Description
Les jours de rechute, on a l’impression que tout s’effondre à nouveau. Comment l’accepter ? Comment gérer ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Les jours de rechute, on a l’impression que tout s’effondre à nouveau. Comment l’accepter ? Comment gérer ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle de ma vie de femme de 46 ans avec des problèmes de santé mentale. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans, j'ai un enfant, je suis séparée de son père, je suis remariée et j'ai un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs. et un TDAH diagnostiqué depuis quelques jours seulement. Épisode 3, la rechute. Aujourd'hui, on est jeudi, il est 14h et je suis dans une journée de rechute. C'est très dur parce que j'ai l'impression... que je suis sur la pente ascendante, que je suis sur la voie du rétablissement et je pense que je le suis vraiment, mais il y a des jours où je n'y arrive pas. Cette semaine, lundi, mardi, mercredi, ça allait, j'arrivais à faire des activités, j'ai même réussi à travailler sur ma thèse, ce qui me posait. Des difficultés parce que c'est un projet à long terme et j'angoissais de réussir à tenir sur le long terme, ce qui n'a jamais été mon fort et ce que j'ai compris avec le diagnostic du TDAH, parce qu'avant je croyais que j'avais un problème, que je papillonnais trop, que j'étais instable, parce que j'étais très forte dans les projets courts et dès qu'il fallait tenir longtemps, je n'y arrivais pas. Ce matin, impossible de me lever, une énorme tristesse, des angoisses profondes. Je pense que ça a commencé par un mail, un simple mail, de refus d'une maison d'édition par rapport à un recueil que j'avais envoyé. Et si je réfléchis, ce refus est banal. Tous les écrivains reçoivent des refus. Et moi, apprentie, écrivaine, qui commence à me lancer seulement maintenant, ça serait prétentieuse de penser que je n'aurais pas de refus. Pourtant, ce refus a été extrêmement difficile à prendre. Je me suis sentie démunie, nulle. Nul, c'est le mot. Et le pire, c'est que je ne pense pas être nulle. Mais parfois, j'ai l'impression qu'une partie de mon cerveau m'envoie des messages « tu es nulle, tu es nulle » et je finis par le croire. Et mon corps le croit aussi, alors la seule solution, c'est dormir. Et pourtant, j'ai envie de me lever, de faire des choses. Enfin, non, je ne sais pas si j'ai envie. Le fait est que je ne peux pas me lever. Je ne peux pas me lever de mon lit. Là, j'ai réussi. à 14h. Et il y avait quelque chose qui m'angoissait que je devais faire ce soir à 18h. Et j'ai écrit un mail pour dire que je ne pourrais pas y aller. C'était quelque chose d'important, ça aura peut-être des répercussions. Mais maintenant, avec l'habitude des rechutes et des journées difficiles, Pour ne pas être effondrée et dormir jusqu'à 19h, je recherche des solutions et je me dis « qu'est-ce qui t'angoisse Marie ? » Au-delà du fait d'être nulle ou pas reconnue, c'est-à-dire que parfois je me dis « je ne suis pas nulle, ce que je fais est bien, mais ça ne marchera pas, ça ne plaira pas. » Il y avait aussi cette angoisse d'aller à cet événement. Et je me suis dit, tu dois faire un choix. Le choix là, c'est ta santé, c'est n'aller pas trop mal, c'est ne pas hurler, ne pas pleurer. Alors tu annules pour voir ce que ça va donner. J'ai la culpabilité, bien évidemment, d'avoir annulé. J'ai peur des conséquences. J'ai écrit à la personne organisatrice où je devais aller à cet événement pour lui expliquer. Et j'espère qu'elle sera compréhensive. Mais qu'elle le soit ou pas, j'assumerai. Et une fois ce mail envoyé... Il y a eu un mini déclic, c'est-à-dire que je reste pas bien aujourd'hui, je reste triste, mais je suis sortie de mon lit. J'ai migré jusqu'à mon canapé, ça peut sembler dérisoire, mais c'est énorme dans des jours comme aujourd'hui. Alors, pour garder espoir... Parce que je veux garder espoir, j'en ai marre de ces jours de rechute. Je vais essayer de trouver des petites choses comme ça qui vont m'aider, même si c'est renoncer, parfois, comme aujourd'hui. Ce qui est dur aussi avec les rechutes, c'est... La désillusion, je dirais, parce qu'hier, avec enthousiasme, je disais à mon mari « Je suis guérie, je sens que je suis en train de guérir, je vais bien. » Et aujourd'hui, bim, ça redescend. Alors je sais que c'est courant, mais je commence à en avoir un peu marre. J'aimerais bien être en forme, être heureuse, être bien tous les jours. Et puis je me dis, le jour où je vais recommencer à travailler, comment je vais faire ? Parce que, en ce moment, je dirais que j'ai un jour de rechute par semaine, à peu près. Ce qui est mieux qu'avant, où je pouvais passer des semaines au lit, mais... J'aimerais bien être en forme, mais bien tous les jours. Et j'ai l'impression qu'il y a comme un mécanisme dans mon corps, dans ma tête, qui me dit, tu as donné pendant trois jours, tu as fait des choses et qui ne sont pas exceptionnelles en plus. Et là, il faut mettre en veille, il faut mettre en stop, il faut mettre en pause. Et que mon corps ait besoin de se reposer, je peux le comprendre, mais pourquoi cette tristesse ? Pourquoi cette angoisse ? Je pense que mon cerveau fonctionne aussi en récompense, comme je l'avais dit dans d'autres épisodes, avec la dopamine. Et puis je suis une personne qui culpabilise facilement, donc en restant au lit, aucune dopamine et beaucoup de culpabilité. La culpabilité de ne rien faire. Et puis la peur aussi, la peur du temps qui passe et de me dire encore un jour, encore un jour que tu as perdu à ne rien faire. Alors que je pourrais me dire, un jour que tu as pris à te reposer, à t'écouter, et où tu as pris aussi une décision qui fait que tu n'es pas toute la