Speaker #03 novembre 1985. Ce jour-là, Diego Maradona aurait pu être accusé d'homicide involontaire. La cause ? Un geste technique réalisé en plein match qui va tellement choquer le stade que 7 personnes vont terminer dans des bancards. Maradona au sommet de sa gloire, c'est ça. Rendre possible l'impossible. Déclencher les passions jusqu'au point de rupture. Je m'appelle Abdelkrim Ranin et vous écoutez 80 BPM. Lorsque Diego attaque sa première saison sous les couleurs du Napoli, le club vient tout juste de sauver sa place parmi l'élite du football italien. Les tifosi ne lui demandent pas l'impossible, ils ne lui demandent pas de régner sur le calcio. Le calcio, c'est le nom donné à l'époque au championnat italien. Non, ils veulent juste une espèce de revanche, battre sur un match au moins quelques équipes du Nord qui méprisent les Italiens du Sud. Diego va donc accrocher sur son tableau de chasse, une à une, Toutes les équipes les plus prestigieuses de l'Italie, mais il va aller beaucoup plus loin et apporter sur un plateau ce que les supporters n'osaient même pas imaginer en rêve. Le premier grand coup d'éclat, je vous en parlais en ouverture de ce podcast, va avoir lieu le 3 novembre 1985. Cette date, c'est une date historique pour Naples et pour le football en général d'ailleurs. Ce jour-là, le nouveau club de Diego affronte la Juventus de Turin. A l'époque, la Juve écrase tout sur son passage. C'est le plus grand club d'Europe. mené par un certain Michel Platini, triple ballon d'or, meilleur buteur du calcio, meilleur joueur, meilleur tireur de coups francs. Bref, c'est un épouvantail, l'équivalent de l'Everest. Naples joue à domicile dans son célèbre stade qui s'appelle encore à l'époque San Paolo. Le club parvient à maintenir le 0-0, ce qui est déjà un exploit alors qu'on entre dans les 20 dernières minutes. Là, le Napoli obtient un coup franc indirect dans la surface de réparation, un coup franc légèrement excentré. On est à 12-13 mètres des cages de la Juventus. Le mur se trouve à 5 mètres, dont tout le monde se dit c'est impossible de tirer pour marquer. Physiquement, techniquement, c'est irréalisable parce que le ballon n'a pas le temps de monter pour lober le mur, puis redescendre sous la barre pour entrer dans les buts. Même son coéquipier à Naples lui dit, c'est pas la peine d'essayer. Là, Diego lui répond, t'inquiète, décale-moi le ballon d'un centimètre et je m'occupe du reste. Et en effet, il va réussir à marquer ce couvrant. entrer dans l'histoire sous le nom de coufrants impossibles. Physiciens, mathématiciens, ingénieurs, architectes, entraîneurs, tacticiens, astrophysiciens, marabouts, sorciers, jeteurs de sorts. Aujourd'hui encore, personne n'est en mesure d'expliquer comment Maradona a fait pour marquer ce but. Il a tout simplement... défier les lois de la physique. Je parlais tout à l'heure, au début de ce podcast, d'accusation de mission involontaire. C'était bien sûr pour rire, mais ce qui est vrai, c'est que la télévision italienne avait évoqué à l'époque 5 personnes évanouies et 2 crises cardiaques au sein du stade de Naples à la suite du miracle de Diego. Cette première victoire face à la juve sera un peu le déclic psychologique qui va briser le complexe d'infériorité des Napolitains et ouvrir la voie au titre la saison suivante. Naples remportera le championnat italien au nez et à la barbe des plus grandes équipes du Nord. Cerise sur le gâteau, cette saison-là, Naples bat la Juventus à la maison, mais aussi et surtout à Turin dans son propre stade. Diego dira, ouvrez les guillemets, « Je me suis battu, battu, encore et encore, et j'ai réussi. Je l'ai brisé. J'ai brisé le mythe platini. » Au lendemain du titre de champion d'Italie, un tag recouvre la porte du plus grand cimetière de Naples. Vous ne savez pas ce que vous ratez. D'après une légende urbaine, une réponse aurait été inscrite peu après. Et qui vous dit qu'on l'a raté ? Maradona est devenu tellement grand qu'on lui prête le pouvoir de ressusciter les morts. Si les années napolitaines constituent le sommet de la carrière de Diego en club, il va connaître à peu près à la même période l'apogée sous le maillot de l'Argentine avec bien entendu la Coupe du Monde au Mexique. Je l'ai déjà dit. dans la première partie de ce podcast. Maradona n'est pas sélectionné lors de la victoire de son pays en 78. Ça se passe mal en 82 pour des raisons à la fois sportives et géopolitiques. Donc, il a une vraie revanche à prendre sur cette compétition. N'oubliez pas qu'il avait dit, enfant, que son rêve ultime était de gagner la Coupe du Monde. Le problème, c'est que lorsque l'Argentine débarque en terre aztèque, ils ne sont pas vraiment favoris. Ils se sont qualifiés dans la douleur, l'équipe est très moyenne. Et le pire, c'est qu'il y a un gros conflit au sein de l'effectif entre le clan des anciens, mené par l'ancien capitaine qui s'appelle Passarella, et la nouvelle génération emmenée par Diego qui lui a « shippé » le capitana, puisque c'est Maradona le nouveau capitaine de l'Argentine. Et c'est là pour moi que Maradona est le plus grand. Il va littéralement porter son équipe nationale sur ses épaules pour l'emmener sur le toit du monde. Certes, c'est l'Argentine qui est inscrite sur le palmarès, mais si vraiment, dans toute l'histoire de la Coupe du Monde, peut-être même des compétitions collectives, on peut détacher un joueur concernant son rôle dans la victoire finale, c'est Maradona. Il est au sommet de son art, que ce soit en tant que dribbler, passeur, buteur, tireur de coups francs, meneur d'hommes, c'est du 5 étoiles. Peut-être même 6 étoiles, allez ! Sur les 7 matchs qui vont l'amener vers la victoire finale, l'Argentine de Maradona va rencontrer 4 nations détentrices de la Coupe du Monde et battre 3 de ses équipes après la phase de poule. C'est du jamais vu. Le chef-d'œuvre ultime de Maradona, c'est bien entendu la victoire contre l'Angleterre. