- Speaker #0
Salut ! Bienvenue sur le podcast de à nous deux !
- Speaker #1
Il y a quelques temps, j'ai mis une annonce sur le compte Instagram du podcast indiquant que j'étais ouverte à vos suggestions de sujets. Vous m'avez fait plein de retours, et celui de discuter du trouble du spectre autistique et de son diagnostic souvent tardif chez les femmes a été proposé. Je ne suis pas concernée, et ça peut toujours être délicat de parler d'un sujet sur lequel on n'a aucune connaissance. D'avance, je m'excuse si j'utilise de mauvais termes ou si mes idées sont confuses. mais j'avais tout de même très envie d'aborder ce thème avec Alix. Avant de lancer l'épisode, je voulais faire quand même un petit disclaimer. Étant donné qu'on va parler d'un sujet de santé, de santé mentale, je voulais juste vous rappeler que ni Alix ni moi sommes médecins. On ne fait pas partie du corps médical. Donc les termes ne seront peut-être pas toujours justes. Il s'agit ici d'un partage d'expérience.
- Speaker #0
Et si par contre les propos qu'Alix partage vous font... vous questionne, pour vous, pour quelqu'un de votre entourage, n'hésitez pas à en discuter avec un professionnel de santé pour aller un petit peu plus loin.
- Speaker #1
Salut à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast. Aujourd'hui, je suis super contente d'accueillir Alex, qui, comme vous l'avez compris dans l'introduction, est venu me parler sur le compte Instagram du podcast pour me proposer ce sujet autour du trouble autistique. Et j'étais vraiment hyper intéressée et contente de pouvoir en parler, même si je ne suis absolument pas concernée. Mais je pense que ça peut être bien justement de parler un petit peu plus de ce genre de troubles qui existent et qui sont de plus en plus diagnostiqués aussi, même si c'est compliqué chez les femmes, mais on en parlera plus tard. Parce que je suis la première, je pense, à utiliser des termes, des expressions ou des mots qui peuvent être border sur ce genre de choses. Donc merci Alix d'être là aujourd'hui pour qu'on puisse discuter du TSA et je rentre tout de suite dans le vif du sujet. Est-ce que tu peux nous expliquer et nous dire ce que c'est que le TSA ?
- Speaker #0
Eh bien, salut tout le monde, c'est Alix. Alors le TSA, c'est un trouble du spectre de l'autisme, donc c'est un trouble neurodéveloppemental. Donc moi, personnellement, j'ai été diagnostiquée il y a un an. Et comme tu l'as si bien dit, c'est pas qu'il y a de plus en plus de cas, mais il y a de plus en plus de diagnostics. Parce qu'il y a toujours eu des TSA depuis... Ça fait des... millénaire au final que ça existe, c'est juste que maintenant on en parle plus, c'est comme la santé mentale c'est pas des nouveautés, c'est juste que la parole se libère là-dessus et du coup bah voilà
- Speaker #1
Non mais c'est vrai que ce que tu dis c'est pas qu'il y en a de plus en plus c'est que par contre de plus en plus de personnes sont et arrivent à se faire diagnostiquer de troubles mentaux en fait et là par exemple sur le podcast il y a eu un épisode sur le TDAH qui pareil Merci. est entre guillemets, je mets des guillemets, une nouvelle maladie. Mais non, en fait, ça a toujours existé. C'est juste que personne n'avait mis de mots et de termes dessus et personne n'était diagnostiqué avant. Et heureusement, la santé et la médecine avancent et encore plus sur la santé mentale depuis plusieurs années maintenant. Donc, merci. Ça fait du bien.
- Speaker #0
On y arrive.
- Speaker #1
On y arrive. Mais toi, du coup, aujourd'hui, tu as quel âge ?
- Speaker #0
J'ai 27 ans.