journée au lit, tu te lèves à 14h certes, mais tu as fait un choix, ce que tu n'arrivais pas à faire auparavant. Si on revient au mail de ce matin. qui, je pense, est une des causes, enfin, je dirais la cause immédiate de cette rechute d'aujourd'hui. C'est tellement absurde, je ne comprends pas comment un simple mail de refus... peut me mettre dans cet état, un état de désespoir où je me dis mais à quoi ça sert, à quoi je sers ? Et puis le fait de me mettre à écrire à mon âge, enfin j'ai toujours écrit mais de rendre public mes écrits, d'essayer de les faire publier c'est très nouveau, est-ce que ce n'est pas au-dessus de mes compétences ? Est-ce que c'est réaliste ? Est-ce que c'est probable ? Mais pourtant j'y crois, j'y crois. Mais est-ce que j'y crois parce que je vais y croire ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai des rêves complètement démesurés ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai envie d'une vie plus palpitante ? Depuis que j'ai arrêté tous les excès, finalement, ma recherche de dopamine, elle est là-dedans. Elle est dans tout ce que j'essaye de faire quand je réponds à des appels à projets, quand j'envoie mes poèmes à des revues, quand j'envoie des recueils à des maisons d'édition. Parce qu'avant, quand ça n'allait pas... Je sortais, je buvais, j'étais à mon travail, je me lançais dans des nouveaux projets à fond, à fond, à fond et je ne réfléchissais plus. Aujourd'hui, je n'ai plus tout ça. Alors, je suis là, sur mon canapé, avant dans mon lit. à me dire comment tu vas faire, comment tu vas faire pour te remettre et pour vivre comme les autres. Parce que quand c'est comme ça, j'ai une petite forme de jalousie. Je vois les gens qui « vivent » normalement, c'est-à-dire qu'ils se lèvent le matin. Ils s'habillent, ils vont travailler, ils déjeunent avec leurs collègues. Manger n'est pas un souci, moi, bien évidemment. Je ne peux pas me faire à manger le midi, je n'y arrive pas. Enfin, je dis bien évidemment, mais bon, je n'y arrive pas. Et ils continuent l'après-midi, le soir. Et ça a été ma vie, moi aussi, finalement, pendant très longtemps. Et là, comme je n'y arrive plus, je me dis... Qu'est-ce que j'aimerais avoir cette vie ? Des gens qui ne restent pas bloqués chez eux, avec la peur comme ça, la peur d'affronter le monde, la peur de sortir, le repli sur soi-même, des refus, j'en ai eu dans ma vie, ça ne me touchait pas comme ça. Mais je pense vraiment parce que j'avais ces... Palliatif, je ne sais pas trop quel autre mot employer, mais oui, quand je réfléchis, si j'avais une mauvaise nouvelle, le soir, je sortais avec mes amis et puis on buvait, on buvait, on buvait, on riait, on allait danser et j'oubliais tout. Mais bon, le lendemain, ce n'était pas joyeux non plus. Mais ça me permettait de tenir quand même. Mais c'est aussi ce que je ne veux plus. Je ne peux plus avec mon traitement, mais je n'ai plus envie non plus. J'aimerais bien trouver cette force toute seule. J'ai mon traitement, oui. Peut-être, je me dis, je devrais prendre un traitement aussi pour le TDAH. Peut-être que ça m'aiderait. J'écrirais à ma psy pour lui demander ce qu'elle en pense. Mais là... J'en ai marre de ces rechutes. Et puis, je trouve que c'est un peu injuste parce que je me dis, je fais tout pour aller bien. Je me bats, je mets en place des petits tips. Ce matin, j'ai médité. essayer de méditer, j'essaye de m'encourager, mais aujourd'hui, rien n'a marché. Hier, tout ça avait marché, et aujourd'hui, non. Et ces jours comme aujourd'hui, j'aimerais bien ne plus en avoir, parce que... Parce que c'est trop dur pour moi. En plus, je suis toute seule. J'ai écrit à mon mari pour qu'il rentre le plus tôt possible. Mais aujourd'hui, il donne une formation, donc il n'est pas maître de son temps. Et puis, mon fils va rentrer à 15h30. Il y aura des devoirs à faire. Est-ce que je vais réussir à l'aider ? Est-ce que... Est-ce que je vais être suffisamment présente avec lui ? Ça aussi, c'est une de mes angoisses de ne pas lui faire peser mes états. Mais je lui ai expliqué ce que j'avais parce que je trouvais que c'était important. Il a 12 ans et je n'ai pas envie de lui mentir. Je ne lui ai pas tout dit, bien évidemment, mais j'ai essayé de lui expliquer pour... En fonction de son âge, je dirais. Mais là, il va rentrer. J'entends mon ventre qui gargouille. Et je ne pourrai pas manger. Et j'ai envie de pleurer, mais quand il va rentrer, il faudra que je sourie. Il faudra que je vois avec lui pour que les choses aillent. Au moins, je n'ai pas... Je n'ai pas mon événement à 18h. Je vais essayer, de toute façon, j'en ai eu des rechutes. Et là déjà, j'ai progressé, j'ai trouvé une solution. Je pense que c'est ça que je dois faire, c'est-à-dire trouver une toute petite solution. Et là, ça a été abandonner quelque chose, abandonner cet événement. Mais au moins, je suis levée. Je vais essayer d'aller me laver aussi. Je vais prendre une boisson protéinée, parce que j'ai trop maigri et que je dois en prendre. Et puis, l'arrivée de mon fils, de toute façon, je pense que... Ça va m'aider. Ce soir, il a un copain qui vient dormir à la maison. Et j'ai hâte que mon mari rentre pour pouvoir discuter avec lui. Parce que sa présence me rassure. Et parler, parler me fait du bien. C'est aussi un petit peu l'objectif de ce podcast, un objectif un peu égoïste. Mais quand je suis dans cet état-là, je ne peux faire que deux choses. Parler. et écrire des poèmes. Ensuite, je me sens mieux. Et là, je me dis, tu es en journée de rechute, mais il est 14h22 et c'est déjà bien. Et si ta rechute, ce n'était qu'une demi-journée, tu as encore du temps cet après-midi pour essayer d'aller bien, d'aller mieux, et peut-être... que ça va fonctionner.
