Speaker #0Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'A croquer, je suis Priscillia Delgheani, diététicienne nutritionniste et aujourd'hui on va parler d'un sujet que beaucoup de personnes vivent, parfois en silence, parfois avec énormément de honte ce sont les compulsions alimentaires après ou pendant un régime Vous savez ce moment où on se dit, allez cette fois je vais être sérieux ou sérieuse, on supprime le sucre, on évite le pain on télécharge une application, on contrôle tout. Et pendant quelques jours, parfois quelques semaines, ça marche. Puis un soir, sans vraiment comprendre pourquoi, et ben là, on craque. On mange rapidement, on a l'impression de perdre le contrôle. On se promet que cette fois-ci, c'est la dernière fois. Non, non, mais vraiment promis, cette fois-ci, c'est la dernière fois. Sauf que dès le lendemain, on recommence le régime. et encore plus strictes qu'avant. Et ce cercle-là, il est extrêmement fréquent. Moi, en consultation, en tout cas, je le vois très très souvent. Je pense que je l'ai presque une fois par jour au minimum. Le problème, c'est que beaucoup de personnes, elles vont penser en fait que les compulsions, elles arrivent parce qu'elles manquent de volonté, parce qu'elles, elles n'y arrivent pas. Ou alors parce qu'elles sont addictes au sucre, etc. Alors qu'en réalité, très souvent, ces compulsions, ce sont une conséquence logique Merci. de la restriction. Et aujourd'hui, j'aimerais vraiment, du coup, qu'on comprenne ensemble pourquoi ce phénomène arrive. Parce que non, votre corps, il n'est pas contre vous, votre cerveau ne vous sabote pas. Et avoir des compulsions, ça ne veut pas dire que vous êtes faible. Au contraire, c'est souvent un corps qui essaye simplement de survivre à une privation. Déjà, il faut bien qu'on comprenne une chose essentielle. Le cerveau, il déteste la restriction. En même temps... qui aiment ça. Le cerveau, lui, il est programmé pour nous protéger. Quand il sent qu'on mange moins, du coup, qu'on saute des repas, qu'on s'interdit certains aliments, ou qu'on essaye de tenir, entre guillemets, il ne se dit pas « Ouh, bravo, objectif summer body ! » Non, non. Lui, il se dit « Attention, il y a peut-être une famine qui arrive. » Et ça, biologiquement, c'est forcément très puissant. Parce que pendant des milliers d'années, le danger pour l'être humain, ce n'était pas d'avoir accès à trop de nourriture comme nous on peut avoir en ce moment. Le danger, c'était vraiment d'en manquer. Donc dès que le corps perçoit qu'il y a une restriction, il va venir déclencher des mécanismes de survie. Et ces mécanismes, ils vont augmenter. Ça va augmenter les pensées autour de la nourriture, les envies de manger, l'obsession alimentaire, l'attirance pour les aliments gras ou sucrés. Et parfois, les fameuses compulsions. C'est pour ça que beaucoup de personnes deviennent, entre guillemets, obsédées par la nourriture pendant un régime. Elles pensent à manger toute la journée. En fait, ça devient vraiment obsessionnel. Elles regardent des recettes en permanence. Elles craquent sur des aliments qu'elles ne mangeaient même pas particulièrement avant. Et ça, ce n'est pas un manque de volonté. C'est le cerveau qui devient hyper focalisé sur ce qu'il pense être une ressource rare. Il y a une étude très connue qui illustre parfaitement ça, c'est l'expérience de Minnesota. Pendant cette expérience, des hommes en bonne santé ont été mis en semi-restriction alimentaire pendant plusieurs mois. Et ce qui est fascinant, c'est que ces hommes, qui n'avaient aucun trouble du comportement alimentaire au départ, ils ont commencé justement à en développer. Ils ont eu des obsessions autour de la nourriture, des comportements compulsifs, des envies répressives. Des pertes de contrôle, des épisodes d'hyperphagie. Certains lisaient des livres de cuisine toute la journée. Donc c'est pour dire comme ça peut justement jouer un petit peu sur ce mécanisme-là. D'autres découpaient leur nourriture en tout petits morceaux pour essayer de prolonger les repas. Et certains même rêvaient de nourriture la nuit. Et pourtant, ce n'étaient pas des personnes entre guillemets sans volonté. C'était juste des humains en restriction. Et ça, ça change tout. Parce que souvent, les personnes culpabilisent énormément après une compulsion. Elles vont penser, je suis incapable de me contrôler, je n'ai aucune discipline, je suis faible. Alors qu'en réalité, beaucoup de compulsions sont une réponse biologique normale à la privation. Mais du coup, la restriction, ce n'est pas seulement manger moins. Et ça, c'est hyper important comme détail. Parce que, on peut être en restriction. Même en mangeant entre guillemets correctement en quantité. Il existe aussi des restrictions mentales. Par exemple, c'est-à-dire qu'on n'a pas le droit au chocolat. Il faut éviter certains aliments entre guillemets par peur. On va classer les aliments en bons et