujours doutée, en fait. Je ne sais pas trop comment le dire autrement. J'étais à la fois dans le déni, dans le tout va bien, je gère. Je pense que les gens disaient « Oh, comme elle est forte, Marie ! Comment elle arrive à faire tout ça ? Comment elle arrive à rebondir ? » Parce qu'avant de rencontrer mon mari, il y a six ans, avec qui j'ai une relation très stable, très saine, très sécure. Et j'espère qu'elle durera le plus longtemps possible. J'ai multiplié les relations. Soit j'en avais marre et je partais, soit je faisais un peu tout pour que ce soit l'autre qui parte, soit je multipliais des relations que je savais sans lendemain parce que j'aimais bien le risque. Et je voulais un engagement, mais j'allais vers des hommes qui ne voulaient pas du tout s'engager. Et je continuais comme ça dans cette recherche un peu risquée, comme si je marchais sur un fil. J'ai toujours eu du mal aussi à aller au bout d'un projet, c'est-à-dire que j'ai un milliard d'idées et j'arrive à faire des choses quand elles se font très très vite. En ce moment par exemple j'écris des poèmes et je ne sais pas s'ils plairont à tout le monde et si ça va marcher, mon premier recueil va être publié, mais en tout cas c'est quelque chose qui est facile pour moi parce que les mots me viennent, parce que ça arrive tout seul et... Tout est déjà prêt dans ma tête parce que tout tourne tellement dans ma tête que j'arrive à le coucher sur le papier très vite. Et quand j'écris, je corrige un peu, mais pas trop. Je mets en forme pour que ça fasse un recueil et j'envoie tout de suite. J'ai besoin d'envoyer à plusieurs maisons d'édition. Et là, je suis bien, j'ai l'impression que j'ai accompli un travail. Mais ce travail d'écriture, il a pris quelques jours, parfois même... quelques heures. Mais je considère que c'est un travail long parce qu'il était dans ma tête depuis des années. Une fois à l'envoi en maison d'édition ou à des revues, par exemple, spécialisées, commence alors ce que j'appelle une sorte d'enfer. C'est-à-dire que je ne supporte pas l'attente. De manière générale, je suis cette personne insupportable à la queue du supermarché qui tapote comme ça, qui... qui fait des bruits, qui claque des doigts et qui montre son agacement. Alors, je sais que c'est insupportable, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'arrive pas. La patience, ça n'a jamais été mon fort. Et le fait de savoir que ça fait partie des symptômes du TDAH, à la fois me rassure et m'inquiète. Et quand j'attends une réponse d'une maison d'édition, par exemple, je suis comme paralysée, alors que j'ai d'autres choses à faire dans ma vie. Mais je me focalise là-dessus et je regarde mes mails toutes les 5 minutes. Alors que je sais très bien que la réponse ne va pas tomber maintenant. Et à chaque fois que j'ouvre mes mails et que je vois qu'il n'y a pas de réponse, c'est une forte déception. Presque je préférerais une réponse négative, parce que ce qui est dur, c'est l'attente. Comme beaucoup de personnes qui ont un trouble anxieux généralisé et aussi un TDAH, j'ai eu beaucoup et j'ai encore. des addictions dans ma vie. J'ai beaucoup bu d'alcool, j'ai beaucoup fumé de cigarettes. Aujourd'hui, j'ai dû arrêter l'alcool parce que ça ne va pas avec mon traitement et notamment les anxiolytiques et ça ne m'a pas posé de problème. Mais je ne pourrai jamais arrêter la nicotine, en tout cas pas pour l'instant parce que j'en ai vraiment besoin. Et j'ai toujours bu, j'ai toujours fumé de manière frénétique, c'est-à-dire que c'est tout ou rien. Et l'alcool, là, c'est rien. Et avant, c'était tout. Et c'est vraiment comme ça que ça fonctionne chez moi. Alors, je réfléchis et je me dis, comment faire maintenant que je comprends cela ? Que je sais que j'ai du mal à gérer l'attente. Je dis j'ai du mal, mais si je suis honnête, je dis je n'arrive pas à gérer l'attente. Je gère mieux