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Les jours de rechute, on a l’impression que tout s’effondre à nouveau. Comment l’accepter ? Comment gérer ?
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Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle de ma vie de femme de 46 ans avec des problèmes de santé mentale. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans, j'ai un enfant, je suis séparée de son père, je suis remariée et j'ai un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs. et un TDAH diagnostiqué depuis quelques jours seulement. Épisode 3, la rechute. Aujourd'hui, on est jeudi, il est 14h et je suis dans une journée de rechute. C'est très dur parce que j'ai l'impression... que je suis sur la pente ascendante, que je suis sur la voie du rétablissement et je pense que je le suis vraiment, mais il y a des jours où je n'y arrive pas. Cette semaine, lundi, mardi, mercredi, ça allait, j'arrivais à faire des activités, j'ai même réussi à travailler sur ma thèse, ce qui me posait. Des difficultés parce que c'est un projet à long terme et j'angoissais de réussir à tenir sur le long terme, ce qui n'a jamais été mon fort et ce que j'ai compris avec le diagnostic du TDAH, parce qu'avant je croyais que j'avais un problème, que je papillonnais trop, que j'étais instable, parce que j'étais très forte dans les projets courts et dès qu'il fallait tenir longtemps, je n'y arrivais pas. Ce matin, impossible de me lever, une énorme tristesse, des angoisses profondes. Je pense que ça a commencé par un mail, un simple mail, de refus d'une maison d'édition par rapport à un recueil que j'avais envoyé. Et si je réfléchis, ce refus est banal. Tous les écrivains reçoivent des refus. Et moi, apprentie, écrivaine, qui commence à me lancer seulement maintenant, ça serait prétentieuse de penser que je n'aurais pas de refus. Pourtant, ce refus a été extrêmement difficile à prendre. Je me suis sentie démunie, nulle. Nul, c'est le mot. Et le pire, c'est que je ne pense pas être nulle. Mais parfois, j'ai l'impression qu'une partie de mon cerveau m'envoie des messages « tu es nulle, tu es nulle » et je finis par le croire. Et mon corps le croit aussi, alors la seule solution, c'est dormir. Et pourtant, j'ai envie de me lever, de faire des choses. Enfin, non, je ne sais pas si j'ai envie. Le fait est que je ne peux pas me lever. Je ne peux pas me lever de mon lit. Là, j'ai réussi. à 14h. Et il y avait quelque chose qui m'angoissait que je devais faire ce soir à 18h. Et j'ai écrit un mail pour dire que je ne pourrais pas y aller. C'était quelque chose d'important, ça aura peut-être des répercussions. Mais maintenant, avec l'habitude des rechutes et des journées difficiles, Pour ne pas être effondrée et dormir jusqu'à 19h, je recherche des solutions et je me dis « qu'est-ce qui t'angoisse Marie ? » Au-delà du fait d'être nulle ou pas reconnue, c'est-à-dire que parfois je me dis « je ne suis pas nulle, ce que je fais est bien, mais ça ne marchera pas, ça ne plaira pas. » Il y avait aussi cette angoisse d'aller à cet événement. Et je me suis dit, tu dois faire un choix. Le choix là, c'est ta santé, c'est n'aller pas trop mal, c'est ne pas hurler, ne pas pleurer. Alors tu annules pour voir ce que ça va donner. J'ai la culpabilité, bien évidemment, d'avoir annulé. J'ai peur des conséquences. J'ai écrit à la personne organisatrice où je devais aller à cet événement pour lui expliquer. Et j'espère qu'elle sera compréhensive. Mais qu'elle le soit ou pas, j'assumerai. Et une fois ce mail envoyé... Il y a eu un mini déclic, c'est-à-dire que je reste pas bien aujourd'hui, je reste triste, mais je suis sortie de mon lit. J'ai migré jusqu'à mon canapé, ça peut sembler dérisoire, mais c'est énorme dans des jours comme aujourd'hui. Alors, pour garder espoir... Parce que je veux garder espoir, j'en ai marre de ces jours de rechute. Je vais essayer de trouver des petites choses comme ça qui vont m'aider, même si c'est renoncer, parfois, comme aujourd'hui. Ce qui est dur aussi avec les rechutes, c'est... La désillusion, je dirais, parce qu'hier, avec enthousiasme, je disais à mon mari « Je suis guérie, je sens que je suis en train de guérir, je vais bien. » Et aujourd'hui, bim, ça redescend. Alors je sais que c'est courant, mais je commence à en avoir un peu marre. J'aimerais bien être en forme, être heureuse, être bien tous les jours. Et puis je me dis, le jour où je vais recommencer à travailler, comment je vais faire ? Parce que, en ce moment, je dirais que j'ai un jour de rechute par semaine, à peu près. Ce qui est mieux qu'avant, où je pouvais passer des semaines au lit, mais... J'aimerais bien être en forme, mais bien tous les jours. Et j'ai l'impression qu'il y a comme un mécanisme dans mon corps, dans ma tête, qui me dit, tu as donné pendant trois jours, tu as fait des choses et qui ne sont pas exceptionnelles en plus. Et là, il faut mettre en veille, il faut mettre en stop, il faut mettre en pause. Et que mon corps ait besoin de se reposer, je peux le comprendre, mais pourquoi cette tristesse ? Pourquoi cette angoisse ? Je pense que mon cerveau fonctionne aussi en récompense, comme je l'avais dit dans d'autres épisodes, avec la dopamine. Et puis je suis une personne qui culpabilise facilement, donc en restant au lit, aucune dopamine et beaucoup de culpabilité. La culpabilité de ne rien faire. Et puis la peur aussi, la peur du temps qui passe et de me dire encore un jour, encore un jour que tu as perdu à ne rien faire. Alors que je pourrais me dire, un jour que tu as pris à te reposer, à t'écouter, et où tu as pris aussi une décision qui fait que tu n'es pas toute la journée au lit, tu te lèves à 