- Speaker #1
OK. Donc, effectivement, tu as été diagnostiqué entre guillemets tard. Et qu'est-ce qui t'a poussé à te faire diagnostiquer ? Parce que j'imagine qu'il n'y a aucun médecin qui t'a dit « Ah, vous venez pour une angine ? Mais attendez,
- Speaker #0
il n'y a pas autre chose ! » Je ne serais pas peut-être un peu autiste. Non, mais oui, aucun médecin ne m'en a parlé. En fait, déjà, depuis que je suis petite, je sens moi-même qu'il y a un truc qui ne va pas. J'ai commencé à faire des dépressions assez tôt, au collège. Et en fait, je me suis vite mise dans la case, c'est juste que j'ai un fond dépressif, c'est tout. Et le problème, c'est que j'avais beau être accompagnée de psychologues, de neuropsychologues, d'ailleurs j'ai vu une neuropsychologue il y a quelques années qui ne m'a pas du tout mise sur la piste de l'autisme. Et je voyais que rien ne marchait, les médicaments, les psys, rien ne marchait. Je me disais, je suis peut-être juste un peu trop folle pour cette vie au final. Et un jour, je suis tombée sur une psychothérapeute, et en fait, c'est elle qui m'a dit, « En fait, je crois que ton anxiété, ta dépression, ça vient juste de l'autisme. » Et en fait, c'était il y a deux ans, et c'était là qu'on commençait à en parler sur TikTok, des trucs comme ça. Et du coup, tu as un peu ce truc de « Et si moi ? » Et je me disais, « Ce n'est pas possible, on ne peut pas tous l'être, tu vois. » Mais c'est juste que l'algorithme, forcément, il te pousse des contenus qui te ressemblent. Et au final, TikTok m'a diagnostiquée. au final... un peu plus avant les médecins. Et voilà. Après, j'ai fait un diagnostic par un neuropsy. Et du coup, le diagnostic... a été positive. Je ne sais pas si dans ce cas-là, on peut dire que c'est positif. Il a été confirmé, exactement. Donc, voilà.
- Speaker #1
Je trouve ça dingue que tu dises que c'est les réseaux qui t'ont fait dire que peut-être c'était ça, parce que Marie, avec qui j'ai fait l'épisode sur le TTH, ça a été pareil. En fait, c'est avec Instagram, tu vois, où en fait, effectivement, on en parlait de plus en plus et elle s'est dit est-ce que peut-être que ça expliquerait beaucoup de choses ? Je m'y retrouve beaucoup et en fait, pour toi, ça a fait pareil et je trouve ça dingue. Et comme quoi, les réseaux, il y a du positif comme du négatif. Sur la santé mentale, c'est vrai que, comme tu l'as dit, l'algorithme aussi nous propose des choses qui nous plaisent à force. Et je pense que quand on est intéressé par la santé mentale, il va justement nous proposer des trucs et on va se dire « Ah, bah, en fait, peut-être que je suis concernée » . Et là-dessus, je trouve que c'est quand même hyper positif.
- Speaker #0
Exactement, je suis d'accord. parce qu'en plus, on n'a pas tous les moyens de se faire diagnostiquer. C'est un gros privilège. Et c'est pour ça, l'autodiagnostic, c'est hyper important. Et pour moi, c'est autant valable qu'un diagnostic par un neuropsy parce que selon les situations des personnes, etc., c'est tellement compliqué d'y accéder, en particulier pour les femmes. Et donc, c'est encore pire pour les femmes racisées. Donc c'est pour ça que c'est hyper important de se baser aussi sur les réseaux sociaux, parce que comme tu dis, il y a du bon comme du mauvais, mais là-dessus, il y a du très bon en fait au final, parce qu'il y a plusieurs personnes qui peuvent un peu se soulager de leur souffrance en découvrant qu'au final, tu as juste un petit handicap. Tu fais très bien de le souligner, parce qu'effectivement, ce n'est pas toujours évident de se faire diagnostiquer, parce que déjà, ça coûte cher en fait.
- Speaker #1
Tout n'est pas remboursé par la Sécurité sociale ou par une mutuelle. Ça peut être long. On peut aussi tomber malheureusement... sur des médecins qui ne sont pas très cool. Donc oui, c'est aussi un parcours que de vouloir se faire diagnostiquer. Et là-dessus, c'est pour ça aussi. J'en profite pour faire la parenthèse, mais je rappelle que le podcast, on n'est pas médecin. C'est un partage d'expérience. Donc prenez aussi de la distance avec ce qu'on va dire. Ça peut aussi parler à certaines personnes, se faire rendre compte à d'autres, informer certaines. Et c'est complètement le but de cet épisode, de partager l'expérience. Mais attention, on n'est pas médecin. Et on ne crache pas non plus sur les médecins, mais le parcours pour se faire diagnostiquer peut être lourd, compliqué et coûteux.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et justement, est-ce que tu peux nous expliquer les symptômes que toi, en tout cas, tu as vécu, qui t'ont fait dire, alors tu as parlé d'anxiété, tu as parlé de dépression ?