mes angoisses, notamment par rapport à mon fils, et je pense que c'est mon traitement et ma thérapie qui m'aident. C'est-à-dire qu'avant d'être diagnostiquée et avant de prendre mon traitement, ma vie était plutôt difficile, en tout cas dans ma tête, parce que cela ne se voyait pas. Mais j'angoissais en permanence pour mon fils. J'ai toujours considéré que mon fils était une partie de moi, et c'est ma vie, c'est tout pour moi. Et je m'inquiète en permanence pour lui. Ou je m'inquiétais, je ne sais pas. Mais avant, tous les matins, je l'imaginais mort en allant à l'école, écrasé. Et je voyais les images. Aujourd'hui, je n'ai plus cela. J'ai encore des inquiétudes, mais je pense que j'arrive à les gérer. Ce qui me préoccupe le plus en ce moment... C'est que je suis à la recherche d'un emploi et qu'il va falloir que j'en trouve un. Et qu'en me connaissant mieux, c'est à la fois plus facile et plus compliqué. Parce que je sais vers où il ne faut pas que j'aille, mais ça restreint mes champs de possibilités. Et puis, avant de prendre des traitements, avant d'être diagnostiquée, avant de m'autoriser à penser à moi-même. J'ai toujours tout donné, tout donné aux autres et tout donné à mon travail. J'ai toujours eu des métiers avec un sens pour moi, c'est-à-dire une utilité. sociale, la notion d'aide, d'accompagnement, de service rendu et j'y mettais toute mon énergie, tout mon cœur et je travaillais, je travaillais, je travaillais. J'avais des moments d'inattention bien évidemment, des moments de rêve comme quand j'étais petite et qu'à l'école on disait que j'étais une rêveuse mais j'étais aussi une très bonne élève et au travail c'était pareil. Je rêvais, mais j'arrivais à me concentrer aussi dans certaines périodes, et toujours, toujours au dernier moment, toujours dans les moments de stress. Et là aussi, ça me rassure, ce diagnostic de TDAH, parce que je comprends mieux. Mais entre comprendre et agir, il y a pour moi une différence. Je comprends que je suis performante dans le stress, et c'est pour ça que j'écris vite mes poèmes. C'est pour ça que je vois un appel à projet, je saute dessus et hop j'écris et hop j'envoie. Mais tout ne peut pas fonctionner comme ça dans la vie. Un métier, on ne peut pas, comme j'ai toujours fait, en changer tous les deux ans, trois ans. Enfin, on peut, mais est-ce que c'est satisfaisant maintenant qu'on sait pourquoi on le faisait ? Et cette notion d'ennui aussi, cette notion de toujours vouloir que ce soit palpitant. Ce qui est marrant, c'est que je l'ai réglé. au niveau de ma vie sentimentale. Alors je ne dis pas que la vie avec mon mari n'est pas palpitante, mais en tout cas, ce n'est pas ça que j'ai recherché. Je n'ai pas recherché le côté passionné, où on se dispute, où ça part dans tous les sens, où j'ai peur, parce qu'avant c'était toujours des relations où j'avais peur. J'avais peur d'être trompée, j'avais peur d'être quittée, j'avais peur d'être maltraitée. Et bien évidemment, j'ai été trompée, j'ai été quittée, j'ai été maltraitée avec mon mari aujourd'hui. Je n'ai peur de rien. C'est mon pilier. C'est quelque chose que je vois comme une constance dans ma vie et je veux que ça reste comme ça. Et je ne m'ennuie pas avec lui. Je ne m'ennuie jamais. Alors que je sais au fond de moi, j'espère en tout cas, que ça durera pour toujours. Alors pourquoi je n'arrive pas à faire de même pour le reste, pour le travail, pour deux autres projets que j'ai, qui est un, d'écrire un livre que j'ai commencé, mais je suis tellement à fond que j'ai écrit, j'ai écrit, j'ai écrit vite, mais ça fait 50 pages parce que je n'arrive pas à aller plus loin. Alors j'ai décidé d'en faire trois nouvelles. Est-ce que c'est quelque chose de positif ? Je ne sais pas. Parce que je me suis toujours adaptée. J'ai eu aussi des compétences dès l'enfance, données par mes parents, un capital culturel, comme dirait