14h certes, mais tu as fait un choix, ce que tu n'arrivais pas à faire auparavant. Si on revient au mail de ce matin. qui, je pense, est une des causes, enfin, je dirais la cause immédiate de cette rechute d'aujourd'hui. C'est tellement absurde, je ne comprends pas comment un simple mail de refus... peut me mettre dans cet état, un état de désespoir où je me dis mais à quoi ça sert, à quoi je sers ? Et puis le fait de me mettre à écrire à mon âge, enfin j'ai toujours écrit mais de rendre public mes écrits, d'essayer de les faire publier c'est très nouveau, est-ce que ce n'est pas au-dessus de mes compétences ? Est-ce que c'est réaliste ? Est-ce que c'est probable ? Mais pourtant j'y crois, j'y crois. Mais est-ce que j'y crois parce que je vais y croire ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai des rêves complètement démesurés ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai envie d'une vie plus palpitante ? Depuis que j'ai arrêté tous les excès, finalement, ma recherche de dopamine, elle est là-dedans. Elle est dans tout ce que j'essaye de faire quand je réponds à des appels à projets, quand j'envoie mes poèmes à des revues, quand j'envoie des recueils à des maisons d'édition. Parce qu'avant, quand ça n'allait pas... Je sortais, je buvais, j'étais à mon travail, je me lançais dans des nouveaux projets à fond, à fond, à fond et je ne réfléchissais plus. Aujourd'hui, je n'ai plus tout ça. Alors, je suis là, sur mon canapé, avant dans mon lit. à me dire comment tu vas faire, comment tu vas faire pour te remettre et pour vivre comme les autres. Parce que quand c'est comme ça, j'ai une petite forme de jalousie. Je vois les gens qui « vivent » normalement, c'est-à-dire qu'ils se lèvent le matin. Ils s'habillent, ils vont travailler, ils déjeunent avec leurs collègues. Manger n'est pas un souci, moi, bien évidemment. Je ne peux pas me faire à manger le midi, je n'y arrive pas. Enfin, je dis bien évidemment, mais bon, je n'y arrive pas. Et ils continuent l'après-midi, le soir. Et ça a été ma vie, moi aussi, finalement, pendant très longtemps. Et là, comme je n'y arrive plus, je me dis... Qu'est-ce que j'aimerais avoir cette vie ? Des gens qui ne restent pas bloqués chez eux, avec la peur comme ça, la peur d'affronter le monde, la peur de sortir, le repli sur soi-même, des refus, j'en ai eu dans ma vie, ça ne me touchait pas comme ça. Mais je pense vraiment parce que j'avais ces... Palliatif, je ne sais pas trop quel autre mot employer, mais oui, quand je réfléchis, si j'avais une mauvaise nouvelle, le soir, je sortais avec mes amis et puis on buvait, on buvait, on buvait, on riait, on allait danser et j'oubliais tout. Mais bon, le lendemain, ce n'était pas joyeux non plus. Mais ça me permettait de tenir quand même. Mais c'est aussi ce que je ne veux plus. Je ne peux plus avec mon traitement, mais je n'ai plus envie non plus. J'aimerais bien trouver cette force toute seule. J'ai mon traitement, oui. Peut-être, je me dis, je devrais prendre un traitement aussi pour le TDAH. Peut-être que ça m'aiderait. J'écrirais à ma psy pour lui demander ce qu'elle en pense. Mais là... J'en ai marre de ces rechutes. Et puis, je trouve que c'est un peu injuste parce que je me dis, je fais tout pour aller bien. Je me bats, je mets en place des petits tips. Ce matin, j'ai médité. essayer de méditer, j'essaye de m'encourager, mais aujourd'hui, rien n'a marché. Hier, tout ça avait marché, et aujourd'hui, non. Et ces jours comme aujourd'hui, j'aimerais bien ne plus en avoir, parce que... Parce que c'est trop dur pour moi. En plus, je suis toute seule. J'ai écrit à mon mari pour qu'il rentre le plus tôt possible. Mais aujourd'hui, il donne une formation, donc il n'est pas maître de son temps. Et puis, mon fils va rentrer à 15h30. Il y aura des devoirs à faire. Est-ce que je vais réussir à l'aider ? Est-ce que... Est-ce que je vais être suffisamment présente avec lui ? Ça aussi, c'est une de mes angoisses de ne pas lui faire peser mes états. Mais je lui ai expliqué ce que j'avais parce que je trouvais que c'était important. Il a 12 ans et je n'ai pas envie de lui mentir. Je ne lui ai pas tout dit, bien évidemment, mais j'ai essayé de lui expliquer pour... En fonction de son âge, je dirais. Mais là, il va rentrer. J'entends mon ventre qui gargouille. Et je ne pourrai pas manger. Et j'ai envie de pleurer, mais quand il va rentrer, il faudra que je sourie. Il faudra que je vois avec lui pour que les choses aillent. Au moins, je n'ai pas... Je n'ai pas mon événement à 18h. Je vais essayer, de toute façon, j'en ai eu des rechutes. Et là déjà, j'ai progressé, j'ai trouvé une solution. Je pense que c'est ça que je dois faire, c'est-à-dire trouver une toute petite solution. Et là, ça a été abandonner quelque chose, abandonner cet événement. Mais au moins, je suis levée. Je vais essayer d'aller me laver aussi. Je vais prendre une boisson protéinée, parce que j'ai trop maigri et que je dois en prendre. Et puis, l'arrivée de mon fils, de toute façon, je pense que... Ça va m'aider. Ce soir, il a un copain qui vient dormir à la maison. Et j'ai hâte que mon mari rentre pour pouvoir discuter avec lui. Parce que sa présence me rassure. Et parler, parler me fait du bien. C'est aussi un petit peu l'objectif de ce podcast, un objectif un peu égoïste. Mais quand je suis dans cet état-là, je ne peux faire que deux choses. Parler. et écrire des poèmes. Ensuite, je me sens mieux. Et là, je me dis, tu es en journée de rechute, mais il est 14h22 et c'est déjà bien. Et si ta rechute, ce n'était qu'une demi-journée, tu as encore du temps cet après-midi pour essayer d'aller bien, d'aller mieux, et peut-être... que ça va fonctionner.