- Speaker #0
Il y a aussi, chez moi, le plus gros symptôme, c'est la fatigabilité. En fait, j'ai toujours cru depuis petite que j'étais juste fainéante et c'est ce que ma famille me disait. En mode, je sais pas, bouge-toi, sors. Sauf que j'ai remarqué que la moindre interaction sociale me coûte beaucoup en énergie. Et je sais que quand je travaille, par exemple, le week-end, je peux pas sortir de chez moi. J'ai besoin de mon sas de décompression, j'ai besoin de recharger mes batteries. Et en fait, chez moi, c'est beaucoup plus long pour recharger mes batteries. Et je les épuise beaucoup plus vite que quelqu'un de neurotypique, du coup. qui n'a pas de troubles. Donc c'est ça aussi qui m'a fait dire... J'ai fait des tests en plus sanguins, parce qu'on m'a dit peut-être que tu fais de l'anémie, sauf que physiquement parlant, je suis en super bonne santé. Je me suis dit que ce n'est pas possible. Au début, je me tabassais mentalement en me disant que je suis juste fainéante, que je suis triste et c'est tout. Sauf qu'au final, c'est normal que je sois comme ça, parce que mon cerveau n'est pas développé comme la plupart des cerveaux. Ça t'a soulagé quand t'as entendu parler de l'autisme et quand t'as eu le diagnostic officiel ? Eh ben non en fait. Oui et non. Au début, la première fois qu'on m'a parlé, enfin qu'on m'a... Pas diagnostiqué, mais la première fois que la psy m'a dit peut-être que tu devrais fouiller là-dedans, je me suis un peu effondrée. J'avais... Même si je travaillais déjà avec des enfants en situation de handicap et du coup avec des enfants autistes, j'avais en fait, malgré moi, une mauvaise vision de l'autisme. Moi, ma génération, elle utilisait le mot « ah, je suis autiste » pour dire « je suis teubé » et tout. Et du coup, malgré moi, j'avais beaucoup de validisme intériorisé. Du coup, je me suis dit « bah merde » . Je ne peux pas. Sauf qu'en fait, l'autisme, c'est un spectre immense. Et du coup, je me suis rassurée grâce aux réseaux sociaux, grâce à des bouquins, grâce à des conversations avec des médecins. Et au final, petit à petit, je me suis faite à cette idée. Après, là, en ce moment, je galère un peu parce que tu as deux aspects autistiques. Tu as l'autiste avec quelqu'un qui a un retard, une déficience mentale, qui parle pas. pas beaucoup des trucs, enfin voilà. Et t'as l'autiste qui, à la Young Sheldon ou Good Doctor, je crois que ça s'appelle, où en fait, c'est le mec hyper intelligent, nanana. Et du coup, moi, je suis là, je suis entre deux et je suis en mode, bah, moi, je suis pas super intelligente.
- Speaker #1
Je suis ni l'un ni l'autre.
- Speaker #0
Ouais, voilà. Et du coup, ça n'arrive pas trop à me retrouver et j'ai un peu un complexe d'infériorité en mode, putain, mais moi, je voulais avoir aussi un gros QI. Du coup, en vrai, je galère un peu avec ça, parce que je me suis toujours trouvée très bête. Et d'ailleurs, beaucoup de personnes autistes se trouvent très bêtes. Et elles ne le sont pas du tout. Mais c'est parce qu'à force qu'on nous dise « Putain, tu fais chier, t'es long à la détente, nanani, nanana » , forcément, on se conditionne à penser qu'on est bête. Sauf qu'on n'est pas du tout bête. Mais c'est vrai que c'est dur de sortir de ce schéma-là. Donc, ça m'a fait du bien. Ça m'a un peu soulagée. Et en même temps, des fois, je galère quand même un petit peu avec les prises jugées au final. J'ai déjà ça.