Bourdieu, où j'ai su comment faire. J'ai toujours su m'adapter. Même si j'étais un peu différente, même si j'étais un peu rebelle, même si j'étais un peu faux-folle, je rentrais dans le rang, malgré tout. Et c'est pour ça que j'ai « réussi » . Mais aujourd'hui, je n'ai plus envie. J'ai envie d'être moi, naturellement, avec mes forces et mes vulnérabilités. Et mes vulnérabilités que je considère aussi comme une force. Alors, ce livre, qu'est-ce que je vais en faire ? Est-ce que je vais en faire trois nouvelles ? Est-ce que je vais en faire un seul livre ? Est-ce que je vais réussir à m'y remettre ? J'ai tout écrit comme ça. Et l'idée, selon moi, est plutôt intéressante. Heureusement, quand j'écris... J'aime bien ce que j'écris, sinon je ne le ferais pas, mais est-ce que je vais abandonner comme parfois j'ai fait, quand c'était trop long, trop compliqué, que ça n'allait pas avec mes facilités ? Et un autre projet qui est très important pour moi, c'est ma thèse. J'ai repris mes études il y a deux ans en m'inscrivant à un doctorat d'histoire de l'art à l'Université de Montréal au Québec. La première année, c'est-à-dire l'année dernière, en 2025, j'ai passé quatre mois à Montréal en faisant trois séminaires sur quatre, ce qui est énorme, en gardant mon travail à responsabilité en France, en me levant toutes les nuits à deux heures du matin pour travailler pour la France, en allant en cours le matin, en retravaillant... l'après-midi pour la France et en travaillant ma thèse et mes séminaires l'après-midi. Et j'ai tout réussi. J'ai eu un plus à mes trois séminaires. J'étais comme ça dans l'urgence, dans le stress, je n'avais... de temps à perdre. Et ensuite, j'ai continué. J'avais mon travail, j'avais ma thèse, je suis allée aux archives, j'ai voyagé, j'ai cherché, j'ai lu. Et là, depuis mon arrêt de travail, où c'est vrai, il a fallu que je me repose aussi et que je récupère, je suis bloquée. Je suis bloquée dans ma thèse alors que c'est quelque chose que j'aime. Pourquoi ? Pourquoi suis-je bloquée ? Je n'arrive même pas à m'asseoir à mon bureau. Alors... que ça serait simple. On pourrait dire s'asseoir sur un bureau et ouvrir son ordinateur et écrire parce que là encore, j'ai tout dans ma tête. Je sais ce que je dois faire. Mais c'est un travail au long cours et ça me fait peur. Ça me fait peur parce que je me dis c'est au long cours, je ne vais pas y arriver. Je suis une coureuse de 100 mètres et pas de marathon. Et je n'ai pas envie. de n'être qu'une coureuse de 100 mètres. J'ai envie de réussir mon marathon qui est ma thèse, mais je suis bloquée. Alors j'attends le déblocage, ce n'est pas évident. J'ai une excellente directrice qui me donne des échéances, ça m'aide. Alors vais-je le faire deux jours avant, dans le stress, quand je n'aurai plus le temps ? Parce que c'est là que je serai performante et c'est là que j'aurai... Cette fameuse récompense qui m'a toujours permis de vivre et qui m'a toujours intéressée dans la vie. À l'école, c'était avoir une bonne note, c'était apprendre quelque chose de nouveau. À la fac également, j'ai fait un double cursus d'histoire et d'histoire de l'art. Mais quand les autres en histoire prenaient option géographie, je prenais option cinéma japonais. Et en histoire de l'art, quand certains prenaient option histoire, par exemple, ou option histoire des techniques, option archéologie, je prenais option littérature contemporaine. Mais ça m'a aidée aussi parce que je pense que j'ai appris beaucoup de choses et c'est ce qui m'a servi à m'en sortir et à réussir dans mon travail. Mais en même temps... c'est aussi un facteur limitant. Surtout maintenant que je n'ai plus de travail, qu'il faudra que j'en retrouve un et qu'il faut que je me mette à ma thèse. Alors ce diagnostic de TDAH hier, il a été comme un déclic. Un peu angoissant quand même parce que je me dis, bon, trois