Speaker #0Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Accroquer, le podcast de nutrition. Je suis Priscillia Degiani, diététicienne nutritionniste, et aujourd'hui on va parler d'une question que beaucoup de personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire se posent. Parfois dès le début de la maladie, parfois après des années de lutte, c'est est-ce qu'on peut vraiment guérir d'un trouble du comportement alimentaire ? Je dirais TCA. pour les troubles du comportement alimentaire à partir de maintenant ? Ou justement, est-ce qu'on peut apprendre simplement à vivre avec ? Honnêtement, cette question, elle est souvent chargée d'émotions. Parce que derrière, il va y avoir de la peur, du découragement, parfois de l'espoir aussi, mais souvent une immense fatigue. La fatigue de se battre contre son corps, contre ses pensées, contre la nourriture, contre soi-même. Et quand on vit avec un TCA depuis longtemps, On finit parfois par avoir l'impression justement que la maladie, elle fait partie de notre identité. Comme si elle était devenue une part de nous, ou nous entièrement. Certaines personnes disent même, je ne me souviens plus comment j'étais quand c'était avant, quand je n'avais pas de TCA. Je ne sais plus qui c'est que je suis sans ça. Ou alors j'ai peur de guérir, ou au contraire j'ai peur de ne jamais y arriver. Et aujourd'hui j'aimerais vraiment qu'on parle de tout ça sans jugement. Sans phrases magiques, sans faux espoirs non plus, mais avec quelque chose d'important, de la nuance. Déjà, il faut comprendre qu'un TCA, ce n'est pas juste un problème avec la nourriture, parce que si c'était seulement ça, il suffirait juste de manger normalement pour aller mieux, et j'aurais plus de travail. Mais un trouble du comportement alimentaire, c'est beaucoup plus profond. La nourriture est souvent le symptôme visible de l'iceberg. Mais derrière, il peut y avoir de l'anxiété, un besoin de contrôle, des traumatismes. Une faible estime de soi, une difficulté à gérer les émotions, une peur du regard des autres, un perfectionnisme très fort, ou parfois simplement une immense souffrance intérieure. Le TCA, il devient alors une stratégie de survie. Pas une lubie, pas un caprice, pas un manque de volonté, c'est une stratégie que le cerveau a trouvé pour essayer de gérer quelque chose. Même si cette stratégie finit par faire énormément de mal. Et souvent ? c'est ce qui rend la guérison beaucoup plus compliquée. Parce qu'on ne peut pas simplement, entre guillemets, retirer le TCA sans reconstruire autre chose derrière. Sinon, c'est un peu comme enlever une béquille sans soigner la fracture. Le trouble, il a forcément une fonction. Alors je sais que dit comme ça, ça peut être un petit peu compliqué à accepter, mais parfois il va venir apaiser, occuper l'esprit, anesthésier un petit peu les émotions, donner une illusion de contrôle. ou permettre de tenir psychiquement. Et quand on commence à aller mieux, certaines personnes ressentent un vide énorme. Comme si elles perdaient quelque chose qui les aidait à survivre. C'est pour ça qu'il arrive que certaines personnes aient peur de guérir. Et cette peur est extrêmement taboue. Parce qu'on imagine souvent que quelqu'un qui souffre veut forcément aller mieux immédiatement. Mais en réalité, beaucoup de personnes sont partagées. Une partie d'elles veulent sortir du TCA et l'autre a peur de ce qu'il y a après. Alors, la question, elle est toujours là. Est-ce qu'on peut vraiment guérir d'un TCA ? La réponse est oui. D'ailleurs, il y a beaucoup de personnes qui guérissent réellement d'un TCA. Et c'est vraiment important qu'on se le dise. Parce que parfois, sur les réseaux sociaux ou même dans certains discours, on entend « Allez, on reste anorexique toute sa vie. On est toujours malade. Il faut apprendre, enfin, il faut juste apprendre à gérer. » J'ai même eu certains discours de professionnels de santé, des personnes qui sortent d'hospitalisation, qui me disent qu'on leur a dit ce genre de phrases, alors que pas du tout. Et même si certaines fragilités peuvent rester, oui, beaucoup de personnes retrouvent une relation apaisée avec la nourriture, avec leur corps et avec elles-mêmes. Certaines ne pensent plus constamment à manger, ne comptent plus, ne compensent plus, ne vivent plus dans cette obsession. Elle retrouve de la liberté, et ça, c'est possible. Mais par contre, il faut qu'on soit honnête. La guérison, elle n'est pas toujours linéaire, elle n'est même jamais linéaire. Et ça, c'est probablement l'une des choses les plus importantes à comprendre. Parce que beaucoup de personnes pensent, si je rechute, c'est que je n'y arriverai vraiment jamais. Alors qu'en réalité, les rechutes ou les périodes plus difficiles peuvent faire partie du processus. Il peut y avoir des périodes... De mieux ? puis des moments de retour des pensées alimentaires, des phases de fatigue psychique, des événements de vie