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Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle de ma vie de femme de 46 ans avec des problèmes de santé mentale. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans, j'ai un enfant, je suis séparée de son père, je suis remariée et j'ai un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs. et un TDAH diagnostiqué depuis quelques jours seulement. Épisode 3, la rechute. Aujourd'hui, on est jeudi, il est 14h et je suis dans une journée de rechute. C'est très dur parce que j'ai l'impression... que je suis sur la pente ascendante, que je suis sur la voie du rétablissement et je pense que je le suis vraiment, mais il y a des jours où je n'y arrive pas. Cette semaine, lundi, mardi, mercredi, ça allait, j'arrivais à faire des activités, j'ai même réussi à travailler sur ma thèse, ce qui me posait. Des difficultés parce que c'est un projet à long terme et j'angoissais de réussir à tenir sur le long terme, ce qui n'a jamais été mon fort et ce que j'ai compris avec le diagnostic du TDAH, parce qu'avant je croyais que j'avais un problème, que je papillonnais trop, que j'étais instable, parce que j'étais très forte dans les projets courts et dès qu'il fallait tenir longtemps, je n'y arrivais pas. Ce matin, impossible de me lever, une énorme tristesse, des angoisses profondes. Je pense que ça a commencé par un mail, un simple mail, de refus d'une maison d'édition par rapport à un recueil que j'avais envoyé. Et si je réfléchis, ce refus est banal. Tous les écrivains reçoivent des refus. Et moi, apprentie, écrivaine, qui commence à me lancer seulement maintenant, ça serait prétentieuse de penser que je n'aurais pas de refus. Pourtant, ce refus a été extrêmement difficile à prendre. Je me suis sentie démunie, nulle. Nul, c'est le mot. Et le pire, c'est que je ne pense pas être nulle. Mais parfois, j'ai l'impression qu'une partie de mon cerveau m'envoie des messages « tu es nulle, tu es nulle » et je finis par le croire. Et mon corps le croit aussi, alors la seule solution, c'est dormir. Et pourtant, j'ai envie de me lever, de faire des choses. Enfin, non, je ne sais pas si j'ai envie. Le fait est que je ne peux pas me lever. Je ne peux pas me lever de mon lit. Là, j'ai réussi. à 14h. Et il y avait quelque chose qui m'angoissait que je devais faire ce soir à 18h. Et j'ai écrit un mail pour dire que je ne pourrais pas y aller. C'était quelque chose d'important, ça aura peut-être des répercussions. Mais maintenant, avec l'habitude des rechutes et des journées difficiles, Pour ne pas être effondrée et dormir jusqu'à 19h, je recherche des solutions et je me dis « qu'est-ce qui t'angoisse Marie ? » Au-delà du fait d'être nulle ou pas reconnue, c'est-à-dire que parfois je me dis « je ne suis pas nulle, ce que je fais est bien, mais ça ne marchera pas, ça ne plaira pas. » Il y avait aussi cette angoisse d'aller à cet événement. Et je me suis dit, tu dois faire un choix. Le choix là, c'est ta santé, c'est n'aller pas trop mal, c'est ne pas hurler, ne pas pleurer. Alors tu annules pour voir ce que ça va donner. J'ai la culpabilité, bien évidemment, d'avoir annulé. J'ai peur des conséquences. J'ai écrit à la personne organisatrice où je devais aller à cet événement pour lui expliquer. Et j'espère qu'elle sera compréhensive. Mais qu'elle le soit ou pas, j'assumerai. Et une fois ce mail envoyé... Il y a eu un mini déclic, c'est-à-dire que je reste pas bien aujourd'hui, je reste triste, mais je suis sortie de mon lit. J'ai migré jusqu'à mon canapé, ça peut sembler dérisoire, mais c'est énorme dans des jours comme aujourd'hui. Alors, pour garder espoir... Parce que je veux garder espoir, j'en ai marre de ces jours de rechute. Je vais essayer de trouver des petites choses comme ça qui vont m'aider, même si c'est renoncer, parfois, comme aujourd'hui. Ce qui est dur aussi avec les rechutes, c'est... La désillusion, je dirais, parce qu'hier, avec enthousiasme, je disais à mon mari « Je suis guérie, je sens que je suis en train de guérir, je vais bien. » Et aujourd'hui, bim, ça redescend. Alors je sais que c'est courant, mais je commence à en avoir un peu marre. J'aimerais bien être en forme, être heureuse, être bien tous les jours. Et puis je me dis, le jour où je vais recommencer à travailler, comment je vais faire ? Parce que, en ce moment, je dirais que j'ai un jour de rechute par semaine, à peu près. Ce qui est mieux qu'avant, où je pouvais passer des semaines au lit, mais... J'aimerais bien être en forme, mais bien tous les jours. Et j'ai l'impression qu'il y a comme un mécanisme dans mon corps, dans ma tête, qui me dit, tu as donné pendant trois jours, tu as fait des choses et qui ne sont pas exceptionnelles en plus. Et là, il faut mettre en veille, il faut mettre en stop, il faut mettre en pause. Et que mon corps ait besoin de se reposer, je peux le comprendre, mais pourquoi cette tristesse ? Pourquoi cette angoisse ? Je pense que mon cerveau fonctionne aussi en récompense, comme je l'avais dit dans d'autres épisodes, avec la dopamine. Et puis je suis une personne qui culpabilise facilement, donc en restant au lit, aucune dopamine et beaucoup de culpabilité. La culpabilité de ne rien faire. Et puis la peur aussi, la peur du temps qui passe et de me dire encore un jour, encore un jour que tu as perdu à ne rien faire. Alors que je pourrais me dire, un jour que tu as pris à te reposer, à t'écouter, et où tu as pris aussi une décision qui fait que tu n'es pas toute la journée au lit, tu te lèves à 14h certes, mais tu as fait un choix, ce que tu n'arrivais pas à faire auparavant. Si