- Speaker #1
Mais tu me fais bien d'en parler. Parce que c'est vrai que quand on dit « t'es autiste » , on imagine quelqu'un qui est replié dans un coin d'une pièce, qui ne parle pas, qui se balance et tout. C'est vraiment bête à dire. Mais c'est le cliché. C'est vraiment le cliché de l'autiste, alors qu'il y a des personnes autistes comme toi. ou comme des représentations, comme tu as pu en parler dans l'audiovisuel, etc., qui en fait ont une vie classique, oserais-je dire normale, tu vois, et en fait ça va. Si tu ne le sais pas, si c'est une personne lambda, et ce n'est pas parce que ça fait aussi partie des maladies invisibles ou des troubles invisibles, ce n'est pas parce que ça ne se voit pas sur ta tête ou dans ton comportement que tu es neurotypique en fait.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et je pense que oui, ça ne doit pas être évident en fait au quotidien. De devoir expliquer que, bah oui, effectivement, tu es peut-être plus longue à la détente, que ouais, tu vas pas pouvoir parler 5 heures non-stop avec quelqu'un, que tu vas pas pouvoir aller faire des grosses soirées tous les soirs de ta semaine et de ta vie, parce qu'en fait, bah, t'y arriveras pas, quoi.
- Speaker #0
Bah, c'est un truc, en plus, qui est pas très compris. Et en vrai, j'ai pas du tout de tabou. Je parle beaucoup, bah, de mes dépressions, je parle du fait que je sois lesbienne, tu vois. mais par contre, ça... C'est un sujet que j'ai du mal à aborder avec les gens que je ne connais pas trop parce que rien que ma grande sœur, quand je lui ai dit, elle m'a dit mais t'es pas autiste. Moi, ma copine, elle a un enfant autiste. Lui, il est vraiment autiste. Et en fait, j'ai la flemme d'argumenter, d'éduquer les gens. Et du coup, je me dis si même ma sœur, elle n'y croit pas, je me dis les gens, les collègues, des trucs comme ça, je laisse tomber. Mais c'est vrai que c'est encore assez tabou. Après, moi, ça ne fait qu'un an en soi, mais c'est assez tabou. Et en fait, c'est tellement encore... peu connue que j'ose pas trop en parler dans un cercle que je connais pas trop.
- Speaker #1
Merci d'en parler sur le podcast.
- Speaker #0
Je me sens à l'aise. Il n'y a pas de jugement. Et je me dis, peut-être que ça va résonner chez certains et surtout certaines. Et voilà.
- Speaker #1
Mais je suis sûre que oui. D'ailleurs, quand t'es venue me démarcher, tu m'as surtout pointé du doigt le fait que chez les femmes, c'est encore plus compliqué d'être diagnostiquée. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ?
- Speaker #0
Oui. Déjà, en fait, on vit dans une société patriarcale.
- Speaker #1
Tant que t'en déconnes. Mais non.
- Speaker #0
Je ne sais pas si je vais apprendre un truc à quelqu'un, mais voilà, nous sommes malheureusement dans une société centrée sur les hommes. Et du coup, on met beaucoup de pression aux femmes et aussi, du coup, aux petites filles. Donc, dès qu'on est petite, on nous conditionne. Ah, mais là, tu parles trop, ton rire, il n'est pas gracieux, des trucs comme ça. Du coup, on va gommer un peu... tous ces trucs qui vont pas, qu'on nous dit qu'ils vont pas depuis qu'on est petite. Et on va faire pour les femmes autistes ce qu'on appelle du masking. Et c'est-à-dire que depuis qu'on est du coup petite, on masque. Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on est très fatigué, parce qu'en fait on n'est pas nous-mêmes. On va agir comme on nous l'a demandé depuis qu'on est petite, dans les normes de la société. Donc quand on est une femme, il ne faut pas faire trop de bruit, il ne faut pas être trop extravagante. On ne peut pas avoir des hyperfixations sur les trains parce que c'est bizarre. Donc voilà, on va gommer tout ça et en fait on va... On va en fait jouer un rôle au final et c'est pour ça qu'on est fatigué. Et c'est pour ça aussi que du coup, c'est hyper compliqué de se faire diagnostiquer. Ma psychothérapeute, qui du coup, elle aussi, elle était spécialisée sur l'autisme au féminin, parce qu'en fait, elle me disait elle-même qu'elle connaissait des patientes autistes qui masquaient, mais même pendant les diagnostics. Et elle ne pouvait rien y faire parce qu'en fait, elle ne s'en rende pas compte parce que c'est tellement ancré en toi. que tu le fais sans t'en rendre compte au final.
- Speaker #1
Oui, c'est une suradaptabilité.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Est-ce que ça se dit ?
- Speaker #0
Oui, je pense. En tout cas, on comprend, donc ça marche.
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment une capacité d'adaptation de fou, en fait.