difficiles, des grossesses, des séparations, du stress, des changements corporels, du burn-out, un deuil, etc. Et parfois, dans ces moments-là, le cerveau, il peut être tenté de revenir vers les anciens mécanismes comme ça qui rassurent, entre guillemets. Et non, pas parce que la personne a échoué, entre guillemets, mais parce que le TCA... était un ancien mode de survie. Et du coup, c'est un petit peu retourné dans ce qu'on connaît et ce qui nous faisait, entre guillemets, du bien dans ces moments-là. Je trouve qu'on parle souvent de guérison comme un interrupteur, comme si c'était un off, comme si un jour on était malade et puis soudainement, hop, on est guéri. Mais en réalité, c'est souvent beaucoup plus progressif. La guérison, elle peut commencer par des choses qui semblent minuscules. Par exemple, manger un aliment qui faisait peur, arrêter de se peser, demander de l'aide. Réussir à ressentir une émotion sans la compenser. Accepter un repas imprévu. Prendre soin de soi autrement qu'en contrôlant son poids. Et parfois de l'extérieur ça peut paraître entre guillemets petit. Mais intérieurement je vous le promets c'est vraiment un immense pas. Il y a aussi quelque chose d'important. Guérir ça veut pas dire forcément ne plus jamais avoir aucune pensée. Certaines personnes gardent parfois des moments de fragilité comme ça. Des personnes qui reviennent. dans certaines périodes, des réflexes un petit peu mentaux anciens. Mais la différence, c'est qu'elles ne se dirigent... Ah, pardon. Mais la différence, c'est qu'elles ne dirigent plus leur vie. Les TCA, en fait, ils ne pilotent plus du tout toute leur vie. Et ça, c'est vraiment ce qui va venir changer. Parce qu'au début de la maladie, tout tourne autour de ça. La nourriture, le corps, les calories, le contrôle, le poids, la culpabilité. Puis, progressivement, la vie reprend de la place. On va ajouter les relations, les projets, le plaisir, l'énergie mentale, les émotions, les envies. Et souvent, les personnes qui avancent dans la guérison, elles disent quelque chose de très fort. J'ai récupéré de l'espace dans ma tête. Et ça, en fait, c'est vraiment ce qui va permettre de dire qu'on peut guérir. Il faut aussi parler d'un énorme piège, vouloir guérir, entre guillemets, parfaitement. Beaucoup de personnes atteintes de TCA ont un fonctionnement très perfectionniste. comme on l'a dit au tout début. Donc elles veulent parfois ne plus avoir peur, non pardon, ne plus jamais avoir de pensées négatives, ne plus jamais être mal dans leur corps, ne plus jamais avoir peur, ne plus jamais manger émotionnellement. Mais être humain, ce n'est pas ça. Même sans TCA, en fait, tout le monde mange parfois ses émotions. Tout le monde a des complexes, tout le monde traverse des périodes difficiles, tout le monde perd confiance en soi dans certaines situations. La différence, c'est juste l'intensité, la souffrance et l'impact sur votre vie. Et puis, surtout, la guérison, ce n'est pas uniquement remanger normalement, parce qu'on peut manger, reprendre du poids, avoir des analyses normales, « sembler » et bien, tout en souffrant énormément mentalement. C'est pour ça qu'il faut parler aussi de guérison psychologique. Retrouver une relation plus douce avec soi-même, moins de haine corporelle. corporelle, plus de flexibilité, plus de liberté, plus de sécurité intérieure. J'aimerais aussi dire quelque chose aux personnes qui souffrent depuis longtemps, parce qu'après des années de TCA, on peut finir par penser que justement, c'est trop tard. Non, mais de toute façon, moi, je suis trop ancrée dedans. Je ne changerai jamais. Mais le cerveau, il reste capable d'évoluer. C'est ce qui fait en fait qu'aujourd'hui, on est une espèce qui est quand même avancée et qu'on est humain. Et ça, même après des années. Parfois, la guérison, elle commence justement au moment où on arrête de chercher à devenir parfait. Voilà, j'espère que, en tout cas, j'aimerais terminer justement cet épisode sur le fait de vous laisser avec cette idée que guérir d'un TCA, ce n'est pas devenir quelqu'un qui n'a plus jamais aucune difficulté. Ce serait trop simple et ça serait peut-être barbant. C'est souvent en fait redevenir quelqu'un qui peut vivre sans que la maladie décide de tout. Pouvoir sortir sans penser constamment à la nourriture, pouvoir partager un repas sans panique, pouvoir revenir à une émotion sans se détruire, pouvoir exister autrement qu'à travers le contrôle, et surtout retrouver une vie plus grande que le TCA. Voilà, en tout cas je te remercie d'avoir écouté cet épisode-là. Si ce sujet vous touche, n'hésitez pas à partager ce podcast autour de vous. Parce que beaucoup de personnes pensent encore qu'elles sont condamnées à vivre comme ça toute leur vie, alors qu'il existe de l'aide, de l'espoir, et surtout des chemins possibles vers l'apaisement. Prenez soin de vous, et on se dit à la semaine prochaine pour un nouvel épisode d'A croquer.