on revient au mail de ce matin. qui, je pense, est une des causes, enfin, je dirais la cause immédiate de cette rechute d'aujourd'hui. C'est tellement absurde, je ne comprends pas comment un simple mail de refus... peut me mettre dans cet état, un état de désespoir où je me dis mais à quoi ça sert, à quoi je sers ? Et puis le fait de me mettre à écrire à mon âge, enfin j'ai toujours écrit mais de rendre public mes écrits, d'essayer de les faire publier c'est très nouveau, est-ce que ce n'est pas au-dessus de mes compétences ? Est-ce que c'est réaliste ? Est-ce que c'est probable ? Mais pourtant j'y crois, j'y crois. Mais est-ce que j'y crois parce que je vais y croire ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai des rêves complètement démesurés ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai envie d'une vie plus palpitante ? Depuis que j'ai arrêté tous les excès, finalement, ma recherche de dopamine, elle est là-dedans. Elle est dans tout ce que j'essaye de faire quand je réponds à des appels à projets, quand j'envoie mes poèmes à des revues, quand j'envoie des recueils à des maisons d'édition. Parce qu'avant, quand ça n'allait pas... Je sortais, je buvais, j'étais à mon travail, je me lançais dans des nouveaux projets à fond, à fond, à fond et je ne réfléchissais plus. Aujourd'hui, je n'ai plus tout ça. Alors, je suis là, sur mon canapé, avant dans mon lit. à me dire comment tu vas faire, comment tu vas faire pour te remettre et pour vivre comme les autres. Parce que quand c'est comme ça, j'ai une petite forme de jalousie. Je vois les gens qui « vivent » normalement, c'est-à-dire qu'ils se lèvent le matin. Ils s'habillent, ils vont travailler, ils déjeunent avec leurs collègues. Manger n'est pas un souci, moi, bien évidemment. Je ne peux pas me faire à manger le midi, je n'y arrive pas. Enfin, je dis bien évidemment, mais bon, je n'y arrive pas. Et ils continuent l'après-midi, le soir. Et ça a été ma vie, moi aussi, finalement, pendant très longtemps. Et là, comme je n'y arrive plus, je me dis... Qu'est-ce que j'aimerais avoir cette vie ? Des gens qui ne restent pas bloqués chez eux, avec la peur comme ça, la peur d'affronter le monde, la peur de sortir, le repli sur soi-même, des refus, j'en ai eu dans ma vie, ça ne me touchait pas comme ça. Mais je pense vraiment parce que j'avais ces... Palliatif, je ne sais pas trop quel autre mot employer, mais oui, quand je réfléchis, si j'avais une mauvaise nouvelle, le soir, je sortais avec mes amis et puis on buvait, on buvait, on buvait, on riait, on allait danser et j'oubliais tout. Mais bon, le lendemain, ce n'était pas joyeux non plus. Mais ça me permettait de tenir quand même. Mais c'est aussi ce que je ne veux plus. Je ne peux plus avec mon traitement, mais je n'ai plus envie non plus. J'aimerais bien trouver cette force toute seule. J'ai mon traitement, oui. Peut-être, je me dis, je devrais prendre un traitement aussi pour le TDAH. Peut-être que ça m'aiderait. J'écrirais à ma psy pour lui demander ce qu'elle en pense. Mais là... J'en ai marre de ces rechutes. Et puis, je trouve que c'est un peu injuste parce que je me dis, je fais tout pour aller bien. Je me bats, je mets en place des petits tips. Ce matin, j'ai médité. essayer de méditer, j'essaye de m'encourager, mais aujourd'hui, rien n'a marché. Hier, tout ça avait marché, et aujourd'hui, non. Et ces jours comme aujourd'hui, j'aimerais bien ne plus en avoir, parce que... Parce que c'est trop dur pour moi. En plus, je suis toute seule. J'ai écrit à mon mari pour qu'il rentre le plus tôt possible. Mais aujourd'hui, il donne une formation, donc il n'est pas maître de son temps. Et puis, mon fils va rentrer à 15h30. Il y aura des devoirs à faire. Est-ce que je vais réussir à l'aider ? Est-ce que... Est-ce que je vais être suffisamment présente avec lui ? Ça aussi, c'est une de mes angoisses de ne pas lui faire peser mes états. Mais je lui ai expliqué ce que j'avais parce que je trouvais que c'était important. Il a 12 ans et je n'ai pas envie de lui mentir. Je ne lui ai pas tout dit, bien évidemment, mais j'ai essayé de lui expliquer pour... En fonction de son âge, je dirais. Mais là, il va rentrer. J'entends mon ventre qui gargouille. Et je ne pourrai pas manger. Et j'ai envie de pleurer, mais quand il va rentrer, il faudra que je sourie. Il faudra que je vois avec lui pour que les choses aillent. Au moins, je n'ai pas... Je n'ai pas mon événement à 18h. Je vais essayer, de toute façon, j'en ai eu des rechutes. Et là déjà, j'ai progressé, j'ai trouvé une solution. Je pense que c'est ça que je dois faire, c'est-à-dire trouver une toute petite solution. Et là, ça a été abandonner quelque chose, abandonner cet événement. Mais au moins, je suis levée. Je vais essayer d'aller me laver aussi. Je vais prendre une boisson protéinée, parce que j'ai trop maigri et que je dois en prendre. Et puis, l'arrivée de mon fils, de toute façon, je pense que... Ça va m'aider. Ce soir, il a un copain qui vient dormir à la maison. Et j'ai hâte que mon mari rentre pour pouvoir discuter avec lui. Parce que sa présence me rassure. Et parler, parler me fait du bien. C'est aussi un petit peu l'objectif de ce podcast, un objectif un peu égoïste. Mais quand je suis dans cet état-là, je ne peux faire que deux choses. Parler. et écrire des poèmes. Ensuite, je me sens mieux. Et là, je me dis, tu es en journée de rechute, mais il est 14h22 et c'est déjà bien. Et si ta rechute, ce n'était qu'une demi-journée, tu as encore du temps cet après-midi pour essayer d'aller bien, d'aller mieux, et peut-être... que ça va fonctionner.