pathologies, ça fait quand même beaucoup, même si elles sont liées. Enfin, c'est ce que je pense qu'elles sont liées, je ne sais pas. Je ne suis pas médecin, je vous parle de mon expérience. Mais j'ai envie que ça change. J'ai envie de ne plus être paralysée. J'ai envie d'avancer. D'avancer en restant moi-même, mais aussi en progressant. Parce qu'être moi-même, ça me permet d'être créative. Ça me permet de faire des choses que... Certaines personnes vont considérer exceptionnelles mais qui pour moi sont normales de me reconvertir totalement, de me lancer dans quelque chose de nouveau et d'y arriver parce que pour l'instant, j'y suis toujours arrivée. Mais là, qu'est-ce que je vais faire ? Est-ce que je vais me relancer tête baissée sans réfléchir ou est-ce que je vais prendre ce temps-là pour essayer ? de me reconstruire un peu plus vers un équilibre. Est-ce que je vais réussir un jour à me donner des objectifs et à les tenir ? Est-ce que je vais réussir à condenser, à me dire aujourd'hui tu bosses deux heures, demain tu travailleras une heure, au lieu de travailler trois jours à fond et ensuite de dormir pendant trois jours ? Ce sont les questions que je me pose aujourd'hui. J'ai progressé parce que, il y a un an, j'aurais passé une journée à me questionner sur moi-même. J'aurais considéré que c'était du temps perdu et que je n'avais pas le droit de me plaindre en plus parce que je suis une privilégiée. J'ai tout pour moi, on m'a toujours dit. Mais dans la mesure où j'ai compris... que certes j'étais une privilégiée mais que cela ne m'empêchait pas d'avoir des difficultés, je m'autorise. Je m'autorise à accepter que moi aussi, en tant que privilégiée, je peux avoir des problèmes. Et ça ne m'empêche pas de dire qu'il y a des problèmes plus importants que moi. Ça a toujours été... C'était un peu mon éducation et puis ça a toujours été ma manière de penser. Tu ne peux pas te plaindre, des enfants ne vont pas à l'école dans d'autres pays, des enfants meurent, des enfants vivent sous la guerre, des adultes aujourd'hui. Mais je me dis, le fait de t'autoriser à penser à toi, à être bien, tu seras mieux ensuite pour le collectif. Et le fait de t'autoriser à être bien ne va pas changer le sort des personnes qui vivent dans les pays en guerre. En revanche, si j'arrive à être un peu productive, à faire des choses, là, je pourrais aider. Mais pour aider, il faut d'abord... que je m'aide moi-même.
Description
Épisode 1 : santé mentale
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle sans filtre de ma vie de femme de 46 ans. Ce podcast s'adresse plus particulièrement aux femmes de mon âge et j'espère qu'il vous touchera. Il sera composé de plusieurs épisodes mais il est aussi à destination de personnes de tout genre et de tout âge. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans. Je suis mère d'un enfant qui a 12 ans, séparé de son père et remarié. J'habite à Paris, je suis blanche et plutôt privilégiée. Épisode 1, la santé mentale. J'ai découvert en juillet dernier, à 46 ans et un mois, que j'avais une pathologie mentale, le trouble anxieux généralisé. Quelques mois plus tard, on m'a diagnostiqué des états dépressifs liés à cette pathologie, le trouble anxieux généralisé. Et hier, donc en mars 2026, on m'a diagnostiqué un TDAH. J'ai toujours su que j'étais différente depuis que je suis petite. J'ai toujours été très inquiète, très angoissée, et je me suis toujours sentie un peu... Un peu à part, un peu faufole, mon père m'appelait Zébulon parce que je sautais partout, que je chantais, que je riais, que je parlais sans m'arrêter. Aujourd'hui, je n'ai pas vraiment changé, à part que je suis beaucoup moins active physiquement, mais que dans ma tête, ça tourne dans tous les sens. L'anxiété d'abord. que je soigne avec des antidépresseurs et des anxiolytiques. Ce traitement fonctionne plutôt bien pour moi et je pense