mauvais. Culpabilité, culpabiliser après un dessert par exemple. Essayer d'être entre guillemets parfaite toute la semaine pour pouvoir un petit peu craquer le week-end. Le cerveau il entend tout ça comme une menace en fait. C'est un petit peu ce qu'on disait avec la famine. C'est une menace pour le cerveau. Et souvent plus un aliment devient interdit, plus il est attirant. C'est un petit peu, moi je donne toujours l'exemple au cabinet. C'est un petit peu l'exemple de l'enfant. On va lui dire de ne pas mettre les doigts dans la prise. Dès qu'on va avoir le dos tourné, qu'est-ce qu'il va faire ? Il va aller mettre les doigts dans la prise. Et c'est comme ça parce qu'en fait, c'est interdit. C'est exactement le principe du je ne dois surtout pas manger ça. Et plus on essaye de ne pas y penser, plus on y pense. C'est un peu comme si je vous disais, maintenant ne pensez surtout pas à un énorme cookie show avec du chocolat fondant. Évidemment que vous allez y penser. Et bien avec les régimes, c'est pareil. L'interdit, ça crée souvent une obsession. Enfin, tout le temps même, je dirais. Il y a quelque chose aussi qu'on sous-estime énormément. C'est la fatigue mentale liée au contrôle alimentaire. Contrôler son alimentation en permanence, c'est épuisant. On va compter, analyser, peser, calculer, compenser, anticiper, se surveiller. Et en fait, le cerveau, là, il finit par s'atturer. J'ai rien que le fait de le dire. On sature. Et plus la journée a été difficile émotionnellement, stressante ou fatigante, plus en fait, il devient compliqué de se maintenir dans ce contrôle. C'est souvent pour ça que les compulsions, en fait, elles arrivent le soir. C'est souvent le soir parce qu'on est un peu plus faible, entre guillemets, le soir. Non, on n'est pas plus faible, pardon, le soir, pardon. C'est vraiment, en fait, parce que... Toute la journée, on a lutté. En fait, on l'a passé à lutter. Et à un moment donné, bim, notre cerveau, il lâche forcément. Et les émotions, elles jouent vraiment un rôle énorme. Parce que beaucoup de régimes coupent les personnes de leurs sensations alimentaires naturelles. Par exemple, on ne va plus manger à notre faim, à notre satiété, à notre plaisir, à nos besoins réels également. En fait, on va venir manger... Selon une application, des calories, une heure, un plan, des règles. Et à force, on perd totalement confiance en nous. Et puis quand une émotion difficile arrive, comme le stress, solitude, anxiété, fatigue, frustration, etc. La nourriture devient parfois le seul moment de réconfort accessible. Et là encore, il ne s'agit pas de faiblesse, il s'agit souvent d'un système nerveux qui est épuisé. Mais surtout ce qui est... Ce qui est compliqué, c'est que les compulsions renforcent souvent les régimes. Donc en fait, on tombe dans ce cercle vicieux-là. Après une crise ou une compulsion, beaucoup de personnes vont se dire « Allez, demain je reprends » ou « Lundi » parce que c'est plus fun demain ou lundi. « Plus de sucre » ou « Je vais compenser, je vais être stricte maintenant. » Et en fait, le cycle recommence. Restrictions, contrôles, frustrations, compulsions, je culpabilise. Restrictions encore plus fortes. et c'est un cercle qui devient infernal. Et plus on reste dedans, plus on peut perdre confiance en son corps. Alors la vraie question c'est, oui mais comment je peux en sortir ? Déjà souvent il faut arrêter de voir les compulsions comme un problème. Très souvent elles sont justement un symptôme. Le vrai problème c'est parfois justement la restriction, les interdits, la culpabilité, le contrôle permanent ou le manque d'écoute de ses besoins. Sortir des compulsions ce n'est pas simplement apprendre à se couper. contrôler, c'est souvent réapprendre à manger suffisamment, régulièrement, à s'autoriser tous les aliments, à écouter ses sensations, à apaiser sa culpabilité et à reconstruire une relation plus sereine avec la nourriture. Et ça, ça prend du temps. Parce qu'après des années de régime, le corps et le cerveau, ils ont souvent besoin d'être rassurés. Ils ont besoin de comprendre que la nourriture, elle ne va plus être tirée. Et j'aimerais vraiment terminer cet épisode avec quelque chose d'important, c'est que les compulsions alimentaires ne disent pas que vous êtes incapables. Elles ne disent pas que vous manquez de volonté et elles ne disent pas que vous avez raté quelque chose. Très souvent, elles racontent simplement l'histoire d'un corps qui a été privé trop longtemps. Vous vous souvenez de la famine. Et parfois, la solution c'est pas de renforcer le contrôle mais au contraire de sortir en fin de cette guerre contre soi-même. Voilà, merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode. Si ce sujet vous parle, n'hésitez pas à partager le podcast ou à l'envoyer à quelqu'un qui culpabilise peut-être en silence avec son alimentation. Et surtout, prenez soin de vous. On se retrouve... La semaine prochaine pour un nouvel épisode.