- Speaker #0
Et en fait, c'est inné et tu t'en rends même plus compte. Et c'est pour ça qu'il y en a qui font des burn-out autistiques, et il y en a qui découvrent qu'elles sont autistes à cause de ça, parce qu'en fait, elles ont tellement masqué tout au long de leur vie. Quand tu arrives dans la vingtaine et certains cas, la trentaine, quarantaine, cinquantaine, tu pètes un câble au final parce que tu as tellement pris sur toi que ton petit cerveau te rappelle que mollo.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses aussi que c'est moins bien de diagnostiquer chez les femmes tout simplement parce qu'on est beaucoup plus touché par les hormones ? Et donc il y a aussi souvent des choses qu'on peut expliquer quand tu es en SPM. Ou parce que t'as un souci hormonal, ou tu vois, des choses comme ça ? Ou est-ce que je suis à côté de la plaque ?
- Speaker #0
Non, mais c'est sûr. Déjà, quand ça parlait d'hystérie, de cette ère-là, au final, on met tout sur le dos de notre utérus. Sauf qu'au bout d'un moment, il n'y a pas que notre utérus, tu vois. Et du coup, oui, ça y joue pour beaucoup. Parce qu'en fait, une femme, elle va être catégorisée un peu comme hystérique, un peu folle, un peu chiante, un peu... Ah, t'as tes règles ! Des trucs comme ça. Donc oui, en fait, il y aura une négligence, en fait.
- Speaker #1
arrêtez de faire ces remarques.
- Speaker #0
Mais arrêtez ! Mais ouais, voilà, ça va être plus de la négligence, en fait. Et du coup, on va pas vouloir chercher à comprendre, on va dire, bah, je sais pas, ouais, c'est des...
- Speaker #1
On va aller,
- Speaker #0
ouais, voilà, ça va être ça.
- Speaker #1
Ouais, bah c'est ça, société patriarcale, quoi.
- Speaker #0
Et voilà, exactement, du coup. Est-ce que ça te crée d'autres soucis, entre guillemets, au quotidien ? Je pense,
- Speaker #1
par exemple... Est-ce qu'il y a certains métiers que tu serais incapable de faire ? Ou certaines études ? Est-ce qu'il y a des choses comme ça dans le quotidien où ça révèle complètement l'handicap que c'est aussi d'être dans un trouble autistique ?
- Speaker #0
Déjà, j'ai mon bac, mais j'ai beaucoup pris sur moi pendant ma scolarité. Et je ne sais pas comment j'ai réussi. Et quand je suis allée à la fac, c'est là que... J'ai vraiment su qu'il y avait un truc qui n'allait pas avec moi parce que tout roulait. Et à la fac, vraiment, je me suis dit mais là, je n'arrive pas. Je ne comprends même pas ce qu'on me demande en fait. Tu avais une consigne, mais je ne comprenais pas la consigne. Et du coup, je pense que si j'avais été diagnostiquée plus tôt, j'aurais pu être capable d'avoir une licence, tu vois, de faire des études supérieures parce que j'aurais été capable de connaître mes besoins, de savoir comment je fonctionne. Alors que là, je me suis retrouvée un peu perdue. Et du coup, je pense que ça m'a sabotée là-dedans. Après, pour ce qui est des métiers, je ne peux pas faire des trucs... Enfin, je déteste le bruit. Donc, je ne peux pas être dans quelque chose de trop bruyant. Les interactions sociales, c'est assez compliqué. Genre la vente, les trucs comme ça. En soi, je peux. Je sais que je suis capable parce que moi, je suis quelqu'un qui masque beaucoup. Mais le problème, c'est que je vais finir en burn-out après.
- Speaker #1
Ça va te demander énormément.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça en fait. Au final, ma vie, en fait, elle sera consacrée à mon travail, mais je ne serai pas heureuse après, enfin même pendant d'ailleurs, parce que je n'aurai pas de vie sociale et ça serait juste de la fatigabilité, du stress, de l'anxiété, des trucs comme ça.
- Speaker #1
Tu disais tout à l'heure que ta famille te disait que tu étais feignante, etc. Je t'avoue que dans ma tête, ça m'a un peu fait sourire parce que je me suis dit, meuf... Comment ils peuvent dire ça alors que tu travailles, tu as un travail classique, on va dire, et à côté, j'espère qu'on a le droit d'en parler, tu as une boutique où tu crées des bijoux. Trop beau d'ailleurs, allez-y. J'ai déjà succombé. Mais du coup, à quel moment est-ce qu'on peut dire que tu es feignante alors que tu as un boulot ? Alors, je ne sais pas si tu es à 35 heures, mais voilà, tu as quand même un boulot à côté. Tu as ta marque où tu crées, tu fabriques des bijoux. tu alimentes ton compte Instagram là-dessus, parce que c'est comme ça que ça marche aujourd'hui, si on veut se faire connaître et qu'on veut vendre. À quel moment tu es fainéante ?