que les traitements, qu'ils soient médicamenteux ou non, doivent être adaptés à chaque personne. Je comprends très bien aussi les personnes qui ne prennent pas de traitement, mais j'ai eu la chance de consulter une psychiatre avec qui il y a eu très vite une alliance. J'ai vu avec elle ce qu'impliquait la prise d'un traitement. Elle m'a tout expliqué et je me suis aussi documentée par moi-même sur ses conseils. Et je trouve que cela marche plutôt bien, même si bien évidemment, il n'y a pas de baguette magique comme elle me le rappelle souvent. J'ai arrêté de travailler il y a un mois. À la suite d'une dépression assez lourde, et c'est la première fois de ma vie à 46 ans, j'ai toujours été très bonne à l'école, j'ai fait des très bonnes études, et j'ai eu plein de métiers différents, plutôt à responsabilité. Et je me suis toujours vue, ou on m'a toujours vue comme quelqu'un d'assez instable, dans le sens où je changeais souvent d'avis. Je changeais souvent de métier parce que j'aime la nouveauté, j'aime les défis, j'aime quand c'est passionné et au bout d'un moment je m'ennuyais. Donc j'avais la chance de pouvoir rebondir et trouver un autre emploi jusqu'à ce que tout pète cette année. Et donc j'ai beaucoup réfléchi sur moi et là ce diagnostic de TDAH hier m'a fait comprendre. aussi d'autres choses. Ce n'est pas facile d'avoir à chaque fois de nouveaux diagnostics. Mais je m'en suis toujours doutée, en fait. Je ne sais pas trop comment le dire autrement. J'étais à la fois dans le déni, dans le tout va bien, je gère. Je pense que les gens disaient « Oh, comme elle est forte, Marie ! Comment elle arrive à faire tout ça ? Comment elle arrive à rebondir ? » Parce qu'avant de rencontrer mon mari, il y a six ans, avec qui j'ai une relation très stable, très saine, très sécure. Et j'espère qu'elle durera le plus longtemps possible. J'ai multiplié les relations. Soit j'en avais marre et je partais, soit je faisais un peu tout pour que ce soit l'autre qui parte, soit je multipliais des relations que je savais sans lendemain parce que j'aimais bien le risque. Et je voulais un engagement, mais j'allais vers des hommes qui ne voulaient pas du tout s'engager. Et je continuais comme ça dans cette recherche un peu risquée, comme si je marchais sur un fil. J'ai toujours eu du mal aussi à aller au bout d'un projet, c'est-à-dire que j'ai un milliard d'idées et j'arrive à faire des choses quand elles se font très très vite. En ce moment par exemple j'écris des poèmes et je ne sais pas s'ils plairont à tout le monde et si ça va marcher, mon premier recueil va être publié, mais en tout cas c'est quelque chose qui est facile pour moi parce que les mots me viennent, parce que ça arrive tout seul et... Tout est déjà prêt dans ma tête parce que tout tourne tellement dans ma tête que j'arrive à le coucher sur le papier très vite. Et quand j'écris, je corrige un peu, mais pas trop. Je mets en forme pour que ça fasse un recueil et j'envoie tout de suite. J'ai besoin d'envoyer à plusieurs maisons d'édition. Et là, je suis bien, j'ai l'impression que j'ai accompli un travail. Mais ce travail d'écriture, il a pris quelques jours, parfois même... quelques heures. Mais je considère que c'est un travail long parce qu'il était dans ma tête depuis des années. Une fois à l'envoi en maison d'édition ou à des revues, par exemple, spécialisées, commence alors ce que j'appelle une sorte d'enfer. C'est-à-dire que je ne supporte pas l'attente. De manière générale, je suis cette personne insupportable à la queue du supermarché qui tapote comme ça, qui... qui fait des bruits, qui claque des doigts et qui montre son agacement. Alors, je sais que c'est insupportable, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'arrive pas. La patience, ça n'a jamais été mon fort. Et le fait de savoir que ça fait partie des symptômes du TDAH, à la fois me rassure et