Description
Les jours de rechute, on a l’impression que tout s’effondre à nouveau. Comment l’accepter ? Comment gérer ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans mon podcast 46 ans où je vous parle de ma vie de femme de 46 ans avec des problèmes de santé mentale. Je m'appelle Marie, j'ai donc 46 ans, j'ai un enfant, je suis séparée de son père, je suis remariée et j'ai un trouble anxieux généralisé qui entraîne des états dépressifs. et un TDAH diagnostiqué depuis quelques jours seulement. Épisode 3, la rechute. Aujourd'hui, on est jeudi, il est 14h et je suis dans une journée de rechute. C'est très dur parce que j'ai l'impression... que je suis sur la pente ascendante, que je suis sur la voie du rétablissement et je pense que je le suis vraiment, mais il y a des jours où je n'y arrive pas. Cette semaine, lundi, mardi, mercredi, ça allait, j'arrivais à faire des activités, j'ai même réussi à travailler sur ma thèse, ce qui me posait. Des difficultés parce que c'est un projet à long terme et j'angoissais de réussir à tenir sur le long terme, ce qui n'a jamais été mon fort et ce que j'ai compris avec le diagnostic du TDAH, parce qu'avant je croyais que j'avais un problème, que je papillonnais trop, que j'étais instable, parce que j'étais très forte dans les projets courts et dès qu'il fallait tenir longtemps, je n'y arrivais pas. Ce matin, impossible de me lever, une énorme tristesse, des angoisses profondes. Je pense que ça a commencé par un mail, un simple mail, de refus d'une maison d'édition par rapport à un recueil que j'avais envoyé. Et si je réfléchis, ce refus est banal. Tous les écrivains reçoivent des refus. Et moi, apprentie, écrivaine, qui commence à me lancer seulement maintenant, ça serait prétentieuse de penser que je n'aurais pas de refus. Pourtant, ce refus a été extrêmement difficile à prendre. Je me suis sentie démunie, nulle. Nul, c'est le mot. Et le pire, c'est que je ne pense pas être nulle. Mais parfois, j'ai l'impression qu'une partie de mon cerveau m'envoie des messages « tu es nulle, tu es nulle » et je finis par le croire. Et mon corps le croit aussi, alors la seule solution, c'est dormir. Et pourtant, j'ai envie de me lever, de faire des choses. Enfin, non, je ne sais pas si j'ai envie. Le fait est que je ne peux pas me lever. Je ne peux pas me lever de mon lit. Là, j'ai réussi. à 14h. Et il y avait quelque chose qui m'angoissait que je devais faire ce soir à 18h. Et j'ai écrit un mail pour dire que je ne pourrais pas y aller. C'était quelque chose d'important, ça aura peut-être des répercussions. Mais maintenant, avec l'habitude des rechutes et des journées difficiles, Pour ne pas être effondrée et dormir jusqu'à 19h, je recherche des solutions et je me dis « qu'est-ce qui t'angoisse Marie ? » Au-delà du fait d'être nulle ou pas reconnue, c'est-à-dire que parfois je me dis « je ne suis pas nulle, ce que je fais est bien, mais ça ne marchera pas, ça ne plaira pas. » Il y avait aussi cette angoisse d'aller à cet événement. Et je me suis dit, tu dois faire un choix. Le choix là, c'est ta santé, c'est n'aller pas trop mal, c'est ne pas hurler, ne pas pleurer. Alors tu annules pour voir ce que ça va donner. J'ai la culpabilité, bien évidemment, d'avoir annulé. J'ai peur des conséquences. J'ai écrit à la personne organisatrice où je devais aller à cet événement pour lui expliquer. Et j'espère qu'elle sera compréhensive. Mais qu'elle le soit ou pas, j'assumerai. Et une fois ce mail envoyé... Il y a eu un mini déclic, c'est-à-dire que je reste pas bien aujourd'hui, je reste triste, mais je suis sortie de mon lit. J'ai migré jusqu'à mon canapé, ça peut sembler dérisoire, mais c'est énorme dans des jours comme aujourd'hui. Alors, pour garder espoir... Parce que je veux garder espoir, j'en ai marre de ces jours de rechute. Je vais essayer de trouver des petites choses comme ça qui vont m'aider, même si c'est renoncer, parfois, comme aujourd'hui. Ce qui est dur aussi avec les rechutes, c'est... La désillusion, je dirais, parce qu'hier, avec enthousiasme, je disais à mon mari « Je suis guérie, je sens que je suis en train de guérir, je vais bien. » Et aujourd'hui, bim, ça redescend. Alors je sais que c'est courant, mais je commence à en avoir un peu marre. J'aimerais bien être en forme, être heureuse, être bien tous les jours. Et puis je me dis, le jour où je vais recommencer à travailler, comment je vais faire ? Parce que, en ce moment, je dirais que j'ai un jour de rechute par semaine, à peu près. Ce qui est mieux qu'avant, où je pouvais passer des semaines au lit, mais... J'aimerais bien être en forme, mais bien tous les jours. Et j'ai l'impression qu'il y a comme un mécanisme dans mon corps, dans ma tête, qui me dit, tu as donné pendant trois jours, tu as fait des choses et qui ne sont pas exceptionnelles en plus. Et là, il faut mettre en veille, il faut mettre en stop, il faut mettre en pause. Et que mon corps ait besoin de se reposer, je peux le comprendre, mais pourquoi cette tristesse ? Pourquoi cette angoisse ? Je pense que mon cerveau fonctionne aussi en récompense, comme je l'avais dit dans d'autres épisodes, avec la dopamine. Et puis je suis une personne qui culpabilise facilement, donc en restant au lit, aucune dopamine et beaucoup de culpabilité. La culpabilité de ne rien faire. Et puis la peur aussi, la peur du temps qui passe et de me dire encore un jour, encore un jour que tu as perdu à ne rien faire. Alors que je pourrais me dire, un jour que tu as pris à te reposer, à t'écouter, et où tu as pris aussi une décision qui fait que tu n'es pas toute la journée au lit, tu te lèves à 14h certes, mais tu as fait un choix, ce que tu n'arrivais