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce qu'elle réunit, parce qu'elle concentre ce qui fait de Diego la star des ghettos du monde entier. Le talent et la malice. La ruse des gamins de la rue. En deux actions, Maradona écrit l'histoire du football. Il y a le but du siècle, évidemment. C'est une vraie distinction attribuée à la suite d'un sondage de la FIFA. Pour ceux qui vivent dans une autre galaxie, je rappelle que c'est ce but où Maradona part de son camp et élimine un à un tous les joueurs anglais qui tentent de lui prendre le ballon. Et puis il y a le premier but, tout aussi célèbre, que Diego marque de la main, mais que l'arbitre valide quand même. Après avoir marqué, Diego constate que ses coéquipiers restent immobiles parce qu'ils savent, ils l'ont vu. Ils savent qu'il a mis ce but de la main. Et là, il leur dit, mais venez m'embrasser, bande d'imbéciles, ou l'arbitre va annuler ce but. Après la rencontre, Maradona aura cette réplique légendaire lorsqu'on lui demandera comment il a marqué ce but. Un peu avec ma tête, un peu avec la main de Dieu. Alors on pourrait se dire que Diego a appliqué à la lettre la maxime de Malcolm X. By any means necessary. Par tous les moyens nécessaires. D'autres évoqueront une allusion à la punition divine liée à la guerre des Malouines. Cette dimension politique Merci. Diego y reviendra plusieurs années plus tard dans son autobiographie. Il dira Le but, validé par Ali Banasser, donnera lieu à un déferlement de commentaires racistes, notamment en France, où un célèbre journaliste dira en direct qu'un tel match méritait autre chose qu'un arbitre tunisien. Maradona va savourer toute sa vie cette revanche sur la courante britannique en taquinant les Anglais, avec notamment un de ses aphorismes dont il a le secret. Je demande mille fois pardon aux Anglais, mais la vérité, c'est que je le referai mille fois. Il existe aussi une vidéo qui montre une discussion imprévue filmée dans la rue, et on le voit. Diego en train de rire et en train de mimer avec la main le geste rapide d'un voleur en disant « je leur ai volé leur portefeuille, ils n'ont rien pu faire » . En 2015, ultime pied de nez, Maradona, le roi des trolls avant l'heure, rendra visite à Ali Benasser en Tunisie. Sur la photo de la rencontre, on voit Diego embrasser chaleureusement l'ancien arbitre à qui il vient d'offrir un de ses maillots de l'Argentine. Et sur le maillot, il y a signé « Pour Ali, mon ami éternel » . Avec la victoire en Coupe du Monde, Diego a atteint la consécration. Il est le meilleur joueur du monde et son nom figure déjà aux côtés des légendes telles que Pelé ou Johan Cruyff. De retour en club, il offre à Naples le premier scudetto de son histoire, j'en parlais tout à l'heure, avant de remporter le seul et unique titre européen du club, la Coupe de l'UFA, désormais renommée Ligue Europa. Mais ces années fastes pour Diego masquent un mode de vie, un côté obscur qui précipiteront par la suite sa propre chute. Il y a tout d'abord la drogue. Contrairement à ce qu'on croit, ce n'est pas à Naples mais à Barcelone que Maradona a commencé à en prendre. En revanche, sa consommation a fortement augmenté en Italie et surtout elle sera facilitée par les sombres fréquentations de Diego. Je veux bien entendu parler de la Camorra. La mafia de Naples fournit Maradona en cocaïne et... assure sa sécurité de manière générale. C'est malheureusement un cas de figure assez courant, mais là, il s'agit du meilleur joueur du monde. Alors maintenant, beaucoup de personnes se demandent pourquoi un champion comme Maradona prenait de la drogue. Personnellement, je pense que j'ai compris le jour où je me suis penché sur une de ces citations dans laquelle il dit, ouvrez les guillemets, « Je suis sorti de Fiorito pour atteindre le toit du monde, là-haut, tout en haut de la célébrité. Mais une fois arrivé là, j'ai dû me démerder tout seul. Comment vivre une vie normale ? Comment profiter de la vie ? Comment nouer des relations avec les humains quand on devient une téléconne de son vivant ? » Maradona, la légende, se droguait pour redevenir Diego, le gamin de Villafiorito. Pendant plusieurs années, tout le monde fermera les yeux sur cette situation avant de lâcher brutalement le génie argentin, qui entamera aussitôt une longue descente aux enfers. Mais ça, c'est une autre histoire que je vous raconterai dans la dernière partie de cette saga Maradona, la revanche du Sud, par le Sud, pour le Sud. En attendant, n'hésitez pas à laisser des étoiles et des commentaires sur vos applis de podcast préférés. A bientôt ! sur 80 BPM.