m'inquiète. Et quand j'attends une réponse d'une maison d'édition, par exemple, je suis comme paralysée, alors que j'ai d'autres choses à faire dans ma vie. Mais je me focalise là-dessus et je regarde mes mails toutes les 5 minutes. Alors que je sais très bien que la réponse ne va pas tomber maintenant. Et à chaque fois que j'ouvre mes mails et que je vois qu'il n'y a pas de réponse, c'est une forte déception. Presque je préférerais une réponse négative, parce que ce qui est dur, c'est l'attente. Comme beaucoup de personnes qui ont un trouble anxieux généralisé et aussi un TDAH, j'ai eu beaucoup et j'ai encore. des addictions dans ma vie. J'ai beaucoup bu d'alcool, j'ai beaucoup fumé de cigarettes. Aujourd'hui, j'ai dû arrêter l'alcool parce que ça ne va pas avec mon traitement et notamment les anxiolytiques et ça ne m'a pas posé de problème. Mais je ne pourrai jamais arrêter la nicotine, en tout cas pas pour l'instant parce que j'en ai vraiment besoin. Et j'ai toujours bu, j'ai toujours fumé de manière frénétique, c'est-à-dire que c'est tout ou rien. Et l'alcool, là, c'est rien. Et avant, c'était tout. Et c'est vraiment comme ça que ça fonctionne chez moi. Alors, je réfléchis et je me dis, comment faire maintenant que je comprends cela ? Que je sais que j'ai du mal à gérer l'attente. Je dis j'ai du mal, mais si je suis honnête, je dis je n'arrive pas à gérer l'attente. Je gère mieux mes angoisses, notamment par rapport à mon fils, et je pense que c'est mon traitement et ma thérapie qui m'aident. C'est-à-dire qu'avant d'être diagnostiquée et avant de prendre mon traitement, ma vie était plutôt difficile, en tout cas dans ma tête, parce que cela ne se voyait pas. Mais j'angoissais en permanence pour mon fils. J'ai toujours considéré que mon fils était une partie de moi, et c'est ma vie, c'est tout pour moi. Et je m'inquiète en permanence pour lui. Ou je m'inquiétais, je ne sais pas. Mais avant, tous les matins, je l'imaginais mort en allant à l'école, écrasé. Et je voyais les images. Aujourd'hui, je n'ai plus cela. J'ai encore des inquiétudes, mais je pense que j'arrive à les gérer. Ce qui me préoccupe le plus en ce moment... C'est que je suis à la recherche d'un emploi et qu'il va falloir que j'en trouve un. Et qu'en me connaissant mieux, c'est à la fois plus facile et plus compliqué. Parce que je sais vers où il ne faut pas que j'aille, mais ça restreint mes champs de possibilités. Et puis, avant de prendre des traitements, avant d'être diagnostiquée, avant de m'autoriser à penser à moi-même. J'ai toujours tout donné, tout donné aux autres et tout donné à mon travail. J'ai toujours eu des métiers avec un sens pour moi, c'est-à-dire une utilité. sociale, la notion d'aide, d'accompagnement, de service rendu et j'y mettais toute mon énergie, tout mon cœur et je travaillais, je travaillais, je travaillais. J'avais des moments d'inattention bien évidemment, des moments de rêve comme quand j'étais petite et qu'à l'école on disait que j'étais une rêveuse mais j'étais aussi une très bonne élève et au travail c'était pareil. Je rêvais, mais j'arrivais à me concentrer aussi dans certaines périodes, et toujours, toujours au dernier moment, toujours dans les moments de stress. Et là aussi, ça me rassure, ce diagnostic de TDAH, parce que je comprends mieux. Mais entre comprendre et agir, il y a pour moi une différence. Je comprends que je suis performante dans le stress, et c'est pour ça que j'écris vite mes poèmes. C'est pour ça que je vois un appel à projet, je saute dessus et hop j'écris et hop j'envoie. Mais tout ne peut pas fonctionner comme ça dans la vie. Un métier, on ne peut pas, comme j'ai toujours fait, en changer tous les deux ans, trois ans. Enfin, on peut, mais est-ce que c'est satisfaisant maintenant qu'on sait pourquoi on le faisait ? Et cette notion d'ennui aussi, cette notion de toujours vouloir que ce