- Speaker #0
Après, parce que... Ta famille, elle te voit dans un cercle privé. Et c'est vrai que du coup, je masque moins avec ma famille. Donc, on me voit différemment, tu vois. Et ils ne voient pas ce que moi, je fournis en effort, niveau travail, etc. Donc, tiens, on va se voir pour le repas du dimanche midi. Et moi, je me serais levée à 10, 11 heures. Donc, tu vois, t'es catégorisée un peu, tu vois. C'est ça. En fait, c'est ce que tu vois. Tu ne vas pas réfléchir à pourquoi tu réagis comme ça. Je pense que c'est un manque d'intéressement. On ne s'intéresse pas vraiment à ce qu'il se passe dans la tête. Oui, un manque d'intérêt. Voilà. Tu vois ?
- Speaker #1
Non, mais ça marche, on a compris.
- Speaker #0
Mais oui, voilà. Un manque d'intérêt sur ce qui se passe dans la tête d'autrui.
- Speaker #1
OK. Question peut-être bête, mais est-ce que c'est considéré comme une maladie ?
- Speaker #0
Non, c'est un handicap. tu n'es avec, tu ne peux pas le devenir. C'est un handicap invisible. Donc, c'est dans le cerveau. On ne sait pas encore maintenant pourquoi. Il y a des études qui commencent à montrer que ça pourrait être génétique et que ça pourrait venir du papa. Parce que j'ai plein de personnes autistes qui pensent que leurs pères sont des autistes pas diagnostiqués. On ne sait pas trop d'où ça vient, mais maintenant, il y a quelques petites infos qui sortent. Mais non, ce n'est pas une maladie, c'est un handicap. Ça n'évolue pas, il n'y a pas de traitement pour l'instant. Est-ce qu'il y a des traitements qui peuvent apaiser ? Il y a des traitements qui peuvent apaiser les aspects de ton autisme. Par exemple, l'anxiété, tu peux prendre des anxiolytiques, etc. Il y a plein d'autistes qui ont des troubles de la dépression, donc qui prennent des antidépres, des trucs comme ça. Mais sinon, il n'y a pas un traitement pour l'autisme. ça n'existe pas le TDAH ils ont la ritaline mais ça va juste être pour les apaiser alors que l'autisme en fait comme c'est un spectre et que toutes les personnes autistes seront forcément différentes et n'auront pas les mêmes symptômes et pas au même degré donc c'est pas trop possible je pense maintenant de faire un traitement pour ça mais comme tu dis pour quelques symptômes tu peux avoir des alternatives
- Speaker #1
Selon toi, quel genre de comportement est-ce qu'il faut avoir quand on rencontre une personne qui nous indique, qui nous verbalise qu'elle a un trouble autistique ?
- Speaker #0
Un truc de ouf. Mais t'es autiste ! Des trucs de dingue, des trucs comme ça. Un petit peu d'indifférence, ça ne fait pas de mal parfois. En mode, ah ok. Et après, tu peux demander, par exemple, quels sont les... Attends, mais je manque de vocabulaire. C'est quoi mon truc déjà ? D'accord. à quoi cette personne est sensible, si cette personne elle aime être touchée, des trucs comme ça,
- Speaker #1
tu vois prendre en considération les trucs qui peuvent la trigger ou pas ouais voilà c'est ça,
- Speaker #0
parce qu'il y en a qui vont être très sensibles au bruit du coup bah juste éviter de hangout dans des endroits où il y a beaucoup de bruit la lumière aussi tu vois genre moi je supporte pas les gros spots blancs enfin vraiment c'est viscéral je supporte pas, du coup je peux pas aller chez une pote qui a juste un spot blanc je peux pas, c'est pas possible, ou alors j'y vais la journée quand il fait beau Mais sinon, ce n'est pas possible. Du coup, juste prendre ça en considération. Mais il n'y a pas vraiment d'attitude à avoir. C'est juste faire attention. Tu vois, si c'est quelqu'un que tu es amené à fréquenter, où est-ce que vous fréquentez, etc. Et après, par exemple, il y a des... Moi, je sais que quand on va parler d'un sujet que j'aime trop, genre une hyperfixation, je peux parler très fort. Et il y a plein de... plein de fois où mes potes qui me disaient « Ah, c'est bon, là, tu parles trop fort, tu casses les couilles, des trucs comme ça. » Tu peux le dire, que la personne parle un peu fort, mais choisissez vos mots ! Parce que, moi, du coup, je me renferme après, et tu ne m'entendras plus parler, tu vois ? Et je comprends que c'est chiant, mais c'est juste qu'après, bah, juste un petit peu de compréhension, tu vois, genre... Mais bon, après, ça, ça dépend aussi de chacun, hein, si tu n'aimes pas... Enfin, si t'es sensible au bruit, je peux comprendre aussi, et c'est pour ça que tu peux juste dire... Ah, je suis désolée et tout, mais genre, j'entends mal. Est-ce que tu peux juste poser ta voix un petit peu ? Ok, prendre plus en considération.