pas à faire auparavant. Si on revient au mail de ce matin. qui, je pense, est une des causes, enfin, je dirais la cause immédiate de cette rechute d'aujourd'hui. C'est tellement absurde, je ne comprends pas comment un simple mail de refus... peut me mettre dans cet état, un état de désespoir où je me dis mais à quoi ça sert, à quoi je sers ? Et puis le fait de me mettre à écrire à mon âge, enfin j'ai toujours écrit mais de rendre public mes écrits, d'essayer de les faire publier c'est très nouveau, est-ce que ce n'est pas au-dessus de mes compétences ? Est-ce que c'est réaliste ? Est-ce que c'est probable ? Mais pourtant j'y crois, j'y crois. Mais est-ce que j'y crois parce que je vais y croire ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai des rêves complètement démesurés ? Est-ce que j'y crois parce que j'ai envie d'une vie plus palpitante ? Depuis que j'ai arrêté tous les excès, finalement, ma recherche de dopamine, elle est là-dedans. Elle est dans tout ce que j'essaye de faire quand je réponds à des appels à projets, quand j'envoie mes poèmes à des revues, quand j'envoie des recueils à des maisons d'édition. Parce qu'avant, quand ça n'allait pas... Je sortais, je buvais, j'étais à mon travail, je me lançais dans des nouveaux projets à fond, à fond, à fond et je ne réfléchissais plus. Aujourd'hui, je n'ai plus tout ça. Alors, je suis là, sur mon canapé, avant dans mon lit. à me dire comment tu vas faire, comment tu vas faire pour te remettre et pour vivre comme les autres. Parce que quand c'est comme ça, j'ai une petite forme de jalousie. Je vois les gens qui « vivent » normalement, c'est-à-dire qu'ils se lèvent le matin. Ils s'habillent, ils vont travailler, ils déjeunent avec leurs collègues. Manger n'est pas un souci, moi, bien évidemment. Je ne peux pas me faire à manger le midi, je n'y arrive pas. Enfin, je dis bien évidemment, mais bon, je n'y arrive pas. Et ils continuent l'après-midi, le soir. Et ça a été ma vie, moi aussi, finalement, pendant très longtemps. Et là, comme je n'y arrive plus, je me dis... Qu'est-ce que j'aimerais avoir cette vie ? Des gens qui ne restent pas bloqués chez eux, avec la peur comme ça, la peur d'affronter le monde, la peur de sortir, le repli sur soi-même, des refus, j'en ai eu dans ma vie, ça ne me touchait pas comme ça. Mais je pense vraiment parce que j'avais ces... Palliatif, je ne sais pas trop quel autre mot employer, mais oui, quand je réfléchis, si j'avais une mauvaise nouvelle, le soir, je sortais avec mes amis et puis on buvait, on buvait, on buvait, on riait, on allait danser et j'oubliais tout. Mais bon, le lendemain, ce n'était pas joyeux non plus. Mais ça me permettait de tenir quand même. Mais c'est aussi ce que je ne veux plus. Je ne peux plus avec mon traitement, mais je n'ai plus envie non plus. J'aimerais bien trouver cette force toute seule. J'ai mon traitement, oui. Peut-être, je me dis, je devrais prendre un traitement aussi pour le TDAH. Peut-être que ça m'aiderait. J'écrirais à ma psy pour lui demander ce qu'elle en pense. Mais là... J'en ai marre de ces rechutes. Et puis, je trouve que c'est un peu injuste parce que je me dis, je fais tout pour aller bien. Je me bats, je mets en place des petits tips. Ce matin, j'ai médité. essayer de méditer, j'essaye de m'encourager, mais aujourd'hui, rien n'a marché. Hier, tout ça avait marché, et aujourd'hui, non. Et ces jours comme aujourd'hui, j'aimerais bien ne plus en avoir, parce que... Parce que c'est trop dur pour moi. En plus, je suis toute seule. J'ai écrit à mon mari pour qu'il rentre le plus tôt possible. Mais aujourd'hui, il donne une formation, donc il n'est pas maître de son temps. Et puis, mon fils va rentrer à 15h30. Il y aura des devoirs à faire. Est-ce que je vais réussir à l'aider ? Est-ce que... Est-ce que je vais être suffisamment présente avec lui ? Ça aussi, c'est une de mes angoisses de ne pas lui faire peser mes états. Mais je lui ai expliqué ce que j'avais parce que je trouvais que c'était important. Il a 12 ans et je n'ai pas envie de lui mentir. Je ne lui ai pas tout dit, bien évidemment, mais j'ai essayé de lui expliquer pour... En fonction de son âge, je dirais. Mais là, il va rentrer. J'entends mon ventre qui gargouille. Et je ne pourrai pas manger. Et j'ai envie de pleurer, mais quand il va rentrer, il faudra que je sourie. Il faudra que je vois avec lui pour que les choses aillent. Au moins, je n'ai pas... Je n'ai pas mon événement à 18h. Je vais essayer, de toute façon, j'en ai eu des rechutes. Et là déjà, j'ai progressé, j'ai trouvé une solution. Je pense que c'est ça que je dois faire, c'est-à-dire trouver une toute petite solution. Et là, ça a été abandonner quelque chose, abandonner cet événement. Mais au moins, je suis levée. Je vais essayer d'aller me laver aussi. Je vais prendre une boisson protéinée, parce que j'ai trop maigri et que je dois en prendre. Et puis, l'arrivée de mon fils, de toute façon, je pense que... Ça va m'aider. Ce soir, il a un copain qui vient dormir à la maison. Et j'ai hâte que mon mari rentre pour pouvoir discuter avec lui. Parce que sa présence me rassure. Et parler, parler me fait du bien. C'est aussi un petit peu l'objectif de ce podcast, un objectif un peu égoïste. Mais quand je suis dans cet état-là, je ne peux faire que deux choses. Parler. et écrire des poèmes. Ensuite, je me sens mieux. Et là, je me dis, tu es en journée de rechute, mais il est 14h22 et c'est déjà bien. Et si ta rechute, ce n'était qu'une demi-journée, tu as encore du temps cet après-midi pour essayer d'aller bien, d'aller mieux, et peut-être... que ça va fonctionner.
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