soit palpitant. Ce qui est marrant, c'est que je l'ai réglé. au niveau de ma vie sentimentale. Alors je ne dis pas que la vie avec mon mari n'est pas palpitante, mais en tout cas, ce n'est pas ça que j'ai recherché. Je n'ai pas recherché le côté passionné, où on se dispute, où ça part dans tous les sens, où j'ai peur, parce qu'avant c'était toujours des relations où j'avais peur. J'avais peur d'être trompée, j'avais peur d'être quittée, j'avais peur d'être maltraitée. Et bien évidemment, j'ai été trompée, j'ai été quittée, j'ai été maltraitée avec mon mari aujourd'hui. Je n'ai peur de rien. C'est mon pilier. C'est quelque chose que je vois comme une constance dans ma vie et je veux que ça reste comme ça. Et je ne m'ennuie pas avec lui. Je ne m'ennuie jamais. Alors que je sais au fond de moi, j'espère en tout cas, que ça durera pour toujours. Alors pourquoi je n'arrive pas à faire de même pour le reste, pour le travail, pour deux autres projets que j'ai, qui est un, d'écrire un livre que j'ai commencé, mais je suis tellement à fond que j'ai écrit, j'ai écrit, j'ai écrit vite, mais ça fait 50 pages parce que je n'arrive pas à aller plus loin. Alors j'ai décidé d'en faire trois nouvelles. Est-ce que c'est quelque chose de positif ? Je ne sais pas. Parce que je me suis toujours adaptée. J'ai eu aussi des compétences dès l'enfance, données par mes parents, un capital culturel, comme dirait Bourdieu, où j'ai su comment faire. J'ai toujours su m'adapter. Même si j'étais un peu différente, même si j'étais un peu rebelle, même si j'étais un peu faux-folle, je rentrais dans le rang, malgré tout. Et c'est pour ça que j'ai « réussi » . Mais aujourd'hui, je n'ai plus envie. J'ai envie d'être moi, naturellement, avec mes forces et mes vulnérabilités. Et mes vulnérabilités que je considère aussi comme une force. Alors, ce livre, qu'est-ce que je vais en faire ? Est-ce que je vais en faire trois nouvelles ? Est-ce que je vais en faire un seul livre ? Est-ce que je vais réussir à m'y remettre ? J'ai tout écrit comme ça. Et l'idée, selon moi, est plutôt intéressante. Heureusement, quand j'écris... J'aime bien ce que j'écris, sinon je ne le ferais pas, mais est-ce que je vais abandonner comme parfois j'ai fait, quand c'était trop long, trop compliqué, que ça n'allait pas avec mes facilités ? Et un autre projet qui est très important pour moi, c'est ma thèse. J'ai repris mes études il y a deux ans en m'inscrivant à un doctorat d'histoire de l'art à l'Université de Montréal au Québec. La première année, c'est-à-dire l'année dernière, en 2025, j'ai passé quatre mois à Montréal en faisant trois séminaires sur quatre, ce qui est énorme, en gardant mon travail à responsabilité en France, en me levant toutes les nuits à deux heures du matin pour travailler pour la France, en allant en cours le matin, en retravaillant... l'après-midi pour la France et en travaillant ma thèse et mes séminaires l'après-midi. Et j'ai tout réussi. J'ai eu un plus à mes trois séminaires. J'étais comme ça dans l'urgence, dans le stress, je n'avais... de temps à perdre. Et ensuite, j'ai continué. J'avais mon travail, j'avais ma thèse, je suis allée aux archives, j'ai voyagé, j'ai cherché, j'ai lu. Et là, depuis mon arrêt de travail, où c'est vrai, il a fallu que je me repose aussi et que je récupère, je suis bloquée. Je suis bloquée dans ma thèse alors que c'est quelque chose que j'aime. Pourquoi ? Pourquoi suis-je bloquée ? Je n'arrive même pas à m'asseoir à mon bureau. Alors... que ça serait simple. On pourrait dire s'asseoir sur un bureau et ouvrir son ordinateur et écrire parce que là encore, j'ai tout dans ma tête. Je sais ce que je dois faire. Mais c'est un travail au long cours et ça me fait peur. Ça me fait peur parce que je me dis c'est au long cours, je ne vais pas y arriver. Je suis une coureuse de 100 mètres et pas de marathon. Et je n'ai pas