- Speaker #1
Et autre question. J'imagine et je pense qu'on a un peu tous dans notre entourage une personne qu'on suppose être autiste. Mais c'est parfois compliqué, tu vois, de dire aux gens « crois pas qu'il y a quelque chose et tout, tu vois » . Toi qui es concernée, comment est-ce que tu... pense qu'on pourrait dire à quelqu'un sur qui on se dit... Par exemple, je te dis une bêtise, exemple qui n'existe pas. J'ai une pote et je me dis, purée, je pense qu'il y a quelque chose, elle m'en a jamais parlé, mais moi je me dis qu'il y a peut-être un trouble autistique. Comment est-ce que je pourrais lui dire ?
- Speaker #0
Bah du coup, moi il y a un truc qui... Enfin mon autisme, moi, me fait ne pas avoir de tact. Du coup, je dirais, en fait, il y a les franco. En fait, c'est pas une honte, c'est pas honteux. Et en fait, pour moi, c'est juste dire les termes et tu vois, y aller franco et dire... Putain, tu serais pas un peu autiste ? Tu vois, c'est pas en fait une insulte. C'est pas dénigrant, c'est pas... Tu vois ? Et du coup, pour moi, de mon point de vue, ça me dérangerait pas. Et d'ailleurs, c'est ce que je fais avec d'autres potes qui sont pas diagnostiqués. Enfin, on est direct en... Enfin, tu vois, ma meuf, par exemple, je lui dis, mais genre, comment ça ? Ma meuf n'aime pas la viande à cause de la texture et le poulet, quand il goûte trop le poulet, je lui dis, mais en fait, c'est juste que t'es autiste, tu vois ? Genre, je lui dis, tu vois ? Après, bon, faut faire attention puisque, oui, on n'est pas tous autistes, etc. Mais après... Dans un cercle privé, moi, je ne vois pas le problème de juste dire les termes.
- Speaker #1
Ok. Je pense qu'on va arriver sur la fin de l'épisode. Est-ce qu'il y aurait quelque chose que tu voudrais ajouter ?
- Speaker #0
Eh bien, déjà, je suis désolée parce que je ne suis pas médecin, comme tu l'as dit. Et peut-être que j'ai des propos aussi peut-être pas adéquats. Donc, je tiens à m'excuser là-dessus. Je suis toute nouvelle dans le milieu. En vrai, il y a deux ans, je n'y connaissais pas grand-chose. Et aussi, comme je disais aussi en début de l'épisode, l'autodiagnostic, c'est tout aussi important que le diagnostic fait par un médecin. Il ne faut pas se dénigrer là-dessus. Et si on pense et on sent qu'il y a vraiment quelque chose, je pense que notre corps et notre cerveau se trompent rarement. Et pour les femmes, bon courage. Courage à nous. Les femmes racisées, les femmes queers encore plus, courage. Et franchement, entre nous, on peut y arriver. Et dans tous les cas... Avec ou sans diagnostic, quand on s'entoure des bonnes personnes, tout est possible.
- Speaker #1
C'est un très beau mot de la fin. J'adore.
- Speaker #0
Sourorité et soutien, quoi. Exactement.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Alix, pour cet échange.
- Speaker #0
Merci d'avoir partagé ce moment avec nous. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à en parler autour de vous et sur les réseaux sociaux. Et pour rappel, le podcast à nous deux, c'est un mardi sur deux.