envie. de n'être qu'une coureuse de 100 mètres. J'ai envie de réussir mon marathon qui est ma thèse, mais je suis bloquée. Alors j'attends le déblocage, ce n'est pas évident. J'ai une excellente directrice qui me donne des échéances, ça m'aide. Alors vais-je le faire deux jours avant, dans le stress, quand je n'aurai plus le temps ? Parce que c'est là que je serai performante et c'est là que j'aurai... Cette fameuse récompense qui m'a toujours permis de vivre et qui m'a toujours intéressée dans la vie. À l'école, c'était avoir une bonne note, c'était apprendre quelque chose de nouveau. À la fac également, j'ai fait un double cursus d'histoire et d'histoire de l'art. Mais quand les autres en histoire prenaient option géographie, je prenais option cinéma japonais. Et en histoire de l'art, quand certains prenaient option histoire, par exemple, ou option histoire des techniques, option archéologie, je prenais option littérature contemporaine. Mais ça m'a aidée aussi parce que je pense que j'ai appris beaucoup de choses et c'est ce qui m'a servi à m'en sortir et à réussir dans mon travail. Mais en même temps... c'est aussi un facteur limitant. Surtout maintenant que je n'ai plus de travail, qu'il faudra que j'en retrouve un et qu'il faut que je me mette à ma thèse. Alors ce diagnostic de TDAH hier, il a été comme un déclic. Un peu angoissant quand même parce que je me dis, bon, trois pathologies, ça fait quand même beaucoup, même si elles sont liées. Enfin, c'est ce que je pense qu'elles sont liées, je ne sais pas. Je ne suis pas médecin, je vous parle de mon expérience. Mais j'ai envie que ça change. J'ai envie de ne plus être paralysée. J'ai envie d'avancer. D'avancer en restant moi-même, mais aussi en progressant. Parce qu'être moi-même, ça me permet d'être créative. Ça me permet de faire des choses que... Certaines personnes vont considérer exceptionnelles mais qui pour moi sont normales de me reconvertir totalement, de me lancer dans quelque chose de nouveau et d'y arriver parce que pour l'instant, j'y suis toujours arrivée. Mais là, qu'est-ce que je vais faire ? Est-ce que je vais me relancer tête baissée sans réfléchir ou est-ce que je vais prendre ce temps-là pour essayer ? de me reconstruire un peu plus vers un équilibre. Est-ce que je vais réussir un jour à me donner des objectifs et à les tenir ? Est-ce que je vais réussir à condenser, à me dire aujourd'hui tu bosses deux heures, demain tu travailleras une heure, au lieu de travailler trois jours à fond et ensuite de dormir pendant trois jours ? Ce sont les questions que je me pose aujourd'hui. J'ai progressé parce que, il y a un an, j'aurais passé une journée à me questionner sur moi-même. J'aurais considéré que c'était du temps perdu et que je n'avais pas le droit de me plaindre en plus parce que je suis une privilégiée. J'ai tout pour moi, on m'a toujours dit. Mais dans la mesure où j'ai compris... que certes j'étais une privilégiée mais que cela ne m'empêchait pas d'avoir des difficultés, je m'autorise. Je m'autorise à accepter que moi aussi, en tant que privilégiée, je peux avoir des problèmes. Et ça ne m'empêche pas de dire qu'il y a des problèmes plus importants que moi. Ça a toujours été... C'était un peu mon éducation et puis ça a toujours été ma manière de penser. Tu ne peux pas te plaindre, des enfants ne vont pas à l'école dans d'autres pays, des enfants meurent, des enfants vivent sous la guerre, des adultes aujourd'hui. Mais je me dis, le fait de t'autoriser à penser à toi, à être bien, tu seras mieux ensuite pour le collectif. Et le fait de t'autoriser à être bien ne va pas changer le sort des personnes qui vivent dans les pays en guerre. En revanche, si j'arrive à être un peu productive, à faire des choses, là, je pourrais aider. Mais pour aider, il faut d'abord... que je m'aide moi-même.
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